‹ Le protestantisme et la règle de foi, tr (volume 2)Chapitre 16 sur 17 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

LA BÈGLE CATHOLIQUE NE SE TROUVE QUE BANS L*i- GUSB CATHOLIQUE ROMAINE OU DANS l'ÉGLISB UNI- VERSELLE EN COMMUNION AVEC LE Sl^GE DE BOME.

Cette importante vérité peut se prouver par trois raisons : la première , c'est qu'il n'y a que cette Eglise qui ait tons les caractères ou les noies de la vraie Eglise de Jésus-Christ; la seconde, que, dans le sens et le langage de toute l'antiquité ecclésiastique, ces deux mots, Catholique et Romain, ont la même signification et sont synonymes; la troisième, que la primauté de Pierre et de ses successeurs est essentielle à la règle catholique. Nous allons développer ces raisons dans autant d'articles différents.

ARTICLE PREMIER

L'Église romaine est la seule qui ait tous les carac^ tëres ou les notes de la vraie Eglise de Jésns-Christ.

Observation préliminaire. — Application de cette obsen ation au sujet actuel sous le double rapport de rétablissement de TEglise et de l'insurrection des sectaires. — Première origine des sectes. — L'amour de l'indépendance a été dans beaucoup de personnes la cause de la préférence qu'elles ont donnée au protestantisme. — Prétextes des novateurs à leur révolte contre VEglise romaine. — Quels doivent être les caractères .de la sevOls véritable Eglise Instituée par Jésus-Christ. ^

L'Eglise catholiciue romaine a tous ces caractères , — comme le prouve son oxigine, — ainsi que Toiigine des sectes. — Les propriétés et les notes de la vraie Eglise le prouvent également. — L'absence totale de ces notes et de ces propriétés dans les sectes, quelles qu'elles soient, en est une autre preuve. — Cette absence ou ce défaut se remarque paiticulièrement dans l'anglicanisme, — et en gênerai dans le protestantisme. — L'immutabilité de la doctrme, autre caractère de la vraie Eglise , appartient à l'Eglise romaine , à l'exclusion des sectes. — Conclusion.

Je ne saurais mieux débuter, pour le sujet que j'ai entrepris de traiter dans tout ce chapitre en général et dans cet àrticle-ci en particulier, que par les réflexions d'un profond penseur, qui vont m'en aplanir la voie. L'univers, observe-t-il, rend partout témoignage à l'unité de vie et d'action, à la dépendance absolue et invariable de toutes ses parties par rapport à un centre , comme caractère et loi de sa nature, et par là même aussi comme condition de son bien-être. C'est ce que la langue grecque a exprimé dans un langage aussi clair que simple , en appelant l'univers du nom de xôcraoç, ordre; car l'ordi'e ne peut exister que là où toutes les parties d'un tout sont soumises à une loi. Platon, dans le Gfn^'' gias (i, 137, p. 507, édit. de Rob. Etienne), a exprimé avec une noblesse fidmirable cette idée de l'unité qui retient l'univers dans son tout et prévient le désoidrc de ses parties. Les Latins ont gardé dans leur idiome et transmis au nôtre la notion fon-

damentale d'un tout, ^b Triv^ qui est celle d'un point fixe, autour duquel tourne et se verse, pour ainsi dire, ou plutôt converge le système entier, Univer-sum (Cicéron, De natura Deor., i, 40, a coutume de se servir du mot universitas). C'est l'idée exprimée dans ces beaux vers de Virgile :

Spiritus intùs alit, etc.

JiENEiD., l. VI, V. 724.)

La conformation physique de notre système solaire atteste la justesse de cette observation. Et le monde moral, dont les lois se montrent à nous pleinement révélées par nos écrivains sacrés, en même temps qu'elles nous sont dévoilées, quoique en traits plus oBscurs, à l'aide de la tradition ou des aperçus de la raison, par la philosophie, rend à une semblable unité, dans un ordre différent, un témoignage parfaitement identique. C'est même parce que cette idée d'unité de vie et de gouvernement du monde a son fondement dans notre conscience, que quelquesuns, absorbant pour ainsi dire dans le centre toutes les parties du tout, ont déifié chaque molécule de matière. Et c'est peut-être pour une raison semblable que les divers systèmes de polythéisme, quelque incohérents, quelque monstrueux qu'ils passent être, ont toujours retenu la notion d'une suprématie ou d'une supériorité quelconque, qu'ils rapportaient soit à Tune, soit à l'autre de leurs fausses divinités.

Prenons donc dans cette idée d'unité notre point de départ, puisque Tunité est la loi fondamentale du bon et du beau, à laquelle toute la création rend hommage. Nous n'avons pas besoin pour la trouver de nous transporter dans un monde enveloppé pour nous de mystères plus profonds : l'histoire de notre espèce nous offre sur ce point une instruction suflBsante. L'origine du mal, dans le monde où nous sommes, a été l'infraction de la loi de dépendance de toutes les volontés par rapport à une seule volonté souveraine. Nos premiers parents ne se sont pas con* tentés de la règle offerte à leurs actions, en deh<»:s de leur être individuel, par la source primitive de tout bien : mettant en ouUi ce critérium infaillible de leurs actes, ce fondement nécessaire de leurs devoirs, ils ont voulu, par une sorte de contrefaçon de cette règle, la placer en eux-mêmes, l'abandcmner du moins à l'arbitrage de leur propre raison; ils ont vdidu être leurs propres juges, au lieu de rendre hommage, par leur obéissance simple et soumise, à Tautorité de Dieu. Cet acte oriminel a tout seul suffi pour bouleverser le monde et changer toutes ses destinées morales : il a fait de tous les hommes qui devaient nattre dans la suite, aussi bien que de leurs coupa-blés auteurs, autant de centres nouveaux d'action, séparés du premier, rebelles au premier ; autant de centres infiniment petits d'une influence infip'"^*"t bornée, difip^sés çà %t là dans le Booiide des e^ïrits,

sans ordre, sans subordination par rapport à Celui à qui ils devaient tout, même le pouvoir de se soulever contre lui. Il y a plus. Tant que Thomme resta b&^ mis à Dieu, tout son être inférieur resta soumis en lui-même à ses facultés supérieures ; mais, du moment qu'il cessa d'être le serviteur de son maître, il cessa aussi d'être maître de lui-même. Et cet empire sur lui-même, cet accord interne de toutes ses facultés dans le vouloir et dans l'action, si essentiel à son repos, il ne l'a point reconquis, il n'a pu le recouvrer, tant qu'il n'a pas reconnu de nouveau et mis sur le trôné dans son {propre cœur, pour y régner sans partage, la volonté divine si follement répudiée. La loi des actes de l'homme avant la chute était donc placée hors de l'homme lui-même : elle était en Dieu. La loi de ses actes depuis la chute a été placée par lui en lui-même, et hors de Dieu par conséquent. Il lui est resté un sentiment du bien et du mal; mais il ne l'a plus fondé sur le commandement divin. La faculté d'aimer lui est demeurée ; mais sans égard aux Uenfaits incessants de la munificence divine, il a détourné l'usage de cette faculté à des objets indignes de lui-même. Son cœur était ouvert aux sentiments délicieux de l'admiration et de la recon* naissance; mais il n'a plus voulu admirer l'être souverainement admirable, ni rendre gr&ces au plus Inenfaisant. Et tout cela, parce qu^au lieu de subordonner oe& prind p qs à ime règle hois de lui, il a youla se les

soumettre à lui-même, s'en faire l'arbitre souverain. L'ordre lui avait été donné de se laisser conduire comme un enfant par la main de sa nourrice, et en repoussant le bras qui lui offrait son appui, il ne pouvait que faire une chute déplorable. Et ce que nous devons particulièrement reinarquer, c'est qu'il ne pensait pas comme s'il eût dit : Je veux répudier le bien et idolâtrer le mal ; il ne pensait pas comme s'il eût dit : Je veux renoncer au bien pour m'attacher au plaisir. Non, ce n'était pas l'objet matériel en quelque sorte de ses actions, pas plus que de ses sentiments, qu'il voulait changer; c'en était simplement la forme^ ou pour parler plus clairement, la règle et le critérium. Le langage de ses actions était : Je veux faire ce qui me semble bon , au lieu de ce qui semble bon à Dieu ; ou bien : J'exige de Dieu que ce qu'il m'enjoint de faire, il le soumette à l'approbation de ma raison.

Ainsi donc fut planté, au milieu de cette belle création, dont une parole toute puissante avait ordonné l'ensemble, un principe de désordre perpétuel, partout où l'homme se trouvait ; im principe d'action à part, se faisant le centre d'elle-même, exercée impuissamment sur des objets qui n'entraient pas dans le plan universel, et ne pouvaient concourir autrement que par manière d'opposition ou sous forme négative à l'exécution de son dessein. Les conséquences de cette rébellion, si elle n'avait pas eu

de frein, auraient été selon toute apparence ie progrès indéfini de ce culte idolfttrique de soi que la chute avait inauguré , jusqu'à ce que tout vestige d'amour comme de vérité finît par disparaître, et que la malice de Thoaune, comblant la mesure, égalât en profondeur celle de l'esprit infernal.

Nous pouvons apercevoir dès à présent les principaux linéaments du plan qu'a suivi notre divin Rédempteur, pour retirer l'espèce humaine de l'abîme où elle s'était précipitée par suite de la chute de nos premiers parents; de l'institution qu'il a fondée pour rendre cette restauration durable, et le gouffre affreux que l'homme a ouvert sous ses pas en se révoltant de nouveau pour son étemel malheur. Le principe de tous les désordres de la postérité d'Adam a été le crime qu'a commis celui-ci de déplacer son centre, qui était en Dieu, pour le placer en lui-même ; c'est là ce qui a entraîné aussi ses descendants à méconnaître leur créateur, à rendre à la nature créée un culte superstitieux , à adorer .les ouvrages de leurs propres mains, enfin à se décerner à eux-mêmes l'apothéose et à se mettre à la place de Dieu. Tel est le dernier terme de l'impiété où il fût possible aux hommes d'atteindre. Dieu a eu pitié d'eux, et, dans la personne de son Verbe revêtu de la nature humaine, il les a retirés de cet abtme en effaçant leurs péchés par un sacrifice d'un prix infini, et en leur offrant dans sa céleste doctrine et dans ses

--6*2 — divins exemples tous les moyens de s^éclairer sur leur propre origine, sur la cause de leur dépravatioB religieuse et morale, et sur les moyens de redevenir bons et d'atteindre leurs sublimes destinées. Et pour mettre à la portée de tout le monde ces trésors de miséricorde et tous ces fruits précieux, la divine sagesse a établi l'Église comme l'arche unique do sahit, lui confiant en même temps l'office et la mission de faire entendre les vérités étemelles à toute» les nations de l'univers , de répandre sur le monde entier, avec abondance , les eaux salutaires de la grâce divine, et faisant à tous les fidèles un strict devoir de l'écouter et de lui obéir. Dieu a voulu que cette institution, ouvrage de ses mains, n'eût d'autres bornes dans sa durée que celles du temps lui-même, d'autres limites dans l'espace que celles de l'univers, et qu'elle fût visible à tous les yeux comme le soleil, pour que personne ne pût s'empêcher de voir en elle l'œuvre divine, et de sentir le besoin de mettre i profit son ministère et de jouir de ses bienfaits. Ifais, hélas! il a paru en tout temps des hommes remplis d'orgueil, qui ont refusé la soumission à cette divine autorité, se sont faits à eux-mêmes leurs propres guides, leurs propres chefs, se sont mis à la tétcde sectes nouvelles, et par suite de leur criminel aveuglement sont retombés, d'erreur en erreur, dans ces mêmes ténèbres où se trouvait l'espèce humaine à la venue du divin Réparateur, et sont descendus enfin

- 5W — au dernier degré d'impiété en se faisant rationalistes, socialistes, panthéistes, hégéliens, et, pour dernière conclusion, adorateurs de leur propre moi.

Voilà Tabrégé de l'œuvre de Dieu d'une part, et de rœuvre de l'homme de l'autre. Dieu , en même t^nps qu'il est le centre de tous les êtres créés, conmie auteur et créateur de la nature entière, est le centre en particulier des esprits et des cœurs comme auteur de la grâce. Le principe rival de Dieu est l'amour excessif que l'homme se porte à soi-même, et l'esprit d'orgueilleuse indépendance par lequel i{ se fait le centre de tout à l'exclusion de Dieu , tant dans l'ordre des pensées que dans celui des^ actions. Il veut être indépendant sous tous rapports de l'autorité divine , il veut être son maître à luimême ; et toutefois il ne le dit pas : jamais il ne dit : Je veux être indépendant de Dieu, je veux me révolter contre lui ; il cherche plutôt mille prétextes pour se cacher à soi-même son acte de révolte. Le plus spécieux et le plus séduisant de ces faux prétextes, c'est qu'il se fonde sur la parole de vérité, sur la parole de Dieu écrite ; et, couvert de cette armure, il déploie l'étendard de la rébellion contre celle que Dieu lui a donnée pour maîtresse et pour guide , en rinvestîssant de sa propre autorité. De là sont nées toutes les erreurs partielles professées par les sectes particulières, depuis les premiers temps du christiamsme jusqu'à l'époque du {nrotestantisme. Mais à

partir de cette dernière époque, les erreurs partielles se sont en quelque sorte effacées devant le principe général de l'indépendance individuelle et absolue, qui domine aujourd'hui toutes les questions. Aux yeux du protestant, tout homme est juge souv^ain de sa propre croyance, et chaque individu a le droit de se poser en maître en présence même de Taulorité établie par Jésus-Chrisl pour instruire le monde entier.

De même donc que TÉglise représente sur la terre l'autorité de Dieu même , et que c'est au nom du Dieu vivant qu'elle prescrit à tous les hommes la soumission et la docilité aux vérités qu'elle a recueillies de la bouche même du Verbe divin incamé , de même le protestantisme est le représentant de l'indépendance de l'homme, et proclame chacun libre de toute règle de foi placée en dehors de lui-même. Ce mot de liberté ou d'indépendance ne sonne que trop bien à l'oreille de l'homme corrompu, de l'homme tombé; l'orgueil, qui a son siège comme sa racine dans son cœur, trouve à l'entendre prononcer sa phis douce jouissance. De là cet empressement avec lequel se rangèrent autour du nouvel Absalon, aussitôt qu'eut retenti à leurs oreilles ce cri d'indépendance et de révolte, des hommes pleins d'eux-mêmes et enflés de leur propre savoir ; de là cette sympathie que montrèrent tant de littérateurs, d'humanistes, de philosophes, pour la Réforme du xvi* siècle ; de là, enfin,

-. 5*5 — ces mouvemeniB que se donnent en Italie encore aujourd'hui tant d'esprits égarés pour y introduire le protestantisme, malgré que celui-ci ait, comme on dit, fait son temps, et qu'il ne lui reste que de misérables haillons pour couvrir sa nudité. Mais n'importe, l'indépendance et la liberté présentent trop d'appas au cœur humain, pour que ces honmies perdus, pervers, livrés à un athéisme pratique, ne s'empressent pas d'en répéter le cri et d'en favoriser la propagation sur tous les points de l'Italie.

Ils ne proclament pourtant pas ouvertement l'indépendance absolue ; mais , à l'exemple des premiers protestants, ils prétextent habilement les prétentions ambitieuses de Rome, le joug si pesant de la domination romaine, les torts si graves de la papauté. Us ajoutent qu'ils veulent s'en tenir à l'Église toute seule, au pur Évangile, à la parole de Dieu. Quand ils ont débité ces phrases boursoufflées et d'autres de même force, ils s'imaginent avoir mis à couvert leur propre impiété. Or, c'est à leur ôter cette prétention et à leur enlever ce masque dont ils se couvrent que je vais m' appliquer dans cet article, où je prends à tâche de faire voir, ou qu'il n'y a jamais eu et qu'il ne saurait y avoir d'Église instituée par Jésus-Christ, ou que, s'il y en a une, elle n'est autre que la seule Église catholique romaine, c'est-à-dire celle qui a pour chef le pontife romain, et que, par conséquent, c'est en elle seule qu'il faut chercher la véritable règle

de foi ; en sorte que rejeter la règle de cette Église, c^'est ee mettre en état de révolte contre l'unique autorité qui ait Jésus Christ pour auteui, et qui puisse procurer le salut.

Ht- Que Jésus-Christ ait établi une Église, c'est ce que personne que je ëache n'a jamais nié, ni parmi les hérétiques anciens, ni parmi ceux de nos jours ; et, en effet, on ne pourrait le faire sans donner un démenti aux livres saints, qui en font une mention formelle et explicite presque à chaque page. La controverse ne peut donc rouler, comme elle ne roule effectivement tout entière, que sur la question précise de la vraie Église instituée par Jésus-Christ, sur les propriétés ou. les caractères de cette Église et sur ses attributions. Mais de quel critérium ferons-nous usage pour discerner la vraie Église dont Jésus-Christ est l'auteur, «ntre tant d'autres qui dans tous les temps ont prétendu chacune être celle-là même qui aurait été fondée par l' Homme-Dieu , ou entre toutes les fausses sectes qui se sont approprié le nom d'Église chrétienne? Certes, il ne saurait y en avoir d'autre que celui dont nous avons déjà démontré la vérité, savoir la suite non interrompue de cette m^e Église qui, tirant de Jésus-Christ son origine, s'est continuée sans interruption jusqu'à nos jours ; de cette Église qui ne connaît d'autre commencement que celui qu'elle a reçu des apôtres, choisis eux-mêmes pour en 'être les prémices par son divin anleut ; de cette

Église qui a vu naître et mourir autour d*eile toutes les sectes rivales, à mesure qu'elles se sont élevées pour lui disputer les privilèges et le titre même d'Église de Jésus^hrist; de cette Église à laquelle seule conviennent les notes et les caractères dont T usage spécial est d'éclairer nos pas dans la voie de la vérité ; de cette Église qui est le centre immuable et le prin* cipe général de mouvement et d'action de tout le christianisme, qui reçoit d'elle la vie et la fécondité pour les œuvres de sainteté en tout genre qu'il produit au dedans de lui-même, et pour l'œuvre d'expansion qu'il ne discontinue pas d'accomplir au dehors. . Or, aucune autre Église que l'Église romaine, ou que l'Église catholique, qui a pour chef et pour centre le pontife romain, avec qui sont unies toutes les Églises particulières, n'a présenté ou ne présente cet ensemble de qualités qui la rendent vénérable aux yeux de tout homme réfléchi. Examinons ces propriétés l'une après l'autre, tant absolument que comparativement, et nous aurons toute la clarté de l'évidence pour nous convaincre qu'elle est celle à laquelle conviennent exclusivement toutes ces quaUtés que nous venons d'énumérer, et pour inférer de là que c'est donc en cette seule Église, comme en la vraie Église de Jésus- Christ, que doit se trouver la règle de foi catholique. Premièrement, l'Église romaine est la seule qui remonte sans interruption de l'année où nous sommes jusqu'aux apôtres et fi Jésus-Christ même. L'histoire

est là pour attester ce fait, tant positivement que négativement (!)• La preuve négative, c'est qu'aucune page de l'histoire , dans tout le cours de dixhuit siècles aujourd'hui révolus, ou de dix-neuf commencés, ne nous marque le jour ni Tannée de son établissement. Elle défie toutes les sectes, toutes les communions anti-catholiques, de lui assigner cette origine ; elle leur ouvre toute la suite de ses annales pour qu'elles lui marquent le point où elle aurait pu commencer. Mais ce qui n'est pas est par là même introuvable. Au contraire, cette histoire a enregistré avec précision et l'époque, et l'année, et le mois, quelquefois même le jour où chacune des mille et une sectes anti-catholiques s'est produite à la lumière. Elle a enregistré les noms de tous ceux qui en furent les auteurs et comme les premiers architectes; elle a enregistré jusqu'aux motifs pour lesr quels ils se mirent à l'œuvre, les moyens dont ils se servirent pour l'exécution de leur dessein, et elle a tracé la ligne courbe, pour ainsi dire, de la naissance de ces sectes, de leurs progrès, de leur déclin, et enfin de leur terme. Voilà une antithèse irréfutable et hors de toute discussion : antithèse qui seule suffit pour confondre toutes ces sectes, et leur faire perdre l'espoir d'user avec succès de représailles contre l'Église romaine.

(1) Voir BossiTET, Disc, sttr Vhist. miv,, part. 2, cb. 30.

La preuve positive, ensuite, c'est le fait irrécusable de la succession de ses pontifes, qui remontent sans interruption de Pie IX jusqu'à saint Pierre, le premier en liste, ou qui redescendent de saint Pierre sans interruption jusqu'à Pie IX. Cette preuve est également indestructible : les fastes de l'Église, les peintures, les pierres gravées, les actes des conciles, les médailles, (es tombeaux mêmes, toute espèce de monuments en fournissent la démonstration, et il n'y a personne assez éhonté pour en révoquer seulement en doute le fait matériel. Ce qui est particulièrement remarquable, c'est qu'entre toutes les Églises fondées dès les temps apostoliques, l'Église romaine est la seule qui présente cette suite de pontifes se continuant jusqu'à nos jours. Tertullien pouvait bien, au ir ou m* siècle de l'ère chrétienne, renvoyer les hérétiques de son temps à d'autres Églises aussi, comme à celles de Corinthe, de Phîlippes, de Thessalonique, d'Éphèse (1) ; mais, aujourd'hui, il ne le pourrait plus, parce que toutes ces Églises, si toutefois elles existent, ont perdu la succession de leurs évêques. Le siège de Rome seul a conduit jusqu'à notre époque cette suite de ses évêques, de ses pontifes, qui descendent en droite ligne des apôtres jusqu'à nous, et, par conséquent, cette Église est la seule entre toutes qui soit demeurée apostolique, à

(1) De Prœscript.y c. 36.

prendre ce mot à- la rigueur. Toutes le» autres, ou ont cessé d'exister, ou ne sont apostoliques que par participation ou par leur union avec rÉgBse romaine, qui, suivant la pensée énergiqi^ de ce même Tertuilien (1), leur imprimait son. propre sceau {contesse- $'ârit)j ou le sceau de sa propre apostolicité! Aiiisi il n'y a que cette seule Église dans laquelle se vérifie la première des conditions énumérées, savoir qu'elle n'ait pas d'autre origine, d'autre principe, que le« apôtres et Jésus-Christ, son divin auteur.

De ce fait historique et incontestable découlent, comme de leur source, les autres conditions : par exemple, que toutes les sectes sans exception, qui se sont élevées contre elle, lui sont postérieures et de date plus récente, et, par conséquent, hors d'état par elles-mêmes de troubler l'Église dans la possession où elles l'ont trouvée d'être la vraie Église de Jésus- Christ. Puisqu'elle les a toutes précédées, elle a sur elles toutes l'avantage de ses propres titres, comme de son origine et de sa durée. Si ces sociétés rivales de l'Église romaine, par cela même qu'elles se sont

(1) Ibid A moins qu'on n'entende avec de savants critiques ce mot contesseràrit des s^'mboles, tessera, au moyen desquels on reconnaissait diuis l'Eglise romaine ceux qui venaient à Rome de quelque autre pays, symboles qui étaient comme la contre-épreuve de leur communion avec cette Eglise; ce qui revient toujours au même. (Voir Dupin, dans ses notes sur les œuvres de S. Optât. j

mises en opposition avec T Église qui tire son wigine de Jésus-Christ, se sont opposées à T Église de Jésus- Christmême, il s'ensuit qu'ellesdoivent être des Églises bâtardes, anti-chrétiennes, des communions d'hommes rebelles qui se sont avisés de contrefaire l'œuvre de Dieu, Elles portent dans la date même de leur naissance le sceau de leur réprobation et de leur condamnation. Frappées de la malédiction de Dieu avant même d'avoir vu le jour, elles ne sont pas nées viables, elles n'ont jamais eu de vie ; et l'Église, en les anathématisant, n'a fait que ratifier extérieurement la sentence que Dieu avait portée contre elles, du moment où elles s'étaient élevées et constituées en état de guerre contre son unique vraie Église. Or, l'Église romaine, qui les a toutes vues naître, les a toutes également foudroyées. Tant que les ressorts qui les avaient d'abord mises enjeu ont continué leur action, elles ont continué aussi cette vie factice et extérieure, politique et purement artificielle, qu'elles avaient eue dès le commencement; mais, dès qu'avec le temps ces ressorts se sont usés ou ont perdu leur énergie, qu'ils se sont affaiblis, en un mot, elles aussi ont commencé à languir, à se consumer, puis elles sont tombées et ont péri l'une après l'autre, comme l'hisH toire en fait également foi dans ses annales (l).Ce n'est

(1) Le contraste de la stabilité de la vi-aie Eglise, ouvrage de Jésus-Christ, avec la mobilité et la prompte dissolution des

pas qu'elles n'eussent pour appuis le grand monde, Topinion dominante, la science, le génie, et trop souvent, hélas! le pouvoir civil; néanmoins, elles onl péri et disparu, parce qu'elles étaient totalement dépourvues de l'unique soutien nécessaire, de l'appui du Tout-Puissant. De ce même fait historique, qu'on ne saurait nier, il suit également que l'Église romaine, étant la seule et Tunique véritable Église de Jésus-Christ, doit donc seule aussi avoir les notes et les caractères au moyen desquels elle puisse être aisément reconnue de tous pour ce qu'elle est en eifet. Ces notes ou ces marques caractéristiques ont été formulées par le premier concile œcuménique de Constantinople dans son symbole : c'est l'unité, la sainteté, la catholicité et l'apostolicité. Ce n'est point arbitrairement que ces notes ont été fixées ou établies; elles résultent des propriétés intrinsèques qui

sectes, ouvrages de rhomme, nous est marquée clairement dans la péroraison du sermon sur la montagne "(Matt, vn, 24-27) : " Quiconque entend ces paroles que je dis, et les pratique, sera comparé à un homme sage qui a bâti sa maison sur la pierre; et loi-squc la pluie est tombée, que les fleuves se sont débordés, que les vents ont soufflé et sont venus fondre sur cette maison, elle n'est point tombée, parce qu'elle était fondée sur la pierre. Mais quiconque entend ces paroles que je dis, et ne les pratique point, est semblable à un homme insensé qui a bâti sa maison sur le sable ; et lorsque la pluie est tombée, que les fleuves se sont débordés, que les vents ont soufflé et sont venus fondre sur cette maison, elle a été renversée, et la ruine en a été grande. »

conviennent essentiellement à la vraie Église. En effet, personne ne niera que cette Église, fondée par r Homme- Dieu, ne doive être une et identique, et non jamais différente d'elle-même ou divisée d'avec elle-même : il suflSt, pour en être convaincu, de savoir qu'elle est un ouvrage divin, le chef-d'œuvre de la divine sagesse, quand même nous n'aurions pas pour nous le prouver les textes de la Bible rapportés ailleurs. Personne ne niera qu'elle ne doive aussi être essentiellement sainte, et par rapport aux vérités qu'elle enseigne, et par rapport à sa destination, qui est de rendre saints ceux qui s'attachent à elle, et par rapport aux moyens par lesquels elle leur communique cette sainteté. Personne ne niera qu'elle ne soit expansive de sa nature, en sorte qu'elle doive accueillir dans son sein toute la famille humaine répandue sur tous les points de la surface de la terre, et cela pour tous les temps avec la même universalité de doctrine et d'enseignement. Personne ne niera enfin que l'Église ne doive être apostolique, c'est-àdire tenir son origine des apôtres, et transmettre d'âge en âge la doctrine que les apôtres ont enseignée. Ces quatre propriétés ont entre elles une telle connexité, que l'une dépend de l'autre, et que sans les quatre à la fois il n'en subsisterait pas une seule. Sans l'unité, en effet, telle que nous l'avons expliquée, il ne saurait y avoir de véritable sainteté, puisque le schisme d'avec l'unique Église instituée par Je-

sus-Christ est toujours et nécessairement, quelle qo'eo ait été la cause, un démembrement d'avec le corps mystique du Sauveur, Jésus-Christ n'est plus le chef mystique de ce membre séparé, de ce lambeau détaché, et il n'y fait plus circuler la vie dont il anime le reste. Ce qu'il ne faut entendre toutefois, à parier .exactement, que du setUsme considéré conmie tel; car, quant à Vindividu schismatique, des grâces actuelles lui sont toujours offertes pour rentrer dans le droit chemin, s'il est de mauvaise foi, et il peut même n'être pas privé de la grâce sanctifiante, si son erreur est invindble et qu'il remplisse d'ailleurs les devoirs que la religion lui impose (1). Mais nous ne parlons, dans la question qui nous occupe, des schismatiques que comme séparés du corps mystique de Jésus-Christ, et, sous ce rapport, il est évident qu'use société séparée de la vraie Église de Jésus-Christ ne saurait être sainte, puisque autrement il faudrait appeler saintes toutes les communions dans racteméme qu'elles feraient d'hérésie ou de schi^ne, une communion n'étant jamais séparée de l'Église de Jésus-

(1) L'Eglise a condamné, en effet, diverses propositions de Qiiesnel qiii niaient qu'on pût recevcâr des grâces en reitant hors de l'Eglise, par exemple» la 26« : Nullx dantur graUœ mi per fidem; la 27e : rides est prima grathy et fons onnUmn aliarum graiiarum;\si 29« : Extra Ecclesiam nulla conceditur (jratia. On peut lire sur ce sujet le P. La Fontaine, Constitua tio Unigenitus theologicé propygnata, Cologne, 1717.

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Christ que par Tun ou l'autre de ces actes, si elle ne FeBt par les deux à la fois. Or hérésie et sainteté, schisme et sainteté, sont des termes qui s'excluent réciproquement, puisque ce mot sainieié signifie pureté et ^emption de péché, et que les mots hérésie et schisme expriment des péchés formels et même des plus graves qui se puissent concevoir.

Qu'il y ait connexité ensuite entre l'unité d'une part, la catholicité et l'apostolicité de l'autre, cela est d'autant plus évident, que l'Église ne saurait subsister ou se maintenir dans son unité que par l'unité même de communion entre tous ses men^res, et par la profession commune à tous des mêmes vérités cpi'ont enseignées les apôtres. La vérité doit être une pour tous les temps et tous les lieux , puisqu'elle ne peut jamais être différente d'elle-même. Par conséquent, cette Église-là seule peut être de sa nature catholique et apostolique, qui professe invariablement les mêmes vérités dans tous les temps et dans tous les lieux, ce qui ne saurait être si elle n'était une et indivisible. Et pour ce qui regarde la communion de charité qui existe entre les chrétiens, il n'est pas moins évident qu'elle suppose l'unité, et même au degré le plus éminent. Et c'est ainsi que ces quatre propriétés sont liées entre elles indissolublement, de manière qu'elles ne peuvent aller l'une sans les autres, et que les trois dernières sont une suite nécessaire de la première, ou dépendent de l'unité comme de l'anneau

principal; ce qu'il faut entendi'e de l'unité formelle ou de l'unité qui se rattache au principe générateur qui la constitue.

Ces propriétés, en tant qu'elles se produisent et se manifestent au dehors, constituent les notes de TÉglise, ou les marques auxquelles on la reconnaît pour la véritable et légitime Église de Jésus-Christ. Or, du fait historique que nous avons signalé de l'existence non interrompue de l'Église romaine depuis les apôtres jusqu'à nous, nous pouvons inférer à priori qu'elle est la seule qui possède ces propriétés, et qui les montre en elle. Car elle seule a la priorité sur toutes les communions qui ont apparu d'ftge en âge ou de siècle en siècle jusqu'à nos jours. Aucune d'elles par conséquent ne peut s'arroger, soit les propriétés, soit les notes d'unité, de sainteté, de catholicité et d'apostolicité, hors de l'Église romaine. L'Église romaine est une, pour ainsi dire, de naissance ; je veux dire que dès sa naissance elle a possédé l'unité, et l'unité de foi comme de communion , en vertu du principe d'autorité qui la constitue, ayant pour chef visible, comme il convient à une Église visible, le pasteur suprême, successeur de saint Pierre, prince des apôtres. Toutes les Églises particulières du monde entier, qui dans tous les temps ont été en communion avec l'Église de Rome en vertu de ce même principe d'autorité, ont tenu et professé avec elle la même foi, et obéi au naéme pasteur suprême. Et c'est là une

condition indispensable, puisque tout évêque ou toute Église particulière qui aurait tenu ou professé une doctrine différente, ou qui aurait élevé autel contre autel et refusé l'obéissance à Tévêque de Rome, aurait été considéré pour cela seul comme hérétique ou schismatique. L'histoire ecclésiastique des trois ou quatre premiers siècles offre déjà bien des exemples de ces hérétiques et de ces schismatiques condamnés de même pour l'une de ces raisons. Les noms de Paul de Samosate, de Novatien de Rome, des deux Donat d'Afrique, pour ne rien dire de tant d'autres, sont assez fameux. L'Église romaine a de cette manière maintenu son unité dans toute la suite des temps. Par contre , aucune communion séparée n'a jamais pu se glorifier d'une semblable unité, parce qu'elle manque du principe d'autorité, qui seul la produit et la constitue, comme nous l'avons démontré ailleurs (t. ï, p. 340 et suiv., et t. ii, p. 3).

Il s'ensuit, pour la même raison, que l'Église romaine ou la communion catholique est la seule qui possède la sainteté, considérée comme note et propriété de la vraie Église. Car la sainteté est le fruit légitime de l'unité de foi et de l'union de charité. Cette sainteté est rendue sensible dans l'Église romaine, et visible aux yeux de tous, par la sainteté de ses enseignements dogmatiques et moraux, par l'administration des sacrements, par l'abondance des dons extraordinaires qui, à toutes les époques, ont

rendu visible à tous les yeux la beauté surnaturelle et intérieure de Télite de ses enfants. Sainteté qui n*a cessé d'être l'objet de l'envie et de la haine des hommes grossiers et charnels, ou de toutes les sectes rivales de cette même Église : de leur envie, parce qu'elles savent bien qu'elles en sont, et nécessairement, privées; de leur haine, parce qu'elle est un reproche toujours vivant de leur conduite désordonnée. Haine qui est le principe des persécutions auxquelles sont en butte les personnes saintes, et l'Église elle-même avec elles, persécutée parce qu'elle enseigne les vérités qui déplaisent au monde, qu'elle aurait bientôt pour ami si elle cessait un moment, soit de les prêcher en public, soit de les rappeler en secret.

Enfin, que du fait historique que nous avons établi s'ensuivent aussi la catholicité et l'apostolicité de l'Église romaine, c'est une vérité si évidente par ellemême, qu'il n'y a besoin d'aucun développement pour le prouver.

L'autre fait historique, parallèle au premier et commun à toutes les sectes séparées, démontre à son tour qu'aucune de ces sectes n'a ni ne peut avoir une seule de ces propriétés ou de ces notes de la vraie Église. Aucune d'elles n'a l'unité, par là même qu'aucune d'elles nO' consent à en admettre le principe générateur et constitutif, qui est l'autorité. Après s'être émancipées de l'Église «mère, du chef et du centre i

— 5S0 — la fois de rautmté et de l'unité catholiques, quelle autre autorité pourraient-elles lui substituer qui en couvrît le défaut et en fit les fonctions? Aucune assurément, aucune du moins qui ne fût factice et arbitraire, aucune qui ne fût postiche et purement apparente. De là leur rec(Mars à Téraslianisme (i) , pour conserver du moins une ombre d'unité extérieure; de là encore leur dissolution interne en fait d'articles de foi, les contradictions et les nuances d'opinions sans nombre entre membres de la même communion sur ces articles, sans autre remède à y trouver que la force matérielle; de là enfin leurs divisions de toute espèce,

il) On a donné ce nom à'érastianisme à une secte qui s'éleva en Angleterre, en 1647, au fort des guerres civiles, et qui professait la doctrine de la suprématie de TEtat par rapport à TEglise. Les membres de cette secte prétendaient que l'Eglise n'a aucuB pouvoir de faire des lois, et bien moins encore d'infliger «les peines, de porter des censures et des sentences d'excommunication. En cela ils ne faisaient que suivre les doctrines do ceKii qui leur donna son nom, c'est-à-dire d*un cei'tain Eraste, médecin suisse, né à B&lc Tan 1624. Cet bomme était peu soigneux de se faire la réputation d'babile médecin; mais en revanche il se piquait beaucoup de savoir la théologie et de l'enseigner aux autres Entre autres écrits théologiques sortis do sa plume, on distingue particulièrement celui qui a pour titre : Thèse contre Vexcommvnicatitm et Vmttorité des consistoires. Il était médiocre en fait de médecine, et au-dessous du médiocre en fait de théologie. Voir Wabbubton, Snpplemental PForkSj p. 473. Grégoire a traité au long cet article dans son Histoire des sect£S, t. iv, p. 377 et suiv.

et les agitations sans paix ni trêve dont elles sont continuellement travaillées.

Dès là que les sectes anti-catholiques sont privées d'unité , c'est une suite nécessaire que la sainteté leur manque également. £t ici encore, distinguons la secte elle-même d'avec les individus qui en sont membres. J'admettrai volontiers que dans toute communion il puisse se trouver des individus plus ou moins probes et vertueux, des personnes même qui, par suite d'une ignorance invincible, en même temps qu'elle font partie, sans le savoir, d'une secte anti-catholique et réprouvée, jouissent de la vie surnaturelle par l'habitude de la foi qu'elle ont reçue dans le baptême, ou même qui, après avoir eu le malheur de perdre pour un temps par quelque faute grave la grâce baptismale, l'aient recouvrée en vertu de cette même f«i et au moyen d'un acte sincère de contrition, et qui par conséquent se trouvent dans la voie du salut. En faisant toutes ces concessions, je ne fais que me mettre à la suite des plus grands théologiens (1). Mais ce sont là, comme on le voit, des exceptions en faveur d'hérétiques ou de schismatiques qui ne le sont quematé-

(1) Voici ce que dit à ce sujet le cardinal DE LUGO, dans son tmité Dfi Fide , xil, 3, 30 : .« Errantes invincibiliter circa aliquos .. articulos , et credentes alios , non sunt formaliter hapretici, s^ «« habent fidem supernaturalem , quâ ci*ednnt veros artiaitos, « atque ado(') ex eâ possunt procedere actus perfectse contritk)- >• nis, quibus justificentur et salventur. »

riellement, et qui au fond sont catholiques ; et il s'agit ici des sectes mêmes, ou des communions non catho* liques en tant que séparées de Tunité. Or, je dis que ces communions ou ces sectes ne peuvent avoir de sainteté d'aucune espèce, soit parce qu'elles sont privées de la vraie foi, soit parce qu'elles sont rebelles à l'autorité légitime. Gela suffit à mon sujet, sans que j'aie à discuter en détail les doctrines particulières de chaque communion à part, tant spéculatives que pratiques. Si l'on désire de plus que je présente une fin de non-recevoir, pour ainsi dire, contre la sainteté de ces communions anti -catholiques, on la trouvera dans ce que j'ai déjà dit de la sympathie qu'ont pour ces sectes tous les méchants, et pour parler plus in<* telligiblement, tous les libertins. Les plus mauvais sujets de chacune de ces communions sont ceux qui se montrent les plus attachés à leur propre secte, et les plus mauvais des catholiques sont ceux qui témoignent le plus de tendresse pour ces communions étrangères, le plus d'empressement à les répandre, à les faire goûter, à les persuader aux autres. Un coup d'œil général sur cette espèce de gens suffira pour convaincre qui que ce soit de mes lecteurs de la vérité de ce que j'avance (1). Ce qui s'accorde à mer-

(1) Le comte J. de BIaisire, dans la seconde de ses deux

lettres inédites publiées par le Mémorial catholique (juin et

juillet 1824), touche habilement ce point particulier, savoir

« que, dans les communions séparées, ce sont précisément les

vaUe avec la réflexkm que je laîsak toat à rheve sur Tav^^sioQ que profeflsmt ces mêmes facNSiKspoa^ rÉglise catholique à cause de ia véritable aakitolé qu'elle ensoigoe et qu'elle professe.

-y^ Pour oe qui est de la cathcdioté ei de Tapostoiidtt

par rapport aux communions non catholiques, il n'y a pas à en parler. Leur dénomination idème de non <3atholique8» qui les distingue toutes de la ndtre» est use preuve flagrante qu'aucune d'elles ne possède^ soit ki propriété, soit ia note, comme on voudra, de la obk tliolicité, et qu'elles en sont absolument privées, liais de pltts, leur origine de fraîche date, leur localité restreinte, font voira tous les yeux qu'elles n'ont donc ni la catholicité ou l'universalité de temps, ni celle de lieux, comme il le faudrait pour qu'elles fuai^t vraiment cathoUques. Comme ce Sujet a été trmté i part, nous n'ajouterons rien ici à ce que nous vesoiis dédire, pour ne pus répéter ce que noi» avons éclaird ailleurs (1). Dîscms la même chose de l'apostolicité, qui ne saurait appartenir qu'aux communions qui tir^ raient leur origine des apôtres mêmes, ou qui aimuent été comme grdïiées par la suite des temps à wné

cœurs les plus droits qui éprouvent Ib doute et l'iiiquNtutftf t tandis que paimi nous la foi est toujours en proportion directe de la moralité, n |1) Voir la dissertation de Tauteur, intit» : StU tUeio di Ckkm

^atthoUca che si attrUmiscmo le CcmmunUmi âepmrt/le cMUs

iCkiesa Romana,

Ê^iae «l'oTigBie apostolique, ou qui enfin, apparte* iittit À rÉgliae catiiolîqae par la smoession non intertOÊOfiat tie ieins pasteurs, atvaieBft conservé intacte la doctrine de cette Église. Or, les communions non rMbnliqîies n'ont aocun de cesistres pour prétendre à ïespMMààbL files ne «ont pas apostoifiques d'origme, piDSCpi'eUes sont toistes de daite réoeRte; eltes K sont pas mm pi«a^ grefiées à TÉglise apostolique, pu»qu^<eUes «'eo amt séparées 'oa qof eS^les en ent été reirancbées; eUes n^ozrt pas tsoMervé non plus la doctrine aposttdiqBe par une succession non interrompue de pasteu» appartenant i cette Église, puisque, ou dles se sont lévidtées contre ces mêmes pasteurs, ou ieurs pasteurs eux-nêflnœ se sont fiiâts sc^ismratiques et novateurs, et ont fondé une société différente de Vsmàaxoe telle qu'ils l'avaient héritée de leurs pré* décefisesTS, difSéamnte par •oonséquenft de l'Église apostolique, à laquelle ceux-ci avaient appartenu comme pasteurs légitimes. Qu'on parcoure l'histoire des hérésies et des schismes, et on ne trouvera pas d'Autres ooDuneBcements à tout ce qu'il y a jamais eu de €onununîons noû catholiques.

Après cela , n' est-ce pas provoquer la compassion ou le rire (je ne saurais dire lequel) , que d'appeler avec ^Qophase Église apostolique l'Église anglicane, et succession apostolique celle de ses ëvêques, comme le font à toute occasion les évoques et les écrivains de cette communion , eux chez qui la succession

apostolique a été rompue même matériellement par rinvalidité de toutes leurs ordinations épiscopales sous le règne d'Elisabeth (1) ? Mais quand même ces ordinations, au lieu d'être tout-à-fait nulles, ne seraient que douteuses, ce qu'on pourrait accorder tout au plus, il serait encore certain qu'elles ne pourraient pas mieux s'attribuer la succession apostolique, puisque répiscopat actuel a complètement dévié de la doctrine apostolique de leurs prédécesseurs d'avant le schisme. Qui aura le courage de dire que Granmer fût le successeur véritable du cardinal Polus sur le siège de Cantorbery, à moins qu'on ne dise aus« que l'hérésiarque Nestorius était le successeur de saint Jean Ghrysostôme sur le siège de Gonstantinople, et Dioscore le successeur de saint Cyrille sur celui d'Alexandrie, de sorte que les Églises des nestoriens et des eutychiens seraient apostoliques comme conseil) Outre les anciens qui ont écrit sur ce sujet, tels que Haa* Douix, Le Quien, etc., et d'autres plus modernes, comme Mu- NER, LiNGABD et le cardinal Wiseman, Mgr Henrîdc, alors évéque de Philadelphie et aujourd'hui archevêque de Baltimore, a publié là-dessus un volume in-&* , eu il fait voir , par toute sorte de documents , que la succession ne subsiste [dus dans répiscopat anglican, par la raison que les évêques catholiques qui vivaient encore au commencement du règne d'Elisabeth refusèrent d'imposer les mains aux nouveaux évèques élus par cette reine; d'où il résulte que ces derniers n'avaient d'épiscopal que leur élection même et la sanction qui y fut donnée par le parlement, ce qui fit aussi qu'on leur donna le surnom ^évèques parlemenUxiret.

vant apparemment la doctrine des apôtres. Je ne vois pas en quel autre sens Palroer aurait pu dans son Abrégé d'Histoire ecclésiastique, oh il donne la suite des évêques de Cantorbery depuis saint Augustin jusqu'à son temps, donner Granmer pour successeur immédiat de Polus, et gre£fer ainsi T Église schismatique anglicane sur TËglise apostolique fondée dans cette île par saint Augustin. Mais ce qu'il y a de plus révoltant, même sous ce rapport, c'est le fait des deux primats actuels d'York et de Cantorbery, entraînant à leur suite tout l'épiscopat anglican ; c'est qu'après avoir fait profession de reconnaître la suprématie de la reine Victoria en matières spirituelles, y compris les définitions dogmatiques, ces vils esclaves du pouvoir temporel et du conseil privé de la reine en fait de religion et de foi aient encore le courage de proclamer leur Église apostolique (i) !

|1) Le Times en eflfet Uanvier 1861), après avoir rapporté Tavis da conseil privé de la reine dans Taffiaire Gorham, et son acceptation par la haute Eglise d'Angleterre, c'est-à-dire par Té* véque de Londres et les archevêques de Cantorbery et d'York avec leurs suffragants , en tire cette conclusion : ** Les chronologistes auront à marquer pour l'année 1850 la suprématie royale définitivement reconnue en matière de foi. » La diose cependant est de date bien plus ancienne, au moins pour le fond. Je vais rapporter ici dans son texte original la formule d'excommuni* cation de cette Eglise, à encoiu^ir ijpso facto, contre quiconque osera contredire la sentence portée en dernier appel par la Cour suprême du roi ou de la reine : - H^hosoever thall hereafter

— 8« — Comioe si le Christ, en disant à ses apôtrœ : C«tef ^uî nêus éeùute m'écmtte; ou bîeii : Allez et en$m^ fjKiez touÈ» les naêÊeus^ a^ait yoqIii entendm par ces pftroles k reiae Victoria et son eaueil prifé, le muiatre Joha Ruaatll^ eu le parionent britaimicpie ! (^iieUeiiifasiieî A qui esk-ce qa'oD s^ahaiese poor g^unler de grosrevemiaei des honneurs teoqiarels 1

Que faudra-4-il dve enairite de toutes les sectes protestantes dans le sens strict du not, c^esMi-dinadfis seetes kitiîiériettDes, eahdmstes^ete.^elde'toate» leum filisikiQiM» qui n'ont pas même conservé r(»Bte^ de la hiiéraitfaîe(i)?I)îra4--oa queeeseoBUSBOimifi'

affirm that the King's Maicêty katk not (M smne wuikurU^ in cctuses ecclesiastical that the godly kmgs had among the fervsy and Christian emperors of the primitive Church, or e mpem k an^ptaei of kt$ royaJt Mwpnmmy in the êmkicamesj rutond to tke Craum 6y ikê lawê> of tkiê têtÊtm Ékertin etêt^ blishedy let htm he excommunicated ipso facto and not restared but only by the archbishop , afier his repeniance and publie rmœatienmf thote Air wsckcd «rrorv. n C^est-it-dire en françaja: • Q,aiooiiqtie alfirmeni à l-aiveiùr qiie la au^esté n>^^ pas la néiBeaatorité daaaka causes ecclésiaatiques qae cette dea rois étabiia. et Dieu sar le peuple juif ^ ou que oeBe des empereurs chrétiena de la pviimtiTe Eglise^ ou enlravefa en quoi que œ loH la 8upvéB»tia rojfale dai» leadites cac^ titnéea à la oauromie par tes km de œ ra3rainDe, sna cbbohk naiaié i^o f^f% sans pouvoir être retevé de soa emammuni* catiaa qne par ssa arcbevéque, s^il Mt ado de lepentir eai ré«ci|auKt puUiqueDScnt aes pemédknMs eneaia. n Gkn. n,. cilépar WisEKW, The fhnçà appemt.élB.

\\] n n'j await que h Suède où la Tididité des consécration»

aient l63 propriétés et les noies de ta vraie ^HseY Pour donner qadque idée de ce qn^elles sont, je ne ferai que nf)porter id, ckios notre langue^ ce qu*en a émt un auteur non 80^>eet, rangiiean WIIKam Pabner, qui, grftce à l'affimté que les sectes ont entre elles, les juge ccpradant avec trop d*indulgence et de faveur. • J'^ai parlé, dit'^il, de la Béfinrme éhran^ gère, cooNûeé^une dtose qui n'^est phie quedupos^ pour nous. Et, en vérité, le luthéranisme et le caMmsme ne sont guère plus aujourd'hui que des objets d'histove, puisque les faiMes restes privés de vie qu'ils ont laissés après eux, et qui porteirt toujouFs leurs niMBS, ne sont que de douloureux souvenirs de systèmes dont les imperfections et les défauts, quoi qu'il en fût, ont été ennoblis par une sainte ardeur et m véritable zèle pour INeu et la révélation de Dieu (telle est là-dessus sa pieuse croyance). Or, quand les confessions de foi pour lesquelles Luther, Zwingle et Gahrin auraient donné leur vie, sont jetées de côté comme surannées ou souscrites avec des clauses et des déclarations qui font de ta souscription une sim-

épiscopales pourrait se soutenTr , le premier archeréque luthérin «rUpsal, Lauréat Pétri, vy^oit été sacré en 1681 par Piert» Magni , évoque de Werteras , qui avait été ordonné à Rome avant ViiiIrodoetiQik du proteatanÉinBec BnZBLius pubMa à Iitaiicp en 1773 me Uhèae sur œ sujet , et en 1790^ Fant es* saya d'y igovter ém BouveOea preuves. Voir A» tmeumlom $ê conseer. Episcopor. SuectKj in-4*, Upsal, 1850.

pie farce, comment pouvons-nous croire qu'il en reste quelque chose dans les esprits? Vaincus par Taudacieuse impiété du néologisme et de F incrédulité, qui se couvre du nom de christianisme pour pouvoir ainsi porter à la foi des peuples des coups plus funestes, ou pour tomber dans la léthargie mortelle de Tapostasie arienne et socinienne, le luthéranisme et le calvinisme, conmie systèmes religieux , s^nblent morts dans les pays où ils avaient pris naissance » (1). 11 suit de là que nous n'avons plus à parler de oes sectes comme d'Églises, et bien moins encore comme de la vraie Église de Jésus-Christ, mais seulement comme de cadavres sans vie, de débris à laisser là, ou d'antiquailles à classer dans les musées.

Un autre caractère essentiel à la vraie Église de Jésus-Christ doit être une constante uniformité dans la croyance et l'enseignement des points dogmatiques, puisque la vérité est inflexible et immuable de sa nature* Or, tel a toujours été, et tel sera toujours le caractère de l'Église romaine. Elle ne s'est jamais prêtée à un seul changement dans les articles de croyance une fois professés par elle : immobile comme un rocher, elle a vu s'élever contre elle avec furie les

(1) TYeat. of the Church, etc., Londres, 1839, t. i, c. 12, p. 388-889, où rauteur cite à l'appui VHia, des Sectes de GBiooiBB , et Touvr. de Rose jsur VÈiat du protestantisme en Mlemagne.

tempêtes des persécutions, les menaces, puis les défections des princes et des peuples; elle a tout enduré plutôt que de retrancher de son symbole un seul iota, plutôt que de consentir à des transactions ou à des accommodements sur cet article (1). L'histoire lui rend aussi témoignage sur ce point, et jamais ses emaemis ne Tont accusée d'avoir transigé sur un seul dogme : leurs accusations ne roulent que sur les ad^ ditiom qu'elle a, disent-ils, faites au symbole. Mais nous avons fait voir ailleurs (p. 270 etsuiv. de ce volume) que ces additions ne sont autre chose que des développements renfermés d'avance comme dans leur enveloppe dans les articles de tout temps professés, développements rendus nécessaires par les innovations et les témérités des ennemis de la foi.

Comparez maintenant avec cette immutabilité de la doctrine catholique la versatilité, les variations continuelles des conmiunions rivales, et particulièrement du protestantisme et de l'anglicanisme, et vous verrez sur-le-champ quelle est entre toutes ces communions celle qu'on doit reconnaître pour la vraie Église, pour

(1) L'Eglise de Rome est immuable ^ c*est Taveu qu'a fait-à la chambre des communes im ennemi acharné de TEglise catholique. Voir l' Univers j 25 mars 1851. Un certain Hase en Allemagne prend prétexte de cette immutabilité de doctrine pour reprocher à l'Eglise romaine d'être stationnaire, puisqu'elle enseigne au XIX* siècle les mêmes choses qu'elle enseignait au premier!

répouse sans tdehe de Tagnean de Bieii (f }• Cfest aussi à ce caractère, conitne à sa ficùndStë m^KiiH sable ei^ types de sanrteté, que riHnstr» comte et& Stolberg^ a reeomia I^Slgiise roHHâne poar rumque ^Knise du Christ ; et faisant abjterstioii ée fia secte inrotestante, par un triomphe géaévcor remporté sor loi-méme, il estvenv demander à cette Égfoe les moyens de s^assurer son saint éternel (2).

Et comme c^esfi le propre de Dieu, tont Hnnmable qu*îl est dans- son essence, de donner le menvement à tout ce qui existe et d'être un principe étemdiemrat agissant, et en lui-même par le mystère ineffable de fécondité et d*amour qn'il aecompfil de toafe étemrté dans tes profondeurs de son âlre, et en de^ hors de lui-même par Faction créatrice et consenratrice qu'il exerce dans le temps sur ses créatures, amenées par lui successiyement à Pexistence, et recevant chacune de lui, à la place qui leur ert assignée , leurs divers degrés d'action et de vie ; mas rÉglise, qui est sur la terre sa vrvante mage et

(1) Outre tout ce que nous avons dit ailleurs sur ce sujet . nous albns enregtstror ici r«veu d'ua foJOMîui: pcotestantdeaos jours » ScHT.WKBMACHKR, ^uî. affirme que la. durée ddchum^ dogme protestant ne saurait guère être, iasm% mag^fi, que de quinste années. Toir Nampon» Etude 9ur la doct^ çath. dam$ U concile de Trente^ Pacia^ lÔâSL.

|2) Voir sa lettre publiée sur les mMfs ée soa retour à l'Mf^ glise catholique.

— a» — GMnœ u& reflet de la divins sagosse, pavticip& par u» privilège sîDgidi^r à cet attriboA diviii, en impiiaaflk à toute la société (dirétîuMie un prineipe semblable dTacticA et éaiBMwmal. C*est elle qui cch»- DBHumpie à ton» kv» âièies^ la vie aarnatacella par le moyen des sacraasMBts^ <$al les exeite et laa encourage aux pluâ^ héro&{uea traivaux^ et qui^ laèie ta»* jours féconde; d'eafaate pirédeatinési les soutient ^ tes aime dans Fex^dM:de& vertus lies plua sublimes. Tout n'est que vie. au* dedeas d'dle-môme^ sa do<^trine, sai disej^tiae iotéôeure, sa hîévarchie^ ses institutione» Expansif de sa. naburev ce même principe vital tend i^cessammosat k dévdi^p<ur son aetiom ait dehors ; et, a^ide de se donner de» ^afants nouveaux^ rÉglise app€^ dans^ sm. sein eis'efloree de s'assinnler tous les membres de la race hunaaJne. sur qui elle peut exercer son zèle ou étendre son inflaence^ n^importe qu'ils soiesibt infidèle? ou qu'ils soient dissidente» eemme* le^ prouvent ampkraent les coaveEsiffii& att catboUdsne cpi'dUei ne se lasse pafi d'opérer sur tous les points dir j^obe;

YouB dîriesc que If Église romaine est, dans un ordae siqpéneuc, ee que le soleil est dane notre, système planétaire» Centve du systjsnet entier, qu'il édake de sa lumière et pénètre de sa chaleur fécondante, cet astre ne cesse d'exi^cersur tout l'ensen^ Ue qii'it entraide dams son orbite sa vertu attractive^ et commnniqueà ses moindres partks la vie pbynque

et le mouvement dont elles sont susceptibles. Ainsi, dans Tordre surnaturel, l'Église est le soleil des intelligences,, le principe moteur et vital de toute la société chrétienne ; tout gravite vers elle, tout s'agite autour d^elle. Ceux-là seuls se dérobent à son action, qui , dans le rêve d'une orgueilleuse indépendance, veulent se faire à eux-mêmes un autre centre, ou, pour tout dire, mettre leur centre en eux-mêmes, en s'éloignant de celui que Dieu leur avait assigné. Et de même que Adam prévaricateur voulut , en se révoltant contre Dieu, placer en lui-même son propre centre, de même ces téméraires ont cherché ou cherchent encore leur centre en eux-mêmes, hors de TÉglise par conséquent, en se laissant égarer ou séduire par leur esprit privé. Devenus comme des étoiles errantes, ainsi que les appelle Tapôtre saint Jude, ces astres tombés, sortis de leur orbite, s'en vont cherchant à l'aventure un point fixe de repos, et, sans s'en douter, ils ne font que s'enfoncer dans Fab!me, où ils ne trouvent autre chose que leur moi avec tous tes maux qui forment son cortège.

Si la vraie Église fondée par Jésus-Christ doit se reconnaître aux caractères que nous avons décrits dès le principe de la discussion actuelle, ces caractères ne se trouvant que dans l'Église romame ou dans l'Église universelle en communion avec le siège de Rome, c'est une nécessité de conclure qu'elle est elle-même la véritable Église, l'unique Église de Je-

sus-Christ Et, par une conséquence nécessaire, il faut regarder comme exclus de la vraie Église toutes les sectes non catholiques, quelles qu'elles soient^ mais surtout les sectes protestantes, dont le système général est, comme je Tai fait voir, si peu soutenable et si plein d'inconséquences. C'est l'histoire à la main que nous sommes arrivés à cette conclusion, et contre les faits constatés le raisonnement n'est plus admissible.

-*- ffU —

AWJCLE il.

Dans le sens x^omme dans le langage de toute Tantiquité ecclésiastique , ces deux mots , catholique et romain, sont synonymes.

musion des sectes qui croient pouvoir rester séparées àe V^^ ^Use mmame isom l-é*re en mèoie tetg» de llfigliae ^Jésus-Christ. — On fait voir la vanité de cette prétention par cela même que dans toute Tantiquité chrétienne on a regardé comme une même chose d'être séparé de TEglise romaine ou de l'être de TEglise universelle.-— On le prouve pai* Tautorité de saint Irénée ; — par l'usage des lettres formées ; — par les témoignages explicites de saint Cyprien et d'autres Pérès des premiers siècles; — par le fiait même des hérétiques. — On prouve la même vérité pai* Tunité de foi qui a toujoiu^ existé entre l'Eglise romaine et les autres Eglises. — On prés^ite à l'appui plusieurs raisonnements, et des faits que fournissent non-seulement les catholiques, mais les hérétiques euxmêmes. — Dieu n'a jamais permis que le siège de Rome tombât dans une seule erreur contraire à la foi. — La même vérité se prouve en outre par l'uniformité avec laquelle l'Eglise universelle condamne toutes les doctrines que peut condamner l'Eglise romaine. — On le prouve par les témoignages de toute l'antiquité chrétienne, — et par le fait. — Nouydle preuve résultant de ce que tous ceux qui élaient expulsés de l'Eglise romame l'étaient par contre-coup de toute FEgiise catholique. — Différence entre le cas d'hérésie et celui de schisme. — Les noms de catholique et de romain^ admis comme synonymes par toute l'antiquité, achèvent la démons» tration. — Origine de la dénomination de romaine donnée à l'Eglise catholique. — Sotte prétention de l'Eglise anglicane.

Telle est la force de la conscience que le chrétien expérimente en lui-même, qu'il recule d'effroi à la pensée de se trouver hors de la vraie Église, de TÉ-

— 4»Ô — glise instituée par Jésus-Christ. De là vient que les sectes non catholiques, qui se disent toigours chrétiennes, par le motif qu'elles font profession de croire en Jésus-Christ, et qu'elles ont été régénérées dans l'eau du baptênae, font tous leurs efforts pour persuader aux autres comme à elles-mêmes qu'elles font partie de la vraie Église, ou même qu'elles sont les seules qui la constituent Les anglicans prétendent que leur Église est une branche de l'Église universelle, et c'est pour cette raison qu'ils retiennent l'article du symbole : Je crois l'Église universelle ou catholique ; tandis que, parmi les autres dissidents^ les uns ont retranché de cet article le mot catholique qui les gênait, les autres l'entendent de leur Église ou de leur secte particulière, en tant que celle-ci serait l'Église même ancienne catholique, mais épurée» Leuré réformateurs ont tiré de l'or, comme le dit un protestant moderne, de la scorie et de l'alliage où il se trouvait ncàêlé dans l'Église catholique avant qu'ils vinssent l'en dégager (1). Toutes ces sectes, par con-

(1) C'est ce que répond sottement le piéUste Malan dans son oavrage déjà cité, Pourrai- je entrer jamais dans l'Eglise ro~ maine , etc. , où à la suite de plusieurs balourdiseB il écrit ces mots : M Et quant à ceux qui du sein méxne de l'Eglise romaine furent alors [à l'époque de la prétendue réfonne) ^unenés ku pur Evangile, ne peuvent-ils pas répondre à cette question (où était rSglise protestante avant laRéforme t) , en demandant à leur tour : Où était l'or du minéral avant que le feu du creuset le séparât de sa Igenguet » (P« 123.) Cet homme n'a pas m6me en c^ln 1c

séquent, font profession de n*étre séparées que de rËglise romaine, et de la corruption du romanismeet de la papauté.

C'est donc pour dissiper cette illusion que j'entreprends cet article, qui aura pour objet de démontrer que rÉglise romaine et TÉglise catholique sont inséparables l'une de l'autre, ou plutôt qu'elles sont identiques, de sorte que c'est une même chose d'être séparé de l'Église romaine ou de l'être de FËglise catholique; et qu'ainsi c'est en vain qu'on se flatte d'appartenir à la véritable Église de Jésus-Christ quand on n'appartient pas à l'Église romaine. Nous pourrions employer plusieurs moyens de preuve pour atteindre ce but Nous allons en indiquer les principaux, que nous développerons ensuite par ordre et avec brièveté. Tels sont : la nécessité d'appartenir à ta communion romaine pour appartenir à l'Église universelle; l'identité de la foi de l'une et de l'autre; l'identité de l'Église romaine et de l'Église universelle dans la condamnation des fausses doctrines ; la même identité dans l'excorporation ou l'expulsion des sectaires ou des sectes; l'usage de l'antiquité chrétienne d'employer comme synonymes les mots d'^glise romaine et d'Église universelle. Tous ces motifs conspirent à faire voir aussi clair que le jour

mérite de l'invention , car j'ai trouvé la même réponse dans la préface de Luther à son commentaire sur l'épître aux Galates.

- B77 — ridentitéqui existe entre les deux, et la distinction essentielle entre les Églises-branches^ séparées du tronc principal, et V Église-arbre, qui n'est autre que l'Église romaine, si Ton veut entendre par ce mot toutes les Églises à la fois en communion avec cette Église. La première preuve à l'appui de notre théorènie, et qui toute seule le démontre déjà avec évidence, c'est la nécessité d'appartenir à l'Église ou communion romaine pour appartenir à l'Église universelle ou catholique. Telle a été de tout temps, en effet, la marque sûre du bonheur d'appartenir au corps mystique du Rédempteur, Lorsque saint Irénée, prenant --^ les intérêts des évêques d'Asie, trop attachés à l'usage de célébrer la pâque le quatorzième jour^ la luno de mars, s'interposa pour eux auprès du pape saint Victor, qui défendait de son côté la tradition romaine, reçue de l'apôtre saint Pierre, de ne célébrer cette fête que le dimanche suivant, et qui en conséquence menaçait les évêques dont il s'agit de les séparer de sa communion, l'illustre intercesseur donna pour motif de sa démarche, comme Eusèbe nous l'a rapporté, a qu'il ne fallait pas retrancher du corps de rÉglise universelle par un acte définitif un si grand nombre d'Églises particulières pour leur constance à observer une tradition fondée sur une coutume ancienne parmi elles (1). Par Ift on voit qu'aux

(1) Eusèbe, Hist. ecr. 1. v, c. 24 : « Ne tmn rnultas Ecclesias T. II. 37

- wre-

yeux du saint martyr, c'était un principe incontestable qu'être séparé du pontife romain, ou du siège de |lome , c'était la même chose que de Tétre du corps de j'Ëglise entière ou de TÉglise catholique.

C'est à ce principe qu'il faut attribuer l'usage universel, en vigueur dès les premiers temps du christianisme, des lettres formées ou pacifiques^ comme ob les appelait, ou lettres de communion et de paix, qui servaient à faire yoir qu'on était en communion avec l'Église universelle par cela seul qu'on l'était avec le siège de Rome. Ces lettres s'envoyaient et se recevaient réciproquement. A peine un nouvel évêque de Rome étaitril intronisé sur son siège, qu'il adressait ses lettres aux patriarches et aux autocéphales (1)

propter tradUionis ex arUiquà consuetudine ifUer ilUu utwrpatœ observafiiiam à earpore univers» EccUsi» penUùs amputaret. »

(1) On appelait autocéphales les Eglises de T Asie-Mineure qui n'étaient assujéties à aucun des trois patriarcliats. Les anciens écrivains font mention de ces lettres formées^ pacifiques oxkcommunicat<nres, particulièrement S. Optât, De 9chismate Donatist., I. n, § m, dont nous rapportons plus bas les paroles mêmes. Pour maintenir la communion récipi'oque, tous les évéquos envoyaient chaque année, ou même plus souvent, au pontife romain de ces letti^es communicatoires. S. Augustin écrivait, 1. m, cont. CrescoH.y c. 34 : « Quod hinc maxime credibile ast, « quod ad Garthaginis episcopum, Romano prœtermisso, nun- « quàm Orientalis Ecclesia catholica scriberet, ubi saltem vester « scribi debuit quem soletis Romam paucis vestris mittcre ex « Africa. » Ce commerce de letti^es pouvait se pratiquer aussi

catholiques, pour leur déclarer qu'il les recevait dans sa communion et dans son unité, eux et tous les évé-rques dépendants de leurs sièges particuliers. De leur côté, les patriarches et les autocéphales eux-mêmes, aussitôt après leur élection, envoyaient leurs lettres à Rome en témoignage de leur communion avec TÉglise romaine. Cette pratique ou cet usage nous est attesté par les documents qui nous restent de ces temps reculés. Qu'il me suffise ici d'apporter en preuve les paroles de saint Optât, qui, en parlant du pape saint Sirice, donne les lettres formées échangées entre lui et ce pape pour témoignage de son état de communion avec l'univers entier. Voici ces paroles { après avoir donné la liste des évéques de Rome depuis saint Pierre jusqu'à saint Sirice, il ajoute de ce pape ». « Qui est actuellement même notre frère "f^ d'épiscopat, avec lequel tout l'univers, en même temps que nous-même, est en société de communion par le commerce mutuel de nos lettres formées » (1). Il arrivait de là que c'était une même chose d'.être

entre les autres éyêques, puisque Tévéque de Cathage pouvait adresser sa lettre formée en même temps qu'écrire à celui de Césarée; mais il ne pouvait pas le faire sans Tévôque de Rome, c'est-à-dire qu'il devait auparavant savoir par l'évêque de Rome quel pouvait être l'évêque légitime de Césarée. Voir Cl. d'Au BESPlNE,'in 1. c. s.

(1) «• Hodie qui noster est socius, cum quo nobiscum totus M orbis commercio formatarum in unâ communionis societate « concordat. » Lib. ii in Parmenianunu

séparé de l'Église romaine ou de l'être de l'Église catholique, c'est-à-dire de toutes les Églises répandues dans l'univers et qui ne faisaient qu'un tout par l'union étroite que le lien commun dont nous venons de parler formait entre elles.

Et pour qu'on ne pense pas que ce soit là une pure déduction logique , confirmons cette vérité par des preuves directes, et même, commenous le verrons plus bas, par là conduite des hérétiques et des schismatiques. Saint Cyprien dit expressément que cette Église est une, qui a été fondée par Jésus-Christ sur Pierre, donné pour principe de son unité (1) ; et ailleurs il dit ces mots : « A Pierre, sur lequel Notre- Seigneur a dès l'origine bâti son Église, et en qui il a établi le principe de son unité » (2); ailleurs encore; « Jésus-Christ a pourvu par son autorité au principe de l'unité qui commence par un seul » (3), c'est^dire par Pierre. De là ce titre d'Église principale qu'il décerne à l'Église romaine, d'où est émanée V unité sacerdotale (4), avec un épiscopat nu et indivisible, dans lequel entre comme partie solidaire chaque évêque particulier (5) ; c'est-à-dire, qu'en-

(1) Ep. 70, édit. des Bénéd. de S.-Maur.

12) Ep. 73.

(3) De unit4ite EccL

(4) im.

(6) Ibîd.

C^oogk

core bien que chaque évéque ait à paître poui* sa part la partie du troupeau qui lui est assigné, l'épiscopat lui-même n'en est pas moins un seul tout indivisible par son union étroite avec i'évêque de Rome, constitué en sa qualité de successeur de saint Pierre le centre et le principe radical de son unité C'est encore pom- cela que le même saint ne craint pas d'affirmer que Jésus-Christ a fondé sur la pierre une chaire unique (1). Saint Optât dit également que la chaire épiscopale est unique (2) , comme étant fondée sur un seul qui est Pierre, dans le même sens que saint Cyprien vient de dire qu'il n'y a qu'un épiscopat, une seule chaire, sans exclure pour cela les autres évêques pas plus de cette chaire elle-même que de l'épiscopat. Car, de mênle que chaque évêque possède sa part de l'épiscopat un et indivisible, de même tous ils possèdent une part d'une seule et même chaire, qui réside dans l'épiscopat romain ; et cela, en vertu de l'unité de communion que tous conservent avec l'épiscopat central et la chaire centrale dont la place esta Rome. Saint Pacien, saint Ambroise, saint Augustin, tous les autres Pères, n'ont pas de cet objet en particulier une idée différente. (3),

(1) Ep. 40.

(3) Voir les témoignages particuliers de chacun de ces Pères, comme de plusieurs autres, ainsi que de plusieurs conciles, tant particuliers que généraux, rapportés par Ballerini dans Tou-

— 5M — C'était de plus un principe si ineonteatable pour toute Fantiquité chrétienne et si universellement reçu, qu'être séparé de FÉglise romaine, c'était la même chose que de l'être de l'Église catholique, que les hérétiques et les schismatiques euX'^mêRiee, pomr ne pas paraître fofrmer une seetè 8^)arée de l'unique Église de Jésus-Christ, faisaient tous leurs efforts pour persuader, ou donn^ à entendre du rooÎDSy qu'ils étaient en comorairion avec le siège de Home^ A cette fin, ils avaient coutume de faire consacra à Rome im de leurs évéques» ou d'y en en^ voyer pour qu'il y résidât un déjà consacré, afin d'être en état de prouver de cette manière qu^iis étaient en communion avec le siège de Rome, et que par conséquent ils n'étaient' pas séparés de T Église catholique. C'est ainsi, comme le rapporte saint Gyprien, que la factkmi schismatique de Novat envoya à Rome FéUcissîme (i) ; ainsi, que les donatistes »)voyèrent à Rome un de leurs soi-disant évêques (2) ,

vrage remarquable De rati&ne priniatûs Rom, Pontificum, c. xrii, § 1-17.

(1) Ep. 55.

(2). Ce fait a été mconté par S. OPTAT, 1. n, c. 4. Le savant d'Aubespine a fait sur ce passage une réflexion bien sensée ; c'est sa note 42 conçue comme il suit : « Qu6d scirent Doua- " tistœ sine Pontificis romani communione Ecclesiam se habere » et in eâ esse non posse, atque ab cjus communione ùt hssre- «« tici separati essent, ideô episcopum ex suis Romam mittehant, " ut possent dicere, se Rom« habere episcopum, et cutn fipîB-

Mais il ne leur servit de rien d'avoir recours à cet expédient i bietitôt art leur enleva ce masque, et on déjoua rîiùposttrre. En attendant, ces faits montraient jtis(|u'à révidence combien était profonde et fortement enracinée dans toute la chrétienté la persuasion qu'il fallait appartenir à l'Église romaine pour être de l'Église universelle. Toutes ces preuves portent lent évidence avec elles : preuves qui ne se bornent pa^ à des faisohnemertts spéculatifs, -mais qui s'apptrient sur des faits, et qui démontrent péremptoirement la vérité de notre proposition.

Tenons à présent à la deuxième de nos preuves, tirée de Fidentité de la foi de l'Église romaine avec celle de l'Église univei'selle. Cette seconde preuve ne sera pas moins victorieuse que la pl^emière. En effet, il est bien évident que l'une et l'autre ne font qu'une même Église, si c'est dans les deux la nfiême foi avec la même communion de charité, en sorte que quiconque professe une foi différente de celle de TÉglise romaine en professe par là même une différente de celle de l'Église universelle. Cela dit avant tout pour la liaison logique des idées, nous allons reprendre ici le même procédé que nous avons suivi pour la preuve précédente.

« Gopo romano se communionem habere, Hoc patet ex loco " (Optati) et ex collatione Carthaginis, in qiiâ volebant pseudo- * episcopum suum romanum interesse. »

Pour prouver que c'était une même foi que professaient toutes les Églises du monde de son temps, saint Irénée n'a pas fait valoir d'autre argument que la nécessité où étaient toutes les Églises de s'unir à celle de Rome, qu'il appelle la première ou la plus puissante par sa primauté (1), et dans laquelle s'est toujours conservée intacte la tradition venue des apôtres. Donc, pour ce saint martyr, professer la foi de l'Église roraaine, c'était la même chose que professer celle de l'Église catholique. Et c'est ce qui est rendu encore plus évident par l'objet qu'il se proposait dans cet endroit. Il ne se proposait rien de moins que d'opposer à toutes les sectes d'hérétiques un argument invincible, propre à renverser d'un coup toutes leurs nouvelles opinions. Or, cet argument, il le tire de la tradition répandue dans le monde entier par les apôtres, ou qui était en vigueur dans toutes les Églises fondées par les apôtres. Comme c'eût été trop long et trop fastidieux de parcourir une à une toutes ces Églises, il a recours à un moyen plus expéditif, qui est celui d'opposer à ces novateurs la tradition de la seule Église de Rome, dans laquelle se trouvait renfermée comme en abrégé la tradition des autres Églises, à raison de la nécessité où toutes elles étaient de professer et de suivre la même foi que l'Église de

|1| La plupart des anciens manuscrits portent potioretn principaliifitem ; quelques-uns portent à la place potentiorem, et Massuet s'en est tenu à cette dernière leçon.

Rome* Or, un pareil argument n'aurait eu aucune valeur, si le saint n'avait considéré comme un axiome admis de tous l'identité de la foi romaine avec celle de toute l'Église catholique. Et, cependant, c'était un argument sans réplique qu'il prétendait opposer (1). TertuUien s'est servi du même argument, et pour cette même fin de confondre d'un coup tous les hérétiques à la fois. Il en appelle, lui aussi, au témoignage et à la tradition des Églises apostoliques, et surtout de

(1) Massuet a parfaitement développé cette preuve dans sa dissert, préliminaire, art. 4, dont nous allons, pour donner plus de force à tout ce que nous avons dit, transcrire le passage suivant : « Unde Ecclesiœ romanœ traditionem per continuam epis- " coporum successionem in eâ conservatam consulere satis ha- " huit (Irenœus) ut hœreticos omnes confunderet, ratus jure < merito, câ semel cognita, illico aliarum omnium Ecclesiarum ^ traditionem, sententiam, atque doctrinam cognosd. Cùm enim u Ecclesia romana omnium princeps, caput, et prima sit, om- « nium maxima et antiquissima, et maxime cognita, ab apos- « tolorum principe Petro ejusque socio Paulo fandata, quôd « cœteris omnibus pro suo jure prœsit et dominetur : et cum quâ •i omnes omninô fidèles, unius et ejusdem fidei et commimionis « vinculis coUigari necesse est; imde liquidô patet aliam esse .« non posse aliarum Ecclesiarum traditionum et fidem à fide et « traditione romanse Ecclesiœ, prœtermissis itaque totius orbis u Ecclesiarum episcoporum catalogis, illius unius continuam u successionem recensere, ac quœ per hune veluti canalem •< manavit usque ad nos, traditionem apostolorum declarare ^ satis est, ut ex communi omnium Ecclesiarum, quœ cum ro- «< manâ consentire debent, sententiâ et traditione devincantur <« omnes heeretici. »

— • ooo —

r Église romaine, « qui nom offre^ dit41, son aukh- Tité » (1) ; et il parle des Église» d'Afrique, qui ont tiré leur origine de celle de Roïne (2)^ Sàmt Gyprien e4 d'autres Pères^ qtie je passe poui' abréger, oftt aoœi employé te même raisonnement*

Un autre argument non moins solide en faveur de notre thèse^ e'est cèlod que noie fourofit l'usage des lettres formées dont nous parKona tout à l'beiHre^ Car elles se donnaient ei!k signe fion^seijdenïBnt de communion de charité telle qu'elle existait entre toutes les Églises, mais aussi et surtout d'unité ou d'identité de foi. Quand ces lettres venaient de l'Église romaine, elles contenaient la profession de foi que ceux qui les recevaient devaient admettre avec elle ; et quand elles venaieiït des autres Églises, il fallait qu'elles continssent leur adhésion à cette même profession de foi, pour montrer la parfaite union de foi et de charité de ces Églises avec TÉglise romaine. Nous voyons en effet dans Théodoret que, pour s'assurer que Tévêque Paulin était en communion avec Damase, pontife de Rome, Flavien, alors simple prêtre d'Antioche, faisant allusion à l'usage des lettres formées, interpella l'évêque en ces termes ; « Si vous embrassez la communion de Damase, moTitrez-nous la confor-

(1) De prseêcrvptifme, c. 36 : « Habes Romam unde nMa M qiioque anctoritas pr«est6 est. »

(2) Md. : « Videamus quid didicerit, quid docuerit, cum Aâri- " canis quoque Ecclesiis contesserârit. m

mité de votre doctrine avec la sienne... produisez*nous le témoignage de ce parfait accofd » (1). Et le pape saint Gélase, écrivant à l'évêqne Latnrent, fai^ sait mention de cette profession de foi p^^ ces paroles : « Il est d'usage que tout évéque nouvellement élevé sur le ôiége de Home adresse à toutes les Églises la formule de sa foi » (2). En nîéme temps il transcrit à cet évêque cette formule de foi, telle qu'elle était serfvie dans TÉgîîse romaine.

Le pape Hormisdas, ft'étant pas du tout satisfait de la profession de foi que Itiî avaient envoyée les évoques de Tancienne Épife, ïeur envoya à son tour fa formule de l'Église roWiaine, afin que tous la souscrivissent, et leur métropolitain Jean de Nicopolis avec eux, s'ils voulaient recevoir ses lettres de Cfommunion (3). De même, le pape Félix III avertit Thalasius, archimandrite des moines de Constantinople, de ne pas communiquer avec Tévêque de cette ville, si celui-ci ne faisait avant tout sa profession de foi

(1) Théodoret, HisL ecc, Ub. v, c. 3 : « Si Damasi commu- .* nionem amplecteris, ô amice, doctrinœ nobis manifestam si- ** militudinem ostende..... Ostende igitur consensionem doc- « trinœ. »

(2) Ep. II, t. VIII Cofic.y edit. Venet., col. ii, et t. iv, edit. Labb., col. 1163 : « Mos est romans Ecclesiœ sacerdoti noviter « constituto formam Odei suœ ad sanctas Ecclesias prœrogare. » Dans le langage de ce pape, le mot sacerdos signifie évéque.

(3) Voir les lettres 8 et 9 de ce pontife, édit. de Venise, t. viii, et édit. de Labbe, t. iv, col. 1441.

S88 — dans la forme voulue par le pontife romain (1). Saint Léon le Grand se comporta d'une manière semblable avec Anatole, évéque de Constantinople, à qui il refusa ses lettres de communion jusqu'à ce que celui-ci eût pleinement satisfait à ce devoir (2). Le même saint Léon exigea de la même manière une pleine profession de foi de saint Protère, évêque d'Alexandrie (3).

C'est là ce que Vincent de Lérins appelait ammunion de foi {li) ; saint Cyprien, wiité sacerdotale; saint Optât, accord avec la chaire unique^ c'estràdire avec la doctrine romaine. Et pourquoi ce dernier appelle-t-il la chaire romaine • notre chaire • (5), si ce n'est parce que la foi de l'Église romaine était une et identique avec toutes les Églises du monde en communion avec cette Église? Car, que ce mot chaire, dans la pehsée de saint Optât, ait le même sens que celui d'enseignement^ c'est ce qui résulte manifestement

(1) Ep. n Felicis P. m, ad monachos vrbis Comt {Conc, éd. de Ven., t. vn, et édit. de Labbe, t. rv,col. 1091-1092).

(2) Voir les lettres de S. Léon 69, 70, 71 et 111, édit. de Ballerini.

(3) Ibid. Ep. 127, 129 et 130.

(4) CommoniL n. 3 et 28.

(5) T. vu, c. 6, où se trouvent ces paroles : Cathedra quam probavimus per Petrum nostra est, C'est^i-dire, comme Texplique D*AuBESPiNE : Per communUmemy quam habemus eum summo Pontifice, Et au cb. 9, S. Optât dit encore : Cathedra Pétri qu« nostra est-

des paroles du Sauveur auxquelles ce Père fait allusion : Super cathedram Moysis sederunt Scribœ et PharisœL Quœcumque dixerint vobis, servais et facile (1) ; et de l'explication que saint Jérôme (2) donne.de ces mêmes paroles : « Par cette chaire, Jésus-Christ entend la doctrine de la loi. »

Ainsi est-il évidjent par tout ce que nous avons dît jusqu'ici, que c'était un principe admis de toute l'antiquité chrétienne, que la foi de l'Église catholique devait se confondre avec celle de l'Église de Rome, en sorte que ce fût une même chose de ne pas admettre la foi de l'Église romaine, ou de rejeter la foi de l'Église catholique, et que, par conséquent, on devait regarder comme hérétique quiconque ne professait pas la foi de l'Église romaine. C'est ce que sentaient bien tous les hérétiques qui, pour ne pas paraître tels, faisaient le jeu de se rendre à Rome, afin de donner à entendre à leurs partisans comme à leurs adversaires qu'ils n'étaient point en désaccord avec l'Église catholique, puisqu'ils s'accordaient avec l'Église de Rome. C'est ce qu'ont pratiqué Cerdon, Marcion, Montan, Pelage, Celestius et d'autres, qui tentèrent de surprendre la bonne foi des pontifes romains pour en extorquer, s'il leur eût été possible, une approba-

(1) u Les scribes et les pharisiens sont assis sur la chaire de Moïse. Observe? donc et faites tout ce qu'ils vous disent. » Matt. xxin, 2 et 3.

( 2) Comm, in h. loc.

^ fiW-

tion quelconque de leur doctrine, et s*en servir ensuite au besoin comme de moyen de défense, ou même comme de titre de victoire. D'autres, se prévalant de la faveur de la cour, cherchaient à entraîner dans leur parti par menaces et par violences le pontife roumain. Il nous suffira de citer pour tous les autres Texemple des ariens, qui, ayant pour eux Tempereur Constance, eurent recours à des vexations inouïes pour abattre le courage du pape Libère, et oblige ce pontife à leur accorder quelque chose, « se disant entre eux, comme le rapporte saint Athanase : Si nous pouvons mettre jLibère de notre côté, nous aurons bientôt tous les autres» (1). Les monophysites eurent recours au même expédient pour engager les souverains pontifes à supprimer au moins le concile de Chalcédoine ; les monothélites les imitèrent à leur tour pour^ faire fléchir la fermeté du pape saint Martin, et ainsi de tant d'autres. Tant était forte et profonde la persuasion où Ton était généralement que de la foi de l'Église romaine dépendait celle de l'Église universelle, puisque les hérétiques en venaient à ces roses de guerre, ou pour mieux dire à ces extrémités, pour tâcher d'attirer à eux cette Église, bien assurés que, s'ils réussissaient dans ce dessein, ils n'auraient plus ensuite qu'à chanter victoire.

(1) Epist. ad Monach. Voici ce passage : « Secum impie co- « gîtantes : Si Liberium in nostrara sententiam traxerimus, « omnes brevi superaverimus. »

— BOI — Hais Bon, Disu a toujours veillé avee attention sur cette Église, et il n'a jamais permis qu'elle se souillât d'aucune erreur, puisque autrement, comme ledit saint Augustin, i7 n'y aurait plus aucun moyen sûr d'unité dans ta fbi (1). C'est pourquoi le pape î^ Hosmisdas, voulant s'assurer de la foi des Orientaux, dont beaucoups'étaientlaissé entraîner dans le schisme d'Acace, leur proposa, l'an 517, à souscrire sa célèbre formule de foi, comme condition pour être reçus dans sa communion ; cette formule portait, qu'on s'engageait à considérer comme séparés de la communion catholique tous ceux qui ne seraient pas en tout d'accord avec le siège apostolique^ c'est-à-dire avec l'Église romaine (2). Et tous, comme on le sait, la

(1) Lib, ni in Parmen», n. 28 : « Nulla esset $ecuritas uniiafis, n

(2) Cime. t. vm, édit. de Yenis/e» col. 408, ou t. iv, édit. de Labbe, col. 1444. Cette même formule se lit aussi, tant dans Tacte ou libelle de Jean de Constantinople [Conc. Labbe, t. iv, col. 1486) envoyé l'an 519 au pape Hormisdas, que dans les actes du huitième concile général, action ou session i. En voici un extrait : •< Scquentes in omnibus Apostolicam Sedero, et prœ-> « dicantes ejus omnia constituta, spero ut in unâ commun ione M vobiscum, quam sedes apostolica prœdicat, esse merear, in « quâ est intégra et vei*ax christianse religionis societas. Promit- « tens etiam, sequestratos à communione Ecclesiae catholicœ, « ID EST NON coNSENTiENTES 8EDI APOSTOLiCiE, eorum nomina « inter sacra non esse recitanda mysteria. » C'est-à-dire : « Me oonfonnant en tout aux décisions du siège apostolique, souscrivant ouvertement à tous ses décrets, j'espère me rendre digne

souscrivirent. Tirons donc aussi la conclusion de cette seconde preuve. L'unité de l'Église, en ce qui appar* tient à la foi, dépend de l'identité de la croyance de toutes les Églises du monde avec la croyance de l'Église romaine, comme il est évident par les documents irrécusables que nous avons produits. Donc dire la foi romaine, c'est comme si l'on disait la foi catholique, et réciproquement, dire la foi catholique, c'est comme si l'on disait la foi romaine ; par conséquent, dire l'Église romaine, c'est comme si l'on disait l'ÉgUse catholique.

Passons maintenant à la troisième preuve de notre * proposition, qui est l'identité des condamnations portées par l'Église romaine avec celles que prononce l'Église universelle contre les doctrines qui s'écartent des vérités professées par l'une ou l'autre de ces Églises. Car, si dès l'antiquité on a toujours regardé comme condamnée par l'Église catholique toute doctrine qui se trouvait l'être par l'Église romaine, il est évident alors que l'on considérait comme une même chose l'Église romaine et l'Église catholique. Or c'est encore un fait historique, qu'il en a toujours été ainsi dans les premiers siècles de l'Église. Il est certain en

de demeurer dans sa communion, dans laquelle seule est la vraie pi-ofession de la religion chrétienne. Jfe promets de ne point réciter, dans le saint sacrifice, les noms de ceux qui sont séparés de TEglise catholique, c'est-à-dire, de ceux qui ne s'accoi^enl pas avec le siège apostolique. »

même temps, ce qui est encore plus fort, que lors même qu'une erreur avait déjà été condamnée par quelque Église particulière, ou même par les Églises d'une ou de plusieurs provinces, et cela en plein con* cile, on ne regardait pas encore comme des hérétiques formels, soit l'inventeur, soit les fauteurs de cette erreur, tant que le décret n'avait pas été sanctionné et que le dernier sceau ne lui avait pas été imprimé par le siège de Rome. Et d'un autre côté, il suffisait que ce même siège eût condamné conmie hérétique une doctrine quelconque, pour que aussitôt elle fût reconnue et réprouvée comme telle par toute la conununion catholique. Tout cela est fondé sur le principe de la nécessité indispensable pour toutes les Églises de professer la foi du siège romain, afin d'être considérées comme catholiques, ou comme faisant partie de la communion catholique.

Mais comme il ne suffit pas d'affirmer, si l'on n'appuie la vérité de ce qu'on affirme par le témoignage irrécusable des faits, recueillons ici quelques-uns de ces témoignages de la vénérable antiquité. Et d'abord, pour ce qui est du principe tout à l'heure énoncé, ce qui nous prouve que toute l'antiquité ecclésiastique l'a reconnu, ce sont les témoignages exprès de saint Irénée, de saint Cyprien, de saint Pacien et de saint Optât, auxquels font écho, pour ainsi dire, ceux de saint Eusèbe de Verceil, de saint Grégoire de Nazianze, de saint Satyre; ceux du concile T. n. 38

— oW — d'Âquilée, dont saint Ambroise, qui y asaîsta, fut comme Tàme; ceux de ^int Ambroise lui-même, de saint Jérôme, de saint Augustin, de saint Cyrille d'Alexandrie, du concile œcuménique d'Éphèse, de saint Hilaire et d'autres encore, puisque les Pères sont unanimes sur ce point. Il serait trop longde rap* porter en détail les paroles de ebacua, d'autant plus que nous en avons déjà cité quelques-unes ; nous nous contentercms de produire ici les témcHgnages des deux conciles que nous venons de dire, savoir : de celui d'Aquilée, qui, ayant eu pour membres une grande partie des évéques d'Occident, peut nous représenter sous ce rapport le sentiment commun des Églises de cette partie du monde; et le ténu>ignage du concile œcuménique d'Éphèse, qui, ne s'étant oonq>osé à peu près que d'évêques d'Orient, nous «xi»im«ti la croyance collective de l'Église orientale. Voici donc premièrement comment s'explique sur ce svget le ccmcite d'Aquilée dans sa lettre adressée aux empereurs : c Notre devoir était de supplier votre démence de ne pas permettre que (l'hérésie) jetât le trouille dans l'Église de Rome, capitale de tout le monde soumis à l'empire romain , ou dans la foi orthodoxe que les apôtres y ont prêchée, puisque c'est de là que lesdroits de communion ecclésiastique se répandent dans toutes les autres Églises » (1). Voici ensuite comment s'ex-

(1) Ambbos. opp. class. 3, &p. â, édit. de Saint-Maur. <* To»

priment à leur tour les Pères du concile d'Éphèee dans la sentence de condamnation et de dépositioii portée par eux contre Timpie Nestorius : c Obligés, disent-ils, par les saints canons et par la lettre de notre très saint Père Gélestin, évéque de rÉglise de Rome, etc. » (!)• Sur cpioi il faut observer que ces mots : P€tr les saints canons^ ne se rapportent pas i Terrear dogmatique de Nestorius, sur laquelle les canons ne disaient rien encore, mais à la déposition de cet hérésiarque, qui devait se faire conformémen aux canons dans les formes prescrites pour les juge* ments contre les hérétiques qui persistaient dans Thé* résie. Les Pères de ce oondie attribuent donc la né* cessité où ils se trouvaient de condamner Nestorius comme hérétique aux lettres de saint Célestin , qii avaient pour objet aussi bien son hérésie que sa dé^ position , puisque le pape y déclarait que Nestorius serait traité comme hérétique, fii dans dix jours il ne faisait sa rétractation. L^unité dans la foi avec le Saint-Siège fut donc la vraie cause qui obligea les

» tius orbis romani caput romanam Eoclesiam, atque iUtm mh crosanctam apostûiorum fidem ne turban sineret, obsecranda fuerat clementia yestra : indë enim m omoes Tenerandœ oommunionis jura dimanant. »

(1| « Coacti (le grec dit avec plus de force : «yjcyxâciftK stxri- « 9r«9[|65vr«ç, «eces9ariè impuUi] per sacres canones et epLata- « lan aanctisaimi Patrie aostn... Cœlestini romaïue EccleBise u ^nscsopi. n Conc.y édk. de Veniee, t. iv, cd. 1211, et édK. de Labbe, t. m, col. 633, 534.

Pères à condamner Nestorius, et qui fut ainsi leur motif déterminant. Les autres témoignages des Pères que nous avons nommés ont été recueillis et discutés par Pierre Ballerini (1).

De ce principe admis sans contestation par toute Tantiquité chrétienne, il s'ensuit que TÉglise catholique a toujours condamné toute doctrine condamnée d*avance par le Saint-Siège, comme si ce fût ellemême qui eût prononcé la sentence. C'est ainsi qu'elle a tenu pour hérétiques les téméraires assertions de Cerdon, de Marcion, de Montan, de Praxéas, de Théodote de Byzance, puis celles de Pelage et de Celestius, de Nestorius, tfEutychès et de tant d'autres, parce qu'elles étaient condamnées à ce titre par les pontifes romains. De là encore la pratique reçue dans l'Église dès l'antiquité la plus reculée de référer au siège de Rome les causes dogmatiques : pratique dont font mention Théodoret, qui la fait remonter aux temps apostoliques (2) ; saint Jérôme, qui rap-

(1) Dans son bel ouvrage déjà cité De vi etrationeprimaiài Bom. Pont., c. xui, du § l«f au 17e.

(2) Théodoret, en effet, se voyant condamné et déposé parie conciliabule d'Epbèse, en appela au pape saint Léon le GfuuJ en ces termes : « Ât ego apostolicœ vestrœ sedis expecto senu tentiam, et oro atque obtestor sanctitatem tuam, ut mihi rec- « tum ac justum ti*ibunal vestrum invocanti opem ferat, jubeat- >» que ad vos venire, et doctrinam meam apostolids vestigiis - inhœrentem ostendere. » Ep. 52, inter Epist. S. Leomis, édit. Baller. c. v.

porte de lui-même que, remplissant à Rome les fonctions de secrétaire auprès du pape Damase, il avait à répondre aux consultations synodales, tant de l'Orient que de l'Occident, qui étaient adressées à ce pon^ tife (1). Cette pratique nous est confirmée de plus par la lettre qu'écrivirent dans la cause de Pelage cinq évoques d'Afrique, dont les noms étaient Aurèle, Alype, Augustin, Evode et Possidius, à la suite des deux conciles de Carthage et de Milève(2) ; puis par les paroles de saint Innocent I,qui, répondante la lettres ynodale du concile de Milève, félicite les Pères de ce concile de l'avoir consulté pour savoir de lui la croyance qu'ils avaient à suivre^ en restant attachés à ^ancienne règle pratiquée dans le monde entier et par toutes les provinces^ auxquelles s'adressaient les réponses émanées de la source apostolique (3) ; enfin, par saint Cyrille d'Alexandrie, qui déclare s'être cru nécessairement obligé de déférer la cause de Nestorius au siège apostolique (/i.)* Encore sommesnous forcé de passer sous silence bien d'autres documents,

(1) £p. 90 ad Âgerucbiam, n. 1. « Cùm in cliartis ecclesias* M ticis juvarem Damasiim Romanœ urbis episcopum et Orien- M tisOccidentisque synodicis consultationibusresponderem, etc.*

(2) £p. 177 inter Augustin.

(3) Epist. XX iNNOCENTuapudCousTANT., Epist Rom. Pont. |4j Epist. Cyrilli Alexand.. n. 8, inter Epist, S.Cœlestini

apud COUSTANT.

— 59B — Je me taorne k observer» par rapporta mon olqet, que œs causes étaient déférées au ai^ de Rooie ncMi-seRileinent pour ai reoermr dea cooseila, des principes de dûreckion ou de nouvelles lumières, comme it arrive quelquefois que Ton consulte des personnages éminents par la doctrine et le savoir, et comme nous lisons que les Églises de Lyon et de Yienne écrivirent aux Églises d'Asie et de Phrygîe, pour avoir leur avis au sujet des cataphrygiens (i), cm pour d'autres cas seml)lables; mais on recourait au siège de Rome comme à la ^)urce (car tdie ^iait, on vient de le voir, Texpression coasaoée), comme à TÉglise principale^ Gomme à la mailre^se de la vraie foi, comme à Vauiorité de laquelle ob avait à recevoir la foi qu'il fallait tenir (2) , en on mot, pour en obtenir une décision définitive. C'est aussi à quoi font aDusion ces paroles de saint Augsstin, devenues proveri)iales dans toute la chréticnlé pour les réponses qu'on reçoit de Rome : < huU re»eripia veneruni : cat$sa finiia est^ uiinam fhiiaiur et error » (3) ! Nous sommes donc autorisés à conclure de tant de faits et de documents que, dans toute Tantiquité ecclésiastique, on a considéré comme une même chose qu'une doctrine fût condamnée par l'É-

(1^ Voir £08BBE> h V, e. 2 et a.

(2> Voir Ballbbiki, L c. g ix.

i3) Serm. 131, n. 1.

giise romaine ou qu'elle le fût par T Église catholique, la foi professée par toute T Église ayant toujours 4té identique avee la fd professée par TÉgUse ro^ maine.

Nous void é(mc arrivés à la quatrième preuve de notre thèse, qui ne sera qu'un corollaire de la précé^ 4ente, et que nous prétendons inférer de Tidentîté qa^il y a toujours eu pour les sectes à être retranchées de rÉglise romaine ou à Tétre de TÉgKse catholique. ^ Jamais aucune secte n'a été anatbématisée et excommuniée par rÉglise de Rome, sans l'être en même temps par l'Église catholique ou universelle en cornmumon «vec cette dernière. A peine Rome avait-elle averti par ses encycHques les Églises particuliâres, soit d^Orient, soit d'Occideiit, qu'elle avait condamné comme hérétique ou schîsmatique et séparé de sa communion quelque secte nouvelle, que aussitôt ces Églises, se conduisant en cofoséqueiice, eessairat par «m eo0unun accord de communiquer avec les fauteurs de c^te secte, qui n^étairat plus aux yeux de tous que des hérétiques ou des sehismatiques, suivant le jugement qu'en avait porté l'évêquede Rome. Quoi de plus C(H)nu que l'histoire d'Acace, qui, pour avoir communiqué avec Pierre Mouge, évéque eutycbien ^'Alexandrie , fut condamné comme hérétique par le Saint-Siège dans un oondb tenu à Rome même? Pour se venger de cet afiront, il retrandia des dipty- ^es sacrée te nom du pontife romaÎD, et de là naquit

— école schisme dit acacieii, qui dura au moins trente-ciuq ans, ou jusqu'à ce que les Églises d'Orient fussent enfin réconciliées avec le Saint-Siège sous Tempire de Justin. Ce fut à cette dernière occasion que le pape Hormisdas envoya à souscrire à toutes les Églises d'Orient le célèbre formulaire dont nous avons parlé, comme condition de leur rentrée en communion avec l'Église romaine, et par conséquent avec l'Église universelle ou catholique. Tant il est vrai que être excorpore de l'Église romaine, c'est la même chose que de l'être du reste de l'Église. J'omets d'autres exemples pour ne pas être trop long, l'exemple trop fameux que je viens de rapporter pouvant fort bien suffire. Il me reste seulement à observer qu'il y a une différence fondamentale entre ceux qui sont séparés de l'Église de Rome pour hérésie, et ceux qui ne le sont que pour schisme. Dans le premier cas, il n'y a pas d'exemple de qui que ce puisse être qui ait été séparé de l'Église romaine sans l'être également de toute la communion catholique. Dans le second, au contraire, on pourrait citer plus d'un exemple de certains schismatiques séparés de l'Église romaine, et qui n'en restaient pas moins toujours en conununion avec d'autres Églises qui communiquaient ellesmêmes immédiatement avec Rome , parce qu'ils se trouvaient plutôt dans un état anormal que dans le cas de schisme proprement dit. C'est ce qui a eu lieu par rapport au schisme de Mélèce d'Antioche et à celui

d'Acace de Constantinople. La raison profonde de celte différence, c*est qu'on ne peut jamais tenir ou professer une foi différente de celle de l'Église catholique, ou, ce qui est la même chose, de celle de l'Église romaine; au lieu qu'il peut- arriver par le concours de certaines circonstances particulières, conune il est arrivé de fait, qu'on ne soit séparé que de la communion immédiate avec l'Église romaine. En pareil cas, si l'on conserve la communion avec une Église unie à l'Église romaine ou avec ceux qui communiquent avec elle, on peut, malgré le schisme extérieur où l'on se trouve, rester en conmiunion médiate avec l'Église romaine, avec laquelle on voudrait sincèrement rentrer en conmiunion même immédiate, si un ensemble de circonstances particulières, comme je viens de le dire, n'en ôtait la possibilité. Je puis même ajouter que cette séparation partielle ne préjudicie pas toujours à la sainteté ; et le martyrologe romain contient les noms de plusieurs saints qui ont vécu et sont morts dans un schisme matériel de cette espèce (1). Hors ces cas exceptionnels, c'est

(1) Tel a été saint Mélècc d*Antioche, qui conserva toujours la communion avec saint Basile et les deux saints Grégoire de Nazianze et de Nysse. H est vrai que des documents certains qui remontent à cette époque nous prouvent qu'il finit par ren^ trer en communion immédiate avec l'Eglise de Rome. Parmi les saints qui vécurent dans le schisme d'Âcace, on doit surtout remarquer les noms de Macedonius, de Daniel Stylite. de Sabas, de Théodose, d^Elie, de Flavien et de Jean le Silencieux.

une règle générale, que quiconque est séparé de TÉglise romaine par un schisme véritable Test par là même de TÉglise catholique. Quiconque, d*un autre côté, en est séparé par l'hérésie, comme nwis venons de le dire, ne peut en aucun cas ne pas Têtre également de rÉglise catholique, puisque l'Église romaine et l'Église catholique ont toujours été et ne peuvent jamais être qu'une seule et m^e chose. Mais cela se démontre encore mieux par la conduite même des schismatiques et des hérétiques de toutes les époques. Jamais on n'en a vu se séparer ou être séparés de rÉglise de Rome, sans qu'on les vît en même temps tourner leurs armes, leur tactique, et, plus d'une fois, lorsqu'ils en ont eu le pouvoir, leurs persécutions les plus atroces, contre le clergé ou le peuple des diverses Églises en conamunion avec TÉglise romaine. Preuve évidente et de fait qu'on a toujours considéré comme identiques l'Église catholique et rÉglise romaine.

-^ Nous sommes arrivés maintenant à la cinquième

et dernière preuve de notre proposition, savoir que les noms de catholique et de romain ont été conâdérés comme syiwnymea par toute l'antiquité^ i cause de l'idratité que présentent les deux idées. Les

Tous ceux qvà sont instruits de ITïistoire eodésiastique savent ' quelles Airent les circonstances qui empêchèrent leur union immédiate avec Rome. Voir l'app^id. 1 au S 1 du di. xi de M l'ouvrage cité du P. Ballerini, Deviei rathne pHnudûs.

témoignages en sont lumineux ; mais comme ce sujet a déjà été traité dans un autre écrit (1) , on se contentera d^en donner ici des extraits, en les appuyant de quelques documents nouveaux. Nous trouvons donc dans la lettre de saint Corneille à Fabius, évêque d*Antioche, à qui ce pape donne tes détails du schisme de Novatîen , les expressions suivantes : € Ignoraifr-i), ce vengeur de TÉvangile, qu*îl ne devait y avoir qu*un évêque pour VÉgKse catholique » (2) ? Cest-à-dire pour PÉglise de Rome, oii Novatien sf était foît frauduleusement ordonner évêque après la promotion de Com^îHe au pontificat On voit la même expression répétée par les confesseurs qui, après s'être laissé tromper par Novatien, s^étaient retirés du schisme; repentants de leur faute et revenus à Tunité, ils firent dans les termes suivants leur acte de soumission au pontife légitime en présence d'un grand nombre d'évêques, de prêtres et de simples fidèles : « Nous savons que Corneille, évêque de la très sainte Église catholique, est relu de Dieu tout puissant et de Jésus-Christ notre Seigneur. Nous confessons notre erreur... Car nous n'ignorions pas qu'il n*y a qu'un Dieu, un seul Christ notre Seigneur, que nous avons confessé, un seul Es-

(1) Voir la dissertation de Fauteur intitulée : Délia denominazUme che la Chlesa catholica dà aile communtoni da IH divise di eretiche e di gdsmatiche,

(2) Voir Hisi. eccL d'EusÈBE, 1. vi, c. 43, édition de Valois,

— eo4 — piit-Saint, et qu'il fte doit y avoir qu'un évêque dans V Église catholique » (1). Le même langage se trouve employé par saint Cyprien dans sa lettre à Ântonien: « J'ai reçu, écrit-il, votre première lettre, qui ne me laisse aucun lieu de douter de l'accord qui règne dans le corps sacerdotal et de son attachement à V Église catholique ^ et qui m'apprend en même temps que vous vous abstenez de communiquer avec Novatien, mais que vous avez suivi mon conseil, et que vous gardez une parfaite union avec Corneille, notre co-évêque. Vous m'avez écrit aussi pour que je transmette un exemplaire de votre lettre à notre collègue Corneille, afin que, déposant toute inquiétude, il sache que vous communiquez avec lui, c'est-à-dire avec Y Église catholique » (2). Il répète souvent encore ailleurs cette expression, et il explique, de plus, la raison de cette dénomination d'Église catholique qu'il attribue à l'Église romaine : c'est que cette Église est la racine et la mère de l'Église catholique. Voici ses paroles : « C'est pourquoi nous avons averti ces hommes qui ont pris le parti de s'embarquer pour la ville de Rome de le faire sans donner de scandale; et nous pouvons nous rendre î\ nous-même ce témoignage, que nous les avons ex-

(1) Epist. CJoRNELU ad Cyprianum, inter Cyprianicas, éditioa des bénédictins.

i2) Ep. xui.

— 6()ri — hortés à reconnaître et à respecter dans cette Église matrice la racine de V Église catholique entière » (1) . Raison qui ne milite que pour TÉglise romaine, et qui ne pouvait s'appliquer à aucune autre Église.

Une autre raison nous est fournie par saint Augustin : c'est que t cette Église est la seule qui ait reçu et qui possède avec plénitude l'autorité de son divin époux» (2). Ajoutons à ces documents l'illustre témoignage que, dans une lettre synodale, les éve- ([ues d'Afrique réfugiés en Sardaigne rendirent a Jean et à Venerius, en faveur de la doctrine de saint Augustin sur la grâce et sur le libre arbitre de l'homme. « Hormisdas d'heureuse mémoire, disent-ils dans cette lettre, Hormisdas, ce glorieux évêque du siège apostolique, a, dans sa réponse à la consultation de notre saint frère et collègue Possessor, fait un grand éloge de sa doctrine, et voici ses paroles : « Pour ce qui regarde la manière dont l'Église romaine, c'est-à-dire l'Église catholique^ envisage la question de la grâce et du libre arbitre, bien qu'on puisse s'en procurer une ample connaissance dans les divers écrits du bienheureux Augustin, et particulièrement dans ceux qu'il a adressés à Prosper et à Hilaîre, nous n'en avons pas moins consacré à l'exph'quer des chapitres exprès qui restent déposés dans les

(1) Ep. XLV.

|2) Ep. xun.

archives ecclésiastiques » (1). Et cette lettre a d'autant plus d'autorité, cpi'elle a été rédigée par le célèbre Fulgence, i'àme et roracle de ces exilés africains.

Nous ayons un autre témoignage non moins explicite de la même vérité dans celui de saint Ambroise^ qui, dans son discours sur la mort de son frère saint Satyre, s'exprime ainsi : t II (Satyre) a appelé à lui révéque..., et lui a demandé sMl était en communion avec les évéques catholiques, c^est-^-dire avec l'Église romaine » (2). C'est que l'Église était troublée à cette époque par le schisme excité en diverses contrées par le zèle emporté de Ludfer de Cagliari. De même saint lérôme , partant du prin* cipe que la foi et l'Église catholiqpies ne sont pas mitres que la foi et l'Église romaines, presse de la ma* nière suivante Rufiin, qui était, comme on le sait, passionné pour Origène : « Quelle est cette foi qu'il appelle la foi? Est-ce celle que professe l'élise romaine, ou bien celle qui serait oonteaue dans les livres d' Origène? S'il répond que c'est la romaine ^ nous sommes donc caih»lique$ » (S) •

De cette synonymie d'Église romaine et d'figfee catholique^ il est résulté, dès les temps les plus an-

(1) Acta conciL d'HAHDOinN, t. m, col. 1060, n. 27.

(2) 0pp., édition des bénédictins, t. ii, col. 1126» «. 47.

(3) Lib. I in Rufin.. n. 4.

ciens, que la foi et l'Église catholiques ont été surnommées la foi et rÉglise romaines par excellence. Et ce ne peut pas être le schisme grec, comme quelques-uns Font prétendu, qui en soit la cause, puisque, outre les documents que nous avons rapportés , et qui s(^t tous antérieurs de plusieurs siècles au schisme de Photius, documents, comme nous Tavons vu, où les mots romain et catholique sont pris indifféremment l'un pour l'autre, Temp^eur Théodose le Jeune, dans sa lettre à Acace et aux autres tant évêques que archimandrites, donne à l'Église catholique le nom de religion romaine (1). Hormisdas^ dans sa lettre à Avite, évêque de Vienne, rappelle la foi du siège apostolique ^ c'est-à-dire de rÉ(f lise catholique^ comme il l'explique lui-même (2) ; et de même, dans sa lettre à Ennodius et à Pellegrinus, il s'exprime ainsi : « Ceux qui ne communiquent point avec le siège apostolique» c'esi-à-dire avec rÉglise catholique »(â}. Ainsi saint Grégoire II, écrivant aux évêques et aux princes de Germanie,

(1) Ad. cffnc, Habdothn, t. i, col. 1697. Cette lettre se termine ainsi : « Decet proinde tuam sanctitaèem omni diii^ntiâ « et studio hœc à Deo deposcere, qm probatos roman» religiou nis sacerdotes declaret. » Cette lettre est de Tan 432.

(2) Ep, X, ad Avit. Vienn. Conc, édit. de Venise» t. viii, o^. 409 et suiy.

(3) Ep. xvm : " Circa eos qui cum sede apostolicâ, hoc esf^ « Ecclesié cathoHcû non communicant, n ibid.y col. 420.

ieiir déclare qu'il a ordonné à Boniface d^instniire tes peuples dans la doctrine du siège apostolique^ et de les confirmer dans celte même foi catholique (1), supposant clairement par ces paroles que la foi et rÉglise romaines, ou bien la foi et TÉglise catholiques, sont une seule et même chose. Et tous ces fait^, comme on le voit, se sont passés bien avant le schisme grec. J'omets, pour plus de brièveté, de rapporter encore d'autres documents.

Concluons de toutes ces preuves ensemble qu'il y a identité pleine et absolue entre l'Église romaine et r Église catholique, et que par conséquent il n'y a pas d'autre Église catholique en dehors de celle qui ost en communion avec l'Église romaine. Par là nous voyons ce qu'il faut penser de l'appellation de romancatholics décernée officiellement aux catholiques en Angleterre. Cette appellation en soi est très juste, puisque les vrais catholiques sont par cela même romains catholiques ou catholiques romains, et s'en glori- Hent; mais dans la bouche des anglicans elle a un sens très faux, comme si l'Église catholique pouvait se composer de différentes espèces de catholiques, ' comme de romano- catholiques, d'anglo- catholiques, etc. (2). Nous voyons enfin et nous pouvons

!1) Conc. germ,, HARTZHEnu, 1. 1; Conc.y ùdit. de Veniae, i»p. v, t. xn, col. 240.

(2) Voir dans le TMet une lettre sur ce sujet, 21 mai 1863.

apprécier quelle est l'ineptie de certains anglicans^ qui s'en vont dire quelquefois qu'ils sont les seuls vrais catholiques, par la raison qu'ils n'emploient pa» d'autres épithètes pour signifier leur Église, tandis que les autres doivent y ajouter celle de romaine^ comme si être romain était autre chose qu'être ca-tholique^ comme s'il y avait une autre Église catlroligue que l'Église romaine ! Ils ne voient pas, ceux qui tiennent ce langage, qu'eux-mêmes ils ne sont pas catholiques, précisément parce qu'ils ne sont pas romains, et que leur Église ne saurait être catholique, précisément parce qu'elle n'est pas romaine» Que les anglicans le veuillent ou qu'ils ne le veuillent pas, leur Église, ou pour mieux dire, leur établissement, n'est qu'un établissement politique et national (1) ; ce n'est qu'une Ég lise-branche ^ etunebran-

(1) Dans tin article ayant pour titre : V Eglise angticone s' est-elle formée d'elle-même? Lingabd, entre autres réflexions solides, présente les suivantes : « Sous le régne d'Elisabeth, le parlement non-seulement révoqua les actes des parlements passés (du règne de Marie), mais approuva des lois qui avaient pour objet des règlements de culte et l'exercice de la juridiction spirituelle. Il est bon d'observer, en outre, que tout cela se fît non avec l'approbation, mais en dépit de l'Eglise. Tous les évéques de la Chambre votèrent contre ces lois. L'assemblée du clergé présenta une confession de foi (catholique) et protesta contre la compétence de toute assemblée laïque à prononcer sur des points de doctrine, de culte et de discipline ; de plus, les deux universités vinrent en aide à rassemblée du clergé, et souscrivirent la même confession. La même opposition entre les T.n. 39

— t)10 — che détachée, coapée, retranchée du grand arbre de rÉglise catholique ; communion qu'aucune a«tpe ne veut reconnattre pour la sienne, repoussée par TÉgliae romaine, méconnue par l'Église grecque, objet de la haine et du mépris de toutes les sectes, tant d'Orient que d'Occident, en aversion à l'Église russe; établis*

membres laïques de la Chambre haute (des pain) fut plus forte qu^en toute autre circonstance antérieure ; et si l'acte pour le livre des communes prières passa enfin , ce ne fut qu'à la majorité de trois votes : môme cette majorité minime n'aurait pa s*obtenir, si, pour se garantir de ëeux votes hostiles, (m n'avait emprisonné deux évèquea, en faisant en même temps passer dans la Chambre des pairs cinq membres de la Chambre des communes partisans des ptincipes réformés. Or, ces actes et ces kâs sont la base sur laquelle a été éievée TEglise aotuefle d'An» gletei*re. Ne s'ensuitnil pas de là qu'elle est une Eglise parlementairey qu'aucune autorité ecclésiastique iCa contrilrtié en rien à fonder?»

Un peu plus loin, le D^ Lingard ajoute : « La patente ro^c avec laquelle, sciusle régne d'Edouard, on nommait les évoques d^ l'Eglise anglaise^ fait bien voir qu'ils n^iiien^qme de s c r étt^ Uiresde ta C&wronney institués par patente à la façon dc« offi» ciere civils. « Nous nommons, âtisons, crécms, constituons et dédaronsN.N. évèque de N., pour qu'il occupe et possède ledit évédié sa vie durant, et pour aussi loBgtemfiB qu'il se conduira bien; et Vaui^risons à conférer les ordres y à pourvoir aux bé^ néfices, à exercer toute e^éoe de juridiction ecclésiastique, «t à faire tout ce qui apparent à la chacge épiscopale ou paetoi*ale 9Hr tes choses qu'en saU lui être umimises par MMett émm les Ecritures, en notre lieu, en notre nom et en vertu de notre autorité royale. » Voir Duklin Review^ noai 1640. Et on èkn que cette Eglise est une Eglise catholique et une E^gtiae apostolique?

— 6M — «emenl;, pour tout dire, séparé de tous les autres, comme leur tle Test du continent ; donatisme nouveau, 6t tout semblable à Fancien, qui, bien que borné à r Afrique, se glorifiait du titre d'Église catholique ; Église, enfin, purement politique et parlementaire. Le docteur Cabill a donc eu bien raison de protester de la manière suivante contre quelques ministres anglicans, qui ne cessent de s'appeler ministres de Dieu^ ambassadeurs du Christ et de t Église catholique : ç Vous êtes au contraire, messieurs, les ministres ecclésiastiques du parlement britannique; vous êtes les ambassadeurs cléricaux de la reine d'Angleterre. Vos xxxix artieies sont le résultat accidentel d'une majorité de votes dans le parlement britannique de ce temps4à. Cet acte du pariement forme la préface de votre livre liturgique de com^ munes prières^ et les décisions de cette séance parlementaire sont la véritable base et la grande raison ihéoloffique de la foi anglicane exprimée dans les xxxix articleâ. En réalité « pour parler le langage parlementaire, ce symbole ou Credo devrait s'appeler proprement un bill^ comme tout autre bill passé dans le parlement à la pluralité des votes. Le premier ministre d'Angleterre peut mettre de côté la quelle que ce soit de vos opinions, comme on l'a vu dernièrement dans l'affaire de Gorham ; Sa Majesté la reine peut à son gré annuler toutes vos décisions dogmatiques synodales. Vous priez Dieu comme le

612 — veut le premier ministre d'État; vous croyez en Dieu comme le veut la reine ; vous augmentez ou diminuez les articles de votre bill de religion comme le veut le parlement. Vous êtes donc juridiquement et oflBciellement les créatures de l'État. Vous endossez Thabit ecclésiastique et prêchez précisément par la même autorité qui donne à un lieutenant de marine le droit de porter Tépée, ou à un avocat du fisc celui d'endosser la toge de soie. Telle est la ridicule juridiction en vertu de laquelle vous enseignez et prêchez. . . Vous vous êtes séparés de l'Église catholique; et, à l'époque de cette séparation, pour marquer le caractère doctrinal de votre conduite, vous vous êtes donné le nom de protestants... Voudriez-vous avoir la bonté de nous apprendre quand vous êtes revenus vous réunir à cette Église, pour pouvoir vous dire aujourd'hui catholiques ? Ou bieti, commencez-vous à rougir de votre nom de protestants? Eh donc, appelez-vous protestants comme vous Têtes, gardez vos habits d'ordonnance, prenez vos titres parlementaires » (1) I

(1) The Tablet, Il juin 1863.

ARTICLE m.

La primauté de Pierre et de ses successeurs est essentielle à rËglise catholique.

L'Eglise fondée par Jésus-Christ sur Tapôtre Pierre, à qui pour cet effet il a conféré la primauté. — Comment Jésus-Christ a conféré le sacerdoce, Tépiscopat et Tapostolat également à tous les apôtres, y compris saint Pierre. — U n'en a pas moins conféré exclusivement la primauté à Pierre , comme l'attestent ouvertement trois des évangélistes. — Prérogatives de cette primauté propres à Pierre seul, à l'exclusion des autres apôtres. — Et cela, pour constituer à perpétuité la parfaite unité de son Eglise. — Comment cette imité est constituée par Tunion de tous au siège de Pierre. — Comment elle a dû se continuer après sa mort dans ses successeurs par suite de la constitution essentielle à TEglise de Jésus-Christ. — Cette même vérité nous est prouvée par les témoignages formels des Pères. — Première classe des Pères , ou de ceux qui affirment que Jésus-Christ a établi la primauté dans la personne de Pierre pour constituer et maintenir à perpétuité l'unité de son Eglise. — Seconde classe, savoir de ceux qui affirment que Jésus-Christ a fondé son EgUse sur la foi de Pierre. — Troisième classe , ou de ceux qui ont entendu les trois textes évangéliques de la primauté de Pierre et de ses successeurs. — Quatrième classe, ou de ceux qui affirment que Pierre a parlé par la bouche de ses successeurs, et qui appellent du nom de chaire de Pierre le siège du pontife romain. — La même vérité nous est confirmée par les faits publics et solennels, et 1« par les conciles oecuméniques. — Vrai sens du canon vi du concile de Nicée par rapport à la primauté du siège de Rome. — Les conciles d'Ephèse et de Chalcédoine. — Tous les conciles oecuméniques ont demandé la confirmation de leurs actes aux pontifes romains. — 2* Le

— aii —

siège de Rome principe d'action et de vitalité dans tout I& christianisme. — Actes de primatie exeiTée par les papes sur les Eglises d'Orient, et sur celles d'Occident. — Appels faits de toutes les parties du monde chrétien au Saint-Sicge. — Les causes majeures, les légations, les vicaires apostoliques. — Multiplicité de leurs actes dans rEgljse imiverselle. — Le pontificat romain est la clef qui nous ouvre l'explication de l'histoire de l'Eglise. — Sans lui on ne pourrait se rendre raison âeB événement» qui s'y sont accomplis. — Le pouvoir pontifical est iUdépendieMyt de la condition politique de FancieuFte Rome^ ■*— ' La suprématie du pontificat romain confirmée par un autre argument irj^éfutahle.

L'identité de TÉgUse romaine avec TÉgltse catholique ou universelle a sa source dans la divine institution de cette gUse. Jésus-Christ, en la fondant, a voulu qu'eUe fût une dans sa natve, et par conséquent, qu'elle demeurfit ou continuât d^être une dans tous les siècles à venir, c^est-à-dîre jusqu'à ce que vînt pour elle le moment de passer de cet état de combat, de luttes et de sraffrances, à celui d'ime paix Tnaflérable et d*une étemel repos. Alors, comme le dit TApôtre, toutes choses seront soumises à Jésus- Christ; et Jé8us-€hrisfc lui-même, ea sa qualité de chef de son corps mystique, sera soumis à celui qui lui aura assujéti toutes choses, afin que Dieu soit tout en tous (1). Ahm^ Tunité de TÉglke, commencée ici-bas, sera perfectionnée et consommée dans le ciel. En attendant cet heureux terme, Jésus-Christ,

(1) I Cor. XV, 27, 28.

comme chef de l'Église même, doit l'égner dans le temps et dans Tei^ace , suivant ce qu'enseigne le même apôtre, pour donner à ses élus de tous les siècles et de tous les pays les moyenS' d'entrer un jour en possession de la gloire bienheureuse; il doit abattre toute principauté, toute puissance, toute vertu; il doit mettre à ses pieds tous les ennemis de son empire : et c'est ce qu'il fait incessamment en donnant à la pierre placée comme fondemœt inébranlable au milieu de son Église la vertu de résister à tous les assauts des puissances de Tenfer; et cette pierre, c'est Pierre lui*-méme, toujours vivant dans ses successeurs.

Or, par là même que Jésus-Christ a voulu que ce fût sur Pierre que son Église fût fondée, qu'il Ta établi pour être à sa place chef visible de son royaume visible et de son corps mystique, il s'ensuit nécessairement, et par une conséquence évidente, que Pierre, ou sa primauté se perpétuant dans ses successeurs, est essentiel à la règle de foi, conmie étant easen* tiel à l'institution et à la nature de l'Église même, qui, conmie nous l'avons vu, a été établie dépositaire, gardienne et vengeresse de la révélation divine, ou des vérités enseignées par ce divin maître pour le salut de toœ les hommes^ €ar il faut de toute nécessité, ou nier que ce soit sur Pi«rre que Jésus-Christ a fondé son Eglise, ou subir toutes les co nséquences qui résultent logiquement de crtte insti-

tution. Les protestants, pour ne pas être forcés d*admettre ces conséquences, ont préféré de s'en tenir au premier parti. Mais tous leurs efforts sont vains pour anéantir un fait attesté nonnseulement par les ^paroles claires et explicites du Sauveur que nous ont rapportées les évangélistes, mais encore par tout le dessein, le plan et le but de son ouvrage, et par les promesses qu'il a faites; fait en faveur duquel dépose le témoignage imiforme de toute l'antiquité chrétienne; fait rendu évident par les actes de l'Église les plus solennels; fait qui trouve sa confirmation dans le principe d'action et de vitalité qu'il communique à l'Église universelle; fait, enfin, qui seul donne la clef pour expliquer l'histoire^ qui sans lui serait inintelligible; ou comme le fil pour sortir d'un labyrinthe auquel, sans lui, il n'y aurait pas d'issue. Or, pour nous convaincre que tel est le fait dont nous parlons, nous n'avons qu'à parcourir chacun des points que nous venons d'énoncer : et c'est ce que nous allons faire avec toute la brièveté et toute la clarté possibles*

Et, premièrement, que les témoignages bibliques déposent ouvertement en faveur de la primauté conférée à l'apôtre saint Pierre par le divin fondateur de l'Église, c'est une chose si évidente que, pour ne pas la voir, il faut avoir un voile épais ou plutôt comme un mur devant les yeux. Les protestants de toutes sectes font profession de s'attacher exclusivement à

lii*e la Bible, rien que la Bible et toute la Bible ; ils Tontons cesse entre les mains, Tanalysent, la commentent, et jamais cependant ils n*y lisent, ou du moins n'y remarquent l'institution de la primauté conférée par Jésus-Christ à son apôtre en des termes si solennels. Ils savent parfaitement trouver les passages où il est parlé des pouvoirs accordés à tous les apôtres en commun, et ils n'aperçoivent jamais ceux où Tapôtre Pierre est mis au-dessus de tous ses collègues par des privilèges qui lui sont conférés exclusivement aux autres, et tout cela dans l'intention de ne faire de lui que l'égal de ses collègues, et de nier sa primauté. Et, cependant, les livres saints rapportent avec une parfaite exactitude, non-seulement ce que Jésus-Christ leur a donné collectivement à tous, y compris saint Pierre, comme le pouvoir sacerdotal, le pouvoir épiscopal et le pouvoir apostolique, mais aussi ce qu'il a donné à Pierre seul, savoir le pouvoir primatial, ou la dignité de chef suprême de son Église.

Nous trouvons parfaitement, en effet, que Jésus- Christ a conféré à tous les apôtres réunis ensemble tout le pouvoir sacerdotal proprement dit, c'estr-àdire le pouvoir de consacrer, d'offrir le sacrifice et d'absoudre des péchés. Il leur donna, dans la dernière cène, pouvoir sur son corps réel par ces paroles : Faites ceci en mémoire de moi (1). Il leur

(I) Luc. xxn, 19; I Cor, n, 24.

donna^ après sa résurrection, pouvoir sur son corps mystique lorsqu'il leur dit : Recevez leSamt-Etprit; les péchés seront renUs à ceux à qm vous les remetlrezy eta (1). Jusqu'ici Pierre est égal aux autrès apôtres.

Ensuite, pour le pouvoir épiscopaK Notre-Setgneor n'a de même fait aucune distinction entre Pierre et ses c(dlëgues, puisqu'il leur a donné à tous en conir mim le pouvoir débaptiser les peuples : Allez, bapti^ sez, etc. (2); celui d'enseigner et d'adminiskrer les sacrements comme tout ce qui tiei^ au culte religieux, avec l'autorité nécessaire pour en procurer Tobservation : Leur enseignarU à observer toutes les choses que je vous ai prescrites (â) ; de porter et de lever les censures, et de donner à leurs règlements une force obligatoire : Tout ce que vous lierez sur la terre sera Ué dans le dd, etc. (&} ; leur pitMnettaot en même temps son assistance dans l'exercice de leurs fonctions par sa présence avec eux jusqu'à ht fin des siècles : Voilà que je suis avec vous, etc. (5).

Enfin, pour ce qui regarde Fapostolat en tant que distingué du pouvoir épiscopal, et par coméquent en ce qu'il avait d'extraordinaire et de limité au tempB

(2) Matt. xxviit, 19.

H) Matt. xvui, 18.

(6) Matt. ult.

— 61» — de la vie des apôtres, nous voyoïis également que Notre-Seigneur le leur a conféré à tous en commun et sans distinction de personnes. Aina leur a^t-il donné à tous la mission immédiate : Comme mon Père m'a envoyé, je vous enpoie (i) ; la mission universelle : J liez donc par tout le monde (2). En tout cela nous voyons Pierre simplement égal aux autres apôtres, et c'est en ce sens aussi que le mot fameux de saint Cyprien se trouve vrai : t Assurément les autres apôtres étaient, eux aussi, ce que Pierre était, élevés au même honneur, munis du même pouvoir »(3) ; c'est-à-dire, tout aussi bien que Pierre, prêtres, évéques et apôtres.

Mais il faut voir également ce que les livres saints nous ont appris de ce qui ne se rapporte qu'à Pierre. Trois évangélistes ont eu soin de nous en rendre compte. Saint Mathieu nous apprend qu'à la suite de la célèbre confession que fit de la divinité de Jésus- Christ, par révélation divine, le premier des apôtres, le Sauveur lui adressa ces paroles : t Vous êtes heiK reux, Simon, fils de Jean ; car ce n'est ni la chair ni le sang qui vous ont révélé ces dioses, mais c'est mon Père même, Celui qui est dans le ciel. Et moi,

P) BlATT. Ult.

(3) Lib. De unit. EccL, édit. desbénéd., p. 196 : »«Hoc ei-ant « utiquc et cœteri apostolii quod fuit Petnis, pari oonaortio pr»- - diti et honoris et potestatis. »»

je vous dis que vous êtes Pierre , et que sur cette pierre je b&tirai mon Église, et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle. Et je vous donnerai les clefs du royaume des cieux ; et tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel » (1). Saint Luc, à son tour, raconte que, pendant la dernière cène, le Sauveur, se tournant vers Pierre, lui dit : « Simon, Simon, Satan a demandé à vous cribler tous, comme on crible le firoment ; mais j'ai prié pour vous en particulier, afin que votre foi ne défaille point. Lors donc que vous aurez été converti, ayez soin d'affermir vos freines » (2). Enfin, saint Jean nous a laissé par écrit que Jésus-Christ après sa résurrection , dans une de ses apparitions à laquelle se trouvaient Pierre, Jean et d'autres disciples, adressa la parole à Pierre seul, et l'interpella en ces termes : « Simon, fils de Jean, m'aimez-vous plus que ne m^ aiment ceux-ci?

Pierre lui répondit : Oui, Seigneur, vous savez bien que je vous aime. Jésus lui dit: Paissez mes agneaux. Il lui demanda encore une seconde fois : Simon, fiis de Jean, m'aimez-vous ? Pierre lui répondit : Oui, Seigneur, vous savez bien que je vous aime. Jésus lui dit : Paissez mes agneaux. Il lui demanda pour la

(1) MaTT. XVI, 17-19.

(2) Luc. XXU, 31-32.

— mi — troisième fois : Simon, fils de Jean, m'aimez-vous? PieiTe fut contristé de ce qu'il lui demandait pour la troisième fois : M'aimez-vous? et il lui répondit : Seigneur, vous connaissez toutes choses ; vous savez que je vous aime. Jésus lui dit : Paissez mes brebis » (i).

Au moyen de ces passages, il est facile de recueillir les prérogatives particulières de saint Pierre qui le distinguent des autres apôtres, avec qui d'ailleurs, comme nous l'avons dit , il avait de conmiun le sacerdoce, l'épiscopat et l'apostolat. Ces prérogatives, je vais les exposer avec les paroles mêmes traduites de M. Allies.

c l' Cet apôtre a été établi pierre fondamentale, ou fondement de l'Église après Jésus-Christ, et cet apôtre seul : Vous êtes Pierre, et sur celle pierre je bâtirai mon Église.

« 2" A l'Église ainsi fondée sur Pierre, est assurée pour toujours l'indéfectibilité avec la victoire sur ses ennemis : Les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle.

€ S" A Pierre seul sont confiées les clefs du royaume des cieux, le symbole de la souveraine puissance, la défense et la garde de la maison ou de la cité de Dieu : Et je vous donnerai les clefs du royaume des cieux.

•< 4° Le pouvoir de retenir et de remettre les péchés, celui de porter et de lever les censures, celui d'établir des lois pour le gouvernement spirituel de l'Église, quoique conférés d'ailleurs à tous les apôtres ensemble, lui sont donnés ici personnellement : Et tout ce que vous lierez, etc.

« S* A lui seul est donné le pouvoir de confirmer ses frères, parce que sa foi à lui-même ne doit pas défaillir : fai prié pour vous afin que votre foiy etc.

« 6* Le soin du troupeau entier de Jésus-Christ lui est recommandé comme au pasteur suprême : Paissez mes agneaux; soyez le pasteur de mon troupeau; paissez mes brebis.

€ En rapprochant ainsi ce qui a été donné aux ap^ très en commun, et ce qui a été conféré à Pierre seul, on conclut de cette comparaison :

« V Qu'il a reçu bien des choses que n'ont pas reçues les autres, et que les autres n'ont rien reçu qu'il tf ait reçu lui-même ;

« 2" Que ses pouvoirs ne peuvent être exercés que par un seul, tandis que ceux des autres peuvent l'être par plusieurs;

« S*" Que ses pouvoirs renferment ceux de ses collègues, au lieu que ceux de ses collègues ne renferment pas les siens ;

« 4* Que c'est de lui qu'émane le gouvernement ordinaire de l'Église ou l'office pastoral promis et fi-

guré sonale symbole des clefs du royaume des cieux, et conféré en même temps que signifié sommairement par ces paroles : Paissez mes brebis; Tépiscopat est renfermé dans la primauté » (1).

Mais quelle a pu être Tintention du Sauveur en conférant à Pierre une telle primauté sur son Église, sinon de constituer en lui et par lui la souveraine unité de cette Église pour tous les temps à venir? C'est ce qu'a très bien expliqué saint Cyprien lorsque, après avoir dit, dans le passage rapporté plus haut, que les autres apôtres étaient égaux à Pierre quant au sacerdoce, à répiscopat et à Tapostolat, il ajoute immédiatement : t Mais cependant tout part de l'unité, et la primauté est donnée à Pierre , pour que Yuniié soit assurée à l'Église » (2). £t ailleurs : « Elle est une, cette Église fondée sur Pierre, principe et raison de son unité» (3). Et ailleurs encore : « A Pierre premièrement , sur qui Notre-Seigneur a fondé son

(1) ÂLUES, anglican récemment converti, dans son ouvrage intit. La Chaire de Pierre fonde^nent de l'Eglise, etc., où il développe parfaitement ce sujet. Cet ouvrage a été ti-aduit de l'anglais en italien par le H. P. Costa de la C. de J., et cette traduction a été publiée à Naples en 1850. Voir en particulier la sect. IX de cet ouv. ayant pour titre : Preuves bibliques de la primauté.

(2) L. c. : " Sed exordium ab unitate proficiscitur, et primau tus Petro datur utEcclesia Christi ima monstretur. »

(3) Ep. 70 : « Una (est) Ec^lesia à Christo Domino super Pc- « trum origine unitatis et ratione fundata. - Edit. cit., p. 125.

— eu — Église, et dans la personne duquel il a constitué et fait voir le principe de l'unité » (1). Et c'est ce qui a fait dire au même saint martyr que la chaire de Pierre est « l'Église principale d'où l'unité sacerdotale est sortie comme de sa source » (2),

Il résulte de là évidemment, qu'en conférant à saint Pierre la primauté sur l'Église entière, le Sauveur avait pour objet et pour but d'en organiser et d'en personnifier pour ainsi dire l'unité dans la personne de cet apôtre : je veux dire l'unité de foi, et aussi l'unité de charité et de communion, comnje je l'ai déjà expliqué plus d'une fois dans le cours de cet ouvrage. L'Église, pour être une et se maintenir dans son unité, a besoin d'un chef, a besoin d'un centre : d'un chef, parce que autrement elle serait acéphale, sans guide, sans direction, sans gouvernement, comme le serait, privé de son pasteur, un troupeau dispersé ; d'un centre, pour rassembler dans un foyer commun tous les rayons qu'elle fait vibrer sur chaque point du globe où pénètrent ses enseignements , et où s'étend son autorité. Telle était aussi la pensée de saint Cyprien, lorsqu'il donnait de l'Église la définition suivante : « C'est (l'Église) le peuple uni à son

(1) Ep. 73 : « Petro primùm Dominus super qucm œdlficavit .« Ecdesiain, et unde unilatis originem instituit, et oetendit. - P. 131.

(2) Ep. 55 : »« Ecclesiam principalem undc iinitus saccrdota- " lis exorta est. » P. 86.

pontife, le troupeau attaché aux pas de son pasteur > (1). Et puisque dans chaque Église particulière chaque pontife^ chaque pasteur^ c'est-à-dire chaque évêque, est le principe de T unité particulière de cette Église, et qu'il forme et entretient cette unité en tant que le peuple entier de son Église lui est uni, que tout le troupeau qui compose son Église lui est attaché; ainsi Tunité de l'Église universelle doit-elle se former et comme résulter de Tunion ou de l'attachement de tous les peuples, de tous les troupeaux avec leurs chefs ou leurs pasteurs respectifs, de toutes les Églises particulières, en un mot, au chef et au pasteur suprême, qui est Pierre, et qui ne saurait être que lui : attachement, union, si bien caractérisés par le mot latin gluten (glu) employé par saint Cyprien dans cet endroit même (2).

Si donc tels ont été le magnifique dessein, et l'objet comme le but du Rédempteur de tous les hommes dans l'institution de la primauté, il faut inférer de là, par une conséquence évidente, que, puisque cette unité synthétique de l'Église doit durer autant que l'Église* elle-même , elle ne devait pas se terminer avec la courte existence du chef des apôtres, mais qu'il fallait de toute nécessité qu'elle se transmît à ses successeurs.

(1) Ep. 69 : - Plebs sacerdoti adunata, et pastori suo grex M adbeerens. n p. 122.

(2) « Sit ulique (Ecclesia caUiolica) connexa et è cohaîi*en- •• tium sibi invicem saceixiotum glutine copulata. » Ibid.

T. VLi 40

P^sonne ne niera, en effet, que l*épiscopat conféré aux apôtres par Jésus-Clirist ne se soit transmis après leur mort à ceux qu'ils avaient établis pour r^ir et gouverner les Églises particulières. Donc, par la naênie raison, la primauté sur l'Église elle-même a dû passer aux successeurs de Pierre. Autrement TÉglise, à la mort de cet apôtre, aurait cessé d'être une; dès lors un changement substantiel se serait opéré dans la constitution de cette Église : elle aurait cessé d'êti^ r Église fondée par Jésus-Christ.

Ainsi donc, les témoignages bibliques qui nous cortjikiit l'institution de la primauté, avec ses droits et ses privilèges , dans la personne de Pierre, doiv^it s'appliquer avec la même étendue à tous ses successeurs, légitimes héritiers de son siège épisc(^al ; et, par conséquent, tout ce qui appartenait à Pierre i raison de sa primauté doit appartenir de même aux évéques de Rome ou aux pontifes r(»nains, auxquels reviennent de droit divin toutes les prérogatives cou* férées à PieiTe,

Quoique cette conséquence ait toute Tévideoce d'une déduction logique, et qu'elle ne puisse être révoquée en doute par aucun esprit sérieux^ de crainte cep^idant qu'on ne dise que nous nous ai^uyons uniquement sur des raisonnements humains, et non pas en même temps sur des faits, nous allons maintenant développer et prouver par des documents irrécusables le second point que nous avions à établr.

Dfesons donc que la primante de Pierre et de ses mcr cesseuns sur toute l'ÉgKse est im fait attesté par ie témoignage uniforme de toute l'antiquité chrétienne. Pour éviter la confusion qui naîtrait de ces témoignages présentés sans ordre, je rappellerai à certains pdints culminants les diverses dasses où Ton peut ranger ces témoignages*

La première classe se jeonGqposera de ceux qui nous cerjtiûent que Jéaos^brist a voulu constituer la pri*ooauté à perpétuité daas la pei^sonoe de Pierre et de ses successeurs pour l'avantage de son Église , ou comme moyen uUJe et nécessaire pour former et con«server l'unité de cette Église : ce qui confirmera IMirfaitement la vérité de tout ce que nous avons dit jusqu'icL Or, de ce genre swtt, outr» l'éctatant témoin gnage de saint Cyprien que nous citions tout à rbeure, cmx de saint Ambroise, de saint Optât, de «aént Jé^ rdoie,de saint Augustin^ $ans compter oeux des papes saint Innocent, saint Damase, saint Léon, Hormisdas et leurs successeurs. Usis^ faisait «abstraction 4e loes dermes, dont le témcùgnage, qut^ique bien à tort (1 ) ,

(1) yoki ooinment Boaauat kil-^méme ré^pond à oeux.<|ifti vou» draieiEKt faire valoir cette eaK^ptioix contre les aouTerains poutl£ea [Defens. DecL, L x:, c. 5) : •« Sed absit; pari ienîm jure M dixeriapit^iieepisGopisquideni aut presbji«jrifl ease adiâbeadain H ûdem, cùiu aacerdotii siû faonorem prœdicaixt. Quod contra H est zjoam quibus Deus singularis honoris, dignitaiisque pree* M Kogaitivam contulit, iisdem inspirât veriim de suâ potestate «< sensum, ut câ in Domino, cùm res poposœrit, libéré et con*

pourrait paraître suspect dans l'éloge qu'ilsfontde leurs propres prérogatives, je m'en tiendrai aux premiers, qui affirment tous d'une voix que la primauté de Pierre et de ses successeurs a été établie pour le bien de l'Église et pour la perfection de son unité. Tout le monde connaît le mot de saint Ambroise : « C'est à Pierre que le Christ a (^t : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église. Donc, là où est Pierre, là est aussi t Église » (!)• Le saint docteur fait manifestement entendre par ces paroles que Jésus-Christ n'a pas fondé son Église sur Pierre dans un autre but que pour que tout l'édifice de sa religion reposât sur lui comme sur son fondement , et qu'après sa mort, dans toute la suite des temps, il continuât de même de porter tout entier sur ses successeurs, de sorte que partout où serait Pierre, c'est-à-dire dans telle communion où serait le pontife romain, là aussi on devrait reconnaître l'unique Église dont l'Homme-Dieu

« fidenter utantur, fiatque illud, quod ait Paulus (I Cor. u, 12i : « Accepimus spiritum, qui à Deo est, tU sciamuSj qux à Deo « donata sunt nobis. Quod quidem hic semel dioere plaçuit, ut « temerariam ac pessimam responsionem confutarem, profiteoru que me de Sedis Âpostolicœ majestati, romanorum pontifiu cum doctrine et traditionî crediturum. Quanquàm eorum seu dem non ipsi magis, quàm reliqui ac tota Ecclesia, atque H Orientales haud minus quàm Occidentales prsdicant. "

(1) In Ps. XIV, n. 30 : « Ipse est Petrus oui dixit JChristusl : u Tu es Petrus , et super hanc petram œdificabo Ecclesiam « meam. Ubi ergô Petrus, ibi Ecclesia. «

— 6i9 — est le fondateur. C'est ce qu'il déclare encore plus ouvertement lorsqu'il dit des hérétiques et des schismatiques que « ceux là n'ont point de part à l'héritage de Pierre, qui ne reconnaissent pas le siège de Pierre, qu'ils mettent au contraire en pièces par leiu^s divisions impies » (1) ; et comme après avoir dit ces paroles il parle aussitôt du schisme des novatiens, il est bien évident qu'il attribue l'unité de l'Église à l'unité avec le pontife romain, qu'il appelle Pierre par antonomase, comme succédant à sa primauté.

Saint Optât inculque cette même vérité dans plus d'un endroit de ses écrits contre les donatistes, particulièrement lorsqu'il affirme que, « pour procurer le bien de l'unité, le bienheureux Pierre a eu l'avantage d'être choisi de préférence à tous les autres apôtres » (2) ; et lorsque, pressant encore plus vivement le donatiste Parménien, il s'exprime de la manière suivante : « Vous ne sauriez nier ni prétendre ignorer que la chaire épiscopale de la ville de Rome ait été conférée à Pierre tout le premier, et que ce soit dans cette chaire qu'a siégé Pierre, chef de tous les apôtres, appelé pour cette raison Céphas, afin que tous respectant cette chaire unique, tous aussi gar-

(1) Lib. I De Pcsnit.j c. vu, n. 33 : « Non habent eoim Pétri M heereditatem, qui Pétri sedem non habent, quam impiâ divi- •« sione discerpunt. »

j2) Lib. VII Cont, Parmen.y c. m : « Bono unitatis B. Petrum... M prteferri apostolis omnibus meruisse. *i

— oao — dafisent l'unité, en sorte que quiconque pféteudrait opposer M cbdirepaHiciiiièref fûi^elle celle d'ira autre apôtre, à cette chaire privilégiée, fàt dès lors conaî* déré comme un sChismMiqae et un rebelle. Sm cette chaire donc, qui par son unité figure la première de toutes les notes de T Église, a liégé Pierre le premi»-, puis Lin, Son successeur, puis Clémeat..., puis enfin Sirice, aujourd'hui notre collègue dans Tépiscopat, et avec qui tout Tunivers est en commaiHon^ aioai que nous, par le comt&erce que nous eotretenom en-* semble des lettres fêrméeê ' (i).

Saint Jérôme i>e s'exprime pas diffëremiiMit, et U affirme de la même manière que c'est dans riirtértt de Tunité que Pierre a été établi primat de toute rÉglise : « Un seul, dit-il, a été ehoisi entre doose pour ôter« par TétaUîsBementd'unebef, toute occasion au schisme » (3) . Et ailleurs : « Le salut de rÉg&e est

(1) IbicLy lib. u, c. II : « Negare non potes scire te in urbe " Homâ Petro primo cathed^am epîscopaleirt esse oollatam, in (• qn& sederii omnium aposlolorum capnt Petnis, unde et O* <* phaa appettatus est, in qvik uni cathedra unitas ab omnânis M servaretur ; ne cœteri apostoli singulas quisque defendereat, » et jam schismaticus et peccator esset, qui contra singularetn ' » catbedram, alteram collocaret. Erg6 super cathedram uni- M cam, quseest prima de dotibus, sedit prier Petrus, cui suces- «i flii Linu», Lino siiccessit Clemens... Siridus bodie qui noster M estsociuB : cum quo nobiscum tolus orbis, conuneroio fonBa- M tarum, in unâ commimionis socictate concordat, p Edtt. d'Elîe Dupin.

(21 Lib. I In Jovin,y n. 26 : « Proptereà inter duodedm unus

— 63i — attaché à la considération dont doit y être entouré le premier de Tordre sacerdotal. Si on refuse de lui reconnaître une autorité hors. ligne et qui s*élève audessixs de toute autre, il y aura bientôt dans TÉglise autant de schismes quMI y aura de prêtres » (1) : paroles qui ont pour chaque Église particulière, par rapport à son évêquc, la même force que pour l'Église universelle par rapport au souverain pontife. Mais ici nous n'avons pas besoin d'ajouter notre commentaire, puisque Tauteur lui-même explique sa pensée dans sa célèbre lettre au pape Damase, où, sur la question alors agitée d'une ou de trois hypostases à reconnaître en Dieu^ il dit ces paroles remarquables : t Je sais que c'est sur cette pierre que l'Église a été bAtie. Quiconque mange l'agneau pascal hors de cette maison est un profane. Quiconque se trouve hors de cette nouvelle arche de Noé périra... Quiconque ne ramasse pas avec vous dissipe; car qui n'appartient pas à Jésus-Christ appartient à l'Antéchrist » (2). Le saint ne pouvait employer de termes plus énergiques

«« eligitur, ut capite constituto, Bchismatis tollatur occaaio. • [bid., édit. de Valois, t ii.

(1) Dial. cont, Lucif,, n. 9 : « Ecclesiœ salus in summi sacer- • dotis dignitate pendet, cui si non exsors qtrœdam et ab omnia bus eminens tribuatur potestas, tôt in Ecdemâ efficienÉw «• scbismata, quot saceixlotes. >* Ibid.

|2) Epist. XV Jd Dam. : " Super illam petram œdifica- «• tam Ecclesiam scio. Quicumque extra banc doirum agnum « comederit, profanns est. Si quis in Noe arcâ non fuerit, pe-

pour exprimer la souveraine uiiité de l'Église provenant de la primauté de Pierre et de ses successeurs. A son tour, le grand évêque d'Hippone reproduit la même vérité et la croyance conunmie de son temps sur le même objet. Dans ses disputes contre les donatistes, les manichéens et les pélagiens, il n'emploie pas d'autre argument pour leur prouver qu'ils étaient hors de l'unité de l'Église, que de faire voir qu'ils ne pouvaient s'appuyer sur la pierre que Jésu&^hrist a donnée pour fondement à son Église, puisqu'ils étaient séparés de Pierre, ou du pontife romain successeur de Pierre, fondement et centre de l'unité catholique. On ne saurait compter le nombre des passages de ses écrits qui pourraient être cités à l'appui de notre thèse; mais, pour ne pas trop m'alonger, je vais seulement en rapporter un ou deux. Dans son chant contre le parti de Donat, il exhorte les donatistes de la manière suivante : « Venez, mes frères, si vous le voulez bien , pour être greflés de nouveau sur la vraie vigne; il nous est pénible de vous voir ainsi retranchés du cep. Comptez les pontifes à partir de Pierre, le premier de tous, et voyez qui lui a succédé, et à qui tel autre a succédé. C'est cette pierre, contre laquelle ne prévaudront point les portes orgueilleuses de l'enfer » (1). Ailleurs, parlant

M ribit... Quicumque tecum non coDigit, spai^it; hoc est, qui ". Christi non est, Antechiisti est. » Ibid. 1. 1. (1) « Yenite fratres, si vultis, ut inseramini in vite. Dolor est.

de l'Église romaine, il dit que « c'est là que s'est toujours maintenue la principauté de la chaire apostolique » (1). Et ce n'est encore ici qu'un échantillon de tous les textes que je pourrais citer pour prouver quels étaient les sentiments de l'antiquité chrétienne sur le but que Jésus-Christ s'est proposé en établissant la primauté à toujours dans la personne de Pierre et de ses successeurs, et qui n'a pas été autre que de constituer et de maintenir l'unité de son Église (2).

La seconde classe de témoignages qui nous montrent l'accord de toute l'antiquité chrétienne à reconnaître la primauté de Pierre et de ses successeurs dans la chaire de Rome, se compose de tous ceux qui nous affirment que l'Église a été fondée sur la foi de Pierre, et non pas seulement sur la foi dont il a fait profession en confessant la divinité de Jésus-Christ, mais sur la foi même qu'il devait prêcher dans tous les temps. Sur la confession de Pierre, expliquée dans le premier de ces deux sens, la tradition n'est pas douteuse, à commencer à saint Hilaire de Poi-

" cùm vos videmus pi*œcisos ità jacere. Numérale sacerdotes vel •• ab ipsâ Pétri sede, et in ordine illo Petrum, quis cui succès- ** Bit, videte. Ipsa est petra, quam non vincuiit supcrbœ infero- « mm portœ. •»

(1) £p. 43, n. 7, édit. des bénéd. ** Romanœ Ecclesise in quâ •• semper apostolicœ cathedne viguit principatus. »

(2) On peut voir ces témoignages recueillis par Pœbbe Bal- LERiNi dans son ouv. cité, et par Bolgeni dans Touvr. Deir Epîscqpaio, append. lU, édit. d'Orviéto.

tiers et à cofitinuer jusqu'à saint Thomas d'Aquin ; et en général, tous ceux qui ont eu à disputer contre les ariens, qui, en niant la divinité du Verbe, niaient par là même celle de la personne du Christ, leur reprochaient d'avoir par leur hérésie impie ébranlé la pierre sur laquelle Jésus^hrist avait b&ti son Église, et de Tavcrir même détruite autant qu'il était en eux (1). Pour ce qui regarde Fautre sens dans lequd on peut expliquer la confession de Pierre, le sentiment des Pères n'est pas moins unanime; et c'est pour cela qu'ils appellent Pierre le fondement de ta foi, ta pierre ou ta roche de la fm, h e&lonne de ta foi, ta pierre fondamentale de la foi catkoii-' que (2).

De là vient que saint Léon le Grand dit en parlant de Pierre : « Et pour vous convaincre de la fermeté de la foi qu'il devait enseigner, écoutez ces paroles : Et sur cette pierre je bâtirai mon Église ■ (5). Saint Grégoire de Nazianze dit de son côté : t L'un est appelé du nom de Pierre, et personnifie en lui-même les fondements de l'Église » (4) • Saint Ambroise à son tour : « La

(1| On peut voir ces témoignages rapportés en détail par Ballerini, op. cit. c. 12, § 2.

(2) Ibidem, c. 13.

(3) Serm. 02, éd. Ballerini, n. 2.

(4) Orai, xxxu, édition des' bénédictins^ 1778, t. i, n. 18, al. Orat. xxvi, p. 453, De moder. terv, in dUput. : Hic petra vocetur, atque Ij^cclesîœ fundamenta in fidem suam accipiat.

— (Ki5 —

foi est donc le fondement de F Église ; car ce n'est pas de la chair corruptible de Pierre, mais de sa for vivante qu'il a été dit: Im paries de P enfer ne prévaudront point conire elle » (1). Et ainsi de plusieurs autres^ dont il serait trop long de faire Ténumération (2).

Une troisième classe comprend la troupe innombraUe de docteurs et d'écrivains ecclésiastiques qui se sont attachés à faire l'application des trois passages en question de saint Mathieu, de saint Luc et de saint Jean, à la primauté de Pierre et de ses successeurs. Or, l'accord est ici unanime, et il n'est possible d'y trouver aucune exception, soit dans les Pères ou auteurs ecclésiastiques d'Orient, soit dans ceux d'Occident. Il suffit de lire leurs homélies ou leurs conmientaires sur les passages allégués, pour s'en convaincre jusqu'à l'évidence. Nous n'en allons pas moins présenter encore ici quelques-uns de ces témoignages en preuve de notre proposition, et par lesquels on pourra juger des autres. Saint Grégoire de Nysse dit de saint Pierre « qu'il est la pierre fondamentale de la foi, puisque le Seigneur lui-même a dit au prince des apôtres: Vous êtes Pierre, etc. » (S). Saint Jean Chrysostôme dit de

(1) De incam., c. 5, n. 34 : - Fidea ergô est Eocleei» funda- * mentum : non enim de came Pétri, aed de fide dictum est : - Quia port» mortis ei non prœvalebimt. •»

(2) Voir Ballerini, loc cit.

(3) De Trinit.y c. ult. « Petm verà ficiei t<!n^uàm fundamen^

même : « JésusrChrist ayant dit à Pierre : Vous êtes bienheureuv^ Simon ^ fils de Jean, et ayant promis de poser sur sa confession les fondements de son Église, etc. » (1). Saint Épiphane: «Le prince des apôtres, Pierre... qui, comme une pierre solide, etc. » (2). Saint Cyrille d'Alexandrie : « Je pense, dit-il, que la pierre (dont Notre-Seigneur parle ici) n'est autre que la foi ferme et inébranlable de son disciple, sur laquelle est fondée et assurée pour toujours TÉglise de Jésus-Christ, sans que les portes de Tenfer puissent jamais triompher d'elle » (3). Et ainsi des autres. J'ai cité de préférence les Pères de l'Église orientale, pour qu'on voie plus clairement leur accord sur ce point avec ceux d'Occident. Mais pour ne pas laisser de côté ces derniers, je vais rapporter quelques-unes de leurs paroles sur l'autre passage évangélique qui est de saint Luc. Voici de quelle manière ce passage

ttim : ut ipse Dominus ait ad prîncipem aposfolorum : Tu es Petrus, etc. » Edit. de Paris, 1615, t. i. p. 994.

(1) In cap. 1 epist. ad Gai. t. x. H avait déjà dit la même chose dans son hom. 84 sur S. Math., n. 2» t. vu, et dans riiom. 82 sur le même évang., n. 3.

(2) H»r. 69, n. 7, édit. du P. Pétau.

(3) Dial. IV, De Trinitatey édit. de Paris, 1638, t. v, p. 507, où après avoir rapporté les paroles de Jésus-Christ (Math, xvi), le saint ajoute : <« Pctrum , opiner , quasi denominatione nihii •« aliud, quàm inconcussam et firmissimam discipuli fidem ap- « pellans, super quam etiam citi*a casûs periculum firmata est «< ac fundata Christi Ecdcsia, et ipsis inferorum portis perpetuu " manet inexpugnabilis. h

est commenté par saint Léon : < En Pierre donc est affermie la force de tous les autres, et le secours de la grâce divine est distribué de manière à ce que ce don de force, qui est communiqué à Pierre par Jésus- Christ, soit ensuite conféré par Pierre aux autres apôtres » (1). L'auteur des Questions sur le Nouveau Testament en donne aussi la raison : c'est « qu'il est manifeste que tous sont contenus dans Pierre ; car toujours le peuple est ou repris ou loué dans la personne de son chef » (2). De là Bossuet, dans ses Méditations, explique de la manière suivante, avec beaucoup de force et de logique, la doctrine des Pères sur ce passage : « Parce qu'en réprimant l'ambition de ses apôtres, il avait parlé d'une manière qui eût pu donner lieu à ceux qui n'auraient pas bien pesé ses paroles de croire qu'il n'avait laissé aucune primauté dans son Église , et qu'il avait même affaibli celle qu'il avait donnée à saint Pierre, il parle ici d'une manière qui fait bien voir le contraire. Saian. dit-il, a demandé de vous cribler tous; mais, Pierre, fai prié pour toi, pour toi en particulier,

(1) Senn. 4 De natali ipsiuSy c. 3, éd. BalL « In Petro ergô I omnium fortitudo munitur, et divin© gi-aUœ ità ordinatur • auxilium, ut firmitas, quœper Christum Petro tribuitur, pcr < Petrum apostolis conferatur. »»

(2) Append. t. nr. S. Auo. col. 158. « Manifestum est in Pe- . tro omnes contineri ; semper enim in prœposito populus aut . corripitur aut laudatur. «

avec distinction : non qu'il ait négligé les autres; mais^ comme l'expliquant les saints Pères, {>arce qu'en afiennissant le cheC, il voirtait empécber par là cpie les menilwes ne vadUaaseat C'est pourquoi il dit : J'ai prié pour toi , et non pas : J'ai prié pour vous > (1). Terminons cette troisième classe par <pielques dtatîons sur l'autre passage évangélique, qui est celui dé saint Jean. Saint ^t^ustin, pariant de Jésus-Clirist, dit t qu'il a recommandé l'unité dans le choix aingulier qu'il a fait de Pierre. Bien qu'il y eût plusieurs apôtres, c'est à un seul qu'il est dit : Paiuet fuss brebis > (2). Qui ne connatt de même le commentaire de saint Bruno d'Asti sur ce passage? « Il (Jésus-Christ) lui a confié, dit-il, d'abord les agneaux, et puis les bnebis, parce qu'il Ta établi non pas simplement pasteur, mais pasteur des pasteurs. Ainsi donc, Pierre pait les agneaux, et il pait aussi les brebis. Il pait les petits, et il patt aussi les mères ; il commande aux prélats comme aux simples fidèles; il eet donc le pasteur de tous, puisque après les agneaux et les brebis, il n'y a plus rien dans l'Église » (3). De là vient que Tertullien appelait le

\1} Médit, sur VEvang., la Céney Lxx« joui*. Primauté de S, Pierre^ édit. de Vcrsailles,.t. x.

(2j Serm. 46, c. 13, n. dO : « In ipso Petro mùtatcm oom- « mcndavit. Muiti erant apoetoli et uni dicitiir : Foaoe ovcs •• mcas. "

i3) llom. in vlg. fesf, S. Peirl.

{xmtife romain le Grand Pontife, l*écêque des évêques (i)« D'après ces témoignages, et bien d'autres encore des temps primitifs de T Église que nous pourrions citer (2), on voit Taccord unanime de l'antiquité chrétienne au sujet non-seulement de la primauté en général de Pierre et de ses successeurs, mais de leur primauté d'autorité, d'honneur et de juridiction en particulier sur l'Église entière.

Cette troisième classe amène naturellement la quatrième , qui va confirmer admirablement laméme vérité, et qui se compose de tous les documei^ où le pontife romain n'est pas appelé d'un autre nom que de celui de Pierre et de Succe&seur ou de Vicaire de Pierre^ Un fait incontestable pour quiconque a seulement une l^ère connaissance de l'histoire ecclésiastique, c'est qu'il a toujours été reçu de dire : Pierre a parlé^ Pierre a ordonné^ Pierre enseigne, etc. , pour dire un pape quelqu'il soit. Donnons pour exemple ce qu'écrivait saint Pienre Chrysologueii £atychès : « Le bienheureux Pierre, lui marquait-il, qui vit et préside dans son propre sié^e, présente à ceux qui la cherchent la

(1) Lib. De Pudicit.y c. i. Quoique ce ne soit que ironique neat que 'Dbbtullien, déjà montaniste, donne ces titrai à l'évéque de Rome, ou plutôt qu'il les mette dans la bouche du pape saint Zépbyrin, il fait voir toutefois par là que cette manière de désigaer l'évoque de Rome éteàt reçue dès son temps.

(2) On peut lire ces tésuoigiuiges dans les auteurs que nous avons déjà cités, et dans beaucoup d'autres encore qui les ont recueillis.

vérité de la foi » (1). De là cette formule reçue mêine par les conciles œcuméniques : Pierre a parlé par Léon, comme le disait par acclamation le concile de Chalcédoine (2), ou par Agathon, comme le disait le sixième concile œcuménique, ou iroisième de Constantinople, par ces paroles : « Ce qui était visible, c'était le papier et l'encre; mais celui qu'on ne voyait pas, c'était Pierre qui parlait par Agathon» (3). Et il faut observer que ces conciles étaient composés presque exclusivement d' évoques orientaux. De là encore cet usage de dire ta chaire de Pierre^ pour signifier l'Église romaine, dont l'antiquité chrétienne nous fournit tant d'exemples ; et cet autre usage de dire fondées par Pierre les Églises qui l'ont été par quelque pontife romain. Je pourrais ajouter encore plusieurs autres classes d'autorités, qui toutes conspirent pour la même fin ; mais il suffit de celles que j'ai énumérées pour convaincre les esprits même les plus difficiles du concert uniforme et unanime de tous les siècles à rendre témoignage du fait que nous avons signalé, savoir, que Jésus-Christ a fondé son Église sur Pierre et ses successeurs à perpétuité, à qui par conséquent la primauté est également assurée pour tous les siècles à venir,

(1) Ep. ad Eutych. : « B. Petrus, qui in propriâ sede et vivit " et prœsidet, prœstat quœrentibus fidei veritatem. »

(2) Act. 21, t. n Conc. Harduini, col. 906.

(3) In Serm. Prosphonetico^ Conc. Labbe, col. 1057-1068.

Disons maintenant quelques mots de la troisième preuve que nous nous sommes proposé d'établir, et qui va résulter de tant d'actes publics et solennels qui ont eu lieu dans l'Église. Or, parmi ces actes solennels, on doit avec beaucoup de raison mettre au premier rang ceux des conciles œcuméniques. Ils représentent l'Église entière, et par conséquent tout ce qu'ils font ou décrètent doit être considéré comme la voLx de l'Église elle-même. Eh bien, si 'x" nous parcourons ces conciles, à commencer par le premier, qui est celui de Nicée, et à finir par celui de Trente, nous trouverons sur chacun d'eux qu'ils ont non-seulement reconnu, mais professé ouvertement la suprématie du pontife romain sur toute l'Église en sa qualité de successeur de Pierre, à qui Jésus- Christ l'a conférée immédiatement. Offrons-en quelques témoignages.

Le concile de Nicée, dans son célèbre canon vi, tel qu'il a été lu par le légat du Saint-Siège Paschasin devant plus de six cents Pères réunis au concile œcuménique de Chalcédoine, s'est exprimé en ces termes : « L'Église romaine a toujours eu la primauté » (1) ; et aucun des Pères de Chalcédoine ne dit rien pour combattre ou pour désavouer cette leçon. Nous avons donc ici les témoignages réunis de deux

(1) Voir les collections des conciles, comme celles u'IIâr- DOUJN, t. II, col. 638 : Quod Ecclesia liomana semper habuit priniaium; de Labbb, t. ir, col. 46, 72.

couciles œcuméniques en faveur de la primauté de rÉgUse romaine, ayant pour origine Tépiscopat de saint Pierre fixé par lui dans la ville de Rome. Mais, comme on a élevé diverses questions critiques au sujet de la leçon la plus authentique et du sens le plus légitime de ce canon, x' est une nécessité d'établir ici avec certitude la véritable pensée du condle par rapport à la primauté. Or, cette pensée nous est manifestée par le fait que rapporte saint Cyrille d'Alexandrie, que le concile de Nicée» après avoir décrété qu'on célébrerait chaque année la fête de Pâques au dimanche qui suivrait le quatorzième jour de la lune de mars, chargea à la vérité T Église d'Alexandrie du soin de faire le comput lunaire» mais en statuant en même temps que cette Église donnerait avis chaque année à l'Église de Rome du jour où tomberait la pàque, pour que celle-ci à son tour, en vertu de Yautùrité qu'elle asur toutes les Églises de Vtmivers^ leur enjoignit à toutes ensemble le jour où il faudrait célébra la fête. Voici les paroles de saint Cyrille : « 11 fut arrêté, du conmiun avis des Saints du synode assemblé du monde entier... que chaque année (l'Église d'Alexandrie) ferait savoii* par lettres à l'Église de Rome le jour fixe de la pâque,afin que Y Église universelte,Tépwaà}Jie en tous lieux, en fût instruite péremptoirement par l'intimation que lui en ferait l'autorité apostolique» (1).

(J) Dans le prologue paschal qui se lit dans BucHEBirs« de

Mais est-ce qtie l'Église d'Alexandrie n'aurait pafS pu faire cette intîmaticm à tout te monde par eUe-mémeî Non, puisqu'idle n'avait pas autorité soar l'ÉgUse vaA^ versdle, autorité qui, comme le déclare k condie de Nicée, appartenait à l'Église de Borne. L'attention da concile à teconnaitre cette prinrafiité a été rappelée par Tempereur Valentinien deois la îNevelle ni, où nous Ksons ces mots :: « Le mérite de saint l^ierre, qui est te prince du collège épiscopal, aussi bien que le rang qu' occupe la ville de Rome , et l'autorité môme «du »int i?y8ode, ont assuré te ipriixaiuté au siège aposto*lique» (1)^ La véritable pensée <ftU'Concile de Nicée» dans le canon précité, ne smmait donc être douteuse. Nous avons rapporté les paroles par lesqueltes te concile œcuménique d'Éphèse avadit déclaré qu'il était

cette nmmére : « ^nctoram tdtliis orbis synodi Tsunsensione d&- « cretvun est ut... per annos singalos Romaïuc Ecclosiœ litteris w (Eccl. Alex.) intimaret, unde apostolicâ auctoritate universa- M lis Ecclesia per totum orbem defînitum paschse diem sine « ultâ disceptatione recognosceret. « Puisque cette autorité apostolique sur l'Eglise universelle, que le concile attribue ici au siège de Ilome, était de nature à lever tout doute, à prévenir toute contestation (sine utlà diseeptaêione], cette autorité a donc une force coaclhreet obligatoire pour toutes 1^ Eglises du monde.

Il) Dans SiRMOND, opp. t. iv, in Censura (Uêsertat, secund, de Eccl. suburbic.y c. n, col. 27 : «< Cùm sedis (ce sont les paro- « les de l'empereur) apostolicœ primatum, sandi Pétri men^ <• tum, qui princeps est episcopalis coronie, et Roman» digni*u tas civitatis, sacrœ ctiam synodi flrmavit auctoritas.»

- 6i4 — forcé par l'autorité du pape Célestin d'en venir à la condamnation de Nestorius. Pour le concile de Chalcédoine, nous venons d'en parler; mais il y a quelque chose de plus à dire sur ce dernier concile : c'est que, dans leur lettre synodale adressée au pape saint Léon, les Pères lui témoignent hautement qu'il est celui « à qui le Sauveur a confié la garde de sa vigne (c'està-dire de toute l'Église) , et qu'il les a présidés dans la personne de ses légats, comme un chef préside à ses membres » (1). Et, en effet, ce pape leur montra bien qu'il avait sur eux tous cette autorité suprême, en cassant et annulant le xxviii* des canons qu'ils avaient portés et qui, pour cette raison, a été regardé comme nul dans l'Église (2).

Je ne dirai rien des conciles qui ont suivi, tant pour plus de brièveté, qu'à cause que je me suis proposé uniquement de présenter les témoignages de rantiquité chrétienne. Qu'ai-je besoin d'ailleurs de parler et du concile de Sardique, qui fut comme un appendice de celui de Nicée, et des cinquième et

(1) Conc, Hahdouin, t. u, col. 665; Labbe, t. rv, col. 833- 834. Voici les paroles du concile : « Qulbus (episcopisj tu qui- M dem, sicut membris caput, prœeras in his qui tuum tenebant « ordinem benevolentiam prœferens... cui vines custodia à Sal- « vatore commissa est. »

(2) Ce canon 28 avait été décrété dans Tabsence des légats, qui n'en curent pas plus tôt acquis la connaissance, qu'ils protestèrent contre; on y attilbuait à l'Eglise de Constantinople la seconde place après celle de Rome.

sixième conciles œcuméniques, ou deuxième et troisième de Constantinople, puisque tout le monde sait que ces conciles professèrent la plus parfaite soumission au pontife romain, comme à leur primat d'institution divine.

Les conciles œcuméniques nous offrent une autre preuve de fait de la primauté d'institution divine qu'ils reconnaissaient au siège de Rome sur toute TÉglise, dans la confirmation qu'ils lui ont tous également demandée de leurs actes, de leurs décisions dogmatiques et de leurs règlements de discipline. Car, en commençant encore par le concile de Nicée pour finir par celui de Trente, nous trouvons qu'ils ont tous demandé cette confirmation pour imprimer à leurs actes leur force et leur valeur. Disons quelque chose aussi de ce que les premiers des conciles tenus nous offrent de particulier sous ce nouveau rapport, puisqu'il n'y a pas même matière de doute sur les autres tenu^ depuis.

Pour commencer toujours par le concile de Nicée, en supposant même que les deux lettres (1) annexées à ce concile, et par lesquelles les Pères demandent et obtiennent du pape saint Sylvestre la confirmation de leurs décrets, ne soient pas authentiques, il est

(1) Ces deiix documents peuvent se lire dans la collection du P. Hardouin, t. J, col. 343 et 344, et dans celle de Labbk, t. ii. col. 58 et 59.

— 6U — certain du moins, par le témoignage de FéUx lU, ou^ pour mieux dire, du concile romain où se trou^ vèrent quarante^eux évéques aous la présidence de ce dernier pape, que lea Pères de Nicée demaudèrent cette confirmation à saint Sylvestre, puisque ce concile de Roâie l'atteste en ces termes : i Les trois cent dix-huit Pères réunis à Nicée» obéissant à cette voix : Tu es Pierre^ s'adressèrent, pour obtenir la confir** mation de leurs actes, à Tautorité de TÉglise ro^ maine » (i). La lettre synodale du concile i^de Ganstan» tinopie, rapportée par Théodaret(2), prouve de même qu^iine semblable confirmation a été demandée aussi par ce second des conciles œcuméniques; et Photius lui-mtoie en fait Faveu manifeste, lorsqu'il dit que c le pape Damase avait eJBfectivement confirmé la profession de foi (du concile de €k)n6tantinople) > (3). Le concile d'Éphèse ensuite non-€eolement demanda la confirmation de ses actes au pape Câestin, mais de

(1) £p. IT : M Domino ad Petrum dicente : Tu es Petrus. Quam «* vocem «equentea trfceoti decem et octo sancti Patres apod « Nicœam congregati, oonfinnationem rerum ad auctoritatem " sanctœ romanœ Eœlesiœ detulerunt. « In epist. synod. Rom. an. 486, collect. de Venise, t. vu, col. 1141; Labbc, t. rr, coi, 1126.

(2) Hist. EccL, 1. V, c. 9, édit. de Valois.

(3) Ep. De Synod, ad Michaelem Bulgar. principem : « Da- « masum pontilicem reipsâ proTossioaein iQdei illorum oonfinna- ** visse, Tsé âluTx xp9(Ti^vuv eyvoift^ttQ avfif^tfx, n Epist. Fhotii , pdit. Montacutii, Londres, 1661, op. i, p, 6.

— Hi7 — plus lui rendit compte dans trois lettres consécutives de tout ce qtfil avait fait, et on voit parla réponse de ce pape aux deux dernières que, tout en confirmant ee concile, il y avait indiqué des choses à réformer, et prescrit en même temps avec autorité la manière dont ils auraient à en exécuter les décrets ; ce que fit en effet avec une ponctuelle exactitude Tempereur Théodose le Jeune (1). Quant au concile de Chalcédoîne, je n*ajouleraî rien à ce que j*aî déjà dit du xxvni* canon de ce concile, qui fut réprouvé par le pape saint I^ow. J'observerai seulement, à Tadresse de ceux qui , comme Planck (2), pour ne parler que des plus modernes, voudraient attribuer au prince la conihsmation des conciles, que Tempereur Marcien suppiia saint Léon de confirmer les actes de ce dernier, pour lever toute difficulté sur ce qui y avait été défini : « Afin, dît le prince, que ceux qui aiment les discordes ne puissent élever aucun doute sur le jugement porté par Votre Sainteté » (8). Et telle était Timportanoe attachée, dans ces beaux siècles du chris-

(1) Voiir Lupcs, Dût. au di. i S^fnoàM emiéra tnigmêkim ke- 4iM; Pagi, not. sur Baronius» aix« 3â2, n. 2 et 3.; Bianchi, Délia polizia ecclesicL$t,y t. iv, p. 568.

(2) Voir RosKOVANi, De primaiu Rom. Pont, Aiigsbourg, J834, p. 939.

(3) Epist. ex, parmi celles de S. Léon, édit. de Ballerini, •col. 1184: M Quamobrcmtua veneranda dignitas decretum quàm

- c«!errimè emittat, quo confirmare ipsam Calchedonensem sy-

- nodiun manifestissimè ostendat, ut si qui exoptant invia di-

iianisme, à ces actes de confirmation des conciles par les pontifes romains, que, faute de cette formalité, on regarda toujours comme des conciliabules le deuxième concile d'Éphèse et celui de Rimini, et qu'on ne consentit à admettre comme œcuménique le cinquième concile général, ou deuxième de Constantinople, que lorsqu'on le vit confirmé par le pape Vigile, J'aurais la même chose à dire des conciles venus depuis, mais sur lesquels je ne crois pas nécesr saire de m'étendre (1).

De nouvelles preuves seraient superflues pour démontrer la vérité de ce troisième point, où nous avions pour objet d'établir le sentiment et les témoignages de l'antiquité ecclésiastique par les actes publics et solennels de l'Église en faveur de la primauté de saint Pierre et de ses successeurs.

Pour trouver, en quatrième lieu, une nouvelle confirmation dans le principe d'action et de vitalité que la primauté du siège apostolique communique à l'Ë- ^ise universelle, il nous suffira de parcourir rapidement les diverses manières dont ce principe se produit dès les premiers temps du christianisme. Et comme ce champ est très vaste à parcourir, nous in-

«> verticula, nullam habere possint suspicionem de judiciis tuip » sanctitatis. »

(1) Ceux qui désireraient voir présentés, dans un ordre chronologique, les documents relatifs à cotte matière, n'ont qu a lut* Zaccakja, ÀntifebroniuSy t. rv, p. 2, c. iv.

— (>i9 — diquerons seulement les principales considérations à faire pour ce qui regarde soit les Églises d'Orient, soit celles d'Occident, soit enfin la chrétienté entière prise en masse.

Dès les temps apostoliques s'offre à notre étude, dans la partie d'Orient et dans la florissante Église de Corinthe, ce schisme fameux pour la répression du(|uel on recourut à l'autorité du pape saint Clément, quoique l'apôtre saint Jean n'eût pas encore quitté la terre ; et, voulant alors remédier au schisme, le pape Clément écrivit, en conséquence, une lettre étendue et pleine d'autorité, qui nous a été conservée.

Peu de temps après s'éleva dans les Églises d'Asie i'

la grande question du jour où il fallait célébrer la fête de Pâques. Les Asiatiques la célébraient, suivant l'usage introduit par saint Jean, le jour même de la pleine lune après l'équinoxe du printemps. Le pape saint Victor ordonna que, conformément à la tradition de l'Église romaine reçue de l'apôtre saint Pierre, on eût* à célébrer cette fête le dimanche d'après ce jour, tant pour le bien de l'uniformité que pour ôter aux chrétiens la tentation de judaïser. Ce décret occasionna de grands troubles; saint Polycarpe luimême fut envoyé à Rome auprès du pontife pour lui attester la tradition laissée par saint Jean, dont il était disciple ; mais il n'obtint rien du pape Anicet. Victor, allant plus loin, non-seulement tint ferme.

mais menaça même d'excommunication (1) les Églises qui faisaient difficulté d*obéîr. Saint Irénée se fit médiateur (2). Mais enfin il fallut céder, et le concile de Nicée confirma le décret pontifical, comme nous l'avons déjà rapporté.

Le grand Denis, évêque d'Alexandrie, étant devenu suspect à son peuple de tenir un langage hétérodoxe, l'affaire fut portée à saint Denis, pontife de Rome, et révoque suspecté fut obligé de se justifier par une apologie (S).

Paul de Samosate, évêque d'Antioche, fui condamné pour sa doctrine impie; mais, fort de Tappui qu'il trouvait dans ses partisans, il refusa de se soumettre à la sentence que le concile assemblé à son sujet avait portée contre lui. On eut recours, pour Pcxécution de la sentence, à l'empereur Aurélien, qui, dans ce moment, se trouvait en Orient pour son expédition entreprise contre Zénobîe, reine de Palmyre. Or, telle était la conviction que les païens eux-mêmes avaient de la primauté des évêques de Rome sur le

(1) Eus^BB, ffUt. eccl.y l IV ; CoUat. Iren. contr. horal,, l m, c. 3, édit. de Maavuet; S. Jér<»ne, DevirU iU.f ç. 17.

(2) EusÈBE, Ub. V, c. 24.

(3) Après avoir écrit quatre livres contre SabeHius, il fut obligé d*en écrire quatre autres pour se défendre lui-même auprès de S. Denis, évêque de Rome, devant ieqiiel il était aocuaé d'bétérodoxie. Voir S, Athakase, op. t ^ £p, de sentenUd Dionysii; et De Magistrls^ préf. sur les ouvr. de ce même Denis, p. 12 et suiv.

reste d^ TÉgUse, que Tempereur pronœiça qu'il fallait déféver Taffaire à Tévêque de Rome ; et comme ce dernier avait eoadamné Tévéque hérésiarque, il fallut que celui-ci se retirât de son siège épiscopal cl'Antioche (1).

Cette même primauté des souverains pontifes sur les Églises d'Orient se démontre encore par tes condamnations qu'ils prcMioncèrent à différentes reprises contre les hérésies qui s'étaient élevées dans ces con* trées, telles que celles de Théodote, corroyeur de Byzance (3), des cataphrygiens (&) et de beaucoup d'autres, ainsi que par les dépositions qu'ils prononcèrent contre plusieurs évèques d'Orient, et partieu** lièrement des sièges d'Antioche^ d'Alexandrie et de Constantinople (4).

Les actes de souveraine autorité des pontifes ronudns sur les Églises d'Occident ne sont pas moins célèbres. La fondation de toutes ces Églises est due à saint Pierre et à ses successeurs, comme le témoigne f»xpressément, outre Tertullien et saint Augustin par rapport aux Églises d'Afrique, le pape Innocent T

|l) Voir EusÈBE, Hiit. eccLy \. vu, c. dO; BoesuBT, IHsc, sur HiisL utiw.\ Fleury lui-même, Hki. eccLy 1. vm, o. 8.

(2) Voir EUHÈBB, 1. V, c. 23.

(d) /&M. 1. IV, c. 97,

{4] Voir ZàCCAfiJA, Antiftbnmusy t. ni, 1. ii, c. % où l'on trouvera une longue liste de oe9 évéquee condamnés par les pontifes de Rome.

— 6r>2 — par l'apport à toutes celles d'Italie, de Sicile, d'Espagne, des Gaules, etc. (1). Dès le ii* ou le m* siècle, on vit se fonder par les soins du pontife romain les Églises de la Grande-Bretagne (2). Un autre fait, spécial pour l'Afrique, est celui que nous ofire la controverse des rebaptisants. Tout le monde sait avec quelle force le pape saint Etienne s'opposa à saint Cyprien et à tout son concile, les menaçant même de les excommunier s'ils ne se rendaient à sa décision. La condamnation des montanistes par les pontifes romains nous est rapportée par Tertullien lui-même (3), et celle des novatiens par ces mêmes pontifes nous est attestée non - seulement par la lettre du pape saint Corneille à Fabius d'Antioche, mais par d'au-

II) Epist. ad Décent. Eiigub., dans D. Coustant, Epistoist liom, Pontif.

(2) Voir le V. Bêde, Hist. eccL Angl.^ 1. i, c. 4, t. u, édit. de Baie, 1563. Ces Eglises avaient déjà été mentionnées par ErsÈBE, Deni, ev^ang., c. v, et avant lui par Tebtullien qiii, dans son livre Adv. Jvd,y c. vu, dit ces paroles remarquables : « Hispaniarum omnes termini, et Galliarum divers» nationes, '< et Britannorum inaccessa Romanis loca, Christo verô subdita " sunt. "

13) Lib. adv. Prax., c. i, où il dit de Praxéas : « Idem tùnc •• -episcopum romanum (Ânicetum) agnoscentem jam prophe- » lias Montani, Priscse, Maximillse, et ex câ agnitione pacem » Ecclesiis Asiœ et Phrygiœ inferentem, falsa de ipsis prophe- » lis et Ecclesiis eorum adseverando, et prœdecessorum ejus •« auctoritates defendendo, coegit et litteras pacis revocare jam » cmissas et à proposito recipiendonim charismatum conces- " snrc. " Voir sur ce passage les notes de Rigault.

— 6r;:j — très anciens écrivains ecclésiastiques (1). Et c'est ainsi qu'il en a été de toutes les autres hérésies d'Oc- <?ident, réprouvées et proscrites par le Saint-Siège aussitôt qu'elles venaient à paraître (2). L'autorité souveraine exercée par les papes sur tous les évoques des provinces occidentales est un fait si notoire, qu'il n'est révoqué en doute par personne*

Enfin, si nous voulons étendre nos regards à l'Église universelle tout entière à la fois, l'autorité dos souverains pontifes exercée sur elle, en vertu de la primauté inhérente à leur siège de droit divin, nous apparaîtra en traits lumineux dans les recours et les appels faits au siège de Rome à toutes les époques et de toutes les parties de la chrétienté. Quelques efforts qu'aient pu faire les ennemis du siège apostolique pour le dépouiller de ce brillant privilège (3), ils

•1) Voir la lettre de S. Comeille à Fabius, évéque d'Antioobe, dans YHisioire ecclésiastique d*£usèbe, 1. vi, c. 43. Lire aussi dans S. Cyfhien les lettres 47, 48 et 49, édit. de Baluze.

(2) Voir Zaccakia, ouvr. cit., t. m, 1. 1, part, ii, c. 3.

(3) Outre les hérétiques des derniers temps, tels que Calvin, Marc-Antoine de Dominis, et plusieurs autres aussi hostiles aux appels à faire au Saint-Siège, il n*a pas manqué même de cutholiques qui les ont attaqués , soit ouvertement, soit du moins d^une manière indirecte, ehtre autres Noel-Alexandre, qui les soutient il est vrai, mais sauf la supériorité des conciles oecuméniques au-dessus des papes, dans sa dissert, xxvin, in S8PC. IV, prop. 3, n. 4. Mais celui qui s'est surtout signalé dans ce genre, cVst DUPIN, dans sa diss. De antiquà EccL discip.,

n'ont pas réussi à effacer de l'histoire les appds de saint Euslathe^ de saint Athanase^ de saint Jean Ghry^ sosttoie, de saint Flavien, de Théodoret et de Pierre d'Alexandrie en Ofient(l), sans parler des autr^qvd ont précédé et des autres qui ont suivi, ni ceux que fK rent, pour TOccident^ Portunat éi Félicissime d* Afrique au temps de Gyprien, Basilideet Martial d'Espagne, Chéiidoine des Gaules, pour ne rien dire de ceux de Sagittaire, de Sidoine, d' Apiarius et de tant d'autres, dont ont parlé au long ceux qui ont écrit sur cette matière (2). Il suffit pour mon dessein d'avoir simplement signalé ces faits, qui font voir l'autorité exercée sur toute l'Église par les pontifes romains dès les premiers temps du christianisme, et avant comme après

le concile de Sardique, quoi qu'il tn soit des questicms

qui remplit tout le vol. vin de ses œuvres. Je pourrais en dter d'autres encore.

(1) Voir sur ces appels Roskovaky, op. cit. De primat, ikm. Ptmt.j où ils sont défendus avec vigueur, p. 5Ô et siiiv., contre Dupin, Pîanck et d'autres ennemis, tant anciens que modernes, de la primauté du siège de Rome. Sur Tappe! en particulier de S. Athanase, contre lequel les ennemis des papes ont tourné leurs batteries, voir McsHilEia, Àt^kmoie h Gmnd el «m siècle^ t. n, 1. rv.

(2) Voir Zaccaaia, op. cit. 1. m, c. 3, où il traite, par ordre chronologique, de ces appds et de plusieurs autres, à commencer par ceux de Marcion, de Frivat et d'autres de tous les pajs, et en soutient le principe par des ai^ments invincibles. Voir aussi RosKOVANY , op. et loc. cit.; BAiXERiNt, opp« 5. LNh niSy t. II.

élevées au sujet des trois célèbres canons de ce concile relatifs aux appels (1). La même autorité exercée par les souverains pontifes parait dans les causes dites majeures, qui ont été réservées au Saint-Siège dès les temps les plus reculés (2) ; dans les légations faites au nom de ces mêmes pontifes sur tous les pointe du globe où il en était besoin ; dans les envois de vicaires apostoliques avec des pouvoirs extraordinaires pour le bien de diverses Églises particulières (3).

(1) Sur ces canonA dont on a fait tant de bruit, voir Mârcusm, // concUio di Sardiccy in*S, Rome, 1789.

(2) Qu'il me suffise de rapporter ici les paroles suivantes du pape S. Innocent I, dans la lettre à Victrice, évéque de Rouen : « Si quœ causœ, vel contentiones inter clericos tàm superioris m ordinis, quàm etiam inférions, fuerint exortas, ut secundùm u synodum NicœDam congregatis ejuadem provincie epiaoopis, «< jurgium tei-minetur, Dec alicui liceat, sine prxjudicio tamen « Romanx EcclesiXy ad débet in omnibus causis reverenUa u custodiriy relictis hiâ sacerdotibas, qui in eâdem provinciâ u Dei Eoclesiam nutu divine gubemant, ad alias convolare proé* vincias. Si autem majores causœ in medio fuerint devolutœ, « ad Sedem Apostolicam, sicut synodus statuit, et vêtus con- « suetudo exigit, post judicium cpiscopale referuntur. »♦ Les causes appelées majeures par Innocent I sont celles que 9. Léon le Grand appelle majora negotia H dificiliorm causarum exitus (Epist. xu ad ep. Thess.), et Pékge II, dificiliores qu»s(Ufnés (Epist. ad Joann. épisc.).

(3) Gibbon lui-même, dans son Hist. de la décadence^ etc , c. XVI, avoue que Leclerc et Mosheim ont de la peine à se tirer des passages des anciens Pères allégués en faveur de la primauté romaine; puis il ajoute : •• iMais le stjle libre et oratoire

Tirons donc cette conclusion : qu^il est de fait historique qu'à toutes les époques les pontifes romains ont exercé, en vertu de leur primauté, une autorité, un pouvoir suprême sur toutes les Églises, tant de TOrient que de l'Occident; que l'action vitale de la papauté s'est développée en tous sens, et que par conséquent sa suprématie a toujours été reconnue de tous les chrétiens, et que tous également lui ont rendu une soumission pleine et entière, sans que jamais personne ait réclamé ou ait crié à l'usurpation, si ce n'est qu'on veuille compter comme faisant exception quelques hérétiques et quelques schismatiques.

Il me reste, pour atteindre mon but, à traiter le dernier des points que je me suis proposés, qui est de faire voir que la primauté conférée par Jésus-Christ h saint Pierre, et dans sa personne à tous ses légitimes successem's pour tout le temps que l'Église doit durer, donne seule la clef pour expliquer l'histoire, qui sans elle serait inintelligible, et le fil propre à servir de guide pour sortir d'un labyrinthe qui sans cela n'aurait pas d'issue. Il en est de l'ordre moral et religieux à peu près comme de l'ordre physique. Faites seulement abstraction du soleil, centre commun de notre système, vous ne pourrez plus expliquer la gravîta-

(Ic CCS passages paraît souvent favorable aux prétentions de Rome. *' Paroles d'un grand poids dans la bouche d'un incrédule.

tion des planètes autour de lui, et le grand principe de Tattraction universelle ne pourra plus en rendre raison, pas plus que d'autres phénomènes sans nombre qui deviendraient autant de problèmes insolubles, au moins dans le système actuel, puisqu'ils manqueraient d'une donnée sûre et certaine; tandis qu'au contraire, ce centre commun supposé, tout s'explique et devient clair. Or, telle est la primauté de Pierre et de ses successeurs, en regard avec les faits qui composent l'histoire de l'Église. C'est de quoi nous allons nous convaincre en passant de nouveau en revue ces mêmes faits, quoique déjà touchés pour la plupart, mais qu'il nous reste à considérer sous ce nouveau rapport.

Je rattache à cette primauté tout ce que les pontifes romains ont entrepris ou exécuté dès le berceau du christianisme dans toutes les Églises d'Orient et d'Occident; leurs interventions dans les patriarchats d'Alexandrie, d'Antioche, et à mesure que de nouveaux patriarchats venaient à être créés, dans ceux de Jérusalem et de Constantinople : interventions accompagnées de coaction, ou de menaces, ou de dépositions ou de réhabilitation, selon que pouvait le requérir l'affaire dont il s'agissait. Je rattache à cette même primauté l'autorité exercée par les papes sur les conciles œcuméniques, par rapport soit à leur convocation, soit à l'acte de les présider, soit h celui de les confirmer solennellement : autorité non de

«impie direction, comme quelquesruufi l'ont préteiMUi, mais de juridiction ou de eupréooatie, pDÛiqu'Jl y a de cee conciles que TÉgiiee tout entière a réprouvés <^.oinfne autant de conciliabules pour le seul fait de n'avoir pas été ou convoqués, ou présida, ou confirmés par le aiége apostolique, quoique ces conciles fussent très nombreux en eux-mêmes, oomme le se* cond d'Êphèse, connu sous le nom de brigandage d'Éphèse, et cetui de Rimini {i) ; autorité m vertu de laquelle oitf été annulés des canons auxquels des eonciles genoux tout entiem avaient «ousorit, comme le vingt-huitième da Chalcédoine dont mus parUons il n'y a qu'un moment; autorité qui dictait aux coo* ciles la formule même de fqi qu'ils avaient à sanc-

(1) Saint Damase atteste ce fait du concile de Rimini, epist. m, t. I, Epist. Rom. Pont. y p. 489, par ces paroles : « Neque enim « prejudidum atiquod naici potutt ex numéro eorum, qui apud M Arîminum poQvenerunt : nam constat neque romaïuun épis-

• copum (Liberium), ciijuB ante omnes fuit e^cpetenda scn- » tentia.. . hujusniodi statutis consensum aliquem comroodasse. •• Sur le conciliabule d'Ephèse ensuite, nous avons le téiDOÎgiMige

' de S. OéLASE consigné dans 9a lettre aux évoques de Dardanie : u Itemque s^ctum Flavianum pontificem Grœoorum congrew gatione damnatum paiû tenorc, quoniam sola Scdes Apostolica « non consensit, absolvit : potiùsque qui iliic receptus fuerat.

• Diosooram, aecundas Sedis prasulcm sut auctoritate dampa* ** vit, et impiam synodun non OûosentieBdo sola subniovii. ■• 0pp. S. Lj^nis, éd. Bail., t. m, col. .352. Ce qui est conforme à ce qu*a écrit Socrate, lib. u, c. 8 : «Ecclesias non posse ca- M nonizare (novas constituere régulas) absque sententiâ Episeopi « romani. •*

tionner, avec défense sous les peiaes les plus rigoureuses de s'en écarter même d'un seul point, comme saint Léon et saint Célestin en ont donné des exemples (1).

A cette même primauté d'institution divine je rattache les appels et les recours au Saint-Siège pratiqués en tout temps, en tous lieux, et de la part de personnages de toute condition, soit prêtres, soit évéques, soit patriarches opprimés, âoit de la part de simples fidèles ou de simples individus, soit de la part de corps entiers d'évéques. Nous avons déjà parlé de ces objets. Les sentences prononcées par les pontifes romains, à la suite de ces appels, ont eu leur exécution, et quelquefois même de la part de très

[1) Ydci quelles furent les instructions données par S. Célestin à ses légats, epist, xvii, 1. 1 Ep. R, P. : **Ad fratrem et coepUcopum iiottrum Cyrillum (S. Cyrille d'Alexandrie avait été institué son prindpel légat au concile d'Ephése) eonsiUum ee»trum onme cmwerlUe, et guidquid in t^fus videritit arbUréo facietis, et auctoritateni Sedii ÂpeêtoUe» cuHodiri debere mandamus, SigtUdem ùtstructUmeê, quœ vobû tradUm nmt, hoc loguuntur, ut intéresse canvenM debeatis, non subire certamen. *» Ces instructions furent suivies de point en point par les légats conune par le concile lui-même. S. Léon à son tour écrivait dans les termes suivants à ses légats au concile de Cbalcédoine, ép. Xl, col. 1064, édit. de Ballerini : ** In preesenti u ^ynodo fidem quam beati patres nostri ab apostolis sibi tradiu tam prsdicârunt , non patiamini quasi dubiam retractan. •» Il faisait ici allusion à sa lettre à Flavien.

puissants princes, quelque pénible ou humiliant que cela fût pour eux (1).

A cette primauté je rattache les définitions en matière de foi, reçues de toute l'Église comme règle de croyance, et comme principe pour discerner les catholiques d'avec les hérétiques ou les novateurs, indépendamment de tout décret de concile.

Primauté reconnue, et par les particuliers, et par les provinces entières, et par les conciles même œcuméniques, ou par ceux-là mêmes qui avaient le plus d'intérêt à la nier, s'ils avaient eu le pouvoir de le faire (2), Primauté proclamée à la face de toute l'Église par une longue suite de pontifes se succédant les uns aux autres pendant plusieurs siècles, comme l'héritage qu'ils avaient reçu en leur qualité de successeurs du prince desapôtres,qui lui-même l'avait reçu conune un dépôt de Jésus-Christ (3) ; proclamée aussi

(1) Comme il arriva par rapport à Tempereiir Arcade et à son épouse Eudoxie pour la réTocation de la sentence d'exil portée contre saint Jean Chrysoetôme.

(2) Voir ep. S. Leonis xcm, édit, cit.; et Conc, édition de Venise, t. vi, col. 579-582.

(3) n suffira de rapporter id le passage suivant de la lettre du pape Adrien au patriarche Taraise, qui fut lue et accueillie avec soumission par le 2« concile de Nicée. Après avoir cité le texte: Tues Petrus, etc., le pontife ajoutait : « Cujus sedes in omnem « terrarum orbem primatum tenens refulget, et caput omnium ** Ecclesiarum Dei consistit. Unde idem B. Petrus apostolus « Domini prœcepto pascens Ecclesiam, nihil dissolutum dimisit,

par leurs représentants, de la manière la plus solennelle, et au milieu des conciles généraux, et dans bien d'autres circonstances (1) ; proclamée enfin par le concert unanime du monde chrétien, sans qu'aucune voix osât s'élever pour la contredire.

A cette primauté se relie encore le soin empressé qu'on témoignait de tous les points du monde chrétien de se maintenir en communion de foi et de charité avec le siège de Rome, à cause de l'absolue nécessité où l'on savait bien que l'on était de tenir et de professer la même foi, comme d'appartenir à la même comnaunion, si l'on voulait faire partie de l'Église catholique, de l'unité catholique, du corps enfin de Jésus* Christ. A cette primauté renouons aussi la profession solennelle faite par toutes les Églises, tant de l'Orient que de l'Occident, de regarder comme hérétiques ou schismatiques tous ceux qui ne professeraient pas la foi et ne resteraient pas dans la communion du siège de Bome (2)* A cette primauté se renoue, en un mot,

« sed tenuit scmpcr et retînet prîncipatum. n ConCy édit. de Venise, t. xii, col. 1081.

(1) Voir Zaccaria, op. cit., t. n, dissert. 2, c. 4.

(2) Ceci fait allusion au formulaire d'Hormisdas rappoHé plus haut, et qui fut souscrit per tous les évêques, tant de TOrient que de FOccident, ainsi que l'atteste Bossuet lui-même, Defens. decL Cleri Gallic., 1. x, c. 7, par les paroles suivantes : M Atque hœc professio ab Hormisdâ pontifîce dictata, ab omni- «« bus episcopis orientalibus, eorumque antesignanis constanti- •• nopolitanis patriarchis est recepta. Quâ de rc occidentales

tout ce qui, dans le cours des siècles, a été fait par les pontifes romains dans toute la chrétienté , soit pour ce qui concerne la foi, soit pour ce qui intéresse la discipline, et qui emporte avec soi la sonreraine autorité de gouvernement et la plénitude de juridiction sur toute TEgliae.

Admettant une fois Tinstitution divine de la primauté dans la personne de Pierre et de ses succès* seurs, nous expliquons sans peine toutes tes classes de faits que nous venons de mentionner, nous en apercevons la raison, nous les voyons sortir comme des effets de leurs causes. Cette primauté, au coiH traire, supprimée, nous nous trouvons dans d'épaisses ténèbres, nous ne pouvons plus nous rendre compte de phénomènes si variés, si multipliés, si solennels. Ce ne sont plus que de pures éventualités, et tout cet ensemble harmonique que nous avions admiré se dissout ou ne nous apparaît plus que comme l'effet du hasard. Or, quel homme doué de sens commun oserait affirmer ou même soupçonner cette absurdité? S'il y aurait folie à former un s^onblable jugement sur un ouvrage physique ou mécanique, sur une horloge, par exemple, pourquoi ne regarderaiton pas comme atteint de folie celui qui le penserait

•« ^ûMX)pi« maxime gallican! multùmoHkBtantur : ut oertumat « Aaiic iormulam à totâ Ecdesiâ oomprobatam. Eamdem fiden « Justinianus imperator ad S. Agapctum pi^Nun iteratta Tioiim» • miitit. •

d*an organisme moral, si j'ose ainsi parler, si compliqué? et ce serait même avec d'autant plus de rai*^ son, qu'on doit prendre en considération le penchant nature) de chacun à l'indépendance, les jalousies nationales, l'entêtement à ne pas vouloir céder, le désir de la supériorité et de la domination, et mille autres ressorts qui ont tant d'action sûr le cœur de rhomme.

Pourquoi un semblable fait ne s'observe-tr-il pas dans tant d'autres illustres métropoles de l'antiquité : dans le siège patriarchal de cette ville d'Alexandrie, qui rivalisait en grandeur et en popula^ tion avec la ville de Rome; dans celui d'Antioche, où saint Pierre s'était fixé d'abord, et, ce qui favoris^f. davantage encore notre thèse, dans le siège épiscopal de Constantinople, de cette ville qui s'était élevée sur l'abaissement de l'ancienne Borne? Il est vrai que cette Rome nouvelle, subissant dans les temps du moyen-âge les caprices de ses évêques lassés du de^ voir de la soumission que leurs prédécesseurs avaient rendue au pontife romain, prétendit à la fin en être indépendante; mais après tout, elle ne porta pas ph» loin de ce côté-là ses prétentions. Plusieurs de ses évêques aspirèrent, c'est vrai, à exercer leur demi-* nation sur toutes les Églises qui faisaient partie de Pempire byzantin ; mais aucun cependant n'eut le courage d^âspirerau gouvernement de la chrétienté entière, aucun d'eux n'eut jamais la hardiesse d'étendte

— M4 — son autorité au-delà des provinces soumises à leurs empereurs; tandis qu'au contraire nous voyons les pontifes romains étendre et exercer leur pouvoir primatial au dedans et au dehors des limites deTempire romain , en Orient et en Occident , avant et après l'agrandissement et l'élévation politique de la ville de Constantinople ; nous voyons à diverses reprises les patriarches de ces métropoles recourir dans leurs dangers, ou dans les dangers que courait la foi, à l'évêque de Rome.

Par là nous sommes allés au devant de l'objection qui pourrait faire illusion à quelques-uns, savoir que le pouvoir des papes aurait pour origine la condition politique de Rome païenne, capitale autrefois de l'univers. Pour ne rien dire des autres considérations qui se présentent à nous, et qui nous montrent au contraire le pouvoir des papes, de l'avis unanime de l'antiquité , avoir pour toute cause la primauté de saint Pierre , nous dirons à ceux qui nous feraient cette difficulté : S'il en était ainsi, le pouvoir des évoques de Rome aurait dû cesser du moment où la puissance de Constantinople, comme un autre soleil, s'est levée sur l'horizon politique; et cependant jamais peut-être l'autorité de Rome chrétienne n'a brillé d'un plus bel éclat qu'à l'occasion de cette nouvelle capitale même, conmie on le vit dans l'affaire de saint Jean Chrysostôme, dans celle de Nestorius, dans celle de Flavien, et plus tard à l'occasion du schisme

d'Acace. Et d'ailleurs, ceux qui nous font cette objection ne sont-ils pas ces mêmes protestants qui nous disent que la puissance des papes s'est accrue en raison directe delà décadence de l'Empire? N'est-ce pas eux qui nous, répètent que c'est au temps du moyen-âge qu'il faut marquer l'époque des usurpations papales? Et c'est ainsi qu'ils pulvérisent euxmêmes à leur insu la difficulté qu'ils voudraient nous opposer.

Mais pour éclaircir davantage ce raisonnement, et lui donner un degré d'évidence tel , qu'à moins de fermer volontairement les yeux, on ne puisse s'empêcher d'en être frappé, développons-le sous une autre forme. L'anglicanisme, et en général les protestants de toute race , s'accordent à rejeter la primauté du pape comme une usurpation sacrilège, et comme un attentat à la liberté de l'Église, telle qu'elle nous a été donnée par le fondateur du christianisme. Tout au plus accordent-ils au pontife romain une primauté d'ordre et d'honneur (i) , une primauté qui se réduirait à Une concession que l'Église lui aurait faite en considération de l'antiquité et de la noblesse de son siège, mais sans y être obligée (2) ; ou bien enfin qui

(1) C'est ce que cherchent à prouver, d'accord avec les hétéix)doxes , DUPIN dans sa dissert, rv déjà citée , et Santer dans l'ouvi\ intit. Fundam, jurU ÊccL cath.j 1 1.

(2) C'est le sentiment des Grecs schismatiques, qui se fondent sur les canons 2 et 28 du concile de Cbalcédoine ; mais vaine-

serait due à quelque ordonnance impériale (i) ; car telles sont les hypothèses qu'ils mettent en avant (2). Or, quel est le résultat de semblables opinions? (Quelles sont les conséquences pratiques qui en découlent? Il en résulte que le pontife romain ne peut plus exercer de fait aucune influence sur ces ccmmraoions séparées ; que les communions non catholiques ne souffrent plus que Tévêque de Rome, conmie elles se

ment , comme te démontre Roskotany, op. dt. § 37, en s'appuyant sur S. Léon même.

(1) C'est ce que disent les protestants, qui en donnent pour premier auteur , les uns Constantin , les autres Valentinien m- Mais ils trouvent leur démenti dans les documents soit ssMrieurs, soit postérieurs à ces princes»

|2) Pour donner une idée de la fureur des protestants coain le pontificat romain, qu'il me suffise de rapporter ce que n*a pas craint d'écrire PowEL, calviniste angkis : » Deum sanctè testor <' tam cert6 me scire Pontificiam Ecclesiam esse Antidiristi « synagogam, quàm Deum esse incœlis, Creatorem Tisibilium.* Le synode de Vaping, tenu Tan 1603, a défini, art. 51, que « le pape est l'antechrist. » Puis le synode de La Rochelle de Tan 1607 a ajouté : « Hic articulud, tanquam verissimus, confonnis » Scriptur», et lis quie vidcntfir clarè impleta, inseratur in om- »• nibus fidei confcssionibus de bovo impiimeDdis» » Voir Ros- KoYANY, op. cit., not. 146. Oh! que Tom Green, quoique protestant lui-même , a eu raison de dire r « Le premier pas qu'on fait \your s'éloigner de l'Eglise ramaine est aussi le premier pour arriver au point où Ton perd la foi! » Voir Êxtraiit of the Diary of a laver of literature^ p. 20, Ipswick,* 1818. Aucune de ces sectes qui s'éloignent de l'Eglise romaine n'a consenc la foi : toutes elles se sont plongées plus ou moins dans le plus abject rationalisme. Cest ainsi que Dietr les a punies.

— «67 — plaisent à Tappelei*, si elles ne Tautragent même par des épithètes flétrissantes et injurieuses, s'ingère en rien dans leurs actes, dans leur organisation ; qu'elles se montrent jalouses jusqu'à la superstition de maintennr contre toute usurpation yenant de lui les droits qu'elles réclament pour elles-mêmes. Et, non contentes de cela, on les voit déployer une hostilité décidée, une haine, un délire, une fureur permanente contre le siège de Rome, et pour soulever, quand elles le peuvent, les peuples et les gouvernements contre les catholiques, elles n'ont pasd'épouvantail plusefficaceà leur présenter dans ce but que de crier à Y invasion papale, h l'usurpation ou aux envahiss^fnents d'un prince cagot ou d'une puissance étrangère, etc.

Que telle soit la suite des idées et des faits chez toutes les communions anti-catholiques ou qui méconnaissent la primauté de juridiction d'institution divine, c'est une vérité qui n'a pas besoin de preuve. Les libelles que publient journellement, en matière religieuse, les écrivains protestants de bas étage, en sont la démonstration évidente. La conduite des princes schismatiques ou hérétiques dans leui^ États la confirme encore bien davantage. Pour ce qui concerne en particulier la soi-disant Église anglicane , vous n'avez qu'à le demander aux lords John Bussell et William Palmerston , aux deux chambres du parlement britannique et h leur Bill sur les titres dôfinés aux évoques catholiques de l'Angleterre par

VÉvêqtie de Rome^ et ils vous répondront ce qu'ils en pensent eux-mêmes.

Jetez ensuite les yeux sur ces insectes qui protestantisent à l'entrée de l'Italie, sur ces vils rédacteurs de journaux plus vils encore, qui font écho aux docteurs anglicans et protestants par leurs déclamations, par leurs attaques furibondes, par tous leurs impudents écrits, et ils vous diront aussi là-dessus leur pensée. Je me tais sur les Grecs schismatiques, sur les menées du gouvernement russe, la chose parlant ici d'elle-même.

Comparez maintenant ces procédés théoriques et pratiques des communions non catholiques avec la théorie et la pratique observées dans toute l'antiquité chrétienne, et vous apercevrez d'un coup d'œil la différence qui existe de celles-ci à celles-là. Car Fantiquité chrétienne, par ses actes publics, solennels, universels, nous fait envisager, d'une part, la primauté romaine comme le principe moteur de la vie et de l'action répandues dans tout le corps de l'Église de Jésus-Christ, comme le courant électrique qui la pénètre et la met en mouvement, comme le principe régulateur, comme le chef qui commande à tous les membres, comme le centre d'où partent les rayons qui illuminent toute la chrétienté. De l'autre part, elle nous met sous les yeux la soumission, la vénération, l'obéissance de tous les membres de l'épiscopat, le respect, la déférence des empereurs chrétiens non

infectés d'hérésie ou de schisme, Témulation que montraient tous les princes à honorer la chaire de saint Pierre, le soin jaloux, Fempressement inquiet de tous les fidèles à se tenir étroitement unis au siège papal pour ne pas être entraînés, en fait de croyances ou de communion, hors de Funité qui trouve là son principe et sa source ; elle nous fait connaître l'attachement de tous les saints à ce siège vénérable qu'ils ne cessent d'honorer par tous les actes de leur vie, et jusque dans le moment solennel de donner à Jésus* Christ par le martyre le témoignage de leur sang; elle nous fait voir des assemblées entières d'évêques, soit provinciales, soit nationales, soit même œcuméniques, saluer dans le pontife romain le pasteur des pasteurs, le père des pères, le chef principal du troupeau (1). Elle nous montre, en un mot, tous les rayons convergeant vers leur foyer, tous les différents ordres qui composent F Église gravitant vers ce centre commun, la chrétienté tout entière, dans tout ce qu'elle a de vie, rivalisant de zèle et de fidélité à l'égard de ce chef suprême.

Ici donc point de milieu : ou il faut dire que cette

(1) Voir une belle énumération de ces titres donnés au pontife romain par les anciens Pères, par les conciles, par les saints do tous les temps, dans l'ouvrage de Raynaudi, intit. Corona aurea super caput rom. Ponti/iciSy opp. t. x, p. 90 et suiv. ; et dans le Cours de droit canon de M. Tabbé Andbé, t. iv, p. 294 et suiv , édit. de 1853.

— tno — manière d'agir comme de penser se fondait sur la foi à la primauté d'institution divine transmise de Pierre à ses successeurs, ou il faut dire qu'elle était appuyée sur une persuasion toute contraire. Hais cette dernière supposition serait absurde autant que arbitraire, et là conduite opposée des communions non catholiques qui rejett^it la primauté le démontre suffisamment ; on doit donc de toute nécessité admettre la première. Mais, s'il en est ainsi, alors, à moins de vouloir supposer, avec encore plus d'absurdité, que l'antiquité chrétienne s'est égarée dè^ le premier pas, et qu'ensuite elle est restée dans son égarement pendant toute une durée de dix ou de quinze siècles, nous devons inférer que ce sont les sectes non catholiques qui ont elles-mêmes dévié de la vérité, et qui sont dans l'erreur en théorie comme en pratique* C'est là une démonstration de fait historique et palpable, contre laquelle viennent échouer toutes les arguties des raisonnements humains.

Reprenons maintenant le fil de notre raisonnement. Si Pierre, avec ses successeurs à popétuité, est, en vertu d'une institution divine, le fondement visible du royaume visible de Jésus-Christ sur la lerre; s'il est le centre de l'Église entière instituée par le Sauveur, la condition essentielle à rétabtissement et au maintien de l'unité, spécialement en matière de foi, il s'ensuit que la primauté de Pierre et de ses successeurs est essentielle à la règle de foi

— «71 — catholique : essentielle, parce qu'elle en CvSt le principal organe; essentielle, parce que la foi des niembres ne peut pas être différente de celle du chef; essentielle , parce que Fédifice de TÉglise, en tant que visible, s'appuie tout entier sur ce fondement, assuré qu'il est de ne pas tomber en ruines tant qu'il portera sur une telle base.

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