‹ Le protestantisme et la règle de foi, trChapitre 22 sur 30 · SOT · texte numérisé non relu

SOT

«lettre m peine ni (Je J'^utorité de l'Églige, ni du témoignage des Pèrefii, ni duseiitiment trfitditipnn^l de V antiquité cbrétienne, A quiconque lui opposait ç§q sources vénér^tjjes, il répondait sans balancer que tout cela n'était que p^rçile de l'homme^ tandis qu'on ne doit croire qu'à I4 pure parole de Dievif ; mot qui fut répété depuis par toutes les sectes protestantes , et il n'y a qu'up instant que nous l'entendions ég^len^ent s'éphapper des lèvres de l'évêque protestant Ni^on, Mais Luther fut-il dans la suite fidèle à son principe? •^ Pas le mpingi du monde, Lui, qui avait proclamé lit gyî?e parole de Dieu, c'estr-à-dire la Bible, comme l'unique règle de foi , et la liberté d'examen comme Tunique moyen d'appliquer cette règl(^, il donna $a propre interprétation pour la seule qui dût être suivie de tous, et substitua sa propre autorité à celje de l'Église, en in^posant tyranniquement son dogmatisn^e k ?es sectateurs. Qui ne voit dans cette conduite l'ipr conséquence palpable de ce grand réformateur?

Tel est le fait, ou l'application personnelle du principe faite parle fondateur du protestantisme lui-même. Voyons npaintenant le droit , ou le principe en soi. Lia Bible donc interprétée par la raison individuelle, et Je libre examen qu'elle en fait , constituent la règle, le droit, le principe , comme on voudra l'appeler, du prQtest§tnti^e, Or, c'est précisément de cette règl§, de ce drqit et de ce principe, que j'affirme qu'U cç«iti^^\t en soi le germe du ratipJ^ftlisnae, vgf rçu:*.

geur de la foi et de la révélation elle-même. C'est ce qu'il ne sera pas difl&cile de démontrer, tant sous le rapport de la théorie que sous celui de la pratique. -4- Et quant à la théorie, qui ne voit qu'une fois admis

que la règle des croyances et des actions est dans l'Écriture interprétée au gré de l'intelligence de chacun ou de la raison individuelle , chacun est par là même constitué juge de sa foi? Et, en effet, à qui appartient-il , dans cette hypothèse, de juger si une expression doit être entendue dans le sens littéral ou dans le sens figuré, si l'on doit l'entendre d'un précepte ou d'un simple conseil , si un fait rapporté doit être considéré comme naturel ou comme miraculeux? Alaraison individuelle, et à la raison individuelle seule. Et pour en produire quelques exemples, ces paroles de Jésus-Christ en saint Jean : Moi et mon père^ nous sommes une même chose ^ doivent-elles s'entendre d'une unité substantielle ou d'une unité morale ? Les paroles de l'institution divine de l'Eucharistie : Ceci est mon corps j doivent-elles se prendre au pied de la lettre , ou bien dans un sens figuré, ou bien même, s'expliquer d'un simple rite commémoratif ? De même ces autres paroles : Si quelqu'un vous prend votre robe, abandonnez-lui aussi votre manteau, contiennentr-elles un précepte, ou un conseil seulement? Le rite du baptême est-il pour tous les siècles, ou pour un temps déterminé? Et ainsi de mille autres passages, de l'intelligence desquels dépend un dogme, un sa-

crement, une grave obligation. La décision de ces points se trouvant livrée à l'interprétation de chacun avec la règle dont nous parlons, s'il y a dissentiment sur la manière d'entendre ces passages, comme il devra nécessairement arriver, que faudra-t-il croire? qui décidera la question controversée? Je le répète encore : la raison de chacun.

Et ce n'est pas tout . La raison individuelle devant être juge, si elle tombe sur un passage qui contienne une vérité qu'elle ne comprenne pas, parce que l'objet en est au-dessus de sa portée, que ferat-elle? Elle voit d'un côté que, si elle l'entendait dans le sens littéral, elle devrait admettre comme vrai ce qui lui paraît absurde, un mystère qu'elle ne saurait comprendre, une contradiction au moins apparente; mais, d'un autre côté, elle sait trop bien qu'elle ne peut rejeter ce qu'elle trouve évidemment contenu dans le livre divin. A quoi donc s'en tiendra-t-elle? Juge suprême comme elle l'est de sa foi, au lieu de s'assujétir à l'Écriture et à la révélation en admettant un mystère qu'elle ne comprend pas, et qui lui semble même contraire à ses principes naturels, elle s'assujétira à elle-même la révélation comme l'Écriture; elle interprétera celle-ci de manière à ce qu'elle ne présente rien que de conforme à ce dont elle a l'intelligence. Ainsi le mystère et tout le siunaturel cèdent la place au rationalisme.

Disons encore davantage : si c'est la raison qui

doit proftoneet* eti dernier appel la sentétitfe défiliitiyé ôtif le sefls de l'Écriture, qu'elle vienne à rencontrer quelque paèsage qui contrarie trop fortement les penchants oti les inclinations de Sa nature corrompue, elle l'interprétera de manière à ce que cette opposition ou cette contrariété s'évanouisse, pour c|u'ellé puisse tranquillement obéir à ses iHsffeincts; si, au coïi* traire, elle découvre un passage qui semble favoriser ses passions, elle s'en ëniparera aVec avidité, et saura s'en autoriser pour agir sans contrainte. Danë ceâ cas, l'Écriture devient nuisible et mortelle pour l'homme déterminé à vivre au gré de ses désirs , ni plui^ ni moins qtie ne le feraient bien cïes philosophes, soit anciens, soit modernes, par rapport aux principes dé la raison. On lui donne des interprétatiorts tiolentéS, on la torture, et on la met à la question , si je prite parler ainsi, pour la rendre, parce qu'on lui foitdirëj la complice de ses désordres les plus infâmes; et l'Écriture, devenue méconnaissable, n'est pitis alors qu'un voile qui sert à couvrir et à rendre horiotâbfes même les plus mauvaises passions, dont on vedt le profit sans en subir la honte. Ainsi, non-seulement U foi , mais encore la morale est détruite par la règle donnée pour base au protestantisme (I).

(1) Ici vient à propos ce que rapporte Lingard dans son His^ ^mre d' Angleterre {t m, ch. 18, p. 386, édit. de Paris, 1843), sur les derniers moment de Cromwel, partisan du dogme calvinste de yinamiâsilnlité de la jOBtice. « Le proteeteur Cromwel,

— 39i — On ^ira que oé sont ded abus de la règle; qui de M MtufD ne conduit pas à de tels excès. Accordons, puièqti'Gln le veut» que ce ne soient que des abus; mais èelui qui les soutient et les met en pratique accor^ dera-t-il que ce soient des abus, ou ne soutieridra-t-îl pas plutôt que ce sont des interprétations légiti/nes de la pure parole de Dieu, qu'il voit, quMl entend dfe cette manière? Qui pourra le convaincre du contraire, en vertu de 6a règle? N'est-ce pas la raison individuelle qui doit en être le juge? Personne logiquement ne pourra le démentir. Et voilà comment, par ces pro^ cédés logiques; on en vient à renverser de fond en ccnnble toute l'économie du christianisme, en le dépouillant de toutes les vérités surnaturelles, de tous le» mystères, de tous les faits extraordinaires, c'està-dire qui sont au-dessus du tours ordinaire de la nature, et par conséquent de toutes les prédictions, de toiiteB les prophéties, où la raison individuelle ne

écrit^l, attendait à White-Hall le moment de rendre à Dieu sa belle âme» Voyant sans doute errer autour de son lit l'ombre ensanglantée de son roi, et celles de tant de milliers d'Anglais et d*Irlandais immolés à son ambition et au triomphe du pur È4>9ngilè, il se tourna vers un de ses chapelains : « Diteè-ittoi, Sterry, est-il possible de déchoir de l'état de grâce? — Cela n'est pas possible, répond le ministre. — Alors, dit le moribond, je suis en sûreté; car je sais que j'ai été autrefois en état de grâce. » Dans cette conviction, il employa ce qui lui restait de vie et de forcer à prier, non potir lui-môme, mais pour le pttfple de Dieu.

voit que d'heureuses conjectures et rien de plus; on le dépouille enfin de ses préceptes moraux, ou du moins on leur ôte leur base, en supprimant la foi des mystères, qui présente pour l'observation des préceptes les motifs les plus forts et les plus- efficaces.

Que devient le christianisme, si on lui enlève les mystères de F Incarnation et de la Rédemption, les dogmes de la résurrection future des corps et de l'éternité des peines? Ce n'est plus qu'un squelette ou une ombre vaine ; ce n'est plus, si l'on veut , qu'une école philosophique. Or, une fois l'Écriture abandonnée à l'intelligence et à l'interprétation de chacun , ces mystères et ces dogmes s'écroulent et tombent en ruines. Car ce n'est pas la raison qui a trouvé par elle-même ces mystères et ces dogmes en lisant la Bible ; mais elle les a reçus uniquem^t du sens traditionnel, maintenu et propagé par l'enseignement toujours vivant de l'Église. Qu'on donne l'Écriture, sans explications ni commentaires, au plus habile mandarin chinois qui n'ait pas connaissance de là religion chrétienne, y trouvera-t-il , dans le sens où nous le croyons nous-mêmes, le mystère d'un Dieu fait homme, d'une personne qui réunit en elle seule la nature divine avec la nature humaine? Y trouverat-il que cet Homme-Dieu est mort en sacrifice pour l'expiation des péchés et la rédemption de tout le genre humain? Pour moi , je ne le pense pas ; et je le pense d'autant moins, que je vois des hommes éle-

vés et nourris dès leur enfance dans ces idées chrétiennes, versés dans l'étude de l'Écriture, doués de talents plus qu'ordinaires et d'une érudition non commune, qui pourtant n'y voient rien de semblable. Les protestants diront que ces hommes sont de mauvaise foi; mais comment le prouveront-ils? Ces hommes le leur nieront certainement; ils leur donneront l'assurance que c'est leur persuasion et leur conviction la plus intime, le fruit d'une étude exacte et approfondie de l'Écriture même, le résultat le plus clair de l'examen consciencieux qu'ils en ont fait. Je suis très fortement convaincu que Luther, et je dirais la même chose, comme je l'ai déjà plus d'une fois inculqué, des autres soi-disant réformateurs, n'aurait pas trouvé par lui-même ces dogmes dans la Bible, s'il ne les avait appris de l'Église dès son enfance. Les protestants ressemblent en ce point aux philosophes ou incrédules du xvm* siècle, qui, après avoir sucé avec le lait les enseignements de la morale chrétienne, prétendaient faire abstraction de ces enseignements, et donner avec toute l'indépendance de leur propre raison des leçons d'une morale sublime, sans se douter de l'influence que les réminiscences du passé exerçaient sur leurs esprits.

Et pour s'assurer qu'il en est eJQfectivement ainsi , qu'on remarque seulement que bien des protestants ont avec le temps, et à force de recherches, réussi à détruire en eux-mêmes la croyance de ces dogmes fon-

damentaùx du christianisme, comine la chose est connue, et comme je ne tarderai pas d'ailleurs à le prouver. Or, je le demande, comment auraient-ils trouvé par euK-mêmes et par leur propre raistiri ces mystères dans la Bible, si, même après les avoir reçus et professés, ils les ont fait disparaître à l'aide de leur râi^ son exploratrice et de letirs études bibliques? Et par quelle voie sont-ils parvenus à ce triste résultat? Par l'application de la règle de foi protestante, pat leur raison interprète et juge suprême du sens de la Bible. C'est par cette voie que Luther^ trouvant absurde l'idée de transubstantiation dans l'Eucharistie, est arrivé à rejeter ce dogme; que Zwingle et Calvin ont rejeté à leur tour la présence réelle et substaiitielle du Sauveur dans ce même sacrement? que Mtinzer lui-même a trouvé absurde que les enfants incapables de faire un acte de fbi pussent être régénérés par le baptême, et que, comme les autres^ il a rejeté le dogme qu'il trouvait absurde. C'est de mêmfe par cette voie que Sdcin, trouvant absurde le dogme de trois personnes distinctes dans l'unité numérique d'une même nature, absurde celui de l'Infearnatieii d'après lequel deux natures distinctes siibsistent en une seule personne, absurde celui dé la Rédemption qui exige la mort d'un innocent pour raeheter ^des coupables, comme si Dieu avait eu besoin d'une telle victime pour réconcilier les hommes avec lui, absurde que, pour une faute passagère, une créatuiii soit punie

— 39* -éternellement, a rejeté et fait disparaître à la Mé du chriôtianifime toui§ ces dogmes fondamentaux. Ce n'est pas qu'on ne puisse trouver dans l'Écriture des textes nomlDreux et assez clairs pour constater ces dogmes ; mais la raison individuelle, constituée interprète de \A Bible, ou n'a pas voulu les y voir, ou, si elle les y â vus, les a entendus dans un autre sens, ou bien en a encore affaibli la force, de manière à ce qu'ils n'offrissent plus rien de choquant pour elle, et qui ne fût tout-à-falt à sa portée.

Enfin, il est incontestable que le motif pour lequel les premiers réformateurs ont donné ou attribué à l'Écriture un sens différent de celui que lui reconnaissait la tradition par rapporta l'Eucharistie, au baptême et à tant d'autres vérités catholiques, est le même qui a porté les sociniens à attribuer aussi un sens différent à tous les passages où sont contenus les mystères et lés dogmes que je viens de rappeler. C'est donc toutà-fait en vertu de la règle du protestantisme que ees dogmes et ces mystètes ont été méconnus et niés (!)•

m Luther, dit fort bien Newman dans son Histoire du déffileppement des doctrtms chrétiemes, s'appuya sur une dou* \Ae base: son principe dogmatique, qui est en contradiction avec don droit du jugement privé, et son principe sacramentel avec sa théorie de la justification. L'élément sacramentel ne donna jàmai» signe de vie j mais, à sa mort, l'élément dogmatique ^'il représenluit en sa personne prit le dessus, et Cha?-

Venons-en maintenant au dernier pas qui restait à faire pour passer du socinianisme au rationalisme le

cune de ses paroles sur les points controversés devint une loi pour le parti qui, de tout temps le plus considérable, se développa enfin simultanément avec son Église elle-même. Cette vénération presque idolâtre fut accrue par le choix des déclarations de foi pour les livres symboliques de son Église, déclarations dont la substance sur l'ensemble lui appartenait. (Ce sont les paroles de I*usey sur le rationalisme allemand, p. 21 en note.)

« Une réaction eut lieu ensuite : le jugement privé reprit la suprématie. Calliste mit la raison, et Spener, ce qu'on appelle la religion du cœur, à la place de l'exactitude dogmatique. Le piétisme s'évanouit pour l'instant; mais lé rationalisme se développa dans le système de Wolf, qui prétendait prouver toutes les doctrines orthodoxes par l'usage d'arguments dont les prémisses étaient en harmonie avec la raison. On s'aperçut bientôt que l'arme dont Wolf se servit en faveur de l'orthodoxie pouvait, avec la même plausibilité, être tournée contre elle: entre ses mains elle avait servi à former le symbole; entre celles de Semler, d'Emesti et autres, elle servit à infirmer l'autorité de l'Écriture. En quoi devait- on maintenant faire consister la religion t Une sorte de piétisme philosophique vint ensuite; ou plutôt le piétisme de Spener et la théorie originale de la justification furent analysés plus profondément, et produisirent diverses théories de panthéisme. Le panthéisme fut, dès le principe, au fond de la doctrine de Luther et de son caractère personnel. Au panthéisme paraît se réduire à présent le luthéranisme, soit qu'on le considère dans la philosophie de Kant, dans l'impiété ouverte de Strauss, [ou dans les professions religieuses de la nouvelle Église évaiigéhque de Prusse. En appliquant cet exemple au sujet pour l'éclaircissement duquel nous l'avons invoqué, je dirai que la marche imiforme et réglée, la succession naturelle des vues par lesquelles le sym-

plus abject. Si, en suivant Tornière tracée par les premiers réformateurs, c'est-à-dire par ceux qui, en vertu de la règle ou du principe qu'ils ont proclamé, ont réformé l'Église, les sociniens, en vertu de la même règle, ont réformé la réforme, les rationalistes, à leur tour, ont réformé la réforme de la réforme. En eflfet, s'attachant au même principe, leur raison a trouvé absurde la communication immédiate de la Divinité avec l'homme. Ils ont trouvé superflue une révélation surnaturelle,quand Dieu a déjà suflTisamment pourvu l'homme d'une révélation interne, universelle, et non pas simplement commune à tout le genre humain, mais encore spéciale pour chaque individu. Ils ont trouvé que cette révélation interne, ou la raison, était susceptible de perfectionnement à l'infini et de progrès toujours nouveaux, et par conséquent qu'elle se suffisait à elle-même. Ils ont trouvé qu'effectivement, à certaines époques déterminées et à la faveur d'heureuses combinaisons, cette raison, sous l'impulsion de quelques hommes doués d'un génie supérieur au commun de leurs contemporains, avait fait faire à l'espèce humaine des progrès merveilleux. Au nombre

bole de Luther a été transformé en la philosopkie impie ou hérétique de ses représentants actuels, prouvent que ce changemeut n'est ni une perversion, ni une corruption, mais m\ développement fidèle de l'idée originale. » [HisL des dével., p. 93 et 94.) Ces paroles de Newman jettent un grand jour sur tout ce que nous avançons dans cet article.

d§ çe§ boinm^s aiii^i privilégiés de h n^tur©, et suscités pftr la divipe Providence à raiaon de PexigeBM des teipps, on doit compter un Moï^e et yn Conf uciua, un Jésus et un Mahomet , et enfin un Luther, et d'aur très grande hommes comme ceux-là. Tous ont mérrite h un très haut degré la reconnaissance du g^ure humain. Leurs livres ont été écrits sous l'inspiration de leur propre génie; et par conséquent, de même que nous appelons inspirés les poètes, que nous disons le divin Platon, le divin Cicéron, ainsi, par la mémfi raison, devons -nous appeler divins et inspinés les livres saints. Car ils renferment d'excellents précepte» nioraux, et ils ont aussi leur poésie, et même leur partie mythologique. On y trquve des mythes histo^ rjquef;, des mythes poétiques, de^ mythea moraux. Le premier mythe est celui de la création dfi Yhoms^&A un sepqnd se trouve dans la formation d^ la femme; up troisième dans la chute de l'hoinme, et ainsi successivement jusqu'à l'Évangile, qui renferme de même \m grand nombre de mythes, tels que l'annonciation faite à la vierge de Nazareth, la naissance de Jésush Christ, les récits de miracles, la résurrection, l'ascension au ciel, etc. (1).

On ne saurait nier qu'outre ce rationalisme V4l^

(1) Sur ce systèi^e paytlûque on p^ut œnsulter uUlem^ot H^-r NOLDER, ^ermçmuHcsR bihliç» gemrc^H^ prmci§m rc^tiomtl^, chrvitiam ^t c^t1{oliçay Quinquç Ëoclesiis, 1S%. Append. pseudo-interpret. Spener, § 76.

g^ire il ne s'en soit élevé un autre scientifique et phi^. losophique du sein mêipe de la Réforme. Kant en a ét^ le premier promoteur; et il a été perfectionné par Fiahte, puis paf Sql^elling et Hegel. Fichte, comme on Tft 4éjà ^itj promH de créer Dieu devant ses nombreux élèves. Hegel se le proposa à son tqur par le développement de l'idée, développement qui s'opère dans l'histoire. L'histoire, par conséquent, n'est autre Gjipse que Dieij, oif l'idée se développant elle-même ppr une loi immuable et inflexible comme la géométi^ç. J^'homme n'est que la manifestation la plus hftUte (}^ ce Dieu, manifestation passagère qui rentra ensuite dans le grand opéan d'PÙ elle est sortie, et ce n'est que dans ce sens que l'homme est vraiment immortel. L'histoire biblique des deux Testaments, Ancien pi Nouyçau, fait pçirtie de pp développement continu (1).

Après cela, pourra-t-on encore parler de foi, de

[\) Voir, au svûpt (Ju ratipnftlisme, le savant ouvrage de 31. rji])bé Cbassay, intitulé : p.éfense fia christianisme historique^ q^ le Christ et l'Évangilç. Cet ouvrage, comme je l'ai déjà tlit, e^t ^]^\j\ de documents pr(^cieux qui fqiit connaître la marche du rfitioi:iaUsme allemand et français depuis sou origine jusqu'il ces dernières années. l\ faut lire la préface si belle et si ])arfaitement r^isounée du célèbre auteur. Voir çiussi l'opuscule dp Sted^engeb, prof, de Trêves, intitulé : Examen critique de la pJUlo§ophie allemçmde^ Trêves, 1840 ; Armand Saintes, Histoire critique çtu rationalisme en Âllem^ignç, P?iris, 1841 ; A. Qtt, Hegel et la philosophie allemandey Paris, 1344,

mystères, de dogmes, de morale ? Pourra-t-on encore parler de révélation, d'inspiration, d'Écriture, de christianisme ? Et, en vérité, nos rationalistes soutiennent que le phiosophe doit tirer sa religion uniquement de son propre fonds, c'est-à-dire de sa propre raison. Elle se suffit à elle-même, sans avoir besoin de recourir à aucun secours étranger. La religion positive ou révélée, disent-ils, doit être abandonnée à ceux-là seulement qui ne sont pas philosophes, ou qui n'ont pas l'esprit assez cultivé pour être en état de s'en faire une par eux-mêmes, c'est-à-dire au peuple, à qui il convient de laisser la Bible et un culte extérieur quelconque, comme supplément à son incapacité (1).

(1) Pour donner une esquisse de Tétat où les choses sont parvenues en Prusse dans ces dernières années, il suffira de rapporter ce qu'écrivait, sous la date du 18 juillet 1844, un correspondant de Y Univers : « Berlin est le centre de la science protestante, qui, comme vous le savez, croit être arrivée au point de se trouver non- seulement indépendante de toutes croyances religieuses, mais encore bien au-dessus de totite vérité révélée. La philosophie du célèbre Hegel a fait, sous ce rapport, un mal immense, et que Ton n'a pas encore bien apprécié, que l'on sent cependant, et que le roi lui-même n*ignore aucunement. Le philosophe de Berlin prétendait que la raison humaine était parvenue à un degré de développement et de maturité qui la mettait en état de parvenir, par ses propres forces, à la connaissance de toutes les vérités que l'homme avait autrefois acceptées comme venant d'une source supérieure, et lui étant communiquées par la révélation. Il soutenait que la

Or, cette destruction de toute croyance, comme on le voit, ce tombeau du christianisme est la conséquence logique, la déduction rigoureuse de la théorie et de la mise en pratique du protestantisme, ou pour mieux dire, de la règle de foi à laquelle il doit sa naissance, ses progrès et tous ses développements. On n'aperçut pas d'abord cette intime liaison, cette étroite dépendance des conséquen ces par rapport au principe, parce que les protestants, faibles dans leurs commencements, et d'ailleurs imbus sans qu'ils s'en doutassent du principe catholique, s'en tenaient comme par habitude, dans la pratique du moins, et en grande partie, à la méthode catholique. Ils auraient reculé d'horreur, s'ils

raison humaine pénétrait bien plus dans l'intelligence la plus intime de ces vérités que ne l'auraient jamais pu faire les hommes qui, étant éclairés eux-mêmes d'une lumière surnaturelle, avaient tâché de les expliquer. « La religion et la philosophie, « disait-il, ont le même objet; mais la seconde est bien supé- " rieure à la première... »» Ces idées ont été adoptées par la plupart des hommes distingués et savants de Berlin; voilà ce qui explique pourquoi ils n'expriment ni haine ni aversion pour ceux qui tiennent encore à des doctrines religieuses positives ; ils prennent ces hommes en pitié, tout en honorant en eux leurs bonnes intentions. Vous avez encore besoin d'une religion révélée, d'un culte extérieur, de cérémonies, nous* disent-ils ; c'est très bien, nous comprenons parfaitement l'état dans lequel vous vous trouvez , car nous y étions aussi J mais vous en sortirez peut-être, si vous pénétrez plus avant dans les études philosophiques, si la lumière de la science éclaire enfin votre raison. »

avaient entrevu seulement de loin l'abîme où tea Conduisait leur prétendue règle; mais, si le soupçon leur en venait dans quelque intervalle lucide > ils en détournaient bientôt leur pensée* Ils n'apprécièrent pas aussitôt toute la force de leur principe ^ et teui- irréflexion leur fit admettre à l'aveugle le dogmatisme, quel qu'il fût, qui leur était imposé paf leurs chefs. D© là tirèrent leur origine tant de professions de foi sans cesse retouchées dans leurs congrès, leurs eoUo^ ques et leurs synodes si fréquenté ; de là leurs cou* testations interminables , leurs divisions de sèctèsi leur intolérance^ avec tous les effets qui eil résultèrent Us s'apercevaient bien quelquefois que leur foi était vacillante, que le terrain sur lequel ils étaient placés n'avait rien d'assuré, et qu'il suffirait d'un coup de vent tant soit peu violent pour renverser leur frêle édifice ; mais ils ne voyaient pas entore le précipice fatal qui s'ôUvfàit sous leurs pas. Ils ne coiiiprirèht pas, pour le dire en deux mots, la nature du protestantisme. Il fallait que le temps-, ce révélateur redoutable ^ mît à découvert tout le mal que le protestantisme i^hfefiîiàit êh lui-même ; qu^il fît germer, croître et venir à maturité le fruit dont il ne contenait d'abord que la semence. Trois siècles dtô déductions logKfues oôt ètifih db^ôuU a rendre Tisible toute la inoristruosîté de là règle dont nous faisons l'examen (1). De tous cô-

(1) Ici Newman, dans son Histoire dn dévehppÊimhity ob-

tés maintenant, les protestants libéraux et rationalistes confessent ouvertement que leurs pères n'ont pas

serve avec raison que » le principe est un mdliear ciment pour l*hérésie que la doctrine. » Les hérétiques sont fidèles à leur principe ; mais ils changent à tout propos, à tout moment leurs opinions, parce que, en effet, les doctrines même les plus opposées peuvent être des applications du même principe. Ainsi les antiochienset d'autres hérétiques fur^it, comme au hasard, tantôt ariens, tantôt sabelliens, ici nestoriens, là monophysites, mais toujours par fidélité à leur principe capital, qu'il n'y a pas de mystère en théologie. Ainsi les calvinistes sont devenus unitaires par le prindpé du jugement privé. Les doctrines de rhéréste sont choses accidentelles qui touchent bientôt à leur fin ; ses principes, au contraire, demeurent toujours.

« Le protestantisme, envisagé dans ce qu'il conserve du catholicisme, est une doctrine sans principe ; considéré dans ce qu'il contient d*hérésie, c'est un principe sans doctrine. Beaucoup de beaux parleurs, par exemple, s'expriment en termes magnifiques sur TÉglise et ses caractères: quelques-uns d'eux ne réalisent point ce qu'ils disent, mais se bornent à des aflSrtnations générales sur la foi et les vérités primitives^ sur le itchUme et l'hérésie^ sans attacher à leurs ex|»^essions aactm sens défini ; tandis que d'autres parient d'unité, d'universalité et de catholicité, en prenant ces paroles dans leur sens propre, et en y attachant leurs propres idées.

** Le cours des hérésies est toujours déterminé : c'est un état intermédiaire entre la vie et la mort, ou ce qui ressemble à la mort ) tfa s'il n'aboutit pas à la mort, il se résout en un nouveau cours d'erreur, peut-être contraire au premier, et qui ne présente aucune raison de lui être rattaché. Et de cette manière un principe hérétique pourra vivre longtemps en prenant son coufls tantôt en tm sens, tantôt en un autre. >* Sect. m, § I et suiv.

compris la véritable nature du protestantisme, qu'ils se sont trompés lourdement en voulant imposer à leurs enfants des confessions de foipositive, des formulaires et des livres symboliques. Ainsi en Suisse, ainsi en Hollande, ainsi en France, ainsi en Allemagne, et ainsi en Angleterre, où le socînianisme et le rationalisme gagnent tous les jours du terrain (1). 11 n'y a pas d'autre vrai et franc protestantisme que celui qui a été défini dans ces derniers temps par ces mots : "T^ Croire ce qu'on veiit^ et agir comme on croit.

Cela posé, n'y a-t-il pas du ridicule dans ces attaques journalières livrées à l'Église catholique par la multitude des écrivains protestants sur certains points secondaires et indifférents à la substance de la religion ? Vous les voyez tous occupés à déverser la haine et le mépris sur le catholicisme à propos de l'invocation des saints, du culte des images et des reliques, tandis qu'eux-mêmes n'ont pas seulement rejeté tout symbole, mais encore ont miné les fondements du christianisme. Ne seriez-vous pas tenté de comparer ces vains déclamateurs à des gens qui , tandis que le feu serait. à leur propre maison, où il brûlerait et consumerait tout, ne s'en mettraient point en peine, mais en même temps porteraient toute leur sollicitude vers la maison d'un voisin pour quelques toiles d'arai-

(1) Voir Amand Saintes, Histoire critiqve du rationalisme PU Allemagne^ p. 314 et suiv.

gnées qui pendraient à ses murs? Ce serait encore bien pis, si ces toiles d'araignées n'avaient de réalité que dans leur imagination ou dans leurs yeux. Tant il est vrai que l'homme est souvent ingénieux à se faire illusion à soi-même.

Il n'y a rien dans tout ce que nous avons dit qui ne soit connu des personnes instruites et versées dans la polémique religieuse ; mais il n'en est pas de même pour celles à qui cette sorte d'étude n'est pas familière. Celles-ci pourraient peut-être soupçonner qu'il y a de l'exagération dans ce que nous venons de dire. Et cependant nous sommes restéjencore fort au-dessous de la réalité. Il est certain que le protestantisme, transformé en rationalisme en vertu de sa règle, se précipite dans de tels excès, que cela est bien propre à faire revenir ceux qui n'auraient pas perdu tout reste de foi. La religion chrétienne n'est plus que j. pure philosophie : la raison a pris la place de la révélation. Le Christ s'en est allé.

Après queMarheineke, célèbre prédicateur de Berlin, a prétendu expliquer dans ses discours les dogmes luthériens au moyen de la philosophie idéalistique hégélienne, Strauss en a fait l'application au christianisme entier, lui qui, dans sa Vie de Jésus, avait déjà essayé, bien qu'en tâtonnant, de rétablir un Christ dans la religion, après avoir anéanti celui de l'histoire au moyen de la critique. Il avait affirmé que les chrétiens des premiers siècles avaient revêtu d'une

forme historique l'image du Messie, qui était vivante en eux, et, par conséquent, il avait déjà parlé dans le sens des hégéliens, qui affirment que Tesprit bui^ main, comme par un pressentiment de leur philoso^ phie à venir, avait donné une forme historique aux dogmes du péché originel, de la Trinité et de FHomme-Dieu. Strauss, accusé pour ce passage d/^ vant le tribunal de la philosophie, en fit la confeasioo, et n'en resta pas moins persuadé qu'il y avait une donnée positive dans Thistoire du christianisme (1). Mais depuis, dans sa Dogmatique, il a pris à cœur de démontrer que, la philosophie devenue une foiû souveraine, le Christ de Hegel effacera pour toujimrs la mémoire du Christ de l'Evangile.

Et voilà comment, en suivant logiquement la régie protestante, on anéantirait les mystères, on anéanti^ rait tous les dogmes, et jusqu*à la notion de ia foi ; de sorte que même le protestant Harms a pu reprocher à la Réforme, qu'on peui écrire sur l'ongle du doigt ses doctrines généralement reconnues (2). Et Smalz a dit encore plus explicitem^t : « Le pn^ tesîOMUisme a poussé si loin le goût des réformes^ quUl n'offre plus maintenant qu'une série de «rm sans chiffre numérateur » (â). Et le protestanfeme

(1) Voir ses Écrits polémiques, 3e partie.

(2) Voir la Réforme contre la Réforme, par Hoeninghaus, 1. 1, di. 1, p. 12.

{3) Ibidem, p. 37.

ne s'en est pas teny |à \ Qiais il çn est venu à se transformer non-seulement en rationalisme, mais en un philesephisme tel, qu'il a absorbé le ehristii^isme entier, et a réduit à une simple idée Tauteur même du christianisme. Je remets à un autre moment à rapporter le reste des impiétés qui ont été la conséquence é% ee même principe. Qu'il suffire, en attendant, de ce que j'en ai dit, pour avoir la preuve évidente de ma

proportion,

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