CHAPITRE y
U AÈ6LB GATHOUQUE DE FOI GONSIDifUiE AU POINT DE VUE POLÉIUQUE.
ARTICLE PREMIER
La règle catholique est la seule qui résiste à Texameu et lariomphe de toutes les difficultés.
Absurdes prétentions du protestantisme l'elativemcnt à TEglise catholique. — On ne saurait les soutenir sans faire outrage à Jésus-Christ, son divin fondateur. — - Jésus-Christ devait à son institution, ou plutôt à lui-même, de rendre son Eglise exempte de toute erreur dans ses enseignements. — Accuser l'Eglise de s'être trompée, c'est accuser Jésus-Christ luimême d'imprévoyance et d'infidélité à ses promesses. — Deux subterfuges des protestants. — On renverse le premier. — Jésus-Christ s'est engagé par promesse à écarts* toute erreur de l'enseignement de l'Eglise. — On réfute le second. — L'Eî^'lise romaine, dont les protestants se sont sépai^és, n'est autre que l'Eglise catholique. — L'institution de l'Eglise met hors de cause quiconque voudrait l'accuser d'erreur ou de prévarication. — Dilemme proposé aux protestants. — On presse contre eux cet argument, et on fait voir qu'ils ne peuvent échapper soit à l'une, soit à l'autre de ces deux alternatives. — L'institution de l'Eglise a démasqué par anticipation la perfidie de tous ceux qui, dans la suite des siècles, l'accuseraient calomnieusement d'eri*eur dans ses enseignements. — Confirmation de cette vérité par la manière dont les apôtres se sont conduits à l'égard des novateurs. — Vaine échap-
patoire imaginée par les protestants. — Elle est mensongère à plusieurs égards. — Autre altematiye terrible proposée aux protestants. — Condusioii.
C'est un inappréciable avantage pour le catholique de pouvoir se dire à lui-même, avec une pleine confiance, en vertu de sa règle de foi : Si TÉglise ne se trompe pas dans ses enseignements, je ne saurais me tromper dans ma croyance. Or, T Église ne peut se tromper dans ce qu'elle enseigne, à moins que Jésus-Christ n'ait voulu, en l'instituant, donner au monde un guide trompem* et une maîtresse d* erreur ; ce qui répugne à sa bonté. Il aurait anéanti par là les fruits de sa rédemption, et livré les âmes, qu'il s'est acquifies à un si grand prix, à la merci de toutes les erreurs les plus dégradantes et les plus funestes, y compris l'idolâtrie. Et, dans ce cas, à quoi auraient servi les divines leçons qu'il a données au monde, son expiation des péchés du monde, son sacrifice pour le monde?
Et cependant, s'il fallait en croire les protestants, cette aifireuse prévarication de l'épouse de Jésos- Christ aurait duré par toute la terre pendant au moins dix ou douze siècles, c'est-à-dire depuis le rv* ou le Y siècle, ou même depuis les apôtres, jusqu'au xvi" siècle, que se sont élevés Zwingle en Suisse, Luther à Wittemberg et Calvin en France (1). Et
(k\ Effectivement Luthei% en raf^xirtai^ les paitdes du Sau-
— 43i puisque la plus grande partie de cette même Église a refusé de s'attacher à cette réforme» elle est restée,
▼eur qui se lisent dans S. Mathieu, xxrv, 24 : Jusqu'à séduire mémêj sHl était possible^ les élus, tronque ce texte, dont il retranche les mots s*il était possible^ qui indiquent sufiSsamment que la chose ne pouvait se fietire, pour en inférer, contre le vrai sens du texte, que dans tout l'espace de temps qui s'est écoulé depuis la mort des apôtres jusqu'au commencement du xvp siède, les élus avaient été réellement séduits, et il finit x>ar dire que Jésus-Christ, en pitMicmç&nt œs paroles, qu'il dteau moins douze fois, mais toiqours mutilées, avait clairement averti ses disdples de ne pas s'en rapporter au témoignage des saints, ni de se régler sur leurs exemples. « Quant à l'argument fondé sur la sainteté, c*est ainsi qu'il écrit, Jésus-Christ l'a pulvérisé en annonçant que les élus seraient séduits. Et ainsi ces ânes stupides (les catholique^ ne gagneront rien à dii*e que l'Eglise n'a pas été abandonnée pendant un temps si long, et qu'elle savait même très bien tout ce que Luther allègue et prétend savoir aujourdliui. « « Ce que les papistes, dit-il encore, nous opposent de plus fort, c'est de dire : Tant d'hommes saints et savants se seraientrils donc trompés t Et ils ne voient pas, en parlant ainsi, que cette parole, au contraire (Matt., xxrv, 24), leur tombe sur la tête jusqu'à les faire chanoder comme tout étourdis. Qu'y a4ril à y répondre 1 Cette parole est là, simple et daire, et il faut bien que nous la croyions et la laissions où elle se trouve... Ou bien, voudraient-ils donc que Jésus-Christ ne fût pas plus saint que les saints, et que sa parole ne valût pas autant que la leur. — Tu vois donc que l'Eglise ressemble sur œ point à la i^nisgogue, et qu'il y en a peu qui se conservent purs de cette erreur et de cette contagion, puisque non-seulement les meilleurs y succombent, mais que même les élus en seront séduits, n (0pp. éd. Wulch., t. x, p. 52541; t. XIX, p. ISdS et 2013.) Et Toilà oomme ce novateur, au moyen d'un texte mutilé, a voulu démontrer que tons tes saints, tous les dbcteurs,
par conséquent, dans la fange de ses impuretés abominables, et ce n'a été que la très petite partie de ce vaste corps qui s'est sauvée du naufrage univerâel, grâce à la restauration apportée par ces hommes à une institution divine.
L'âme et la conscience du chrétien reculent devant cette idée que les enfants de la Réforme voudraient nous donner du chef-d'œuvre de l'Homme-Dieu, qai est l'établissement de son Église. Disons en conséquence que notre divin Sauveur a donné de tels fondements à son Église, qu'il est impossible de l'accuser d'erreur sans accuser en même temps son divin auteur ou d'impuissance, ou d'imprévoyance, ou d'infi* délité; disons que l'institution de l'Église esttdie, qu'elle met au désespoir quiconque voudrait l'accuser d'erreur et de prévarication ; disons, enfin, qu'elle a été établie avec une telle sagesse, que non-seulement tous les efforts de ses ennemis pour la convaincre d'enseigner l'erreur seront à jamais frappés d'impuissance, mais qu'elle a d'avance démasqué comme de perfides calomniateurs et comme d'infâmes apostats tous ceux qui s'élèveraient pour l'accuser ou pour lui faire la guerre. Des preuves on ne peut plus invincibles données à l'appui de ces assertions, que nous al-
toute r£glise est tombée dans l'erreur et la séduction dqiuirlt mort des apôtres jusqu^à lui» à qui était réservée la gloire de l'en délivrer ! (Voir Dœlunger, op. cit., t. m, p. 103 et suiv.)
— ws -
Ions développer avec franchise et sincérité, vont faire le sujet du présent article.
Commençons par la première, ou par prouver 'h que notre divin Sauveur a établi son Église de manière à ce qu'on ne puisse accuser d'erreur celleci sans l'accuser lui-même ou d'impuissance, ou d'imprévoyance, ou d'infidélité. Les protestants admettent que c'est Jésus-Christ qui a fondé l'Église. Eh! comment pourraient-ils le nier? Or, cet aveu me suffit pour démontrer ma proposition. Je demande, en effet, à quelle fin Jésus-Christ a fondé son Église et l'a substituée à la Synagogue, dont la mission s'est trouvée terminée à son apparition dans ce monde, faisant ainsi succéder à une société concentrée dans la Palestine une nouvelle société qui n'aurait pas d'autres limites que celles de l'univers ; à un état temporaire, figuratif et préparatoire, un état de perpétuité, de vérité et de permanence absolue ; à une sainteté légale, extérieure, cérémonielle, une sainteté intérieure, réelle, divine? Personne sans doute ne niera que la fin prochaine de cette institution n'ait été de sanctifier le monde , et sa fin dernière celle de le sauver éternellement. L'Église a été fondée par Jésus- Christ comme le moyen ordinaire offert aux hommes de tous les temps et de tous les lieux pour atteindre sucoessiveïnent chacune de ces deux fins. De là cet amour qu'il lui a porté, les prérogatives dont il l'a enrichie, les magnifiques promesses qu'il lui a faites. T. 11. sa
De là encore la faveur qu'il lui a faite de la rendre dépositaire de ses secrets divins, de ses célestes leçons, de ses grâces et de ses dons les plus précieux. De là, enfin, l'assurance qu'il lui a donnée de sa perpé» tuelle assistance, de sa présence incessante comme de celle de TËsprit consolateur, la prière adressée par lui k son Père pour le maintien inaltérable de sa parfaite unité. Je ne m'arrêterai pas ici à rapporter les témoignages de nos livres saints qui confu-ment ces vérités, tant parce qu'ils sont très connus que parce que je lea ai déjà mentionnés plus d'une fois dans cet ouvrage. Ces textes donc supposés, et il suffit pour les adrmettre de croire à la Bible, v(Hci comme je continue la suite de mes raisonnements. Si TÉglise, en vertu de l'institution de Jésus-Christ, est le moyen ordinaire choisi par ce divin Sauveur pour opérer la sanctification des hommes et les conduire à Téternelle félicité ; iri dans ce but il l'a constituée dépositaire de ses grâces, organe de la parole de vie, ministre des sacrements, il est bien évident qu'il a donné à cet édifice spirituel des bases solides pour qu'il ne puisse jamais vaciller ni surtout tomber en ruines. Il est évident qu'il a dû en écarter toute possibilité d'erreur ou tout moyen de déviation de la règle. Autrement^ quels droits lui aurait- il donnés à la confiance des peuples, en la leur désignant pour maltresse et pour guide? Sa sagesse et sa bonté infinies ne peuvent nous laisser là-dessus ni doute ni soupçon. Ajoutons,
et ajoutons avec liberté comme avec aœorance^ qu*if était même tenu, obligé à tout cela : oui» il y était obligé du moment où c'était son dessein de la donner de siècle en siècle aux hommes pour guide et mat-* tresse, avec obligation étroite pour ceux-ci de l'écouter, de lui obéir, de se soumettre à elle comme à lui* même, ou comme à celle qui remplaçait sa présence viable sur la terre ; et en menaçant de son indignation et des pdïies terribles de l'autre vie quiconque \m refuserait la plus complète obéissance, et, bien plus encore, quiconque aurait Taudace de la contre^ dire dans Texercice de son ministère.
Après cela, le Sauveur ne se devaitr-il pas à lui-* même, c^estA-dîre ne devait-il pas à sa bonté, et di* sons aussi à sa justice, de conserver exempte de tout égarement, de totite prévarication, de toute er^ reur, cette Église à qui il confiait une si noble et si sainte mission ? Ne devait-il pas, en rétablissant mère et maîtresse de tous les peuples de la terre, lui confé* rer toutes les qualités nécessaires pour s'acquitter de cette fonction sans crainte ni danger de s'égarer dans ses enseignements? N'est-ce pas là ce qu'il devait, puisquMl faisait à tous, sans des peines » sévères, un commandement si absolu, si indépendant de toute condition, de se laisser paître, conduire et gouverner par elle? Oui, certainement, il le devait, et c'est li aussi ce qu'il a promis de faire ; et promettre et exécuter, c'eôt une même chose pour l' Homme-Dieu.
Mais si Jésus-Christ se devait à lui-même, s'il devait à sa bonté, à sa justice, à rinjonction faite à tous les hommes de se laisser guider, instruire et diriger par r Église, Texécution de sa promesse; donc tous ceux qui accusent cette même Église de prévarication honteuse, d'enseignement erroné, de professioo d'idolâtrie, ne font-ils pas conune s'ils accusaient Jésus-Christ lui-même ou d'impuissance, ou d'imprévoyance, ou d'infidélité? ou plutôt n'est-ce pas comme s'ils l'accusaient de toutes ces énormités eusemble? Eh! qui pourrait en douter? Ils le taxeraient d'impuissance, puisque après avoir promis si manifestenient, si solennellement, à tant de fois répétées, son assistance à l'Église, et précisément pour ce qu'elle aurait à enseigner; après lui avoir assuré que jamais les portes de l'enfer ne prévaudraient contre elle, il ne pourrait l'empêcher, malgré ce soutien, de tomber dans les erreurs les plus abominables, d'enseigner et de pratiquer la plus grossière idolâtrie, d'altérer le dépôt entier de la révélation divine, et non pas seulement en passant, mais l'espace de dix ou dooze, ou même quinze siècles entiers. Ce serait aussi l'accuser d'imprévoyance, en le supposant capable d'avoir confié les éternelles destinées de peuples sans nombre à une Église faite pour les entraîner irréparablement à une ruine certaine (1). En faisant à tous
(1 Pour qu'on ne prenne pas ceci jiour une déclamatioii on
une obligation de se soumettre à cette Église qui devait prévariquer, il serait le principal auteur, la cause première de cette turpitude dans laquelle seraient engagés tant de fidèles. Enfin, ce serait le taxer d'infidélité, comme manquant aux promesses solennelles et réitérées de ne jamais Tabandonner, de ne point la priver de son assistance ni de sa présence, tandis qu'il la laisserait succomber, se perdre et se rouler dans des prévarications abominables. Voilà donc ce que font les protestants, comme tous les autres sectaires, lorsqu'ils accusent l'Église de prévarication, d'erreur, d'idolâtrie : leurs imputations tendent à inculper son divin fondateur lui-même, sur qui retomberaient toutes les abomina^ons qu'ils reprochent à son œuvre. Par conséquent, plus ils accumu-
une exagération, donnons en preuve le témoignage de Luther lui-inéme. Pour ce qui concerne le salut des chrétiens antérieurs à son époque, il déclare nettement, en plus d*un endroit, que « sous le papisme le ciel était fermé; que personne n*y avait obtenu.le salut, attendu que quiconque approuve la religion des papistes est nécessairement perdu à tout jamais dans Tautre vie. w (0pp. éd. cit., t. xm, p. 347, 2300.) D*où il suivrait évidemment que tous les martyrs, tous les saints, jusqu'à Luther, étaient damnés, et que lui, venu au xvi* siècle, était le premier qui eût ouvert les portes du ciel I Qu'on juge d'après cela de ce qu'il faut penser de cet homme.
Ce sera sans doute pour cette raison que nos apostats se sont faits protestants, pour trouver dans quelqu'une de ces sectes tunique voie pour entrer dans le ciely de compagnie toutefois avec leur chère moitié, crainte d*y aller seuls.
— MB — l€»t d'accusations contre i^Église, plus ils taxent d'impuissance, d'imprévoyance et d'infidélité Jéen»- Christ lui-même.
Je n'ignore pas que les protestants, pour se laver de footrage qu'ils font à Jésus-Christ en accusant rÉglise d^errcur et de superstition idolàtrique, ont recours à deux moyens, ou, pour mieux dire, à deux subterfuges ordinairea Le premier est de dire qu'on ne peut pas plus rejeter sur Jésus^hrist les aberrations de rÉglise par rapport à la vraie doctrine, que tes péchés qui se commettent dans son sein, qumqa'il l'ait constituée pour qu'elle soit sainte et pour coih duire les hommes à la sainteté; et la raison de Vxm et de l'autre, c'çsi que tes promesses de Jésus-Christ à rÉglise ont été conditionnelles ou dépendantes de la condition qu'elle n'abuserait pas de sa liberté pour s'écarter du droit chemin. Le second moyen, ou subterfuge, c'est de distinguer entre l'Église romaine et rÉglise de Jésus-Christ, et de dire qu'en accusant de prévarication la première^ ils n'ont pas pour cela accusé la seconde d'être en rien coupable, et que c'est pour cela qu'ils se sont séparés de l'Église romaine, mais non de l'Église de Jésus-Christ, ou de la véritable Église catholique, à laquelle ils sont restAs toujours attachés.
Or, cette double défaite est également vaine, et n'atténue en rien l'outi^age que les novateurs ont Eût i Jésus-Christ en accusant l'Église : donnons-en les
~ «19 — preuves évidentes. Et quant à la pi*emière de ces deux réponses, disons qu^ils crafondent la règle avec Tobsenration de la règle. La règle, comme devant servir de mesure ou de modèle, doit, de toute néces- »té, être juste et droite, puisque autrement elle cesserait d'être règle pour les choses mêmes à régler. Si la règle était tortueuse ou fausse, il est bien clair que le même défaut se communiquerait nécessaire* ment à tout ce qu'elle servirait à régler, puisqu'il sV dentifierait avec elle-même. Au lieu que &. la règle est juste et droite, le défaut de celui qui ne s'y conforme pas n'est plus imputable à la règle elle-même, mais seulement à celui qui s'en écarte ou qui néglige de s'y conformer. Or, tel est le cas présent. La règle prochaine de foi pour les croyants, c'est l'Église enseignantei et c'est pour cela que, si l'ÉgKse se trompait dans son enseignement dogmatique ou moral, on devrait nécessairement lui imputer l'erreur des Tidèles, et par là même en accuser le vice de son institution, ^^ pour mieux dire, en accuser Jésus-Christ, qui nous a donné cet enseignement pour règle, ou pour guide à suivre. Et, non content de nous mettre à roême de suivre cet enseignement, il nous en a, comme nous l'avons dit, imposé l'intime obligation; il nous a menacés des peines les plus graves, si nous n'y prêtons l'oreille et n'y rendons obéissance. Si, par un sot caprice ou une volonté coupable, nous refusons de nous conformer à cette règle dans nos
— wo —
croyances ou dans nos œuvres, par notre foi spéculative ou par notre conduite morale, à nous seuls alors, a nous uniquement devra s'imputer Terreur ou ie péché.
^ Par là il est évident qu'il n'y a aucune parité à éta-
blir entre le mal croire ou le mal vivre de ceux qui sont dafis l'Église, et l'enseignement erroné dont on voudrait accuser P Église elle-même. Oserait-on dire que nos transgressions doivent être rejetées sur Dieu, parce que c'est lui qui nous a donné son décalogue et que nous négligeons de l'observer; ou que les délits des sujets d'un gouvernement doivent retomber sur le législateur, parce que son code est transgressé tous les jours ? Je ne pense pas qu'il y ait au monde un homme assez insensé ou assez méchant pour le dire. Pourquoi donc attribuer à l'Église qui nous enseigne la vérité, qui nous présente la règle à suivre pour bien vivre, les infidélités des mécréants ou des hérétiques, ou les péchés de ses enfants, tandis qu'ils ne sont coupables que pour ne vouloir pas conformer leur croyance ou leur conduite à la règle qu'elle leur propose? Au lieu que, si l'erreur ou le vice était dans la loi ou dans le code lui-même, il est évident que les fautes qui se commettraient par suite de son observation devraient s'attribuer au législateur luimême, et à lui uniquement. Il en serait de même de l'Église.
Dire ensuite que les promesses de Jésus-Christ
— khi —
soient conditionnelles, et dépendantes du libre vouloir de rÉgtise, c^est une absurdité^ puisque cela rendrait ces promesses illusoires et de nulle valeur. Car elles équivaudraient alors à ces propositions: Les portes de l'enfer ne prévaudront jamais contre l'Église, à moins toutefois que l'Église par sa volonté ne les laisse prévaloir. Elle demeurera toujours solide et ferme, poui-vu qu'elle ne tombe pas. Je serai toujours avec l'Église enseignante pour empêcher qu'elle n^erre, excepté toutefois le cas où elle voudrait errer. L'Esprit de vérité demeurera toujours avec elle, si toutefois elle ne le chasse volontairement. Qui ne voit de prime abord tout ce qu'il y aurait d'indigne, de dérisoire, renfermé dans de telles promesses? Quiconque le voudrait pourrait en faire de semblables, avec l'assurance de n'être jamais pris en défaut; à ce compte Notre Seigneur aurait pu promettre l'infaillibilité à ceux-là mêmes qu'il aurait prévu devoir être par la suite des maîtres d'erreur, et l'impeccabilîté à ceux qui devaient être plus tard des monstres d'impiété ou de scélératesse. Dans cette même hypothèse, l'obligation imposée à tous les hommes par Jésus-ChrÎBt d'écouter l'Église n'eût été que conditionnelle, ou restreinte aux cas où l'Église aurait enseigné la saine doctrine. Or, ces passionnés partisans de touie la Bible et de la Bible seule pourraient-ils nous y faire lire un texte où soit mentionnée cette réserve ou cette condition? D'ailleurs, qui serait le juge de la
— ws —
vraie ou de la fausse doctrine qu'ensdgnerait l'Égiîse, du moment où l*on devrait cesser de l'écoyler, oa discontinuer d'obéir avec docilité à ses emeignements? Que les protestants voient eux-mêmes à quoi les réduit l'entêtement qu'ils apportent à soutenir une cause perdue! Ajoutez à toutes ces raisons que Jésus-Christ, étant Dieu et homme tout ensemble, u^a pas fait ces promesses sans prévoir le concours de l'Église, prise collectivenient , à l'assistance toute paissante de ses lumières et de ses grâces, et que, ne fût-ce que pour cette seule raison, sa promesse a dû être absolue et absolument infaillible (1).
(1) Qudques protestants ayant osé afflimer que le Nouveau Testameiit coi^enait une prédictioa d'une défection totale de l'Eglise de Jésus-Chiist, comme servant de preuve à la divinité de la mission du Sauveur, sans qu'on y voie de même prédit que ce mal serait réparé, le cardinal Wisbmak, dans la iv* de ses conférences sur les doctrines et les pratiques del'Eglise catholique (Démonstr. évang.y éd. Migne, t. xv, col. 792 eisuiv.j, fait voir avec esprit l'absurdité de cette assertion au moyen de la parabole suivante : «< Un roi vivait éloigné de ses enfants, qu'il aimait tendrement ; ceux-ci demeuraient sous une teoÉs fragile et périssable qu'il avait longtemps et souvent promis de remplacer par une habitation solide et magnifique, digne de sa gi*andeur et de son affection pour eux. Longtemps après ils reçurent la visite d'un homme qui se disait envoyé par leur père pour élever ce superbe MMiment. Ss lui demaadëreat : « Qiiale marque certaine ou quelle preuve pouvez-vous nous donner que le roi notre i)ère vous a envoyé avec tous les titres et les moyens nécessaires pour bâtir un édifice qui puisse convenablement ren^>hicer notre andanne demeure et nous oenir dé-
-^ 4M ^ Mais qœ diroii6-nous de cette autre défaite de& protestants, qu'en accusant HÉglise romaine, ils D*aecusent pas pour cela TÉglise catholique ou TÉgKse de Jésus-Christ; et que, sMls se sont séparés de la première, ils ne se sont pas séparés de même de la seconde? Nous dirons que ce deuxième subterfuge n'est pas moins Illusoire que le premier, disons mieux, que c'est une vaine illusion que les protestants se font
sonnais d'habitation 1 » U leur répoixiit en oes termes : « J*éléf«ni un édifice somptueux, spacieux et magnifique: les mura en seront de mai*bre et les toits de bois de cèdre; ses ornements seront d*or et de pierres précieuses. Je n'épargnerai rien pour le rendre digne de celui qui m'a envoyé et de moi, qui en suis Farcbiteete, au point que je sacrifierai même ma vie pour cet important chef-d'œuvre. Or, une des preuves de la Mgitimité de ma mission pour cet ouvrage et de la capacité qu'on a trouvée en moi poin* me charger de cette glorieuse entreprise, c*est qu'à peine cet édifice sera-t-il achevé que ses pierres précieuses perdront tout leur lustre, que Féciat de son or se ternira, que ses ornements se souilleront de taches hideuses, que ses murs seront sillonnés de fentes et de crevasses, qu'enfin il s'en ira en ruine et tombera; et ainsi, après quelques générations seulement, tout cet édifice ne sera pLuB qu'un amas de décombres et ne présentera plus que l'aspect d'une affreuse désolation! m Que lui répondraient-ils alors 1 « Allez, lui diraient-ils, ou vous êtes un insensé, ou vous nous prenez pour tels : sont-ce là les preuves que vous nous donnez de votre habileté à bâtir une maison pour nous servir de demeure! » Cette similitude vaut plus d'un argument pour mettre dans tout son jour Yeai-travagance de ceux de nos adversaires qui donnent en preuve de la divine mission du Sauveur la défection presque immédiate et totale de l'Eglise, après qu'il l'aurait fondée.
à eux-mêmes comme ils la font aux autres. Car, ou ils entendent par Église romaine le diocèse de RomCt ou ils entendent par ce mot l'ensemble de toutes les Églises du monde, qui sont en communication avec rËglise de Rome, ou le siège apostolique, et qui, en vertu de cette conimunion môme avec le centre de la chrétienté et de leur dépendance du pontife romain, constituent Tunité de TÉglise catholique. Mais ils ne peuvent entendre par Église romaine le simple diocèse de Rome, comme cela est évident, puisque, dans cette supposition, ils ne se seraient pas mis en guerre avec les catholiques ou les Églises catholiques du monde entier qui se trouvent hors des limites si étroites du diocèse de Rome, qui ne comprend à peu près que l'enceinte de la ville avec une petite portion de la campagne environnante. Ils n'auraient pas pris pour objet de leur persécution les catholiques de la Suisse, de l'Allemagne, de l'Angleterre, de l'Irlande, etc. Ils n'auraient pas gaspillé les biens de leurs Églises, pillé leurs temples, dépouillé leur clergé, et ils ne poursuivraient pas encore aujourd'hui cette œuvre de rapine et de vexation partout où ils en trouvent le moyen. Bien moins encore calomnieraient- ils les catholiques qui se trouvent dans les Indes, dans la Chine, dans l'Océanie, conmie partout ailleurs. Donc, par ces mots : Église romaine^ les protestants entendent la communion romaine, c'est-à-dire toutes les Églises dispersées dans l'univers qui reconnaissent
le pontife romain pour chef et pour centre commun.* Cette expression ne saurait avoir sur leurs lèvres une autre signification ou un autre sens.
Si donc par Église romaine ils entendent la communion romaine, Tunion de toutes les Églises parti* culières avec l'Église de Rome, et cpii professent la même foi avec le pontife romain, il s'ensuit qu'ils se sont séparés de l'Église catholique ou de l'Église de Jésus-Christ, et que c'est celle-ci même qu'ils accusent, quMls outragent, qu'ils persécutent. Rien de plus facile à prouver. En effet, l'Église romaine, dans le sens que nous venons de dire, est l'Église de tous les temps, puisqu'elle ne reconnaît d'autre origine que celle qu'elle a reçue de saint Pierre, qui a fixé à Rome son siège définitif; elle est donc d'origine divine, elle est l'Église établie par Jésus-Christ, qui a donné ce même apôtre pour chef au collège apostolique, pour primat universel et pour fondement à son Église. Avec saint Pierre communiquaient certainement toutes les Églises d'alors, tant de l'Orient que de l'Occident; et, puisque la suite de ses successeurs jusqu'à nos jours n'a jamais été interrompue, cette conununicalion de toutes les Églises partielles de l'univers avec les successeurs de Pierre n'a de même jamais cessé, constituant ainsi toujours la même unité à travers cette succession qui n'a nulle part souffert d'interruption, professant toujours la même doctrine, les mêmes dogmes, la même morale. Cette
Église est donc aussi l'Église de tous les lieux, par cela même que le^ Églises de tous les lieux de Punivers ont toujours formé une seule Église, une seule unité avec les successeurs de Pierre, comaie les sujets d'un même empire ne forment qu'un même ^n{Hre, quoique de contrées ou de provinces différentes, L'Église jomaine est donc, dans ce même sens, l'Église une, sainte, catholique, apostolique, l'Église du sjmbole de Constantinople, l'Église de Jésus-ChrisL Concluons que, lorsque les protestants se sont séparés de l'Église romaine, ils se sont par là même séparés de l'Église de Jésus- Christ pour faire secte à part, et qu'en conséquence les accusations dont ils ont chargé ou chargent encore cette Église s'adressent i l'Église même de Jésus-Christ, et finalement à Jésus- Christ même, qu'elles taxent d'impuissance, d'iniprévoyance et d'infidélité à ses promesses.
Prouvons maintenant notre seconde assertion, savoir que l'institution de l'Église est de telle nature, qu'elle met hors de cause quiconque voudrait l'accuser d'erreur et de prévarication* La raison de cette assertion sort comme d'elle-même des entrailles du sujet que nous traitons. Car soit que l'on considère que l'Église, tant en elle-même que dans ses attribations, est l'œuvre ou, pour mieux dire, le chefd'œuvre de notre divin Rédempteur ou de la divine sagesse elle-même incamée ; soit qu'on voie en ellemême l'image fidèle, la représaitation vivante de
Jésus-Ghrist sur la terre, où elle enseigne, gouverne et confère les sacrements en son nom; soit qu'on r^visage comme Tinsbrument actif dont le Sauveur se sert pour la sanctification des m(H:tds, il est visible pour tout le monde que la seule supposition d'une erreur ou d'une prévarication dans une telle Ëglise est, non pas seulement injurieuse à Jésus- Christ, mais de plus contradictoire et absurde. Si une semblable hypothèse était admissible, il faudrait dire que le Fils de Dieu, qui a dioisi T Église pour organe et pour instrument, qui a voulu par son moyen se rendre, en quelque façon, toujours visible dans le monde, pour y continuer F œuvre de la sanctification et du salut de la famille humaine, aurait fait choix du inoyen le moins propre à atteindre la fin qu'il s'est proposée. Il faudrait dire que Jésus-Christ aurait fait ce que ne ferait pas un homme, pour peu sensé qu'il soit, en agissant à rebours du but qu'il aurait en vue, en paralysant toute l'influence que, pour le bien des fidèles, l'Église aurait pu et dû avoir sur les esprits et sur les cœurs. De sorte que ces âmes, pour qui, dans l'excès de son amour, il s'est immolé par le sacrifice le plus humiliant comme le plus douloureux, il les aurait abandonnées, après les avoir acquises à un prix si cher, entre les mains d'une Église capable seulement de les mener à leur perte, en les faisant passer d'erreurs en erreurs jusqu'au fétichisme le plus grossier, jusqu'au point de méconnaître la vraie
— 4*8 — manière d'obtenir la justification et le salut. Et cela, tandis qu'il était tout-à-fait le maître de les remettre avec plus de sécurité entre des mains plus fidèles, telles que celles d'un Luther, d'un Zwingle, d'un Calvin, d'un Henri YIII, d'une Elisabeth jet d'autres de cette trempe, qui les auraient instruites beaucoup mieux, et les auraient tenues à mille piques de cet affreux précipice, de ce ténébreux abfme.
Et qu'on ne pense pas que ce soit là une pure subtilité, une imagination inventée à plaisir; ce n'est au contraire qu'une conséquence logique et d'une souveraine exactitude. Car, ou les imputations des protestants contre l'Église sont fausses, et alors ils sont coupables de la^ plus noire calomnie, en même temps que du schisme ou de la rébellion la plus scandaleuse et la plus funeste, sans motif d'en venir à un pareil éclat; ils sont des homicides d'âmes, et d'autant d'âmes qu'ils en ont entraîné dans leur faction ; ils sont des enfants dénaturés qui ont cruellementdédiiré le sein de leur propre mère : ou leurs imputations sont vraies, et dans ce cas il faudra dire que ce n'a été que dans les trois siècles dernièrement écottlé^ que le vrai christianisme, la religion vraiment pure et exenipte d'erreur et d'idolâtrie , telle qu'elle a été instituée par Jésus-Christ et préchée par ses apdbes, a paru enfin dans le monde, grâce à l'habileté de ces grands génies dont nous parlions il n'y a qu'un instant, conrnie de leurs nombreux et dignes coopéra-
teuis, qui même ont perfectionné leur ouvrage jusqu'à nos jours avec des titres nouveaux à la rèconnaissance du genre humain, en nous donnant avec une longue suite d! errata une deuxiènflie édition de la religion de Jésus-Christ revue et corrigée par les coryphées de la Réforme. A vrai dire cependant, les anciens hérétiques, voire même ceux du moyen-âge, en avaient déjà donné bien d'autres éditions, ni moins révisées, ni moins correctes! ! I
Mais, s'il en est ainsi, on n'aura donc eu jusqu'au XVI* siècle, dans l'Église de Jésus-Christ, qu'une fausse croyance, et ce ne sera qu'en pure perte qu'auront versé tout leur sang jusqu'à cette époque et jusqu'à nos jours tant de martyrs, je ne dis pas seulement des trois premiers siècles, qu'ils ont été immolés par les haches romaines ou par le glaive des Perses, mais particulièrement des siècles qui ont suivi, où on en a vu tomber un si grand nombre sous le cimeterre des musulmans, et plus tard sur les bûchers ou sur les échafauds de l'Inde, du Japon, de la Chine, et enfin de l'Océanie. Et par conséquent, ce serait vainement que jusqu'à cette époque tant de docteurs auraient cru et enseigné; que tant de prêtres, d'évêques, de pontifes, auraient épuisé leurs soins, leur sollicitude, leurs travaux, à la direction des peuples dont ils avaient la charge ; vainement que tant de saints anachorètes et de saints cénobites auraient dit adieu à tous les attraits que leur offrait le monde pour peupler
^ »60 — les solitudes au milieu des mortifications et des privations de tout genre ; vainement que tant de milliers de religieux auraient sacrifié les plus douces affections de la famille, le commerce de leurs amis, les plaisirs du siècle, pour se renfermer dans les cloîtres et s'appliquer soit à la contemplation des choses divines, soit à la reproduction d'anciens manuscrits contenant le précieux dépôt de la sagesse grecque et latine, ou pour étendre la civilisation tant en Europe qu'au-delà de TOcéan, soit en fertilisant les terres désertes, soit en soulageant Thumanité indigente ou souffrante par toute espèce d' œuvres de charité spirituelle et corporelle ; vainement que tant de millions de vierges se seraient consacrées à Dieu pour pousser les gémissements de la colombe auprès du céleste époux qu'elles ont su préférer aux alliances d'ici-bas et à tout ce que la scène du monde pouvait leur offrir en perspective de plus séduisant, qu'elles se sont vouées dans les hôpitaux à rendre aux infirmes et aui malades les services dont la seule idée révolte la nature, et que les mercenaires eux-mêmes croient faire acte de charité d'accorder par pitié, quelque chèrement que puisse être payée leur peme; vainement enfin que tant de millions de fidèles de toute condition, de tout âge, de tout sexe, se seraient employés jusqu'à cette époque à l'acquisition parfois si pénible de toutes les vertus domestiques et sociales pour sauver leurs âmes en se rendant agréables à
Dieu (1). Et non pas simplement jusqu'à cette époque, c'est-à-dire jusqu'à l'apparition de ces soi-di-
(1| Ce sujet a été développé avec autant d'éloquence que de force par Tertullien dans son livre des Prescriptions^ c. 29 : " Audeat igitor aliquis, dit il, dicere ilios errasse, qui tradide- •• nintl Quoquo modo sit erratum, tamdiù uiique regnavit errer •< quamdiù hsereses non erant. Aliquos marcionitas et valenti- « nianos liberanda veritas expectabat : intereà perperàm evan- « gelizabatur, perperàm credebatur, tôt milUa millium perperàm « tincta, toi opéra fidei pm'peràm administrata, tôt virtutes, tôt *> charismata perperàm operata ; tôt sacerdotes, tôt ministeria « perperàm functa; tôt denique martyria perperôm coronata, « aut si non perperàm, nec in vacuum, quale est ut antè res « Dei currerent, quàm cujus Dei notum essetî Antè christlani, <• qu$im Christus inventust Anté hœresis, quàm vera doctri- « nat >* Aux noms de marcUmUes et devalentinienSy substituons ceux de luthériens et de calvinistes, et la peinture fidèle de ces dernières sectes, faite d'avance par Tertullien, avec les conséquences qui découlent de leurs prétentions, sautera aux yeux de quiconque a le sens commun, surtout si l'on se rappelle les aflùmaiions positives de Luther que nous rapportions un peu plus haut.
Ces funestes conséquences ne sont pas moins habilement exposées par Vincent de Lérins, dans son Commonitoire, c. 24, et en particulier dans le passage suivant : « Sententiarum no- - vitales, quœ sunt vetustati atque antiquitati contrariœ ; quœ •• si accipiantur, necesse est ut fides beatorum Patrum aut tota, « aut certè magna ex parte violetur ; necesse est ut omnes om • « nium œtatum fidèles, omnes sancti, omnes casti, continentes, « virgines, omnes clerici, levitœ et sacerdotes, tanta confesse- » rum miUia, tanti martyrum exercitus, tanta urbium, tanta « populorum celebritas et multitude, tôt insulœ, provinciœ, re- " ses, gentes, régna, nationes, totus posti*em6 jam penè terra- « rum orbis per catholicam fidem Christo capiti inoorporatus,
sant réformateurs de la religion ; mais il faudrait dire que cette séduction aurait duré jusqu'à nos jours dans la plus grande partie de l'Église, puisque leur tant bénite Réforme n'en a pu atteindre que la moindre partie. Il n'y a d'autre moyen pour sauver l'antiquité tout entière dans le cours non interrompu de près de quinze siècles, et tous ceux des temps plus modernes qui ont persisté dans l'ancienne croyance depuis l'introduction du protestantisme, que d'exciper en leur faveur d'une ignorance invincible, et par cela seul innocente, si toutefois on peut supposer innocente ou invincible l'ignorance dont l'objet serait une honteuse idolâtrie.
-^ Mais si l'ignorance invincible peut excuser tant de
milliers d'errants et de séduits, il n'est pas moins vrai que l'œuvre, que l'institution de l'Homme-Dieu serait dans l'hypothèse protestante l'œuvre et l'institution la plus impure, la plus funeste, la plus abominable qui ait paru dans le monde. Voici donc l'alternative à proposer : ou le protestantisme a raison dans ses accusations contre l'Église, et alors c'est une nécessité, et des plus rigoureuses, d'admettre toutes les fatales conséquences qu'il faudrait en tirer contre l'œuvre et l'institution du Sauveur, et cela en dépit de tout ce
« tanto sseculorum tractu ignorasse, errasse, blasphémasse, « nesdsse quid crederet, pronuntietur. »
Que les protestants digèrent comme ils le pourront toutes ces conséquences.
qu'il a fait, souffert et promis pour elle; et alors comment croire qu'il soit Dieu , et un Dieu portant à l'excès son amour pour le salut du monde ? ou le protestantisme a tort et fait tomber à faux ses accusations contre l'Église, et, dans ce cas, il n'est pas seulement un injuste calomniateur, mais il est l'acte de révolte et de félonie contre l'Église le plus solennel dont l'histoire fasse mention. Il n'est donc autre chose qu'une secte hérétique et réprouvée, ni plus ni moins que toutes ses devancières, qui n'ont pas manqué de charger conwne lui cette même Église des mêmes imputations. Ce n'est pas moi qui déterminerai le choix entre ces deux alternatives : je l'abandonne de mon plein gré à tout lecteur, à tout homme loyal, même protestant. Mais comme je pense, pour l'honneur de l'humanité et du christianisme, qu'il n'y a point de conscience si erronée, point de front si endurci, point de raison si dérangée, qui ose s'arrêter à la première de ces alternatives dont je laisse le choix, il ne reste donc plus à choisir que la seconde, que les protestants voudront sans doute repousser loin d'eux de tout leur pouvoir ; mais l'inflexible logique ne le leur accordera jamais, à moins qu'ils ne se désistent enfin de leurs accusations contre l'Église. Et c'est ainsi que se trouve démontré jusqu'à l'évidence tout ce que nous avons affirmé, savoir que l'institution de TÉglise est de telle nature qu'il suffit de la considérer
pour réduire au désespoir quiconque chercherait à l'accuser d'erreur et de prévarication.
11 nous reste à démontrer en dernier lieu que cette sublime institution est telle, que non-seulement elle rend inutiles et vains les efforts faits par ses ennemis pour convaincre son enseignement de fausseté, mais que de plus elle a elle-même convaincu d'avance de calomnie, de perfidie, de honteuse apostasie, quiconque tenterait de l'accuser d'erreur et de lui faire la guerre. En effet, si Jésus-Christ a voulu, en instituant rÉgliee, créer un organe d'enseignement pour toute la famille humaine; s'il a voulu l'investir d'une autorité surnaturelle pour proposer à tous sans distinction de personnes les vérités à croire et les vertus à pratiquer ; si à cet effet il l'a dotée d'infaillibilité et d'indéfectibilité, afin cpie d'une part elle ne puisse jamais prévariquer dans son enseignement ou dans l'acquittement de sa charge, et que de l'autre tous les hommes puissent se reposer en elle avec une confiance sans bornes , il s'ensuit en rigueur de logique qu'ils sont donc aussi vains qu'inutiles les efforts qu'on ferait pour accuser l'Église d'erreur dans ses enseignements. Car, dans cette hypothèse, qui est précisément celle de la foi catholique , quels seraient ceux qui lui intenteraient une pareille accusation? Des hommes privés, de simples individus, des enfants de cette même Église dont ils ont reçu avec le baptême l'in-
struction nécessaire sur ce qu'ils ont à croire et à pratiquer ; des hommes non-seulement sans mission, mais placés de plus dans des conditions telles, quMls ne sauraient porter d'accusations de ce genre sans témérité et sans félonie ; des hommes enfin qui, pour charger l'Église d'imputations semblables, auraieot à se constituer juges de celle-là même qui, en matière de doctrines et de pratiques religieuses, a droit de soumettre tout particulier, quel qu'il soit, à son propre tribunal. En effet, on ne peut pas être juge sans être en même temps le supérieur de ceux sur qui on prononce sa sentence : quel sera donc jamais l'individu qui puisse se dire juge de cette Église, dont il est, au contraire, le sujet et le fils d'après l'ordre établi par Dieu lui-même? Quelle doctrine pourrait opposer à l'Église cet individu, qu'une doctrine contraire à celle qu'elle enseigne? Mais, dans ce cas, il provoquerait de toute nécessité la condanmation de sa propre doctrine, par cela même qu'elle serait opposée à celle de l'Église.
Ajoutez à cela que, comme nous l'avons déjà observé, le principal office de l'Église, par rapport à ce qu'elle enseigne, consiste à attester à tous les hommes que les vérités qu'elle propose à croire sont celles qu'elle a reçues de Jésus-Christ et des apôtres, et que, par conséquent, elle remplit en cela le rôle de témoin du fait positif et du sens légitime de la révélation divine. Lors donc qu'un in-
dividu oppose une autre doctrine à croire, différente de celle de l'Église, contraire à celle de T Église, c'est une doctrine contraire aux vérités divines qu*il lui oppose par là même, une doctrine qu'il ne saurait attester avoir reçue lui-même de Jésus-Christ ou des apôtres, une doctrine convaincue par cela seul de fausseté et d'erreur.
^^ Que disaient les apôtres aux premiers novateurs
qui osèrent s'élever contre leur enseignement, en cherchant tous les moyens de l'altérer ou de le corrompre? Ils les repoussaient comme des hommes vains et orgueilleux, comme des hérétiques et des antechrists, et ils défendaient à leurs disciples d'avoir aucun commerce avec eux. « Si quelqu^un enseigne autrement^ écrivait à leur sujet l'apôtre saint Paul, s'il n'embrasse pas les salutaires instructions de Notre-Seigneur Jésus-Christ et la doctrine qui est selon la piété, il est enflé d'orgueil^ il ne • sait rien; mais il est possédé d'une maladie d'esprit qui l'emporte en des questions et des combats de paroles, d'où naissent F envie, les contestations, les médisances, les mauvais soitpçons, les disputes pernicieuses de personnes qui ont l'esprit corrompu et sont privées de la véiité » (!)• Et ailleurs le même apôtre écrit encore à ce même disciple Timothée : « Quelques-uns, se détournant (des rè-
(1) I Tim., VI, 3-6.
gles de la charité comme de la vraie foi), se sont égarés en de vains discours^ voulant être les doc^ leurs de la loiy et ne sachant ni ce qu'ils disent ni ce qu'ils affirment » (1). Il écrivait de même à saint Tite, autre évêque institué par lui : « Fuyez celui qui est hérétique^ après l'avoir repris une et deux fois^ sachant que quiconque est en cet état est perverti^ et qu'il pèche, étant condamné par son propre jugement » (2). De son côté, l'apôtre saint Jean écrivait à son tour : « Si quelqu'un vient vers vous et ne fait pas profession de cette doc^ trine, ne le recevez pas dans votre maison et ne le saluez point » («S). Je passe sous silence bien d'autres textes semblables, que j'ai déjà rapportés ailleurs, et qui tous conspirent à nous représenter ceux qui s'opposaient à la doctrine prêchée par les apôtres comme des sectaires, des novateurs, des hérétiques, des orgueilleux, des antechrists; ces textes seuls font une partie considérable des épltres des apôtres eux-mêmes. Or, l'enseignement de l'Église n'est que la continuation et comme la ligne prolongée à l'indéfini 'de l'enseignement apostolique, de même que son ministère est la continuation de leur ministère ; c'est l'écho qui s'est répété dans toute la suite
11) Ibid. I, 6-7.
P) m, m, lo-ii.
(3) nJOAK., 10.
des siècles écoulés, qui se répète aujourd'hui et qui se répétera de même dans tous les siècles à venir, pour rendre à tous les hommes un témoignage public et solennel des mêmes vérités qu'elle a apprises dès le commencement. C'est pour cela qu'on ne saurait contredire les vérités que l'Église enseigne, et qu'elle enseigne en attestant les avoir recueillies de la bouche de Jésus-Christ et des apôtres, sans contredire une vérité de fait, qui est le fait de la révélation divine, sans contredire par conséquent Dieu même. Ainsi, quiconque commet cet attentat se déclare par cela même ennemi de la vérité divine, ennemi de Dieu, hérétique, impie, perfide, apostat; et je parle ici, comme on le voit, de ceux qui les premiers ont donné l'exemple de faire la guerre à l'Église et ont levé contre elle l'étendard de la révolte, comme de ceux aussi qui continuent l'œuvre de ces premiers.
Et qu'on ne dise pas que les protestants opposent à l'enseignement de l'Église non leurs propres doctrines, leurs propres conceptions, mais uniquement la parole de Dieu écrite, les doctrines contenues dans la Bible, dans les Évangiles, dans les épîtres des apôtres, et dont l'Église se serait écartée ou qu'elle aurait viciées et corrompues par un impur mélange de doctrines ou superstitieuses, ou vaines, ou erronées; que le rôle des réformateurs n'ait été qu'un travail d'épuration, de discernement, de ventilation.
pour ainsi dire, de cette poussière ou de ces scories que le long train des siècles avait fini par entremêler à cet enseignement, à peu près comme la rouille s'attache au fer ou à T acier; que telle soit enfin la vraie idée qu'on doive se faire de la Réforme, qui, d'après la force même du mot, se réduit à rappeler la religion chrétienne à sa pureté primitive (1). Non, non, devons-nous répondre, une pareille exception ne serait fondée que sur des suppositions tout-à-fait fausses. Elle supposerait, en premier lieu, ce dont nous avons démontré la fausseté jusqu'au plus haut degré d'évidence, savoir que le dogmatisme de ces soi-disant réformateurs, en tant qu'il contredit l'enseignement de l'Église, serait réellement contenu dans la Bible, tandis que nous avons défié et que nous défions encore tout ce qu'il y a de protestants au monde de nous montrer un seul de tant d'articles de leurs symboliques qui se trouve exprimé ou formulé dans les livres saints. Nous avons de plus, comme par surabondance de droit, fait voir clairement que tous ces articles ne sont que des concepts purement subjectifs, et qui forment ainsi comme la propriété exclusive de ces réformateurs. Cette exception supposerait, en outre, ce que
(1) Tel est le langage que tiennent de nos jours, sans trop savoir ce qu'ils disent, les partisans de la prétendue liberté religieuse, pour insinuer aux simples le protestantisme dont ils sont engoués.
nous avons pareillement démontré faux, que l'Église aurait pu quelquefois ou s'écarter des vérités révélées, ou les corrompre, ou du moins les laisser impunément s'altérer par des mélanges d'erreur en fait de questions dogmatiques, par la raison péremptoire que nous avons donnée, qu'on ne saurait admettre cette supposition sans faire outrage à Jésus-Christ luimême. Elle supposerait, en troisième lieu, que les particuliers, les simples fidèles, pourraient se constituer juges de l'enseignement de l'Église, de manière à être en état de décider et quelles seraient les erreurs que renfermerait sa doctrine, et quelles seraient les vérités qu'il s'agirait d'y substituer : supposition également démontrée fausse et contraire au bon sens. Joignons encore à tout cela que les novateurs dont l'apôtre saint Pierre écrivait qu'î/s rf^iournaieni en de mauvais sens les lettres de Paul, aussi bien que les autres Écritures, dont ils abusaient pour leur propre ruine (1), prétendaient aussi opposer les textes bibliques, c'est-à-dire rien que la Bible, à l'enseignement de l'Église de ces temps apostoliques , et que c'est pour cela qu'ils . étaient traités par cet apôtre d'esprits ignorants et légers. Ajoutez, enfin, que l'œuvre d'épuration de toute erreur, ou de ventilation du poussier ou des scories qui se seraient engendrés dans l'enseigne-
(1) n Petr. m, l«.
ment de l'Église comme la rouille dans le fer, a été également l'idée fixe de tout ce qu'il s'est élevé d'hérétiques dans l'Église depuis le T' siècle jusqu'au xix% à commencer par Simon le Magicien et à finir par RoDge. Aucun d'eux n'a jamais avoué être un hérétique ou un novateur; tous, au contraire, se sont plaints de l'intolérance (toujours, il est vrai, la mênoe) de l'Église catholique, qui, au lieu d'accepter avec reconnaissance leur charitable épuration, leur a rendu le mal pour le bien, en leur faisant l'injure et Toutrage de les expulser de son sein comme des hérétiques, et de les frapper d'anathème.
Si l'on demande ensuite la raison fondamentale pourquoi tous et chacun de ces réformateurs, de ces épurateurs, doivent être tenus pour novateurs et hérétiques , et pourquoi on doit tenir pour erronées et hérétiques leurs doctrines en tant qu'elles s'écartent de l'enseignement de l'Église, c'est, répondrons-nous, parce qu'ils se sont mis en opposition avec la règle de foi catholique. Cette règle , comme nous l'avons déclaré et inculqué tant de fois, n'est autre que l'infaillible autorité de l'Église de Jésus-Christ. C'est là coname le terme général de comparaison auquel on a toujours rappelé et on rappellera toujours tous ceux qui ont osé ou qui oseront, sous quelque prétexte que ce soit, accuser l'Église d'erreur dogmatique , et opposer un nouvel enseignement à celui de l'Église ellemême. Et puisque, cette règle une fois établie, toutes
— 46Î — les doctrines qui s'en écartent, qui la contredisent ou la combattent, sont par cela seul et comme par anticipation jugées en elles-mêmes hérétiques ou erronées, on doit de la même manière juger par anticipation hérétiques, apostats et impies tous ceux qui sciemment, volontairement et obstinément, introduisent ou soutiennent contre T Église de semblables doctrines. Au lieu que, si vous ôtiez cette règle, il n'y aurait jamais eu et il ne devrait jamais y avoir ni hérétique, iii hérésie, du moins formelle, puisqu^on manquerait de termes de Comparaison, qu'on n'aurait plus de règle ou de principes pour décider ces ques • tions. Dans cette hypothèse , la variété de doctrines dans l'Église ne serait qu'une variété d'opinions, et ceux qui les soutiendraient ne seraient que des opinants.
£t voilà donc les protestants réduits à une nouvelle alternative aussi terrible que la première. Ou ils nient qu'il existe pour l'institution de Jésus-Ghrisl cette règle, cette mesure commune en matière de foi, et dans ce cas il faut qu'ils soutiennent en mémo temps qu'il n'y a jamais eu d'hérétiques ni d'hérésies dans l'Église, pas même en fait de docétisme, de gnostîcisme, de sabellianisme, d'arianisme, etc.; qu'ils contredisent en outre manifestement la Bible tout en faisant profession de la suivre en tout comme leur unique règle, puisque la Bible parle d'hérésies et d'hérétiques qui existaient dès l'époque où die
a été composée (1), d'autres hérésies et d'autres hérétiques encore comme devant paraître dans la suite des temps (2), et même de la nécessité morale qu'il y ait des hérésies (3) et des hérétiques dans l'Église, c'est-à-dire sortis du sein de l'Église même. Ou bien ils admettent cette règle, ce terme de comparaison , et alors ils doivent de toute nécessité se compter eux-mêmes au nombre des hérétiques, et ranger pareillement leurs doctrines parmi les doc* triues perverses, erronées et hérétiques, en tant qu'elles contredisent les dogmes de l'Église, puisqu'elles ont été ainsi jugées par la même autorité comme par la même règle par laquelle ont été jugées les doctrines de tous les hérétiques des temps qui les ont précédés, et de ceux qui les ont suivis, et comme le seront aussi toutes celles de même genre qui les suivront dans les âges futurs.
Je laisse encore ici le choix entre ces deux alternatives aux lecteurs de cet ouvrage et aux protestants eux-mêmes. Qu'ils voient par leurs propres yeux s'il y a un milieu entre les deux, ou quelque moyen d'y échapper. Pour moi, il me suffit d'avoir prouvé par des raisons évidentes ma troisième assertion, savoir
(1) I C(yr, XI, 19 ; TU, ni, 10.
(2) I Jim, IV, 1 ; Il Tim, m, 1 et seq.; II Pbîr. ui, 3; I Joan. n, 18; JuD. 18 et seq.
(S) I Cor. XI, 19; Act Ap. xx, 29-30,
que l'institution de l'Église est toute seule de nature à rendre inutiles et vains les efforts que font ou peuvent faire ses ennemis pour la convaincre de fausseté dans quelqu'un de ses dogmes, et qu'elle a démasqué par anticipation, comme de perfides calonmiateurs et comme des apostats, tous ceux qui l'ont accusée ou qui l'accuseraient d'erreur dans la suite.
Quelle est donc, reviens-je à demander pour conclure cet article, quelle est donc cette autre règle qu'on voudrait substituer à la règle catholique, à une règle qui résout si solidement les difficultés, et les détruit même jusqu'à les rendre impossibles? Je ne parle plus des anciens hérétiques, ni de ceux du moyen-âge, comme des wicléfites, des hussites, qui ont précédé la prétendue réforme, et qui n'étaient, après tout, que des esprits inconséquents qui se bornaient à violer ou à transgresser la règle catholique , sans la rejeter formellement ni lui en substituer une autre ; mais je parle uniquement de la règle protestante, proclamée pour la première fois par Luther, et qui a donné origine au protestantisme. Peut-elle résister à l'examen, surmonter les difficultés qu'on lui oppose? Ah ! bien loin de pouvoir y suffire, on la voit s'embarrasser et broncher à chaque pas, et la plus légère discussion en met au grand jour la fausseté, l'inconsistance, et pour le dire franchement, l'absurdité. Mais puisque nous en avons parlé au long dans toute la première partie de cet ouvrage^
nous nous en tenons là sans plus rien ajouter. J'ai pleine confiance que quiconque aura lu cette première partie, avec attention, et sans esprit de prévention ou de parti, aura reconnu sans peine qu'on peut comparer la règle protestante à une machine, ou à une charpente dont tous les morceaux se détachent et tombent à la moindre secousse, à la plus légère agitation , et dont il suffit d'un vent violent pour disperser a u loin les débris.
Ainsi donc, sur ce point, je n'ajouterai rien autre chose. Eh I qu'en est-il d'ailleurs besoin, puisque les protestants eux-mêmes les plus loyaux en portent le même jugement. Voici ce qu'écrivait Wîelandde la Bible interprétée par la raison individuelle, ce qui est précisément la règle du protestantisme : t La Bible -f-* îie peut décider définitivement les questions en matière de foi, à moins que, semblables à des figures de géométrie, les signes qu'elle emploie pour revêtir une idée n'aient aux yeux de tous la même signification et la même valeur » (i). A son tour, le philosophe Krug dit, sous une forme encore plus poétique : « Tu dis que Dieu a parlé, et que sa parole est l'aile qui doit te porter au ciel : et tu oses t'en faire l'interprète? Mais si tu te trompes! Ou bien,
|1) Voir AUDIN, Hist de In vie de Luther, Paris, 1841, 2« '"•^it., p. 470-471.
s'agit-il d'une intei^étaiion collective? Alors Tfglise catholique a raison » (i)«
Je crois do&c avoir rigoureus^nent démontré ma proposition, ou que la règte 4e foi de TÉglise catholique est la seule qui r^ste h tout examen et sur* monte toutes les difScuUés, comme je m'étais proposé de ie faire voir.
(1) Die Katholische, etc., 1827.
ARTICLE n.
Considérée sa point de vue polémiqu^f la règle de foi catholique ne reçoit aucune atteinte des abuB dont les protestants accusent TÉglise.
Ce que c'est qu'une faute et ce que c'est qu'un abus. — Distinction entre les abus de l'Eglise et les abus dans l'Eglise. — Abus fictifs. — Abus vrais et réels. — Avant Tépoque de la prétendue réfonne, les abus étaient bien dimiaués et l'osnvne de la restauration bien avancée. — - Origine et causes multipliées du relâchement dans la discipline. — Efforts de l'Eglise pour y porter remède. — Etat de la discipline dans l'Eglise à Fappariiion du protestantisme. -«Le désir de réfoi-mer les moeura et les abus ne fat pas le motif qui porta les autears du protestantisme à se révolter contre l'Eglise. — L'origine du protestantisme ne doit pas non plus s'attribuer, comme le voudrait Gnizot, à l'émancipation de la raison du joug de FtanCorité. -^ Confirmation de œtte vérité par le fait des dtiA de la Réforme et par l'aveu de Guizot lui-même ;— par le principe du dogmatisme luthérien. — La règle de foi catholique n'est pas hostile au progrès de la science et des lumières, de l'industrie et des arts. — Le fait même de Galilée n'y fait pas exception.—» L'Eglise, en vertu de sa règ^e même, ûivorise toutes les sciences et tous les arts dans leur développement et leur progrès. — Preuves de fait. — C'est une calomnie comme une fausseté, que le reproche d'inertie et de stérilité intenté à l'Eglise par Guizot, pour Tépoque où s'éleva le protestantisme.— -Preuves de £ût du contraire. — Les causes de la dilatation et des progrès du protestantisme sont toutes terrestres et lui sont communes avec les autres sectes qui l'ont précédé. — Les prétendus abus dans leur rapport avec la rè^ de (en catholique. —On ne pent pas les imputer
à la règle, si la règle les condamne. — Faux raisonnement des protestants et des apostats. — D est faux qu'on titiuve plus de moralité chez les protestants que chez les catholiques. — Démonstration du contraire. — La sainteté, à prendre ce mot à la rigueur, appartient exclusivement à TEglise catholique. —Le protestantisme n'a rien à lui mettre en parallèle. — Le protestantisme est stérile en fait d'établissements de charité, et étranger à la profession des conseils évangéliques. — On conclutj)ar deux réflexions qui n'admettent pas de réplique.
Après avoir établi sur des bases solides et inébranlables la règle de foi de TÉglise catholique, comme Tunique vraie, et comme la seule qui triomphe de toutes les difficultés qu'on peut lui opposer du côté de la doctrine, il me reste à écarter une autre difficulté d'un genre différent, et qui, bien qu'elle soit la plus populaire et la plus propre à séduire les esprits superficiels, n'en est pas moins, au fond, la moins solide et la plus faible qu'on puisse nous faire valoir. Elle mérite pourtant une discussion à part, puisque tant d'esprits s'y laissent prendre et enlacer, en quelque sorte, de même qu'on prend les oiseaux avec des filets et des gluaux, et non pas seulement à coups de flèches ou d'armes à feu Pour mettre de l'ordre dans cette nouvelle discussion, nous parlerons d*abord, en général, des abus imputés à l'Église catholique; puis nous en apprécierons la valeur par rapport au protestantisme ; enfin , nous en ferons le rapprochement avec la règle de foi catholique, et nous tirerons les conséquences que fera naître cet examen.
Nous avons la confiance de remplir, par ce moyen^ la tâche que nous nous sommes imposée, et de manière à satisfaire les esprits même les plus difficiles. Puisque nous avons à parler d'abus, commençons par distinguer avec précision la transgression, la violation d'une loi ou d'un précepte quelconque, d'avec l'abus proprement dit. Ces deux notions diffèrent beaucoup entre elles, quoique dans le langage commun et dans un sens très général elles se prennent indifféremment l'une pour l'autre. La violation d'une loi n'est autre chose, à la rigueur, que l'acte par lequel l'homme, usant de sa liberté, et malgré la conscience qu'il a du mal qu'il fait, se met en opposition avec la loi, et se rend coupable d'une faute, au point de vue religieux et politique, suivant la nature de la loi à laquelle il résiste. L'abus, au contraire, dans le sens le plus strict de ce mot, est le mauvais usage qu'on fait d'une chose bonne en elle-même. L'homme qui fait un mauvais usage de sa liberté en abuse ; celui qui fait un mauvais usage des richesses en abuse également. Ce qui fait voir que le mot abus a un sens bien plus étendu que le mot fautej puisque toute faute est un abus improprement dit, tandis que tout abus n'est pas fauta par cela seul, puisqu'il y a des cas où l'on peut faire un mauvais usage d'une chose sans violer aucune loi ni aucun précepte positif. Tant qu'une loi est en vigueur, il peut se commettre des péchés, des fautes, des délitai, mais non des abus
— wo —
proprement dits; taudis qu'en supposant même le silence de la loi positive, il peut y avoir encore abus, Tabus pouvant avoir lieu sans violation d'aucune loi, ipie dis-je? par Tusage o^ême de la faculté que nous accorderait la loi, ce qui serait Tabus le plus énorme. Après avoir fixé de cette manière la valeur des termes, entrons en discussion.
On a accusé TÉglise d'une foule d'abus; et beaucoup d'esprits mal disposés ont prétendu rapporter à ces abus, comme à leur cause principale, sinon unique, l'origine et le progrès du protestantisme. Je ne discuterai pas pour le moment la vérité de cette opinion, sur laquelle je jne propose de revenir d'ici A quelques instants. Mais j'ai besoin pour mon sujet actuel de lever une autre équivoque, que j'ai déjà signalée comme en courant, et qui consiste à confondre les abus qui se commettent dans l'Église avec les abus de l'Église. Beaucoup de gens prennent l'une pour l'autre ces deux manières de parler, comme si le sens pouvait en être absolumi^t le même. Cependant, il existe entre ces deux locutions une différence de signification inconunensurable. Car, comme en vertu de sa divine institution, l'Église est infaillible et sainte, il s'ensuit que les abus de l'Ér glise sont un non-sens, l'Église ne pouvant faire un mauvais usage des moyens nnds à sa disposition pov la sanctification du monde. Dieu règne en elle sais interruption, et tout cas de divorce entre elle et sos
— Ml —
divin épotix est impossible , tandis que ce divorce existerait si les abus de TÉglise étaient réels, soit qu^on prenne ee «lot aàus dans son sens le plus strict ou dans son sens le plus large, comme je Tai expliqué.
11 nous reste à examiner s'il y a eu et s'il n'y aurait pas encoTO des abus dans F Église. A en croire les protestants, l'Église, à Pépoque surtout de la Ré* forme, en était remplie, et ce serait miracle s'il y restait encore une seule partie saine. Il y avait des abus dans la doctrine t des abus dans le culte, des abus dans la morale spéculative, des abus dans la morale pratique, des abus dans le corps ecclésiastique de tous degrés et de toutes classes, des abus d'auto*rite, d'adcnnistration , des abus dans le peuple chrétien; bref, tout était abus^ Il est vrai que beau^ coup de ces abus n'étaient t)as plus réels aiors qu'ils ne le sont aujourd'hui, et qu'ils n'ont d'existence que dans l'esprit des protestants. Dans la réalité, ils ne sont Tien de moins que les vérités mêmes rejetées par les protestants de leurs symboles de foi, et qu'ils ont taxées d'abus, parce qu'elles ne pouvaient leur conve- 7^ nir. Abus donc que le sacrifice de la messe ; abus que ia confession ; abus que la satisfoction ; abus que le pouvoir de conférer les indulgences; abus que le culte et l'invocation des saints; abus que le célibat; abus que tant d'autres monstruosités semblables. Or, qui ne voit tout ce qu'il faut effacer de ce prétendu
catalogue d'abus inventés par les protestants, qui mettent à la charge de TÉglise, sous ce nom odieux, des vérités et des observances qui ont toujours fait partie du symbole chrétien, du culte chrétien, de la morale ou de la discipline chrétienne? Après s'être constitués de leur propre autorité et avec leur sens privé juges souverains de tout Tensemble du chris^ tianisme, ils ont poussé si bien leur œuvre de destruction, qu'à peine ontr-ils laissé de la doctrine ancienne quelques légers vestiges ou quelques minces débris qui ont échappé à leurs ravages. Le christianisme, ainsi mutilé, pourrait être comparé, à juste titre, à un grand et majestueux édifice renversé par un affreux tremblement de terre, et dont il ne reste plus que des décombres, ou à ces quelques artères centenaires restés sur pied à toute peine dans une vaste forêt au milieu des cendres de tout le reste qu'aurait consumé un immense incendie.
Après avoir ainsi éliminé les abus fictifs et imaginaires, il nous reste à parler des abus vrais et réds. Y en avait-il de tels dans l'Église au moment de la Réforme ? Je pourrais résoudre négativement ce problème, à m'en tenir à la stricte notion que j'ai doniiée de l'abus un peu plus haut, puisqu'il y avait bien, si l'on veut, relâchement dans la discipline, il y avait bien trop souvent transgression par rapport aux lois divines ou ecclésiastiques, il y avait bien simonie et incontinence dans le clergé ; mais il n'y avait pas
— H3 — abus, à prendre ce mot au pied de la lettre. Personne ne pourra jamais montrer qu'on ait, même dans ces temps malheureux, fait impunément mauvais usage de choses bonnes et saintes, je veux dire qu'on Tait fait sans contrevenir aux lois et aux statuts, qui conservaient toute leur force, toute leur vigueur, jusqu'au sein de la corruption devenue presque générale. Ce qui le prouve, ce sont tant de lois et d'ordonnances publiées dans tout le moyen-âge sans aucune interruption par les conciles et par les papes, et par lesquelles se trouvait condamnée toute espèce de relâchement qui pouvait s'être introduit ou chercher à s'introduire, soit dans les divers ordres du clergé, soit parmi les fidèles ; lois et ordonnances qui ne furent jamais abrogées, et qu'on ne laissa jamais tomber en oubli ni en désuétude, de manière à ce que chacun pût les violer ou les enfreindre impunément, mais ([ue la suite des années ne fit, au contraire, que confirmer et développer par l'extension qu'on leur donnait en les appliquant par de nouvelles lois aux plus minutieux détails, jusqu'au cinquième concile de La- Iran tenu sous Léon X, c'est-à-dire presque jusqu'au moment de la célébration du concile de Trente (1). Une autre preuve de notre assertion se puise dans le
|l) Voir Balmes, note 5 au ch. 2 de son ouvrage Le proiestantUme comparé au catholicisme j trad. de M. Blanclie de Riiffin, Paris, 1842, t. i, p. 445.
droit canon, où on peut lire à chaque page les pdnes portées contre les diverses espèces de transgressioiis ou d^infractions aux lois de TËglise. Que s'il n^étaît pas toujours possible de faire ra[^lication de ces peines, vu la multitude des prévarications et le nombre des coupables, comme cela a coutume d^arriver, ces ordonnances, renourelées sans cesse, n^en étaient pas moins une protestation toujours parlante, publique et solennelle, contre les délinquants, à qui Ton ôtait par là tout moyen de prescrire. Elles offraient le contraste le plus ôgnificatif possible entre la théorie et la pratique, eatte Tidéal et le réel, entre la sainteté de la loi et les déviations de ses transgresseurs. On peut dire, par conséquent, en toute vérité, que T Église, comme puissance législative et tutélaire, se tint toujours à F abri de toute coupable connivence avec le vice ou le relâchement, et qu'au contraire elle ne cessa jamais de rappeler les chrétiens à la régularité la plus exacte et à la discipline la plus sévère. Ainsi T Église se trouve*UeIle justifiée par rapport à ces abus qu'on lui impute.
Mais pour qu'on n'ait pas à dire que je m*attacfae à une subtilité pour nier un fait connu de tous, je veux bien prendre ce même mot d'abus dans son sens le plus large, et accorder ainsi qu'à l'époque de la prétendue réforme il y avait beaucoup d'abus dans l'Église, quoiqu'ils fussent jûoins nombreux que dans les siècles précédents. Car l'ère du retour à une vraie
— M5 — discipline et k une plus exacte observation des lois était déjà commencée , et une heureuse restauration faisait des progrès, quoique lents, avant que la Réforme protestante vint déclarer la guerre à TÉglise (1 ) .
(1) Ici viezment à propos les paroles sensées que nous allons rapporter du protestajot Stahl, prononcées à ce même sujet au synode de Brème déjà cité : « Si les premiers réformateurs, dans leurs écrits privés, n'ont pas manqué de nommei* le pape Tantechrist, et l'Eglise catholique la prostituée de Babylone, on ne doit point perdre de vue qu'ils étaient,^ eux, dans la chaleur du combat, et qu'ils avaient devant les yeux les énormes péchés qui se commettaient dans la chrétienté. Les péchés vrai' mail diaboliques qui se commcUaienl dans V Eglise évangélique ne frappaient pas leur attention. S'il leur était donné de revenir et de voir le mouvement actuel, ils trouveraient l'antechrist ailleurs que sur le siège de Rome. J'ai reconnu un pro« grés dans ces paroles du comte de Zizendorf : « Dans le pape ** je ne vois pas l'antechrist, mais le chef légiiime de l'Eglise " romaine ! »> Ces paroles, en effet, me prouvent que parmi nous la vie est devenue intérieure. » Compte rendu des séances, etc. [Annales catholiques de Genève, p. 41-42, décembre 1862.)
Et puisque j'ai déjà rapporté quelque chose du célèbre protestant Léo sur ce même sujet, on lira peut-être avec plaisir la suite de ses paroles que voici : «< Prétendre que l'Eglise catholique refuse à ses adhérents la lecture de la Bible, c'est la calonmier; là, du moins, où elle trouve la fidélité et la simplicité chrétiennes, elle ne le fait jamais, mais elle s'efforce de prévenir les recherches de pure curiosité, les doutes de pure critique, la lecture non approfondie. Sans doute ce soin pourrait bien çà ot là être poussé trop loin... Mais, en fece des émissaires anglais qui, semblables à des oiseaux de proie, vont semer la discorde partout, sans considérer l'homme tel qu'il est, ne respectant, dans leur orgueil anghiis, aucune convenance, cette
Et pour raettre cette vérité plus à la portée des esprits, reprenons les choses dès leur origine.
Les abus et le relâchement tant du clergé que du peuple firent des progrès et inondèrent la chrétienté
sévérité et ces soins craintifs des jfrétres catholiques pour leurs ouailles doivent cti*c pleinement justifiés, alors même qu'ils n'obtiendraient pas notre assentiment. Dans mon imys, à Erfurth, j'avais connu bon nombre de catholiques, et môme d'assez près ; mais plus tard, et surtout à l'université, j'oubliai ce que j'avais vu pour ajouter foi aux caricatures de la religion catholique que me présentaient des hommes de poids, caricatures à peu près semblables à celles que nous offre mon honorable contradicteur ; je me figurai que les catholiques que j'avais rencontrés jusq\i'alors étaient modifiés dans un sens meilleur par îeur entourage protestant. Ayant ainsi formé mes convictîons sur ces caricatures, que je prenais pour la véritable Eglise catholique, je m'emportais contre elle en toute occasion, même à Rome, partout enfin où les convenances ne m'imposaient pas des égai-ds. Si quelque catholique se permettait à Berlin contre un protestant la moitié des fredaines dont je me rendis coupal)lc en ce sens à Florence et à Rome, cela suffirait pour mettre en fureur toute l'Allemagne septentrionale... Donc, encore une fuis, mon adveraaire ne connaît pas l'Eglise catholique que je connais ; évidemment il ne la connaît p^s. Celle qu'il connaît, je l'ai cherchée moi-même bien longtemps, alors que je crojais encore pouvoir la trouver ! mais je ne l'ai trouvée nulle part... Plus d'une fois j'ai cru tenir ce fantôme de mes deux mains ; mais loi-sque j'y rogaitiais de plus près, ce n'était plus l'Eglise
que j'avais saisie Je me réjouissais d'éti-c enfin parvenu à
mon but, lorsque je fus témoin de la vénération et des hommages rendus aux reliques et choses semblables ; mais bientôt je pus me convaincre qu'on ne dépasse pas en ce point même les bornes d'une piété et d'un amour raisonnables, et que
dans les dernières années de l'empire d'Occident, L'invasion barbare des hordes septentrionales qui, en se ruant sur nos provinces, se partagèrent les dépouilles de l'empire décrépit, couvrit d'un voile épais les contrées dont ils avaient fait la conquête. Au savoir, succédèrent l'ignorance et la rudesse ; à la culturo des lettres, l'exercice belliqueux des armes, et ce ne fut que dans le silence des cloîtres et grâce à la persévérance et à l'invincible patience des moines, que purent être soustraits à une perte irréparable les monuments de la sagesse antique et tous ces incomparables chefs-d'œuvre des plus beaux génies de la Grèce et de Bome. Les mœurs des barbares conquérants étaient dures et féroces ; peu maniables et peu faciles A dompter, ces peuples nouveaux secouaient de dessus leur tête, par instinct naturel comme par caractère, le joug salutaire et bienfaisant que l'Église, en réagissant sur eux, allait leur imposer. Quand leurs conquêtes eurent été consommées, il se passa encore un long espace de temps où Ton continua d'être bouleversé parles guerres, soit intestines, soit de peuple
l'Eglise n'exige de personne la croyance à certaines reliques, de sorte que toutes ces choses ne sont pas de fide... Peu à peu j'en suis donc venu à penser que nous qui sommes en opposition avec elle (l'Eglise catholique)» nous avons l'ohligation de l'examiner mûrement pour le salut de nos âmes n (1. c). Que de réflexions on aurait à faire sur cet aveu naïf d'un écrivain protestant! mais je laisse au lecteur à les faire lui-même.
à peuple, sans pouvoir s'occoper sérieusement d'améliorations d'aucane espèce.
Ce furent aussi ces peuples qui introduisirent en même tempe le système féodal, qui fit des plaies si profondes à la société, et favorisa rentrée dans le sanctuaire de cadets de nobtesse qui n'avaient ni la vocation, ni les qualités, soît întellectuelles» soitnxH raies, convenables à ce sublime état. A ces maor, se joignirent la manie desempereursd" Allemagned'osarper les droits de TÉglise, et le système des investitures quMls adoptèrent^ pour conférer les hautes dignités ecclésiastiques à des sujets souvent tootè-fait indignes, passionnés pour la guerre ou pour la chasse plutôt qu*animés de zèle pour les fonctions et les devoirs de leur sublime ministère, ou pour la régularité à établir dans le clergé inférieur. En même temps, survinrrai, pour comble de disgrâce, les mouvements populaires et les troubles de la ville de Rome, fomentés par les impériaux dans la lutte engagée entre le sacerdoce et l'empire, et qui obligèrent les papes à chercher un asile chez les naticns étrangères, la ville de Rome, sans cesse agitée par les factions, ne lear offrant pas assez de sécurité. Ajoutons à ces causes les irrégularités assez fréquentes des électûne des pontifes romains, où chaque parti, selon qu'il réussfesait à dominer, prétendait avoir sa part d'influence, leur longue résidence à Avignon et le grand schisme d'Occident qui en fut la suite. Ajoutons encore Tatti-
tttde meoaçante des musulmaBs qui, après s'être emparés des pins bdles provioces de T^npire d'Orienv ainsi que de TAfrique et de TEspagne, répandaieut partout la terreur de leur nom et dévoraient des yeux le reste de TEurope. Ce furent là autant de sources de corruption, d'oubli de la discipline, de simonie et d'incontinence. U était ny)raleinent impos* sible que le clergé, tant séculier que régulier, et les divers ordres monastiques, ne se ressentissent pas du malheur des temps et du fftcheux concours de tant de circonstances si propres à affaiblir Tesprit de la règle,
L'Église qui, constamment dirigée par l'Esprit- Saint, en vertu des promesses de son divin fondateur, ne pouvait pactiser avec le désordre et le relâchement, ne se lassait d'opposer des digues puissantes à ce débordement de plus en plus formidable. Des conciles dont on peut à peine compter le nombre, tant provinciaux que généraux, remplirent toute la durée de ces deux siècles, et portèrent contre leurs désordres de fort beaux statuts et de très saints règlements» Mais la matière, si j'ose ainsi parler, repoussait la forme, et ces efforts pour la réforme des mœurs étaient en grande partie paralysés. Eh I faut-il s'en étonner, si les prélats mêmes, auteurs de ces sages ordonnances, étaient souvent les prenûers à les enfreindre? Il est vrai que Dieu suscitait de temps à autre des hommes extraordinaires, de véritables mo-
ilèies de la plus sublime et de la plus héroïque sainteté, qu'il plaçait comme des phares lumineux sur les sommets les plus apparents de son Église, pour y répandre leur lumière et en éclairer toutes les parties; mais les ténèbres qui couvraient Thorizon moFai étaient trop épaisses, et tous ces fanaux brîUaiits étaient impuissants à les dissiper.
Le concile de Constance, cependant, ayant mis fin au schisme, et rétabli la papauté dans son ancienne splendeur, en même temps que renouvelé les décrels de réforme pour l'état monastique et pour le clergé, on commença ainsi cette grande œuvre que réclamaient à grands cris depuis si longues années tant de saints personnages, entre lesquels s'était surtout signalé le saint abbé de Clairvaux, et que tous les gens de bien souhaitaient et désiraient ardemment (1). il est vrai que les effets ne répondirent pas à tous les efforts que l'on fit pour cette réforme, ce qui est inévitable lorsqu'il s'agit de maux invétérés, dont on ne peut guère attendre la guérison qu'à la longue : tout cela est certain; mais il ne l'est pas moins que beaucoup avait été fait, eu égard à ces temps-là, et quiconque voudra faire le rapprochement des premières années du xvi"" siècle avec les années antérieures ne pourra disconvenir que l'affaire ne fût déjà fort avancée. La renaissance des lettres, Fin-
.1) Voir BossUET, Histoire des vadaiions, l. i.
ventioD de rimprimerie, la découverte d!un nouveau monde, qui dès le siècle précédent avaient iniprimé un mouvenient si puissant à la société européenne, tout faisait présager les plus heureux résultats des efforts que faisait TËglise pour atteindre le but désiré , qaand tout-à-coup surgit le protestantisme ayant à sa tète le moine défroqué Luther.
Voici donc arrivé pour nous le moment d'examiner et de peser les abus dont on accuse T Église catholique, dans leur rapport avec le protestantisme. Quelques progrès qu'on eût faits déjà dans la voie de la réforme, elle était loin cependant d'être achevée, et il restait encore beaucoup à faire à Tapparition du protestantisme sur la scène du monde. Disons-le avec rillustre Mœhler : il faut avouer que les abus qui restaient à extirper étaient encore bien nombreux et bien graves, puisqu'ils firent dévorer toutes les absurdités du protestantisme (1). Toutefois, ce serait
(1) Symbolique^ t. u, § xxxvii, p, 63-54 (1" édit.), dans le passage que voici : «< Les catholiques n'ont point à redouter de semblables aveux (par rapport au relâchement de la discipline), et janmis ils ne les ont redoutés. Et comment révoquer en doute la profonde décadence du ministère, quand Texistence même du protestantisme en est une preuve invincible î Non, jamais de telles monstruosités n'auraient vu le jour, jamais surtout elles n'auraient pu se répandre, si les conducteurs^des peuples eussent été fidèles à leur mission. Certes elle dut être au comble l'ignorance de ces hommes qui trouvèrent admissible la doctrine des réformateurs. Apprenez donc, ô j)rotestants, à T. 11. 31
à (iNrt qu'on attribuerait aux abus de Tépoque la CAQse principale de rétablissement et des prières rapides du protestantisme en Europe, oh, conme Tétincelle âectrique» il fit sentir presque instantanâneat son influence^ entraînant les ims dans son parti, excitant dans les auibres un mouvement de syi^pathîe. Non, ces abus ne furent que le prétexte ou roccasieo, tant de la icraiatîou que des dévelof>p«oents que prit le protestantisme;. Car ua eSA d'une portée mraense doit avoir une cause qui lui soit proportionnée, et telle n'est pas certainement ori\e qu'on voudrait cberchsr dans les abasi de oes taK|»*ttu, Guiaot hiiméme en convient de bonne foî» Nous avons déjà dté quelques-unes de ses parotesy mais il va à notre propos d'm rapporter iei le passage tout entier : « Quand on a cherché, dit«-il, quelles causes avaimt déterminé ce grand événement, les adversaires de la Béfonne l'ont imputée à des accidents, à des maK heurs dans le cours de la civilisation... D'autres Font attribuée à l'ambition des souverains, à leur rivalité avec le pouvoir ecclésiastique^ à Tavidité des nobles
mesurer la grandeur des abua que voua nous reprochez sur la grandeur de vos {Nropres égarements. VoUà le terrain sur lequel les deux Eglises se rencontreront un jour et ae àooimfoml la main. Dans le sentim^t de notre faute commune, nous devoas nous écrier et ks uns et les autres : Nous avons tous "^^"^. l'Elise seule ne peut faillir ; nous avons tous péciié, l'Eglisr seule est pure de toute souillure. »
laïques, qui voulaient s'emparer des biens de TÉglise... D'un autre côté, les partisans, les amis de la Réforme ont essayé de l'expliquer par le seul besoin de réformer, en effet, les abus existant dans F Église; ils l'ont représentée comme un redressement des griefs religieux, comme une tentative conçue Qt exécutée dans le seul dessein de reconstituer une Église pure, FÉglise primitive. Ni Tune ni Tautre de ces explications ne me paraU fondée. La seconde a plus de vérité que la première; au moins elle est plus grande, plus en rapport avec l'étendue et l'importance de l'événement; cependant, je ne la crois pas exacte non plus. A mon avis, la Réforme n'a été ni un accident, le résultat de quelque grand hasard, de quelque in« térét personnel, ni une simple vue d'amélioration religieuse^ le fruit d'une utopie d'humanité et de vérité. Elle a eu une cause plus puissante que tout cela, et qui domine toutes les causes particulières 9 (i).
Que telle ne fût pas, en effet » l'intention réelle des 8oi«-disaut réformateurs, c'est ce qui résulte clairement, et de leur conduite personnelle, et des qua« lités de leurs premiers prosâytes, et, par-dessus tout, du fond de leur doctrine. Ne parlons pas, pour le moment, des deux premiers de ces points, dont nous aurons à nous occuper dans notre troisième
(1| Histoire générale de la CivilisaiicH en Europe, Bruxelles, Ja38, t. I, xii« leçon al., p. 325.
— 48^ — pai'tie; bornons-aous au troisième que nous venons ^indiquer. Comment la pensée de réformer les abus auraitr-elle pu être celle des coryphées du protestantisme, lorsque les doctrines qu'ils enseignaient tendaient à détruire et à rendre même impossible la nécessité ou l'utilité de la bonne vie? De quoi peut servir à la piété chrétienne, à la régularité de la conduite, à l'exact accomplissement des devoirs moraux, le dogme du serf arbitre, ou de l'entière extinction de la liberté causée par le péché originel, au point de faire de l'homme une pure machine. De quoi peut y servir celui de l'inutilité des bonnes œuvres pour la justification ; ou bien encore celui de l'inamissibilité de la grâce, quelque péché, quelque fornication, quelque adultère, quelque homicide que l'on commette, pourvu que l'on conserve la foi selon Luther, ce qui a donné origine à ce fameux dicton : Péchez fortement, mais croyez plus fortement encore (1), et ce qui a fait dire à ce même Luther que si, ayant la foi, on pouvait commettre un adultère, ce ne serait pas un péché (2) ; ou bien, comme l'enseignait Calvin, l'inamissibilité absolue de la gi-âce,
(1) Voici ce que Luther écrivait à Mélanchthon Tan 1551 : M Ksto peccatoTy et pecca fortitery sed foriiùs fide et gavde in Chrlsio... Peccandum est guamdiùhic sumus. f
j2) Voici d'autres paroles de ce même Luther, Disput., t. i. p. 523 : «• Si in fide fieri passet adult^um^ peccQtvm nnn esset. ^
la foi ni par conséquent la grâce ne pouvant jàmai:^ se perdre, suivant cet autre docteur, dars les vrais croyants ? En quoi aurait pu favoriser la sainteté de la vie le dogme qui fait Dieu auteur du péché , ou bien celui d'après lequel les péchés ne sont plus imputables à quiconque a reçu le baptême, ou bien «encore le dogme de l'impuissance où Ton serait d'obsei*ver les commandements de Dieu? Or, telle était (•ependanl la doctrine des premiers réformateurs, comme nous le prouverons pièces en main, en temps et lieu. Que dirai-je de la réforme en fait de discipline, tandis qu'ils renversaient d'un seul coup le droit canonique tout entier? J'en abandonne le jugement à toute personne de bonne foi, à toute personne (louée seulement de raison et de sens commun. Oh ! non, l'extirpation des abus n'est entrée pour rien dans la pensée des coryphées du protestantisme ; ou bien donc ils auraient ressemblé à ceux qui, poui* éteindre un incendie , y jetteraient à la hâte un amas de combustibles.
Assignera-t-on, au moins, pour cause du protestantisme celle qu'en donne Guizot, lorsqu'il ajoute immédiatement à la suite du passage que nous avons cité : « Elle (la Réforme) a été un grand élan de l'esprit humain, un besoin nouveau de penser, de juger librement pour son compte, avec ses seules forces, des faits et des idées que, jusque-là, l'Europe recevait ou était tenue de recevoir des mains de l'auto-
rite. C'est une grande tentative d'affranchissement de la pensée humaine, et, pour appeter les choses par leur nom, une insurrection de fesprit humain contre le pouvoir absolu dans Tordre spirituel. Tel est, selon moi, le véritable caractère, le caractère général et dominant de la Réfomie » (1)* Ainsi donc, suivant Gcdzot, la Réfonne ou le protestanti^ne devrait sa naissance au besoin qu^éprouvait et ressentait à cette époque la société, d'obtenir l'émancipation pleine et absolue de l'esprit humain du joug de l'autorité dans Tordre religieux.
Or, nous ne saurions accepter cette manière de voir, ne fat -ce que parce que la raison qu'allègue Guizot est trop étroite et nullement proportionnée au résultat dont il s'agit, n'étant pas de nature i exercer la moindre influence sur le peuple des villes, ni surtout sur le bas peuple parmi lequel s'infiltra le protestantisme, et ne pouvant avoir influé tout au plus que sur les esprits en très petit nombre qui éprouvaient ou sentaient en eux-mêmes un pardi besoin. Et non-seulement le peuple des villes, mais les nobles et les princes eux-mêmes de cette époque ne peuvent pas avoir été déterminés par ce mofiU auquel ils ne songeaient guère ou même pas du tout; et cependant ce furent eux qui, en AU^nagne, se
(1) Histoire de la cîvîHsafion en Europe, xii* leçon, p. ^9, al. 328.
montrèrent les plus ardents à embrasser la Réforme. D'ailleurs, à Tépoque dont nous parlons, le bon sens n'était pas tellement éteint dans la société, qu'on en fût venu à croire que Tesprit humain eût le droit de s'émanciper du joug de l'autorité dans l'ordre religieux, quand il était question d'une religion positive comme le christianisme, et à l'égard de laquelle toute émancipation de cette espèce est un non-sens. Car une religion positive divine doit être simplement reçue , et non pas être faite ou élaborée par la raison émancipée ou laissée à sa liberté. C'aurait donc été renoncer formellement au christiani^ne, faire acte d'apostasie, ce que ne voulaient ou ne prétendaient pas assurément lés réformateurs.
Et, de fait, le protestantisme, tel du moins que le conçurent ses auteurs à son origine, se donna pour une religion positive et dogmatisante avec son symbole, composé en partie des anciens dogmes de l'Église catholique, et en partie de dogmes nouveaux inventés et formulés par ses chefs. 11 se montra même intolérant et souverainement exclusif, et malheur à celui qui aurait osé devant Luther toucher à queU qu*un de ses enseignements, et surtout les changei* ou les contredire ! et il en eût été de même auprès de Zwingle ou de Calvin. Les longs démêlés que Luther et ceux de son parti eurent à soutenir avec les sacramentaires et les anabaptistes en sont la preuve irréfutable ; les luttes entre Calvin et ses rivaux ne furent
ni moins acharnées ni moins inhumaines, et le sup-
plice de Servet ne le démontre pas moins clairement. De son côté, Henri VIII faisait monter sur le même échafaud, pour y subir le dernier supplice, les catholiques et les protestants enchaînés ensemble.
Ces faits mêmes ne sont pas contredits par Guizot, qui , après avoir avoué que les deux principaux reproches faits à la Réforme étaient, d'une part, « la multiplicité des sectes, la licence prodigieuse des esprits, la destruction de toute autorité spirituelle, la dissolution de la société religieuse dans son ensemble » ; de l'autre, « la tyrannie, la persécution, t poursuit ainsi son discours : « Le parti réformé en était très embarrassé. Quand on lui imputait la multiplidté des sectes, au lieu de Tavouer, au lieu de soutenir la légitimité de leur libre développement, il analhéma* ihait les sectes, il s'en désolait, il s'en excusait. Le taxait-on de persécution, il se défendait avec quelque embarras ; il alléguait la nécessité : il avait, disait-il, le droit de réprimer et de punir l'erreur, car il était en possession de la vérité ; sa croyance, ses institutions étaient seules légitimes; si l'Église romaine n'avait pas le droit de punir les réformés, c'est qu'elle avait tort contre eux » (1). Cela veut dire que la Réforme a fait la même chose que ce qu'ont fait de tout temps les crieurs de liberté, qui est de substituer une autorité
(1) /6iU,p. 348, al. 336.
nouvelle et bien plus pesante à Fautorité ancienne qu'on détruit. De sorte que, dans leur grande entreprise, les chefs de la Réforme substituèrent à la douce aut(Nrité de TÉglise leur propre autorité dictatoriale, beaucoup plus exclusive et plus absolue, et cela au nom de la liberté (T examen. Et ainsi, c'est avec raison que notre auteur insiste sur ce point, que « la crise du xvr siècle n'était pas simplement réformatrice (mais qu') elle était essentiellement révolution" naire » (1), encore qu'elle n'ait pas connu, ni bien compris ou accepté ses principes et ses effets (2). Ce qui veut dire en bon français que la Réforme ne savait faire que de la révolte, et qu'elle offrait une contradiction continuelle entre la théorie et la pratique, entre le principe fondamental et son application. Si c'était un catholique qui eût écrit ces lignes, on aurait aussitôt crié à la calomnie ; c'est fort heureux ici que ce soit un protestant (3).
Mais comme les premiers réfoiinateurs s'ap-
|1) Ibid.y p. 342, al. 331.
12) Ihid.y p. 349.
(3) Frédéric II assignait avec plus de franchise les motifs suivants à la Réforme : « Si nous réduisons les causes du progrés de la Réforme à des principes simples, nous verrons que ij'a été pour l'Allemagne VMéréty pour TAngleterre Vamour^ et pour la France la nouveauté, »
Luther disait aussi : « Il y en a beaucoup qui sont de bons évangélistes, parce que les monastères ont encore des ternes <*t (les vases sacrés. » Matthesius, xii« DUs. sur lAtther,
payaient sur le f«ux, de là vient que leur dogmatisme, en tant qu'il était le fruit de leur travail intellectuel, tomba bientôt en dissolution, et qu'il ne resta debout que le principe qu'ils avaient prodamé, et qui, aprfes s'être développé peu à peu, a fini par produire v^^rs la fin du dernier siècle et dans le siède actuel tous les fruits qu'on devait naturellement en attendre, à savoir la négation du christianisme positif, et le panthéisme avec toutes les conséquences qui en découlent. Si néanmoins à son origine il a pris l'apparence d'ime religion positive» d'une nouvelle autorité qui se substituait à la place de l'ancienne autorité ; s'il allait même jusqu'à prodanoer en tête de son dogroatiame le principe tout opposé du nikitisme de la raison, il est donc évident qu^il n'a pas été, comme le voudraôt Guisot, une grande tentative d' a ffranùhissemeni de la pensée humainey ni l'eflfet du besoin senti de Pémancipationdans l'ordre i^irituel du joug de l'autorité. Ce qui te prouve encore mieux, ce sont les ouvrages de polémique composés par les protestants des deux premiers siècles de la Réforme, et qui ne respirent rien moins que l'affranchissement de la raison du joug de l'autorité. On y voit percer partout cet esprit étroit et tracas^r de la synd)olique protestante ; ils ne dirigent jamais en haut leur vol , et leur pensée est constanunent rampante. Enfin, je prierai le lecteur d'observer seulement id que , bien loin que l'affranchissement de la pensée soit dû «ri protestantisme, on
qu'a ait eu en vue la liberté de penser à Fépoque de son établissement» il se trahit plutôt lui-même et tomba dès lors dans une oontradiction flagrante, en préchant tout à la fois la liberté d'examen^ Tinterprétation privée et libre pour chacun de la Bible par ia raison individuelle, et la nullité absolue de la raison ; ce qui revient à dire une raison annihilée^ ou, pour mieux dire, nulle, interprète souverain de la Bible et juge dans Tordre spirituel. Belle trouvaille du protestantisme t
Je pourrais pousser plus loin Tanalyse de ce qu'a écrit Guizot dans cette admirable leçon, et relever le reste des erreurs aussi graves que nombreuses^ont elle fourmille ; mais comme cela m'entraînerait trop en dehors de mon sujet, je m'en tiendrai à ce que je viens de dire. Néanmoins, comme nos deux sujets se rapprochent» et que cet écrivain distingué touche aussi le mien^ je dois relever une accusation qu'it dirige contre la règle de TÊglise catholique , à laquelle il reproche d'être un obstacle au progrès, aux lettres et aux sciences. Cette accusation a été faite à rËglise plus d'une fois par les protestants. Guizot pa* i*att Tadmettre, en taxant les catholiques du xvi* siècle d'inactivité et d'inertie, attitude restée toujours la même dans les États où n'a pas pénétré la Réforme, et principalement dans l'Espagne et dans l'Italie : accusation que je vois renouvelée avec encore plus de
confiance par les anglicans de nos jours (l) ; accusation enfin qu'accueillent et répètent imprudemment ot avec une inconcevable légèreté des catholiques appartenant pour la plupart au parti libéral. Or, nous allons montrer, et par le droit et par le fait, combien cette accusation est injuste et contraire à la vérité, tant spéculative que pratique. Parlons d'abord de la théorie. La règle de foi de T Église catholique, ou le principe d'autorité, a pour domaine exclusif, quant à la partie positive, les vérités de foi, et, quant à la négative, tout ce qui serait incompatible avec ces vérités ou qui y serait contraire. Et cela n'est-il pas nécessaire, n'est-il pas dans la nature de la chose même, puisqu'il s'agit de vérités révélées de Dieu et confiées à l'Église pour qu'elle en conserve fidèlement le dépôt et les transmette, dans toute leur intégrité et leur pureté , à la postérité même la plus reculée ? Je défie tout homme doué de sens commun, pour peu qu'il ne soit ni athée ni incrédule, de nier la sagesse de la conduite de l'Église dans le soin qu'elle prend de conserver et de défendre un dépôt si précieux. Il faut donc ou nier l'origine divine de la révélation chrétienne, ou admettre l'obligation de la maintenir scrupuleusement dans sa parfaite intégrité,
(1) Voir Newman, conférence deaxièine de la traduction de J. GONDON, Paris, 1851, p 14 et J7. L'auteur y répond a cette objection avec autant d'esprit que de solidité, et sait même m tirer parti en faveur de la religion catholique.
avec le sens qu'elle a eu dès le principe dans la pensée de son divin auteur. Et par là même, l'Église a toujours dû s'opposer, comme elle doit le faire encore aujourd'hui, à toute innovation qui pourrait l'amoindrir ou l'altérer (1).
Tout ce <iui est de nature à n'éveiller en rien ce soin jaloux dont l'Église est occupée lui est dès lors indifférent, et est étranger à ses attributions. Aussi a-t-elle toujours laissé les esprits parfaitement libres de s'exercer et de se développer, de reculer indéfiniment les bornes des sciences et des arts, et d'avancer toujours dans la voie des découvertes de toute espèce, sans jamais y opposer le plus léger obirtacle; et affirmer le contraire, c'est mentir et la calomnier. Le fait isolé, ou le procès célèbre de Galilée, qu'on voudrait toujours, à temps et à contre-temps, et même souvent sans le connaître, faire valoir au moins comme une exception, n'est pas même un fait excej)tionnel, comme cela est démontré aujourd'hui aux yeux des vrais savants. Ce système, quant à la Ihéo-
(1) Cest un fait singulier et digne de remarque, qu'en môme temps que l'on fait un crime à l'Eglise du soin jaloux qu'elle montre pour la conservation du dépôt divin de la révélation, on loue les gouvernements de leur fermeté à maintenir leurs droits même les plus insignifiants, et à infliger des peines terribles contre quiconque voudrait y porter atteinte ou à protester du moins, quand ils ne peuvent faire davantage. Ce sont là les deux mesures, les deux poids différents avec lesquels le monde jiigo toujours et ses propres affaires et celles de l'Eglise.
— «n rie, n'a jamais été Tobjet d'aucune censure : Toovrage de Ck>pernic, dédié à Paul III, en fournit la preuve (i). Le savant cardinal Nicolas do Cuse avait déjà longtemps auparavant devancé dans Terposition de ce système Copernic luinmême (3)* On ne songea à faire de la peine à Galilée que lorsqu'il en vint à soutenir son système conmie thèse cm comme vrai en réalité. La raison en est évidente :
(1) On sait que le système appelé aujourd'hui système de Copernic est d'une date antérieure à celui de Ptolémée. Ptolémée, qui fut l'auteur de ce dernier, vivait an n<^ siôde de Vère chrétienne, et était ua astronome c^bre de Tôcole d'ÂlexaiF drie; l'autre système, au contraire, remonte à P>thagore, chef de l'école italique. Le système de Pythagore avait été développé par Philolaiis, comme le rapporte Plutaixjue, au livre 3 des Op^ nions dis philoscphes, ch. xm, p. 1S9, trad. d*Amyot, t.. a. C'est ce système qu'exposa Coi^eraic l'an 1540, daas son oo» vrage De orbivm ccelcsiimn recolufiontbuSy ouvrage qu'il ne publia toutefois qu'en 1543 en le dédiant à Paul III, qui l'avait encoui'agé avec les autres astronomes et matbémalictens à s'occuper de la réforme du calendrier. Copernic fut d'atonlpro* fcsscur à Rome, au collège de la Sapiencc; puis il fut nonuné chanoine par son oncle, l'évéque de Worms, dans la ville ,de Frawenbourg.
|2) Nicolas de Cuse, qui fut depuis honoré de la pourpre n>* maine, fut le premier qui, se trouvant aloro au concile de B&ie, signala la nécessité de réfoimer le calendrier. Dans son ouvrage De doctd ignorantiàj dédié au cardinal Cesariiû, plus coiiau sous le nom de cardinal Julien, il avait déjà exposé au long, c. 11 et 12, le système de rimmohilité du soleil et du mouvement de la terre, et cela dès l'an 1431, ou au plus tard 143S*
c'est qu'il fallait pour cela donner un autre sens que le sens obvie et naturel aux passages de rÊcriture qui semblaient dire le contraire, en même temps que, faute de développement suffisant des sciences physiques, encore alors dans leur enfance, ce grand hooune était incapable de résoudre les difficultés tirées de ces sciences, qu'an faisait vakwr contre lui. Depuis ce temps, le progrès des sciences est venu enfin , et presque de nos jours, dissiper ces difficultés et donner comme la contre-épreuve de ce système, resté jusque-là à Tétat de probabilité. Dans cet état de choses, que devait faire l'Église? Elle devait laisser Galilée soutenir son système comme une hypothèse plus ou moins probable, et, avant d'aban^ donner le sens obvie et naturel que présentaient, ou pour mieux dire, que semblaient présenter les textes bibliques, attendre que les sciences i^ysiques fussent assez perfectionnées ou eussent fait assez de progrès pour confirmer la vérité du système en question. Or, c'est là précisément ce que l'Église a fait dans sa prudence (i)* Au reste, c'est aujourd'hui un fait
(1) Galilée, la première fois qu'il 8e rendit à Borne (ce fut en leil), y fut accueilli comme en triomi^e et reçu à TAcadémie des Unceiy tout nouvellement fondée par le prince Ceai. Ce fut là que, daoa son ouvrage D<$ tcicAes du soleil, il puUia son <^inion du mouvement de la terre, ce qu'il fit ^Koreplusexplidtement dans sa lettre adressée au célèbre bénédictin Castelli en 1613. Il devint alors Tobjet de contradictions violentes qui
historique bien prouvé, que Galilée fut traité ^Rome avec tous les égards qui lui étaient dus, si bien qu^il
obligèrent Paul V à remctti*e son affaire au tribunal de Tinqui- Aition. Pour lui laisser la liberté de soutenir son opinion, U aurait fallu abandonner le sens littéral de l'Ecriture 4an8 tous les endroits où elle semblait lui être opposée. Or, c'est ce que ne pouvaient permettre les gardiens du sacré dépôt, tant que Topiiiion à discuter n'était pas démontrée à la rigueur, et qu'die laissait insolubles les difficultés puisées dans les sciences physiques. Or, au temps où vivait Galilée, Tétat de la science n'était pas encore parvenu au point de résoudre les difficultés que soulevait conti*e lui le système de Copeiiiic. On sait que ce ne fut qu'en 1645, c'est-à-dire après la mort de Galilée, que son disciple, l'évangéliste Torricelli, ayant observé que, tandis que Teau infiltrée dans un tube vide y montait jusqu'à 32 pieds, le mercure ne pouvait s'y élever qu'à 28 pouces, eut rheiireuse pensée que ce n'était pas l'horreur du vide, comme on le disait communément, mais le poids de l'air atmosphérique qui faisait monter les liquides en raison inverse de leur pesanteur spécifique, et que le point d'élévation où s'arrêtait chaque liquide par une Iqi constante exprimait la force de la pression de Tair, ou de la colonne atmosphérique coiTespondante à ce point précis du globe. C'est à ce théorème démontré que nous devons le baromètre. Or, la pesanteur de l'air n'avait jamais jusque-là attiré l'attention des partisans du système dit de Copernic, soit anciens, soit nouveaux, comme Copernic, Kepler et Galilée lui-même. Et par là même la difficulté restait insoluble. Au surplus, du moment où les nouvelles découvertes ont mis à même de lever ces difficultés et d'autres semblables, la sainte Congrégation n'a plus prohibé l'enseignement du système de Copernic. On permit en 1744 aux éditeurs des œuvres de Galilée à Padoue de reproduire les Dialogues de cet auteur ; et en 1835, on a retranché de l'Index, à l'occasion de la nouvelle édition qu'on en a donnée à cette époque, les œuvres de Copernic,
s'est lui-même loué de la conduite de ses juges (1).
Revenons à notre sujet. Non-seulement l'Église n'a
jamais apporté d'obstacles au progrès de l'esprit
les Dialogues de Galilée, Touvrage de Kepler, celui de Diedo Astunica sur Job, celui de Paul-Antoine ^oscarini. De opinione Pythagorœ et Copemiei : cinq en tout.
Nous voyons par cet aperçu que l'Eglise, bien loin de se montrer hostile au progrès, a donné au contraire elle-même la première impulsion aux astronomes et aux mathématiciens pour la réforme du calendrier, et que c'est elle par conséquent qiii a provoqué l'invention du système de Copernic, ou pour mieux dire le retour au système pythagoricien.
(1) Galilée n*a dû sa condamnation qu'à son entêtement et à l'imprudence qu'il eut de vouloir soutenir son opinion comme vérité démontrée, à une époque où l'état de la science ne permettait pas de le faire. Qu'il ait d'ailleurs été traité avec tous les égards dus à sa pei*sonne et à son âge, c'est ce qu'attestent ouvertement ses lettres publiées par Venturi dans l'histoire de sa vie, in« partie, p. 179 et suiv. Voir aussi Tihaboschi, Sioria délia leiteratura Ualiana, Venise, 1796, t. viii, p. 161 et suiv. Tous les efforts de LiBRi pour prouver le contraire, dans le Journal des savants, septembre et octobre 1840 et avril 1841 , Ptdans la Rerme des Devx-Mondes, juin 1841, ont été en pure perte. Voir la savante dissertation de Philups, dans le journal de Munich, sur ce même sujet. Voir aussi Delambre, auteur assui-ément non suspect aux incrédules, dans son HisMre de l'(utronami£ moderne, Paris, 1821, 1. 1, p. 637, 652, 661 et 666 ; %r Marin Marini, dans ses Memorie storio-critiche, article intitulé : Galileo e l'inquisizione, Rome , 1850 ; I/tmiversKé catholique^ févr. 1847, p. 139 et suiv., etc.
Au surplus, la démonstration vraiment directe du mouvement
annuel de la terre n'a été trouvée qu'en 1728, par Bradley ,et celle
de son mouvement diurne par Richer. Celle de la parallaxe des
^iles fixes, dont l'ignorance servait de prétexte aux objections
humain; maie sa constitution même ou sa nature de* mande de plus qu'elle les favorise au plus haut degré. Car, comme il ne manque jamais d'esprits téméraires, qui tantôt s'en prennent à la vérité même de la révélation, tantôt lui reprochent l'absurdité de ses mystères; tantôt lui mettent en parallèle le paganisme avec sa riante mythologie, qui recouvre, disent-ils, des vérités profondes ; tantôt lui opposent l'islamisme avec sa séduisante simplicité, qui rappelle à leurs yeux les mœurs patriarchîiles ; tantôt s'imaginent trouver le christianisme dans les doctrines orientales de la Perse et de l'Inde; tantôt cherchent à se prévaloir des antiques monuments de l'Egypte; tantôt font une sorte de petite guerre à chacun de ses 4ogmes, et abusent dans ce dessein de l'histoire, de la critique,
des adversaires de Galilée , est le résultat des travaux les plus opiniâti^es et des observations les plus rares faites dans le siècle actuel par Bessel, Hendejrson et Strue. La plus grande même de ces étoiles (celle de x Centaure) ne prêtant pas à former un arc seulement d'une seconde de degré , sa parallaxe était introuvable jusque-là. Encore bien que les élans du génie de Galilée, sur cet article comme sur le reste, eussent aplani la voie aux modernes , ses démonstrations étaient encore bien loin de convaincre les esprits qui ne voulaient se rendre qu'à des preuves vraiment démonstratives. La question n'était pas encore mûre. Le système de Tycho-Brahé suffit pour faire voir combien la chose était incertaine à cette époque , puisqu'un esprit de cette force aima mieux l'adopter que de s'attacher soit à l'un, soit à l'autre des deux systèmes re<jus. Bacon lui-même ne pouvait consentir à acceptei* le système de Copernic,
de Tarchéologie, de la ^éographiq, de r&stronomie» de la linguistique, de l'exégèse, de la inétaphysique, de la dialectique, de la physique, de tous les seprets des arts, en un mot, de toutes les branches du savoir humain, l'Église a dû de tout temps former, entretenir, encourager de tout son pouvoir des honimes capables de repousser par tous les moyens de la science et de l'érudition tous ces divers assauts, de donner la solution directe des difficultés objectées, et obligés par conséquent de cultiver avec le plus d'application possible toute espèce de sciences, d'arts et de belles-lettres. Son universalité même lui fait une nécessité de favoriser l'étude de toutes les langues modernes pour se mettre en relation avec les pays les plus éloignés, et étendre ses missions jusqu'aqx peuplades sauvages les plus enfoncées dans les forêts. Son privilège de perpétuité fait qu'elle excite de mêmp plusieurs de ses fils à s'instruire dans les langues anciennes, où se trouvent déposés les précieux documents de la tradition. La majesté de son culte est pour elle un motif de favoriser le perfectionnement de l'architecture, de la sculpture, de la peinture, de la musique, de la poésie sacrée. L'esthétique dans les beau3f-arts est comme la propriété exclusive du catholicisme, qui seul est complètement dirigé par le sentiment du beau. Tant que l'Église subsistera, et elle subsistera dans tous les siècles à venir, elle sera comme une source toujours vive, comme une mine toigours abon-
-soudante de savoir, et un puissant aiguillon pour faire progresser dans toutes leurs parties les sciences et les arts.
Si nous transportons ensuite cette théorie dans le champ de l'histoire, TÉglise catholique s'offre alors à nos yeux sous les traits d'une mère féconde qui, depuis son établissement jusqu'à nous, n'a cessé de produire des grands hommes dont la célébrité vivra à jamais dans ses fastes, et à toutes les pages de ses annales. Et comme je l'ai déjà dit plus haut, il n'y a pas de société qu'on puisse comparer en particulier sous ce rapport à l'Église catholique. Les noms des Pantène, des Ammonius, des Clément d'Alexandrie, des Origène, à continuer ainsi jusqu'à l'Ange de l'école, aux Bonaventure, aux Bossuet, aux Fénelon, aux Gerdil, aux Mœhler, aux Balmes de nos jours, en fournissent la démonstration sans réplique. A l'activité de l'Église catholique seule est due la conservation, l'entretien du sacré foyer de la science au moment où il allait s'éteindre dans le tumulte de l'invasion des Barbares, la conservation du savoir antique, et pour tout dire en un mot, tout ce qui peut donner à notre siècle une apparence de droit de s'appeler grand (1). Cela est si vrai, que ce qui fait en ce point
(1) C*estun fait notoire, avoué par les incrédule et les hérétiques eux-mêmes , que nous sommes redevables à la patience des moines de la conservation des manuscrits grecs et latins des anciens auteurs classiques. C'est, en effet, dans les bihlio-
le mérite et la gloire du clergé catholique a été tourné contre lui en sujet de blâme par l'incrédulité, qui, dans le paroxysme de sa jalousie abjecte, s'en est venue lui reprocher jusqu'au monopole du savoir (1). Quoi I à l'époque de la Réforme, l'inertie, l'ignorance, l'apathie intellectuelle, étaient, au dire de M. Guizot, le partage de l'Église catholique? Et l'élan du progrès, serait-ce donc au protestantisme que nous en serions redevables? Oh! non, bien avant le protestantisme l'impulsion était donnée ; tout était en action, tout était plein de vie dans la société européenne, avant que le nom fatal de réforme protestante se fîl^entendre. Le siècle de Léon X, devenu prover-
thèques des ordres religieux qu*on a pu trouver les ouvrages qui, depuis, ont été livrés à Timpression. On doit dire la même chose des monuments des arts qui ont été consei-vés. Voir l'écrit intitulé I>u va$ulalisme et du catfu)licisme dans l'art ^ par le comte DE MONTALEMBERT, 1 voL in-8, Paris, 1841 ; Monumenfs de rhistoire de sainte Elisabeth de Hongrie, par le même, publiés par Ach. Boblet, Paris, 1841, 1 vol. in-folio.
(1) Ce n'est pas que la science n'ait été accessible de tout temps à toutes les classes de la société , puisqu'il n'y a pas eu de siècle dans l'histoire de l'Eglise où de savants laïques n'aient laissé de leurs écrits parvenir jusqu'à nous; mais c'est que les sciences n'étaient cultivées presque exclusivement que par le clergé, et particulièrement pai>les moines et par les ordres religieux. Outre l'ouv. de Mabillon, intit. De Stud. monast.y les Anecdota de D. Mabtène , le Spicilegium de Cl. d'Achery , on peut consulter l'ouvrage plus récent de l'abbé Séverin Fa- BRIANI , Sopra l'immortcUe benefizio recato dagli ecclesiaslici alla lette ratura conservandola nel medio evo, Imola, 1837.
bial, ne donne-t-ii pas à cette accusation un démenti solennd?Les chefs-d'œuvre des Raphaël, des Jules Romain, des Buonarotti, et tant d'ouvrages de littérature grecque, làtlrië, italienne, de ce même siècle, né sônt-ils pas une preuve et une démonstration du contraire? Et mêmeî avant ce siècle célèbre à si juste titre, le poèirie du Dante, les chansons de Pétrarque, les histoires de Villani, les contes dé Boccaceet mille autres productioni^ littéraires né sont-ils pas autant de monuments parlants de la vie intellectuelle répandue dans ritalie avant qu'eût paru Luther? C'était un état d'inertie y un état étatiorinaire ; et cependant en Allemagne l'invention de l'imprimerie reproduisait les écrits qu'Érasme savait soustraire à l'oubli des bibliothèques; et cependant en Italie Santé Pagnini composait son Trésor de la langue sainte, Gonmie en Espagne le génie de l'immortel Ximenès menait à bien l'œuvre grandiose de sa Polyglotte. C'était un état d'inertie, un état stationnaire ; et cependant Vasco de Gama ouvrait une nouvelle route aux Indes, et Christophe Colomb découvrait un nouveau monde, et tout était en mouvement de conquêtes ou de commerce. Il y avait ignorance dans le cierge. ; et cependant les auteurs mêmes du protestantism î prenaient aux écoles catholiques cette teinture de bt lies-lettres et de sciences qu'ils employèrent plus tard à combattre l'Église. Non, non, je le répète, l'ignorance et l'inertie n'ont jamais été, pas plus qu'elles ne seront
jamais, le partage de l'Église catholique. Et ô'il prenait fantaisie à qaelquMn de faire le tableati Comparatif des écrivains et des artistes catholiques ou protestants à partir de l'époque de la Réforme, il y aurait à faire rougir ceux qui chercheraient à renouveler une aussi injuste accusation (1).
(1) Si le nombre des livres qui s^impriment dons un pays ou dans un royaume peut servir à prouver qu'il s'y trouve des lecteurs avides d'instruction , et que les lettres et les sciences y dont dans un état florissant , il suffira « pour donner à penser combien Tlialie était supérieure sous ce rapport aux autres peuples , antérieurement à la Réforme , de donner le tableau comparatif des livres publiés depuis le milieu du xv* siècle jusqu'au commencement du xvi«. Et, pour que personne ne nous suspecte , nous pren4rons nos données dans le protestant anglican Hallam. **Lgs livres, écrit cet auteur, imprimés à Florence jusqu'en 1500 s'élèvent à 500 , à Milan à 629, à Bologne à 298, à Rome à 925, à Venise à 2,835. Au moins cinquante auties villes d'Italie avaient des imprimeries dès le XT« siècle. A, Paris , les livres imprimés à la même époque ne s'élevaient pas à plus de 751 ; à Cologne on n'en comptait que 530, à Nuremberg 382, à Leipsick 351 , à Baie 320, à Louvain 116, à Mayence 134, à Deventer 169. En Angleterre, le nombre total des livres imprimés dans le même espace de temps ne dépassait pas 141 , dont 130 imprimés à Londres et à Westminster, 7 à Oxford, et 4 à Saint- Alban. »• Ainsi l'Italie, à cette époque, était supérieure à toutes les autres nations du monde. yoïvEdimburg Revietv, oct. 1840.
Cobbett, autre anglican, continue le même tableau comparatif sous un autre point de vue. En recueillant dans les dictionnaires bistoriques les noms des hommes illustres dans les sciences et dans les arts qui ont fleuri au xvi® et au xvne siècle en Angleterre, en Italie et en France, il trouva que l'An-
Mais si, par ce mot activité j M. Guizot entend cette agitation inquiète, turbulente, incapable de repos, qui bouleverse les gouvernements, et en intervertit les formes politiques, comme il semblerait d'après l'ensemble de son discours que ce serait sa pensée, dans ce sens, nous l'accordons sans peine, une activité de ce genre manque à l'Église catholique, qui a pour mission de procurer surtout le bien des àmej?, leuj- salut éternel, et de défendre les intérêts du ciel par tous les moyens que Dieu a mis à sa disposition, et non de prendre une part active dans les agitations du monde politique (1). Au reste, que le catholicisme
gleterre, éclairée des myons de la Réfoiine, a pix)duit 157 de ces noms illustres, la superstitieuse Italie 164, et que la France, ensevelie dans les ténèbres, en a donné 576. Voir Cobbett. History of the protestant re formation, t. i, lettre 1.
(1) Voir Touvrage de M. Roisselet de Saucuêres intitulé Cotfp d'oBil sur l'histoire du calvinisme en France y de la page 70 à la page 90, et de 102 à 126, où il prouve , par toute sorte de documents , que le caractère distinctif des hérétiques, c'est de causer les révolutions politiques, depuis Wicleff, qui fut le premier à enseigner le communisme, jusqu'à nos jours, tant en Angleterre qu'en France , en Allemagne et partout ailleurs où les sectes ont prévalu. Confirmons cette vérité par le mot de Chateaubriand : - La haine de la religion est le caractère distinctif de ceux qui méditent notre ruine , et je ne crains pas d'annoncer que le souhait du philosophe Diderot s'accomplira *- [De la Monarchie selon la Charte j p. 112-113). Le vœu ou plutôt le désir de Diderot était : Que le dernier des rois fit étranglé avec les boyaux du dernier des prêtres.
ait influé, bien que indirectement, sur la civilisation même, mieux que ne l'a fait le protestantisme, c'est le sujet qu'a développé si excellemment cet illustre Balmès, que la mort a enlevé trop tôt, hélas! et dans la force de l'âge, à la religion, à la philosophie, et à la gloire du clergé espagnol.
Mais quelle sera donc la véritable cause de l'établissement de la Réforme et de ses progrès, si ce ne sont ni les abus, ni le besoin de secouer le joug de Tautorité, ni les obstacles opposés par l'Église romaine au progrès des sciences? Pour moi, je pense, avec l'immortel auteur que je viens de nommer, qu'il ne faut pas donner au protestantisme cette importance que voudraient lui attribuer quelques-uns, tandis qu'il n'est, en résmné, que la répétition de ce qui s'est fait tant d'autres fois dans les siècles antérieurs : une innovation comme toutes les autres, secondée par le concours des circonstances et par la disposition particulière où se trouvaient à cette époque les esprits en Europe. Car les novateurs euxmêmes ni ne voyaient ni ne prétendaient donner à leur révolte l'immense portée qu'elle a eue par le fait : ce n'était point en eux l'exécution d'un grand dessein conçu d'avance ; la suite des événements a pu seule lui attacher l'importance qu'elle a dans l'histoire... Les abus, les griefs, la cupidité des princes, la spoliation des églises, l'abolition du célibat ecclésiastique et d'autres semblables causes ne
furent que des causes subordonnées et partielles, ou des prétextes pour Tembrasser. La haine de Rome et de la papauté, si violente, si furieuse dans les premiers réfolmateurs, s*expli(|ue Suffisamment par la solidité et l'immobilité du rocher contre lequel ils venaient se heurter comme contre un écuèil, et contre lequel se brisait l'orgueil de leurs flots tumultueux et menaçants (1). Et ils le savaient bien, et même ils le pressentaient et bn avaient la conscience. En effet, nous avonfi l'eiemple d'une propagation aussi rapide, et qiii s'étendit même à plus de pays que celle du protestantisme, danS l'arianisme, puisqu'en peu de temps cette dernière hérésie envahit presque tout l'Orient et l'Occident soumis à Tempire, et que bientôt elle fut embrassée! par les tribus nomades venues du Nord, qui débordèrent sur les provinces. NoUs pourrions dire la même chose du monophysîsme et du nestorianisme, qui encore aujourd'hui occupent une si grande partie de la Syrie, de l'Egypte, de la Perse, de la Chaldée, tant au-delà qu'en deçà de l'Euphrate. Et cependant il se trouvait un moindre concours de circonstances pour faire accepter ces hérésies à l'époque de leur établissement qu'il n'y en avait pour le protestantisme. II s'agissait, en outre, de ques-
(1) Balmes, Le p7otestantisme comparé avec le catholicisme, t.i, c. 2, Causes du protesiantUme.
tions moins à la portée du peuple, et moins pro^ires à flatter la liberté de conscience et lé dérèglement des mœurs, moins favorables, en un moty à èet esprit d'indépendaticë et d' autonomie devenu , pour ainsi dire, notre nature, depuis que Thomme s'est laissé dire : Eritis ^icUt dii (l). Qu'y a-t-il donc d'étonnant, si le protestantisme a gagné tbutr-à-coup et s'est partout répandu avec la rapidité de l'incendie ? Il suffit d'une légère donnaissdnce de l'homme, des penchants du cœur humain dans des conjonctures ou des conditions données, de son irréflexion et de sa témérité dans certains moments dé délire général , pour en troliver sanâ peine là raison. Plus tard, les circonstances n'étant plus les mêmes et ayant donné lieu à la réflexion , l'incendie s'arrêta ; une réaction commença â s'ôpéfer, et l'Église répara bientôt, et dès le milieu du xvii* siècle, plus de la moitié dés pertes qu'elle avait essuyées dans le xvi* siècle. A partir de la mort de Luther 1[2), le nombre des catholiques s'est accru de plus de trente-cinq millions, tandis que le protestantisme est tombé dans le discrédit de toutes parts. Malgré les efTorts réunis et le concours général des sectes pour prévenir sa chute,
(1) " Vous sere2 comme des dieux. •• [Genèse^ c. m, 6.) i2| Nous donnerons les preuves authentiques de tout ce que nous affirmons ici , dans notre troisième partie, où nous aurons à nous occuper d'une manière spéciale de l'état actuel de FEglise catholique.
malgré Tappui des princes et des gouvemenients pour le relever, il va toujours baissant, s'affaiblissant de plus en plus. Par contre, le catholicisme grandit tous les jours : T Église, sui* tous les points du globe, recueille çà et là ces brebis, ces agneaux dispersés, et, le cœur bondissant de joie, les reporte dans le bercail que préside et gouverne un seul et même pasteur, grâce à l'avantage qu'elle a de n'avoir pas pour soutien des appuis terrestres, comme les sectes séparées d'elle.
Il me reste, pour remplir mon cadre, à examiner les abus objectés dans leui* rapport avec la règle de foi. Â cet effet, je suppose pour l'instant, j'accorde même que les abus ou les dérèglements aient été tels dans l'Église à l'époque de la Réforme qu'ils ont été grossis par les protestants, qu'ils aient été même plus grands en énormité conmie en nombre ; et dans cette hypothèse, je demande à tout homme sincère el réfléchi : ces abus poui^aientrils préjudicier le moins du monde à la règle de foi ? Qui pourra l'affirmer? Je ne pense pas qu'il y en ait un seul qui le pense sérieusement. Car l'abus, pris dans sa signification la plus générale, n'est au fond, comme nous l'avons dit, que le mauvais usage d'une chose bonne en soi ou du moins indifférente, ou bien la transgression d'une loi. Mais que fait un désordre, le mauvais usage d'une chose, la transgression d'une loi, fûtelle le crime du plus grand nombre et même de toa^
si Ton veut, à l'inflexible rigidité de la règle des croyances et des actions par rapport aux vérités révélées de Dieu et aux devoirs qu'il a imposés à rhomme?
S'écarter de la règle du droit, ou transgresser une loi, c'est, il est vrai, se nuire à soi-même ; mais la r^le ou la loi n'en reste pas moins ce qu'elle est. Tout au plus la loi ou la règle, mise en regard avec sa transgression, ou avec la conduite dépravée de celui qui fait profession de l'observer et de la suivre, fait ressortir davantage la contradiction qu'il y a en lui entre ses principes et sa mauvaise vie : il n'en paraît que plus pei'vers, plus criminel, mais la loi n'en perd rien de son équité, ni la règle de sa rectitude. Imputer à'k règle elle-même le dérèglement de celui qui vit naal, ou même le dérèglement du grand nombre, ou niême , si la chose était possible, celui de tous, • c'efet extravaguer, c'est déraisonner, c'est tomber dans le délire. La règle ne peut avoir à répondre que de ce qui émane d'elle-même, ou qui s'en déduit par un procédé logique. Si donc, quand on vient à remarquer un manquement, un désordre, un mal moral, quel qu'il soit, qui se montre dans une société, on peut, en remontant d'un principe à un autre, comnïe de degré en degré, parvenir à faire voir que ce désordre, ce mal ou ce défaut, a pour cause primitive la règle ou la loi elle-même ; on est pour lors en droit de lui rapporter ce désordre ou ce défaut,
comme un corollaire au théorème dont il découle, ou une conséquence à son principe. Mais si, par le même procédé, on vient ^ trouver que la règle ou la loi, bien loin d'autoriser ce désordre, le réprouve et le condamne , le seul parti à prendra dans pe dernier caB c'est de rendre hommage à la règle, et de laisser au délinquant toute la responsabilité de sa transgression. Y a-t-il, de grâce, quelque vice à reprendre dans cette méthode de raisonner? Si, lorsque Manassé ou d'autres rois de Juda impies et corrompus comme ce prince s^abandonnaient a la plus honteuse idolâtrie, et entraînaient dans leur perversion une si grande partie du peuple, à qui les livres saints reprochent en conséquence le meurtre des prophètes, l'oppression des veuves et des orphelins, les adultères et tant d'autres actions abominables, les Samaritains, témoins de cette perversité, en avaient conclu que la religion de leurs rivaux n'était donc pas la vraie, ce raisonnement, cette conclusion de leur part eût-elle été légitime? Qui n'eût été en droit alors de les appeler de très mauvais raisonneurs , puisque c'eût été attribuer à la religion ou à la loi ce qui n'était TeiTet que de la malice ou de la lâcheté du roi et du peuple prévaricateurs, qui n'étaient mauvais que parce qu'ils faisaient le contraire de ce que leur prescrivait leur loi ou leur religion?
Ëh bien , qui croirait que ce soit là le raisonne-
ment que les protestants ont fait de tout temps et qu'ils font ehcore aujourd'hui, imités ep ce point p^r les vils apostats qui de fois à autre abandonnent FÉgKse catholique pour grossir les rangs du protestantisme ? Il y avait dans l'Église romaine, à l'époqup de la Réforme , beaucoup d'abus : donc l'Église romaine ou l'Église catholique n'est pas la vraie Église, et la religion qu'on y professe, n'est pas la vraie religion ; il faut rejeter son symbole, secouer le joug de son autorité, changer sa règle de foi. Pour tirer logiquement cette conclusion, il faudrait prouver que ces abus auraient été justifiés par la religion catholique, par la règle catholique, par l'Église romaine, et que par conséquent c'était à elle qu'il fallait les imputer. Mais pi au contraire ils sont forcés d'avouer que cette religion les condamne, il faut alors prendre pour conclusion tout le contre-pied de la leur. Voici donc comment ils devraient raisonner : L'Église catholique réprouve et condamne tous ces abus; donc il faut conclure qu'elle est vraiment sainte, qu'elle est la vraie religion de Jésus-Christ. C'est de cette manière qu'ils se montreraient de sévères logiciens ou de bons raisonneurs. Qu'ils me montrent un seul de tous ces abus qu'ils nous reprochent sanctionné et approuvé par l'Église catholique, et qui ne soit pas plutôt réprouvé ouvertement et hautement par elle. Mais comme ils n'y parviendront
jamais, je serai toujours en droit de les appeler de sots raisonneurs.
Si c'est là sottement raisonner, que devrons-nous dire de ces misérables apostats , qui allèguent pour prétexte de leur apostasie, ou un tort qu'on aurait eu à leur égard, ou un scandale qui les aurait frappés, ou quelque autre sujet semblable? Voici la manière dont ils raisonnent : Dans T Église romaine s'exerce la tyrannie de l'inquisition ; donc il est faux que Jésus-Christ soit réellement présent dans TEucharistie. Tel prêtre y abuse de la confession ; donc l'obligation de se confesser ne vient pas de Jésus- Christ. Il m'y a été fait un affront , une injustice : donc Jésus-Christ n'a plus institué sept sacrements. Peut-on concevoir une plus grande extravagance, une sottise plus marquée? Tant il est vrai, hélas ! que l'homme passionné est rarement d'accord avec la droite raison. Si la passion vous possède, il fera nuit pour vous en plein midi. Dieu dans la profondeur de ses jugements permet alors qu'on s'aveugle, et qu'on Vobsline à nier des vérités plus claires que le soleil.
Que dire encore d'une autre manière de raisonner fort commune parmi les protestants, et que j'ai entendu plus d'une fois répéter en Angleterre ? Pour inspirer au peuple crédule plus d'éloîgnement à l'égard de la religion catholique , les ministres ont
recoui-s à l'argument que voici : Les catholiques en tout pays négligent les pratiques de leur religion, sont immoraux, déréglés, vicieux, surtout en Italie et en E^agne, où au dérèglement des mœurs ils ajoutent encore la superstition. En disant cela, ils font le rapprochement tacite de la probité et de la régularité beaucoup plus édifiantes des peuples protestants. Ils répètent au besoin le mot devenu populaire de la baronne de Staël, qu'il y a à Rome beaucoup de dévotion et peu de moralité, tandis que chez les protestants il y a beaucoup de moralité et peu de dévotion. Ils s'imaginent avoir avec cela donné la preuve apodictique et sans réplique de la supériorité du protestantisme sur le catholicisme. Le peuple, qui sera toujours enfant et ne voit les choses qu'à la superficie, se laisse prendre à l'hameçon. Et cependant tout ce travail d'esprit n'est qu'un misérable sophisme. Ce raisonnement suppose que la vérité et la sainteté de la religion en général, et de la règle de foi en particulier, dépendent de la manière dont peuvent l'observer ceux qui la professent, de sorte qu'elle cesse d'être vraie, dès qu'elle cesse d'être parfaitement et exactement observée : conséquence que personne ne voudra accorder. Et cependant , qu'on renonce à faire cette supposition, le raisonnement des ministres s'en ira en fumée. C'est donc abuser de la simplicité et de la crédulité du peuple, que de recourir à un tel paralogisme. Si quelque uléma musulman , ou quel-
que joghi du Thibet ou de ia Chine, ou quelque bonze du Japon raisonnait ainsi coabtt le ehristia* nisme en général , comme il peut se faire absolinnent partant que le régime de vie de ces peuples eoit en a]^[)arence plus régulier que celui de certains peapte chrétiens, y compris les protestants, il faudrait donc en inférer que l'islamisnae, le bouddhiane, le planisme, seraient la vraie religion, et auraient Tavantage sur le christianisme? Et c^est pourtant ainsi que raisonnent les ministres protestants contre le cattiolicisme.
Mais est-il vrai, dans Tordre des faits, qoe les protestants soient en général plus vertueux, plus probes, plivs moraux que les catholiques? C'est ici le problèime à résoudre. Je déclare avant tout que ce n'est pas mon intention de médire des protestants : la médisance est un vice abominable, quel que soit rindividu qui en soit l'objet ; je la déteste donc (1).
(1) Ce Tîce de la médisance , des calomnies à l'égard du catbcdioiame, nous pouTons le dire en toute siacénté et ans crainte d'être démenti, esi le vice propre des hétérodoxes de tous les temps, mais surtout des protestants en général et des anglicans en particulier. Les protestants n'auront qu'à rayer du Déoalogue le huitième commandement : Tu ne porieroi poM fmtx UmvIqfHige anUrt tcn procham. La raison » c'est que le faux témoignage est pour le protestantisme son moyen de propagation , et sans lequel jamais il n'aurait réussi auprès d& peuples. Et, comme il est dans la nature des choses qu'un être se conserve par le principe qui lui a donné i'exifl^noe, de là
J*ajoi2te de plus que j*ai (xmnu beaucoup de protestants d'une moralité et d'une probité exemplaires, et je ne pourrais sans contredire la vérité reftiser de rendre ce témoignage du peuple anglais, en qui j'ai reconnu en général un fonds religieux, et qUant â Textérieur, une conduite régulière. Je dois donc pré^ sumer qu'il peut en être de méaie en plu»eurs con^ tréesde T Allemagne et des États-Unis, etc. Voilà ce qu'il y a de vrai. Mais à Dieu ne plaise que j'ac^ corde jamais pour cela que les protestants soient meilleurs que les catholiques pris aussi dans leur gé^ néralité, bien que je ne dissimule pas les graves désordres qui régnent dans quelques contrées où Ton fait profession du catholicisme* /e les connais, et je les déplore. Voilà encore ce qu'il y a de vrai.
Tient que les Tîeux contes, les fobteâ , les calomnies inventées dès le berceau de la Réforme ont passé âat» difficuUé des pères aux enfante, sans que jamais, ou presque jamais, personne se dosine la peine d*en discuter Tongine ou la fausseté. Le protestant, quia en horreur la tradition, vit lui-même de tradition, et il ne pourrait subsister sans cela ; mais la tradition qui le fait vivre est celle que Jésus-Christ a réprouvée dans les pharisiens, qui le firent mettre à mort, parce qu'il la condamnait. Le peuple le plus crédule en fait de calomnies contré les catholiques est peut-être le peuple anglican, et nous en donnerons en son lieu d'abondantes preuves. On peut lire là-dessus, en attendant, les dernières conférences de Newman prêchées à TOratoire de Londres, en 1851, qui toutes roulent sur ce sujet. Voir Lectures on the présent position of cathoUcs in Ençland; Londres, 1861.
Je vais donner qudques raisons succinctes de mon refîis d'accorder aux protestants une supériorité de cegenre sur les catholiques. Voici la première : c*est que, sauf les honorables exceptions qu*on doit toujours faire en ces sortes de sujets, la probité et Thonnêteté de mœurs tant vantées dans les peuples qui professent le protestantisme sont une probité et une honnêteté de mœurs plutôt politiques et extérieures qu'intérieures et religieuses. Cest un vernis et comme un habit de dessus, qu*on revêt dans un but politique, et pour parler sans figure, une probité purement relative, du genre de celle des païens, qui se vantaient, au rapport de saint Augustin (1), de surpasser- les chrétiens par cet endroit : « Benè vimmiis^ > disaientils. J'ai dit probité extérieure et politique^ c*est-àdire qui dépend en grande partie de la constitution et des lois d'un gouvernement sagement constitué, et de plus, du caractère des peuples (2). Celui qui s'é-
(1) Tract. 45 inJoann., n. 2.
(2] n n'y a qu*à lire, à ce i»t>poB, une belle relation des moeurs des presbytériens d'Ecosse, qui surpassent en superstition, pour l'observation des fêtes , les scribes et les pharisiens mêmes de I*ETangiie, qui reprochaient au Sauveur, comme une profanation du sabbat, la guérison des malades. Malheur à qui tiendrait' sa boutique ouverte un jour de fête! Malheur à qui ferait seulement ces jours-là une partie de jeu , comme de dames ou d*échec8l Mais quoil ils tiennent ouvertes en même temps ks maisons de prostitution, et ils ne craignent pas de jruiner des familles entières par des banqueroutes frauduleuses. On peut
carterait des usages et des coutumes universellement reçues se couvrirait d'infamie ; et de là le frein de l'honnêteté publique, qui retient chacun et l'empêche de s'en écarter. J'ai dit probité purement relative, ou qui consiste, par exemple, à ne pas prendre le bien d'autrui, à ne pas faire tort à son prochain dans sa personne, et autres choses semblables, mais qui avec cela se permet bien des choses contraires à la pudeur ; et telle est sur ce point la corruption qui a envahi les masses du peuple anglais, qu'il n'est pas rare de voir les feuilles publiques de ce pays donner l'adresse des mauvais lieux , et des personnes qui exercent cet infftme métier. C'est pourquoi on s'est occupé au parlement des moyens à employer pour opposer une digue quelconque à l'inunoralité publique. Tous les soirs, lorsque le jour vient à tomber, les personnes honnêtes qui ont à sortir dans les rues de Londres, d'Edimbourg et d'autres villes, n'ont pas peu de peine à se garantir des assauts qui mettraient en péril leur vertu (i).
Ure cet article dans VUnieerêj 18 décembre 1863. Telles sont la probité et la piété si vantées des protestants. La ville d'Edimbourg est renommée pour la grande consommation de liqueurs qui s*y fait les jours de fêtes.
(1) Ce qu'on dit ici de Timpudicité doit se dire aussi des autres vices qui tiennent à la personne. 11 n'y a pas longtemps qu'on a publié dans les Journaux qu'on a arrêté, dans le courant de 1851 , jusqu'à 12,000 ivrognes dans les rues de Londres. Mais œ qui lève tout doute sur la moraMté comparative des prêtes-
— 5l« — La decmide raison, c'est que TcrfMervatîoD que nous venons de faire par rapport h quelques popuktkms
tants ai>glicaii8 et des catholiques, ce sont les chiffres empruntés à la statistique, que sir H. Lambert a mise sous les yeux de la Sddété royale d'Edimbourg en .1851 , de« délits comims en Fianoe €t eii Aogleterve. Il en résulte :
1* Que rbomicide est au moins quatre fois plus fréquent dans les îles britanniques qu'en France^ même à une époque où celleci est en révohition;
• à« <biera9sasënaSyest «u moins ^nx fois plus fir6({ueoit; 3* Qne le vol y est six su sept fois plus muttiplié; 4« Que rincendie j est un peu plus rare; ôo Que les vols prouvés devant les cours d*asâses et les tribunaux de police correctionneîle y sont quatre fois phis nomtapeuz, quand on ooasidère k popoiatioa d'une manière afassbic; et au moins dnq fois, si Ton tient compte, comme cala doit étre^ de la différence de population entre les deux pays;
6o Qu'il y a neuf fois autant d'individus condamnés dans le royaume-uni de la Gfande-Brcitagne quil peut y en avoir en Fnnce, su égard à ia différeoee de populatftMi ; . 70 Que les exécutions sont trois fois plus nombreusesen Angletei re qu'elles ne le sont en France, eu égard toujoiu^ a la population.
Et cependant, le point de comparaison est ici là Fraaee^ pays en révolution depuis plus de soixante ans. On voit par là combienH y attrait plmdettorilité^tDvtesciroonstaiioeségata, dansimpays eatMiqiie qtie dsns im psys protestMit, ei par li même combien U y a dim|p«deor de la part 4es inerédalsset des fauteurs du protestantisme à mettre, sous ce rsppsrt, k» ' protestants au*-deB6tis des eatholiqaes. Voir La CUMtà eêtto- 'Ucaj fimi. XXVTI9 1861, p. ddi.
' Les détails de la statistique absolue des pays oirthoyqiNB et pt«Cestants se trouvent duis le CaHMèc Skmdara, déomhre 1849. On y lit qu'à Londres on pe»t osntipter I2,0û0siirtft8
— M9 — protestantes, sur iesqudles influe ^ qooiqu'à divers degrés, un ooucouib de cûrconstances faYoni)ies à leur nKnmiité, ne doit pas s'étendre par analogie à toutes les «titres. Car c'est un fait notoire» que certains pays protestants sont comparativement plus démoralisés que les pays catholicpies. Les observateurs les moins suspects, et ceux-là mêmes quis'extadent sur la probité des protestants, mettent à bon droit au plus haut degré de Téchelle de la démorali- SRtioii la Norwége et la Suède, royaumes tout protestants, comme tout le monde le sait; et entre les grandes métropoles , ils donnent la première place aouB le Ateae rappMi à la viUe de Londres, la seconde à Berlin, la troisième à Paris, etc. On ne doit doàc pas dire, parmi les protestants , mais, dans quelques pays protestants il y a plus de moralité que -dtms quelqties pays catholiques»
Une troisième raison, c'est que ce tableau comparatif, pour être juste et exact, devrait être établi non ^Dbre pays catholiques et pays protestants^ attendu
rigmiiàfemmt êminâês au crime, pour première éducation; a^,000 Toieurs» ^,000 receleurs d'objets dérobés, 29,000 per* sonne ad o nnées à Vivrogn e rie , 50,090 buveurs habituels de h- -qneurs Ibrtes , 160,000 individus des deux sexes vivant dans un «étet pubKc d'intfiKinûité, sans enti^er encore dans Tnitérieur des fimilles. El on voudmit nous dernier la nation anglaise pour modèle de probité f Et qui est-ce qui voudrait nous fkire admettre cette oontre-véritét Des Italiens, et des italianissinies, <»min« ils s^appellent.
les différences de nationalité dont nous avons fait voir qu'il fallait tenir compte, mais entre protestants et catholiques du même pays et sous le même gouvernement (1). En faisant ce rapprochement, on verrait
(1) Le docteur Fobbbs, médedn de la reine d'Angleterre, a publié, en 18^, les obsenratioDs faites par lui en Irlande dans le courant de Tautomne 1652, et, tout protestant qu'il est, il confesse ingénument que, en fait de moralité, i*Irlande surpasse de beaucoup l'Angleterre. B en cite pour exemples les maisons d'asile ou warhhoiues des pauvres, et il fait la comparaison du nombre des enfants pauvres tant légitimes qu'illégitimes.
En Angleterre, sur 154,886 enfants recueillis dans les workbouses, il a compté 62,066 enfants illégitimes; eax Irlande, sur 607,868 enfants pauvres, 16,677 seulement étaient illégitioies : c'est-à-dire que, dans les maisons d'asile d'Angleterre, plus du tiers se compose d'enfants illégitimes, tandis que, dans odles d'Irlande, les enfants illégitimes n'en font que le seizième à peu prés. C'est donc un lait bien manifeste, i^te notre observateur, que l'incontinence est bien plus répandue parmi les pauvres d'Angleterre que parmi ceux d'Irlande.
Le D*^ FoRBEs a voulu aussi, dans l'Irlande même, faire l'état comparatif de ses quatre provinces de Connaught, de Munster, de Leinster et d'Ulster. Sur le rapport officiel qui lui a été remis de Tétat des workhouses des quatre provinoes à un jour donaé, savoir au 27 novembre 1852, il a trouvé que « la proportîoii des enfants illégitimes coïncide presque exactement dans ks quatre provinces avec la proportion relative des deux religi(Mis, i> le nombre des enfants illégitimes se trouvant considérable là où il y a beaucoup de protestants, et moladre à pn>portion là où il y en a moins. Dans le Omnaught, où les protestants ne font que le sixième de la population, les «nfiants illégitimes sont comme 1 est à 23; dans l'UlsIer, au oontraire.
- 5ai —
cl*an coup d'œil la supériorité des catholiques sur le."^ protestants de tout pays^ à part les exceptions individuelles (i).
Une quatriènie raison, c'est que, si Ton a si grand soin de relever les désordres des catholiques, ce n'est pas que ces derniers, à parler en général, soient pires que les protestants ; mais c'est que le contraste est plus frappant entre leur conduite pratique et la sainteté ou la perfection de la religion et de la règle^u'ils professent, comme dans un tableau les ombres font ressortir les couleurs, et réciproquement. Quant au protestant, s'il commet un désordre, il n'y a point à s'en étonner , puisque les principes mêmes qui lui servent de boussole le portent de leur nature à la licence et à l'immoralité, ainsi que nous l'avons fait voir. Joignez à cela, que d'ordinaire, ceux qui établissent ce parallèle entre les mœurs corrompues des catholiques et celles des protestants, ou sont euxmêmes protestants, et par conséquent parties Intéres-
où les iH^otestants composent plus de la moitié de la population, les enfants illégitimes sont comme 1 est à 7. Voir le Tablef^ 4 juin 1853.
(1) On peut lire sur ce sujet Fouvrage de M. Moorb Capes, Quatre annéeg dtexpérience de la religion catholique ^ trad. de l'anglais, Paris, 1861, § u, Morale eatholiquey où Fauteur expose avec candeur ses préjugés d'anglican contre la religion catholique, qui lui étaient communs avec ses coreligionnaires, puis la manière dont il s'en est désabusé en se fiaisant catholif|ue«
igitizedbyVjOOÇlC
— 5Bi —
sées, ou ne sont catholiques que de nom, tfaccompliseant aucun de leurs devoirs rdigîeux, et par conséquent ennemis quelquefois plus acerbes et ptas furieux de l'Église cathoHque que les protestants euxmêmes, comme la plupart de nos soi-disant italiarnssimes du jour, qui semblent avoir pris à tâche de prouver par leur manière de vivre la vérité de ce qu'ils affirment, puisqu'on même temps qu'ils se montrent ennemis du culte et des pratiques religieuses, ils sont rompus à toute sorte de débauches (1).
(1) Ce qui peut seirir à confirmer ce que dous avons dit de la comparaison à faire entre les catholiques et les protestants du môme pays ou du môme gouvernement pour faire une juste appréciation de la moralité proportionneUe des uns et des antres, c'est la statistique des délits commis une même année dans la seule ville anglicane de Londres d'une part, et llriande tout entière catholique de l'autre. Cette statistique nous est fournie par les Revenue Betums (comptes-rendus), part, xix, de Tamiée 1849, publiés dans un acte officiel. En voici le résumé :