CONCLUSION DE LA PREMIÈRE PARTIE
Court résumé de tout ce qui a été dit dans l'ouvrage au sujet de la règle t/iéosophiqitc, — de la règle rafionnr//p, — de la règle hé/croc/ile ou anglicane. — Conclusion concernant la nature du protestantisme, — et par rapport au don qu'on veut en faire à l'Italie. — Malheur des apostats prêtres ou religieux qui en ont nourri l'espérance.
Arrivé au terme que nous nous étions fixé dans cette première partie de notre travail, dite la partie négative, c'est-à-dire consacrée à renverser la règle de foi adoptée par les diverses sectes dans lesquelles se fractionne le protestantisme, il est à propos de renouer le fil de la longue discussion soutenue jusqu'ici, et de tirer notre conclusion par rapport au but que nous nous sommes proposé. Ces! oe que nous allons faire, en présentant d'abord comme dans un tableau synoptique et en raccourci le sommaire de tout ce que nous avons examiné et discuté.
Les deux partis conviennent que Dieu a laissé une règle de foi à laquelle doivent conformer leur croyance tous ceux qui professent une religion positive divine, telle que le christianisme. Toute la controverse roule donc sur le point de savoir quelle est cette règle : ai
c'est l'une des trois que vantent les protestants^ ou si c'en est une toute différente, comme celle de la religion catholique.
Or, on a vu que cette règle ne pouvait être celle
que nous avons nommée théosophique , et qui consiste ;i prétendre que chacun doit modeler sa croyance sur les communications immédiates et internes de l'Esprit-Saint : règle de nulle valeur, parce qu'elle est contraire à l'Écriture ; règle sujette par ellemême aux plus honteuses illusions ; règle qui a donné naissance aux sectes les plus extravagantes et les plus impies, et a ouvert la porte la plus large à l'immoralité, au fanatisme , aux insurrections et aux crimes de tout genre.
On a vu de même la nullité de la règle de l'examen privé. Nous l'avons analysée sous tous ses aspects, c'est-à-dire aux points de vue biblique, historique, théologique, rationnel, moral, polémique; et sous chacun de ces rapports, nous en avons fait voir la nullité, la nouveauté, l'opposition à l'Écriture, à l'antiquité chrétienne, à la saine raison ; nous en avons démontré la nullité la plus complète, tant pour les fidèles que pour les infidèles; l'oubli qu'en font dans la pratique les protestants eux-mêmes, de quelque classe qu'ils soient; l'élasticité avec laquelle elle se prête à justifier en principe toutes les erreurs des temps passés, présents et à venir ; l'incompatibilité de cette règle avec toute espèce de profession de foi positive ; la voie qu'elle ouvre au rationalisme le plus absolu, à l'isolement individuel , à l'incrédulité la plus effrénée. D'où il suit nécessairement qu'on ne saurait attribuer à Dieu une règle aussi nulle, aussi
impraticable, aussi pernicieuse , aussi destructive de
la fui et du christianisme.
Qu'on pèse les preuves avec lesquelles nous avons parcouru ces divers points de vue de la règle appelée par nous rationnelle, et que, sans chercher à s'aveugler soi-même, on juge si elle n'est pas telle que nous l'avons exposée. Si l'on réunit et compare ensemble toutes ces raisons, je pense qu'il n'y aura personne qui puisse en porter un jugement différent.
il n'y a pas lieu non plus de penser autrement de la troisième règle appelée par nous hétéroclite ou anglicane, qui, malgré ses différences apparentes, se réduit à un protestantisme réel et absolu.
De là il faut conclure que la Réforme tant vantée. du xvr siècle, ou le protestantisme (1), n'est autre
(1) Merle d'Aubigné, dans son Histoire ou, pour parler plus juste, son roman de la Réforme, voudrait mettre une distinction entre la Réforme et le Protestantisme. Dès sa préface, il loue la première comme source de grands biens, et blâme le second. La première a été une régénération de la nature humaine, une transformation sociale émanée de Dieu môme; le second a été souvent une altération des premiers principes, un conflit de partis, un esprit de secte, et l'œuvre des intérêts privés. Mais, répond avec raison Spalding, on ne pourra jamais admettre l'effet sans sa cause, le fruit sans l'arbre qui l'a produit. Si l'arbre se connaît par son fruit, comme dit Notre Seigneur, puisque le protestantisme estime altération de principes, une source de divisions et de sectes et do perte de la foi, comment l'arbre sera-t-il bon? comment la Réforme serait-elle l'ouvrage de Dieu l Le protestantisme est le meilleur et même l'unique commentateur authentique de la Réforme; ou, pour
chose qu'une aberration de l'orgueil humain, qui , sous le nom de liberté évangélique, n'a voulu qu< rendre indépendant de l'unique autorité en fait d'enseignement religieux établie pour tout le genre humain par son divin auteur dans son unique Église , qui est l'Eglise catholique, comme nous le prouverons au long dans la seconde partie de cet ouvrage. Le protestantisme n'est qu'une négation, une vraie apostasie. Il peut bien se faire que les descendants de ceux qui ont ainsi commis le crime de rompre avec tant de violence le lien d'unité qui les attachait à l'Église, leur mère, soient moins coupables que leurs ancêtres, et croient même de bonne foi appartenir au troupeau du divin Pasteur. Il peut arriver que les préjugés sucés avec le lait et affermis par l'éducation , fortifié? par l'atmosphère morale de la société dans laquelle ils vivent, les empêchent de reconnaître cette vérité : 81 par conséquent la charité chrétienne demande que nous compatissions à leur malheur, et que nous apportions tous nos soins pour écarter de leur.- yiu le voile épais qui leur en dérobe la connaissance. MadS vouloir faire à l'Italie le triste présent de cette négation ou de ce reniement , et de cette apostasie, dans
mieux dite, ils sont identiques l'un à l'autre, et ces deux mots, pris dans leur acception commune, sont synonymes et ont le même sens. Voir D'Aubigné'k Histoty nf the great Reformalion in Germany and Switzerland ?-evieu:ed and refuted by fier. M. J. Spalding, edit. the sec, Dublin. 1846.
un temps surtout Où l'opinion universelle la rejette et la réprouve, c'est une absurdité, un Coîitrê'-séfts, une abjuration du seiis rommun. En faite la proposition à 1" Italie , c'est déjà un outrage.
Mais que dirons-nous de ces malheureux apostats. particulièrement de ces prêtres et do ces reli qui, tournant le dos a l'Église, ont <• tantisme? Rien, si ce n'est qu'aveuglés parla violence et l'impétuosité de passions honteuses et abjectes, ils n'ont plus reconnu ni le terme d'où ils partaient, ni le but où tendait leur démarche. Ils traînent leurs jours dans l'amertume qui empoisonne chaque instant de leurvWj sous le poids des remords accablants d'une, conscience importune, qui leur reproche continuellement la criminelle préférence donnée à des plaisirs d'un instant sur le bonheur de jouir éternellement de Dieu, à moins de supposer qu'un athéisme pratique ait étoulïé en eux di^ tels remords, et les porte à se réjouir même dans le mal. jusqu'à ce que l'heure dernière vienne plus lot qu'ils De s'y attendent leur oter cette illusion, et enlever de leurs yeux la scène séduisante qui les tient attachésà la terre. Quand sera tombé le fatal bandeau qui les empêche pour le présent de voir la frivolité des motifs qui les ont entraînés dans cette erreur, ils apercevronl avec effroi tout le crime de leur apostasie. El Dieu veuille que cette connaissance leur devienne salutaire, et ne soit pas plutôt pour eux un sujet de désespoir ,
prélude fatal, pressentiment funeste, anticipation horrible de ce désespoir qui ne finira jamais, et qui constitue la peine la plus formidable, la plus cruelle, la plus désolante, de ceux qui ont fait à tout jamais la perte irréparable de leur fin dernière!