LA RÈGLE CATHOUQUE DE FOI CONSIDÉRÉE AU POINT DE VUE THÉOLOGIQUE
ARTICLE PREMIER
La règle catholique est la seule qui satisfasse aux conditions requises pour une règle de foi.
Conditions requises pour une règle de foi. — Ces conditions ne se trouvent que dans la règle catholique. — Aucime secte protestante, et en général aucune secte hérétique, ne s'est jamais arrogé l'infaillibilité. -^ L'Eglise catholique seule se Test attribuée, et s'est conduite en tout temps d'après cette conviction. — Preuves de cette conduite de l'Eglise dans la définition des vérités dogmatiques et la condamnation des
- héi*ésies ; — ce qu'elle n'aurait pu faire sans injustice, si elle n'eût été infaillible. — La nature même de son ministère requiert l'infaillibilité. — Ce qu'on rend évident en prenant pour exemple l'article de la présence réelle dans l'Eucharistie. — On insiste sur cet argument. — La croyance de l'Eglise en sa propre infaillibilité est justifiée par l'Ecriture, — même dans l'hypothèse protestante, — mais principalement par le fait qui s'est continué depuis les apôtres jusqu'à nous. — Elle est donc rigoureusement démontrée. — La seconde condition de la règle de foi est qu'elle soit visible. — Or, telle est la règle catholique. — Elle est démontrée teUe par les emblèmes bibliques dont le Christ s'est servi pour désigner son Eglise. — C'est ce que démontrent la fin, les moyens de sanctification, et le ministère confié à l'Eglise. -» Les protestants n'ont été amenés que par la nécessité au parti désespéré de proclamer l'Eglise invisible. — Absiudité
ée cette opinion. — La troisième condition de la règle de foi est qu'elle soit perpétuelle. — Les monuments bibliques j^uyent que cette perpétuité convient à l'Eglise. — Cette Térité se confirme par la nature même de la chose, — et par l'embarras où se trouvent les protestants quand il s'agit «d'assigner l'époque à laquelle l'Eglise aurait cessé d'être. ~ Si l'Eglise venait à tomber, qui la relèverait de sa chute! — Crimes d'infidélité et de blasphème renfermés dans cette prétention des protestants. — :• Tous les hérétiques qui les ont précédés leur ont ouvert la marche sur ce point. — Dans l'hypothèse protestante, tous auraient eu également raison. — Conclusion.
Dès les préliminaires de cet ouvrage, nous avons -f' exposé les conditions indispensablement requises pour une véritable règle de foi ; les principales sont : rinfaillibilité, la visibilité; la perpétuité, qui comprennent et supposent l'autorité et l'activité dans le sujet qui les possède. J'ai dit que ces conditions sont indispensables à une véritable règle de foi, parce que, si cette règle n^étaitpas infaillible, nous laissant dans l'incertitude sur un point d'une si grande importance, il n'y aurait plus de raison de l'accepter ; car à quoi nous servirait-il de nous confier à im guide trompeur ou qui pourrait nous égarer? Ensuite, si cette règle n'était pas visible, nous ne pourrions y avoir recours dans nos doutes, dans nos difficultés, dans nos controverses ; elle ne pourrait nous rendre ses oracles ou sesdécisions, ni, par conséquent, nous servir de guide, et dès lors elle nous serait complètement inutile. En-
T. II. i«
fin, si elle n'était pas perpétuelle, elleeerait illusoire et inefficace, puisque tout novateur qui viendrait à être condamné par TÉglise pourrait alléguer que la véritable règle de la foi aurait cessé de la diriger, et qu'ainsi la sentence portée par elle contre lui ne serait de nulle valeur. Et il n'y aurait pas de raison non plus pour que les fidèles d'un siècle fussent privilégiés sur ce point plus que ceux d'un autre, ou pour qu'ils possédassent une règle sûre dont les autres, sans leur faute, seraient privés. Tel a été cependant le sentiment de tous ceux des protestants qui ont imaginé de dire que l'Église s'était écartée de la vraie foi depuis le iv* ou le v* siècle, qu'elle avait cessé d^étre la vierge sans tache fiancée au céleste époux, parla même qu'elle se serait abandonnée à une honteuse idolâtrie et à d'autres abominations de ce genre. Hypothèse vraiment singulière! conrnie si ceux qui s'étaient couchés dans la nuit du Si décembre 299 avec uri guide sûr et infaillible, au moins de fait, n'avaient plus trouvé le lendemain matin premier de l'an SOO, comme par enchantement et sans savoir pourquoi, pour guide de leur croyance, qu'une Église prévaricatrice et capable de mille erreurs.
Or, toutes ces conditions ne se trouvent que dans la règle de l'Église catholique. Et d'abord, l'Église catholique est la seule qui ait toujours prétendu et prétende encore à l'infaillibilité, tandis qu'aucune secte ne s'est jamais arrogé un semblable privilège,
et qae les protestants de toute racé déclarent qu'aucun d'eux n'a la prétention d'être infaillible, ou que même chacun d'eux confesse de son plein gré qu'il peut être sujet à erreur, et non pas seulement comme individu, mais aussi comme commimion ou société (1). Gomment ensuite accorder cela avec le sentiment de ceux
(1) Entre cent témoignages que je pourrais citer, a*il en était besoin sur un point de cette évidence, je me bornerai à rapporter la déclaration expresse qu'en fait, comme d'un fait notoire, le luihérieii Db Weitb dans le passage suivant : •< Le vieil exemple d*un synode condamnant les consciences s*est renouvelé à Dordrecht, dans l'Eglise réformée. Ce synode ne fut pas animé par l'esprit du véritable protestantisme, mais bien par celui du o^œ et de rarlRtnâre » (tm PraUHanienf 1828). « Tous tes docteurs de la Réforme, ajoute J. Uyienbogabd {Rép(mses à la princesse Louise^vêuve cfOranien), s'accordent en ce point que les synodes, quelque respectables qu'ils puissent paraître, peuvent se tromper en fait de croyance. D'ailleurs, la règle fondamentale de la vraie Réforme défend de se soumettre à aucun synode, si ce n'est sous la condition expresse que l'on trouve, après l'examen le plus sévère, ses décrets conformes à la parole de Dieu, notre imique règle de foi. Mais ceux qui repoussent ce principe, et qui veulent que chacun se soumette sans Kstrictiou aux décisions synodales, ne sont pas en état de dire pourquoi ils refusent d'obéir aux conciles catholiques; ils donnent gain de cause à leurs adversaires, » Voir La Réforme wntre la Réforme^ déjà citée, 1. 1, c. 8, p. 75 et suiv. TeDeaété SQSBî dôs le principe du protestantisme la doctrine de Luther, de CalviQ et des autres coryphées de la soi-disant réforme. L'Eglise anglicane enseigne ouvertement, art. xxi, que les conciles œcuméniques peuvent errer ^ et qu'ils ont erré quelquefois : May erre, and sometyme hâve erred. Ainsi le porte le vieux texte anglais de l'an 1571, dont je me sers ici.
d*entre eox qui suivent la tendance théosophique, et qui prétendent être intérieurement éclairés par T Esprit-Saint? c'est à eux à le dire. En attendant, nous prenons acte de cet aveu de leur faillibilité, qui leur est arraché par la force des choses et par la nature de leur position, le courage leur manquant pour s'attribuer à eux-mêmes ce qu'ils ont constamment dénié à rÉglise entière.
Du reste, c'est un fait que l'Église catholique, et l'Église catholique seule, a toujours fait valoir son infaillibilité comme son propre privilège, ou comme la propriété que lui a conférée son divin fondateur, et que dans tous ses actes elle n'a cessé d'agir en conformité à cette croyance. Constatons le fait avant tout, et puis nous prouverons le droit.
Ce fait repose sur des preuves nombreuses et des plus éclatantes, pour l'appréciation desquelles il est bon d'observer d'abord que, si l'Église n'avait pas été fermement persuadée de sa propre infaillibilité conmie d'une vérité obligatoire, elle aurait agi injustement, et je dirai même tyranniquement, en proposant aux peuples des vérités à croire comme de foi divine et sous peine d'anathème, avec menace d'une étemelle damnation ; qu*elle aurait condamné injustement et tyranniquement comme hérétiques, et par suite retranché de sa communion et déclaré hors de la voie du salut, tant qu'ils ne se seraient pas repentis sincèrement et soumis à elle, les novateurs obstinés à résister à ses
enseignements; enfin, que ce serait de même injustement et tyranniquement qu'elle aurait imposéavec autorité ses doctrines, tant aux fidèles qu'aux infidèles. Donnons quelques développements à ce que nous venons d'avancer. Qu'à moins d'une intime conviction de sa propre infaillibilité, l'Église ne puisse pas sans injustice et sans tyrannie proposer des vérités à croire comme de foi divine et sous peine d'étemelle damnation, c'est ce qui est évident par la nature même de la chose dont il s'agit. Car si elle n'avait cette persuasion et cette conviction, cette croyance enfin , elle devrait nécessairement se tenir elle-même pour faillible ou sujette à erreur; elle pourrait craindre de se tromper dans ce qu'elle croit et tient pour vrai, et en supposant même qu'elle eût de très fortes conjectures en faveur de sa doctrine, ne pouvant atteindre, quoi qu'il en fût, à la certitude absolue, l'illusion serait toujours possible pour elle. Mais, en ce cas, comment pourrait-elle proposer comme article dogmatique ce qui pourrait être une erreur î Non, jamais il ne pourrait lui être permis de le faire (1). Beaucoup moins pourrait- elle dans cette hypothèse condamner comme hérétique une opinion nouvelle quelle qu'elle fût , et
(1) C'est ce que plusieurs protestants ont non-seulement i*e* connu, mais formellement avoué, comme on peut le voir dans La Réforme contre la Réforme, d'HcENiNGHAUS, ch. m, touf entier consacré à ce sujet, et dans Baudrv, Lareligion du cceur^ 3» partie, ch« m.
— 18» — chasser de son propre sein ou retrancher de sa communion ceux qui la soutiendraient, puisqu'il pourrait se faire, absolument parlant, que cette opinion fût vraie et révélée de Dieu. Tout au plus pourrait-elle exprimer son jugement conmie le feraient des docteurs particuliers, dire sa pemëe, sa croyance intime sur la chose dont il s'agirait, et déclarer que telle proposition mérite à ses yeux telle qualification, telle censure ; censure qui serait certainement d'un grand poids, eu égard à l'autorité dont elle émanerait , et par la présomption qu'elle aurait en sa faveur ; mais^ qui n'aurait jamais la force d'une décision dogmali-que ou d'une condamnation définitive, au point d'obliger chaque fidèle à considârer la proposition condamnée comme une hérésie formelle, et la vérité opposée comme un article de foi. C'est de quoi le jansénisme nous fournit la preuve. Sous prétexte que le pape tout seul n'est pas par lui-même infaillible, et que ses défiinitions et ses censures ne sont censées irréformables que lorsque le consentement des évêques est intervenu, les jansénistes s'étaimt renfermés dans le silence respectueux, sans se croire obligés de captiver leur entendement, jusqu'à croire ou que la doctrine proposée par le pontife fût un véritable article de foi, ou que la doctrine condanmée par lui fût une hérésie formelle (1). De même, comme suivant leur
(1) Voir OEuv. de Fénelon, éd. Versailles, 1821, t X, arer-
opinion TÉglise n'est pas infaillible par rapport aux faits dogmatiques^ les jansénistes refusèrentconstamment de s'engager à admettre ou que les cinq propositions se trouvassent dans le livre de Jansénîus intitulé Augustinmf ou qix'elles y eussent le sens qui avait été condamné cooime hérétique (i), ou, enfin, qœ ce fût le sens de Fauteur.
De pluBt l'effet ne saurait être plus grand que la cause qui le produit. Si donc Tautorité qui prononce n'est pasixifaiUiblei comment peut-elle, sujette qu'elle serait à Terreur, rendre infailliblement vrai rarti<^ qa'elle déclare obligatoire comme de foi? Tout le inonde sait que tout ce qui est défini conome de foi doit être cru avec une tdle fermeté d'assentiment, Cfu'elle surpasse toute autre certitude. Et par consé^ quent il est de la dernière évidence que, sans le sentiment intime et la foi qu'elle a de sa propre infaillibilité, l'Église ne pourrait qu'injustement ou définir une vérité dogomtique, ou proscrire conome hérétique un seul point de doctrine.
Mais il œ serait pas moins injuste de sapartd'im*
tUiemêni. de FédUevr, où se trouvent rapportées suoemcfemenl toutes le9 maïuBuvres eouployées par les jansénistes pourra soustraire à la condamnation portée contre la doctrina de leur maître.
|1) Voir //« ordonnance et inst pastorak de Mgr l'archevé' que de Cambrcd $nr le cas de conscience, avec les autres sur la mime matière dans ieBrokinieB sutyants.
— Imposer sa doctrine, soit aux fidèles, soit aux infidèles, si elle manquait d'une telle prérogative. Car, renseignement de r Église est dans son genre d'une tout autre nature qu'un ministère purement humain, quel qu'il soit. Il ne s'agit pour elle de rien de moins que de proposer ses dogmes comme de la part de Dieu, et non dans un sens impropre, dans un sens large, mais dans le sens le plus étroit et dans toute la force du terme, comme tenant la place de Dieu, comme envoyée de Dieu expressément à cette fin, avec toute l'autorité de Dieu. 11 s'agit d'obliger les hommes à tenir pour vérités révélées de Dieu, pour vérités fondamentales et infailliblement certaines, pour source première de toutes vérités, des doctrines qui, en grande partie composées de mystères, surpassent tout entendement humain, et sur lesquelles en même temps la plus légère méprise serait fatale. 11 s'agit de faire croire ces articles avec la certitude la plus absolue, sous peine pour ceux qui s'y refuseraient de se rendre coupables du crime d'infidélité envers Dieu même, et de s'exposer par conséquent à sa colère et à la perte étemelle de leurs âmes. Si donc il y avait même une simple possibilité que l'Église enseignât l'erreur, qui ne voit qu'en se conduisant ainsi l'Église outrepasserait les limites qui lui seraient imposées, et exercerait par là même sur les esprit» conune sur les consciences de peuples et de nations innombrables une tyrannie dont on pourrait à peine
se former Tidée? De quel droit pourrait-elle astreîn dreTentendement humain à s*assujétir, de la manière que je viens de le dire, à des doctrines qu'on ne comprend pas, et qui pourraient absolument être fausses ou mal entendues?
Donnons pour exemple Farticle de la présence réelle dans TEucharistie. L'Église a toujours enseigné et proposé à croire à tous les fidèles, comme article de foi, que Jésus-Christ est réellement et substantiellement présent sous les symboles du pain et du vin consacrés. Elle a frappé d'anathème quiconque oserait nier, ou seulement mettre en doute un tel article; et cela, en vertu de ces paroles de Jésus-Christ : Ceci est mon corps, ceci est mon sang^ qu'elle a toujours entendues dans leur sens obvie et naturel (1). Si rÉglise avait pu se tromper dans l'interprétation qu'elle a donnée à ces paroles, et qu'elles dussent se prendre au figuré au lieu d'être entendues dans leur sens propre, qui ne voit qu'elle aurait jeté le peuple de Dieu, qu'elle était chargée d'instruire,
jl) n suffit pour nous en convaincre de lire les savants écrits de Bellabmin, De Eucharistie , particulièrement tout le livre m, contenant 39 chapitres, où Tauteur rapporte d'éclatants témoignages de chaque siècle de l'Eglise, à partir du i*' jusqu'au XVF; ceux du cardinal Duperron, t. n de ses Œuvres^ Paris, 16S3, composé de 1024 pages in-fol.; enfin le grand ouvrage de la Perpétuité de la foi, en cinq grands volumes. Tous ces ou- Trages scmt restés sans réplique.
dans le danger éivdent d'une idolfttrie ou matérielle ou formelle perpétuée déjà depuis plus de dix-huit siècles? En convertissant les peuples, qu'auraiirelle fait autre chose, que de les faire passer d'une idolâtrie à une autre? Ne serait-ce pas injustem^t qu'elle aurait condamné tous ceux qui ont pris ces paroles dans le sens figuré, et qui peut-être n'auraient pas eu tort de tes entendre ainsi, et n'auraient été coupables au fond que d'avoir mieux atteint la vérité? Ce que nous disons de cet article, disons-le de tous les autres, puisque la même raison s'y applique également, et nous aurons à tirer la même conclusion.
Il n'est pas moins évident que tout ce que nous . disons de l'enseignement de l'Église par rapport aux fidèles doit se dire également de ce qu'elle ens^gne aux infidèles devenus catéchumènes, par rai^rt aux mystères de la Trinité, de l'Incarnation et de la Rédemption, et aux autres vârités dont elle exige qu'ils fassent profession pour les accueillir dans son sein. Donc l'autorité avec laquelle l'Église instruit les peuples, la sUîcte obligation qu'elle leur fait d'admettre ce qu'elle leur propose comme autant de vérités divines, l'anathème qu'elle fulmine contre ceux qui refusent de lui obéir en ce point, le droit d'enseigner qu'elle ne cesse de mettre en pratique, pour ne pas être ou tyranniques ou injustes, et, disons-le franchement, absurdes même, supposent nécessairement l'infaillibilité. Si donc nous trouvons dans les fastes de
r£g^ qu'elle a toujours agi de cette manière, c'est 006 preuve irréfragable que TÉgiise a revendiqué Tin* faiilibilité comme son privilège, autant de fois qu'elle a manifesté son exigence par ses actes solennels, qui tous requièrent et supposent cette infaillibilité.
Or, il est certain qu'en tout temps l'Élise a ensei* gué avec autorité ses catéchumènes convertis de rinfidélité aussi bien que les fidèles; qu'en tout temps elle a porté des définitions pour dicter ce qu'il y avait à croire sur les .points controversés; qu'en tout temps elle a lancé l'anathème contre les esprits contumaces, rebelles à ses décisions. Toute Thistoire ecclésiastique est là pour l'attester. Qui voudra mettre en doate que l'Église, et l'Ëglise seule, n'ait évangâisé toutes les nations de l'univers? Qui niera que l'Église ait sanctionné solennellement dans ses conciles, et principalement dans les conciles œcuméniques, tous les articles de foi attaqués ou contredits par les novateuis? Les volumineuses collections deç conciles en sont des monuments incontestables, et nous y trouvons du concile des apôtres tenu à Jérusalem à celui de Nicée, et du concile de Nicée à celui de Trente, les définitions dogmatiques portées à toutes les époques par l'Église sur les plus importantes vérités de notre foi, avec les anathèmes lancés par elle contre les erreurs opposées. Qui osera affirmer que l'Église ait autrefois tenu dans ses enseignements une voie différente de celle qu'elle suit aujourd'hui:
je veux dire de la voie de l'autorité; ou qu'elle ait jamais permis qu'on discutât comme incertaines et douteuses les vérités dogmatiques enseignées et sanctionnées par elle? Nous avons donc toutes les preuves historiques désirables que TÉglise, par de tels actes, commencés avec elle et continués sans interruption dans toute la suite des temps, s'est supposé à ellemême l'infaillibilité, attestant ainsi par sa conduite uniforme que cette noble prérogative lui a été communiquée par son divin fondateur.
Il nous reste maintenant à voir si cette conviction, cette persuasion, cette foi que l'Église témoigne avoir de son infaillibilité, est justifiable en droit, et si elle n'est pas plutôt une prétention vaine et une usurpation. En nous en tenant au principe établi plus haut, il ne nous sera pas difficile de justifier encore l'Église sur ce point Ouvrons la Bible, et nous y trouverons que Jésus-Christ a assuré à son Église cette propriété, ce privilège. Sans revenir sur les textes déjà cités, nous pouvons faire valoir en faveur de notre thèse tous les passages où notre Seigneur affirme qu'il sera avec ses apôtres, et par là même avec leurs successeurs, instruisant les peuples jusqu'à la fin du monde ; que les portes de l'enfer ne prévaudront jamais contre son Église bâtie sur Simon Pierre, ou conmie l'expose saint Ambroise (i), sur la foi de cet apôtre;
|1) De fncarjuU.f c. 6, n. 34 : m Fide» ergd, y lisons-nous,
qu'il enverra à ses apôtres le Saînt-Esprit, l'Esprit de vérité, qui demeurera avec eux pour leur suggérer, en les préservant d'erreur, toutes les choses qu'il leur avait apprises lui-même, et pour leur enseigner toute vérité. Confiant dans ces promesses, l'apôtre saint Paul ne se bornait pas à assurer les fidèles que Jésus- Christ parlait en lui (1), et que les Gentils, convertis par lui à la vraie foi, avaient reçu ses paroles comme celles de Dieu même, ainsi qu'elles l'étaient véritablement (2) ; mais il déclarait de plus que l'Église, maison du Dieu vivant, est la base et le soutien de la vérité (â).
Ces témoignages bibliques et d'autres semblables sont les preuves que l'Église donne de son droit à s'attribuer l'infaillibilité ; ce qui sufiirait, suivant le système ou la règle des protestants. D'après cette règle, chacun est en droit d'interpréter la Bible et de se former sur cette interprétation individuelle son symbole de foi. Or, par la même raison, et en vertu
est Ecclesiœ fundamentum, non enim de came Pétri, sed de fide dietum e9t, quia port» mortis ei non prxvalebunt, » Cette même interprétation se retrouve dans beaucoup d'autres Pères, particulièrement du Iv* siècle, signalés par leui^s combats contre les ariens, comme saint Hilaire, saint Grégoire de Nyssc, saint Epiphane : mais nous en reparlerons dans son lieu.
(1| n Cor. xin, 3.
12| I Thes9. m, 13.
|3) n Tim. III, 15.
— i90 — du même droit dont s'autorise chaque individu protestant pour voir dans rËcriture les articles de sa croyance, l'Église peut également y lire les articles de la sienne, d'autant mieux que c'est elle tout entière, prise coUectivem^t, et non un simple individu, qui s'accorde à entendre les passages mentionnés de l'infaillibilité conférée par le Christ. Si l'Église pro* cédait de cette manière, qu'est-ce que les proteck tants auraient à lui répliquer? que pourraient-ils lui opposer? Diront- ils que, d'api^ès les lois ou les canons de l'herméneutique et de l'exégèse biblique, ces passages peuvent et doivent admettre un autre sens? Maisles cathohques pourraient faire la même réplique aux protestants par rapport à l'interprétation que donnent ceux-ci aux passages qu'ils produisent pour justifier leurs prétentions. Et les catholiques s^ai^it d'autant plus fondés à le faire, que leurs adversorai ne s'accordent pas du tout entre eux là-dessus, ^ que les mêmes textes qui, aux yeux de (pidques-unst ont une force invincible pour prouver leur thèse, sont écartés par les autres comme de nulle valeur. Nous avons déjà eu occasion, dans le cours de cet ouvrage, de citer plusieurs exemples de textes qu'invoquaient de commun accord les premiers auteurs de la Réforme en preuve de leurs doctrines, et qui maintenant sont mis de côté par leurs successeurs, avec un accord non moins unanime, comme ne prouvant rien, ou comme devant s'entendre tout autre-
ment qœ ne les entendaient leurs devanciers. Au lieu que le sens donné par les catholiques aux passages allégués pour prouver le don d'infaillibilité accordé à rÉgUse est celui de toute l'antiquité ecclésiasti^ que, sans variation qui puisse Tinfirmer.
Et puis, quelle est donc cette prétention qu'auraient les protestants de jouir seuls du monopole de la vraie herméneutique et de la vraie exégèse? Eh quoi I n'y a-t-il pas toujours eu, et n'y a-t-il pas encore aujourd'hui, dans l'Église catholique, des honuxies instruits sous tous les rapports en matière d'exégèse, d'herméneutique, de philologie, qui, s'aidant des règles ou des canons de la science, ont prouvé que le sens de l'Église, c'est-à-dire le sens qu'elle a donné à ces passages, est le vrai, le seul qui le soit? Car que le catholicisme ait à se glorifier d'avoir produit de tout temps des hommes très habiles dans l'exégèse biblique, c'est ce dont ne disconviennent pas nos adversaires eux-mêmes; et, s'ils le niai^it, non-eeulement nous leur opposerions, pour leur donner le d^enti, les volumes sans nombre qui enrichissent nos bibliothèques; mais de plus, mettant en regard des uns des autres les exégètes cathoHques et les exégètes protestants, nous leur prouverions sans réplique que tout ce que les commentaires des exégètes protestants renferment de mieux a été pris par eux d'un bout à l'autre dans les exégètes catholiques, et non pas seulement quant au sens, mais
encore quant aux paroles (1), sans que jamais ou presque jamais ils en avertissent leurs lecteurs. Gomment donc les protestants peuvent-ils prétendre que leur interprétation eât la seule vraie, à l'exclusion de celle de TÉglise catholique ou de ses interprètes de toutes les époques? Qui ne voit qu'avec des prétentions semblables on en viendrait à des débats sans fin, à des discussions sans raison et sans résultat possible? Nous pouvons donc conclure que, d'après la règle protestante elle-même, l'Église, en faisant valoir les passages allégués, se trouverait en état de justifier victorieusement son droit, ainsi que sa croyance à sa propre infaillibilité.
Mais l'Ëglise a bien d'autres raisons, bien d'autres appuis que la règle des protestants pour s*autoriser dans sa croyance. Suivant les principes exposés plus haut, l'Église, avant même que les oracles que nous avons rapportés du Sauveur fussent consignés dans la Bible, en était déjà en posses^on, et n'en possédait pas seulement le contenu matériel , mais de plus le sens véritable, l'interprétation légitime qu'elle avait reçue de la bouche même de Jésus- Christ, ou, si l'on veut encore, des inspirations de l'Esprit-Saint, conformément à la promesse qui en
(1) Voir Ranolder, ouvr. cit., Hermeneuticœ biblicœ gèneraliê principia rationcUia, chrisliana et catholicaj Quinque Eoclesiis» 1838, part. 3, Hermeneutica catholicot cap. 2, § 60 et seq.
avait été faite aux apôtres : longtemps avant qu'ils fussent écrits, elle les avait mis en pratique, en fai« sant connaître, tant aux catéchumènes sortis de Tinfidélité qu'aux néophytes déjà reçus dans son sein, rinfaillibilité qui lui était assurée par ces oracles du Sauveur, pour qu'ils sussent certainement que tout ce qu'elle leur proposait à croire était la doctrine de Dieu même, dans le sens où elle l'entendait, et qu'ils pussent, en conséquence, former là-dessus leur acte de foi. De là vient que l'Église, qui a suivi immédiatement, si l'on peut parler ainsi, l'Église des temps apostoliques, n'a pas fait autre chose, en in^ terprétant ces mêmes passages, que d'attester un faiij savoir, que le sens de ces textes, tel qu'il avait été enseigné aux apôtres par Jésus-Christ ou par la lumière intérieure de l' Esprit-Saint, était l'infaillibilité promise et garantie à l'Église pour tous les siècles. Par conséquent, les âges qui ont suivi n'ont fait que continuer le même témoignage jusqu'à nous (1). Telle est la véritable raison du sens uniforme qu'on a toujours attaché à ces textes dans le christianisme. Que les protestants voient à présent si la base de la croyance catholique est ferme et solide. L'exégèse scientifique ne peut avoir d'autre objet que de servir d'instrument aux savants pour justifier l'enseigne-
(1) Voir le beau traité des frères de Wallembourg, De Probai. ver testes.
ment de rÉgiise bot ce point comme sur tottt auUre* Quant à rÉgUse eUe-œéme, elle en est indépendante. NoUB avons dû insister quelque peu sur ce sujet, à cause de son importance, puisque de cette infaillibir iité dépend non-seulem^t la vérité catholique, nuûs aussi la fausseté et Tabsurdité du dogmatisme protestant En effet, si TÉglise est infaillible dans sod enseignement dogmatique, on sera forcé d'avouer qu'il n'y a qu'erreur dans tout ce qu'elle condamne où qu'elle réprouve. Le premier soin d'un [»tMestant, conune d'un catholique, devrait être d'examiner si l'Église a été véritablement investie par Jésus- Christ d'une telle prérogative, puisqu'il est évident que, si elle la possède, il serait illogique et absimle de vouloir encore discuter tout autre point de doctrine enseigné et proposé par elle. Je sais qu'il a été / dit par quelques protestants : « Qu'on nous prouve rinfaillîbilité de l'Élise, et nous nous confesserons vaincus. » Eh bien, non-seulement cette infaillibilité est prouvée, mais elle est démontrée, et démontrée avec une telle évidence, que le fidèle même le (dus dénué d'instruction peut en saisir et en apprécier la valeur. C'est une démonstration péremptoire et sans l'épHque, appuyée sur le fait constant de l'Ëgliae elle-même et sur lé droit dont un tel fait tire aon origine (1). Mais en voilà assez sur ce premier sujet.
tl) Voir la dissertation de Tauteur sur ce siget, mtitQlée :
— I§5 — Quant à la seconde condiiîcm, qui est que la règle 4e foi soit visible^ par la raiaon déjà indiquée qu'elle doit être acceasible à tou6, et rendre ses oradea et ses répomies à tous ceux qui la consultent, prodamer la vérité, condamner Terreur, ce qu'elle ne pourrait ù elle était invisiUie, c'est ce qui paraîtra évident^ pour peu <pi'on y réfléchisse. Car une règle de foi invisible, inanimée, muette, ne serait plus une règle, du mcnns une règle prochaine, comme doit Tétre celle dont il 8*agit ici, c'est-à-dire une règle qui soit en même temps témoin, interprète et juge par rapport i nous de tout ce que Dieu nous a révélé, et du sens dans lequel il l'a révâé. Une rè^e muette, comme celle que voudraient les protestants, ne serait, ainsi que nous l'avons déjà observé, cpi'un écho passif de tout ce que l'homme voudrait lui faire dire. Sans -f^ doute que la Bible par dle^méme n'est pas l'écho de toutes les erreurs^ ou, pour mieux dire, qu'elle n'est l'édio d'aucune erreur, puisqu'elle n'est qu'un organe de vérité, comme contenant la pure parole de Dieu; mais ce sont les hommes qui la faussent, en l'adaptant
Sul iitolo di eretiche o di scimatiche sette, che dà la Chiesa eaftoifca aile communUmi dalH divise^ Bologne et Naples, laai, part. 5, avec rappendice en "réponse à l'anglican StaniSY Fabee. L'auteur y prouve sa thèse contre le soi-disant archevêque anglican Wharnley par des raisons à priori, et contre Faber par d'autres raisons à posteriori, ou par les docunients qne fournissent les Pères et les écrivains ecclésiastiques de tous k8Âèdet<
par des interprétations violentes à leurs propres idées, et en lui prêtant un sens qu'elle n'a ni ne saurait avoir. Or, ce n'est pas à Thomme à se former à luimême ses articles de foi, mais il doit les recevoir tout formés, puisque la foi vient de rouie; mais si Touîe doit être frappée, il faut donc quelqu'un dont la voix la frappe, et telle est précisément la règle que nous offre en elle-même l'Église visible et parlante.
Notre tâche est maintenant de prouver qu'effectivement l'Église catholique ou l'Église de Jésu9- Christ est visible, pour qu'elle puisse remplir ou ren* fermer en elle cette seconde condition inhérente à la règle de foi. Mais quoi de plus certain que la visi-^ bilité de l'Église? Jamais personne n'en a douté jusqu'à ces derniers temps. Tout le système de l'Évangile, tout l'ensemble du plan du Sauveur, l'ordre entier de ses desseins réclame la visibilité de l'Église qu'il a fondée. En effets tous les symboles, tous les emblèmes sous lesquels il nous l'a représentée ren* ferment l'idée de la visibilité : c'est une cité bâtie sur la montagne et exposée à tous les regards; c'est un royaume avec son monarque qui le gouverne; c'est un troupeau que son pasteur conduit ; c'est une terre où se trouve un trésor ; c'est un filet qui contient de bons poissons et d'autres mauvais; c'est une aire où la paille est mêlée avec le bon grain ; ce sont les dix vierges dont les unes sont sages et les autres folles ; c'est un champ où l'ivraie germe et croît à
côté du froment ; tous ces symboles sous lesquels l'Église nous est dépeinte avec ses propriétés, que nous manifestent-ils autre chose, sinon que le Sau* veur a voulu que son Église fût visible pour tout le monde, et palpable, pour ainsi dire, pour tout le genre humain?
Outre cela, sa haute destination, les moyens de Tatteindre^ son mode de gouvernement nous révèlent sa visibilité. Car quelle est sa destination, smon celle de sanctifier Thomme en le détachant du soin superflu des choses terrestres» de le disposer à quitter volontairement Tenveloppe matérielle qui Tappesantit, d'élever ses désirs vers le ciel, de le mettre en rap* port continuel avec le monde invisible, de rapprocher de Dieu par la pratique des plus sublimes vertus qu'il puisera dans Fimitation de la Sagesse même incamée? Quelle est sa destination, sinon de conduire Thomme à travers les vicissitudes du temps, de le faire sortir avec avantage de toutes ses épreuves, et de le mettre en état de posséder un jour Tétemité bienheureuse? Tel est en effet l'objet de la mission conférée par Jésus-Christ à ses apôtres, et dans leur personne à l'Église enseignante : de renouveler le monde par la foi, et par la sainteté des œuvres dont la foi doit être accompagnée. Vers ce but, et vers ce but unique, ont été dirigés les moyens d'atteindre one fin si sublime, la prédication, le culte, les sacrements, canaux bienfaisants qui doivent porter l'eau
salutaire et fertilisante de la grftce, puisée à la source inkarissaUe des plaies sacrées et du cœur entr'ouverf de rHomme-IMeu, dans le cœur aride de Thomme^ pour aiimrater sa foi» relever son espérance, ravirar sa charité, le fortifier dans ses faiblesses, le conisoler dans ses afflictions, essuyer ses larmes, réparer se» pertes, le guérir de ses infirmités, le ressusciter i la vie; mais par-dessus tout, vetser dans son âme lesineffables délices du del, et lui donner comme Tavant-goût de Fétemelle possession de Dieu, vérité et charité par essence, dans Taliment mystique de la divine Eucharistie, foyer brûlant, abrégé des mer* valles d* amour opi^ées pour le bien des mortels par le Béd»^teur du monde, par Tami incongMorable des hommes.
Enfin cette grande famille, cette société, ce royaumefoAdé par rHornme-Dieu, conomeune société parSaiite el même la plus parfaite de toutes, ce chef-d'œuvre de la divine Sagesse, devait avoir sa constitution, son» organisme, ses lois, ses moyens de gouvernement ; et il fallait par conséquent que quelquesr^ms fussmt chargés de veiller au maintien et à Texécution de ces» lois, d'en venger les transgressions, de les int^r{»^ ter au besoin, d'en tempérer la rigueur, de dispenser de leur observation suivant Fexigence des cas, en un mot, de gouverner la société chrétienne avec Tautarite nécessaire. Mais comment exécuter ce dessein sans une société visible, sans une société accessible
aux sens, sans une société vivante? Supposer )a chose autrranent, serait une hypothèse inconcevable et toutà-fait absurde, surtout si Ton fait attention à roWîgation imposée par Jésus-Christ aux uns de gouverner, conune le déclare Tapôtre (1)', et aux autres de -ee soumettre et d*obéir, suivant ce que le. même apôtre écrit aux fidèles : « Obéissez à vos supériewsj et leur soyez soumis^ afin qu'ainsi qiiCils veillent pour le bien de vos dmes, comme ayant à entendre compte à Dieu^ ils s'acquittent de ce de* voir avec joie j et non en gémissant, ce qui ne vous serait pas avantageux » (2). Uapôtre saint Pierre écrivait de même aux évêques : < Je vous en prie avec instance, paissez le troupeau de Dieu qui vous est commis » (S). Et aux fidèles : « Soumettez-vous aux prêtres » (ft), c'est-à-dire aux évêques, suivant sa manière de s'exprimer. Enfin, ce serait une hypothèse absurde , si Ton fait attention à Tordre intimé par Jésus-Christ à tous les hommes d'entrer dans son Église , et à ceux qui y sont déjà d'y demeurer. Car tout cela serait vain et illusoire, si TÉ- .glise était invisiUe, et par là mémie hors d'état d'être discernée des sectes qui en usurpent le nom et en sont comme la parodie. Je pourrais pousser plus loin
(1) j4ct. XX, 28.
(2) Hebr, xin, 17.
fS) I PBra. V, 1 et (4) Jbid. V, 5.
mes preuves en les déduisant du mystère même de r Incarnation; mais je crois la chose superflue sur un point d'une si grande évidence, et dans un temps où ceux-là mêmes qui soutenaient autrefois ce paradoxe Font à peu près abandonné (1).
Après tout, ce n'est pas de leur plein gré que les premiers novateurs du xvi* siècle en étaient venus à imaginer cette monstrueuse théorie de l'invisibilité de rËglise ; mais ils y avaient été amenés malgré eux par la dure nécessité de se soustraire à une difficulté toujours incommode que leur faisaient les catholiques. Car comme ces prétendus réformateurs prêchaient i leurs dupes que l'Église était toute corrompue, et qu'ils étaient venus pour la réformer, la reconstruire et
(i) •* Les intellectualistes, écrit le protestant Pustrughek GlANZOW, comme les mystiques, ont tellement rêvé à une Eglise invisible, que l'Eglise visible est devenue comme invisible, avant qu'une seule colonne de l'Eglise invisible se montrât à l'intelligence. L'Eglise invisible, ne peut pas plus subsi»» ter sur la terre sans l'Eglise visible, que l'âme sans le corpe. Le Christ lui-même a établi l'enseignement des pasteurs. '• Voir la Restauration du vrai protestantisme, 1827. Bellâbmix, lib. m, DeEccl., c. u, observe que, dès son temps, les luthériens étaient convenus d'abandonner la doctrine de V Eglise iiir visible à cause des absurdités qui en résultaient. Mœhler, cependant, dans sa Symbolique^ § 46, t. u, fiait voir que cet article n'était qu'un corollaire de la doctrine des luthériens concernant l'inspiration immédiate de chaque fidèle etrinutilité de l'Eglise et de son enseignement, n relève les contradictions de cette doctrine.
la refondre, en la rappelant à la pureté native dans la* quelle elle avait été établie par le Christ, les catholi* ques leur répliquaient de leur côté : S'il en est ainsi, ob sera donc allée se réfugier la véritable Église de Jésus-Christ? Serait-elle anéantie? Et si elle est anéantie, cornaient nos réformateurs pourront-ils rappe* 1er à la vie une institution déjà morte et restaurer ce qui n'est plus? Comment, sans mission aucune, peu-^ vent-ils s'arroger le pouvoir de faire un tel miracle, ces hommes d'un jour, et qui ne sauraient appartenir à l'Église , puisqu'à leur dire elle n'existe plus sur la terre ? Alors, pour se tirer d'embarras, ces soi-disant réformateurs ne trouvèrent rien de plus expédient que de recourir à une Église invisible, composée des seuls justes ou des seuls prédestinés, qui ne sont connus que de Dieu : Église à laquelle appartenaient pré* cédemment les vaudois, les albigeois, les partisans d'Aërius, de Vigilance, de Jovinien et autres grands précurseurs des protestants (i) ; Église vraiment sin* gulière et de structure parfaitement originale, où se trouvaient les hérétiques de tous les temps à l'exclusicHi des seuls catholiques ; Église de telle nature que, comme quelqu'un l'a dit, on n'aurait guère pu déter-
(1) Ce sujet a été traité au long |jar nos anciens contix)Tersistes, tels que Bellarbiin, lib. cit. ; les frères de Walleu- BOUBG, tract. m^De Êcclesiày et tract. Vhi EccleHa fueritanie Lutherum; Coccws, Thesaur,^ t. i, lib. 8, art. 1-4; Suabbz, Contra iiegem AngL, etc.
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ininer si c'était saint Etienne qui en faisait partie ou bien ceux qui le lapidaient, si c'étaient les martyrs ou leurs bourreaux f etc. (i).
Mais de plus, ou TËglise reconstruite et réformée par ces hommes était toujours invisible comme celle qu'elle remplaçait, ou elle était devenue visible. Si elle restait invisible, comment la distinguer de Tautre ? comment la reconnaître ? Ce qu'ils faisaient était donc absdument inutile. Et puis, d'ailleurs, comment réformer une chose invisible? Si, au contraire, elle était devenue visible, force était de conchire que leur Église différait essratielldment de celle qu'avait fou» dée Jésus-Christ, ou, en d'autres termes, qu'elle n'é* tait pas l'Église de Jésus-^rist Dans leur hypothèse, en effet, l'Église de Jésus-Christ serait inviaUe de sa nature ; la leur, au contraire, était de sa nature visible, et, par conséquent, substantiellement différente de la première. Tels sont les paradoxes , les absurdités, les partis désespérés où conduit quekpiefois l'esprit de parti, ou la passion de vaincre (2)1
(1) Voir Moche, Voyage dun IrlandaU à la recherche d: une religion,
(2) Pour se tirer d'embarras, les protestants distinguèrwil TEglise composée à^appelés d'avec TEglise composée des seuls élus, comme on peut le voir dans leurs confessions de foi et par leurs écrits, cités par les frères de Waliembourg, ouvr . et pass. ci-dessus. Malan, pasteur de Genève, écrivain vulgaire, dans son opuscule intitulé : Pourrai je jamais entrer dans PFgfise romaine f etc., comme homme de vieille trempe et piétistcar-
La troisième condition de la règle de foi est qtfelle soit perpétudle, comme devant être la règle à suivre dans tous les temps, ou tant quMl y aura des fidèle» et des infidèles, des honmies enfin à régler. Les infidèles en ont besoin, pour savoir quelle est la vraie foi qu'ils ont à embrasser ; les fidèles en ont besoin ausa , pour se maintenir dans la foi sans se laisser égarer par de fausses doctrines, ou par des doctrines différentes de celles enseignées par THomme-Dieu. Puis donc que la règle de foi ne doit faire défaut aux uns ni aux autres d'ici à la fin du monde, il s'ensuit qu'elle doit être perpétuelle, et n'avoir d'autres limites que celles du.temps.
Mais l'Église elle-même serait-elle d'une égale durée? Sera-t-elle perpétuelle et indéfectible? Eh ! qui pourrait en douter? Pour s'en convaincre, il suffit d'avoir foi à la Bible et au but de la mission de l'Église. Aucune de tant de promesses qui lui ont été faites par le Sauveur n'est restreinte à un temps limité, ou, pour mieux dire, il n'en est aucune qui n'exclue toute limite ou toute interruption dans son cours. Nous avons vu que l'assistance que Jésus-Christ lui a assurée embrasse toute l'étendue des temps, jusqu'à la consommation des siècles; que TEsprit-
dent, nous donne tout bonnement la théorie de l'Eglise invUi- Me, de TEglise des appelés et des élus; il ne reconnaît dans l'Eglise romaine on catholique que VunUé de volonté des démons, r unité des ténèbres, etc., p. 60-80.
U^ Saint doit toujours demeurer en elle : // sera avec
vous à toujours ; que tous les efforts de Tenfer ne prévaudront jamais contre elle : Et les portes de C enfer ne prévaudront point contre elle. Ces promesses sont explicites, elles sont formelles, absolues, et sans •condition qui les restreigne. Il faut donc dire, ou que Jésus-Christ n'a pu ou n'a su maintenir sa promesse €t sa parole donnée, ou que TÉglise, en vertu de sa promesse, doit rester ferme et inébranlable dans les conditions où elle a été établie tant qu'elle n'aura pas achevé sa carrière, c'est-à-dire tant que se déroulera la scène de l'univers. Mais quel est le chrétien qui ose jamais affirmer de Jésus-Christ qu'il manque du pouvoir ou de la volonté de tenir ses promesses (1) ? On en a vu cependant, parmi ceux-là mêmes qui prétendent suivre la seule Bible et toute la Bible pour règle de foi, qui ont osé donner ce démenti au Christ et à ses promesses. Ce sont les nouveaux réformés, qui ont eu le courage de dire que l'Église <ie Jésus de Nazareth, après une courte durée, avait c^^ d'être vierge et sans tache, et qu'en devenant infidèle à son divin époux, elle s'était changée en une vile prostituée par l'adoption d'une multitude d'erreurs, et par sa chute dans la plus abominable
(Ij Ce svget a été traité ex professa par toufi les anciens cootroversistes. Voir entre autres les frères de V^allcmboubo, t. n, De controv, fidei, tract, n.
comme 1» plus grossière idolâtrie. Il est vrai qtfiisne s'accordent pas beaucoup entre eux lorsqu'il s'agît d'assigner avec précision l'époque d'un si horrible méfait et d'une si honteuse prévarication : la plupart se sont arrêtés à dire que cela arriva après les trois premiers siècles de l'èrç chrétienne (1) ; d'autres cependant ont compté aussi le iv"" siècle parmi les beaux jours de l'Église (2) ; d'autres ont soutenu que cette lugubre catastrophe avait éclaté vers le milieu du V* siècle (3) ; d'autres n'ont pas fait difficulté de prolonger ce temps jusqu'à la fin du vi* siècle, quand saint Grégoire-le-Grand, sous l'empire de Phocas, déploya pour la première fois l'étendard de l'antechrist, étendard fatal [qui, à partir de cette époque, a flotté sur le siège de Rome et en a pris pour toujours posses-
|lj Prcbsiley, dans rintérét de sa cause, regarde tout le temps qui s'est écoulé jusqu'à la mort d* Adrien, c'est-à-dire jusqu'à l'an 138 de Jésus-Christ, comme celui qui renferme l'ère de la pureté et de la virginité de l'Eglise. Selon Blondel, • la religian chrétienne a gardé sa pureté et prolongé son âge d'or jusqu'au temps de Constantin, ou jusqu'à Tan 324. • MooBE, ouvr. cit., c. 2.
(3) C'était la prétention de'BEÀUSOBRE, HUt crit. dumanich,, t. n, p. 602, où il disait que l'introduction de Vidolàtfie chréikmie avait eu lieu au iv« siècle.
(3) D'AuBiGNé, dans ses Mémoires, p. 131460, projSose, de l'aveu de» ministres huguenots de France, les quatre premiers siècles pour serrir de règle de foi aux catholiques. Le cardinal DuPEBBOK demanda quarante années de plus, qui lui furent libénlement accordées.
— S06 — tsioii (1) ; d'autres étendit à tout le viT eîècle le règne de Jésus-Christ, et rapportent au yiu'' siècle ce fatal bouleversement (2). C'est-à-dire, que les protestants ont ou réduit ou allongé les beaux jours de T Église selon rintérét du moment et les exigences de la cofttroverse du jour, ou le caractère des adversaires particuliers qu'ils avaient à combattre (â).
(1) HosPiNiEN, par horreur pour le culte des saints et des re liques, considère saint Grégoire-le-Grand comme la source <i*oû a découlé le torrent de la si^[)erstitien et de fldoiàtrie. Lés centunateurs de Magdebourg ne sont pas d*acoord entre i^xix sur ce point.
l2) Le ministre Claude, dans sa controvei'se, ou pour mieux ilive, la honteuse défaîte que Bossuet lui fit essayer, fait entrer ]e vn^ siècle dans les beaux fours de t Eglise,
(3) DAVID HUUE, dans son Essai^ t. m, p. 474, âké p« Gibbon, poi*te son attention sur le flux et le reflux naturel du polythéisme et du trithéisme. Gibbon lui-même, dans son Histoire de la décadence de l'etnpire romain^ ch. xv, accuse l*£gli8e catholique comme coupable d'innoYation, par rai^iort au culte des saints et des reliques, à partir de la fin du iv« aiede ; 8^(Mi lui, elle eut pour correcteurs Thérétique Vigilaiioe et Fauste le manichéen. Il est indubitable cependant que le ii« siècle même nous présente des documents très certains de ce culte, càomme le prouve la lettre de TE^^ise de Smyme sur k martyre de saint P(^ycarpe, rapportée par EmfeBB, L iv, c. 15. Voir RuiNART, préface générale de ses Aeta vuurkfrwm sUicera, et Mamachi, Ong.etanUquit. ckrist., t i, L i, |27; DE Vebt, t. n, p. 18, préface à la lettre de Jubibu. Depuis cette époque si reculée» ce culte n'a jamais été interrompu dans rSglise, tellement qu'il a été iq>prouvé par Wideletpar Jean ]T!?ss. Henri VIII en sanctionna soleanellement la pratique.
— «w — Qooi qu'il en acii de cette variété et de ces eontradictknis, presque tous s'accordât à affirmer que oeuf ou dix siècles entiers ont été témoins de cette défection universelle de TË^ise, qui aurait duré encore bien plus longtemps s'il ne s'était élevé tout-àcoup, pour fat retirer de ce profond abîme où elle ^t «Mevdiie, des réformateurs habiles et d'un cou-rage intrépide. Tels ont été Luther en Allemagne, Zwingle en Suisse, Gahrin en France, et Henri VIII en Angleterre, dont l'oeuvre fut continuée et amenée à sa perfection par la bamie Beih^ digne fille d'un si bon père. Tous, d'accord sur la fin , quoiqu'ils ne le fussent pas également sur les nH>yens, se sont dévoués à cette grande entreprise. Il ne s'agissait de rien moins que de relever et de reconstruire &k entier le chef-d'œuvre de la divine Sagesse, l'Église de Jésus-Christ, qui, bien qu'elle dût, en vertu de ses promesses solennelles et réitérées, se conserver jusqu'à la fin des temps dans son inviolable pureté et dans toute sa sève de vie, était, soit oubli ou distraction , soit impuidsance, tombée en diasoIuticMa malgré * toutes ces promesses, et n'offrait plus qu'un amas
comme le prouve Boasufir, Histùire deg varidUUmSy 1. yji, § 26, 37, et 1. XI, § 157, 165, bien que depuis lor» les modernes anglicans y aient renoncé. Donc, lellux et le reflux de Tidolâtric ne s'est pas arrêté aux cath(diques ; mais chez les protestants eux-floêiiies de tooie couleur il y a flux et reflux pour assigner i'époque de la défection inukginaire de l'Eglise de Dieu.
— »8 — informe de décombres et de débris inutiles. C'est dans cet état de désolation que TÉglise est restée plusieurs siècles, et son malheur eût été irréparable, si ces vaillants hommes ne se fussent montrés pour la relever de ses ruines.
Telle est dans ses termes les plus simples la prétention du protestantisme, prétention qui le porte à s'adjugera lui-même, comme à une Église renouvelée et sortie de ses cendres, les titres d* Église de Jésm- Christ, d'Église évangélique. Or, je le demande, le protestantisme peut-il sans infidélité et sans blasphème maintenir une telle prétention? Et cependant, à moins de proférer ce blasphème, à moins d'accuser THomme-Dieu de ce manque de fidélité à sa parole, il ne peut plus ni vivre ni subsister, sa substitution à rÉglise ne pouvant avoir lieu qu'autant que l'Église elle-même aurait cessé d'être.
Les soi-disant nouveaux réformateurs ne s'étaient sans doute pas aperçus que beaucoup d'autres avant eux s'étaient donné la même prétention. Iln'a pas paru un seul hérétique, dans tout le temps écoulé depuis les apôtres jusqu'au xvr siècle, qui n'ait prétendu relever l'Église de son époque de l'état de défection et de'ruine où, d'après lui, elle était tombée. Car personne aurait-il jamais pris la tâche de réformer la doctrine, le dogme, les pratiques et les rites de l'Église catholique, s'il avait cru que ces articles s'y fussent conservés tels qu'ils avaient été confiés par Jésus-
Christ et ses apôtrtô aux générations suivantes? Non, très certainement Donc» ce fut pour réparer TÉglise tombée dans Terreur et dans les abus, que chacun d'eux put avoir la pensée de lui substituer un nouvel enseignement, ou, conmie ils le disaient, de rétablir la véritable et pure doctrine, perdue par renseignement corrompu de TÉglise catholique. Ainsi, pour ne pas parler de tant d'autres, les donatistes, à la fin du iiv siècle et au commencement du iv*, voulurent réparer TÉglise catholique devenue coupable d'infidélité et toute souillée, en mettant à la place leur propre faction, qu'ils prétendaient être restée seule la vraie Église de Jésus-Christ (1), delà même manière qu'encore aujourd'hui la soi-disant Église anglicane le prétend d'elle-même en s'attribuant le titre d'Église catholique (2). Ce travers qu'ont les hérétiques de
(1) Ils appelaient l'Eglise catbolique du nom de prostituée, conunc on le voit dans saint Augustin, Semi. ad pleb. Cxsar,, n. 8; ils la disaient une invention humaine {ibid.^ Gest. cum Etnerito, c. 33} ; ils soutenaient qu'elle était anéantie dans tant le reste du monde, et qu'elle ne subsistait plus que chez eux (Ub. n, cont.Epist, Parmen., n.2); que l'Eglise de Jésus-Christ avait cessé d'être dès le temps de saint Cyprien (lib. v, De Bapt,, c. 1, etc.).
(2} On ne peut être que frappé de la singulière ressemblance, ou plutôt de l'espèce d'identité que le cardinal Wiseman relève admirablement, dans son cinquième article contre les puséisteSy entre le schisme donatiste et le schisme anglican, quant à Torigiue , quant aux progrès , quant aux actes , quant à la dénomination même d'Eglise catholique qu'ils se sont attribuée T. II. i4
déclarer TËglise catholique souillée et corrompue, et de se croire appelés à la réformer, remonte à une date encore ploa ancienne. C'est un fait avéré, que les gnostiques affirmaient ausffl que T Église, dès le temps des apôtres, s'était écartée de la vraie doctrine de Jésus-Christ, parce que les apôtres eux-mêmes avaient mal compris ses enseignements, et qu'ainsi l'Église avait avorté dès sa naissance (1) , et c'est pourquoi
les uns comme les autres, quant aux Yiolences, quant aux calomnies contre l'Eglise romaine, quant au caractère, etc., etc. Tellement que Newman fit l'aveu verbal, et publia par écrit qu'il était frappé de cette ressemblance entre les donatistes et les anglicans, et ce fut une des raisons qui l'ont p(»rté à se convertir à la religion catholique.
(1) Dès le temps des apôtres, c'est-à-dire à commencer par Simon et par Menandre, les gnostiques s'appelaient eux-mêmes spirituels , et accusaient l'Eglise de s'être corrompue, d'être devenue animcUe, etc. Voir saint Irénée, 1. m, c. xv, n. 2, éd. Massuet.
On a renouvelé de nos jours cette accusation contre l'Eglise de s'être con-ompue dès sa naissance. Langi, par exemple, qui en 1844 a succédé à Strauss dans la chaire de théologie à Zurich, où il avait un auditoire d'à peu près 200 individus des deux sexes, s'est attaché à tracer le tableau du christianisme primitif. Or, il en bonie l'existence à la vie du Sauveur^ et il nie qu'il ait pu passer aux âges suivants. Dans les écrits mémes des apôtres, elle ne se montre pltis dans sa pureté native y de sorte que l'histoire du christianisme primitif a été close dès l'ère apostolique. Voir V Univers, 4 janvier 1844.
Les valentiniens appelaient les catholiques charnels.
Les montanistes les appelai^t psychiques, c'est-à-dire Uyiés à la vie animale.
— »il —
ils se mettaient en devoir de rectifier ses pernicieuses erreurs, de la restaurer et de lui rendre la vie.
Pour moi, je fais le sincère aveu que, sif acfanettais ane fois le principe du protestantisme, ou que PÉglise eût pu périr au nr, au v*, au vi* ou au vif siècle, malgré les promesses de son divin fondateur, je ne saurais comment donner tort à ces anciens hérétiques. Je suis persuadé que quiconque raisonnera logiquement conviendra avec moi, ou que les anciens gnostiqoes et les donatîstes ont eu également raison avec tous les autres, ou qu'ils ont eu également tort. Mais que dira le bon sens? que dira la conscience? Ahl Tunetraob^ diront sans balancer que tous cespréten-
Les manichéens les appelaient simplicîens ; les novatiens sa phdaaient à les appeler apostats; et ainsi des autres. De em^ que l'Elise, depuis le temps des apôtres j4i8qu*à nous, s*est vue ignominieusement accusée de corruption par toutes les sectes hérétiques et schismatiques, et chargée par chacune d'elles des quolibets comme des imputations les plus infimes. Peut-on désinr aaa plus belle preuve de ridentibé de la vraie Eglise dans tous les fiiédes t Voir Maiiachi, Orig, et amUq» christ J t n, lib. I, c. 1 et 2.
De nos jours, c'est-à-dire en 1852, le protestant Sander d'Elberfeld s'est écrié de toute la force de ses poumons au synode de Brème: Rcme^ ou la religion catholique, n'est qu'une excroissance de l'enfer! Le système infernal du papisme mérite toute notre haine, y oit Annales catholiques de Genève, l'^liv., décembre 1852, p. 40. Tant il est vrai que les hérétiques de tous les temps et de toiis les âges se ressemblent par les senti- . ments et par le langagel
dants sont également coupables, également insensés, également infidèles, pom* n'avoir pas craint, dans Taveuglement de leur orgueil, de donner un outrageux démenti au Fils de Dieu, à la Sagesse incréée, au Sauveur du monde, et s'être érigés en réforma* teurs et en restaurateurs d'une Église sortie du flanc entr'ouvert de cette victime d'amour.
Mais il est temps de conclure. Trois conditions principales, qui sont Tinfaillibilité, la visibilité et la perpétuité, étant indispensablement requises, d'après la nature des choses, pour une règle prochaine de foi proprement dite, et ces conditions ne se trouvant réunies que dans la règle catholique, ou dans la règle de l'Église catholique, il s'ensuit, par une conséquence nécessaire, qu'elle est seule la vraie règle de foi, puisqu'elle en remplit seule les conditions, ainsi que nous nous sommes attaché à le démontrer ; ce qui se confirmera encore mieux par cette simple observation, qu'aucune des communions protestantes ne prétend à l'infaillibilité, aucune à la perpétuité, et que plusieurs encore aujourd'hui ne prétendent pas même à la visibilité.
ARTICLE n.
Considérée au pointde Tue M^oZo^îj^ue, la régie catholiqne est la seule qui soit propre à conserver efficacement l'unité de foi et de communion dans TEglise.
L'unité de foi Toulue par Jésus-Christ découle du principe d'une autorité infaillible ; — et c^est par la môme autorité qu'elle se œnserve. — Le principe d'une autorité infaillible est le seul prcprê à produire et àconserrer Tunité de la foi.— La régie de foi desprotestants porte, de leur j^opre aveu, à la division. — Réflexion sur un aveu de cette nature. — Donc la règle de TEglise catholique, la seule qui puisse constituer et maintenir l'unité de foi, est la règle voulue par Jésus-Christ. — Perplexités où se trouvent les protestants. — Comment ils cherchent à se tirer d'embarras. — U est faux que les catho* liques n'aient que l'unité de formules. — Il est faux que les catholiques n'aient pas d'unité. — Leurs disputes domestiques sont même la plus belle preuve de leur unité dans la foi. — Paradoxe de Yinet attribuant l'unité au protestantisme. — Réfutation de ce paradoxe. — L'unité de communion se forme et se conserve par la règle catholique. — Exposé et solution d'une autre difficulté objectée par l'anglican Palmcr contre l'unité de communion de l'Eglise cathdique. — Objection de Jewel et de Leslie résolue. — La règle catholique, la seule qui soit propre à conserver la double unité de foi et de communion, est la règle voulue par Jésus-Christ. — Confirmation de cet argument et conclusion.
Nous avons joint ensemble ronité de foi et Tunité de communion, parce qu'elles concourent toutes les deux à fonner Tunité synthétique et absolue, telle que Jésuft-Ghrist, comme nous l'avons prouvé ailleurs.
a voulu qu'elle existât dans son Église. Nous avons prouvé, dans notre première partie, que le protestantisme détruit cette unité ; mais ce n'était là que la partie négative de notre thèse. Il nous reste maintenant à en construire la partie positive, en démontrant que par la règle catholique seule se forme, se développe et se maintient dans son entité Tunité voulue par Jésus-Christ; et cela par la raison que la règle catholique s'appuie tout entière sur Fautorité, et sur une autorité infaillible. Cette infaillibilité est la condition la plus indispensable à une règle de foi , ainsi que nous Tavons prouvé dans l'article précédent.
En partant de ce point, voici de quelle manière nous développons notre preuve. Que le principe d'une autorité infaillible, tel qu'il a été professé de tout temps et qu'on le professe encore dans l'Ëglise catholique, soit propre à produire et à conserver l'unité de foi , c'est ce qui est évident aux yeux de tous. Par ce principe, en effet» tous ceux qui veulmit embrasser et suivre la religion chrétienne doivent assujétir leur esprit et leur cœur, leur entendement et leur volonté, aux vérités mêmes qui sont proposées par cette autorité. Refuser un tel assentiment à une autorité infaillible serait le refuser à Dieu même, de qui seul cette infiiiilibilfté peut émaner. De là vient que les protestants, qui ne veulent pas de cet assujétissement de l'esprit conmiandé par la volonté, nient en même temps que l'Ëglise soit infaitliMe. Donc, parla raison
coDtraire, si TÉgliâe est réellement infaillible, on lui doit un plein assentimeut; et, par une conséquence naturelle, tous ceux qui suivent ce principe comme règle de leur foi doivent néceseairement s'accorder dans une même croyance sur tous les articles, tant en général qu'en particulieri que propose à croire au nom de Dieu cette autorité infaillible : et c'est aiiitt qfkd découle de ce principe l'unité objective de foi dont il est question dans cet article. Or, l'Église ca<thalique a toi^ours fait valoir une semblable autorité, comme lui étant inhérente, pour proposer à tous les mêmes vérités qu'elle dit avoir reçues de Dieu, et sa condinte sera toujours la même dans la suite des âges ; elle a donc maintenu et maintiendra toujours, en vertu de sa règle, l'unité de foi parmi ses enfants. Et quant à caix qui Im refusent cet assentiment j^ein et parfait, quel que sràt leur nombre ou leur mérite, die n'a jamais, par considération pour eux , fait flé^ cinr sa règle en aucune manière; mais, la conservant toujours intecte, elle retranche sans pitié ces malheomu, et n'en ressimre que plus fortement les liens de son unité avec ceux de ses enfants qui lui demeurefit fidèles.
Il ne sttfût donc pas pour notre thèse de prouver -f" qae la règle catholique constitue et conserve l'uinté de foi; mais il faut faire voir de plus, qu'elle seule est capable de la conserver conune de la produire. Et c'est ce qu'il nous sera très fadie de dém<Hitrer ;
— Îi6 —
car, comme Ta observé saint Augustin (1), il n'y a que deux voies qu'on puisse suivre en matière de religion : savoir, la raison et Tautorité; c'est-à-^ire, par rapport à notre sujet, ou Texamen entrepris sur la Bible par la raison individuelle de chaom, ou Taotorité de TÉglise, qui se porte pour infaillible. 11 n'y a pas de milieu entre ces deux voies, puisque le piétîsme ou le sentimentalisme est la négation de toute foi positive, une illusion placide, une complète insouciance par rapport à tout ce que Dieu a révélé, ou, si Ton veut, un acte de désespoir où Ton se jette par suite de Fimpuissance absolue qu'on rencontre dans le protestantisme de trouver jamais la vérité. L'inspiration intérieure particulière, ou l'enseignement individuel de l'Esprit-Saint, tel qu'il est admis dans le théosq>liisme par les anabaptistes, les quakers et autres sectaires, n'est, conmie nous l'avons démontré ailleurs (1** partie, 1" section), qu'un enthousiasme dangereux, trompeur, contradictoire, et capable de produire une infinité de maux. Il ne reste donc à choisir qu^entre les deux voies que nous avons indiquées. Or, certainement on ne peut pas dire que l'unité de foi se^ maintienne et se conserve par la voie de l'examen, ou par l'interprétation individuelle, le contraire n'étant que trop clairement démontré par l'expérience (2). Ce
. (1) Lib. De verà reHgùme, c. 24, n. 45.
* (2) Saint Augustin développe à merveille cette Térité, non-
qui est si vrai, qu'à la vue de tant de discordances et de divisions amenées par le principe dont il s'agit, beaucoup de protestants de notre siècle, après dMnutiles efforts pour sauver dans le protestantisme quelque semblant d'unité, ont fini par y renoncer comme à une illusion, et quelques-uns même en sont venus à se vanter de cette variété de doctrines, qu'ils assimilent à la beauté de Taroen-ciel produite par la diversité des couleurs (l).
seulement dans le livre, cité tout à rheure. De la vraie religion^ mats plus encore dans le livre />e utilit, credéndi ad Honoror ium^ et spécialement du ch. 6* au 14«. Je vais en transcrire la fln du ch. 8 et le commencement du ch. 9. Après avoir prouvé combien c'est un travail difficile et ingrat que de chercher et d'examiner par soi-même la vérité entre tant de sectes, le saint docteur adresse à Honoratus Fexhortatioil suivante : <« Si diù te quoque affecUtm vides, et si jam snfis tibi jactatus vidtris, finemque hujusmodi laborihus vU imponere; sequere ▼iam cathoTicœ disciplinée, qiix ab ipso Christo per Apostolos, ad nos usqué numavit, et abkinc ad posteras emanaiura est, MdiciUumj inquis, istud est, cùm omnes hanc se profiteantur tenere et docere, Profiientur hoc omnes hœretici, negare non po8sum;sed ità ut eis, quos iilectant, rationem se de obscuris- 9Ms rébus pollieeantur reddituros eàque Catholicam maxime (ximhMiniur^ quàd illis qtd ad eam veniunt prtecipitur ut cre- <^<m/ (c'est là précisément le crime dont l'accusent aussi les pro* testants); se autem nonjugum credéndi imponere, sed docendi (antem aperire gloriantur, » Voilà l'examen privé, la conviction que chacun veut se former chez tous les hérétiques, et de là leurs divisions sans fin.
|1| Malan, ouvr. cit., p. 67.
— «8 — Mais il est bon de confirmer tout ce que nous disons ici par les aveux irrécusables des protestante eux-mêmes. Voici comment nous sont dépeints au \if la nature et les effets du protestantisme par un de ses organes les plus accrédités. Quel est le principe constitutif du protestantisme? c C'est le principe de liberté, répond Yinet, et de l'individualité, appliqué aux matières religieuses» » Ce principe d'individualité est exposé de la manière suivante par le NoweU liste vaudois :« VÈg]ise des professants (1), c'est le protestantisme, mais le protestantisme pur, vrai, logique, conséquent; l'Église qui repose sur le libre examen, sur la conviction, sur la conscience (2). Qu'on impose à la raison l'autorité de la Bible, ou qu'on l'affranchisse de toute gêne, le libre examen, dans le point de vue protestant, a toujours un caractère individuel, et, qui plus est, individualiste. C'est le moi qui se pose, qui examine, qui se forme une conviction; car la conscience, prise comme point de départ, comme critérium^ c'est le moi au superlatif.
|l) On appelle aujourd'hui professants ceux des protestants qui veulent l'Eglise libre, autonome et indépendante^ non-^sealement de TEtat, inaia même de tout symbolimne, ou de toate profession de foi obligatoire.
(2j Qu'on rapproche ces paroles de celles que rapporte saint Augustin dans son livre De tdllUate credendi, et qu'on dise ensuite si les hérétiques modernes diffèrent en quoi que ce soH de ceux d'autrefois, et spécialement des manichéens, dont parie le saint docteur.
kmd VL Yinet a*t-il parfaitement défini TÉglise dans ce point de vue qui est le si®, quand il a dit qptc'éiaiivmeconfédéraiwn des consciences. Cela sqppose que cbaque conscience, est un être à part, Uiire de rester isolé ou de s'associer. En s' alliant à d'autres consciences qui partagent la même convîotion, elle reste toujours elle; comme les cantons confédérés, elle {urétend demeurer indépradante, souve^ raine, inviolable. Si les conditions du contrat sont violées, eUe se retire de la confédération, et, suivant la pratique de ^individualisme, c'est elle seule qui juge de cette violation.
• Le protestantiione ne prétendait d'abord que réformer quelques abus de l'Église catholique, à laqoelle il voulait rester uni ; mais le principe de souveraineté individuelle, qui l'avait engradré et conduit à d'insurger contre les abus, le poussa à se séparer de rÉglise, puis à se diviser et à se subdivisera Tinfini. Par l'intermédiaire du sodnianisme et d'autres sectes de ee genre, ce même principe le jeta dans la pbilo^ Sophie ; avec celle-ci, il fallait parcourir l'idéalisme, le matérialisnie, le scepticiffl)e, le rationalisme, l'éclectisme, et je ne sais combien de systèmes divers, le panthéisme enfin • .
« D'abord l' Eglise de professants comprenait tous les protestants, parce qu'il y a des principes négatife communs qui les rallient contre Borne. Mais comme ils ne prcrfeasaient pas tous les mêmes doctrines sur
-Modes points essentiels, ils ont dû se partager en lu* thériens, zwingliens, calvinistes, anabaptistes, quakers, Qtc. , etc. , et se morceler ensuite sur des articles plus ou moins insignifiants. Les Églises de professants ont embrassé des pays entiers, essentiellement sous la forme presbytérienne; mais en Angleterre et en Amérique, la liberté religieuse n'a pas tardé à produire des Églises congrégationnelles, c'est-à-dire des Églises isolées, des paroisses indépendantes les unes des autres, composées chacune des personnes qui professent la même doctrine, ou plutôt qui ad* mettent certains articles de foi; Églises dont les une& ont leur ministre, dont les autres n'en ont point, parce que chaque fidèle y est docteur et animé du Saint-Esprit. Il n'est cependant pas rare de voir ces congrégations se dissoudre, et ce n'est qu'un progrès de plus ; car c'est la loi du protestantiroie, la destinée qui lui est réservée dans tous les pays où la liberté religieuse lui permettra d'être lui, c'estnà-dire de secouer le joug de l'autorité. En effet, comme, dans le domaine des idées, le protestantisme repose sur la souveraineté individuelle, il doit arriver à cette souveraineté dans la réalité. Coinme parmi les hommes qui examjneqt, il n'y en a pas deux qui voient de la même manière en tous points, qu'il n'y a donc pas deux convictions et deux consciences qui se ressemblent, et qu'une vraie Église de professants ne peut se composer que de personnes qui partagent
— Mien tous pointe la même manière de voir, à défaut de quoi surgit la dissidence, ne fût-ce que sur des vétilles, on est inévitablement conduit à des Églises individuelles. Tôt capitQj tôt sensiis : autant de clochers que de bonnete.
t C*est la dernière logique et le dernier terme du protestantisme, l'individualisme ; c'est sa justification aussi bien que sa condamnation, son triomphe autant que sa défaite ; c'est sa destinée providentielle : réduire rÉglise en poudre et en atomes, la dissoudre; car l'individualisme est un dissolvant si actif, un agent tellement corrosif, qu'il finit par se dévorer lui-même après avoir tout renversé, tout démoli, tout détruit..,.
t L'Église de professante est donc une société libre de personnes qui se rattachent aux mêmes convictions religieuses. Tout s'y élève d'en bas. S'il y a des ministres, ils sont les fonctionnaires, les serviteurs ^e l'Église. On ne les croit qu'autant qu'ils prêchent les croyances pour lesquelles on s'est associé : leur doctrine et leur conduite sont soumises à un contrôle sévère, les fidèles exercent les uns sur les autres une sorveiilance qui dfégénère quelquefois en inquisition. C'est que les 'membres de la société sont parfaitement égaux entre eux et tiennent à s'assurer que leurs associés et leurs conmiis ne les trompent pas. Ici chacun est successeur de Jésus-Christ et des apôtres, chacun est docteur. On rirait au nez de celui qui
prétendrait que les membres de TÉglise qui u^ont pas étudié la théologie, Thébreu, le grec, sont incompétents pour discuter et trancher les questions de doctrine; on croirait plutôt à leur infaillibilité^ car chacun est pape. Dans cette Église, ce sont les troupeaux qui conduisent les bergers, les écoliers qui prescrivent la tâche du maître.
« Ce qui constitue essentiellement les Églises des professants, c'est la doctrine ; ce qui les caractérise, c'est qu'elles sont protestantes par excellence, qu'elles ne reconnaissent d'autre autorité que la Bible, d'autre interprète de la Bible que leur conscience ; quelquesunes ont un formulaire ou une liturgie qui est Pexpression vivante de la doctrine ; mais cela sqipose toujours le consentement des membres de rËglise. En dernière analyse donc, c'est à Ilndividualité, au moi de chaque coreligionnaire que toute l'autorité ^désiastique se rapporte, et, conime nous Tavons vu, cette individualité, quand elle est logique, c'estr ànlire imbue de sa propre manière de voir, et par consècpjn&at exclusive, arrive à n'avoir d'autre Église que sa conscience; congrégation qui, tout atomish tique qu'elle soit, finit ordinairement par se contredire, se diviser, se séparer et se dissoudre » (i).
(1) Le Noumllhie vaudoîSf no 27 de Tannée 1838, article l'Eglise des ProfessaniSy rapporté par BaTORY, La religion dv cœur^ p. 346 et suiv.
J*ai voulu rapporter en entier cet article d'un protestant, et, qui plus est, d'un organe public du protestantisme, non-seulement parce que je n'aurais pas pu retracer avec de plus vives couleurs la nature et les effets de la Réfimne^ mais encore parce que, si je l'avais tenté, je n'aurais peut-être pas échappé au reproche d'exagération* Que de réflexions n'y aurait* il pas à faire là-dessus I Mais je les passe sous silence, pour me borner à mon sujet Nous voyons par cet extrait où conduit l'examen de la Bible : à légitimer toute espèce d'erreurs et d'extravagances, au point que, poor me servir de l'image très juste de M. Vinet, bien qu'il prétende lui*méme sauver l'unité de doc* trine avec le principe protestant, tous les oiseaux de l'air, depuis le chantre funèbre des nuits jusqu'à l'aigle que réjouit la grande lumière du jour, font leurs nids sur cet arbre immense qui s'appelle la Bible (1). De l'aveu donc des protestants eux-mêmes, comme par la preuve expérimentale qu'ils nous fournissent, il est démontré qu'avec la méthode de l'examen individuel, dont ils font leur règle de foi, l'unité de foi n'est nullement possible. Ce qui est la même chose que d'avouer que le Christ, ni ne s'est proposé, ni n'a voulu cette unité de foi, et par là même que les apôtres se sont trompés lourdement quand ils ont enseigné que la foi est une, et que tous les
(1) L'Eglise et les confessions de foiy p. 29.
fidèles devaient penser et dire la même cIiosb en matière de foi ; que d'avouer que la vérité religieuse est introuvable, puisque là où il n'y a pas d'unité, il ne saurait y avoir de vérité déterminée. Voilà où sont arrivés logiquement, presque sans s'en apercevoir, les protestants avec la règle qu'ils ont voulu soutenir et défendre, c'esfc-à-dire à perdre toute foi, et à confesser ouvertement qu'on s'est écarté de la pensée des apôtres, qui ont enseigné, prêché et pratiqué tout le contraire.
Il ne reste donc plus qu'à dire que le Christ, ayant voulu l'unité de foi, a voulu par là même se servir pour la constituer et la maintenir de l'unique voie qu'il soit possible d'admettre dans Tordre actuel de la Providence, c'est-à-dire de la voie de l'autorité, et d'une autorité infaillible. Je dis une autorité infaillible^ parce que toute autre qu'on pourrait supposer ou imaginer est insuffisante en matière de croyances, comme nous l'avons prouvé en son lieu, et c'est une chose qui, du propre aveu des protestants, parie assez d'elle-même (i). Mais une autorité infaillible.
(1) Ces aveux font presque exclusivement le thème entier' du chapitre troisième du premier volume de Touvrage si souvent cité d'HŒNiNGHAUS, La Réforme contre la Réforme, Les protestants avouent que la Bihle seule est insuffisante, et qu'interprétée dans le sens de chacim, elle ne peut produire que des divisions sans fin; ils avouent que la substitution des confessions de foi, faites sans autorité et sans mission divine, est
c*estlà précisément la règle de TÉglise catholique; donc ta règle de cette Église est la seule qui puisse, comme le prouvent du reste les faits, constituer et conserver l'unité de foi.
Accablés sous le poids de ces preuves invincibles, que renforce encore le contraste significatif de la variété et de la mobilité perpétuelle de leurs sectes avec la constance invariable et la parfaite immobilité des croyances de T Église catholique, on ne saurait dire les efforts et les mouvements que se donnent les protestants, les expédients auxquels ils ont recours, pour en éluder, s'il se pouvait, la force. Tantôt ils s'avisent d'aflBrmer qu'il n'y a dans la communion catholique d'autre unité qu'une unité matérielle, fictive, bornée à des paroles, et à de simples formules, sans unité de pensée (1) ; tantôt ils s'avancent jusqu'à nier formellement qu'il existe par le fait cette
une substitution d'un papisme protestant au papisme catholique. Ils avouent qu'à un seul pape ils ont substitué une multitude de petits papes sans dignité, et d'autant plus tracastiers, comme parle J. G. Von Herder, dans son Adrastée^ qu'ils n'ont pour se faire obéir ni pouvoir ni droit. Ils avouent enfin que leurs confessions de foi, comme celles d'Ausbourg, de Dordrecht, etc., sont arbitraires, et des papes de papier qui, pour obtenir l'obéissance, ont mis à l'ordre du jour les destitutions, les bannissements, etc.
(1) C'est c^ qu'ont soutenu entre autres Bretschneider, dans son ouvrage intitulé Henri et Jîitoine, ou des prosélytes de t Eglise romame et de l'Eglise éoangélique; Vinet, Essai, etc., p. 371, etc.
unité si vantée ches les catholiques» divisés entre eux non moins que les protestants (i) ; d'autres fois enfin » que le protestantisme, si Ton prend la chose comme il faut, n'est pas moins en possession de Timité que la reli^ign catholique (2). Mais tous ces
(1) Ainsi ont parlé entre autres Renault, dans son ouvrage mtitulé Histoire des tafiùtions de l^Eglise gallicane; Dt Mottoi, dan» son ouTrage La fèounemrU du Papisme; BitôNAGE, dans son Histoire de l'Eglise ; Edoar, dan» ses Variations dit papisme, par quoi on a voulu répondre à V Histoire des variations de Bôssuet, mais le tout en pure perte.
Si ced ôuvfffg^g ataient réfuté celui de Bossuei, eatntfie te voudraiient nos adversaires, d'oà vient «lu'ils soiti tous aujour^ d'hui ensevelis dans la poussière, tandis que Touvrage de Bo»suet offusque toujours les yeux des protestants! D'où vient que, pour sauver Tunité, ils l'ont renfermée exclusivement dans une Eglise inTi8ibte« comme Ta fait HalàN dans son outrage déjà «ité.
(2) ViNET, dans son Essaie p. 371, avoue qu'il y a uniformUé dans r£glise catholique, et que cette uniformité y exclut les divisions et les sectes ; mais il ^iouteque cela même est la preuve du manque de vie de notre Eglise, attendu que •* vie et diversité sont, dans ce domaine, étroitement corrélatives, et qu'il n'y a point de vie où il n'y a point de secte»; l'uniformité est le symptôme de la mort. » Ce même écrivain avait dit plus haut (p. IBl) ; «< On a beaucoup parlé de l'anarchie protestante, mais c'est de l'unité protestante quHl fallait parler. L'accord frappant qui règne entre les symboles des différentes Eglises protestantes, cet accord (qui fait qu'elles sont divisées les unes d'avec les autres et qu'elles s'anathématisent à qui mieux mieux), cet accord né dans la liberté , dont elle constate la réalité, cet accord est la véritable unité, dont le catholicisme n'est que le fantôme, »
— «7 — efforts sont impuissante, et, pour nous en bien con^ vaincre, nous allons prendre ta peine de les discuter Pun après Tautre.
Serailr-il donc vrai, comme quelques protestants le prétendent, que la règle catholique ne produirait qu'une unité verbale ou qui se réduirait à des formules, et non pas en même temps une unité de pensées? Non, non, mille fois; mais nous avons par elle cette double unité: l'unité intérieure, ou celle de croyances, et Tunité extérieure, ou celle de profession de foi. Et pour mettre cette vérité dans tout son jour, observons qu'il faut distinguer dans les formes de langage deux sortes de pensées qu'elles font naître dans l'esprit, les unes, dirons-nous, fondamentales et essentielles, les autres accessoires et, pour ainsi parler, complémentaires* Pour admettre de commun accord celles de la première espèce, il suffit d'entendre les termes qui les expriment; mais quant aux autres, on s'en pénètre plus ou moins, selon qu'on a plus ou moins de pénétration, d'intelligence, de sagacité et de culture intellectuelle. Donnons pour exemple le mot Dieu. Quant à son concept fondamental, tous sont d'accord, et entendent signifier par là l'Être suprême, le créateur de toutes choses, etc. Mais tous n'en ont pas pour cela l'intelligence que j'ai appelée accessoire et complémentaire, parce que, entre le degré de force de conception que peut avoir par rapport à Dieu un esprit sans culture et
celle d'un philosophe, il y a une distance presque sans bornes. Disons la même chose de ce mot Jé^t- Christ, par lequel tous les chrétiens entendent le Fils de Dieu fait homme, le Rédempteur et le Sauveur du monde, et c'en est là Tidée fondamentale; mais quant aux notions accessoires^ Tesprit d'un profond théologien en est tout autrement fourni que celui d'un simple fidèle. Ainsi en est-il de toute autre expression, de toute autre formule : on pourra toujours y observer identité de conceptions parmi tous les esprits quant au fond et à la substance de l'idée, et en même temps degré plus ou moins élevé d'intelligence selon la capacité particulière et la culture plus ou moins avancée de chaque esprit (1).
Qu'on applique maintenant cette théorie aux formules de foi proposées par l'Église, par rapport aux articles ou aux dogmes à croire, et on trouvera dans tous les catholiques la même notion fondamentale, et en même temps une très grande variété quanta la profondeur de la connaissance, ou à ce qu'il y a d'accessoire et de complémentaire dans cette notion. Et ce que nous venons de dire des formules de foi, disons-le également de tout autre objet non-seulement scientifique et philosophique, mais même simplement relatif à l'usage de la vie. Et en vérité, s'il n'en était
(1) Voir Manzonj, Morale catholique, c. 17, p. 255, édition de Rome.
ainsi, nous ne nous comprendrions jamais les uns les autres dans nos entretiens même familiers, dans les affaires de commerce, de politique, dans les besoins de la vie et dans tout le reste. Qui osera soutenir ce paradoxe? Si Ton admettait dans toute sa généralité le principe de nos adversaires, on détruirait dans ses bases la société humaine. Et d'ailleurs, comment ne voient-ils pas qu'une pareille difficulté, si elle avait quelque force, serait un démenti visible donné à Jésus-Christ et à se» apôtres qui, comme nous Tavons vu, n'inculquent rien plus fortement que T unité de foi et de doctrine? Et comment cette unité pourraitelle s'obtenir sans formules déterminées, pour en offrir avec précision le véritable objet, et faire que la même profession de foi soit sur toutes les lèvres? Sans ce moyen, nous nous trouverions dans le vague, dans l'équivoque, dans l'incertitude, comme on le voit dans ceux qui n'ont qu'une foi négative, c'est-àdire qui n'ont pour règle que la Bible sente et toute la Bible, ce qui est la même chose que d'être sans foi positive et déterminée. De plus, n'est-ce pas l'Apôtre qui a écrit à Timothée : Proposez-vous pour modèle les saines instructions que vous avez entendues de moi touchant la foi (1), sans doute pour exprimer avec justesse et exactitude les choses qui y ont rapport? Or , à quoi serviraient ces saines in-
(1) m nm. 1, 13
stTuctions dans Thypothèse des adversaires, suivant lesquels elles n'exprimeraient que des fornaules matérielles sans unité de sens? Enfin, si ces formules ne sont qu'un vain assemblage de paroles sans rien qu'elles signifient, qu'est-ce donc que les protestants ont à combattre avec tous leurs volumes contre les vérités catholiques formulées en des termes si précis par le concile de Trente? Pourquoi se mettre tant en peine d'attaquer un fantôme, qui n'aurait rien de saisissable pas plus que de réel? Ainsi sont-ils les premiers à démentir leurs théories. On peut voir par là à quelles extrémités sont réduits ceux qui nient l'unité de foi, dans le désespoir où ils sont de pouvoir jamais l'obte» nir aVec la règle qu'ils font profession d'admettre. Il leur faut se mettre en contradiction ouverte avec cette même Bible qu'ils ont la prétention de suivre entièrement et uniquement; avec le bon sens lui-même, comme avec toute l'antiquité; avec eux-mêmes eniia, en annulant par leur propre fait la difficulté qu'ils objectent en théorie.
Mais est-il bien vrai qu'on trouve par le fait cetteunité de foi et de doctrine si vantée dans le sein du catholicisme, et qu'il ne se manifeste pas dans l'Église catholique des dissentiments, des divisions , des disputes étemelles entre ses membres, qui ne le cèdent en rien aux divergences en fait de doctrines que les catholiques reprochent aux protestants, tandis qu'ils sont eux-mêmes continuellement en guerre les
uns contre les autres? On connaît les débats si opiniâtres des gallicans et des ultramontains entre eux par rapport à la supériorité du pape sur le concile, ou du concile sur le pape, et à Tinfaillibilité de ce dernier, indépendante ou non du consentement de Fépiscopat. On n'ignore pas les controverses qui divisent les scotistes d'avec les thomistes, les thomistes desmolinistes, par rapport à l'Eucharistie, à la grâce, à la prédestination et à d'autres semblables matières. Encore veut-on bien s'abstenir de rappeler tant de questions agitées au moyen-âge. Comment donc oser dire qu'en vertu de sa règle, l'Église romaine est une en matière de doctrine et de foi (1 ) î
Mais cette objection est elle-même, j'ose le dire, une preuve irréfragable de l'unité qui règne dans rÉglise catholique en matière de foi et de doctrine, et la preuve, en outre, de la faibfesse des protestants dans ce qu'ils ont à nous opposer. Voyons, en effet. En faisant avant le reste la part de la nature humaine, qui est la même dans les catholiques que dans les protestants, c'est-à-dire portée à s'enticher de ses propres idées, de ses propres opinions sur chaque chose, mais particulièrement sur les objets de science et de religion, il nous suffira de cette première considération pour nous convaincre que, si les catholiques n'a-
(1) C'est ce que nous a objecté entre autres Palmer dans son Tritiié de l'Eglise, p. 1, c. 5, aect. 4.
vaiient pour frein rautorité de Dieu, dont TÉglise est Torgane, ils seraient au même point que les protestants ; mais Thabitude de la foi qui est en eux, avec la grâce divine qui vientà leur aide, fait qu'ils ne s'en soumettent pas moins d'esprit et de cœur à tout ce queTÉglise leur propose dedéfmi comme étant de foi. Ainsi donc, pour tous les articles de croyance en général, comme pour chacun de ces articles en particulier, tous les catholiques ensemble n'ont qu'une même pensée et un même langage; il n'y a pas de diffé* rence sous ce rapport d'une extrémité à l'autre du monde catholique. A la voix de l'Église, publiant avec son infaillible autorité ses définitions de foi, chacun fait sur-le-champ le sacrifice des opinions particulières qu'il pouvait avoir d'abord. Toutes les différences d'opinions qui peuvent exister entre les catholiques ou nos corporations religieuses ne peuvent donc commencer que là où les décisions de l'Église s'arrêtent. Bien plus, chaque catholique ou chaque corporation, prenant pour ces sortes de polémiques son point de départ dans les doctrines de la foi, s'appuie, en les invoquant en sa faveur, sur les dogmes définis d'avance; assuré que ces dogmes sont admis comme tels partons les partis opposés, on tâche de s'en faire un rempart que rien ne pourra ébranler, et tout à la fois une machine de guerre à laquelle il faudra que tout cède. Observons enfin que, si une vérité définie vient à être attaquée par quelque hérétique, tout aussitôt.
quelque divisés qu'ils soient entre eux par rapport à des opinions particulières, franciscains, thomistes, bénédictins, jésuites, se lèvent comme un seul homme pour en prendre la défense.
Maintenant, je le demande, y a-t-il une preuve plus belle de notre parfaite unité de foi que ces divisions intestines mêmes? Quand a-t-on vu les anglicans s'unir de même avec les wesleyens pour combattre les baptistes, ou les luthériens venir au secours des calvinistes contre les épiscopaux, ou les calvinistes se joindre aux luthériens pour soutenir Timpanation contre les zwingliens, et ainsi des autres? Donc il y a une différence fondamentale entre les disputes des théologiens catholiques et les dissensions qui séparent les unes des autres les communions protestantes. Quand nous disons unité de foi et de doctrine, nous parlons de points de dogme sur lesquels il y a entre les catholiques non-seulement unité, mais identité parfaite ; or, les dissidences qu'on leur reproche ici roulent sur des opinions au sujet desquelles l'autorité n'a pas prononcé, et qu'elle abandonne à l'activité de Tesprit humain ; et plus ces disputes entre coreligionnaires sur des questions libres sont vives et animées, plus est forte et frappante la preuve de l'unité qui règne dans le catholicisme relativement au symbole de foi (1). C'est ainsi qu'est non-seulement an-
\l) Ce sujet a été supérieurement traité et développé par
— annihilée, mais de plus tournée en preuve de Tunité de no6 croyances cette difficulté apparente, opposée avec tant de chaleur aux catholiques non-iseulement par les controversistes vulgaires, mais même par les chefs les plus renommés de la polémique protestante.
Après cela , les protestants pourront-ils de bonne foi se dire en possession de l'unité au même titre que les catholiques? Rien que la proposition de cette question serait absurde, à la suite de ce que nous venons de dire et des aveux contradictoires des protestants eux-mêmes; et pourtant, conmie pour nous fournir une preuve de plus de Taccord merveilleux qui existe entre nos adversaires, voilà ce que prétendent établir plusieurs d'entre eux avec un aplomb merveilleux. De ce nombre est le célèbre Vinet, écrivain distingué, je Tavoue, et même jouissant d'une grande considération parmi les siens. Or, c'est cet homme même qui. se fait fort de prouver qu'on ne peut contester l'unité au protestantisme, qu'autant qu'on se forme une idée fausse de l'unité même. Il nous assure, dans son écrit publié il y a quelques années, que c ce n'est pas au protestantisme qu'il faut demander l'unité, qu'il y aurait à cela presque contradiction dans les termes. L'unité, poursuit-il, est
Newman dans sa troisième conférence, trad. de Gondon, Paris, 1851.
— 23& — iàm le christianisme, et nous n'en voulons point d'autre »(1). Il développe encore mieux sa pensée dans un autre écrit plus récent; mais puisque nous avoAs suffisamment parlé de oe dernier dans la première partie de cet ouvrage (2), bornons-nous ici à examiner quelques instants les affirmations qu'il pose dai]3 le preimier en date de ces deux écrits. Il dit donc qu'il y aurait, ou peu s'en faudrait, contradiction formelle dans les termes à demander Tunité au protes* tantisme, attendu que V unité est dans le ehristia^ nisme. A ce propos, observons premièreBaent que notre auteur ne revendique pas Tunité précisément au proiestantisme, mais au christianwne. Observons en second lieu qu'il ne peut pas prendre le protestantisme pour le christianisme, à moins de supposer comme principe incontestable l'identité du christianisnfje avec le protestantisme, de sorte que pour être dirétien il faille faire profession de protestantisme,, et même de protestantisme helvétique, dans le sens de notre adversaire ; ou, ce qui est plus vraisemblable, à moins qu'il n'entende par christianisme l'agglomération et l'universalité de tous ceux qui se disent chrétiens.
Or, si nous entendons la chose dans le premier sens, en accordant même qu'il y ait unité dans la
(1| Cité par BAmmr, La Reliç^ du cmur, p. 316. i2) aiap. Hi, art. r.
confession helvétique, quoique cette unité n'y existe certainement pas, comme, après tout, cette confession n'est qu'une fraction de tout le corps du protestantisme, il s'ensuit de cela seul qu'il n'y a pas unité dans le protestantisme , puisque chacune de ses deux cents fractions diverses fait bande à part, comme la confession helvétique. Ce sont bien là les oiseaux qui tous se tiennent perchés sur l'arbre immense de la Bible, et qui, à commencer par la chauve-souris et te chatrhuant, sans oublier dans le comptel'aigle, ami du soleil, font un concert singulièrement harmonieux en sifflant et criant chacun à sa manière, concert qui assurément n'est pas trop agréable à l'oreille de notre écrivain lui-même. Si, ensuite, nous prenons le mot christianisme dans l'autre signification, nous avons alors devant les yeux toutes les sectes passées, présentes et futures, qui toutes sont non-seulement en désaccord entre elles, mais en contradiction flagrante sur les mêmes articles de foi, soutenant l'une contre l'autre le oui et le non sur chaque point : unité donc qui résulte de l'anarchie, ou qui porte à l'anarchie et au scepticisme ; unité qui n'est certainement pas cette unité demandée par Jésus-Christ et enseignée par les apôtres ; unité qui est le tombeau de toute croyance ; unité qui met le bandeau sur les yeux à tous les chrétiens et les laisse errer à l'aventure. Avouons que les préjugés sont bien forts chez les protestants, quand ils vont jusqu'à aveugler à ce point ceux-là mêmes
d*entre eux qui ont en fait d*esprit la réputation la mieux établie (1) I
Après avoir ainsi écarté ces objections relatives h Tunité de foi, passons à l'unité de communion, qui ne peut de même naître et subsister que par la règle de foi catholique. Et, en effet, comment en douter, à Tautorité en est Tunique sauvegarde, même sous ce rapport? Quoique, absolument parlant, Tunité de foi puisse exister sans unité de charité ou de commurnion, comme il arrive dans le schisme pur et simple (2), il est certain, d'un autre côté, que l'unité de
(1) Le nombre de ces derniers est aussi grand que l'est celui des partisans et des défenseurs des livres symboliques, et qui d'un côté voudraient Tunité, et de l'autre tiennent à y faire entrer tout ce qu'il y a de communions dissidentes, comme faisait le roi Jacques, réfuté par Duperron, et comme font encore aujourd'hui tous ceux qui mettent TEglise anglicane dans l'Eglise catholique, en la considérant comme faisant partie de TEglise universelle, tels quePALMBR enti^e autres, passage cité, etc., etc.
(2) Saint Jérôme {Comm. in Ep. ad, TiL] établit en ces termes la difiérence de l'hérésie d'avec le schisme : » Inter hœre-
- sim et schisma hoc esse arbitrantur, quod hseresis perver-
- sum dogma habet; schisma propter episcopalem discessio-
• nem ab Ecclesiâ separatm*. Cœterùm, nuUum schisma non « sibi aliquam oonfingit hœresim, ut rectë ab Ecclesiâ reces- « sisae videatur. n Saint Augustin dit à son tour: «< Schisma
• (est) recens congregationis ex aliquâ sententiarum diversitatc « dissensio; hœresis autem schisma inveteratum. » [De fide et symb, c 10|. Le S., docteur reconnaît cette autre différence entre l'hérésie et le schisme dans sa lettre 93 (al. 48) ad yinc. Rogat. : » Nobiscum estis (Donatistœ) in baptismo, in symbolo,
charité ne peut subsister sans unité de foi. Par conséquent, la même chose qui engendre l'unité de foi doit pareillement engendrer et maintenir Tunité de charité dans r Église, et, par contre, tout ce qui tend à détruire l'unité de foi tend par là môme à détruire Tunité de charité dans l'Église, Aussi, aucune hérésie ne s'y est -elle jamais élevée sans y produire la division et le schisme. Le schisme peut bien subsister, au moins pendant quelque temps, comme je l'ai déjà dit, sans hérésie ; mais l'hérésie ne saurait jamais subsister sans schisme ; ce qui prouve manifestement que le même principe qui produit l'unité dans la foi produit l'unité dans l'Église , et l'y maintient également par le lien de la charité. Or, l'unité de foi s'engendre et se conserve par le principe d'autorité, qui constitue la règle catholique ; donc l'unité de charité elle-même naît et subsiste en vertu de cette même règle.
Le fait, c'est-à-dire la mise en pratique des deux règles catholique et protestante, confirme à merveille cette théorie. Mettons-les en regard l'une de l'autre, et nous ne tarderons pas à nous convaincre que l'une produit le renversement, et l'autre le maintien de cette unité. En effet, c'est une vérité de fait histo-
« in cœteris dominicis sacramentis ; in spiritu autem unitatis, i* et in virtute pacie, in ipsâ dcniquc catholicft Ecclcsiâ nobis- «• cum non estis. »
— «39 — rique, que le protestantisme» en jetant dans le monde chrétien son principe de Tinterprétation individuelle de la Bible, a par là même semé les divisions dès sa naissance» les a augmentées à mesure qu'il a fait de$ progrès» les a multipliées de plus en plus jusqu'au moment de son déclin» ou jusqu'à ce qu'il tombe pulvérisé par l'excès de ces divisions mêmes (1). D'où il résulte évidemment que c'est lui qui en est la cause. L'Église catholique» au contraire» comme elle a» en vertu de son principe même» pos-
(1) La preuve de toutes ces assertions nous est fournie dans un écrit américain intitulé : An original history of the religUm dénominations ai présent existing in the United States^ prqjectedj compUed and arranged by L. Dajoel Rupp, Philadelphie, 1844, vol. in-4o; c'est-à-dire, Histoire des origines des dénominations religieuses qui ont cours actuellement dans les États-Unis. Cet auteur, qui est pix)testant, comme il le déclare lui-même dans sa préface, a entrepris ce recueil pour répondre aux plaintes que faisaient les diverses commimions (l'être mal comprises ou présentées sous de faux jours par les autres, n avait dans ce but recommandé le soin aux principaux ministres de chaque communion d'exposer eux-mêmes Torigine,* les progrès, la statistique et les doctrines de leurs sectes respectives. Or, mettant de côté la religion catholique, il résulte de ces divei-s exposés qu*il y avait en 1844, pour former le protestantisme des Etats-Unis, environ quarante communions différentes et contraires les unes aux autres, sans compter les subdivisions de chacune d'elles. Et depuis 1844 jusqu'à Tannée dernièrement écoulée (1853), Tauteur a appris par des renseignements certains que ce nombre s'était encore beaucoup augmenté. Et voilà ce que l'écrivain en question appelle toute t Eglise ! Quel monstre d'Eglise qu'une Eglise de cette espèce I
sédé rtinité dès son origine, s'y est maintenue toujours invariablement depuis, et conservera son unité dans tous les siècles à venir, tant que dureront les siècles. Khistoire de TÉglise et celle du protestacntisme, écrites en caractères ineffaçables, nous en fournissent la preuve invincible.
Mais voici que quelques-uns de nos adversaires, soit par ignorance de la vraie notion de Tunité, telle qu'elle est professée dans TÉglise catholique, soit par manque de sincérité , s'ingèrent de rétorquer contre nous notre argument, en essayant de prouver que l'unité de l'Église catholique, sous ce même point de vue, est plutôt nominale que réelle. C'est sur ce terrain que s'est placé , à la suite de plusieurs autres, William Palmer, de l'école d'Oxford, dans son Traité de r Église. 11 a cru prouver sa thèse en nous objectant la petite Église et la secte janséniste, qui ont continué, dit-il, de faire partie de l'Église catholique malgré la différence de leurs doctrines et les condamnations qui en ont été portées (1). Nous laisserons ce qui regarde la petite Église^ comme étranger à notre sujet, puisque, du moment où elle a fait schisme, elle a cessé de faire partie de l'Église catholique ; d'ailleurs, cette secte a à peu près cessé d'être.
Pour nous borner donc à la faction janséniste, dont
— Ui —
la question se rattache davantage à celle de riniitc qui nous occupe, nous allons commencer ce sujet tant soit peu obscur par quelques observations préliminaires, afin de le mettre dans son véritable jour. Ces observations se rapportent, les unes à la doctrino janséniste, considérée abstraitement en elle-même, les autres aux personnes qui l'ont professée ou qui la professent ; et ces dernières, à leur tour, peuvent se rapporter, soit au corps de la faction, soit aux individus qui en font partie. Quant à la doctrine en ellemême, elle ne peut être l'objet d'aucun doute, puis- (lu'elle est condamnée par l'Église entière, comme notre adversaire lui-même en convient. Par rapport ensuite à ceux qui l'ont professée, ou ceux-ci ont fait corps et se sont formés en secte, ou ils sont restés sans union les uns avec les autres comme purs individus. Dans le premier cas, ils ont été entièrement séparés de l'unité de l'Église, et sont mis au rang des autres sectes hérétiques, telles que les protestants, comme il est facile de le voir de l'Église d'Utrecht, qui a toujours été l'objet des anathèmes des souverains pontifes auxquels ces évêques intrus ont pris à tâche de s'adresser pour en être reconnus et reçus en communion (1). Et, par conséquent, de
(1) Voir Mozzi, Délia scismaHca Chiesa di Utrecht. Aujourd'hui cette soi-disant Eglise est sur le point d'expirer, puisqu'eHe ne compte plus guère que 6,000 membres. Le feu roi do HoUande avait empêché le sacre d'im nouvel évéque jansénisto
même que l'existence des autres sectes s^[>arées ne nuit en rien à Funité de TËglise catholique, ainsi en est-il de ce parti janséniste. Si ensuite on veut parler de ceux d'entre eux dont l'existence est restée purement individuelle, on conviendra que chacun de ces hommes est bien coupable d'être ainsi rebelle envers Dieu et son Église. Gonmie cependant il n'y a pas eu, du moins d'ordinaire, de procédure solennelle contre chacim d'entre eux, et qu'en conséquence ils ne sont pas nommément excommuniés, ils continuent de faire matériellement partie du corps de l'Église. Ainsi donc, ils se nuisent à eux-mêmes, mais sans nuire à l'unité de l'Église , qui condamne toujours leurs erreurs.
Tout ce que nous venons de dire des jansénistes pris individuellement doit se dire pour la même raison des déistes, des matérialistes, des incrédules, des athées et de tant d'autres de cette espèce qui peuvent se trouver dans le corps de l'Église. Tant
à là mort du précédent ; de sorte que cette secte a commenoé dès lors à se fondre comme la neige aux rayons du soleil. Le pape Pie IX lui a donné le coup mortel par le rétablissement de la hiérarchie catholique en Hollande, ou par son bref du 4 mars 1853| qui érige en métropole l'église catholique dlJtrecht, en donnant au nouvel archevêque quatre sulTragants Par un bref postérieur, il a frappé d'excommunication Térêque intrus du parti janséniste, qui avait renouvelé la comédie de ses devanciers en écrivant à Sa Sainteté pour lui faire part de sa promotion sacrilège.
qa'ils ne sont pas personnellement condamnés et excommuniés, ou qu'ils ne font pas corps ou secte séparée de r Église, leur condition reste la même. Les mêmes principes sont applicables à tous. Et cela est toujours vrai, quand même la doctrine qu'ils admettent en particulier se trouverait condamnée par l'Église.
Après cela, ce n'est pas la peine de nous arrêter à ce qu'on nous objecte encore des dissentiments qui se sont élevés quelquefois entre divers ordres religieux, ou entre telles ou telles parties du clergé , pour s'en faire un argument contre l'unité de comrmunion (1) . Qui pourrait prendre au sérieux une diffi-
|1) Pour donner un échantillon de la manière dont les protestants s^ingénient à prouver qu'il n'y a pas d*unité parmi nous, il sufEt de rapporter les misérables tirades lancées par Jewel et Leslie, tous deux anglicans bigots y comme on ap* pelle en Angleterre les entêtés et les fanatiques. Jewel, pour établir qu'il n'y a pas d*unité chez les catholiques, allègue entre autres arguments non-seulement les disputes des thomistes avec les scotistes, mais de plus l'usage qu'ont les uns de se raser toat-à-foit la tète, et les autres de ne se la raser qu'à moitié ; les uns de £aire toujours maigre, et les autres de se permettre quelquefois le gras; \ea uns de porter le cordon, et les autres d'être sans ceinture; les uns de s'habiller en blanc, et les autres en noir, etc. Puis il conclut avec tout l'accent de l'amertume : u Les catholiques n'ont jamais été d^ccord entre eux, excepté lorsqu'il s'est agi de persécuter Jésus-Christ ; bHotb seulement ils s'entendaient comme autrefois les pharisiens et les sadducéens, ou Hérode etPilate. » (Rapporté par Newman, Conférences préchées à l'oratoire de Londres, Paris, 1851,
culte de ce genre? Ces dissentiments, qu'on voudrait faire valoir contre nous, ne prouvent que la pénurie d'arguments à laquelle se trouvent réduits nos adversaires, qu'on nous pardonnera de comparera ces animaux qui se retournent pour aboyer contre ceux qui les poursuivent. Ou, s'ils prouvent quelque chose de plus, ils prouvent la faiblesse de la nature humaine, qui se trahit toujours jusque dans ceux qui font profession d'un état de vie plus parfait. Ils prouvent qu'il peut y avoir entre les diverses corporations des rivalités de privilèges, de titres, de supériorité, comme il y en a entre les différents peuples et les différentes villes. Ces rivalités ne nuisent en rien à l'unité de l'Église, qui embrasse toutes les nations diverses dans son sein, pas plus que les contestations des villes entre elles ne nuisent à l'unité d'un royaume : contestations, rivalités dont nous trouvons des exemples jusque dans les apôtres, qui disputaient entre eux lequel d'eux tous était le plus grand, et que notre divin Sauveur fut obligé de réprimer, comme l'Église les réprime encore aujourd'hui, du moment où elles s'écartent visiblement des limites de la cha-
p. 86-87.) Leslie, à son tour, gix>ssit ces accusations des dissidences qui existent entre les gallicans et les ultramontainSi par rapport à Tinfaillibilité du pape, de la l'ivalité qui met aux prises les uns avec les autres les divers ordres religieux, ou les divers ordres du clergé. fVorks^ 1832, t. in, p. 371. Cela signifie simplement ]a manie qu*on a de parler des choses qu*on ignore.
rite (1). Du reste, ces rivalités mêmes, quand elles sont bien dirigées, ont pour avantage d'exercer tes esprits, et de mettre en relief la science et la vertu (2).
Pour reprendre notre discussion après ces diflTiculcultes qu'il nous a fallu résoudre, nous disons que l'Église catholique, par sa nature même ou par l'institution qu'elle a reçue de Jésus-Christ, a dû, comme elle le devra jusqu'à la fin des temps, se maintenir dans l'unité de foi et de communion. Or, puisqu'il est maintenant prouvé que toute autre voie que celle de l'autorité ne peut servir au maintien de cette unité, il s'ensuit, par une conséquence directe et nécessaire, que l'autorité ou la règle catholique est la seule voie qui ait pu être suivie, ou qu'on puisse encore diriger vers ce but. II s'ensuit en outre que l'unité étant, d'après la volonté de Jésus-Christ, une propriété essentielle de l'Église considérée en elle-même, et une de ses notes ou de ses caractères par lesquels elle se distingue de toutes les communions qui ont
(1) Â cette fin se rapportent tant de constitutions des pontifes romains ayant pour objet, ou de laisser à chaque école la liberté de soutenir ses opinions et ses sentiments particuliers, tant qu'il n'était pas intei*venu à ce sujet quelque décision du Saint- Siège, ou encore d'empécber que personne, au préjudice de la charité, ne censurât les sentiments d'autrui en désaccord avec le sien.
(2) Voir Newman, ouvt. et pass. cit., p. 65-102.
voulu ou qui voudraient pncore s'attribuer à ellesmSmes le titre et les avantages de la vraie Église; il s^ensuit, disons-nous, que la règle catholique a donc Jésus-Christ pour auteur. Car qui veut la fin doit vouloir les moyens indispensables pour y atteindre; et par conséquent, si Jésus-Christ a voulu que Tunité se conservât toujours, il a voulu aussi que Tautorité seule fût la règle que T Église n>!t constamment en pratique pour la maintenir et la conserver.
Tout ce que nous avons dit empruntera un nouveau degré de force de cette autre observation qu'il est à propos d'ajouter, qu'il ne s'agit pas seulement d'une unité matérielle, telle qu'elle peut se trouver même dans une fausse secte quand il y a concours de volontés; mais d'une unité formelle^ c'esUà-dire d'une unité qui renferme dans sa notion le principe en vertu duquel elle existe, et doit toujours se maintenir et se conserver telle. Or un principe de cette portée ne peut s'offrir à nous que dans la règle catholique; et toute secte qui s'est formée en se séparant de l'Église catholique ne s'est formée que par la violation flagrante de ce principe, puisque, si l'on s'était toujours maintenu dans la soumission d'esprit et de cœur aux décisions de l'Église, jamais aucune secte n'aurait été possible, et que par conséquent, s'il s'en est élevé en si grand nombre, ce n'a pu être que par la violation de cette règle, ou par suite de la résistance et de la révolte contre l'autorité légitime
tt7 — établie par Jésus-Christ en vue de l'unité. 11 faut donc conclure qu'aucune secte, quelle qu'elle soit, et quelle que soit la forme qu'elle se donne après s'être séparée de l'Église, sa mère, ne saurait jamais trouver en soi le principe de l'unité conçue et ordonnée par JésQS^hrist (!)•
Voilà ce qui explique pourquoi l'ËgUse grecque, l'Église de Russie, l'Église jacobite, et d'autres semblables communions, encore bien qu'elles aient maintenu parmi elles une sorte de hiérarchie tout en se séparant de l'Église catholique, qu'elles se soient donné des patriarches, des primats, des chefs quelconques, n'en sont pas moins privées d'unité, mais conservent tout au plus entre leurs propres membres une union telle quelle , par la raison que ces Églises, en se séparant de l'unité catholique, l'ont dès lors rompue, et ont méconnu l'autorité qui la constituait Ces communions ne peuvent avoir maintenant ni l'unité de foi, ni l'imité de conomunion, ni par conséquent l'unité qui convient à l'Église , d'autant plus que, de même que les premiers auteurs de leur hérésie et de leur schisme l'ont rompue de leur côté, ils ont par cela seul conféré à leurs successeurs et à leurs
|1) Un fait matériel sans principe qui en donne la raison est de nulle valeur. Le même Palmer avoue, dans l'ouvrage cité, que Hinité matérielle ne suffit pas pour constituer la note (Vnnité de l'Eglise. Or, c*est ce principe qui manque à toute communion séparée de FEglise romaine.
partisans le droit d'en user de nxéme à leui' propre égard, ou de rompre avec eux-mêmes l*unité qu'ils avaient les premiers rompue avec l'Église. Si ces patriarches ou ces primats ne sont qu'une fraction, comment peuvent-ils prétendre que leurs adeptes composent un entier? Le premier anneau qui tenait la chaîne une fois supprimé, celle-ci a dû tomber nécessairement. Ainsi les évêques de Moscou ou de Saint-Pétersbourg ont pu se séparer légitimement des patriarches de Constantinople, puisque ceux-ci s'étaient eux-mêmes séparés depuis longtemps du chef suprême, qui est l'évêque de Rome. Ainsi des autres qui se trouvent dans le même cas. De là est né le besoin pour ces patriarches de chercher un soutien à leur unité postiche dans quelque appui extérieur, tel que celui des gouvernements politiques ou des administrations civiles (1). Du reste, portant la peine
(1) C'est comme une loi constante, qne tous les schismes et toutes les hérésies, en se séparant de TÉglise romaine, aient cherché un appui et un secoura dans le gouvernement civil. Prenons-en pour exemple Photius lui-même, qui, en même temps qu'il rompait avec le siège de Rome, se jetait dans les bras de Tempereur de Bjzance en Haisant entendre ces paroles adulatrices : » Domlnus impcratorem nostnim sanctum custodiat M in multos annos, ut Gregorius et nos similiter oramus. Im- « peratori nostro sancto, vicariis autem (Rom. Pontifids) ratio* " nem non prcebemus. » (Conc. Cp. iv, gêner, vni, act. vu. collect. ven. t. xvi, col. 97.) Cet exemple fut suivi par Michel Cérulaire , et de même par Luther, par rapport à Télecteur de
de leur schisme, de leur révolte originaire, ces communions schismatiques sont réduites à Timpuissance d'obtenir jamais la vraie unité, qui ne saurait être la
Saxe, puis par l'Eglise anglicane^ par l'Église de Russie, etc. Chacune de ces Églises est devenue une branche de l'administration civile de son gouvernement. Mais cette allure des sectes est de bien plus vieille date. Déjà les aiiens, en même temps qu'ils niaient la divinité de Jésus-Christ, avaient ravalé la dignité de son Église en essayant de la fœidre avec l'État, Ils déclaraient Constance chef de l'Église, et ce faible empereur, trouvant ce compliment de son goût, publiait dans ses actes quo sa volonté était pour l'Église la seule loi à suivre. (Voir Mœh- LKR, Athanase-le-Gratid, t. m, p. 5-6 et p. 15.) Nil suh sole novum.
Après fout ce que nous avons dit dans ce chapitre de l'unité de foi et de communion ayant pour principe celui d'autorité, qui seul la produit et la maintient, les anglicans ne paraîtront-ils pas ridicules en déclamant comme ils font contre le grave péché du schismey eux qui sont coupables eux-mêmes du schisme le plus criminel t Qu'on lise le petit traité intitulé : Tite young churchman aimedy Londres, 1840, et on y trouvera au chapitre v : Ow the sin of schism^ c'est-à-dire Du péché de schisme, une tirade contre cet énonne crime, c'est-à-dire contre celui de se séparer de l'Église schismatique d'Angleterre !
Et ici la pensée me vient fort à propos de rapporter ce magnifique passage dans lequel le rév. lord Cârl Thynne, oncle du marquis de Bath et vicaire, au moment de son abjuration, de Longbridge-Deverill, en même tempe que chanoine de Cantorbery, expose comme moUf de sa conversion au cathohclsme la doctrine de l'Écriture sur Vunité de l'Église, passage que j'extrais de sa lettre adressée à ses ex-paroissiens, en date du 2 février 1853 : •• Je lis dans la Bible, leur écrivait-il, que l'unité est le sceau que Dieu a imprimé à toutes ses œuvi^es.
fille légitime que de Tautorité divinement établie; ce <iui fait voir le ridicule de tous ces petits traités publiés au sein de l'Église anglicane pour signaler avec
<atuand le inonde se fut plongé dans le crime et que Dieu le punit par le déluge, il sauva une femille, la femille de Noé. Depuis, il appela encore et bénit une famille, la famille d'Abraham. Ensuite il choisit une nation, et fonda une synagogue. Plus tard il envoya son divin Fils sur la terre pour sauver le monde, et Jésus-Christ n*a pas pu être un auteur de confusion ou de désordre ; mais il a maintenu le principe d'unité. Il a fondé fine Église : il l'a fondée sur une pierre ; il Ta appelée un bercail d*un seul pasteur, une vigne, un royaume. Il a institué tm baptême et une Eucharistie. Comme l'Église judaïque était Tombre de cette Église plus parfaite, destinée à lui succéder, et qu'elle était unCf ainsi la vérité qui à remplacé l'ombre, la grande réalité qui a succédé à la figure, est une également. Aussi voyons-nous par la suite que les apôtres ne parlent que d'«ft€
Eglise, d'une société du Christ, d'un corps, d*une maison
L'Eglise est une colombe ; c'est une arche du salut, et sa foi est une. Elle est visiblement ici-bas le corps mystique du Seigneur, qu'elle représente, et elle est une omime l'Etemel. Elle a pour destinaticm de conserver le christianisme ou la révélation divine, unique principe de salut pour tous les âges; et comme la révélation est une, ainsi l'Eglise, qui en est la gardienne, est une. On ne saurait donc admettre la théorie d'Eglises nationales indépendantes, d'Eglises renfimnées dans les limites d'un territoire et séparées des autres. Le principe d'Églises nationales est dissolvant de Vunitéf et destructif de la mtJudicUé, L'Écriture sainte m'a appris à croire que Yuniii est ime note de l'Église du Christ. L'Église anglicane possède-t^dk une note semblable! Est-elle une avec le reste de la chrétientét -Que dis-Je f est^le une en elle-même! N'est-elle pas plutôt la maison divisée contre elle-même î Toilà aiqourd'hui trois cents
emphase les torts énormes des dissidents qui avaient fait schisme avec leur propre Église ! ! !
Il semble donc évident que nous pouvons conclure avec toute vérité que la règle catholique de foi est la seule qui soit propre à maintenir efficacement Tunité de foi et de communion dans T Église.
ans qu'elle a perdu cette note de vraie Église, et ello ne la recouvrera qu'en revenant, touchée de i*epentir, à ce centre à'unUé, dont elle s'est séparée à cette fatale époque. «
ARTICLE m.
Considérée au point de vue théologique, la règle catliolique de foi est la seule qui soit inflexible en ellemême, et propre à maintenir dans son immutabilité le • dogme chrétien.
L'immutabilité et Tinflexibilité sont des attributs de la vérité.
— L'Eglise, en vertu de sa règle, est immuaUe et inflexible dans son enseignement dogmatique. — Et cela parce qu'elle jouit d'une autorité infaillible. — On trouve dans presque tous les anciens monument» chrétiens des preuves plus ou moins explicites de la doctrine catholique. — Rapprochement, sous ce rapport, entre le christianisme en général et le catholi-cisme en particulier. — La fermeté et l'inflexibilité de l'Église ont triomphé des plus dures épreuves. — L'Église fait preuve de sa feimeté en ne permettant jamais qu'on remette en discussion les points déjà définis. — Plutôt que d'abandonner ce principe, elle a mieux aimé faire le sacrifice de royaumes entiers. — Reproche mal fondé, fait à l'Église par les protestants, d'avoir changé en matière de foi. — Cette accusation se détruit par les contradictions mêmes où elle les fait tomber.
— par l'inspection du symbole, — par la preuve que présentent les dogmes définis par le concile de Trente. — Mauvaise foi des controversistes protestants. — Qui sont ceux qui accusent l'Eglise de nouveauté, comment ils s'accordent euxmêmes entre eux. — Nouvelle comparaison entre la règle catholique et la i*ègle protestante par rapport à leurs effets, et conclusion.
L'inflexibilité et l'immutabilité sont les attributs propres de la vérité, les prérogatives qui lui appartiennent exclusivement. Dieu est l'immutabilité même, précisément parce qu'il est la vérité essentielle. L'er-
— i53 — reur est changeante et variable, flexible en tous sens, mobile et dans une fluctuation continuelle. C'est à ces caractères qu'on la discerne de la vérité. Or l'Église, selon TApôtre, est le soutien de la vérité; elle est l'organe de Dieu, dont elle porte la vérité à la connaissance de la terre entière : il faut donc cfu'elle soit toujours une dans son enseignement, toujours la même, toujours identique, parce que la vérité qu'ellei annonce Test aussi. Si elle variait dans un seul article, dans un seul point de doctrine, elle démentirait par là même sa divine mission, elle ferait voir au inonde qu'elle aurait cessé d'être l'oracle de Dieu et de la vérité par conséquent, et qu'elle ne serait plus que celui du mensonge et de l'erreur, parce qu'elle serait en contradiction avec elle-même. Mais dans le système catholique, un pareil phénomène ne se produira jamais. Car, comme Dieu ne peut pas se démentir ou se contredire lui-même, que cela répugne à sa nature et à son essence, il doit en être de même de l'Église, qu'il a choisie pour être l'instrument et le moyen de la manifestation de ses vérités à tous les peuples de la terre, et à qui il a dû communiquer pour cela le privilège nécessaire de l'infaillibilité. L'Église, comme nous l'avons démontré plus haut, n'aurait pas le droit d'enseigner les vérités de foi jusqu'à obliger chaque intelligence à s'y soumettre intérieurement, si l'infaillibilité n'accompagnait les enseignements qu'elle distribue.
Étant donc infaillible dans ce qu'elle enseigne, et imposant sa doctrine aux peuples avec une autorité de cette nature, il est impossible qu'elle se départe jamais d'une vérité qu'elle aura définie une fois comme article de croyance. Avec la conscience qu'elle a de sa prérogative, de son privilège et de son droit, elle ne souffrira jamais que personne attaque impunément un point, quel qu'il soit, de ses doctrines. Aussi voyonsnoi» que, toutes les fois qu'on a osé l'accuser d'erreur sur quelques points de ses enseignements, quand même il n'y aurait pas eu antérieurement là-dessus de définition expresse et solennelle de sa part, elle a toujours condamné ceux qui lui adressaient ce reproche, les a rejetés de son sein, les a voués à l'anathème comme de téméraires novateurs. La définition solennelle qu'elle a coutume de porter dans ces cas n*esl au fond qu'une solennelle protestation de la possession où elle est, une confirmation, en un mot, de la vérité qu'elle enseignait d'avance, un symbole enfin destiné à garantir de toute surprise et à sauvegarder les fidèles. Et comme l'enseignement de l'Église est nécessairement toujours identique à lui-même, de là cette ardeur qui se remarque dans les controversîstes à dérouler les vieux documents, pour y trouver la preuve péremptoire contre ses ennemis actuels, que tout ce qu'elle croit et enseigne aujourd'hui, elle Ta cru et enseigné dans tous les temps.
La présomption qu'on a de découvrir ces sortes
de preuves est telle, que tout controversiste studieux et diligent les cherche avec confiance, sûr que ses travaux ne resteront pas en pure perte. Que si certaines conjonctures empêchent de trouver dans les anciens monuments des témoignages positifs en faveur d'un article particulier de doctrine, sans doute parce que Toccasion ne s'en sera pas offerte aux an-> dens, on est assuré du moins de ne rien y trouver de contraire. J'ai dit tout controversiste; car pour TÉglise elle-même, elle n'en a pas besoin; elle a dans sa seule croyance actuelle toutes les preuves désirables de sa croyance primitive et, pour tout dire, de sa croyance de tous les âges. Le plus souvent, au reste, le document cherché se découvre plus tôt ou plastard, pour venir ainsi en confirmation de la vérité contredite. Il n'amve presque jamais que les archéologues sacrés étudient quelque nouvelle pierre, quelque inscription, quelques vitraux, quelque pierrerie ou d'autres semblables objets, sans y voir une preuve de plus de l'identité de la croyance primitive avec celle qu'ils ont à défendre contre les nouvelles hérésies (1). Les seuls cimetières chrétiens de
[1| Cest ce qu'a prouvé, par le fait, Gêner» dans son ouvrage en six volumes iii-4o» intit. Thedogia dôgmatico-scholastica focrx atUiquUatis m<mumenti$ Ulustrataf Rome, 1777, où l'on voit presque tous les dogmes œntestés par les protestants prouvés par TexplicatioB des inscriptions antiques. Voir aussi Zaccaria, Dissert, de veterum chrisUanarum inscripilonitm
l'antique Rome suflSsent pour confondre les protestants par rapport au culte des saîhts, à leur invocation, à la vénération due à leurs reliques, au purgatoire, au soulagement des âmes des défunts par les prières des vivants, à la vénération des saintes images (1). Nous dirons la même chose du dépouillement des écrits anciens où, avec la physionomie catholique qui s'y fait remarquer, il est immanquable qu'on ne trouve la preuve de quelque dogme ou de quelque pratique de l'Église actuelle (2).
Le même phénomène qui s'observe tous les jours dans le christianisme, ou la vérité chrétienne en général, se reproduit ici dans la foi catholique en particulier. Les objections cherchées spécialement dans les sciences, dans la chronologie, dans la numismatique,
in rébus iheologicis usu; et De tisu librorum lUurgicorvm in rébus theologiciSy dans le 1«^ vol. de son Thesaur, Iheolog.
(1) Nous en trouverons la preuve dans les volumineux ouvi-ages de Bosius, d'Arringhi, de BoNARom, de Marengoki, et de tant d*autres habiles archéologues sacrés, enfin dans Touvrage récent du savant P. Mabchi, intit. Monumenli prbnUM deir arte christiana nella metropoti del cristianesimo, Rome, 1845. Ce travail a été interrompu par la révolution, et s'est arrêté à sa 17e livraison.
(2) Nous avons pour preuve de cet autre point les deux riches collections du card. M aï, intit. Scriptorum veterum nova col' lectio é codîcibus Faticanfs editUy Rome, 1831, dix vol. in-4<^, et Spicilegium Romanum, Rome, 1844, dix vol. in-8», où se trouvent de précieux documents à Tappui des dogmes catholiques.
dans les arts, dans Thistoire, contre les vérités chrétiennes et la religion révélée, paraissaient dans le principepresque insolubles. Les faibles en étaientébranlés; mais les chrétiens solides se tenaient tranquilles, assurés qu'ils étaient que tôt ou tard on trouverait la pleine solution de ces difficultés. Leur attente n'a point été trompée. A mesure que les sciences ont acquis des développements nouveaux, et que derâge d'enfance elles ont passé à l'état viril , toutes ces objections se sont évanouies comme par enchantement (1) . Et c'est ainsi que l'étude plus approfondie des antiquités, l'inspection d'antiques monuments, ont fini toujours par procurer à la religion une confirmation plus éclatante de ses doctrines, à la honte de ses ennemis. Pour passer sous silence les découvertes faites en Egypte par ChampoUion et par Rosellini (2), les!^fouiiles plus ré-
(1) Voir Touvr. intit. La religion constatée umversellement à
Fttide des sciences et de l'érudition moderne , en 2 vol., 2« édit.,
Paris, 1843, et particuliërement le chap. vu de cet ouvrage, où
Tau^ur passe en revue toutes les sciences auxquelles on a em-
. pninté des difficultés contre le christianisme.
|2) / monumenti delV Egitto e délia Nubia, per Boseluni, Pise, 1832-1833, en 2 vol. in-8». Voir Wiseman, Discours sur les rapports entre la science et la religion révéléCy dise, iv, part. Il, où l'auteur cite, outre Champollion, plusieurs autres archéologues. Joindre à tout eela les travaux de Léon de Laborde , Comment, géograph. sur r Exode et les Nombres, Paris, 1841, in-fol., et la relation de son voyage dans TArabie Pétrée, où il éclaircit divers passages des livres saints qui prêtaient matière à de graves objections de la part des incrédules. T.n. 17
centes encore des hiines de Niiiive et de Thèbes soût une dtoioûstraUon de plus de la vérité des livres saints (i). Eh bien ! les vérités eiclusivemait catht)liques trbuvent de même leur démonstration dans toute découverte nouvelle qu'on petit faire de manuscrits^ ou d'autres objets de Tàntiquité ecclésiastique^
Qu'y à-t-îl donb à s'étonner^ si l' Église s'est toujours montrée si rigide et si inflexible pour le maintien de ses décisions solennelles une fois portées, puisqu'elle n'a jamais rien changé dans ses enseignements même avant qu'ils fussent formellement définis? C'est un fait notoire^ que l'Église s'est toujours attachée invariablement à tous les points dé dogme qu'elle a Une fois décidés ; et dans le long cours de bientôt dix-neùf siècles on né Saunait citer un seul cas où l'Église ait, je ne dirai pas changé, mais seument modifié en cette matière quelqu'une de ses décisions. Ajoutez qu'il lui a fallu souvent endurer
Dans ces dernières années, il a paru un ouvrage intéressant pour servir à rhistoire de l'Amérique, intit. Carias para servir de introduction à la historia primiliva de las naciones civilir zadas de la America Setentrional, par el Abate Don E. Caklos Brasseur de Bourbourg, en caste (lano y frances^ Mejtico,
(1) Voir les ouvr. intit. lyiniveh and Us remains; Hesearches and dUcQveries in ancient Assyria, hy A. Layard, Londres, 1849 ; et Monument de NitUve découvert et décrit, pai* M. P.-E. Botta, mesuré et dessiné par M. C. Fi.andrik, Paris, 1850.
dies ttonlradieliôns, des tl-avérses, deè itienacefe, dfeà persécutions violeiites, opiniâtres, persévîébantèà, el i^tuelquefoîs durant des siècles entiers, dé là part de la puissance politique. Mais tous ees moyens essajiés conttre elle ont été en pure perte !
Elle avait deis obligatiotis toutes particulières envers !e grand Constantin* Or, on sait qute ce prittce, s*étant laissé circonvenir el surprendre par la factloh arienne, commença à protéger le malheUreuît Ariils, et s'employa activement, et eh particuiier par une lettre conçue de la manière dont la politique à coutume de le faire pour les questions relig:îeuses, c'està-dire avec le ton du dédain et de Tindifférence , pàlaf ^' Arius et Alexandre cédassent chacun quelque chiôsé dé leurs prétention^, «et qti' ainsi l'Église achetât une paix ignominieuse ^ar le sacrifice qu'elle ferait de la vérité (1). Puis il ordonna que saint Alexandre, évêque d'Alexandrie, reiidît la communion à cet hérésiarque, déjà condariiiiê au concile de Nîcée (2) ; mais ce fut en vain, attendu qu'un acte
(1) Cette lettre a été rapportée par Socrate, 1. 1, Hist. eccl., ch. 7 ; Tempereur y écrivait entre autres choses : « Istud quod « levem inter vos excitavit contentionem, quandoquidem ad lo- M tius religionis summam non pertinet, non est cur ullum inter « Yos dia^idium, ac seditionem faciat. Âtque b«ec non eè dico, ** tft Vûft de ineptâ, qualiscumqtie deiAùm vocanda est, qu^- - tione, idem omninô sentSré cogatti, etc. »
[% iWrf. c. 27-38. Cf. SOZOM, 1. n, c, 29-30; S, ATtiAN. (h Epist. ad SetapUmem.
de cette nature aurait pu porter atteinte, au moins indirectement, à la définition de ce concile. Combien rÉglise a eu ensuite à souffrir de vexations et de persécutions de toute espèce sous le long règne de Constance, fils et successeur de Constantin ! C'est ce que personne n'ignore, et ce qui a doniié à Mœhler le droit de dire que, si T Église n'avait eu Dieu avec elle, elle aurait couru un grand danger de périr (1). La condition de l'Église ne fut pas meilleure sous l'empereur Valens. Eh bien, elle a tout enduré ; beaucoup de ses évêques et de ses prêtres, beaucoup de ses simples fidèles ont été frappés d'exil, punis par la confiscation de leurs biens, condamnés à mort : l'Église a enregistré dans ses fastes leurs noms glorieux, et n'en est devenue que plus ferme à soutenir la définition de Nicée. Combien de fois ces scènes d'horreur, ces terribles épreuves, n'ont-elles' pas été renouvelées presque de siècle en siècle pour l'obliger à revenir sur les formules consacrées dans ses décrets dogmatiques, ou à en adoucir du moins quelques expressions? Quelle guerre n'eut-elle pas à soutenir contre l'empereur Anastase , ennemi du concile de Chalcédoine; contre Héraclius, contre Constant,
(1) Histoire d'Athanase-le-Çrandy pass. cité, p. 61, où Fau teur écrit que, par suite des violences de cet empereur, « TEglise catholique était sur le bord d'un abîme prêt à Tengloutir, n si Dieu ne Teût bientôt secourue et fait triompher, comme il a coutume de le faire dans ces extrémités.
- aei —
plutôt que de céder seulement par le silence dans Taffaire du monothélisme? Que n'a-t-elle pas eu à souffrir de cette longue suite d'empereurs dégénérés du bas-empire de Byzance pour la question de la vénération des images? Et de même de tant d'autres cas sendblables, où la constance de l'Église a été tentée et mise aux dernières épreuves. Il ne s'est, pour ainsi dire, presque pas tenu de concile œcuménique à l'occasion duquel l'Église n'ait compté un grand nombre de martyrs mis à mort pour lé soutien de ses définitions. Elle a vu quelquefois le monde, pour ainsi dire, tout entier conjuré contre elle, sans que jamais elle ait consenti à céder un seul pouce de terrain. Admirable fermeté, dont aucune institution humaine ne nous offre d'exemple! La politique s'est vue à bout de ses astuces raffmées, les tyrans se sont lassés de dresser l'appareil de leurs supplices ; mais l'Église n'a jamais pu l'être de souffrir pour la garde fidèle du dépôt qui lui était confié.
Ce n'est pas tout : avec la même constance et la même inflexibilité, l'Église a toujours refusé de jamais consentir même à la discussion d'un seul de ses articles définis. Si cependant, par suite de circonstances particulières, elle a permis quelquefois que ceilains points fussent soumis à un nouvel examen après avoir été définis solennellement, ce n'est pas qu'elle permît alors un examen dubitatifs comme parle l'école, par lequel on aurait remis en discus-
sion et révoqué en 4oute eed doctrines définies; mais elle ne permettait qu'i|n examen confirmatify pour eonvaipcre avec n^ûins de peine les dissidents, oomine elle fil au eoneile de Florence, où furent traités de nouveau plusieurs points déjà discutés et définis oûhtre les grecs au second concile général de Lyon, afin de rendre plus facile le retour de ces derniers à Tunité catholique (4). Parfaitement instruit de ces laits, l'illustre Bossuet, dans la correspondance qQ*il eut avec Leibnitz et d'autres chefs luthériens pour traiter de la réunion de cette communion avec TÉglise, ne consentit jainais à la demande qui lui était adressée de discuter de nouveau comme douteuses les doctrines controversées entre les catholiques et les luthériens, déjà déflqies par le concile de Trente. Tout ce qu'il put accorder, ce fut une discussion amicale pour arriver à la confirmation de ces mêmes doctrines (S).
(1) Voir Obsi, De irrefotmabili Rom. PwUificU fntUfiniendà fidei cofUrov^His judicUiy Roma^ 1771, ou Tauteurepprésoite plusieurs preuves invincibles,
(2) En effet, les défenseui's de la confession d'Âugsbourg avaient demandé, comme condition préliminaire de la réconciliation des luthérienB avec TEglise : « Ut condlii Tridentini « ai^aibepiatifiBifB ^c decreti^ absque suis operie interveatu « editis in antecessum ^uspensis, qusBstiones de fide iterùni " recudantur, novumque concilium eâ de re instîtutum cele- • bretur. »» Or, jamais Bossuet ne voulut consentir à cette demande, et c'est sur ce point que roule la plus gnuide partie d«5
Pour prix de son inflexibilité, l'Église a essuyé la '
perte de royaumes entiers et des plus florissants, qu'elle a vus se détacher de son sein, à cause du refus qu'elle faisait de céder un seul article, un seul point de ses doctrines. Car, pourquoi a-t-elle perdu le royaume entier de la Grande-Bretagne, sinon parce qu'elle n'a voulu en aucune manière permettre à Henri YIII de contracter mariage avec Anne de Boulen, du vivant de Catherine d* Aragon, sa légitime épouse , la doctrine catholique de l'unité et de rindissolubilité du mariage chrétien s'y opposant invinciblement (1). Que Ton compare maintenant cette immutabilité de doctrines, cette fermeté inflexible de l'Église catholique, avec le sable mouvant du protestantisme, avec ses variations continuelles, avec les fluctuations, les complaisances, les molles concessions de Luther, de M^l^nchthon et des autres principaux réformateurs, relativement à la bigamie scandaleuse du landgrave Philippe de Hesse, .dans Tunique but de ne pas perdre l'appui de ce prince, dont ils avaient un si grand besoin à cette époque du
lettres qui furent échangées de part et d'autre. Voir OEttvres de Bossuet, édit. de Versaille», 1617, t. xxvi, Recueil de disser^ tations et de lettres composées dans la vue de réunir les protestants d^ Allemagne de la confession d'Augsbourg^ etc.
(1) Voir BossUET, Histoire des variations, liv. 7, § 1-14; AuDiN, Histoire de Henri FUI, t. i ; Lingabd, Histoire d'Angleterre, trad. du chev. de Roujoux, t. vi, c. 3.
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premier établissement de leur réfonne(l) , et on reconnaîtra à ces seuls traits la divine origine de la règle catholique, d'une part, et Touvrage ou l'invention de rhomme dans la règle protestante, de Fautre.
Je sais bien que les protestants n'ont rien de plus habituel que d'accuser l'Église d'une infinité de variations, ou même de corruptions dans la doctrine, et en aussi grand nombre qu'il y a d'articles rejetés par les protestants, qui, pour purifier l'Église de ces corruptions abominables, l'ont rappelée à la pureté et à la simplicité des premiers siècles de son existence I A leur dire, l'Église, à mesure qu'on a vu se succéder les siècles, a fait de nouvelles additions à son symbole, et multiplié outre mesure le nombre de ses articles. L'Église moderne a tellement changé par rapport à l'ancienne, qu'on ne la dirait plus la même. Il faut donc avouer que cette immutabilité tant vantée, en fait de dogmes, de l'Église catholique, ,est purement nominale et apparente, sans rien de vrai ni de réel. Ici les faits sont en opposition trop ouverte avec la théorie... Ainsi raisonnent les protestants.
Oui , telles sont leurs accusations dirigées contre l'Église romaine; et il faut bien que je m'y arrête quelque peu, puisqu'ils veulent ou prétendent justifier par là auprès des peuples le crime de leur révolte,
(1) B06SUET, ouvr. cité, Uv. vi, § 1-10.
ou, pour mieux dire, s'en servir comme d'un bouclier pour couvrir leur défection de l'unité catholique. Remarquez d'abord avec soin le vague de ces accusations. Si vous leur demandez quelles sont en particulier les corruptions dans le dogme dont l'Église s'est rendue coupable, ils ne sauront vous le dire. Si vous insistez pour savoir qtiand et par qui s'est introduite cette corruption dans l'enseignement dogmatique, ils ne pourront rien vous en faire connaître. Si vous poussez ces recherches pour connaître l'année et le jour où Jésus-Christ, oubliant ses promesses, s'est endormi de manière à ce que les portes de l'enfer aient pu faire irruption et prévaloir contre son Église jusqu'à la faire périr, toutes vos recherches seront vaines. Enfin, si vous leur demandez qu'ils vous disent avec précision par qui, en vertu de quelle protection, par quel miséricordieux dessein ont été ramassés les débris de l'édifice ruiné pour le faire reparaître plus beau que la première fois, plus ferme, plus solide que n'avait su ou pu le faire le Fils de Dieu, ils ne pourront vous satisfaire. Les uns vous donneront pour premier auteur de ce grand ouvrage Jean Wiclefi', d'autres Jean Huss et Jérôme de Prague. Si vous prêtez l'oreille aux luthériens , ce sera sans doute Luther ; si vous écoutez les réformés, ils vous répondront que ce n'en a pas été un autre que Calvin; si vous vous adressez aux anglicans, ils vous diront à l'unisson que c'était une gloire réservée au grand Henri, ou.
■-. M6 — si vous l'aimez mieux, à sa fille la bonne reine Bess, comme ils rappellent, puisque, malgré rinfériorité de son sexe, elle a siurpassé en habileté, en constance, en' violence et en astuce, son père lui-même. Si ensuite you3 ne craignez pas la peine d'interroger les deux cents petites sectes du protestantisme, chacune d'elles vous assurera qu'aucun des sus-nonmiés n-était de taille pour un exploit de cette force, mais que le principal honneur en était réservé à son chef respectif.
Remarquez en second lieu l'évidente contradiction des protestants du siècle actuel , ou de leurs principaux représentants. Les uns accusent l'Église d'additions successives faites au symbole, comme les docteurs d'Oxford (1) ; tandis que les autres lui reprochent d'être stationnaire et d- arrêter dans son libre vol l'essor de l'esprit humain, tellement qu'en plein xix* siècle elle enseigne les mêmes vieilleries qui s'enseignaient au r' siècle de l'ère chrétienne : ainsi tes rationalistes d'Allemagne (2). En même temps que la plupart des protestants prétendent que la tyrannie
(1) C'était Taccusation que nous adressaient Shuttleworth, dans son ouyrage qté : Scripture nqt tradiiwfiy et Jïbw- MAN, encore anglicaji^ dans son ouvr. Lecturçs on the propheiical office of tJie Church, Londres, 1837, p. 244-246; mais ce que celui-ci, devenu catholique, a réfuté lui-même dans ses derniers ouvrages.
(9) C'est ce que disent Hase, Wegsch£ID|eb, etc.
des papes, le purgatoire, lé culte et Tinvocation des saints, ou IMdolfttri^, sont de fratche date ou ne datent que du moyen-flge, d'autres avouent au contraire qu*on trpuve dès les prejniers siècles de T Église tous les germes du papisme moderne , et que le dogme de la Trinité a commencé à s'introduire précisément à répoque où T Église se montrait déjà portée et se livrait par le fait à l'idolâtrie, c'est-à-dire que le culte des saints a conunencé à se développer et à se propager dès le n*^ ou le iii^ siècle : ainsi Gibbon, Wegscheider et d'autres de ce parti (i). Outre cela, tandis qu'ils veulent pour la plupart que l'idolâtrie de l'Église catholique ou romaine consiste dans l'invocation des saints, dans la vénération de leurs images ou de leurs reliques, d'autres, et non en petit nombre, et même plusieurs de leurs sectes entières, la voient aujourd'hui dans l'invocation de Jésus-Christ même (2) , dans l'adoration ^e l'Eucharistie, et dans celle de
(1) GiBBQN, fJist. de ladécqd. de l'emp, rom.y c. 15 ; Weqs- CHHDEB, PrSRleçt. theoL chrUt , 6« édit., § 79 et suiv.; Midd- LETON, Letters from Rome; Beaupobre, flis(, deManichée, e\c., t. u, liv. 9, c. ôj. p. 679 et wv.; NE^n^oîf, Dissertations p^ tke prophecieSf t. m, p. ;0, p. 14S.
{^ Les sociniens accusent d'idoiÂtrie et de efariatolâtrie les protestants orthodoxes. Les disciples de Langi, en Suisse, traitent 4s polythéistes et d'idolâtres les zwinglieiis, parce que ceux-ci admettent encore la Trinité, et en même temps la divinité de Jésus-Christ. Voir VUniverSy 4 janvier 1844.
Jésus-Christ lui-même hors du sacrement (!)• En outre, beaucoup de protestants» ou, pour mieux dire, tous à peu près, en même temps qu'ils affirment et protestent avec assurance qu'ils se sont séparés et éloignés de TÉglise romaine, comme de la grande prostituée et de Timpure Babylone, à cause de son abominable idolâtrie et de toutes les additions qu'elle a faites au symbole contrairement à la Bible, non-seulement se gardent bien d'accuser de cette idolâtrie ou de cette innovation l'Église grecque, l'Église gréco-russe, la nestorienne, la jacobite, l'arménienne , mais ont été jusqu'à rechercher leur alliance, et jusqu'à prétendre former avec ces communions une seule et même Église ou société (2).
(1) Comme font les sacramentaires par rapport aux luthériens.
(2) Pour ne rien dire des luthériens de la confession d'Augsbourg, (\}i\f vers la fin du xvie siècle et le commencement du xvn^, ont recherché l'alliance des- grecs , en quoi ils ont été imités par les calvinistes, qui gagnèrent à prix d'argent, mais à leur confusion et pour leur opprobre, cette âme vénale, Cyrille Lucar, patriarche intrus de Ck>nstantinople, les anglicans montrent un zèle tout particulier à entrer en commtmion avec les sectes orientales; entre autres Tarchevéque Bramhall, qui a dit : « Je ne vois pas de raison pour ne pas admettre dans notre communion les luthériens et les grecs y et même les arméniensy les abyssirUenSy les moscovites, les nestoriens, etc. *■ (Pf^orks, t 1, p. 178 etsuiv.) Jubieu lui-même n'aurait pas pu reculer davantage les bornes de TÊglise chrétienne avec sa distinction des articles fondamentaux et non fondamentaux.
Et pourtant, c*est un fait notoire que ces communions , si Ton excepte les erreurs particulières pour lesquelles elles sont séparées d'avec l'Église romaine, et qui se rapportent à l'Incarnation ou à la Trinité, suivent et professent avec elle et le même symbole et les mêmes pratiques religieuses. Qui ne sait que tant l'Église grecque proprement dite ou photienne que l'Église gréco-russe admettent et pratiquent l'invocation et le culte des saints, la vénération de la croix et des images, aussi bien que des reliques, que toutes les conmiunions d'Orient s'accordent avec l'Église romaine sur ces divers articles; que tant les unes que les autres sont d'accord avec l'Église romaine pour la liturgie, et pour le dogme de la présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie, pour le saint sacrifice de la messe, pour les sept sacrements, et surtout pour la confession et Tinstitution divine d'une hiérarchie (1)? Il n'y a pas longtemps qu'un membre de l'université d'Oxford s'est transporté en Russie pour y faire reconnaître l'union des deux Églises russe et anglicane, sans pouvoir toutefois réussir dans son projet (2), et que plusieurs ministres protestants d'Amérique ont déclaré en Perse avoir la même foi que les nestoriens de ce pays (8). Tant il est vrai que
|1| Voir Renaudot, t. v de la Perpétuité de la foi,
(2) C'est un certain Palmer, autre cependant que William
Palmer, auteur de l'ouvr. intit. Traité de T Eglise.
l (3) Les feuilles publiques ont rapporté que des ministres pro-
(souvent Finiquité se ment à elle-même v et que les prétendues variations ou innovations de FËglise romainot ou de V Église catholique, ne sont rien de moins que des vérités de tous les temps, comme Tidoiàtrie qu'on prétend lui reprocher n'est qu'un prétexte dont se servent ses ennemis auprès du peuple, pour en anpêcher le grand nombre d'entrer dans am unité (1). Remarquez en troisième lieu que les protestants, qui accusent l'Eglise catholique d'additions sans nombre faites au symbole dans le cours des siècles, confondent le développemeht du dogme aveo Yaddition ou la création d'affirmations dogmatiques. L'Église
testants de la Société biblique de Boston, pour se fftire des prosél)'tes imrmi les nestoriens, leur déclarèrent dans une assemblée publique qu'ils professaient avec eux une niéme croyance, sauf quelques superstitions, comme la messe, \e culte des saints, etc , qu'on pouvait laisser, et qa'à peine les nestoriens présents eurent ils entendu ces paroles, que tous se retirèrent à la hâte, laissant seuls ces ministres bibliques tout couverts de confusion. Voir V Univers , 1«' février 1845.
Le concile soi-disant oecuménique de Piusse avait écrit àu patiiaixshe arménien non uni pour faire alliance avec sa communion. Mais il en reçut pour réponse que TÊglise d* Arménie n'était pas séparée, pas plus qu'elle ne l'avait jamais été, de l'Église de Rome. Puis le patriarche lança Vcxcommunication contre les protestants, comme contre une secte nouvelle j impie, et composée de corrupteurs de la Bible, Voir VU/Uœrs, 24 mars 1846.
(1) Cela se trouvera confirmé de plus en plus par l'aveu de tant de protestants qui, comme nous le verrons, ont déclaré le culte des saints pur de toute superstition.
n'a jamais djouté une seule croyance aux vérités qu'elle a reçues de Jésus-Christ et des apôtres, et qu'elle a crues et professées dès son origine : il n'était pas d'ailleurs en son pouvoir de le faire. Mais elle n'a fait avec le temps, coiiime je l'ai dit plus haut, qite développer les germes qui contenaient ces vérités, qu'elle a revêtues, pour ainsi dire, de nouvelles formules, afin d'en fixer la croyance contre ses contradicteurs. Et pour prouver sans réplique ce que nous affirmons ici, faisons appel à nos accusateurs euxmêmes. Bien que, comme nous l'avons déjà dit, nos adversaires, selcm que l'exigent la diversité des circonstances et les discus^ons qu'ils ont à soutenir pour le moment, soit contre les catholiques^ soit contre les sectes avec lesquelles ils sont en guerre, ne varient pas peu pour assigner l'époque où l'Église aurait cessé de se conserver pure et exempte d'erreur, tous cependant s'accordent à dire, ou du moins c'est parmi eux le sentiment commun, que l'âge d'or de l'Église a duré tout le temps des trois premiers siècles. Et même les anglicans, qui sont les plus ardents de nos adversaires à nous reprocher les additions du prétendu CredOy comme ils l'appellent, ou de la profesâon de foi de Pie IV, veulent bien reconnaître que l'Église s'est maîntenae dans sa pureté, et en possession de toutes ses prérogatives, jusqu'à l'époque du schisme de Photius, c'est-à-dire jusqu'au ix* siècle, que se déclara pour la première fois lé schisme for-
mel qui a presque toujours divisé depuis TËglise d'Orient d'avec l'Occident; et, par conséquent, ils tiennent pour œcuméniques les six premiers conciles généraux (1 ). Je ne dis rien des opinions mitoyennes de ceux qui comptent le iv*, le v% le vi* et même le vir siècle parmi les beaux jours de l'Église (4). Mais qu'on s'arrête à telle époque qu'on voudra, cela nous est indifférent , notre preuve conservant en toute hypothèse sa force absolue, et n'acquérant que des degrés comparatifs de plus par rapport à ceux qui prolongent davantage la durée de cet état primitif.
A nous en tenir donc au sentiment de ceux qui bornent aux trois premiers siècles ces heureux jours, voici le raisonnement qu'il nous laisse en droit de faire. Il est certain que le symbole pris matériellement,
(Ij Tel G8t le sentiment commun des anglicans. Nfwman, en eli'et, dans son ouvr. déjà cité of the propheiÂcal office of ike Church, public du temps qu*il était puséiste , après avoir déclaré que les protestants admettent de concert les quatre premiers siècles de l'Eglise comme purs et possédant la vraie doctrine, ajoute (p. 247| que la division conunença au concile de Snrdique tenu Tan 347, ou du moins pas plus tard que le second concile de Nicée de Tan 787, où furent sanctionnées, solon lui, diverses erreurs, telles que le culte ou la vénération des images, etc. Palmer aussi, dans son Traité de l'Église^ éta* but, ch. 7, p. 150 et suiv., avec les anglicans dits orthodoxes ou de son parti, qu'on doit regarder comme oecuméniques les six premiers conciles généraux, parce qu'ils ont été reconnus pour tels par TÉglise universelle.
(2) Dont on a parlé plus haut. , ,
c'esMi-dire en tant qu'il contient la profession expKdte des articles formulés, était beaucoup plus restreint m I* siècle que dans le suivant. Or, la plupart des critiqués protestants s'accordent à dire que le symbole dit des apôtres n'a pas été composé par les apôtres eux-mêmes, mais qu'il a pris ce nom, parce qu'il contenait comme en abrégé les principales Vérités enseignées par les apôtres (1); qu'ainsi il n'était originairement qu'une sorte de formulaire généralement admis pour l'instruction des catéchumènes, et comme moyen de rendre l'enseignement uniforme. Nous trouvons, en effet, dans les symboles de diverses Églises parvenus jusqu'à nous, grâce à plusieurs monuments de Fantiquité chrétienne où ils se sont conservés, avec l'identité de la doctrine quant à la substance, des différences remarquables soit pour le nombre des articles , soit pour l'ordre ou la forme de leur àioncé (2) : ce qui n'aurait pas eu lieu, si c'eût été
(1) Voir Ger. J. Vossius, Diss, pritn, de Mb. symbolis, Amsterdam, 1701, vol. vi, p. 603 et suiv.; DUPIN, Bibliot des ad. eccL, Paris, 1725, t. n, § ix, du symb. des ùp., p. 908 et •uîT. ;MADRisnJ8, Diss. V de Symb, fidei, dans Tédit. de Venise, 1735, des œuvres de saint Paulin d'Aquilée, p. 229 et suiv ; Massuet, I. m S. laEN., c. 3, not. O.
|2) Tous ces divers symboles recueillis de l'antiquité et collatioimés entre eux sont rapportés par Usserius, Diatrib. de Bom, EecL symboL apost. vetere^ ad ccUcem Annal. V. et N. T., p. Set suiv. Voir aussi Fouvrage remarquable intitulé : Biblio- Uieca symbolica vêtus de Ch. Guill. Franc. Walchius, voL i, in-8», Lemgoviœ, 1770.
pairtwt termèioe symbole pusé à it même mùxc^ Mais quoi qu'il en aoit de cette queslkm de critique^ ({(tt en oemoïkieBt ne Sait rien à nobre sujet, il eit certain que ce symbole nianquait primilivemèai de quelques-uoes de ses formules les plus expUcite»» qu'on y a surajoutées pour les opposer aux «rreum des gnostiqufiB. Par exemple, les mots Creal^orem cœti et ierrœ manquaient au symbole qw nous ^êi rapporté saûrt Irénée et TertulHen (1)« N'estril pas clair d'ailleurs que, si ees mots s'y étaient trouvés» cas habiles adversaires des gaostîques n'aufaient pas manqué de les leur qpposor 9 D'autant plus que TertuIUen donne au symbole le nom de règle^ et que ces hérétiques attribuaient la créaiÀon du nKNsde visible aju Démiurge, né du dermer des ^Bons^ de Sophia, d'finthymesis ou d'àchamoth (2). Or, cette danse se trouve dans les synd)oles parus depuis» tels que nous les ont conservés Ruffin ei autres (â). Il œ est de
il) S. IBÉNÉE, 1. I, CQ?U. H8er.j c. 10, rapporte ainsi le premier article du ^mbole : •< Fides qux in unmti Dewn Patrem oxnaipotentem, » et y ajoute par manière d'explication le verset 6 du Ps. 145, Ad. IV, 24, et Xiv, 14. Teetuluen, de 3on côté, nous donne ce même symbole tant dans son livre des PrescriptUmSj c. 13, que dans son livre contre PraxecUy c. 2; et daos ces deux endroits le premier article se trouve conçu esi ces termes : Ummi onminà Deum use, ou unicum Deum,
a\ Voir Xben., 1. I, G. 4, et Testdll. 4¥iv, yaleni m iano s ^ c. 1», 20.
(3) Voici la plus ancienne formule de symbole iqui ae trow
métÈeée la foniHite vitÊom œiemam^ qui ne se tnmvé ptt&daas les symboles les plus àiicieii6,nias seuleoiCTt dâfisd'sutres plaé nouveaux (i)« Dans le a^abole dé rÉglise d* AquUée, pour êomfaattiB Tenvur des oxkgk^ uistes, on avait eiprimé ces mots : kujwu ceamis re» surreetmitem (â).
Maïs oomme ce mot tgmbùley an livre syaoboliquet ert^oployé p«r les pratotonts dam te sens génénd de proie8sio& de fd, cbsBoofr-liB^ nons aussi, odte âgoification plnsékeaduè. Il n'est personne tant soit peu veisé dans Fantiqaité chrétienne qui ne sadK que le aoin de Trkaiié n'était pas eocore màé dans la INemière moitié du second soède de FËglise, ou que da moins ri^i ne nitô prouve (pi*3i le fàt à cette épo<cpK, et que oe n'est que yeok la fin âe ce sîèeie qu'on
nn^artée iiar UfiSBBros, ourr* cité : « Credo in Deun Patrem *• onmipotentena, et i& Christom Jesum filiom «juc unicuin, •< Dominum noBtrom, quinatus est de ^ritii (Sancto et Maria *• Virgine, qui sub Pontio Pilato crucifixus est et sepultus, ter-* " tiâ die reaurrexit k mortuia, asoendit ia tseriuin, eedet ad « dextnuB Patris, indè vasturus est judkaoe vivog et iioartuos. " Et in Spiritum Sanctum, sanrtam Ecdeaiamy reRoisnonem « peccatomm, caraiis resunïectioiiemp » C'est ce ^rmbâle ^ a étéeipiiqué par & Maxime de Turâ, hum. Sd, De iradUione ^faAoUy JUxne, 1784, p. 267 tet «MfcT.; etpar 6L Auaossm, Oe fide^^tjfmbolo^ t« vi; édit. Maor.
(1) Csnme an peat leinirdans UssEttOS, op. et i. dt (3) Cest ee'qa'on peutToir dans BtTFFm, Ctnnment. in Synéb. ^potî,, tt.48, Vérone, 1745, «t. ï, p. 198; et Apolog, ttê Âna$^ tas., n. 4.
le voit apparaître pour la première fois dans les écrite de Théophile d'Ântioche (i) ; puis on sut Topposer à Terreur de Sabellius et de Paul deSamosate. Yoilà donc encore une autre addition. Je me contente, pour n'être pas trop long, de ces exemples pris dans les trois premiers siècles de T Église ; car je pourrais en joindre bien d'autres. Mais c'est assez pour faire voir comment le dogme catholique s'est développé peu à peu et n'a pas cessé de s'enrichir de nouvelles formules, qui ne faisaient après tout qu'exprimer la fm ancienne, mais dans des termes de plus en plus précis. Le même travail de développement s'est poursuivi au IV* siècle, comme nous le voyons par le sym- * bole de Nicée et celui de Constantmople (2) ; il s^est continué au v% et de même dans les siècles suivants,
(]) L. n ad Autolycum, n. 15; Cf. Maban, DivinUas Dombii nostri Jesu Chrisii, 1. iv, c. 8. Il fut le septième évêque d'Antioche, vécut sous Marc-Aurèle et mourut vers i*an 188. Voir Gjllland, t. n.
|2) Nous trouvons, en effet, qu'à la foi*male rapportée tout & llieure, on a inséré peu à peu, jusque dans le symbole de rÊgllse romaine, qui, au rapport de Ruffin et de S. Ambroisb, a résisté le plus à toute addition, les autres mots qu*on y a lus depuis : Creatorem cali et ierrm — morium — descendit ad inferna ou inferos — Dei omnipotente — catholieam — vUam œtemam. Ces additions sont bien plus nombreuses dans les symboles des Eglises d'Orient, comme dans celui de Jérusalem r^>porté par S. Cyrille de Jérusalem; dans celui de l'Église d'Alexandrie rapporté par Socbate, et surtout dans ceux de Nicée et de Constantinople, plus étendus que les autres.
sans qu'on ait pour cela le droit de prétendre que rÉglise ait créé de nouveaux dogmes (1). Or, si rÉglise a été louable de le faire, du propre aveu dé nos adversaires, aux iir, iv*, v* et vi* siècles, pour mieux combattre les novateurs de ces temps anciens, comment Taccuser ensuite d'avoir altéré la foi , ou grofiâ le symbole de nouveaux articles, pour s*être attachée à la même méthode dans les siècles qui ont suivi, et particulièrement au xvi* dans la profession de foi de Pie IV, venue à la suite du concile de Trente ? Émettre une telle assertion, n'estr^e pas se contredire ouvertement? J'en appelle au bon sens des protestants eux-mêmes, et en particulier des professeurs ou docteurs d'Oxford. Il est donc démontré qu'autre chose est d'ajouter de nouveaux dogmes, autre chose de revêtir les dogmes ou les vérités anciennes de nouvelles formules , et que si l'Église a recouru à ce moyen dès l'origine de son établissement, pour s'en^ faire un rempart contre les innovations des hérétiques, elle n'a jamais pour cette raison ajouté à sa symbolique une seule vérité, un seul dogme, qu'elle n'ait cru dès le temps des apôtres (2). Par là même, il est
(1) Voir Lazebi, De antiquis farmuéis fidei earumgve Uiu,
(S) BossuET a observé avec raison, dans sa correspondance avec quelques protestants d'ÂHemagne de la confession d*Aiigs- ^wwg pour la réunion dont nous avons parlé, que la règle de l'Église, pour ce qu'elle doit croire, est très simple, puisqu*dle
égalemeiit pnmvé qae l'Église catholique est tmijoira demeurée inâeadUe dans ses eiMeignemeitts, mmî \ bien qu'immuable dans sa croyance à toutes les ^ époques. }
R^narquez, œ quatrième lieu, le procédé de» \ protestants dans les accusations qu'ils intentent à t rÉgliae catholique romaine* Ils accusent cette Église d'avoir altéré, souillé^ coirompu le syiid)ole évangé- ] lique par de nouvelles doctrines^ inconnues à l'antî- j quité chrétienne. Pour répondre à ce reproche, les j docteurs catiioliques ont démontié Ton après l'autre chacun de nos articles de eroyanoe, par des témoin gnages clairs, multipliés, irréfutables, tirés des Pères, ou des écrivains ecclésiastiques^ ou des monuments de la plus haute antiquité, en mettant à contribution toutes les ressources de la critique, ainsi que les li«turgies sacrées, unanimes dans tout l'univers chrétien à témoigner que les dogmes taxés aujourd'hui de nouveautés corruptrices ont été crus, raseigiiés ^ professés dès les premiers temps» Ainsi, les contro-* versistes catholiques ont-ils prouvé la présence rédie et substantielle de lésus-Christ dans la divine Eucharistie, et la vérité de la transubstantion ou du changement du pain et du vin dans le corps et le sang du Sauveur, en produisant des extraits de saint Ignace,
consiste à croire aujourd'hui ce qii'dle crovait lii«r, et aitiaî à remonter Jusqu'aux apôtres.
— aBr9 — de saint Justin, de saint Irénée, de Tertulliân etdl^ tint d'avtres vraus defniis ces premiers (I). Ainài «i-îk immvé la vérité du sacrifice eucharistique eb fittsaot valoir Tautorité deeamt Justin, d'Origène, de saint Jérôme, de saint Jean Chrysosttoie, des deux maints Cyrâle (de Jérusdem ^ d'Alexandrie), de saint Atfg&stin et des antres Pères et écrivains <te CM teiDp»-là et des »èele$ scnvants, et, de plus, tontes les liimigîeQ, y compris celles qui sont en «sage paran lea seetes séparées de TÉgiise depuis des nûffiers d^années (3)* Ainsi ont^-iis jœtifié te culte ou la vénération des saintes iinages, le cotte et Tinvocation des sahits, celle de leurs retiqaes, par tes actes anciens^ des martyrs, par tes docomentsii*léeosdiles qu'ont femm» ie9 catacombes romainei?^
|1| Voir FerpétnUé dcjj^ foi, etc.
(2) Foar ne rien dire de ce qu*ont écrit stir ce sujet le canfîual BoNA, le B. TbMMAsi, llENAtJDOT, MxTRATORi, les deux As- SEMANi, et tant d'antres savants hommes, bornons-nous & citer le témoignage si earpAidte de Grabb dans son édition des Œuvres de saint Tténée, Oxford, 1702, p. 373, ch. 32dtiliT.nr, où il avoue ingénument que non-seulement saint Irénée, mais (te plus tous les Pères apostoliques avant lui, ceux qui lui étaient contemporains ou qui ont paru depuis, s'accordent à reommaStre dans la célébratitm de l^ucharistie un sacrifice vé^ ritaMe et proprement dit. Puis^ il reprend ses coreligionnaires (Tavoir imprudemment aboli ce sacrifice, et il exprime areb quelques autres protestants le désir de le voir rétabli. J'omets Ses pavolie» le3rtueSé8> pour ne pas rendre eette note trop longue, et d'ailleurs chacun peut les lire à l'endroit indiqué.
- «0par les inscriptions lapidaires, par les écrits des Pères, par les reproches mêmes que les maniché^is faisaient aux catholiques (1). Ainsi ont-ils dérnoor tré la primauté de juridiction de droit divin du pon^ tife romain sur toute T Église, par la production de faits publics et solennels, par quantité de témoignages des Pères , par les actes et les décrets des conciles œcuméniques, par une foule de monumaits de tout genre (2). Ainsi ont-ils procédé par ra[^it à la tradition divine, aux livres deutero-canoniques, à la confession auriculaire, à tous les dogmes enfin définis par le concile de Trente.
Eh bien I qu'ont fait les protestants? D'abord, cooune des disputeurs rusés et subtils, ils ont essayé d'éluder ces preuves, de les attàiuer, de les récuser.
(1) Effectivement Fauste le manichéen, comme on le voit dans S. Augustin, accusait ainsi les catholiques : ^ertitis idola in martyres^ accusation qu'ont répétée depuis Middleton, Beausobre, Gibbon, et en général tous les protestants et tous les incrédules. D. RuiNART [Acta Mort, siiicera, Prœf, gêner,) et BIama* CHI [AntiquU, christ., t« i, 1. i, § 37) ont prouvé sans réplique que dès le premier et le second siècle de l'Eglise on était dans Tusage de baiser les chaînes des martyrs; or, Beausobre a reooimu [ouvr. cit., p. 663), que le baiser « était le plus haut degré de l'adoration et la plus profonde humiliation où une créa* ture raisonnable pût descendre. » Voilà donc l'idolâtrie portée au plus haut degré dès le premier et le second siècle du christianisme.
|2) On en trouvera le détail dans le dernier chapitre de < seconde partie.
Mais, forcés à la fin de se rendre à Tévidence des faits, ils ont rompu d'un coup toute controverse, eh disant que Tautorité des Pères, celle des liturgies et antres semblables n'étaient rien de plus que des autorités humaines, et qu'à la parole et au témoignage des honunes on devait préférer Tautorité divine et la seole parole de Dieu, entendue et interprétée, comme cela se suppose, à leur manière. Or, qu'est-ce que tout cda signifie? Que si les catholiques omettent de produire ces sortes de preuves, ils seront tenus pour coUpaUes d'innovations funestes, d'opposition à renseignement de l'Église primitive, d'hostilité à l'égard de l'antiquité chrétienne, de corruption du dogme, de papisme, de romanisme et de mille semblables monstniosHés; que si, au contraire, ils produisent ces preuves, et de manière à ce qu'il soit impossible de les éluder, alors ces preuves ne méritent plus qu'on en tienne aucun compte, comme venant d'hommes sujets à erreur, d'une autorité humaine qui doit céder à l'autorité divine. Et ne sommesnous pas en droit de conclure de tout cela que Terreur de ces protestants (je parle de ceux d'entre eux dont l'hérésie est formelle) n'est pas dans l^ir entendement, mais dans leur volonté, et qu'ils sont par conséquent coupables de cet énorme péché contre le Saint;-Esprit qui consiste à contredire la vér lité connue, à lui opposer sciemment une résistance ouverte ?
Remarquez, en dernier lieu, la vaine présomptioD des protestants de toute secte dans le reproche qifib mt adressé è. TÉglise catholique d'avoir intradnit des nouveautés. lorsque lea suÊndiBank réfarmatan entreprirent de troubler T Église dans la paisible possession où elle était d'instruire fea peuples,, ils tsaîtè* reot d'innovatiiuis tous les pomtedb sa doctrine qs avaient le malheur de ne pas leur convenir; Us dr»^ seront un eatelogœ, phia ou mdns long et comme il sembla à chacun, des doctrines, tœt i^iécalatiTes epe pratiquesy qu'ils jugement k propos de trmMT fausses et erronées. £t, comme si la chose eùk tii démontrée et désormais hors de dontav et passée^ pour ainsi dire, au rang des yériikés évid^tes par eMe»-mémea, avec ce catalogue en main, ils mvilàrent le» princes et les; magistrats à rompre mne faiîs pour toutes aivec une Église si gâtée, si corron^e et si corruptricOé -f- Maisy de grâce, qui faisait ce disoemenannt entre
\e vrai et le faux, entre ce qu'on pouvait conserverai ce qu'il fallait rejeter? qui portait ce jugement? cpi pi»BQnçattt cette sentence dédsivev péremptoire, définitihre et sans appel? G'étaienk les réftHmateurs damâmes,, qui sei censthuaient ainsi de prime abord el tant à k fois parties et témoins^ accusateurs et jèges. Mais pour prononcer cette sentenee avec us M eflqKre, se disnent-ile au miina iniuUibiei? Eh I non : ils confessaient leur faillibilité et se déda-
ODent sujets à remeur, pour se pss s'attribuer & enMnénKS, amc une iiic(»iséquenee trop visîfale, ce cpfils refosaient à touto rÉglise enseigMBte et au eiips entier d» la société elurétieiine. Étaient-ils, du inoÎD9(r cf accord entre eux, ces témoins cpd portaient centre T Église mie semblable accusation? Bien loin et là, ile ne se forent pas pfos tôt produits sur ta Kène du noonde, ^"ifes. donnèrrat le ^ectade pvh b&y sur ees mêmes points, de leurs querelles inteskîsss les plus violentes^ ^ enseignant, les uns cpe l'Église avait tml sur tel article, mais qpi'elte arak raiscm sv tel antre; les antres, qu'elle aviâl tert sur celui-ci et raôson snr cekii-lft; puis se débattant, se fiBÙsant la guerre, se décriant mntuelhnent (4), au pmnt qne tes témoins de la chaste
|1) Et puisque nous parlions tout à l'heure du culte et de rin> ▼ocation des saints, conune de Targument le plus populaire dont se servent les protestants contre les catholiques , BosT, cet écrivain trivial, du genre de Malan, et nainistre, comme ce derïvier, à Genève, a écrit, dans son Jppel à la crnisciencCy qu'il y a dans FEglise romaine, non-seulement idolâtrie^ mais une idolâtrie au-dessous de celle des païens de Borne, au temps des Césars: ce sont ses propres expressions, qu'on peut lire à la p. 78. Or, Grotius, cet homme si érudit et d'un tout autre mérite que ces écrivains vulgaires, après avoir diaaité dans ses Awuitata ad Consultât, Cassandri les diverses explications que donnent les Pères ainsi que nos théologiens, touchant la naanière dont les saints peuvent connaître nos besoins, conclut "ÎHSî : •• lt« miqtié fe«iunt protestantes, qvM idblolatrii» (fairaiant •• eos, qui multorum veterum scntentiam secuti putant nostra-
— 9M — Suzanne se fussent, en présence de tels émides, confessés vaincus. Mais seront-ils, du moins, d'accord ou conséquents avec eux-mêmes? persisterontils dans leurs accusations une fois formulées? n'auront-ils point ôl errata à apposer au catalogue des erreurs de cette Église? Au contraire, mainte et mainte fois ils convenaient de leurs bévues, et se prenaient à combattre comme faux et impie ce que tout à rheure ils avaient déclaré vrai ou indiffé* rent (1) ; et à mesure qu'ils allongeaient leur catalogue des erreurs prétendues, selon l'intérêt du moment et le succès de leur cause (2), presque aussitôt leur propres partisans, ou les accusaient d'erreur dans Je contenu de leur catalogue , ou leur reprochaient d'avoir laissé échapper bien d'autres erreurs, qu'ils recueillaient à leur four. Mais en se présentant comme
H rum necessitatum et precum notitiam aliquam ad martyres « pervenire aut Dei revelatione, aut angelis intemuntiis. » (Opp. GRoni, Amsterdanii 1679, t. iv, p. 624.) Nous avons tu un peu plus haut ce que pensait Grabe du sacrifice de l'autel, taxé encore aujourd'hui d'horrible idolâtrie par les protestants, ainsi que de beaucoup d'autres points. (Voir Perpétuité de la fi^ t. V, liv. 7.) Quant aux furieuses disputes des protestants entre eux presque sur chaque point de doctrine, il suffit de lire làdessus le célèbre ouvrage de Dœllinger, intitulé La Réforme, que nous avons déjà souvent cité.
(1) Ibid.
(2) On peut consulter les frères de Waixeuboubo, Ctmirt^. spec.
ils le faisaient avec la Bible en main, ils avaient sans doute à faire valoir des textes des plus clairs, qui prouvaient jusqu'à Tévidence la fausseté des doctrines traitées par eux d'erreurs abominables? Nullement; mais avec une exégèse tout arbitraire, ils torturaient rÉcriture, prêtaient aux passages qu'ils alléguaient un sens tout opposé à celui qui s'en présente de luimême à l'esprit; si bien que, ce genre de science ayant fait des progrès, les exégètes protestants euxmêmes ont été réduits à mettre ces passages de côté, comme ne prouvant pas ce qu'on avait voulu leur faire prouver, comme y étant étrangers ou prouvant même tout le contraire, ainsi que nous l'avons démontré en son lieu (l);ou, s'il n'y avait pas moyen pour eux de faire violence à ces textes, ils les falsifiaient et les altéraient sans scrupule, comme ils ont été convaincus de l'avoir lait plus d'une fois, et en ont été repris par les protestants eux-mêmes, ainsi qu'on l'a vu pareillement. Disons enfin, par surabondance de droit, que la doctrine des premiers réformateurs est actuellement surannée, et que pourtant elle paraissait solide, et que c'est pour cela même qu'ils avaient abandonné l'Église, leur mère.
Qu'il demeure donc établi et clairement démontré que l'Église catholique n'a jamais, soit accru, soit diminué d'une seule ligne le dépôt des vérités dont elle
(1) Part. I, sect, n, ch. n.
— «6 — a la garde ; que toui. oe qu'en <XDt dît et piAMé avec •tant d'aâauiwiee les aoi-<iisafllt PéCiMrmaÉeDrs n'a été qu'asaerti^ms téméraires^ plenieiiieot démeatieB par les £aks (1) ; que, pareonséqueat, TÉgliae s^est taijours maintenue ionnuable dans égb enseigneoMat, et qu'elle a .su le oonserver avec une iermeté invincffife, dftfis toute sa pureté, dans sa par fiaite intégrité, centre toute la multitude des eectes» contre tous les efforts de la pditîque hooiaîae, armée de son «iuoe comme de sa puisflafice, ei liguée avec Théànésie poar la dépouiller de eon trésor, ou da moms pour y porter quelque funeste atteinte. Qu'en comiiare mainteaaiit cette inflexibilité de TËglise, cette fermeté qu'eltea OKH^trée dans toutes les péripéties de son existence, avec les variations et les |)1hiscs tonjinuai diangeaBla du protestantisme, toini , oonme vok wtâre fttilée, n'a oefisé de prendre toutes les famés qu*4n a ymka Id donner, eu dans lesquelles il se métamocphooe de \ér même, au point de n'être phis jBcmmmwble, au bout «euleoient de trous eiëctes., par rapport à oe qu'il
(1) On ne saurait croire jusqu'à quel point les protestants dénaturent les croyances âe rCglise cathdique. MARKEiNEKE^dans son Système du ûatkoli€Um€, a* partie ^«mM, 381MeiI), Privait qu*il s'était 4étenninéàcioiBpdser«a«|K>i^bû^ «ftroe «luc le catholicisme avait été méconnu etdéfiguré de mawèrei faire pitié, non-seulement par les laïques, mais même par les théologiens et les cononisics protestunls. nToolelbîs, hû-méme à son tour défigure un nombre assez considérable de dogmes catholiques.
&it daœ son origBie, ni à ce qu'il a été dans les époqofô subséquentes, ni à ce qu'il sera ; et on ne pourra s'empécfaer de voir dafis la première le oaractère in* CQDunoiiicaUe de la vérité^ et dans te second celai de rerrour (1). Qaîc(mque sera de bonne foi fera sans.
ilj II serait fort utile de lire sur ce sujet la belle et sublime préface de Bossuct à son Histoire des variations. Après y avoir montré la ressemblance du protestantisme avec Varianisme sous le rafpoit de la mobilité de leurs doctrines, et les points de ra|K (UDchemeàt des hérésias coBobattaies par TertoUien avec les hérésies modernes, Bossuet conclut ainsi : >« Mais pendant que les hérésies, toujours variables, ne s'accordent pas avec elles-mêmes et introduisent ecmtiiracShsment de nouveltes rè^es, c'est^à- (te desoaveauxsTmfaoies, dans r£gli8e,.dltTertul]2en, éa régie dâJafUéU bmmuaàie et ne^eréfornèe poàU. C'est -que l'Eglise, qui fait profession de ne dire et n'enseigner que ce qu'elle a l'eçu, ne varie jamais ; et, au contraire, l'hérésie, qui a commeiHséptriiiBDiMryiiiiioiFe'feDUjafiirsetiiechaBge point'de natiwe. DelàvifiBtqve^aJoit C^uysastôme, traitant ce précepte de l'Apôtre : Evkez les nouoeauéés profanes dans vos éiscfnsrs, a £mA cette léflexioB : « Evites les nouveautés dans vos discours ; car les dnses n'en, éoneurent pas là: use iiofiiveauté en produit une autie, 8i on s'égare sans fin, quand on a une lois coHmie&oé û s'égarer, i»
A cet extrait d'un auteur catholique, et pour confirmer davantage tout oe que j'ai ^ dans cet article, je joins le beau té** moigMge que rend à aota» Eglise le plus célèbre, peut-être, <ieB écfiviins prsteslmtB de nos jours, le docteur Lfio, de Berlin, qiâ, pow avoir parié avants|peusei»eiït de l'Egitse catholique, dans seok Msêoire diiûlie, s'est vu accusé de tendance au caftelicisMe par le journal >de HaUe, dent Natkusiiis est le rédadear. Or voici aveoqvdies armes il oondM^ son adversiârc : - Ma réponse consistera uniquement à montrer que mon ad-