ARTICLE U
La règle catholique de foi, considérée au point de vue hiêtorique, est la seule qui ait maintenu l'intégrité de la foi contre toutes les sectes.
Méthode que nous voulons suivre dans cet article. -^ L*idée que nous présentent de la foi les saintes Ecritures. — Identité de la foi dans tous les temps. — Développement de la foi par la venue du Sauveur. — Comment Dieu a pourvu à la conservation des vérités révélées dès le commencement du monde. — Economie particulière de la divine Providence pour la môme fin à Tégard du peuple hébreu.— Jésus-Christ a fait entrer dans cet ordre de providence TEglise qu'il a instituée en lui confiant le dépôt de la révélation. — Combien de sectes se sont élevées dans le christianisme pour ravir et dilapider le dépôt confié à TEghse. — Cause du grand nombre de ces sectes. — Fermeté qu*a montrée TEghse à les rejeter et à les condamner. — Combien l'Eglise a eu à soufirir de la turbulence des sectes, qui toutes cependant ont fini par se dissiper. — Dans l'hypothèse protestante le dépôt des vérités de la foi serait anéanti. — Aperçu des contradictions des protestants sur Tarticle de VEglise, — comme sur tous les autres articles de croyance. — U en résulte que le protestantisme n'est autre chose que l'œuvre de l'homme et de l'esprit de ténèbres, — et l'Eglise cathoUque l'œuvre de Dieu. — L'EgUse n'a pu être ébranlée par aucun des assauts qui lui ont été Uvrés. — Parallèle établi entre les païens et les hérétiques.
II est à propos, pour rentrer heureusement dans notre sujet, d'exposer d'abord l'idée générale de la foi telle que la Bible nous la fournit, et qui est, après
tout, conforme à celle qu'en ont en général tous les hommes; nous opposerons ensuite à cette idée celle qu'il faudrait y substituer logiquement dans l'hypothèse protestante ; et enfin nous mettrons le sceau à ces considérations par la preuve irrécusable des faits. En plaçant ainsi en regard Tun de l'autre les deux systèmes opposés, nous nous trouverons plus en état de juger l'extrême discordance de l'un, et le concert harmonieux, le parfait ensemble de toutes les parties de l'autre. Dans l'un, nous verrons la désunion et la mine sortir de ses principes conrnie l'effet de la cause ; dans l'autre, la solidité du magnifique édifice dont il est la hase : celui-là nous apparaîtra comme l'œuvre de l'homme, celui-ci comme l'œuvre de Dieu ; et par là même œ contraste fera ressortir davantage à nos yeux toute la beauté du système catholique, de même que la lumière parait plus belle lorsqu'elle est sur le point d'être remplacée par les ténèbres. Quelle est -/— donc l'idée que l'Écriture nous donne de la foi, quel est le tableau qu'elle nous en présente? Considérée d'abord dans son origine, la foi nous est offerte comme un don tout gratuit de Dieu, accordé à dessein par sa bonté infinie pour servir de oontre-poids à l'infidélité de nos premiers parents (1)* Ceux-ci, incrédules
(1) C'est ce que i*apôtre saint Paul inculque eu plusieurs endroits de ses épîtres aux Romains et aux Galates, qui roulent en grande partie sur la nécessité de la foi, conune unique moyen pour obtenir la grâce de la justification; mais plus expressé-
— iiî8 -aux menaces que Dieu leur avait faites dans le paradis terrestre, avaient aspiré à devenir tels que lui , à posséder comme lui la science du bien et du mal , et par là s'étaient rendus coupables d'une honteuse prévarication. Par suite de ce crime, leur perte eût été irréparable aussi bien que celle de tous leurs descendants, sans qu'il leur restât aucune espérance de recouvrer leur félicité, si Dieu, dans son immense miséricorde, ne leur avait présenté le moyen de se relever de leur chute funeste. Ce moyen, c'est la foi , ou l'assujétissement volontaire de la raison orgueilleuse à la croyance des vérités mêmes qu'on ne comprend pas : sacrifice de la raison qui honore Dieu , mais sacrifice indispensable, et par lequel seul l'homme a pu jamais et peut encore s'ouvrir l'entrée du ciel. Considérée ensuite par rapport à son objet, la foi comprend tout ce qu'il a plu à Dieu de manifester à l'homme. Sous la loi ancienne, l'objet de la foi se réduisait à peu d'articles : savoir, à la croyance d'un Dieu créateur et rémunérateur, et du futur libérateur promis. Dieu veilla constamment à ce que cette foi restât toujours vive et ne s'altérât en aucune manière, au moins dans le peuple qu'il s'était choisi parmi les descendants d'Abraham, comme déposi-
ment encore dans sa première épître aux Corinthiens , i, 21, par ces paroles : »• Placiiit Deo per stultitiam prœdicationis salvos «« facere ci^edentes. ♦»
taire et gardien de la précteuse promesse , en sorte qu'aacun mélange d'erreur ne pût en corrompre la pureté. Le caractère de la loi , tant cérémonielle que judiciaire, donnée à ce peuple, qu'elle séparait comme par un mur de tous les autres peuples de la terre , la forme toute providentielle etthéocratique de son gouvernement, la succession des grands-prêtres, la mission extraordinaire des prophètes : tout était dirigé vers ce but suprême de conserver et de transmettre à tous les siècles qui suivraient la foi pure et entière du libérateur promis, de ce grand envoyé qui aurait pour mission de relever de sa chute l'immense famille humaine, et de lui rendre la dignité qui lui avait été primitivement conférée dans la personne de nos premiers parents. Quand le Christ vint satisfaire et combler Tattente et l'espérance générales par son apparition dans le monde, les articles qui comprenaient les choses à croire ne s'augmentèrent pas en eux-mêmes, à proprement parler ; ils ne firent que se développer, et ce qui n'était d'abord, pour ainsi dire, qu'à l'état de germe, passa à l'état de fruit venu à maturité, avec les proportions d'amplitude ou de grandeur voulues pour cette nouvelle forme. En un mot, on vit alors se produire au dehors ces mêmes articles qui avaient été jusque-là renfermés sous l'enveloppe des divines promesses (1).
(Ij Saint Thomas, en effet, dans sa Somme, l , 2> , q. 108^
T. Il »
— i» — Si Ton considère avce cfoelque attention renBemble des dogmes chrétieDS, on Terra sans peine la vérité de ce que noos yencms de dire. Car ces dogmes se rapportent à la personne adorable dà Filé de Dieu^ soit en eUe-même, soit dans ses relations avec les den ati^cs p^rscnmes, et à ce que le Fîts de Dieu a fflâipour Fhonnne^ comme aux fnvts que Thomme en a retirés^ tant pour la vie présente dans les moyens de salut qui lui ont été j^'ocurés, cpe pour la vie future dans le salut éternel que ces moyens lid ont assurée A la persoime du Fils de Dieu se raf^Kxrtent ses deux natures, divine et humaine, subsistant dans un même suppôt, qoi est le Yerbe divin , fils de Dieu par nature, et sa docd>le volonté comme sa douUe opération, Gonséqtiences nécessaires de sa double nature; à ce qu'il a fait se i^apporte la sainteté de sa morale, qui oontient Tidéal de la vertu et de la perfection élevée à sa plus haute puissance ; tout oe qu'il a soufied; et enduré dans le sacrifice volontaire et douloureux quMl a offert de lui-même sur le Golgotha, sa glo» rieuse résurrection , son ascension au ciel. Enfin, oe qui se i^apporte aux moyens de salut offerts aux
art. 3, Ée (ni^posë la question : Vtrùm lêx no^kiin veteri conH*^ fkeatuTy et il répond alBrniaiivement, non quant à Xadey mais quant à la vertu : <« Sicut effcctus in causa, vel completum in M complète, sicut genus continet specied potestate et sicut tota « arbor continetur in semine, et per hune modum nova lex ** continetur iii veteri. »
homnieB conune le fruit des mériter qa'il s'est aoquis par sa passim ^ par sa mort, de ta satisfaction que IKeu a reçue par lui pour nos péchés, et de la réomi^ cSiation qu'il a aiénfl^;ée entre le ciel et la t^re, ce sont les gr&oes actuelles nécessaires à la justification des adultes et à leur p^sévéarance dans cet beureux état; la grâce sanctifiante qui rend Thomme fonorile^ UKent juste et agréable à Dieu; le mérite des biNuoes (Bttvres, prol(H)g6inmi et asIenaMm de ses mérites dans chacun des fidèiles ; la vertu des sacrements, qui sont comme les canaux par tesquds la grâce découle sur nous des plaies du Sauveur comme de leur source intarissable; la comitinuation du sacrifice sanglant dans Toblation non sanglante qui s'en fait pur toute la terre; l'institution de. l'Église comme moyen extérieur de direction établi pour nous guider et nous I»t)téger par la dispensation qu'elle nous fait de ses dons; enfin la vie étemelle et la résurrection future et univ^selle de nos axtps, qui rendront pleine et parfaite la réintégration de notre nature, perdue ou défigiu^ par le péché primitif.
Tous ces articles sont contenus implicitement, pour parler ie langage de l'école, dans les deux articlea crus dès les temps anci^is avant comme depuis la loi de Moïse, touchant un Dieu créateur et rémunérateur, et touchant le Sauveur promis; et maintenant que la grande promesse a été accomplie, les mêmes articles continuent d'être crus, mais d'une manière exfdieite,
c*est-à-dire développés, expliqués, dégagés en un mot de Tenveioppe mystérieuse qui, comme nous le disions tout à l'heure, les renfermait et les couvrait. Ainsi la foi, considérée par rapport à son objet formel, est toujours restée la même en soi, dans son unité, dans son identité immuable ; seulement son développement matériel est devenu plus entier, plus complet, et ce n*est qu'en ce sens que s'est augmenté le nombre des articles de notre symbole, outre le développement ultérieur qu'ils ont reçu dans le long cours des siècles des définitions dogmatiques de TÉglise. Et qu'il nous soit permis d'observer ici en passant combien est maladroit, en même temps qu'injuste, le reproche que les protestants font à l'Église d'avoir accru, disent-ils, le symbole par tous ces nouveaux articles qui n'en faisaient pas partie primitivement, puisque ces articles n'ont de nouveau que le développement de tout ce que renfermaient en germe les articles anciens, qu'ils ne sont que les corollaires de théorèmes admis de tout temps, que des explications enfin rendues nécessaires par le nombre toujours croissant des hérésies, qui, en enviant à l'Ëglise le dépôt de la foi que Dieu lui a confié, l'ont obligée à en assurer l'intégrité par ses définitions et ses formules (1).
(1) Les scholastiques, pour qui les protestants affectent tant de mépris, avaient prévenu cette difficulté et l'avaient résolue d'avance dans la question qu'ils s'étaient proposée : Vfrùm ar-
Lisez la Bible depuis la première page de la Genèse jusqu^à la dernière de rApocalypse, et vous vous convaiDcrez sans peine que Tidée ou le magnifique dessein de la foi n*est pas autre que ce que nous venons d'en tracer en peu de lignes. Une unité parfaite dans Tensembie, un tout harmonieux en plein accord dans toutes ses parties, voilà ce qui vous y frappera tout d'abord , ce qui ravira votre ftme , et que vous ne pourrez contempler sans admiration. Que si ensuite vous tournez vos regards vers les moyens multipliés dont Dieu s'est servi pour maintenir dans leur intégrité les articles de croyance confiés à nos pères en vue du salut de toiis, votre surprise et votre étonnement ne feront que s'accroître. Dieu voyant, en effet, qu'à mesure que la famille humaine, après avoir
Ueuli fîdei secundùm successionem temparum creverint; et saîBt Thomas avait répondu pour eux tous, u, q. 1, art. 7 : <• Qu6d quantum ad substantiam articulorum fidei, non est fac- « tum eorum augmentum per temporum succeBsionem ; quia I. quecumque posteriores crediderunt , continebantur in fide « prœcedentium patrum, licet implicite. Sed quantum ad expli- - ecUUmem crevit numerus articulorum, quia quœdam explicité <• cognita sunt à posterioribus, quœ à prioribus non credebanu tur explicité. »
Otf ce qu'a dit saint Thomas en termes concis, suivant sa coutume, mais pleins de sens, a été traité au long par les théologiens venus depuis, tels que le caixiinal De Lugo, De virtufe fidei dMnmy disp. 3, sect. 5; Obég. de Valence, dans ses huit livres de V Analyse de la fid catholique ;Svabez, De fide iheoLy disp. 2, sect. 6, etc.
échappé au déluge général, se multipliait de nouveau et se dispersait jusqu'aux contrées lesi^us lointaioes, les vérités qu'il avait révélées à nos premiers auteurs ou étaient mises en cwAli, ou se corrompaient insensiblement par des altérations plus ou moins pemi^ cieuses, voulut, pour en prévenir la perte -entière, qu'un peuple particulier eût la mission q)éciale d'en conserver intact le précieux trésor. Il fit choix è cet eflfet de la postérité d'Abraham, qu'il avait fait passer de le Ghaldée dans la Palestine. Il donna à ce peuple, en outre de la loi naturelte commune è tout le genre humain, une autte loi particulière, positive, et fit alliance avec ce même peuple efi lui déclarant solennellement que son bonheur ou soïi malheur même lempord dépendrait de sa fidélité ou de son infidélité à lui tenir les engagements pris avec lui-même. Par là. Dieu séquestra, pour ainsi dire, et sépara ce peuple de tout autre peuple, pour l'empêcher de jamais se mêler vm se confondre avec le reste des nations. Il l'en sépara, en ce qui regarde le culte, par le rite de la circoncision et des autres observances légales ; en ce <qiit concerne la vie civile , par la différence de la nourriture, en lui dressant le long catalogue des animaux immondes dont il ne lui serait pas permis de manger ; en ce qui touche, enfin, la vîe domestique, ^r la défense qu'il M fit de s'allier par des mariages avec tout autre peuple. Il fit en swte, de plus, que la partie cérémonielle de la loi fût symbolique ou
figurative du Messie promis et attendu, et qu'elle montrât coosone à demi-jour par ses divises prescriptions éè rites d; de sacrifices ies eircmstances part^ealières de la vte de t'Homrae^Dieu , et spécialement te sacrifice expiatoire qu'il aurait à accomplir sur le Calvaire. De cette manière, ces articles de fm fureot toeorporés, pour a«&si dire , et incarnés dans la loi même, sans pouvoir sfefffltcer oa s'altérer jamais; et la <<H <tot s*eB perp^uer invariablem^it dans la vie pratique et re^gieuse de ce peuple, où elle trouvait sa vie et son aliment journalier (1 ).
Mais comme ce peuple lui-même, entraîné tant par
(1) Cette éooiKHnie nous est admirablement exposée dans le Nouveau Testament. Jésus-Christ, après sa résurrection, Lrc. xxrv, 23-27, déclara à ses disciples qu'il avait dû souffrir d'abord, et puis être glorifié selon qu'il était écrit dans Mi3^se et dans les prophètes. Or, -aucune prédktioii de ce gepwae ne se trouve dans Moïse, c'est*à-dire dans le Pentateuque pris dans le sens littéral : il est donc nécessaire de l'interpréter dans le sens mystique, ou dans les symboles qui figuraient prophétiquement la passion du Messie. Ces figures symboliques nous sont déooavertes par saint Paul, Hebr. ix, 1-44 ; x, 1-16, et ailleurs; et par Jésus-Christ lui-même, Joan. m, 14-15; Matt. XXVI, 28. Ces symboles se trouvaient encore dans les sacrifices, comme le déclarent S. Piebre, I Ep, ii," 24; S. Paul, II Cor. y, 21. De là vient que Jieem-Baptitfte, dés ila preœièce ibis qu'il vit notice Soigneur, l'appela l'Jgneau jde IMm fui efface les péchés du monde^ pour faire entendre que c'était là la victime préfigurée dans les sacrifices sanglants de la Loi. 1UNmj>Efi traite ce sujet avec beaucoup d'exactitude dans son HermemeuÈ. 9ib(Ac,, Qumqmeecclesiis, 1838, p. 4, c. ^ i§ 112.
son caractère dur et indocile que par l'exemple contagieux et continuel des peuples voisins, cédait fréquemment à la tentation d'abandonner le vrai Dieu pour le culte des idoles, et qu'ainsi les vérités qui lui étaient confiées auraient pu se perdre, Dieu, par une providence toute spéciale, le rappelait de sas écarts à Tobservance de ses lois. Il permettait pour cela souvent que ce peuple tombât en captivité et dans une dure servitude , afm que ces châtiments le fissent rentrer en lui-même et revenir à de meilleurs sentiments ; dans ce même but, il lui envoyait des prophètes, avec la mission extraordinaire de le reprendre avec force, de lui reprocher ses transgressions et de le menacer de châtiments ultérieurs , en même temps qu'ils rappelaient la promesse faite d'un Messie et ré- . veillaient son attente par des prédications de plus en plus claires. Au moyen de cette admirable variété d'événements tantôt heweux , tantôt malheureux, de ces avertissements répétés, de ces prophéties, de ces miracles, enfin, la race d'Abraham put traverser une longue suite de siècles jusqu'à la plénitude des temps où, selon les desseins de Dieu, devait paraître le grand Envoyé , et sut maintenir intact le dépôt des articles de croyance confié à sa fidélité.
La promesse faite par Dieu au genre humain ayant été accomplie par la venue du Sauveur, ce moyen exceptionnel de conservation des vérités révélées fut remplacé par l'institution d'une Église infaillible et
perpétuellement visible, ayant Jésus-Giirist pour auteur, et destinée à maintenir inviolablement la même foi, mais d'une manière plus explicite et développée dans ses articles distincts. Telle a dû être, et telle sera toujours désormais la voie ordinaire , la voie unique pour transmettre et interpréter la vérité révélée. Dans ce but, le Christ a investi son Église de sa propre autorité, lui a promis sa continuelle assistance, et a fait pour tout le monde un devoir rigoureux de l'écouter, en menaçant de sa réprobation quiconque oserait la contredire, et en rangeant d'avance ces rebelles orgueilleux parmi les infidèles et les publicains, parmi les séducteurs et les antechrists. Chargée de cette mission, revêtue de cette autorité et appuyée sur cespromesses, TÉglise n'a pas discontinué d'accomplir avec confiance sa destinée depuis ses commencements jusqu'à nous. Toujours semblable à elle-même, toujours invariable dans son enseignement, elle a traversé les siècles comme un fleuve majestueux, et poursuit encore aujourd'hui son paisible cours, en attendant le moment où elle se précipitera tout entière dans l'immense océan, je veux dire dans le sein de Dieu, abîme mystérieux d'éternelle vérité, qui lui fera échanger les épreuves terrestres avec l'état triomphant d'une immortelle gloire.
Pendant la durée de ce cours, il s'est élevé pour tourner, s'il eût été possible, sa direction, des troupes presque innombrables, je ne dis passeulement de novateurs
et d'hérétiques avec leurs bandes particulières, mais de familles nombreuses de ces sectaires sorties de souches coflamunes, se dîvîsamt ^suite et puis encore se subdivisant, mais pourtant gardant toujours !e caractère, le génie propre , i' erreur fondamentale , pour mieux dire, qui les distingtie des autres familles issues de souches différentes. Ces sectes, ainsi subdivisées, n'avaient donc plus alors d'autre différence respective que certaines nuances dans le sens qu'elle» attachaient à Terreur originaire, adoptée d'aiPleurs par toutes également. Nous ne voyons, pour en citer quelque exemple , que des hérésiarques individuels dans Cérinthe, Sabellius, Noët, Théodote, Tatîen et autres semblables ; mais nous vo^yons des familles dans le docétîsme, et surtoift dans le gnosticisme des trois premiers siècles : secte la plus nombreuse, la plus féconde et la pîus étendue , puisqu'elle allait jusqu'à rivaliser avec l'Église «atholîque (1). Puis, dans les
(Ij NewBfAM, dfij» 8on HM, du dével. de ia doet. ekf^. iradaiie f^ ML. Jules Gobdok, Paris, XS4IB, dit, eu jparlant du gnosticisme : « Son hérésie f de Simon le Magicien, chef des gnostiques), quoique divisée en une multitude de sectes, fut répandue sur le memde avec une -aniversalké qui ne le cédfift pas à celle du christianisme. » Et le D^ BiTlwoN a^ovile .(SUttP«- Tojii^ Lect. 2) : « Quand il (celui qui Ut i'hidtoire du christianisme) arrive au ii® siècle, il voit que les doctrines des gnostiques étaient professées, sous une forme ou sous une autre, dans 'tontes les partie64tt «Mm4ie •civilisé. »*
- 1«9 — âèctes suivante, nous trouvons Tafianisme (4 ) et Tfaérésie des iconoclastes , «t, parmi les schismatiqties, le DovatianîMie, le donatbme» le photianisme. Parmi les sectes hérétîqoes des temps plus modernes^ en passant par^dessus les famiUes des cathares, des albigeois ^ des vandoîs, nons arrivons à la grande fainflle du protestanlisiiiie , et, quant aux sectes schisflMLtiqiies, à la (amiHe de Tanglicanisme. Il serait inutile anitant que fastidieux de dresser f arbre généalogique 4e <:^acune de ces famflles. Il sera plus à propos d'observer id, en passant, qu^on ne doit nullement èbe surpris de voir tant de sectes et de familles de sectes , soit hérétiques, soit schismatiques, naître du sein du christianisme et même de f Église catholique. Ce phénomène s'explique sans peine pour peu que Ton considère, d'une part, le principe d'autorité, deeoumisBion, et, par conséquent, de docilité etdlrannlité, imposé par Jésus-Christ à son Église en dépit de l'orgueil humain ; et, de l'autre, le principe d'in-
(1) Fitr mppoil au iléveloppenieiit que prit rariamftme, il suffit de lire œ qu'en a écrit M(£hlhb {Aihanase4e'Grandf trad. de Tallemand par J. Cohen, Parie, 1840, t. m, .1. 6), qui n*a pas fait difficulté de dire que l'Eglise se trouva à deux doigts âe sa ruine par suite des violences exercées 'par Constance, et êm vemplaoemeiit des éréqne» oatholiquea dans ieura sièges par des évéques «n^s on Orient comme en Occident. Encore n'ai-je rien dit de» Goths, tous ariens, qui « régnèrent quatre-vingtsix ans dans les Gaules, cent vingt-quatre ans en Espagne, et à peu prés cent ans aussi en ïtalie. »
dépendance, de liberté, et, par conséquent, de révolte contre toute autorité, inhérent à la nature humaine dans son état actuel, mais qui se manifeste surtout en présence d'une autorité qui exige, outre Tassujétissement de la volonté, celui de la raison. Le simple mot de liberté ou d'indépendance est comme Tétin* celle électrique qui n'est pas plus tôt mise en contact avec l'orgueil humain, qu'elle le surexcite, l'ébranlé et l'agite. Il faudrait être bien novice dans la connaissance de rhistoire, aussi bien que de la nature humaine, pour se pâmer d'étonnement à la vue de l'heureux succès que ne manque guère d'obtenir quiconque peut emboucher la trompette de l'insurrection, et faire parvenir aux oreilles de la multitude le son toujours doux et séducteur des mots d'indépendance et de liberté, en quelque ordre d'idées que ce puisse être. L'idolâtrie, le polythéisme, l'incrédulité, sont autant de preuves invincibles de ce fait historique. Si je devais m' étonner, ce serait de rencontrer quelque part le fait contraire.
L'Église donc, jalouse du riche et noble dépôt qui lui a été confié, voyant ces troupes si nombreuses d'agresseurs continuellement aux aguets pour l'en dépouiller, s'il était possible, ou du moins pour le souiller de leurs atteintes impures, a répondu à toutes leurs tentatives par le refus constant de toute concession de ce genre, si minime qu'elle fût ; fidèle à toutes les volontés de son divin époux, elle a repoussé loin
d*elle avec un généreux dédain tous ces téméraires séducteurs qui, à diverses reprises, auraient voulu lui ravir ce qui fait son bonheur et sa gloire. Elle les a séparés d'elle, les a expulsés de son sein, et, sans être arrêtée par la considération de leur génie ou de leur savoir, de leur rang ou de leur dignité, ou de leur force numérique quelle qu'elle pût être, elle les a retranchés de son corps et du nombre de ses enfants. Elle les a déclarés rebelles, novateurs, hérétiques, schismatiques, sans acception de personnes, et ainsi frappés de mort, elle les a abandonnés à leur réprobation complète, comme des cadavres en dissolution, qui, perdant toute forme humaine, se réduisent finalement à un je ne sais quoi^ qui ri a plus de nom dans aucune langue (1).
L'Église a eu beaucoup à endurer et à souffrir de la part de ces rebelles, qui plus d'une fois ont réussi à prévaloir sur elle dans diverses contrées et à l'en expulser elle-même, à proscrire son culte, à bannir ceux de ses enfants qui lui étaient restés fidèles, à lui ravir ses biens, à répandre jusqu'à son sang, et à faire mourir ses ministres par légions dans les supplices les plus ra£Qnés. Dans plus d'un pays et à plus d'une reprise, les rois et les empereurs, les princes souverains, en un mot, ont accueilli les doctrines mensongères, s'en sont faits les protecteurs, les ont fait asseoir avec
(1) BossUET, Oraison funèbre ffe la dvrh'Psse d'Orléans.
eux sur leurs trônes, et, par des lois cruelles^ des édita féroces» par la politique la plus astucieuse et la plus perfide, ont fait tous leurs efforts pour exclure oomplétement de leurs États la srale vraie Église du Fils de Dieu (!)• Les monuments de Thistoire nous montrent en caractères de sang les fatales époques de toutes ces atroces persécutions. Ne pensez pas pour cela que TÉglise ait interrompu jamais sa mission sublime : tout en attradant un meilleur avenir dans le silence et dans respérance, elle continuait tranquillement l'œuvre qui lui était confiée. Et cette espé* rance n'a jamais été vaine : la (rfupart de ces sectes si nombreuses, malgré le soin qu'on prenait pour leur donner de la vie de les greffer sur quelque branche de l'administration politique ou civile, semUaieiit s'obstiner à mourir. Elles se sont dissipées, et ont disparu je ne sais comment de la scène bruyante du monde; et vainement chercheriez-vous aujourd'hui les vestiges et les traces d'une grande partie pour le moins d'entre elles, dont l'existence a cessé totalement (2). C'est que l'œuvre de l'homme après tout
(1) A l'époque où régnait dovia, sur lix roia qui se parta•^ geaient le inonde civilisé, il n'y avait que ce prince qui fût ca» tholique; tous les autres professaient Terreur ou d'Eutychés, ou d'Arius; ou de Macedonius, et chacun de ces rois faisait dans ses propres Etats une guerre à outrance au oathoKcisme.
(2) Pour ne pas revenir sur le compte des ariens et des semiariens, qui ne le cédaient en nombre à auoune autre seote, pas
- 1*3 ne peut pas avoir plus de durée que rbomme lui* même. Toute secte, quelle qu'elle puisse être, porta
phis que sur cehii des gnostiqties, tout le aïonde sait que la secte impure des manidiéens occupa une vaste étendue des provinces tant de l'Orient que de l'Occident : elle s'était fait de nombreux pi-osélytes jusque dans la ville de Rome. En plein moyen-fige, comme on le voit par V Histoire d'Innocent fil de HuBTEK, t. m, liy* 13, ces sectaires couvfaient sous diven noms la face de TAllemagne, comme de la France et de l'Italie, et s'étaient répandus jusqu'à Viterbe, c'est-à-dire jusqu'aux portes de Rome. Nous aurions la même chose à dire des novaticns, qui avaient à Rome un évéque de leur foction, et occupaient toutes les provinces de l'empire; et la même chose aussi à dire des marcionites. En Afrique, les donatistes opposaient quatre cents de leurs évéques aux quatre cent soixante évéques catholiques. On pourrait en dire autant des apollinaristes, des nwDtankrtea* des lyrigénistes, etc. Et pourtant toutes ces sectes sont disparues sans qu'il en reste de traces, bien qu'elles ne manquassent pas de défenseurs puissants, d'hommes savants et éloquents dans leur parti ; malgré cela, elles ont cessé d'être : rien n'a pu les sauver de la mort. Voir Newhan, ouvrage cité, c.4et5.
En résuBtté, aucun siècle n'a manqué de fous, ou pour mieux dire, chaque siéde en a fomni un contingent plus considérable qu'on ne saurait le croire, comme il n'en manque pas non plus aujourd'hui, et ils abondent même plus que jamais en Italie, où Ton cherche à propager le protestantisme, autre secte qui finira au temps venu comme cellei qui Tont précédée. Dans les siècles à venir, tous ces doctes protestants seront baptisés de leur vrai nom, c'est-à-dire du nom de fous, comme l'ont été les autres sectaires, leurs devanciers, qui n'étaient ni moins r^ pandus ni moins puissants dans le monde qu'ils ne !• sont euxmêmes avÔDurd'hui.
- Uk — avec soi dès en naissant sa sentence de mort , qui Tatteint plus tôt ou plus tard , mais immanquablement. Pendant ce temps , l'œuvre de Dieu poursuit son existence immortelle : elle passe sans danger à travers les décombres d'un monde politique qui s'affaisse ; sans lui garder rancune de ce qu'elle en a souffert parfois , elle le relève de ses ruines, en recompose l'édifice, en rassemble les pierres dispersées, et répare les pertes que lui ont fait essuyer les moments de délire et d'emportement. Elle s'incorpore et s'assimile, comme son propre sang, tous ces fils repentants qui se rejettent dans ses bras, et, grâce à une action tacite et lente, mais constamment progressive, elle se trouve , au bout de quelques cinquantaines ou centaines d'années, avoir reconquis les nations qui s'étaient jadis soustraites à son empire. Revenus de cette manière à résipiscence, ces peuples, ces individus, sont obligés d'accepter toutes les définitions qui leur sont formulées par l'Église : formules qui, dans leur rigoureuse précision , ne sont en fin de compte que comme des vêtements neufs ajustés à de vieilles vérités , pour les sauver des mains imprudentes qui voudraient leur en substituer de nouvelles. Et c'est ainsi que l'Église a su garantir de tout temps les vérités confiées à sa garde par son céleste époux.
Si l'Église, dirigée et soutenue par l'esprit de Dieu, a pu avec tant de fermeté et de sagesse con-
— 1*5 server toujours pur et inaltérable, malgré tant de contrariétés diverses, le dépôt sacré de la divine doctrine, que serait devenu au contraire ce dépôt en admettant même un seul instant pour vraie Thypothèse du protestantisme ? C'est ce qu'on ne saurait dire : avec rinterprétation individuelle de la Bible donnée pour règle, il ne resterait pas une seule de tant de vérités révélées qui fût aujourd'hui debout, ou qui n'eût fait depuis longtemps naufrage. A la place du magnifique chef--d' œuvre de Dieu, nous n'aurions sous les yeux qu'une œuvre de destruction , de désordre et de scepticisme. Le christianisme, dépouillé de son caractère surnaturel, serait devenu une religion purement rajtionnelle et tout humaine. Il suf&t de se rappeler, pour ne pas nous obliger à nous répéter, ce qu'on a déjà vu dans les chapitres précédents.
Pour donner simplement l'idée, ou pour présenter une légère esquisse du désordre qui serait la suite naturelle du système protestant, je vais me borner à un seul exemple des affirmations et des négations des divers écrivains protestants sur l'unique article de l'Église, que je choisis de préférence, parce qu'il tient de plus près à notre sujet. Qu'on demande aux protestants si Jésus-Christ a fondé une Église ; la plupart d'entre eux, il est vrai, répondront affirmativement ; mais d'autres aussi le nieront nettement, et diront que Jésus-Christ a fondé le christianisme^ mais
T. II. io
non une Église (i). Qu'on demande ensuite aux premieis si cette fiigliâe doit être catholique, beau-* ocHip à la vérité seront pour l'affirmative ; mais on en trouvera d'autres qui peront pour la négative, et voufi diront que Jésus-Christ n'a prescrit aucune forme déterminée (2). Qu'on les interroge encore plus à fond, et qu'on leur d^nande si cette Église est une, on en trouvera beaucoup qui l'avoueront, mais d'au* très aussi qui traiteront cette unité de chimère (â). Si vous voulez de plus savoir d'eux si cette Église est visible, vous en trouverez beaucoup qui ne feront pas difficulté de l'affiinner, mais bien d'autres en revanche qui vous soutiendront qu'elle est tout-à-fait invi-r sible (4). Demandez-leur après cela si elle ne se
(X) Ainsi le prétendait le c^vlniste Benjamin Constant, dans son ouvrage intitulé : De la religion considérée dans sa source et ses développementSy Paris, 1826; et de même le luthérien BitBTSCHNfiDBR, dans l'ouvrage allemand intitulé : Henri et AnUme, ou dwx prosélytes de l'Église romaine et de l'Églke évangélique,
(2) Conune Bretschneider, ouvr. cité, où il nie que Jésus- Christ ait donné à l'Église une foime quelconque, soit catholiquey soit grecque, soit évangélique.
(3) M. ViNET, dans le Compte-rendUy parle des diverses fermes c{'«(n^', ^t aiQrfiie qu'il n'y a \«^ d'autre unité que cette du christian\s)m (voir Bauûry, La religion du cœur, Ljon» 1840, p. 351) Malan aussi ne ti'ouve pas d'autre unité que l'unité des ténèbres, p. 67, dans son ouvrage intitulé : Pour^ iHds-fe jamak entrer dan l'Église romaine f
(4) Ainsi parlait Luther dans mm ouvrage f'tm PtÊfMkum^
coippose quQ de justes, qu si ello ranferme aussi des pécheurs, vous ep trouvères^ plus d'un qqi çosQigoent que les seuls justes W composent, mais en mêma temps plusieurs autres qui vous difoot qu'elle n*est composée ni de tous les justes, m de^ seul^ justes, ni même des sçuls cbrétieiis, mais de toui oeux, ot do cauK-là sQuls, soit chrétiens, peit gentils, soit turcs ou juifs, qui sont élus ou prédestinés (1). Si vous vous avancez de là jusqu'à leur demander si Ton peut être sauvé hors de l'Église, les uns vous répondront sans difficulté que non, mais beaucoup d'autres vous répondront oui d'une voix unanime (2). Allez plus
ou Du Papismej Jena, t. }, p. %^, Bespons, ad librum Ambrof, Catkarini, 152}, e\ t. n, fol. 376. Ainsi le déclarait éga* leioent la Confession d'Augsbours, art. vu : Est at$tem Eccleiia eongregatio sandorum. De même, Malan, ouvr, et endr. Qt, admet l'Église invisible et r unité seulement dans l'Église imnsible.
(1) C'est 08 qu'ont dit Calvin, dans ses fustUut.y liv. 8, c. 3, § 8-11, et liv. 4, c. l, I 2; B08CX)V. liv. 1, D0 regno Christi, c ô; Tu^f^NNUS {{^uufiius, De erroribus Pontifie,^ 1. 12, comme on peut le voir dans Bellarmin, Pe Ecclesià, lib. 3, c. 9.
(2) Je m*abstieQdi*ai de compter ici ceux qui sont pour la né^ gative ; je nommerai seulement ceux qui sont pouir Taffirmar tiva. Le P. Bebhabd Meynibr a reoueilli les témoignages fior*meis de quarante-huit des plus célèbres théologiens protestiats. qui avouent qu'on peut se sauver dans TËglise catholique FOr naine. Joignes à oes témoignages oeux de la confession d' Augsr bmig et de deux synodes nationaux des calvinistes Craogais, dont i'ttii 80 ^iH ^ Charenton en IQâl, et Vautra 4 Boudon sa
loin, et demaiidez-leur si le protestantisme est une Église, ou du moins s*il y a des Églises dans le protestantisme, beaucoup vous parleront d'Église, et vous dirons de concert nos Églises; mais en même temps d'autres vous avoueront qu'il n'y a pas encore d'Église dans le protestantisme, et qu'elle reste toujours à former (1), Si, non content de ce merveil-
1638. Voir l'ouvrage intitulé : L'Église romaine reconnue iou^ jours des luthériens et des prétendus réformés pmtr vraie Église de Jésus-Christ, en laquelle chacun peut faire son salut, 4' édit., Paris, 1680. Tout le monde sait que Henri IV se détermina à faire abjuration du calvinisme sur Tassurance que lui donnèrent les ministres protestants qu'il pourrait se sauver dans rËglise catholique. Et combien depuis cette époque pourraiton ajouter de témoignages semblables I Voir Mgr Malou, La lecture de la sainte Bible, t. i, c. 3, p. 148 et suiv. Lorsque la princesse luthérienne Elisabeth-Christine, fille de Louis-Rodolphe de Wolfenbuttel, consulta les docteurs les plus habiles de sa secte avant d'accepter la main de l'empereur d'Allemagne, ceux-ci lui déclarèrent, dans un écrit authentique destiné à la publicité, que la religion catholique suffisait encore pour le salut. Voir les lettres du P. SEEDORF,ltome, 1838.
(1) Planck, dans l'ouvrage intitulé : Situation du parti catholi^e protestant, dit ouvertement : " Nous n'avons pas une Eglise, mais des Églises. » Et Lehomau, dans son ouvrage : Ce que le protestantisme doit attendre et ce qu'il a à craindre, 1810, va plus loin et dit formellement : « On voit et on connaît le protestantisme, mais on ne saurait voir d'Eglise protestante. » Le célèbre Bunsen, celui-là même qui nia au Saint-Siège l'existence de la convention passée entre le gouvernement prussien et Mgr Spiegel, qu'il avait signée lui-même à Berlin, affirme dans son ouvrage allemand : Die Ferfassung der Kirche, etc..
-^ i*9 — leux accord, vous voulez savoir d'eux si le protestantisme est au moins une. religion, vous en entendrez bientôt la plupart s'emporter à cette demande qu'ils prendront pour un outrage ; quelqu'un d'eux cependant vous dira que le protestantisme n'est pas une religion, mais seulement le lieu d'une religion (1). Il y a plus : s'il vous prend envie de savoir d'eux si le protestantisme, comme Église ou comme religion, est autocéphale et autonome, vous les verrez se diviser en deux partis, dont l'un l'affirme et l'autre le nie (2). Et je pourrais ainsi pousser encore plus avant
c'est-à-dire, LÉlat de tÉglisey etc., que TÊgtise est encore à créer dans le protestantisme, et il trace lui-même le plan d'une Église future sur le modèle de l'Église établie d'Angleterre avec ses évéques sujets et dépendants de l'État. Sidow, ministre et prédicateur de Postdam, avoue de même que « les protestants n'ont pas et ne fonnentpas d'Église •• [Revue catholique yi, m, p. 608).
(1) C'est ce que dit Vinet dans son Essai déjà cité. Voici ses propres expressions * « Le protestantisme, quoi qu'on en dise, n'est que le lieu d'une religion. »
(2) II serait trop long de rapporter, môme par simples citations, les témoignages contradictoires des protestants, dont les uns affirment que FÉglise est autonome et indépendante de l'État, et les autres le nient. Qu'il suffise de savoir que c'est là le sujet d'un grand débat qui partage en deux camps les protestants d'Allemagne, de France, de Suisse, d'Angleterre et d'Ecosse. Voir Baudey, ouvr. cit., La religion du cœur^ 3« partie, c. 3, § 1 et suiv.; Martinet, Solution des grands problémesy î. m, c. 24; Malou, ouvr. cité, c. xi; Newman, Confé-^ rences préchées à l'oratoire de Londres^ Paris, 1360, trad. de
sur cet article seul. Il résulte en attendant de cette simple investigation que, d'après cette diversité d'opinions entre les protestants « Jésus-Christ aurait fondé une Église, et h' aurait pas fondé d'Église; qti*il l'aurait voulue catholique, et ne l'aurait pas voulue catholique; que cette Église serait une et ne le serait pas ; qu'elle serait visible et invisible, com* posée de seuls justes et composée ausdi de scélérats, d'infidèles, de juifs et d'hérétiques; qu'on ne pourl'ait se sauveif hors de l'Église, et qu'on pourrait se sauver hors de sou sein ; que le prot^tântisme aurait des Églises et n'en aurait pas; qu'il serait Église et ne serait pas Église , religion et non religion , etc. Or, ceci n'est encore qu'un faible échantillon des contradictions formelles du protestantisme : on verrait le même fait se reproduire et d'une manière encore plus marquée sur tous les autres points de leur doctrine dogmatique et morale (1).
Jul. Gondon, conf. vi. C'est le sujet de la lutte entre les libéraux et les servilisleM protestants, entre Vinet et Gasparik, Monod, PiLLET-JoLY, etc., etc.
(1) Voir dans la Réforme contre la Réforme, par Hosa^No- HAUB, t. I, c. 1, p. 15-21, mie longue liste d'écrivains protestants qui dîéent le oui et le non sur les points les plus importants, tetd que le péché originel, té baptême, rEucharisti^, le libre arbitre, h prédestination, la justifidatioh, l'étertiilé des peines, Texistence des anges et des démons, la résurrection des (sorpË, le jugement dernier, Tautorité des évéques, la personne dé Jésus-Christ, se* deux natures, la Trinité, etc., etc.
Après cela, qui pourra voir dans cette BabeU àam des oontradietiGns si moBstrueused et si palpables^ Tcavrage de Dieu, c'est-à-dire de la sàgesde et de la sainteté même, et non le légitime fruit des passions de rhomme, du caprice et de Torgueil humains? Quoi! Dieu, qui est tout ordre^ tout vérité, tout sainteté, serait Tauteur du désordre, du mensonge, de rinmmralité la plus effrénée? Et pourtant c'est ce qu'il en fixait, si Ton supposait vraie la règle de i(À (kl protestantisme, puisque d'une telle règle décou* lent naturellement, s'infèrent d'elles-mêmes, comme une conséquence nécessaire, toutes les aberrations que nous avons signalées, ou que du moins elles se trouveraient par là toutes justifiées en principe. Mais non, la seule pensée d'une telle supposition répugne, inspire Tborreur et renferme un blasphème. Il faut donc nécessairement conclure qu'elle est l'œuvre des ténèbres, de l'homme aveuglé, de l'homme en. délireè
Que si l'œuvre de destruction est l'œuvre de l'homme, il s'ensuit par la raison contraire que l'œuvre d'unité, d'harmonie, de conservation, d'orr dre et de vie, la règle en un mot de l'Église cathol>^ que, est l'œuvre de Dieu. Et que de fait, dans la nouvelle alliance. Dieu ait établi cette règle à l'exclusion de toute autre, comme moyen ordinaire et permanent de conserver intactes les vérités manifestées par lui à Fhonmie, en vue de lui procurer le salut étemel, c'est ce qu'on peui inférer par une analogie évidehte de la
manière dont il lui a plu de conserver ces mêmes vérités dans la loi ancienne. Dieu avait veillé à la conservation de ce précieux dépôt confié au peuple choisi, en soumettant ce peuple à im gouvernement théocratique et tout providentiel ; c'est dans ce but qu'il l'avait rappelé par des voies extraordinaires de ses fréquentes infidélités, qu'il l'avait conduit par une suite de prodiges, qu'il l'avait favorisé d'un enseignement tout surnaturel par l'envoi successif des prophètes ; qu'il avait créé au milieu de ce même peuple un sacerdoce perpétuel et un tribunal souverain, pour le maintien de sa loi.
Et ce grand Dieu qui avait entouré sa révélation de tant de précautions, qui l'avait sauvegardée par tant de moyens, qui s'était montré si jaloux d'en perpétuer sans altération les articles si simples , si faciles à maintenir inaltérables, aurait ensuite voulu sous la loi de grâce, après que ces mêmes articles auraient reçu leur plein développement et leur accomplissement entier, les abandonner à la merci de quiconque trouverait intérêt à les mal interpréter, à les altérer, à les mutiler, à les anéantir? Oh ! non. Dieu ne change point, et par conséquent il a dû mettre à l'abri de toute altération un moyen de salut si nécessaire à tous. On dira que ce Dieu, après avoir réussi à conserver sa loi pendant quarante siècles dans sa pureté et son intégrité première, n'aura pas pu, suivant le système protestant, la conserver ensuite
plus de trois ou quatre siècles, malgré toutes ses promesses les plus solennelles de la faire durer tant que durerait le monde? Non, je le répète, c'est ce qu'on ne dira jamais. Mais puisqu'il lui a plu de substituer TËglise dans cet office providentiel, il a dû la doter d'infaillibilité, et la rendre par là propre à remplir son but, comme elle l'a rempli jusqu'ici, et continuera de le remplir jusqu'à la fin du monde.
Tel est encore le motif pour lequel Dieu a soutenu cette Église parmi toutes les afireuses secousses qui lui sont venues de tous côtés comme en tous temps, et auxquelles il lui faut résister encore aujourd'hui ; c'est là le motif pour lequel il l'a fait sortir victorieuse de tant de persécutions qui lui ont été suscitées, et que lui suscitent encore au dedans d'ellemême ses enfants ingrats et dénaturés, et au dehors tant de milliers de schismatiques, d'hérétiques et d'infidèles, conjurés ensemble à sa perte ; c'est pour • ce même motif qu'il n'a pas permis qu'elle fût engloutie, comme cela paraissait inévitable, sous les vagues soulevées contre elle avec tant de furie, mais l'a rendue supérieure à tous ses ennemis, victorieuse dans tous les combats, triomphante de toutes les tempêtes. Et quand elle a vu tomber à ses pieds sceptres et couronnes, disparaître en passant royaumes et peuples, périr les unes après les autres les sectes puissantes et orgueilleuses qui s'étaient promis de l'anéantir elle-même, s'en aller en fumée tous les
efforts d'une philosophie iDcrédule qui , sous les diverses fonnes de déisme^ de matMàllsnie^ de criti-^ cisme, de Bceptioisme , d'idéalisme^ de panthéisme» s'est achamée contre elle avec Une opiiiifttre persérérance , elle a reconnu^ elle a senti, elle a expérimenté la main invisible du Tout-Puissant qui la soutenait et la soutient t%)ujours, et qui^, en dernier résultat, fait tout tourner à son triomphe; en sorte que chaque épreuve terminée, elle cherche ses ennemis, et ils ne sont plus. Et tout cela est justement ordonné pour le succès de la grande mission dont elle est investie de conserver fidèlement la sainte doctrine reçue du cièL
Maintenant, comme dès le commencement de cet article, nous avons touché la manière dont Dieu s'est conduit pour conserver les vérités révélées en vue du salut des hommes^ tant dans l'ancienne Que dans la nouvelle alliance, la raison veut qu'avant de tirer notre conôlusion, nous fassions un rapprochement entre le monde païen et le monde chrétien. Les sectes hérétiques nées du christianisme sont en un sens ce qu'était le paganisme ou les diverses nations idolâtres par rapport à la vraie religion, je ne dirai pas à la religion naturelle^ puisque^ par le fait, cette dernière n'a jamais eu d'existence que nous atteste l'histoire , mais à la vraie reUgion révélée daàs Iob temps anciens* Ces nations s'étaient écartées de la vraie foi, ou par un oubli presque complet des vérités
révélées, ou par Taltération ou rftbuâ de ces vérités, qu'elles dénaturaient en les étouffant pour ainsi dire sous un bizatre mélange de fictions mythologiques, et en transportant à Thomme, et quelquefois à la brute, ce qui ne convient qu'à Dieu. Dieu a permis, au moins dans les commencements, T aveuglement de ces nations , pour les punir de l'abandon volontaire et coupable qu'elles avaient fait de ses vérités révélées. Les sectes hérétiques, elles aussi, sont tombées dans l'égarement par l'abandon volontaire et coupable qu'elles ont fait, originairement du moins, de ceâ mêmes vérités, et pour tout dire, en s'insur^ géant ouvertement contre elles; et Dieu a permis qu'elles s'aveuglassent, au point de ne pas apercevoir l'abtme où leur révolte les a fait tomber. Les Gentils se prévalaient de leur nombre ; et c'est ce qu'ont fait aussi, et ce que font encore aujourd'hui les sectaires, qm dans leur aveuglement font sonner bien haut les progrès et l'état prospère de leurs sectes, et insultent tous les jours à l'Église catholique, qu'ils persécutent et qu'ils oppriment (1). Mais le grand nombre
(1) Quand il est question de nombre, les protestants, quoique divisés entre eux presque à Tinfini, s'unissent tous comme s'ils ne faisaient qu'une môme communion, pour pouvoir rivaliser avec rÉglise catholique... Ils exagèrent leur nombre, ils exagèrent Fétendue des pays qu'ils occupent; mais, malgré toutes ces manœuvres, ils ne sauraient arriver au tiers seulemont du catholicisme.
• Nous pouvons donner en preuve de ce que nous avanijons ici
des païens ne les sauvait pas de la réprobation : seulement, quelques individus parmi eux pouvaient alors se sauver en faisant profession de la vraie foi, comme
la solennelle députation faite en octobre 1852, auprès du grandduc de Toscane, en faveur des époux Madiaï, si tristement célèbres, condamnés très justement à cinq ans de prison pour avoir, au mépris des lois, fait du prosélytisme en faveur du protestantisme. Cette députation était appuyée par les recommandations du roi de Prusse, de la reine Victoria et du prince Albert ; elle se composait de Français, d'Anglais, de Suisses, d*Allemiands, et du lord anglais Koden,qui,aunom de la tolérance religieuse, réclamaient la mise en liberté desdits époux. Or, il est bon d'obsei*ver que, parmi les membres de cette députation, il y avait des zwingliens, des calvinistes, des évangéliques, des luthériens, des anglicans, représentant tous ensemble le protestantisme européen^ bien que chacune de ces sectes soit en g^ierre contre les autres. Ils réclamaient la liberté au nom de la tolérance religieuse, eux qui ne cessent de vexer les catholiques dans leurs propres pays où peut dominer le protestantisme, comme cela se voit par la Suisse, pai- les décrets d'intolérance récemment renouvelés en Prusse et dans d'autres États d'Allemagne, et par l'iiyuste sentence portée en Angleterre contre Newman, pour cette unique raison qu'il est catholique. Que penser donc du protestantisme, sinon qu'il se réduit à une conspiration toujours active contre la seule vraie Église, qui est l'Église catholique î Qu'est-ce que ce mot de tolérance dana le bouche des protestants, qu'un langage hypocrite et un impudent mensonge t Que le lecteiu* en juge. Voir la Civiità catholica, n* LXiv, 2« samedi de novembre 1852.
Il est bon de savoir cependant que les Madiaï étaient des émissaires religieux et politiques de l'Angleterre; que la femme avait passé seize années en Angleterre, où elle avait apostasie en embrassant Tanglicanisme et le protestantisme; que, de là.
— lotie peuvent encore aujourd'hui parmi les sectes les individus qui partagent la croyance catholique, tout en y mêlant, par suite d'une ignorance invincible , quelques erreurs matérielles. Dieu se servait des infidèles pour punir son peuple prévaricateur, et le rap-
elle avait été envoyée à Florence pour y distribuer des Bibles 011 Ton compte jusqu'à seize cents altérations du texte original, cl qu'effectivement, au moment de son incarcération, elle avait déjà distribué 11,600 exemplaires de ces Bibles falsifiées. Outre ces Bibles, les époux Madiaï répandaient, par des joueurs de vielles organisées, des images grotesques de la sainte Vierge., des âmes du purgatoire regardant à travers des treillis, et les prêtres en soutane faisant marché avec elles poui leur procurer leur délivrance à raison de deux scudi pour chacune. Bs distribuaient en même temps des libelles contre la confession, contre le pape, qui 8*y trouvait traité à'antechristy d'homme de péché j etc., etc., libelles tendant à insurger le peuple italien, comme le leur reprochait le D' Cahil dans une lettre qu'il publia, et qui était adressée à lord Carlisîe. Voir les Annales catholiques de Genève, 4« livr. 1853, p. 274 et suiv., où cette lettre est rapportée en entier, ue penser maintenant des tendres sentiments des protestants en fait de tolérance ? Que penser du protestantisme lui-même, quand il n'a pas honte de se porter à ces infamies! Que dire du grave parlement anglais, qui n'a pas rougi de délibérer en séance publique sur les moyens à prendre pour faire mettre en liberté les époux Madiaï, comme on le voit par le Tablet du 5 mars 1853 1 J'en abandonne le jugement au lecteur sensé.
Or, ces misérables époux Madiaï ont été relâchés à la requête (les trois ministres de France, de Prusse et d'Angleterre, et renvoyés dans leur patrie àdoptive d'Angleterre, où ils pouiTont professer, sans infester davantage la Toscane, ce fatras de religion qui leur plaît le plus.
peler ainsi à Texacte observation de sa loi; et encore aujourd'hui , il se sert de même des sectes hérétiques comme de moniteurs rigides, pour rendre les catholiques plus exacts, plus vigilants et plus fidèles»
Je pense bien que de pareils rapprochements froisseront la susceptibilité de bon nombre de nos frères égarés; mais je les prie de réfléchir avec calme et de sang-froideur toute la suite de mes raisonnements. J'ose espérer que, s'ils font taire seulement pendant quelques instants les préjugés dont ils ont été imbus dès leur enfance, ils ne trouveront dans mes paroles, en les prenant de bonne foi dans leur ensemble, aucune exagération. Dieu veuille qu'ils cherchent de bonne foi la vérité, et je ne doute nullement qu'ils ne fipissent par être pleinement convaincus. La foi est un don de Dieu tout gratuit, et qu'il accorde à qui il lui platt sans doute, mais qu'il ne refuse jamais aux humbles de cœur, à ceux qui le prient sincèrement de les éclairer et de les aider de sa grâce*
Je me flatte d'avoir rempli ma tâche du moment, qui était de prouver que la règle de foi catholique , considérée au point de vue historique, est la seule qui ait sauvé l'intégrité et la pureté du dépôt confié par Dieu à son Église, tandis que ce dépôt prédeux eût été entièrement perdu par l'adoption du système protestant, qui n'aurait pu avoir pour résultat que de l'alt^er et de le dissiper.
AS^TICLE ni.
Considérée au point de vue historique, la règle de foi catholique est la seule & laquelle on soit redevable de la conversion de tous les peuples à la vraie foi.
PïY>phéties multipliées annonçant Tappel de toutes les nations à former une nouvelle Église universelle. — Ces prophéties confirmées par Jésus-Christ. — Leur exécution et leur aoeompUssement par le principe d'autorité ou de M ré^e catholique. — On le démontre quant à la théorie. — Oq le prouve aussi par le fait. — Preuves tirées des anciens Pères. — Sagesse de Dieu dans le choix qu'il a fait, pour atteindre un pareil but, de la règle catholique d'autorité. — Si la règle protestante avait été introduite dés Torigioe du chrisUanisina, et qu'elle eût prévalu, le monde serait païen encore aujourd'hui. — En supposant que cette règle eût contribué à la conversion des peuples, elle ne les aurait pas unis, mais séparés et divisés. — - La règle protestante est d*autant moins propre à convertir les peuples qu'elle lait perdre l^ foi à ceux qui l'avaient, -n- Donc la règle catholique est la seule que Dieu ait choisie pour amener la conversion des peuples.
Le rappel de tous les peuples à Tunité primitive d'une même famille, que le péché leur avait fait perdre, pour former tous ensemble une seule Eglise, était Tobjet favori des psaumes de David et des pré^ dictions multipliées des prophètes. Tandis que les Juifs orgueilleux, se croyant seuls destinés entre tous les peuples de la terre à jouir des faveurs du ciel, méprisaient dans leur cœur tous les autres, le saint roi célébrait dans des transports de joie le retour de
tous ces peuples vers Dieu : « La terre dans toute son étendue, disaiUil, se souviendra de ces choses, et se convertira au Seigneur , et toutes les familles des peuples divers seront dans l'adoration en sa présence^ parce que la souveraineté est an Seigneur, et que c'est lui qui régnera sur les nations » (1). De là les invitations réitérées qu'il adresse à tçus les peuples de F univers de louer Dieu et de célébrer sa gloire ; de là l'exaltation de la vraie foi et son triomphe à venir sur l'idolâtrie vaincue; l'expulsion des démons qui tenaient le monde en esclavage et la destruction générale des idoles lui fouinissaient à tout instant le thème ravissant de ses sublimes cantiques.
Mais Isaïe fut encore plus explicite sur ce sujet, sans doute parce qu'il touchait de plus près à ce prodigieux renouvellement moral de la terre. Il vous représente les nations mues par l'esprit de Dieu qui agit en elles, s'acheminant vers la montagne mystérieuse de Sion, et s' excitant à l'envi l'une de l'auto à diriger leurs pas de ce côté , attendu que « la loi sortira de Sion, et la parole du Seigneur deJértt-* satem. Le Seigneur seul paraîtra grand en ce jour-là, et les idoles seront toutes réduites en pour dre (2)... En ce temps-là chacun rejettera ses ido-
(1) Ps XXI, 28-29.
i2| Is. Ji, 2-3.
— i6l — les d'argent et ses idoles d^or » (1). Dans tout le reste de sa prophétie, ce chantre sublime de Juda continue, comme il Ta commencé, à décrire sous divers emblèmes avec une noble éloquence la chute de ridolâtrie, et la vocation de tous les peuples de la terre au culte du seul vrai Dieu. Il annonce clairement que Dieu « députera ses envoyés auprès de toutes les nations de T Afrique^ de Tltalie, de la Grèce, jusqu'aux îles les plus éloignées, à celles mêmes qui n'ont jamais entendu parler de sa gloire, et qu'ils manifesteront cette gloire aux yeux de tous les peuples! (2). Ces paroles d'Isaïe ont trouvé leurs échos dans tous les autres prophètes, et les traits les plus éclatants des prédictions divines sont précisément ceux qui se rapportent à la propagation future de la foi hors des étroites limites où elle était renfermée dans la Judée, à sa diffusion jusqu'aux extrémités de la terre, et par contre-coup à la concentration de tous les peuples en un seul royaume, une seule société, une seule famille, c'est-à-dire dans une même Église universelle qui devait les recueillir tous comme ses enfants dans son sein. Ces admirables prophéties, Jésus-Christ les a confirmées à pluis d'une reprise ; c'est à elles qu'il a fait allusion, non-seulement en voulant que son Église fût une pour toutes les nations,
(1) Is. XXXI, 7. .
(2) Is. LXVI, 19.
T.n. Il
appelées à se confondre dans le centre unique d'une seule et même société; mais de plus, en prêchant au peuple ses belles paraboles d'un seul et même royaume, d'un seul et même troupeau conduit tout entier par un seul pasteur. Puis, il a confié Texécution de ce grand et magnifique dessein à ses apôtres et à ceux qui dans la suite deviendraient leurs successeurs légitimes.
Cela même doit nous convaincre que, pour réaliser un plan semblable, il fallait un principe unitif, c'est-à-dire un principe qui réunît toutes les nations dans la même foi, dans le même culte, dans la même société enfin, sous un même chef. Sans ce moyen, il eût été impossible d'obtenir l'unité d'Église, de troupeau, de royaume ; mais des divisions et des divergences sans nombre eussent été inévitables. Il fallait en outre pour ce dessein un moyen d'exécution qui fût en rapport avec les dii^sitions, l'état, la condition, le génie de tant de peuples divers, qui se trouvaient dispersés dans l'univers entier, et auxquels devait se faire l'invitation divine. Or, ces deux propriétés indispensables n'appartiennent qu'à la règle catholique , unitive au souverain degré, et dans son principe même, et dans le moyen qu'elle présente. C'est ce que je puis prouver, tant à priori qu'd pos^ teriori, par le droit comme par le fait, et en théorie comme par la pratique.
Et quant au droit, personne ne niera que l'autorité
oe soH un principe d'unité et de concentration, sous quelque rapport qu'on Tenvisage. Dans Tordre civil et politique, par exemple, sans autorité, quelle qu'en soit la forme ou quel qu'en soit le sujet, il n'y a pas de société possible ; mais il ne peut y avoir qu'an* archie et désordre, désunion et division. De même dans l'ordre religieux, sans autorité qui soumette les esprits et unisse les cœurs, il ne pourra jamais y avoir ni unité de croyances, ni accord, du moins constant et durable, des volontés; mais il y aura inévitablement anarchie dans les intelligences, autonomie^ c'est-À-dire licence absolue dans les actions. C'est ce que nos adversaires ne se contentent pas d'avouer; mais, ainsi que nous l'avons vu plus haut (1), ils le donnent même pour principale raison de l'établisse ment du protestantisme (2). L'autorité est donc le principe qui par sa nature produit l'unité, et d'autant plus efficacement et plus universellement, qu'il soumet plus parfaitement la raison elle-même, comme cela a lieu surtout dans le cas où, sans voir la raison
|1) Voir t. I*' de cet ouvrage, ch. m, art. i, p. 349.
|2j Contentons-nous ici de rappeler les paroles de Vinet, qui, tout ennemi qu'il est de l'autorité, lui rend hommage maigre lui en termes f<»rm^ : « On nous parle d'unité, dit-il; le catholicisme seul, dit-on, possède l'unité ; le protestantisme en est privé : certes, je le crois bien ; il a pour principe la liberté; il se résout par conséquent à la diversité. » Cité par Badpby, La religUm du eceur^ p. 316.
intime de la chose, et tout en croyant même y voir des difficultés inconciliables, des contradictions apparentes, on n*en renonce pas moins de bon cœur, comme il convient à un être libre, à ses propres lumières pour les soumettre par amour à l'autorité qui en prescrit le sacrifice. Or, telle est Tautorité de TÉglise catholique proposant, à croire au nom de Dieu, à tous indistinctement, les vérités révélées, sans distinction entre les grands et les petits, entre le / savant et l'ignorant, entre les esprits cultivés et les
esprits sans culture, entre l'homme civilisé et le sauvage. Elle les met tous au même niveau, les soumet tous à la même règle, et avec une telle précision, une telle exactitude, que personne n'est laissé libre de penser ou de croire ce qu'il veut, mais que tous sont dans une obligation étroite de repousser loin d'eux comme des tentations mauvaises toute pensée contraire qui se présenterait à leur esprit. Pour tous les articles de croyance, pour tous les dogmes, pour tous les mystères les plus difficiles et les plus profonds, les plus impénétrables à l'esprit humain, il n'y a, il ne peut y avoir, pour tant de millions de fidèles, qu'un seul amen général et le même pour tout le monde.
Quelle autre que l'Église catholique pourrait enseigner à toutes les nations la même foi? Personne hors de son sein n'est capable de ce travail, puisque tout novateur se séparant des autres hommes ou de
fait ou de droit, par cela seul qu'il substitue la règle protestante à la règle catholique, qui est celle d'autorité, il est immanquable qu'en le suivant pour maître, on ne se trouve bientôt divisé en matière de croyances. Ainsi, en se présentant aux peuples pour les évangéliser même de vive voix , chacun d'eux n'aurait à offrir aux infidèles qu'un Évangile de sa façon, c'està-dire l'Évangile conmienté ou travesti par la secte dont il ferait partie. Maintenant, qu'on fasse le dénombrement des sectes, et on aura le nombre des Évangiles différents proposés à la croyance de ces populations, nombre qui s'élèvera sans peine à deux ou trois cents et même plus. De là, il résulterait qu'ils formeraient non une seule Église, mais autant d'Églises qu'ils seraient d'apôtres pour chaque Évangile, Je laisse d'autres considérations qui se représenteront plus tard sous ma plume. Bornons-nous pour le moment à tirer cette conclusion, qu'à la seule règle catholique appartient le principe unitif, qui, selon les desseins de Jésus-Christ, doit rapprocher les peuples, et les fondre, pour ainsi dire, ensemble sous ce rapport, pour ne constituer qu'un seul royaume, un seul bercail, une seule Église, un seul corps moral.
Maintenant, si nous consultons les faits, nous nous convaincrons également que l'Église n'a pas procédé autrement que par voie d'autorité dans la conversion des peuples au christianisme. C'est le mode d'enseignement qu'elle a suivi par rapport aux simples et
aux ignorants, et c'est aussi par là qu'elle a captivé les philosophes et les savants, tous tant que nous en offre la vénérable antiquité , et dont saint Jérôme a dressé un long catalogue dans son livre des écrivains ecclésiastiques, pour les opposer à la vanité piJenne qui, enflée de son savoir, ne voulait voir que des idiots dans les chrétiens (!)• Certes, les noms des Irénée, des Justin, des Ammonius, des'Pantène, des Clément d'Alexandrie, des Origène, des Tertullien, des Cyprien, et de tant d'autres qui ont fleuri dans le christianisme et précisément dans l'Ë^lise catholique, sont tels, qu'ils ne nous laissent rienfc envier à quelque école que ce soit de la Grèce ou de Rome. L'Église, ce grand corps qui s'étend sur toute la terre, n'a, disait saint Irénée, qu'une bouche, comme elle n'a qu'une âme, pour professer partout la même foi : c'est un même soleil qui répand par tous ses rayons la môme lumière. Il n'y a pas de diversité
{1) Les écrivains dont S. Jêbome a dressé le catalogue dans son livre Deviris Ulmtribus ne sont pas moins de cent trentecinq. Il termine le prologue de ce livre par ces graves paroles : M Discant ergb Celsus, Porphyrius, Julianus, rabidi adversûs «« .Christiun canes, discant eorum seotatores (qui putant Eode-» M siam nuUos pbilosophos et éloquentes, nulles habuisse doc- « tores), quanti et quales vin eam fundaverint, extruxerint et u adomaverint; et desinant fidem nostram rusticœ tantûm sim- - plicitatis arguere, suamque potiùs imperitiam agnoscant, » D, Hieron. StridoH. Epist, et libri cmU. hssret , Fans, 157d« col. 345.
— «7 — de croyances entre les Églises d'Orient, comme de l'Asie, du Pont, de l'Egypte, de l'Afrique, et les Églises d' Occident, comme deTItalie, des Gaules, de l'Ë^agne, de la Germanie, etc. (!)•
De là s'inférait comme de lui-même l'argument employé par les anciens Pères contre les hérétiques 4e leur époque, et qui consistait à opposer laeoncofdance et l'unité de la foi de toute l'Église à la variété, à l'inconstance et aux contradictions des doctrines et des sectes hérétiques. C'est ce même argument que saint Atbanase a fait valoir depuis
(1) s. IRENÊE, après avoir, dans les chapitres précédents \Hb, I cont. Tixres,], exposé Textréine diversité de doctrines et d'interprétations de FEcriture qui s'apercevait déjà parmi les hérétiques, poursuit dans les termes suivants, c. 10, n. 2, où il lait le contraste de Tunité parfeite de doctrines qtii régnait dans FEgiise catholique: «Hanc prœdicationem cûm acceperit, et <• hanc fidem, quemadmodùm prœdiximus, Ecdesia, et quidem « in universum niundum disseminata, diligenter custodit, quasi « unam domum inhàbitans, e£ similiter crédit iis, videlioet quasi « unam animam habens, et unimicor, et oonsonanter hœc prœ- « dicat, et docet, et tradit, quasi imum possidens os. Nam etsi « in mundo loquelœ dissimiles sunt, sed tamen virtus tradi1îo>
• Bis una et eadem est. Et neque hœ, qoœ m Gennai^â sunt, «« fîmdatse EodesÛB aliter credunt... Keque hœ quce in Hiberis " sont, neque hœ quœ in Celtis, neque hœ quœ in .£gypto, « neqoe hœ qage in I4byâ, neque hœ quœ in medio mundi (m « Pdestinâ) oomtitatœ. Sed sicut sol, creatnra Dei in universo
• mundo unus et idem est, sic et himen, prœdicatio vmtatis « ubique lucet et illuminât omnes homines, qui volunt ad co- « gnitioDem veritatis venire. « Ed. Massoet.
avec tant d'autorité contre les ariens (1), comme Ta fait depuis aussi saint Hilaire de Poitiers (2), et contre les hérétiques en général , Vincent de Lérins, dans son Commonitoire si célèbre (â). Telle a été
(1) Voir la lettre de S. Athànase àTempereur Jovien, n. 2, où, après avoir fait renumération des Eglises d'Orient et d'Occident qui professaient le dogme catholique, il conclut en ces termes : « Qus sit omniimi illanim Ecclesiarum sententia et M experientiânovimus et earum habemus litteras. » Et dans sa lettre aux évêques d*Egypte et de Libye, n. 6, il reproche, au contraire, aux ariens de donner chaque année une nouvelle profession de foi différente des précédentes, et il conclut : ** Si M enim qus priùs definierunt confiderent, noUent profect6 alla « delinire; nec rursiis illis dimissis, ea nunc définirent quœ, ut « ipsi certè meditantur, post aliquod tempus sunt imitaturi.it Nous trouvons ainsi dans Tarianisme sous ce rapport un type du protestantisme.
(2) Toute la lettre de S. Hilaibe à Tempereur Constance roule sur ce point. Je mécontenterai d*en citer ce seul passage, n. 1 : M Qui postquàm nova potiùs cœpit condere quàm accepta «> retinere, nec veterata défendit, nec innovata firmavit; et M facta est fides temporum potius quàm Evangeliorum, dùm et u secimdùm annos describitur. » Ensuite il reproche aux ariens d'avoir changé de confessions de foi quatre fois dans une année* au lieu que la foi de l'Eglise est une et immuable.
(3| Quoique ce Commonitoire tout entier se réduise pour ainsi dire à cet argument, je cède malgré moi au plaisir d'en rapporter ce passage extrait du chapitre 21 : « Quœ cùm ità sint, iterùm « atque iterùm eadem mecum revolvensetreputans,mirari saUs M nequeo tantam quorumdam hominum vesaniam, tantam ex- M cœcatœ mentis impietatem, tantam postremô errandi libidii* nero, ut contenti non sint traditâ semel et accepta antiquitùs X credendi régula, sed nova ac nova in diem quterant, semper
toujours la propriété caractéristique de la seule Église catholique, et qui a toujours suifi pour la distinguer de toutes les sectes fausses. C*est Targument qu'opposait, il y a près de deux siècles, Bossuet aux protestants dans son immortel ouvrage des Variations, comme déjà les anciens Pères de l'Église l'avaient opposé aux hérétiques de leur temps. Or, cette note caractéristique repose uniquement sur la règle de l'Église catholique, qui est le principe d'autorité.
Et c'est ainsi que le fait, comme le droit, conspire à prouver jusqu'à l'évidence que la méthode catholique renferme un principe d'union, et tout à la fois un moyen universel pour la conversion des Gentils. C'est donc à cette règle que nous sommes redevables de la propagation du christianisme, du règne de la vérité dans le monde, de la conversion de la Gentilité, et de la fusion de tous- es peuples en un seul au point de vue religieux, de la formation enfin de la grande famille qui, bien que matériellement dispersée de Torient à l'occident et du nord au midi, est moralement une par l'esprit qui l'anime, et par Torgane de la profession de sa foi. Principe et moyen vraiment
« que aliquid gestiant religioni addei*e, tnutare, detrahere : quasi « non oœleflte dogma Bit quod semel revelatum esse sufficiat, « sed terrena institutio, quœ aliter perfici nisi assiduâ emenda- M tione, immô potiùs reprehensionc non possit. » Dans tous ces anciens hérétiques ne retrouvons-nous pas le portrait des protestants de nos jours!
admirables, et seuls dignes de la divine sagesse comme de la divine bonté, seuls capables de remplir par rapport à toutes les conditions où rbonmie peut se trouva le desdein miséricordieux formé par Dieu de toute éternité de rappeler le monde à la vraie foi, et à cette unité primitive que l'erreur avait détruite. Ainsi se sont vérifiées à la lettre les paroles de David, dont les chants avaient pour objet, tant de siècles d'avance, cette unité de tous les peuples; ainsi ont trouvé leur accomplissement exact les oracles des prophètes venus à la suite du saint roi, qui Tont annoncée si clairement sons les formes poétiques les plus riantes, font dépeinte sous tant d'emblèmes divers, et l'ont saluée de loin comme s'ils la voyaient de leurs yeux. Par la raison contraire, si la règle du protestantisme avait présidé à la fondation du christianisme, le monde serait encore aujourd'hui plongé dans ses anciennes ténèbres d'idolâtrie, de fétichisme, d'aâtrolâtrie et d'autres cultes absurdes. La preuve en est manifeste, puisque cette prétendue règle est touV à-fait impuissante et tout-à-fait nulle pour la conversion du monde, quand même on ne l'envisagerait que comme moyen de propagation de l'Évangile. Elle n'aurait été d'aucun usage, ni pour les savants, ni -^ pour les ignorants. Les savants l'auraient rejetée comme contraire aux idées jusque-là reçues; ils Pauraient méprisée, comme ils le faisaient des livres saints, qu'ils trouvaient trop au-dessous de la Utté^
rature grecque et romaine, et qui manquaient à leurs yeux de cette délicatesse de langage, de cette élégance et de ces ornements de style qu'ils admiraient dans leurs propres écrivains. Et en effet, quoique, comme beaucoup le prétendent, et non sans de graves motifs, les anciens philosophes connussent déjà les livres sacrés des Hébreux, surtout depuis qu'ils avaient été traduits en langue grecque(i), et que depuis dans l'empire romain beaucoup aient eu connaissance des livres du Nouveau Testament, on ne voit pas cependant que, par suite de cette lecture, aucun d'entre eux ait abandonné la religion de ses pères, ou se soit fait chrétien* Au contraire, tous les hom* mes d'un esprit plus ou moins cultivé, d'une littérature plus ou moins ornée, d'mi génie plus ou moins élevé, qui se sont convertis au christianisme, en ont été redevables, tous sans exception, à renseignement oral, comme on le sait positivement de saint Justin, de samt Gyprien et de tant d'autres. Après cela, qu'est-il besoin de rien dire des simples et des ignorants? La chose parle assez d'elle-même. Gomment auraient-ils pu se convertir par la lecture de la Bible, eux qui n'avaiwt aucune teinture des lettres? Si l'on excepte les grandes métropoles où il se trouvait un nombre plus ou moins considérable d'honunes
jl) Voir Baltus, dans sa Défaue des saints Pères accusés de platonisme, Pturks, 1711, liv. i, c. S,
instruits, tout le reste, moralement parlant, même parmi les peuples policés, ne savait ni lire ni écrire. Que dire ensuite des peuples qui passaient pour barbares, et en général Tétaient effectivement, des Gètes, des Sarmates, des Francs, des Bourguignons, des Hérules, des Vandales, etc., etc.? Que dire en particulier des peuples du moyen-âge? Qu'auraient pu faire un Bonîface en Germanie, un Patrice en Irlande, un Augustin en Angleterre , s'ils se fussent contentés de présenter quelques Bibles, même traduites dans les langues de ces peuples? Et cependant la vocation à la foi, Tœuvre de Tapostolat, est de tous les temps et de tous les lieux, comme nous Pavons observé dans notre première partie à Toccasion des sociétés bibliques (c. rv, art. iv, p. 488). 11 faut donc nécessairement avouer que, si les protestants s'étaient trouvés avec leur méthode à l'origine de la société chrétienne, nous serions encore païens, polythéistes, idolâtres. Il suffit de cette considération T pour nous convaincre qu'une telle règle de foi ne peut
venir de Dieu, de l'auteur du christianisme, du Sauveur du monde, et par conséquent que ce n'est qu'une invention humaine, contraire aux intentions et aux desseins divins.
Mais supposons pour nn moment que le protestantisme, non-seulement ait existé dans ces premiers temps, mais même se soit employé avec quelque succès h la conversion du monde païen par le moyen
de sa règle de foi : cette règle eût-elle été un principe unitif ? aurait-elle réuni les peuples dans une même foi, et de manière à ce qu'ils n'eussent tous qu'une même vie, un même esprit, un seul cœur, l'unité enfin? Ce serait une absurdité que de le penser. Car si avec cette règle le protestantisme a eu pour effet de désunir, de diviser, de séparer cçux inêmes qui étaient d'avance unis dans le catholicisme, comment aurait-il pu jamais unir ensemble les peuples païens? Si, partout où a pénétré la Réforme, elle a produit la confusion des langues, brisé l'unité, et séparé non pas seulement les peuples d'avec les peuples, mais les individus d'avec les individus ; si c'est là ce qu'on a vu s'accomplir dans le cours seulement de trois siècles, que serait-il donc arrivé si ce travail de destruction avait commencé dès les premiers temps du christianisme (1) ?
jlj n suffit de jeter un coup d'œil rapide sur Tétat du christianisme tel qu'U est aux Etats-Unis. Là, tandis que les seuls catholiques, oomme le déclare la relation d'une protestante té-* moin oculaire, ont su se préserver des divisions internes, les protestants sont divisés en un ncMnbre presque infini de sectes. Cestraveu qu'a fait mistr. Trolope dans son ouvrage Dômestic manubres of the Americans 1831 . Bubnier, à son toiu*, dans )a Berne britannique religieuse^ ou choix d'articles traduits des meiUeursjournauxreligieuxdelaGrande'Bretagneet des Etats- VnlSy Genève, 1829, nous donne les détails suivants: « L'Eglise éi»scqpale séparée de l'Eglise anglicane compte 11 évéques, 486 ministres, et 240,750 membres; les weslejens, 3 évéques, 1)465 ministres et 382,000 membres; les quakers, spécialement
Et le mai causé par cette règle ne se borne pas là encore ; mais il s'est étendu et s'étend bien plus avant, c'eslrà-dire jusqu'à la perte totale de la foi, jusqu'à la destruction complète du christianisme, et jusqu'à lui substituer le panttiéisme, l'autothéisme, l'anthropolfttrie, comme on l'a vu ailleurs (i'* partie, c. m, art. m). Tout ces monstres d'erreurs ne seraient que le développement naturel du principe protestant. Or, voici l'argument péremptoire que j'infère de ce résultat logique : Serait-on jamais parvenu à convertir les infidèles par un principe et un moyen destructifs du christianisme^ Non, non, cela répugne ; l'absurdité est trop évidente (i). Eh bien, puisqu'il
dans la Penaylvanie, à New- Jersey et à New-York, comptent 750,000 membres; les réformés allemands, 90 pasteurs et 30,000 membres ; lesswedenbor^ens, 30 ministres et 100,00OdÎ8> ciples; les luthériens, 200 ministres et 800 communautés; les mUversalist£Sy 140 pasteurs et 250 communautés; les tremblants, 40 pasteurs et 5,400 disciples; les presbytériens de Cumberland, 60 pasteurs et autant de communautés ; les bap* tistes du libre arbitre, 243 pasteurs et 12,000 membres; les baptistes des six principes, SO pasteurs et 1,500 membres; les baptistes de la libre communion, 23 ministres et 1,284 membres; les sabbatariens, 20 pasteurs et 2,862 membres; les marionites, 200 pasteurs et 20,000 membres; les juppers, dO pasteurs et 3,000 membres, etc., etc.
(1) Cheyssièbe, dans fsan Discours sacré eow^e les numdersy en 1825, a dit avec raison : *» L'esprit de secte est diamétralement opposé à fesprit de l'Evangile, et, biea loin d'édifier TEglise de Jésus, il tend à la détruire. » Et ce ministre était lui-même sectaire! Samuel Vix, dans ses Cmsidérations
répugne que ce qui a fait perdre entièrement la foi ou le christianisme positif à un ai grand nombre de protestants puisse le procurer à d'autres, on doit conclure de toute nécessité que jamais Dieu n'a fait choix d'un tel moyen pour l'accomplissement de ses desseins de miséricorde et de grâce, ou pour le grand ouvrage de la conversion et du salut du monde.
Haiâ pour rendre la chose encore plus sensible, faisons observer simplement qu'il sufiiraitde faire aux questions politiques l'application de la règle du protestantisme pour détruire en peu de temps la société dans ses bases mêmes, comme le socialisme, qui est dans la pratique la plus vive expression de cette règle, en fournit la preuve irrécusable. Comment donc la même règle pourrait-elle produire, par rapport aux questions religieuses, des effets tout différents? Concluons donc, sans hésiter, que la règle de foi de l'Église catholique est la seule qui réponde aux vues de Dieu pour la conversion de tous les peuples du monde à la vérité du christianisme.
(écrites &i anglais) sur l'opporitmité d'assen^ler un concile^ 1629, p. 23, dit de môme « qu'ui> trait caractéristique de la vraie rdigion est de recommander à tous Tunité et la concorde. » Et il était xirotestantl Cest ainsi que la vérité tire des aveux ai sa faveur de la bouche de ses propres adversaires.