‹ Le protestantisme et la r`egle de foiChapitre 26 sur 30 · The Tablet, « octobre · texte numérisé non relu

The Tablet, « octobre

Or si tel est l'étal des ministres du bas ci du haut clergé en fait de croyances chrétiennes, qu' auronsnous à penser du commun des laïques, de la masse du peuple dans cette Église? Errant à l'aventure comme des troupeaux sans pasteur, ils ne savent où trouver un guide; et dans l'incertitude de leurs croyances, ils se voient abandonnés à leur jugement privé, quelque débile, quelque incompétent qu'il soit évidemment. Ils s'en vont dans une église entendre une doctrine ; ils s'en vont dans une autre tout aupi •< entendre une autre. S'ils cherchent ensuite à les concilier, ils s'en font un amalgame dont Dieu seul a le secret; s'ils les rejettent à la fois, ils deviennent crititiques, sceptiques, indépendants: ainsi, ne croyant plus qu'à eux-mêmes, ils tombent dans l'indifférentisme religieux, et n'ont plus bientôt que des sentiments anti-chrétiens. Ceux qui ont reçu de la nature un esprit docile et bien fait restent dans une incertitude de croyances qui les fatigue et les abat, et ils marchent dans les ténèbres. Dans les écoles même nationales, où l'anglicanisme a la prétention d'instruire el de former la masse de la population, il ne s'enseigne rien de déterminé en fait de religion, mais seulement une sorte d'instruction vague qui peut convenir à la fois à toutes les sectes dissidentes. Ainsi la généralité de la population anglicane demeure dans un état d'ignorance léthargique sur ce qui importe le plus au chrétien. Nous savons, est-il dit dans un article

fort remarquable déjà rite (1 ) , et nous en avons été assurés par des témoins très compétents, par des personnes qui ont été ou sont encore ministres de l'Eglise établie, qu'ils ont trouvé la grande majorité des habitants des paroisses, où ils ont pu faire leurs recherches, devenus sans le savoir, et comme naturellement, sociniens ou ariens. Et tandis que, dans tant de millions de fidèles qui composent le véritable bercail, il n'y a personne, même parmi les enfant-. qui ignore que le Fils de Marie est en même temps le maître et le créateur de Marie, nous ne savons, et non d'après quelque opinion préconçue sur ce que doit produire un système tel que le système anglican, mais d'après la connaissance acquise de faits des plus multipliés et des plus déplorables à la fois; nous ne savons si la grande majorité des protestants anglais, surtout parmi les pauvres et les gens sans lettres, peuvent avec vérité être rangés parmi ceux qui croient en Dieu et en Jésus-Christ, et s'ils connaissent autrement que de nom celui qui est Dieu parfait ci homme par fait. »

Voyez le beau fruit de réforme religieuse qu'a recueilli l'Église anglicane de sa séparation d'avec le centre de l'unité! Un ministre anglican converti nous en fournit un autre témoignage non moins remar-

(1) Dublin licrieir, n" xxxix, art. Développement du protestantisme.

quable. « Lorsque l'Eglise d'Angleterre, dit-il, se sépara de l'Église universelle, elle se flattait, tout en renonçant volontairement à une grande partie de ses dogmes, de pouvoir fixer des limites k l'esprii de ticisme que son exemple avaij fail uaître... Maisquel en fut le résultat? Elle ne voulait jeter à bas que ce qu'elle appelait la superstition papistique ; et ses fils ont à leur tour jeté à bas le respect et l'obéissance que prescrit la loi de Dieu. Elle entendait faire cesser la pratique catholique de l'invocation des anges et des saints; et ses fils ont perdu tout sens pratique de la communion des saints, et ont a ppris avec les anciens sadducéens à oublier presque ou même à nier l'existence des anges et des esprits. Elle craignait une vénération portée à l'excès pour les sacrements ; et ses (ils les nient et se moquent de la régénération baptismale. Elle s'opposait aux abus de la messe; et ses (ils en sont venus à dégrader le Saint-Sacrement, en le réduisant à n'être qu'un simple signe d'une chose absente. Elle rejeta la suprématie du pape ; et ses fils ont appris à mépriser l'autorité des évoques. Et il en a été de même de tous les autres points particuliers de la foi et de la morale chrétiennes (l). La doctrine même de l'Incarnation est devenue le sujet de discussions profanes et d'incrédulité secrète. L'arianisme s'enseignait publiquement dans notre commu-

(1) Vmr la Théorie du développement, etc , p. 15 et suiv.

nion au siècle dernier, et ce fait est avoué par un ministre anglican, le Rév. J.-F. Russell (Jugement de l'Ég lise anglicane) ; et tout récemment un professeur royal de théologie à Oxford afïirmait publiquement que les deux tiers de l'Église anglicane étaient néstoriens sans le savoir » (1 ).

Soit donc qu'on étudie la règle de foi anglicane dans ses documents officiels, ou dans Tenseignemenl de ses théologiens et écrivains anciens et nouveaux, soit qu'on la considère dans la pratique et dans les résultats qu'elle a produits, on la trouve, quant à la théorie, pleine d'incertitude, de vague et d'inconséquence, et quant h la pratique, tout-à-fait nulle, ou plutôt féconde par ses résultats en effets de l'espèce dont il nous a fallu faire la description en parlant de la règle purement protestante. Force est donc pour nous de conclure, qu'entre celle-ci et celle-là, il n'existe au fond et par le fait aucune différence.

Mais pour remplir tout le cadre de ce chapitre, il nous reste à représenter en raccourci le système particulier de règle de foi que la récente école puséiste ou d'Oxford proclamait comme le type véritable de l'orthodoxie anglicane. A dire vrai, cette école est aujourd'hui pour nous du temps passé, et i\

(Il Ce passage est extrait du bel ouvrage de SPENCEB NOBTHcote, intitulé : i 'Église d" ingleterre jugée par lr Credo de Nicée, p. -28-39.

— ;>57 — ranger désormais parmi les antiquailles du musée bri tannique ; car il faut bien reconnaître qu'elle n'a plus de vie : elle a fait son temps. Néanmoins il est toujours important pour nous de l'étudier, parce qu'elle suffît à elle seule pour juger péremptoirement le tème anglican, et montrer jusqu'à l'évidence qu'il manque de hases solides.

Transportons-nous au temps de sa première origine, c'est-à-dire ï\ douze ou quinze années de celui où nous sommes, à l'époque où cette école d'Oxford se leva, grandit tout d'un coup, et attira sur elle, tant au dedans qu'au dehors de l'Angleterre, l'attention publique. Quelle phalange nombreuse et brillante d'hommes à conception forte, d'esprits cultivés, de cœurs candides et passionnés pour la vérité, nés dans le sein de l'anglicanisme et imbus de ses principes, élèves et professeurs dès leur première jeunesse dans une de ses plus célèbres universités, initiés pour la plupart au saint ministère, et appelant leur sain te mère cette Église anglicane à laquelle ils ont voué leur affection ! En étudiant à fond l'antiquité ecclésiastique et la tradition catholique, ils aperçoivent avec effroi toute l'absurdité du principe protestant fondé sur le jugement privé ; ils le rejettent, le combattent sans égard, et Unissent .par répudier le nom de protestants. En face d'eux, s'offrent à leurs regards la majesté, l'unité, la beauté, la solidité de l'édifice catholique, qu'ils appellent rmnanisme . et ils ne peuvent se

lasser de le contempler et de l'admirer ; mais la force de leurs préjugés d'enfance, l'amour qu'ils gardent àleiir Église, un frisson qui les saisit au moment du passage solennel, du dernier pas qu'ils auraient à faire, tout les retient, et quoique tous les jours ils fassent un mouvement vers Rome, ils s'arrêtent au milieu de leur course, en présence du Rubicon. Ils ne peuvent pour nul prix rester protestants; ils ne veulent pas eiicore devenir romanistes. Comment donc tenir ferme dans ce milieu, et apaiser le cri de leur conscience? Ils se flattent toutefois d'avoir trouvé ce comment.

L'anglicanisme conserve, au moins en théorie, au moins sur le papier, quelques éléments catholiques , débris du naufrage qu'il a fait de l'antique foi. En conséquence, nos docteurs s'imaginent pouvoir, en donnant plus de consistance à ces débris, s'en servir comme de pierres d'attente, pour rattacher à l'antiquité ecclésiastique le nouvel édifice qu'ils veulent construire, avec toutes les formes de l'ancien. \ cette fin, ils mettent à contribution tente la force de leur génie, la doctrine des Pères qu'ils ne se lassent pas d'étudier, l'autorité de leurs théologiens anglicans des siècles précédents, tous les moyens de la parole... ils ne négligent rien pour atteindre leur but. pour montrer que l'anglicanisme possède la véritable règle de foi, règle digne de son nom, liée dans toutes ses parties, solidement appuyée sur ses basés, essentiellement différente de celle du protestantisme, assez

forte pour résister à toutes les attaques du romanisme, et les afï'ronter même sans danger. Ils ne se dissimulent pourtant pas à eux-mêmes, non plus qu'ils ne le font aux autres, tant ils sont simples et naïfs, la difficulté de leur entreprise et les obstacles formidables qui s'opposent à son succès. 11 est curieux d'entendre là-dessus l'aveu qu'en fait l'illustre j\rwman dans son livre déjà cité, écrit exprès pour ce dessein.

i Le papisme et le protestantisme sont des religions réelles, personne ne peut en douter: ils ont fourni la forme et comme le moule où sont entrés les peuples. Mais le ternie moyen {via média) n'a jamais existé ailleurs que sur le papier ; il n'a jamais été réduit en pratique; il n'es, pas connu positivement, mais seulement négativement : dans ses différences d'avec les croyances rivales, et non dan- Bes propriétés intrinsèques ; et on ne peut se le représenter que comme un système d' entre-deux, qui n'est ni l*un ni l'autre de ses extrêmes, qui tranche, qui se joue entre les deux, et qui, en dévorant les ennuis d'une critique patiente et sévère , se flatte d'approcher de l'antiquité plus près que les autres. Or, ce terme moyen, qu'est-ce autre chose qu'une route à percer à travers les montagnes et les fleuves, et qui n'a encore jamais été tracée ?.. . Ce système est-il quelque chose de plus qu'un assemblage de mots et de phrases, d'exceptions et de restrictions pour parer

— 56U — à tous les cas, de principes qui se contredisent l'un l'autre?

«On ne saurait se dissimuler qu'il n'y ait quelque force dans ces considérations. Reste encore à en faire l'essai sur ce qu'on appelle l'anglicanisme, sur la religion des Andrews, desLaud, des Hammond, des Butler, desWilson ; à voir si elle peut être professée, mise en pratique, maintenue dans une vaste sphère d'activité et pendant un espace de temps suffisant, ou si elle n'est qu'une simple modification, soit du romanisme, soit du protestantisme populaire, suivant l'aspect sous lequel nous la considérons » (1). Ainsi parlait Newmann.

Voyons donc à présent à quoi se réduit ce -\ — tème, fruit de tant d'efforts, trempé de tant de sueurs, inventé pour justifier l'anglicanisme. Nous allons eu crayonner les principaux traits, que nous emprunterons aux deux champions les plus remarquables de cette école d'Oxford. Newman et Keble, ainsi qu'au Critique Breton [Brilisch Crilic), journal qui fut l'organe officiel de cette école soi-disant angh •catholique (2).

1° La régie anglicane, selon eux, n'est pas l'Écri-

1, Op. cit., p. 20, 21.

2 Newman, op. cit. Romanism and Profestantism. Keri.k. Primitive Tradition recognized in holy Scripture, London, 18.37. British Crilic, n" kl, octobre 1837. Voir aussi Dublin Revieiv. n° v, juillet 1837, ait m.

turc seule, niais l'Écriture jointe à la tradition ; tellement que l'Écriture est interprétée par la tradition, et la tradition vérifiée par l' Ecriture : la tradition donne aux doctrines leur forme, F Écriture leur donne leur vie; la tradition enseigne, l'Ecriture prouve. De là vient que la tradition n'est pas une régie coordonnée et parallèle, mais subordonnée et ministérielle.

2° Ces mêmes doeteurs admettent cependant qu'il n'en a pas toujours été ainsi dans l'Église. Avant que la parole divine fût achevée d'être mise par écrit, la tradition subsistait comme régie divine dogmatique confiée à l'autorité vivante de l'Église, et servait comme de témoin au canon qui se formait des Écritures. Même, à en croire keble, cet état de choses dura près de deux cents ans, jusqu'à ce que le canon du Nouveau Testament tut fermé et connu de tous, ce qui dut arriver entre saint Clément et saint Ignace d'un côté, et saint 1 renée et Tertullien de l'autre. Alors il arriva que l'Écriture devint seule la source et la mesure des vérités de foi nécessaires au salut, en même temps que la tradition put continuer à transmettre les vérités secondaires non fondamentales.

3° Que l'Écriture seule soit suffisante pour toutes les vérités fondamentales, ou dont la foi est nécessaire au salut, c'est ce qu'on reconnaît ne pouvoir se prouvera priori . pas plus que par ['Ecriture el/et. i. :5<",

même, mais seulement s'inférer du consentement de l'antiquité ou de la tradition catholique.

k° De même, le critérium d'après lequel on distingue les vérités fondamentales de celles qui ne le sont pas, les vérités nécessaires au salut de celles qui ne sont pas nécessaires, se tire de la tradition catholique, c'est-à-dire des symboles catholiques reçus dans l'antiquité, qui sont le symbole des apôtres, celui de Nicée et celui de saint Athanase.

5" L'office de l'Eglise est d'être le témoin et la voix de la .tradition ou de l'antiquité. Mais son autorité est subordonnée à l'Écriture, en ce sens qu'elle peut affirmer comme vraies des doctrines qui ne sont pas dans les Écritures, pourvu qu'elles n'y soient pas contraires ; mais en même temps elle ne peut pas les donner pour nécessaires au salut , tant qu'elles ne sont ni contenues dans l'Écriture ni susceptibles d'en être déduites.

6° L'Église est infaillible en ce sens qu'elle ne peut faillir dans les vérités fondamentales, ni cesser de conserver ce qui fait la substance du christianisme. Quant aux vérités secondaires, non fondamentales, non fondées] sur l'Écriture, elle n'est point infaillible : de sorte qu'à cet égard elle commande le respect, mais ne peut exiger l'obéissance, puisquelle n'a pas en ce point d'autorité proprement dite.

Tel est le précis de ce nouveau système théologique, présenté comme le type de la vraie doctrine

anglicane. Il est aisé de voir qu'il n'est qu'un assemblage de parties hétérogènes, d'élément discordants, de principes gratuits : c'est, comme on l'a dit, un vin nouveau qu'on voudrait mettre dans un vieux vaisseau, une construction nouvelle à laquelle on voudrait donner une forme antique. Nous n'entreprendrons pas ici de le réfuter en détail, cette tâche ayant été remplie déjà par beaucoup d'habiles écrivains catholiques, surtout en Angleterre, au moment où la question était le plus vivement agitée. Nous pensons cependant qu'il pourra servir à notre but de mettre ici sous les yeux quelques considérations, qui trouveront plus tard tout leur développement dans la seconde partie de cet ouvrage.

Et d'abord, remarquons la grande vérité reconnue par cette école, que la suffisance absolue des Écritures pour les vérités mêmes dites fondamentales, c'est-à-dire nécessaires au salut, n'est point exprimée dans les Écritures elles-mêmes, et ne saurait se prouver par elles, et qu'on peut encore moins les prouver à priori, ou dans ce sens que Dieu n'aurait d'autre moyen que les Écritures pour nous faire connaître ces vérités, au lieu d'avoir aussi celui de la tradition. Gomment donc s'y prendre pour établir cette suffisance absolue des Écritures? Uniquement par la tradition catholique et par l'antiquité ecclésiastique qui nous l'atteste. Or, je ne m'arrêterai pas ici a faire voir qu'on affirme gratuitement, et même faussement,

que l'antiquité ecclésiastique atteste une chose semblaoie, puisque toute l'antiquité conspire au contraire à attester que la tradition est non-seulement interprète des Écritures, mais encore une source particulière de vérités révélées de Dieu. Je me borne à observer pour mon objet qu'un pareil principe est d'une part diamétralement opposé à tout le protestantisme, qui méprise et déteste la tradition, et que de l'autre il fournit un argument invincible contre la cause même à l'appui de laquelle il est invoqué. Car si c'est un dogme fondamental que la tradition seule a été la source et la mesure adéquate des vérités nécessaires à croire , il est donc, et pour les protestants, et pour les anglicans, et pour les puséistes, le fondement de tous les autres; et si ce dogme nous est transmis et doit être cru en vertu seulement de la tradition catholique, celle-ci est donc encore aujourd'hui l'organe des vérités dogmatiques dont la foi nous est nécessaire.

Mais que dire ensuite de cette autre grande vérité proclamée par la même école , que cette tradition a été longtemps dans l'antiquité chrétienne, et .selon Keble, l'espace de près de deux siècles, la règle unique, divine, adéquate des vérités à croire, grâce à l'enseignement et à l'autorité vivante de l'Église? Si telle était donc alors la règle catholique , comment prouve-t-on qu'elle ait cessé de l'être depuis, que ce changement substantiel se soit opéré, que la tradition ait perdu ses prérogatives, et ne soit plus que subor-

donnée, ministérielle, exégétique? I n fait aussi fondamental devrait être prouvé en toute rigueur (I). Or, l'Écriture elle-même n'en dit rien. L'unique ressource

qu'on trouve ici, c'est de recourir encore à la tradition catholique, kcble en donnait pour tome preuve qu'il y a peu de citations des Écritures dans saint Clément et saint Ignace, sur les mêmes articles où dans saint Irénécet Tertullien ces citations abondent : donc la règle de foi suffisante pour le salut aurait été changée dans cet intervalle, et l'Écriture substituée à la tradition. Mais cette conséquence n'est-elle pas toutà-fait arbitraire? Quelle liaison nécessaire y a-t-il ici entre la conclusion et les prémisses? Outre que la prémisse elle-même est fausse, puisque c'est un l'ait avéré que la lettre de saint Clément pourrait s'appeler en toute rigueur un tissu et une chaîne non interrompue de textes de chacun des deux Testaments (2). Disons la même chose des lettres de saint Ignace, dans la proportion où leur sujet l'exigeait. Newman en donnait pour preuve que les Pères, tels que

(1) Selon KEBLE, L'office de la tradition se serait réduit à ces trois chefs : 1" à systématiser el mettre en ordre les articles fondamentaux; 2° à interpréter l'Écriture; 3° à tracer la discipline, les formulaires et les rites de l'Église.

(2; Il suilit , pour s'en convaincre, de voir dans CoTELiERet dans Galland les citations de presque tous leslivresde l'Écriture mises en marge a la première et à la seconde lettre de saint Clément aux Corinthiens. Ces citations ont éternises en marge par un écrivain du IV" siècle.

saint Irénée, Tertullien, saint Cyprien et les autres qui vinrent après, opposaient d'abord, il est vrai, h toute erreur nouvelle la tradition comme moyen négatif pour couper court à l'hérésie naissante ; mais que, s'il fallait ensuite la combattre avec des armes positives, ils recouraient à l'Écriture, comme à la pierre de touche et au tribunal suprême. Mais l'emploi de l'Écriture, ayant pour but de convaincre encore par ce moyen les hérétiques qui en abusaient en la pliant à leurs erreurs, est-il donc équivalent à la déclaration que l'Écriture serait la règle exclusive, la mesure unique , la pierre de touche de toutes les vérités dogmatiques? Mais nous pouvons en outre presser l'argument que nous opposions tout à l'heure. Si la prétendue substitution de l'Écriture à la tradition, comme unique source des vérités dogmatiques nécessaires au salut, ne nous est garantie que par la tradition ; si ce n'est qu'en vertu de cette dernière que nous sommes obligés d'admettre comme fondamental tel article de foi, donc la tradition est l'organe divin des articles fondamentaux ou nécessaires au salut , comme de tous les autres.

Le grand appui de ce système est la distinction capitale des articles fondamentaux et non fondamentaux, à laquelle déjà tant d'autres protestants ont eu recours comme à une ancre de salut. Lespuséistes ne se dissimuli'iit pas a eux-mêmes la difficulté de tracer cette ligne si importante à leurs yeux. Quel est \e critérium

(Ttïmn, évident, qui puisse servir à cela? Ils n'en tiouvent pas d'autres plausibles que celui des symboles : ces symboles, disent-ils. étaient le signe dis*fcinctif du chrétien; ils marquaient, -don l'antiquité ecclésiastique, les limites, pour ainsi dire, de la communion chrétienne; ils contenaient donc, et à eux seuls, dans le sens catholique de l'antiquité, les vérités fondamentales, nécessaires à croire pour être sauvé. Mais ce raisonnement confond et mêle ensemble des choses qui demandent à être distinguées avec soin. Autre chose est que l'Église ait créé et formulé les symboles transmis à nous par la tradition, pour que tout chrétien sut faire, comme c'était son devoir, la profession explicite des vérités fondamentales de la croyance sans laquelle ils ne pouvaient être chrétiens ; autre chose esl que l'Eglise et la tradition catholiques aient reconnu que dans ces seuls symboles fussent renfermées toutes les vérités dogmatique- e1 révélées, au point que hors de là il n'y eut ni ne pût même y avoir rien autre chose de certainement dogmatique et divinement révélé dont la foi lut également obligatoire. Affirmer cette dernière proposition, comme on le fait avant tout dans le nouveau système^ c'est se mettre on opposition directe avec la tradition même catholique.

C'est ce qui est rendu évident par les symboles eux-mêmes, dans lesquels la profession explicite des articles, d'abord plus restreinte, s'est étendue m.

sivement et à mesure que l'exigeait le besoin de défendre la foi chrétienne contre les erreurs nouvelles, et s'est augmentée même de nouveaux articles, dont la foi implicite suffisait auparavant (1). Un examen comparatif du symbole des apôtres avec celui de -Xicée, et du symbole de Nicéeavec celui de Constantinople, comme de ce dernier avec celui de saint Athanase, suffît pour s'en convaincre. Donc le critérium des symboles, comme indication des seuls articles fondamentaux nécessaires à croire, est trompeur et contraire à la tradition, qui nous montre, dans ces symboles, un développement progressif et un accroissement d'articles ou de vérités explicites, précisément parce que ces vérités étant contenues d'avance dans le dépôt de la révélation, l'Église, avec son autorité toujours vivante et toujours guidée par F Esprit- Saint, savait les y prendre au besoin, les rédiger en formules et en prescrire la foi explicite, pour maintenir et affirmer par ce moyen la croyance chrétienne. Mais, de plus, le principe que nous combattons contredit sous un autre rapport la tradition catholique. Car c'a toujours été la pratique et la loi constante de l'Eglise, à l'apparition de nouvelles hérésies, d'exiger de leurs auteurs et de leurs adhérents qui demandaient à rentrer dans son sein, non plus seulement la profes-

I Nous en donnerons les preuves de fait dans la seconde partie de cet ouvrage.

sion de foi contenue dans le symbole, et prescrite eu général à tons les chrétiens, mais bien une profession

explicite et dogmatique de la vérité directement opposée à l'erreur qu'ils avaient soutenue. Et cette condition leur était imposée comme indispensable pour être admis à la communion, et, par conséquent,

comme nécessaire à leur salut. De sorte que la profession explicite de cette vérité devenait pour eux également fondamentale et nécessaire ;et, quoiqu'elle

ne fût pas proposée à croire explicitement aux autres fidèles en général, elle n'en était pas moins obligatoire même pour ceux-ci, sous peine de damnation, en tant qu'ils devaient la croire implicitement, et être toujours disposés à en faire la profession même explicite, quand ils en avaient connaissance, et que l'Église le leur demandait avec autorité. 11 serait superflu de citer en détail des documents ecclésiastiques pour prouver un fait dont dépose toute la suite de l'histoire des hérésies.

Donc, pour reprendre ma conclusion, le critérium des articles fondamentaux emprunté aux >\ mboles est contredit par toute l'antiquité et la tradition ecclésiastique. Jamais l'Église n'a entendu restreindre son autorité dogmatique aux seuls articles insérés par elle-même dans ses symboles : mais toujours elle l'a proclamée et maintenue sur tout l'ensemble du dogme révélé mis sous sa garde. En sorte que toute vérité, quelle qu'elle puisse être, successivement définie par

elle en vertu d'un jugement dogmatique, est objet d<' foi divine, et par conséquent nécessaire. Et comme dans le symbole de S. Athanase, selon la remarque qu'en faisait Newman lui-même, il est fait appel non à l'Écriture, mais à la foi catholique, ainsi en appelait à la foi catholufiie\e septième concile général ou second de Nicée ; ainsi en appelait dans ses définitions le concile de Trente; ainsi en appelait enfin la profession de Pie IV. C'est toujours le même principe qui en tout temps protège la foi, qui anime l'Église : le principe d'autorité, suivant lequel , forte de l'assistance perpétuelle de l'Esprit- Saint , elle explique et définit, sans aucune crainte d'erreur, ce qui est contenu dans le dépôt de la révélation, dans la parole de Dieu écrite ou non écrite, et impose à toute conscience chrétienne l'obligation de le croire de même.

L'autre fondement de ce système, non moins inconséquent que le premier, est de ne reconnaître à l'Église qu'une infaillibilité partielle, savoir pour Certaines vérités flegmatiques qu'ils disent fondamentales, au lieu de l'admettre pour toutes les vérités révélées. « Nous autres anglicans, disait Newman, nous soutenons que l'Eglise retiendra toujours ce qui, dans l'Ecriture, s'appelle la foi. c'est-à-dire la substance et les grands traits (outlines) de l'Évangile tel qu'il a été enseigné par les apôtres, et cela en conséquence de la promesse consignée dans les livres

saints, que la parole de Dieu ne sortira jamais do ta bouche: au lieu que les romanistes prétendent qu'elle esi pure et sans taehe dans les petites choses comme dans les grandes, qu'elle ne peu! jamais décider à tort sur quelque point que ce soit de dogme ou do morale, mais qu'elle possède en tout temps ei mseigne, soil explicitement, soit implicitement, la vérité tout entière, toutes Les vérités, par exemple, enseignées par saint Paul ou par saint Jean, malgré tant de monuments scripturaires qui prouvent qu'elle a fait défaut, malgré tant d'erreurs particulières de ses écrivains durs ses différents âges » (I).

Or, je le demande, si les puséistes insistent euxmêmes sur la force des promesses divines d'une perpétuelle assistance faites â l'Eglise et consignées dans l'Ecriture (2), de que! droit et à quel titre viennent-

(1) P. 232 et suiv., ouv. cité,

(2j Voyons avec quelle force Le savant Newman presse cet argument tiré de passages de l'Écriture I Tim. ni, 15; Eph. iv, 11-11; Is. liv, 21] : « Dans ces passages, notons-le bi en, l'Église est déclarée le grand et spécial appui de la vérité, et ses divers ministres sont présentés comme ayant pour fonction d'empêcher tout désaccord et toute incertitude de doctrines, et d'assurer l'unité de la foi, et il lui est promis à elle-même qu'elle ne perdra jamais la parole de vérité qui lui est confiée, et cela en conséquence de la perpétuelle assistance de f Esprit- Saint. Je ne sais de quelle manière les sectaires protestants entendent ces passages, par exemple, comment ceux qui nient la visibilité de l'Église entendent le premier. D'un autre cote, s'il n'\ a qu'une Église visible qui poisse être le soutien et L'appui

ils ensuite restreindre ces promesses à quelques vérités au lieu de toutes, à quelques définitions de l'Église exclusivement aux autres? Le savant Newraai voyait bien la difficulté présente lorsqu'il ajoutait : « Je ne vois vraiment pas de raison antécédente, pouf qu'un tel accomplissement de la prophétie ne doive pas s'entendre de cette manière... 11 n'y a rien dans l'Écriture ou ailleurs qui la restreigne ; il n'y a pas de règle assignable pour déterminer tout ce qu'elle signifie et ce qu'elle ne peut pas signifier. Si solennelles sont les promesses faites à l'Église, si ample est la grâce qui lui est assurée, si clairement exprimées sont les précautions humaines exigées pour son accomplissement, qu'il n'y a pas de raison antécédente pour que le Tout-Puissant ne doive pas avoir entendu accorder à l'Église cette pureté inaltérable que lui attribuent les romanistes » (J). Comment donc ensuite vient-on nier que la chose ait été el qu'elle soit ainsi? L'unique raison qu'on en assigne.

de la vérité, et qu'il s'agisse, par conséquent, en cet endroit, d'une Église visible, qu'on juge combien haut doit être l'édifice, combien auguste et magnifique doit être le privilège qui lui est assigné! Peut être que saint Paul n'a pas voulu entendre par ces paroles une chose qui existait de son temps !... Concluons sans crainte, que l'esprit de Dieu s'est expressément engagé envers f Église pour la maintenir dans sa foi de génération en génération jusqu'à la fin des siècles." Page 230. Et Newman était encore unalican I (J) Ibid., p. 233.

c'est que nous voyons dans l'histoire sainte certaines intentions divines mystérieusement frustrées de leur effet; que les promesses de Im'cu dépendent de la coopération de l'homme, et que, bien qu'elles s'accomplissenl toujours assez pour qu'il \ ail vérité dans leur énoncé formel, elles onl toutefois dans la réalité plus ou moins d'étendue, se dilatent ou se resserrent, pour ainsi dire, suivanl la manière dont nous nous présentons pour les recevoir, et souvent sont susceptibles d'un sens plus large que celui que le fait réel vient ensuite leur donner. En un mot, l'Eglise peut avoir par sa faute perdu en partie ses privilèges. Lespromesses lui étaient faites comme à une Église, et non comme à un. deux ou trois ou douze corps d'Eglises. Or, comme elle a cessé d'être une, elle a cessé aussi d'être infaillible en tout : car l'un s'est changé en plusieurs, Vidée prophétique de l'unité n'a plus d'accomplissement plein et entier, et avec l'idée se sont perdus la pleine signification et l'attribut de l'infaillibilité (1).

Mais non, devons-nous répliquer, ni l'idée prophétique de l'unité et sa réalisation, ni l'attribut de l'infaillibilité dans sa signification pleine et entière, n'ont jamais pu faire et n'ont jamais fait défaut a l'Eglise de Jésus-Christ Elles ont été liées ensemble d'un nœud indissoluble par les doigts de Celui qui a voulu que

1 Ihid., p. 239 et suiv.

l'unité de foi, de culte et de hiérarchie, fût toujours un des caractères les plus distinctifs de son Église. Et, pour qu'elle se maintint toujours dans cet état d'unité, il lui a fait en même temps la promesse de sa perpétuelle assistance jusqu'à la fin du monde, ou du privilège de l'infaillibilité en fait de doctrines, sans laquelle la parole des hommes se substituerait bientôt à celle de Dieu, et toute unité serait détruite. Les promesses de l'Écriture, dans leur teneur expresse, sont absolues, et non conditionnelles. La tradition catholique tout entière les a toujours tenues et proclamées pour absolues, et elles devaient l'être ainsi, si cette œuvre admirable du Très-Haut qui est son Église devait effectivement toujours subsister, et être reconnue à jamais pour telle. Or, où est-ce que l'Église aurait jamais cessé d'être une et de pouvoir être reconnue à ce caractère d'unité pour la vraie épouse de Jésus-Christ? Si, de l'aveu des adversaires euxmêmes, elle s'est conservée une dans les quatre ou cinq, ou même six premiers siècles de son existence, bien qu'elle eût vu dès lors se séparer d'elle, par l*hérésie ou le schisme, les sabelliens, les pauliciens, les ariens, les donatistes, les nestoriens, les euty chiens et tant d'autres sectes d'hérétiques, comment et pourquoi aurait-elle cessé d'être une, ainsi qu'on le prétend aujourd'hui, par le schisme d'Orient ou par celui du Nord ? N'y a-t-il pas toujours dans l'Église même, qui contient dans le monde entier plus de deux

cents millions de fidèles et est vraiment catholique, n'ya-t-ilpas toujours cette admirable unité, cette identité de doctrines, de sacrements et de gouvernement ecclésiastique, avec la succession apostolique non interrompue de ses pasteurs suprêmes? Cette Église n'est-elle pas la seule qui conserve depuis l'origine son centre immobile d'unité, proclamé par toute la tradition catholique, dans le siège de Rome fondé DM le chef des apôtres? Et n'est-ce pas cette mêntfc Église qui a traversé, avec son identité de doctrines, de sacrements et de gouvernement, tout le cours des siècles, en même temps qu'elle a vu toutes les autres, qui se sont séparées d'elle, comme des rameaux retranchés de l'arbre, frappées de stérilité et de mort, perdre toute sève de vie chrétienne , et tomber dans un état de dissolution et d'anéantissement? Elle existe donc pleinement dans l'Église, cette unité ; elle existe , cette infaillibilité prédite dans l'Ancien Testament, et telle qu'elle a été promise par le Christ. Il ne s'agit que de la reconnaître là où elle se montre sous des traits si visibles ; et dès lors tombe d'elle-même une supposition gratuite, forcée, contradictoire, telle que celle que nous combattons, qui ferait de l'Église de Jésus-Christ, d'un côté, l'organe de la vérité, et de l'autre, peutêtre une maîtresse d'erreur (1).

(I) Voir sur la perpétuité de l'unité dans l'Église catholique.

Observons enfin que ce système théologique, qui se fonde tout entier sur l'antiquité, s'il recule d'un pas les difficultés du système protestant, ne les résout pas cependant, mais les laisse subsister toujours au fond. L'antiquité ecclésiastique, déposée comme elle l'est dans les écrits des siècles primitifs, est une lettre aussi morte que la Bible elle-même, et une lettre cent fois plus volumineuse et plus complexe que la Bible : elle a comme elle ses difficultés, ses problèmes, ses obscurités, ses ambiguités, ses antilogies apparentes, et elle ne peut par elle-même être invoquée comme arbitre dans le conflit des opinions. Donc il y a toujours besoin d'un interprète vivant pour l'expliquer et en déterminer la portée, d'un arbitre pour en accorder les parties diverses, d'un juge pour l'appliquer, d'un guide pour préserver d'égarement ceux qui s'engagent dans ses circuits. Or, quel sera cet interprète, cet arbitre, ce juge, ce guide? Serace chaque individu livré à lui-même ? Mais alors on retourne au pur principe protestant du jugement privé. Sera-ce chaque Église nationale ? Mais, si chacune interprète l'antiquité, et d'après l'antiquité l'Écriture même, d'une manière différente des autres, ou, qui pis est, contraire aux autres, qui pourra être le juge ? Quel droit , quel mérite particulier aura pour

malgré le schisme d'Orient, ce qu'en a dit le cardinal Wiseman dan? sa vin*' Conférence, où il développe savamment ce sujet.

se préférera toutes les autres interprétations celle de l'Église anglicane, en désaccord avec tout le reste des Églises d'Occident comme d'Orient, sauf peut-être lé fraction des États-Unis d'Amérique, si cette sœui puînée de l'Angleterre s'accorde bien avec son aînée? Ces seules considérations, que nous renforcerons de beaucoup d'autres dans la seconde partie de notre ouvrage, ne montrent que trop clairement combien un tel système, qui pendant quelques années a fait tant de bruit, manque tout-à-fait de base en lui-même, outre qu'il est sans valeur dans son application. Je ne sais si l'on pourrait exprimer ce dernier fait avec plus de force et de vérité que ne le faisait ce même Newman, toujours si ingénu, si impartial dans les difficultés qu'il se proposait à lui-même contre son système favori. « On me dira (c'est lui qui parle) que. quand même la théorie des points fondamentaux serait bien liée dans toutes ses parties, ce n'est qu'une théorie en fin de compte, ingénieuse il est vrai, mais ombre vaine et sans réalité. . . Vous parlez , objectera un autre, d'Église catholique, d'enseignement de l'Église, d'obéissance à l'Église. Mais que faut-il entendre aujourd'hui par Église catholique? Où est-elle? Quels sont ses instruments, ses organes particuliers? Comment se fait-elle entendre? Quand et où est-ce qu'elle enseigne, qu'elle défend, censure ou commande? Comment peut-on dire qu'elle propose en tous lieux une doctrine identique, quand nous sommes

en guerre avec tout le reste de la chrétienté, et que nous ne pouvons avoir seulement la paix entre nousmêmes? Dans l'Église primitive, il n'y avait pas le même embarras ouïe même danger de s'égarer. Tous les chrétiens alors professaient une même doctrine, et si quelque nouveauté venait à s'élever, elle était à l'instant signalée et réprimée. Le cas est en vérité le même à présent pour l'Eglise romaine. Mais quant aux anglicans, c'est dire un non-sens, pour ainsi parler, que de rêver un état de choses disparu depuis longtemps de cette région proie-tante. L' Église n'est qu'un terme abstrait : c'est l'expression d'une idée généralisée, le nom d'une chose qui n'a rien de réel, qui, si elle a jamais eu quelque vérité, a c< tout-à-fait d'être, depuis que les chrétiens se sont divisés entre eux il y a déjà nombre de siècles. Rom»' et la Grèce, en guerre l'une contre l'autre, repoussent toutes les deux la communion de l'Angleterre, ci anathématisent sa foi. Que dis-jc? dans cetie Église qaêiïfc, comparée avec elle-même, vous trouverez des dhergences non moins fortes que celles qui la séparent de la Grèce et de Rome. Le calvinisme et l'arminianisme, le latitudinarisme et l'orthodoxie, soit qu'on les considère en eux-mêmes, soit par rapport les uns aux autres, se truuvenl divisés en une multitude innombrable de doctrines et d'écoles diverses: et chacune de celles-ci ne se donne pas Minplemcnt pour la vérité, mais de plus, à peu d'exceptions \nv<. accuse

toutes les autres d'erreurs dangereuses uu même fatales. Tel est l'état de ses minières et de ses docteurs. Où donc cette parole de Vérité se fait-elle entendre dans PÉgiise d" Lngteterreî Où est ce témoin véridi- (jiie, remontant jusqu'au* apôtres, dépositaire de faute leur dortiïne, pour n<>u> expliquer le Credo, nous interpréter les Écriture», <'t instruire enfin le peuple do Dieu » (1)?

Or comment, dans le nouveau système anglo-catholique, pouvoir répondre à ces invincibles arguments? La seule réponse possible est celle que les r.nis nous ont fournie. Le système anglo-catholique a croulé tout entier, et maintenant il gît enseveli MU m ruines. Newman, son principal soutien, lutta encore quelques années avec lui-même, ilottant entre la vérité et l'erreur; mais sa belle aine si pieuse, si bien faite pour la vérité et si pleine d*enthou-i;i-n:e pour elle, son esprit logique, conséquent, si profondément versé dans l'antiquité et dans l'histoire de l'Église, aidé des lumières et des mouvements de la grâce, embrassa enfin avec ardeur la vérité catholique, qui seule était capable de le satisfaire. D'autres, comme \\ ard et Oakley. l'avaient précédé; d'autres, comme Faber, l'ont Buivi; et, de cette manière, une troupe d'élite de ministres anglicans, au nombre de plus de cent cinquante, les uns précédés d'une bril-

(1) Ibidem, |>. 810.

— fi80 — lante renommée, les autres entourés des plus hautes espérances, sont entrés dans le légitime bercail de Tunique pasteur suprême, et, à l'heure où nous sommes, ils rivalisent cT efforts et multiplient leurs veilles pour faire connaître aux autres cette même vérité, dont, après tant de luttes et d'incertitudes, ils sont entrés en possession. De l'autre côté, ceux à qui le courage a manqué pour faire le grand pas, ou dont les préjugés hérités de leurs pères ont obscurci l'entendement, au lieu d'avancer et de se tenir fermes dans leur juste-milieu (via média), ont reculé en arrière et ont fini par s'enfoncer et se perdre dans le gouffre des opinions protestantes.

C'est à peine si le puséisme conserve aujourd'hui quelque reste de lui-même. Vers la fin de l'année ! 850, il parut vouloir donner signe de vie en formant une nouvelle secte isolée de l'État sous le titre de Nouvel te Eglise, composée de quelques débris de l'école d'Oxford avec les fonds préparés d'avance pour cette lin, et qui s'intitula bientôt Y Eglise primitive d'Angleterre (1). Mais il parait que cet effort désespéré est resté sans résultat. D'autres, depuis, qui avaient donné leurs noms à cette école, cédant à de plus sa conseils, sont entrés dans la voie tracée par Newman, et nous sommes ravis de pouvoir compter dans ce

(1) Morning-Post, décembre 1850. Le Wormng /édvertiser en publia la circulaire écrite par eux dans ce but.

nombre sir illies, déjà connu par de recommandables écrits, l'archidiacre Manning. prédicateur de la cour. et lord Feilding, qui, dans sa lettre écrite d'Edimbourg sous la date du 3 septembre 1850, et adri au Times, entre les autres motifs qu'il donnait de sa détermination, présentait le suivant : « que l'absence de toute autorité en matière de foi réduit les symboles à n'être plus qu'une lettre morte, et que l'Angleterre, en se séparant du contre de l'autorité à l'époque de la Réforme, a jeté une semence dont elle recueille aujourd'hui les fruits » (1). Nous pourrions parler de même de bien d'autres conversions également glorieuses dont le nombre se multiplie tous les jours.

Voilà quelle a été la carrière parcourue par cette nouvelle école théologique anglicane ; voilà quel a été le terme de sa course, entreprise avec tant d'ardeur. Si le génie, l'érudition, la science, l'enthousiasme, l'habileté, pouvaient relever l'anglicanisme, tout se trouvait ici réuni :

Si Pcrgama dextrâ Défend i possent, etiam hâc de fensa fuissent .

Mais c'est à quoi devait aboutir la lutte de l'erreur contre l'éternelle et imprescriptible vérité. Et cette controverse théologique anglicane a servi dans les vues admirables de la Providence à rendre plus évi-

1 Voir VI niverSj 11 septembre Ié

dente d'une part cette conclusion, que PanglicâftiàJhe n'est au fond qu'un pur protestantisme, qu' enveloppe en commun une seule et même condamnation (1), et d'autre part, à faire toucher au doigt cette autre vérité, que la vraie solution, la seule complète et adéquate du grand problème, est un secret dont le catholicisme véritable a seul la clef.

(1) Tout ce que nous avons démontré à priori jusqu'ici a cessé d'être problématique. Les déclarations officielles plusieurs fois réitérées à l'occasion du bill sur les titres, en 1851, ne laissent plus de doutes au sujet du protestantisme pur où est tombé l'anglicanisme. Il pourra être utile d'en offrir ici quelques preuves tirées des feuilles publiques. Lord Jobn Russell, l'auteur du bill , dans sa fameuse lettre à l'évêque de Durham, condamne « l'invasion récente du pape contre notre proteste titisme. » D'un article publié par l'Univers, 9 janvier 1850, sous ce titre : Une nouvelle et prochaine réforme religieuse en Angleterre, il résulte 1» que, d'après le Times, les chronologistes auront à relater, en 1850, que la suprématie royale en matières spirituelles a été finalement reconnue; 2° qu'au dire du Guardian (feuille puséiste), l'Église anglicane entre dans une période où elle aura beaucoup à faire et beaucoup à souffrir [c'est-àdire à tolérer, car la souffrance n'est pas le fait des anglicans i ; 3o que l'Angleterre n'est plus anglicane, mais simplement protestante. Elle proclame depuis deux mois, par tous ses organes, son attachement aux principes de ta Ré formation et à la foi protestante. — Ce fait ne peut plus être contesté : les vrais anglicans se réduisent au parti puséiste, auquel on fait une guerre à mort. Tel est le système de John Russell. Lord Ashley n'a pas hésité, dans un meeting public, à menacer le clergé anglican de le mettre hors de combat, en réservant le soin de la réforme aux seuls laïques, qui sont les vrais et uniques réformateurs, comme, par exemple, le Times et le Morning-Herald.

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