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vinité de Jésus-Christ que son humanité (1). Et c'est ainsi que l'Église a su répondre à toute espèce de novateurs, en les accablant de son autorité, qu'elle Ifeur a opposée avec confiance comme un rempart invincible. Elle ne s'est pas contentée d'empêcher les mauvaises herbes de prendre racine avec le froment ; mais elle les a arrachées, les a déracinées, en cottdamnant et les inventeurs impudents, fet les propagateurs, et les partisans des nouvelles doctrines. C'est ainsi qu'elle a traité Hyménée, Philète, Alexandre, Simon, Cérinthe et tant d'autres.
Qu'on ne dise pas que les faits que nous venons d'alléguer se rapportent aux apôtres, ou seuls à part, ou assemblés et réunis en concile. Car puisque nous avions à parler de l'Église dans ses commencements, qui pouvions-nous citer, si ce n'est les apôtres, qui donnaient à l'Église par leurs actes la forriié qu'elle devait ensuite conserver et développer dans les siècles à venir? N'étaient-ce pas les apôtres qui constituaient alors l'Église enseignante? N'était-ce pas la manière dont ils se conduisaient qui servait d'instructions ou de modèle à ceux qu'ils établissaient chefs et pasteurs des communautés chrétiennes nais-
(1) ÊusÈBE, 1. III, c. 24; Clém. D'Alex, dans Eusèbe, 1. vi, c. 14; S. Jer, De viris, c. 9; Caius Rom., ou Tauteur très ancien du fragment recueilli par Muratori; S. AUG. De consens, erang. 1. i, c. 4; S. Epipii. //«r. 51, et Petau, § 19, outre S. IRÉNÉE et d'autres encore.
santés : je veux dire, aux évêques qui, héritiers de leur sollicitude pastorale comme de leur autorité, étaient apt)elés à prendre leur place et à continuer ainsi leur ministère? Et en eiîet, qtielles autres instnicUons l'apôtre dofanait-il à Tite et à Timothée, ses disciples, que de veiller attentivement à conserver pur et imîolable lé Sacré dépôt qu'il leur avait confié (1)? Quelle autre recommandation faisail-il aui évêques de TAsié-^Minfeure réunis à Milet, qtie d'apporter là mêlué Vigilance à etripêcher les loups ravissants de pénétrer avec leurs doctrines perverses et de dévâstei^ lëuf troupeau (i)ï Or, comment bes évêtliies aùtTaient-ils ^JU Hiëlti-è à fekécution cet àvië dé l'apôtre, si ce n'est ëil oppësâlil aux novateurs dôilt il s'dgiiSsait la saiiië doctrine qu'ils avaient reçue dé lui, èl eii cotidamnaht les pernicieuses nouveautés qui cherchaient à s'iiltroduirë, c'est-à-dire, en Usant de l'autorité que Dieu même leur avait communiquée par le moyen des apôtres?
Ne manquons pas d'observer ici que le corps épiscopal que les apôtres établirent s'étendit en peu d'années par toute la terre, et commença à exercét" son action par le soin de propager et de maintenir intacte là doctrine apostolique, et parla condamha-
(1) I Tini. m, 15, IV, 1 et seq.; II Tim, m, 5; TH. mi, 10, etc.
(2) Âct. XX. 23 et seq.
tion des hérésies qui s'élevaient, avant même que disparût du nombre des vivants le dernier des apôtres, le disciple bien-aimé, puisque, comme nous l'avons dit plus haut, saint Jean mourut à Éphèse l'an 98 de l'ère vulgaire, c'est-à-dire vers la fin du premier siècle. Or, en exerçant cette action, l'Église enseignante des temps primitifs ne faisait autre chose que de manifester la vie qui continuerait à l'animer jusqu'à la fin du monde (1). Car la vie consiste dans la mise en action des principes, et c'est par là qu'elle se manifeste ; et, bien qu'il y ait différentes espèces de vie, chacune d'elles cependant apparaît dans un corps par l'action ou le développement des principes dont ce corps est composé. Chaque espèce de vie est conforme ou corrélative à son principe. Des principes différents les uns des autres ne peuvent prendre germe et se développer dans les corps auxquels ils sont étrangers. La vie des plantes n'est pas la même que celle des êtres animés ; la vie des corps n'est pas la même que celle des esprits; la vie de l'esprit n'est pas encore celle de la grâce; la vie de l'Église n'est pas semblable à celle de l'Etat (2). Si donc le corps
(1) En effet saint Jean vivait encore, que déjà florissaient Hermas, saint Clément de Rome, saint Ignace, saint Polycariie; et saint Irénée, Papias et saint Justin paniront {yen d'années après la mort de cet apôtre.
(2) VoirNEWMAN, Lectures on certain dîfficutiies fett by nniftlcfins in\snl}mUimg to thc Cathniîc. Chvrch, Loiîdcjn, 1850,
épiscopal , en employant son activité à propager et à défendre les vérités qu'avaient enseignées les apôtres, ne fit que manifester et développer une vie dont le principe était l'autorité, il s'ensuit manifestement que ce principe était celui qui l'animait, qui le faisait vivre et prospérer, et auquel il devra toujours sa vie et ses progrès. Or, c'est dans ce principe précisément que consiste la règle de foi catholique»
En conséquence, et par l'effet de cette vitalité fondée /"
sur le principe d'autorité, nous voyons condamnés et expulsés de l'Église, comme on expulse d'un corps les matières hétérogènes, les docètes, les simoniens, les ébioni tes avec les nazaréens, les cérinthiens, les nicolaîtes. Ce même corps épiscopal, en se dilatant dans les siècles suivants à l'Orient et à l'Occident, au Nord et au Midi, non-seulement ne perdit rien de son existence matérieUe, mais continua sa vie d'activité provenant toujours du même principe. Il est vrai qu'on voyait mourir successivement les hommes investis de l'épiscopat; mais l'épiscopat lui-même, comme personne morale toujours vivante, poursuivait sa marche ou son action constamment conservatrice et tutélaire. A peine quelqu'un de ses membres était- il enlevé par la mort, naturelle ou violente, que les évêques s'assemblaient pour lui donner un successeur. Ces évoques
lect. 3 ; Life in tke mavement oflSSS, p. 37-38, où cette pensée est parfaitement développée , comme le même auteur Ta fait encore dans son BisMre du déf^eioppemeni, etc. T. n. 8
— il* -
ensuite, comme le rapporte saint Irénée, avant de revêtir le nouvel élu de la dignité épiscopale, examinaient si sa foi était pure, et ne le consacraient pas qu'il n'eût fait sa profession de foi dans des termes conformes à la croyance du reste de T Église (1). Que si avec le temps un évéque venait à forfaire à sa pro« messe en s' écartant, en quelque manière que ce fût, ' de la doctrine dont il avait fait profession au moment -V de son élection, ou bien en répandant des nouveautés
suspectes, aussitôt le métropolitain et les évoques de la province, ou même du diocèse entier (suivant la division civile (2) de Tempire romain d'alors), conmiençaient par constater le fait, puisdéposaientrévêque prévaricateur et mettaient à sa place un évéque orthodoxe (3) ; ou bien l'accusation était déférée à l'évêque de Rome, qui prononçait la sentence de déposition , ou confirmait en cas d'appel la sentraoe déjà portée, ou l'annulait suivant les cas, après que
(1) L. m, c. 3, § 2. On peut lire Massuet, diss. 3, prélim., De Irenmi doci.y art. 3, Detradit. auctor. et fundattL; Mœhler, PatroL, art. Irénée,, ethVMPER.Hiii.theohffieo'erUicaye^., part. 3, Augabourg, p. 31S et suiv., où il ajoute deux obaervm* tionsde Massuet, de doctes réflexions contre Deilingetlcs autres protestants. — Béraud-Bercastel, dans son Hisf., de V Eglise j emploie au féminin le mot diocèse pour signifier une division civile de Vem^ romain. Le lecteur choisira. (Note du trad.)
(2) Cette question est savamment discutée par SmMOND, Cen^ swra eof^ecêur» anonymi script, de suburlHcariis regkmib. et EoclesHs, tome iv de ses oeuvres, Paris, 1696.
(3) Voir MAS9UBT, 1. c, n. 19.
— lisles preuves avaient été discutées. L'histoire ecclésias* tique nous a laissé des monuments irréfragables de cette discipline dans le fait de Paul de Samosate, évéque d' Antioche (1) , et dans celui du grand Denis d'Alexandrie qui, quoique soupçonné injustement et faussement accusé de nouveauté auprès do saint D^ nis, évéque de Rome, fut obligé de se justifier de cette accusation, et ne fut absous, en même temps que maintenu dans son siège si éminent, qu'après avoir fourni des preuves satisfaisantes de son orthodoxie (2). En outre, la discipline de ces temps, confirmée depuis par les canons formels des conciles œcuméniques, exigeait que les évéques d'une même province se réunissent en concile deux fois chaque année, pour conférer ensemble sur les besoins les plus pressants de l'Église, et particulièrement en ce qui intéressait la foi (3). Par là était rendue impossible
|I) Ce sujet est ti-aité au long par De Maestro, dans sa préf. mise en tête de Télégante édit. rom. des œuvres de saint Denis d'Alex., p. 14 et suiv., à Toccasion de la lettre de ce saint dirigée contre Paul de Samosate, dont il soutient avec érudition Tauthenticité contre certains critiques.
P) Ibidem^ et dans les œuvres de saint Athanase, t. 1, part. 1, De sententid Dim, Epist, p. 191-207, De Decretis nicsena fid.f n» 26, p. 181 et suiv., et t. ra,^ § 3, epist. De tynod. Ariminen. et SeleuCy no 46. Ont encore écrit sur ce sujet EusÈBE, HUt. eccL l. 7, c. 26, et S. Jérobie, De Firis, c. 69.
(3) Les évoques étaient anciennement obligés de rendre compte de leur doctrine et de leur conduite au synode de la
toute innovation capable d'altérer, en quelque chose que ce fût, la saine doctrine : d'autant plus que ces assemblées devaient envoyer ensuite des lettres dit^s formées^ à chaque métropolitain des autres provinces, et principalement à révêque de Rome (1), pour rendre compte aux diverses Églises de ce qui pouvait
province, et étaient unis avec le monde entier au moyen de lettres dites de communion. Voir Canones nicsenœprimx sy^ nod.y can. 5, dans Mânsi. Sacr. Conc, nova et ampL colL, t. u, col. 670 ; et le canon 20 du concile d'Antioche de Tan 341, ifnd.f col. 1315, ainsi que le canon 19 du concile de Chalcédoine, ibid.y t. vn, col. 420 (dans notre Dictionnaire universel des conciles, édit. Migne, t. n, col. 31 ; t, i, col. 144 et 422). Par ces canons, aussi bien que dans le canon 36 des apôtres, ibid,, t. I, col. 35 {Dict. univ. des conc., t. u, col. 1318], il était prescrit aux évéques de chaque province de se réunir en synode deux fois par an pour maintenir l'intégrité de la foi. Nous nous contenterons de rapporter les paroles du concile de Chalcédoine : » Quemadmodùm antiqui Patres statuerunt. . . quamobrem « visum est nobis ut synodus conveniat, et bis quotannis con- » gregetur... ut corrigantur quœcumque ad eum (metropolita- « num) corruptiones delatœ sunt ; quemadmodùm Patres ante M nos prœceperunt. » Le même statut fut porté par le pape Innocent I, et recommandé de nouveau par saint Léon, epist. 16, c. 27, édit. Baller., t. i, col. 724, pro custod. concord. unit. Voir aussi le décret de Gratien, diss. 18. Avec cette discipline il était impossible qu'il se fît des innovations dans la doctrine. (1) S. OPTAT fait mention de ces lettres, De schism, Donati^ 1. 2, en ces termes : » Siricius bodiè qui noster est socius cum u quo nobiscum totus orbis commercio formatarum, in unâ se* « cietate communionis concordat » (édit. Dupin, Anvers, 1702, p. 32). Voir aussi sur ces paroles les notes 38 et 39 de cette édition, et c-elles de Baudottin, ihid., notes laS, 134.
— U1 — se passer de plus impoi*tant dans leur proNânce particulière. De cette manière , le corps épiscopal , toujours compacte, toujours en commerce réciproque, traversait les siècles avec gloire, et manifestait sa vie par son activité , conmiencée dès les temps apostoliques, en rapport avec son principe.
La succession des évêques, depuis le temps des apôtres jusqu'à nous, est donc comme une chaîne nullement interrompue dont les anneaux sont étroitement unis et engrenés les uns dans les autres, et qui embrasse toute rimmensité de Tespace comme toute l'étendue des temps. Cela posé, il suit, par une conséquence logique qu'on est forcé d'admettre, que le vrai sens traditionnel des vérités d'abord enseignées de vive voix, et puis consignées dans l'Écriture, a dû se transmettre sans interruption des apôtres jusqu'à nous sans qu'aucun changement substantiel pût l'altérer. Et par conséquent, pour savoir quel était dès le principe, c'est-à-dire dès son origine , l'enseignement catholique, il suffit de consulter et d'interroger i'épiscopat actuel en union avec son chef, sur quelque article que ce soit de la doctrine chrétienne. Comment renseignement oral de l'Église ou le légitime sens de cet enseignement aurait-il pu perdre de son autorité ou de sa pureté en passant dans les livres saints, si ces livres mêmes ont été mis par l'Église en confrontation avec son enseignement avant que leur authenticité et leur inspiration divine fussent sanctionnées
par elle? Soit, pour servir d'exemple, rÉvangile de saint Mathieu, au moment où il parut : avant de le mettre entre les mains des fidèles, F Église a dû s'aa* surer que ce livre était vraiment Touvrage de cet apô^ tre; et à quels indices put-elle le reconnaître? Ne fut-ce pas, outre les motifs extrinsèques qui pouvaient s^offrir à elle, parce qu'elle retrouvait dans ce livre la doctrine même qu'elle avait apprise de cet apôtre, ou qu'il lui avait enseignée? Ce que nous disons de ce livre doit se dire également de tous les autres, sur plusieurs desquels même l'antiquité nous fournit; à ce sujet, des documents positifs (1). Or peut-on dire
(1) Pour ne rien dire de ce qu'a écrit à ce sujet Papus [Etiseb,, 1. 3, c. 39), Clément d'Alexandrie, dans ses Hypotyposes, dont des fragments nous ont été conservés par EusÈXE, 1. 9, c. 3, et 1. 6, c 13 et 14, nous atteste expressément que saint Pierre, api^ès avoir examiné l'Evangile do saint Marc, l'uppi-ouva et en autorisa la lecture dans les églises. Voici lespa* i-olcs d'Eusèbe : " Quod cùm Petrusper revelationem SanctiSpi- " ritûàcognovissct... librum illiim anctoritato sua comprobasse « dicitur, ut dcinccps in Ecclesiis legeretur. Befertur id k Cle- ** mente in sexto Insiiiutionum libra. » La même choae nous est attestée par saint Jérôme (De / iris] : « Quod cùm Petrus " audisset, probavit, et Ecclesiis Icgendum sua auctoritate edi- " dit. " Tertulllen avait dit la même chose en d'autres termes, I. 4 contre Marcion, o, 6; et nous allons rapporter ses paroles, parce qu'elles vont à notre sujet : » Eadem aucU»*ita8 £kx:le^ « siarum apostolicarum cœteris quoque patrocinabitur Evan- « geliis, quœ proinde per illas et secundùm illas habemus, - Joannis dico et Matthœi, licet et Marcus quod edidit. Pétri » affinnetur, cujus interpri»» Mardis. • Ainsi ont imrlé é^le-
que l'Église ait perdu le sens des oracles du Sauveur dont elle était primitivement dépositaire, du moment oti ils eurent été mis par écrit de la main de l'évan-^ géliste? Je ne pense pas que personne ose jamais lé dire.
Qu'ensuite, depuis les temps apostoliques, TËglisë^ ou le corps épiscopal uni au pontife romain ^ ait continué de manifester sa vie en agissant conséquemment à son principe d'autorité, comme elle avait commencé de le faire dès l'époque de sa naissance, c'est de quoi l'histoire de l'Église, par tant de monuments publics et solennels qu'elle a élevés, nous fournit toutes les preuves déârableâ. Tels sont l'action incessaUtte de son apostolat aux ni% iv"" et v^ siècles, pour ne rien dire des suivants, par rapport tant aUx fidèles qu^aux infidèles; les instructions qui nous en restent encore adressées aux catéchumènes, les catéchèses, etc. Telles sont aussi les condamnations successives ^ et toujours immanquables, de ceux qui osaient même sur un seul article contredire la doctrine enseignée et professée. Au moment du péril , le corps épiscopal se réunissait en conciles, soit provinciaux ou nationaux, soit cecuméniqùes, et, après avoir e^i^aminé la nouvelle doctrine, la condamnait en ce qu'il y trouvait
ment Obigène (Enseb., 1. 4, c. 25); S. Epiphane, Hxr., 61, §6; S. Jean Chrysostome, Nom. 19 in Acta; S. Augustin, I. 7, c. 3; De consensu Evang.^ et 1. 17 cent. Faust., c. 3; THÉO^MST, Pmf. in kUf. rélig.
d'opposé à la sienne, ou»à la doctrine primitive qu'il consacrait alors par de nouvelles formules , pour en rendre plus facile le discernement d'avec le langage trompeur et insidieux des novateurs. Ainsi les fidèles enfants de l'Église étaient-ils prémunis contre la séduction. Enfin le concile prononçait l'anathème contre les contumaces qui s'obstinaient à suivre les doctrines proscrites, et les fausses interprétations qu'ils auraient voulu faire passer pour oracles de l'Écriture. Telle est en abrégé l'histoire des dogmes, et à côté de cette histoire celle aussi de toutes les hérésies.
Nous trouvons en effet que c'est, de cette manière qu'ont été condanmées : au concile de Jérusalem, la doctrine des judaïsants ; au concile d' Antioche, celle de Sabellius et de Paul de Samosate ; à celui de Nicée, celle d'Arius; au premier de Constantinople, celles de Macédonius et d'Apollinaire; au concile d'Éphèse, la doctrine de Nestorius; à celui de Ghalcédoine, celle d'Eutychès; au deuxième de Constantinople, Torigénisme ; au sixième concile général , le monothélisme; et ainsi des autres, jusqu'au concile de Trente, où furent condamnées à leur tour les erreurs de Luther, de Zwingle et de Calvin. Et, par la raison contraire, c'est ainsi qu'a été sanctionnée solennellement et garantie par des formules plus précises l'ancienne doctrine catholique touchant la Trinité, la consubstantialité du Verbe avec le Père , la divinité du Saint-Esprit, l'Incarnation et ses corollaires rigou-
reux, la justification , les sacrements et tant d'autres articles de la foi chrétienne.
Si les circonstances des temps exigeaient un autre procédé, on allait au plus court en déférant au souverain pontife les erreurs nouvelles; et celui-ci, après avoir tout discuté avec cette maturité et cette prudoice qui, de tout temps, ont caractérisé le siège de Rome, portait une sentence de condamnation contre la doctrine jugée condamnable , et faisait savoir sa décision à toute TÉglise. C'est ainsi en effet qu'ont été condamnées jusqu'à près de cinquante hérésies avant même l'époque du concile de Nicée, comme depuis ce concile c'est encore ainsi qu'ont été proscrites les funestes opinions d'Aérius, de Pelage, et d^autres sans nombre. Quelquefois même, sans dénonciation expresise, sans formes préalables, certaines erreurs ont été étouffées ou réprimées dès leur naissance par la réprobation universelle, conmie le socinianisme et le rationalisme.
Si donc, comme on le voit , il.y a eu variété dans la forme suivie pour condanmer les erreurs, comme pour sanctionner la vérité catholique, le principe des décisions a toujours été immuablement le même, je veux dire le principe d'autorité, ou le principe formel de la règle de foi de l'Église catholique. Et il ne pouvait, comme il ne devait pas en être autrement; et a l'on veut bien considérer la chose en elle-même, en procédant de bonne foi et sans esprit de contention; on
en conviendra sans difficulté. Car il 8*agit id d'one doctrine surnaturelle, révélée de Dieu dans son état concret, c'est-à-dire non pas seulement quant à renoncé matériel , mais de plus et principalement quant à son sens le plus intime, marqué avec prédsion par Dieu lui-même^ et intimé à la société qu'il a voulu en rendre à perpétuité gardienne et dépositaire. D'où il résulte, à proprement parler, que lorsque T Église sanctionne une vérité mise en discufl8ion« ou révoquée en doute, ou même formellement niée, et qu'elle con* damne l'erreur qui la contredit, elle ne fait autre chose, comme nous Tavons déjà dit, que de rendre authentiquement témoignage de ce qu'elle a reçu et appris de son divin^ndateur, ainsi que du sens dans lequel elle l'a toujours cru et entendu. Et par conséquent, la règle de foi ne pouvait être autre, ne saurait être autre, que l'autorité. En vouloir substituer une différente^ telle que l'interprétation privée, indi^ viduelle de la sainte Bible ^ c'est une pertuii>ation manifeste^ un renversement complet de l'ordre voulu et r^lé par le Christ pour la propagation et le maintien de sa céleste doctrine. C'est vouloir rendre tristement rationnelle et dépendante de Tintelligence humaine la doctrine de Dieu ; c'est réduire au niveau de la science purement humaine ou simplement natu** relie une doctrine mflniment supérieure ; c'est dégra-» der la révélation, dont on ne ferait plus que l'esclaive de la raison.
— iS8 ~
Que si rÉglise, en tranchant les controverses, en consacrant un dogme^ ne fait autre chose au fond que d'attester un fait , que de rendre un témoignage in^ faillible et authentique de ce qu'elle a reçu du Christ et cru invariablement en conséquence , c'est une nécessité d'en conclure que ceux qui s'inscrivent en faux contre un tel témoignage se condamnent eux-mêmes, par cela seul quUls se déclarent les ennemis de Dieu ou de sa doctrine révélée; il faut en conclure en outre que, lorsqu'ils s'insurgent contre une doctrine déjà reçue de l'Église, et dont celle-ci était en paisiUe possession jusqu'au moment de leur révolte, ils se dressent impudemment contre un enseignement divin, auquel ils ont la folie de voubir substituer une invention purement humaine.
Et comme c^est un principe très fécond, on ne sera pas fftché de nous le voir mettre en lumière par quelques exemples. Quand Zwingle et Calvin entre- -/— 7^^ prirent de substituer le sens figuré au sens naturel et obvie des paroles par lesquelles Jésus-Christ avait afBrmé à ses disciples, en instituant l'Eucharistie, qu'ils y recevaient son corps à manger et son sang à boire, n'est^il pas évident qu'ils donnèrent un dé^ menti à Jésus^hrist? Et comment cela 7 En ce qu'en même temps que le Christ avait prononcé ces paroles : Ceci est mon corps j ceci est mon sang, il en avait donné le vrai sens à ses apôtres, et dans leurs personnes à tonte l'Église. Nous dirons de même de
Luther, quand il tenta d'introduire son nouvel élément de IHmpanation. De même, lorsque ces novateurs dénièrent à T Église le pouvoir d'absoudre, au moyen du sacrement de pénitence, les fidèles de leurs péchés, ils contredirent simplement Jésus-Christ, qui, en disant à ses apôtres : Recevez le Saint-Esprit ; les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, et Us seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez^ leur avait donné, et par eux à TÉglise, la saine intelligence de ces paroles, que dès lors r Église a mises en pratique, conformément aux intentions de celui qui les lui avait fait entendre, longtemps avant par conséquent que saint Jean les eût enregistrées dans son Évangile. Disons la même chose, par parité de raison , de tout autre article professé par r Église. Ainsi, dans cette admirable institution du corps ecclésiastique, dans Tharmonique unité de son organisme, on trouve toujours une sûre garantie d'une identité parfaite dt doctrine entre l'enseignement actuel et l'enseignement primitif. C'est donc bien justement que nous avons dit que, pour connaître ce que l'Église enseignait dans ses commencements, il suffit de voir ce qu'elle enseigne aujourd'hui, parce que c'est en tout temps le même enseignement, plus ou moins explicite toutefois, suivant les circonstances qui ont pu exiger un développement plus ample de la doctrine.
Or, puisque chaque chose au monde a sa nature
piopre, et que cette nature c'est son identité, TÉglise, par l'usage qu'elle a fait de son autorité en définissant au besoin les questions de foi , n'a donc fait que manifester sa vitalité, en développant le principe qui avait présidé à sa formation. Elle est toujours restée identique à elle-même, et c'est ainsi qu'elle continuera de traverser tous les siècles à venir jusqu'à ce que vienne la fin de son pèlerinage sur la terre, alors que la vérité se découvrant sans nuage et sans qu'aucune onibre d'erreur puisse obscurcir son éclat, elle jouira en plein repos du fruit de ses victoires.