IV. — RÈGLE DE LA FOI CATHOLIQUE
Double dépôt de la révélation divine, TÉcriture et la Tradition. — Ce double dépôt a été confié à l'Église enseignante, qui a reçu pour cela le don d'infaitlibité et d^indéfectihilité, -— Méthode de l'Église dans la proposition qu'elle fait des vérités à croire , dans le jugement des controverses. — La science n'en souffre aucun détriment. — Et par conséquent personne ne peut se dispenser de se soumettre à cette règle.
Unité, harmonie des parties, solidité de l'ensemble, voilà les traits caractéristiques de la règle catholique. Elle nous fournit une si parfaite solution du problème que nous nous sommes proposé, à nous borner même à en faire l'exposé historique, que nous allons la présenter ici avec toute la brièveté possible, remettant à donner dans le cours de cet ouvrage la pleine confirmation de cette vérité.
Dans le système catholique, il n'y a pas d'autre source de vérités révélées que la pure parole de Dieu, parce que Dieu seul peut immédiatement nous faire connaître les mystères supérieurs à la raison humaine, et que l'autorité, comme la sagesse humaine, ne saurait ajouter pas plus que retrancher un seul iota à la parole divine. Mais cette parole de Dieu, dont la pleine révélation a été accomplie par Jésus-
Christ et ses apôtres, nous a été transmise, d'après Tordre voulu de Dieu, par deux moyens particuliers : savoir, par l'Écriture sainte et par la tradition orale. Autre est donc la parole de Dieu écrite, autre est la parole traditionnelle; mais l'autorité de l'une comme de l'autre est également divine, parce que toutes les deux nous viennent également de Jésus-Christ par le moyen de ses apôtres. Elles sont donc elles seules pour le catholique les deux sources de la parole divine , ou , si l'on aime mieux, les deux canaux qui font parvenir jusqu'à lui la vérité révélée ; et par là même ce sont deux règles éloignées qui lui servent pour former sa foi, puisqu'en elles seules doit se trouver contenu tout ce qu'il est obligé de croire comme de foi divine. La parole traditionnelle, ou la tradition, ne nous transmet pas seulement des dogmes qu'on chercherait en vain dans l'Écriture sainte ; mais quant à ceux mêmes qui s'y trouvent plus ou moins clairement exprimés, elle nous en détermine le sens, elle nous en éclaircit l'intelligence. Ainsi l'Écriture et la tradition se fécondent, s'éclairent, se confirment mutuellement, et complètent le dépôt toujours un, toujours identique, de la parole divine.
Mais pour que ce dépôt pût se conserver jusqu'à la fin des siècles dans son unité et son identité, Jésus- Christ l'a confié, suivant la doctrine catholique, à une autorité toujours vivante et parlante, qui est l'autorité de son Église, Cette autorité réside, en vertu
de rinslitution divine, dans le corps universel des pasteurs ou des évêques unis au chef visible, qui est le successeur de saint Pierre, Tévêque de Rome, le pontife romain, à qui, dans la personne de Pierre, Jésus-Christ a conféré la plénitude de T autorité sur tout son troupeau, sur son Église entière aussi loin qu'elle puisse s'étendre. A ce corps uni à son chef visible est commise la garde de la parole de Dieu écrite comme de la parole traditionnelle; à ce corps ainsi constitué appartient le droit souverain de la pro* poser aux fidèles, d'en déterminer le vrai seîid, d'en exiger la foi intérieure et extérieure; à lui le jugèment suprême et sans appel des controverses dogmatiques, et la condamnation formelle des erreurs, quelles qu'elles soient, en matière de croyôrtce, de morale ou de culte» L'Église donc, Investie du double poUVdii* d'enseigner et déjuger^ est là règle prochaine de foi pour tous les fidèles : sa parole pleine d'autorité, éOîï public enseignement, sont le principe suprême, le c^fiterium fondamental qui détermine la vérité révélée, et d'après lequel on devient et on demeure cdthôli-* que. Et c'est pour cela que la divine Sagesse, Voulant que les fidèles de tous les siècles s' attachassent à cette règle comme à un guide sûr pour ne s'écarter jamais de la vérité, a conféré à ce même corps leë sublimes prérogatives de X infaillibilité et de Vindé-^ feciibilité, pour qu'il ne puisse jâttifliâ eîlseignef l'erreur. Telle est la profession de foi du catholîqilë.
telle est sa règle de croyance. Il est bon d'analyser cette règle de plus près encore, pour en voir plus clairement la juste application.
L'Église catholique, organe divinement établi de la vérité révélée , forte de toutes les preuves ou de tous les motifs qui la rendent évidemment digne de foi, et qui sont au fond les mêmes que les motifs et les preuves de crédibilité du christianisme, propose et enseigne à tous ceux qu'elle reçoit dans son sein les vérités révélées de DieU qui doivent faire l'objet de leur foi. Au nombre de ces vérités, et même au rang des premières, est la divinité de son établissement, l'autorité qu'elle a reçue de Dieu pour une telle mission, ses notes et ses prérogatives, et spécialement Y infaillibilité de son enseignement. Elle leur pré-^ sente la Bible comme un livre divinement inspiré; elle leur donne le cniwn entier, ou le nombre complet et précis des livres qu'ils doivent tenir pour canoniques et divinement inspirés ; elle les assure de l'intégrité du texte et de la sincérité des versions approuvées par elle. Elle leur propose le symbole où se trouvent formulés les articles de foi qu'ils doivent croire explicitement. Et en tout cela elle ne fait acception ni distinction de personne, quels que soient le savoir, le rang ou la dignité. Tous devant elle sont placés au même niveau; et le plus profond théologien, quand il s'agit pour lui de professer sa foi, p'a plus rien qui le distingue du plus grossier artisan. Car
tous doivent croire également les mêmes vérités de foi comme révélées de Dieu, qui est la Vérité suprême, et sur ce fondement, le même pour tous , qu'elles leur sont proposées à croire par l'Église, gardienne, maîtresse et juge infaillible de la parole de Dieu. Ainsi tous les fidèles sont établis de la même manière en possession de la vraie doctrine de Jésus- Christ : possession qu'ils ne peuvent perdre tant qu'ils restent attachés au principe qui la leur a fait acquérir, et qui est l' autorité de l'Église.
Mais comme cette Église est une société divine et humaine tout à la fois, il peut s'y élever des disputes en matière de dogme, de morale ou de culte, des difficultés sur la portée dogmatique d'un passage de l'Écriture; et même l'erreur, levant l'étendard de la révolte, peut chercher à troubler la croyance générale et traditionnelle. A qui appartiendra-t-il de décider, de juger, de condamner? Au tribunal suprême toujours vivant et toujours infaillible de l'Église, au corps des pasteurs unis à leur chef, soit par des définitions solennelles portées en concile, soit par des constitutions promulguées solennellement par le chef visible ou le pontife romain, auquel est uni le corps des pasteurs. Toutes les fois qu'une décision est rendue dans ces conditions, tous doivent également s'y soumettre d'esprit et de cœur, avec un plein assentiment et une entière conviction, comme à un oracle émané de l'organe visible et infaillible que Dieu a
établi à cet effet. En portant ces définitions, l'Église n'introduit jamais rien de nouveau dans la doctrine ; elle ne mêle prfs à l'élément divin un élément humain, un élément hétérogène; mais assistée de l'Esprit^Saint pour l'intelligence des Écritures aussi bien que pour celle de sa divine tradition toujours vivante et parlante, sources véritables de la révélation chrétienne, elle discerne le vrai sens du dogme, et la foi toujours professée et reçue de Jésus-Christ par l'intermédiaire de ses apôtres. Tel est le rôle qui appartient à la règle suprême de la foi catholique, et tel est le devoir des fidèles par rapport à cette règle.
Ce n'est pas que la science n'y ait sa part aussi, et que cette part même ne soit très grande. Car la règle catholique, bien loin d'exclure la science, encourage au contraire l'étude, l'examen et la discussion dans ceux qui en sont capables, soit pour éclaircir les points du dogme mis en question avant la décision de l'Église, soit pour donner à cette décision, quand elle est prononcée, tous les appuis de la science, et la défendre contre les attaques des novateurs.
Ajoutez à cela que le science et la raison peuvent librement s'exercer dans tout ce qui ne tient pas au dogme ou à la morale déjà définis; et ainsi un champ immense à exploiter est toujours ouvert au catholique instruit, qui peut cultiver à son gré l'histoire ecclésiastique et profane, l'archéologie sacrée et monu-
mentale, l'épigraphie et la numismatique, l'esthétique, la philologie ancienne et moderne, la critique, la patristique , l'hennéneutique, Téxégèse biblique, et toute autre branche de la science où peuvent le porter ses goûts et ses talents. Mais tout cela ne saurait jamais pour le catholique, quelque instruit qu'il soit, être le principe et le fondement de sa foi : sur ce point, il doit uniquement se tenir attaché à la règle catholique déjà établie. Et cette règle même est pour lui un guide sûr et toujours présent qui lui sert à retrouver, dans ses excursions scientifiques, lesvé-ritables dogmes proposés par l'Église, et à se préserver de tout égarement. Ainsi, dans le système catholique, les contraires s'harmonisent avec les contraires, l'élément divin avec l'élément humain, là grâce avec la liberté, l'autorité avec la raison, la foi avec la science : tout se lie, tout s'équilibre, et il n'arrive jamais, en tenant ferme à cette règle, qu'on donne dans le» extrêmes opposés où réside l'erreur.
Je conclurai cet exposé scientifique de la( règle catholique par une belle observation , magnifiquement développée, de nos jours, par un illustre écrivain, aujourd'hui cardinal de la sainte Église et archevêque de Westminster (1) : c'est qu'il faut bien distinguer les motifs qui nous portent à embrasser la foi catho-
(1 ) Leçons ou conférences sur les doctrines et les pratiques principales de V Église catholique , par Nie. Wiseman, confér. 1., introd.
' 83 — liqtie d'avec le principe vital et constitutif de cette foi, comme de la profession qùé nous en faisons. Ces mbtifs peuvent être très nombreux et même très différents les uns des autres ; car^ comme les motifs de ctédibilité abondent dans nbtre sainte religion , chacun, suivant ses dispositions personnelles, peut choisir de préférence ceux qui lui conviennent le mieux, quoique tous ces motifs , sans distinction , soient très propres par eux-mêmes à convaincre un esprit bien disposé.' Ainsij pour né parler que de conversions fameuses accomplies dans ces derniers temps, les uns, conlme Philipps de Monaco et le célèbre Hurtèr^ ont été amenés par de profondes études historiques, particulièrement sur le moyen-âge^ à reconnaître la vérité du catholicisme ; d'autres^ comme Schlegel, Stolberg , Molitor, Seith , y ont été conduits par l'étude philosophique de l'esprit humain; d' autres j comme De Coux^ par de savantes recherches sur l'économie politique ; d'autres j comme Jarke, par l'étude du droit ; d'autres pari' esthétique comme Pugin ; d'autres par la beauté du culte catholique, comme tant de puséystes, et ainsi de bien d'autres encore (1)* Mais le
(1) L'auteur renvoie ici son lecteur aux ouvrages anglais de Digby , intitulés : Compitum or meeting of the fVays , et Mores tentholici or Ages of faith, dont le premier, dit-il, est à son sixième volume, et l'autre se compose de trois gros volumes in-4o. Nous pourrions renvoyer de même nos lecteurs français aux ouvrages de M. Rohrbacher intitulés : Motifs ^ etc.
principe vital et fondamental en vertu duquel ils sont devenus catholiques n'a été et n'a pu être que le mênfAe pour tous, savoir : de se soumettre au principe même vital et fondamental du catholicisme, ou à sa règle suprême de foi, à l'autorité de l'Église. « L'Église est donc (disons-le avec les belles paroles de cet écrivain) comme une cité à laquelle conduisent de toutes parts des avenues, ou vers laquelle on peut venir de tous lieux par les chemins les plus divers , par la route rude et épineuse d'une vigoureuse investigation, par les sentiers plus fleuris du sentiment et de la sensibilité ; mais, une fois arrivé à ses murs d'enceinte, on ne trouve qu'une seule porte par où entrer, qu'une porte de bercail, étroite et basse peut-être, et qui force la chair et le sang de se courber pour y passer. On peut errer autour de son enceinte, on peut admirer la beauté de ses édifices et de ses boulevarts ; mais on ne saurait en être les citoyens et les enfants, à moins d'entrer par cette porte unique d'une soumission absolue et sans réserve à l'enseignement de l'Église» (1). Il en est tout autrement dans le système protestant, selon sa règle de foi, que nous allons exposer à son tour.
Histoire des co7werswns les plus remarquables, et aux derniers volumes de sa grande Histoire f enfin, consulter là-dessus l'ouvrage de M. Gondon.
(I) Ibidem, p. 16.