JOAN. IV
thiens (c, xv) , où il se dit le dernier des apôtres, qui ne mérite pas même d'être appelé apôtre, parce qu'il a persécuté l'Église de Dieu ; et dans sa première à Timothée (c. i) , où il dit : « C'est une vérité certaine, et digne d'être reçue avec une entière déférence, que Jésus-Christ est venu dans ce monde sauver les pécheurs, entre lesquels je suis le premier; mais aussi j'ai reçu miséricorde, afin que je fusse le premier en qui Jésus-Christ fît éclater son extrême patience, et que je servisse d'exemple à ceux qui croiraient en lui pour avoir la vie éternelle » (!)•
J'ai voulu mettre tout cela en avant, pour donner -f—
quelque idée du caractère et de l'esprit de l'Évangile, qui est tout humilité, docilité, obéissance et soumission, particulièrement en ce qui concerne la foi, laquelle venant de l'orne, comme parle l'apôtre , pour ceux qui la reçoivent, suppose la prédication dans ceux qui la promulguent et en conservent le dépôt.
Pour faire maintenant l'application au sujet actuel de tout ce que je viens de rapporter, j'aflBrme que tout cela est on ne peut plus incompatible avec la règle du protestantisme. En effet, d'après l'Évangile, Jésus-
(1) Ce magnifique morceau mérite d'être lu en entier dans l'auteur, ouvrage traduit de l'anglais sous le titre : La religion chrétienne démmitrée par la conversion et l'apostolat de saint Patdy art. Vanités, Preiwes de sa modestie, où, quoique protestant lui-même, l'auteur oppose Thumilité de l'apôtre à la vanité des sectaires protestants.
Christ, en donnant la mission à ses apôtres^ et daoB leur personne, à ceux qui leur succéderaient dans te saint ministère, leur a enjoint d'enseigner, de publier sa doctrine en son nom à tous les peuples d© la terre 5 et par conséquent, il a imposé à tous les peuples Fc4>ligation d'écouter avec docilité et humilité tout ce qui leur serait enseigné , quand une fois ils se seraient assurés des motifs de crédibilité par lesquela les apôtres prouvaient leur mission. Les apôtres n'ont jamais permis aux nations infi#les, ime fois convaincues par les motifs que j'ai touchés de la haute nii&mon avec laquelle ils se présentaient devant elles, d'examiner et de discuter la vérité delà doctrine qu'ils leur proposaient de la part de J>L@u, si cen'^est tout au plus pour s^assurer en général qu'elle ne contenait rien de contraire à la droite raison et à la saine nM>rate, critérium négatif mi^ïA que positif, et qui fait d'ailleurs partie des arguments extrinsèques de cr^ dîbilité. Du reste, quant à un choix à faire entre les articles proposés, et entre lesquels les nouveaux croyants auraient eu à admettre les uns et à rejeter les autres, c'est ce qui n'a jamais été laissé à Iwr vo^ lonté. Car la chose eût été absurde , et le jugement porté en conséquence eût été incompétent. Non , je le répète , tel n'a jamais été le procédé des apôtres dans le ministère dQ la prédication. ; mais, dès qu'une fois, au moyen des m^iraeles , des pro(>héties et de toute sorte de prodiges, ils avaient montré aux pe»-
— Ml -pies devant qui ils se pré$entment les lettres-patentes, pour ftinai parler, de leur céleste mission, ils leur proposaient à croire sans autre examen les vérités révélées. Si ces peuples consentaient à croire, les apôtres )ea instruisaient, et les recevaient parle baptême dans le sein de TÉglise; s'ils résistaient au contraire, les apôtres les abandonnaient à leur destinée. La mênœ méthode fut suivie par leurs successeurs immédiats, qui réduisirent même la doctrine apostolique à un oimrt abrégé, où ils formulèrent en faveur des catéchumènes les vérités les plus nécessaires à connaître; et telle est , au jugement de plusieurs savants, Torigine du symbole dit des apôtres (i) , reçu par le com^ moi) consentement de toutes les Églises. Celse, dans Origène, nous a laissé la description de la manière dcxpt lei ministres évangéliques instruisaient les infidèles, et de l'alternative qu'ils leur laissaient en leur aBBonçant les souffrances et la mort de l'Homme^ Dieu. Ou cvoia ou retire^toi, leur disaient-ils (2). -f"
(l[ GÉRARD Vossius, l>iss. I, De iribvs symholis ; Pearson, Exposition symbolique ; Elie Dupin, Bibliotheca eccles., t. i, p. 9. Petitdidier cependant et Noël Alexanch-e, avec la plupart 499^ critiques, Vattribuent aux apôtres. Voir Madrizio, De 52(33!î^o/. jîc^d (;?^5ser^; Lazery , De symbolis fidei dissert.; et Lazery, De antiquis formulis fidei earumque mu dissert. Mais nous en parlerons ailleurs.
(3) Voir Origène contre CelsCy 1. vi. n. 10, 11. Voici la formule qu'on y lit : Crede hnnc de quo tibi loqwyre sse FUium
En effet, c'était là, comme c'est encore aujom'd'hui, le seul procédé vraiment logique. Une fois la divinité de la mission des prédicateurs évangéliques reconnue, il ne restait d'autre parti à prendre que d'y soumettre son entendement* avec une humilité et une docilité entières, en admettant sans réserve et sans restriction toutes les vérités qu'ils proposaient. Et cétait d'autant plus indispensable , que la première de ces vérités dans l'ordre logique était précisément l'infaillibilité de l'Église proposant par ses ministres les articles à croire.
L'Église, qui, comme un fleuve majestueux dont Jésus-Christ est la source, s'étend de plus en plus à mesure qu'elle traverse les siècles, sans jamais interrompre son cours, a continué la même méthode, soit par rapport aux infidèles qu'elle recevait peu à peu dans son sein, soit par rapport aux fidèles déjà admis et adoptés pour ses enfants. Elle n'a jamais dédaigné d'instruire ceux qui lui demandaient ou qui avaient besoin d'être instruits; elle n'a même jamais refusé de rendre raison de sa doctrine; mais elle n'a non plus jamais toléré que personne s'opposât à ses enseignements; encore moins s' est-elle abaissée à disputer avec qui que ce soit, et elle a toujours condamné inexorablement et sans pitié quiconque était assez
Dei... Crede, si l'is sairus fierî, avt abi. Édition de La Rue, Paiis, 1733.
téméraire pour contredire sa doctrine. Et elle avait bien sujet de se montrer ainsi inexorable, puisque, comme elle est assurée des promesses de son divin fondateur, de sa perpétuelle assistance et de celle de r Esprit de vérité dans son enseignement, on ne saurait faire acte de défiance par rapport à ce qu'elle enseigne, sans une grave injure contre celui qui Ta donnée pour maîtresse au monde entier dans l'affaire de toutes la plus importante, qui est le salut éternel. De là vient que les fidèles doivent, en tout ce qui concerne leur foi, se reposer sur elle avec cette confiance calme et paisible, qui fait que des enfants s'endorment sans aucune crainte entre les bras de leur mère.
Or cet ordre harmonique si admirable, établi dans -fl'Église de Dieu, a été troublé et renversé partons les hérétiques, qui, au lieu de se soumettre humblement à l'enseignement maternel de cette sainte Église , ont voulu ou prétendu lui imposer à la place leur propre enseignement. Ils ont (qu'on nous pardonne l'expression) traité leur mère comme ils l'eussent fait d'une vieille radoteuse, dont les idées se dérangeaient et qui retombait en enfance. Ils lui ont imputé d'avoir adopté et enseigné des doctrines fausses et erronées, d'avoir ^ dissipé le patrimoine dont Jésus-Christ et les apôtres lui avaient recommandé la garde fidèle, et ils ont eu la prétention de lui suggérer ce qu'elle aurait en conséquence pu et dû même enseigner. Dès le premier siècle de son existence, les docètes l'avertirent chari-
tablement qu'elle avait donné dans Tillasion par rapport à la chair de Jésus-Christ, dans laquelle elle n'aurait dû voir qu'un pur fantôme ou une simple apparence (1)* Cérinthe l'admonesta à son tour, et lui reprocha, comme \eçs ébionites, de s'être abusée au contraire par rapport à la divinité de ce même Jéswâ- Christ, en qui elle devait, pour qtie son ëttteignement fût pur, ne voir plus désormais qu'un pur homme (2), Les gnostiques, avec leurs ramifications presque sans nombre, appelèrent son attention sur une erreur de bien plus grande conséquence qui lui était échappée par rapport au vrai Dieu, bien différent du Dieu de la création , et confondu bonnement par elle avec le père de JésUSr-Christ; tandis que le Byihos^ ou le Dieu véritable, était resté inconnu à tous les siècles, aux patriarches mêmes, à Moïse et aux prophètes j et avait été révélé pour la première fois au monde par le Christ , qui seul l'avait connu et était venu pour nous le faire connaître; que Jésus
(1) LeB docètes sont peut-être les héi^étiqii^ les plustêàdens qui aient paru dans l'Église. Saint Irénée attribue leur ori^e à Simon le Magicien [conlr. Hxr.,\. i, c. 23; 1. iv,c. 33 et al.]. Saint Ignace, martyr, parlait déjà de ces mêmes hérétiques daûe 6a lettre aux Tralliens, n. 4 et suiv., écfit. Cotelicr. L'apôtre saint Jean lui-même en a fait mention dans ses deux premières épîtres, I Ep. iv, Set suiv.; II Ep., 7.
(2) Voir S. Epiphane adv. Haer., 1. 1, ter, viii, édit. Petau ; et avant lui S. Justin, martyr, Dial. avec TryphoUy n. 48 et suiv.
n'était que le fils du Démiurge engendré par Achamoth pour créer l'univers (1)* Ce ne fut pas une erreur moins grave que celle dont la corrigea Sabellius, relativement à sa doctrine de la distinction réelle des personnes en Dieu (2)« Un acte semblable de charité envers cette pauvre Église de Jésus^Christ, constamment engagée dans l'erreur^ fut celui qu'exçrça Arius par rapport à la consubstantialité du Verbe avec le Père, qu'elle avait par inadvertance enseignée jusquelà aux peuples crédules (S). Bientôt survint un Nestorius, qui l'accusa d'avoir jusque-là cru autrement qu'il ne fallait à l'incarnation du Fils de Dieu (4) ; puis un Eutychès, qui la cita en jugement pour avoir enseigné la dualité en Jésus^Christ des natures divine et humaine (5). Et de même, dans la suite des temps ^ jusqu'à nos jours, l'Église n'a jamais manqué de pareils moniteurs, ou, si on l'aime mieux, de pareils accusateurs, qui tous, s' arrogeant respectivement à eux-mêmes la vérité et la raison, dénonçaient à l'univers les torts évidemment graves de leur commuile mère.
(1) Voir S. lïiÈsÈEyConL Haer., 1. 1, c. 1-4 et siiiv. Voir aussi Tertullien, adv. Falentinianos.
(2) Voir Denys d'Alexandrie y ep. vu, édit. de Maistre, Rome, 1796, p. 165; S. AUGUSTIN, /. de Hœtêsîbtis, c. Xu.
(3) Voir S. AthAnase, !'« partie de ses ouvragés, édit. Mass\iet.
(4) Voir Théodopkt, Hseretic fabvL, 1. iv, c. 12. (6) /6id., 0. 13.
Et ne pensez pas que ces hommes se trouvassent si dépourvus d'arguments et de raisons apparentes : tant s'en fallait, qu'au contraire chacun d'eux, avec sa Bible à la main, faisait voir et toucher au doigt la vérité méconnue, trahie ou défigurée (1). Il est vrai que, si l'Église eût prêté l'oreille à chacun de ces enfants imprudents sortis de son sein, il ne fût pas resté trace de christianisme ; et le Dieu créateur du monde, et le Christ fondateur de la religion, et la nature divine de celui-ci , et sa nature humaine, et son incarnation, et son œuvre de rédemption, et sa mort, et sa résurrection, et les sacrements (2), et la nécessité des bonnes œuvres (3), et la distinction du bien et du mal (4), et la loi morale (5), tout en un mot serait
(1) n suffit pour en donner un exemple de transcrire le titre du chap. III du liv. i de S. Irénée contre les hérésies : Quibus Scripfurae locîs uterentur hœretici ad asserenda dogmata sua,
(2) Voir Massuet, Diss, prxv. in Iren. lib. i, de haeret de quihus IrenxuSy Li, scripsU eorumque actihus^ scriptis et doc triîui ;Tra.vasa, Storia critica délie vite degli eresiarchi del 1, 2 e 3 secolo délia Chiesa, Venise, 1652, t. i, c. ix.
(3) S. Irénée, 1. i, c. vi, dont voici le titre ; Triplex hxreticorum homo, Bona opéra sïbi inutiliay solis catJwlicis necessaria dicebant. Nullis flagitiis pollui se posse putabant, Perditi eorum mores.
(4) Les gnostiques anéantissaient la distinction du bien et du mal moral, qu*ils disaient ne subsister que dans l'opinion. Voir les auteurs cités, et de plus D. Calmet, LHss. de Simone Mago,
(5) Ds disaient qu'elle avait été imposée aux hommes par le grand ouvrier du monde pour exercer sur eux sa tyrannie.
effacé aujourd'hui. Et , qui pis est, la pauvre Église , -ien donnant raison à chacun de ces réformateurs, aurait dû enseigner des doctrines contradictoires, et dire à la fois le oui et le non sur chaque point de ces doctrines opposées. •
Par exemple, si elle avait cédé aux gnostiques, elle aurait dû croire au corps purement fantastique de Jésus-Christ, et en même temps le croire un pur homme, pour déférer aux ébionites, qui ne voyaient en lui que le fils naturel de Joseph (1). Si elle avait accordé la victoire à Sabellius, elle aurait dû reconnaître en Dieu une seule personne, en même temps qu'admettre, par complaisance pour Anus, jusqu'à trois degrés bien distincts dans la Divinité (2). Qu'elle eût seulement décerné la palme à Nestorius, il lui eût fallu reconnaître en Jésus-Christ deux personnes distinctes; puis, en accordant la seconde palme à Eutychès, confesser dans ce même Jésus-Christ une seule et même nature théandrique (3) ; ainsi de tous les autres. De façon que le même Dieu aurait été cru en même temps créateur et non créateur, subsistant en trois personnes, et unique quant à la personnalité comme quant à la nature ; Jésus-Christ eût été à la fois homme et non homme. Dieu et non Dieu, Homme-
(1) Voir S. Epiphane, 1. c.
(2) Voir S. Athanase, ouvr. cit.
(3) Voir Théodoret, K c.
- «8 - Dieu çt non Homme-Dieu, et, quant au culte qui lui est dû, adoré et non adoré. De même pour la morale, il y aurait eu une loi obligatoire et tout à la fois non obligatoire ; les mêmes œuvres auraient été à la fois bonnes et détestables (1), et de même de tout le re»te,
Ghaioun de ces enfants rebelles criait de toute sa forée que lui seul il possédait la vérité, et qiii'il avait pour en être cru des droita notoires ; il jurait au besoin qu'il en était convaincu. Que faire dans ce cas? Ah! Tunique parti à adopter pour l'Église, par rapport à towe^es téméraires et à chacun d'eux, n'étwt-il pas de condamner sws diEd;iiietiQn leur outrepuicUnçe let leur orgueil, dumoment où ils s'ftvisw^ntdQ s'inssrger contre reneeigniement de mlU qui \mf arait ét§ (jKwmée de Dieu pour mère et pour maîtresse, et fpqdrpyer
|1| ]Wa^uçt, fHsf, cU, Hejnafquons ici en passant dans les anciens gnostiques un prélude presque complet au dogmatisme luthérien. Quoique Ittigius et Valchius se soient plaints an^èrenaent de Baronius, de fiellftnmn^ de Gmtzor ^ d'^treSi pour É^ViOir^ç^çoJ^les^qJj^épi^Qs auj^simoftiefts, Je cai^dinal Çpjîw,4aBS sop savant Comment., in lib. D. Augusi. de kseres.y t. i, c. 1, p. 87 et suiv., montre cet accord si constant entre les doctrines de Simon et celles de Luther, que ia oonfbrmité n'en peut plus ê^fi niée. Qwtoe, q^oiqii^ie piwtestfwt, m fp <wt«ete pas w» plus dans son ouvrage Evangelicœ Ecclesiœ mndiciœ^ Francfort, 1699, et même il le confirme en plusieurs points. Mœhler le fait voir pareillement dans sa Symbolique^ t. i (l'« édit.), c. m, § 27, Rapports du protestemtisme avec le gnostmsme. Mais nous reviendrons ailleurs plus à propos sur ce même svyet.
— voleurs interprétations de la Bible, en leur opposant le sens traditionnel de son enseignement divin, ainâ qu'elle l'a toujours effectivement pratiqué?
Que si tous ces anciens novateurs ont fait preuve d'un orgueil incroyable en voulant substituer leur doctrine à celle de l'Église, et leur interprétation biblique à la tienne, encore bien qu'ils n'attaquasseioit pas son enseignement dans tous aes points, mais qu'à l'exception des articles qui leur étaient particuliers, ils la suivissent dans tout le reste, et qu'ils ne rejetassent pas non plus entièrement l'autorité et l'interprétation des Pères, dont ils cherchaient plutôt, quoique à tort, à se faire des appuis dans leurs innovations (1) ; que dire du protestantisme et de sa règle de foi ? de cette règle, d-après laquelle chacun devient l'interprète souverain de la Bible et le créateur de sa propre croyance, dont il peut déterminer les articles comme bon lui semble, effacer ceux qui ne lui plaisent pas,
|I) On sait que Ëutychès, après l'appui qu'il crut trouver dans rÉcriture entendue à sa manière, mit tout le soutien de son hérésie dans ce mot célèbre de saint Cyrille d'Alexandrie, tiré de sa lettre à Successus : Ex duabu9 mUuris arUe incamatiO' nem unam factam esse naturam Ferhi incamaiam; et que de même les monothélites se fondèrent sur cet autre mot du faux Denis l'Aréopagite, iv« lettre à Caïus, au sujet du Christ: Unam ( c'est ainsi qu'ils lisaient ) quamdam nobiscum conversando deivirileni operationem exhihehat. De môme aussi les pélagi^is s'appuyaient sur les écrits de saint Jean Chrysostôme pour nier la propagation du péché originel, etc,
les faire et les défaire, en accroître et en diminuer le nombre, les changer, les réformer à sa façon, sans que personne ait le droit de le contredire ; de cette règle, qui autorise l'homme du peuple le plus idiot à s'opposer et à se substituer lui-même à l'enseignement de l'Église entière ; de cette règle, en vertu de laquelle qui que ce soit peut, à son gré, préférer sa propre interprétation à celle de tous les Pères, de tous les docteurs, de tous les conciles du monde entier, en rejetant d'un seul coup la croyance de tous les siècles qui se sont écoulés jusqu'à lui (1) ; de cette
(1) Ici vient à propos, pour faire toucher au doigt rincoiicevable orgueil qu'inspire ou que suppose la règle protestante, la relation que fait Bossuet de sa conférence avec Claude, ministre calviniste. Cet illustre évêque rapporte que, dans un entJttien qu'il eut avec mademoiselle de Duras, comme il eut assuré cette personne, encore alors calviniste, que c'était dans sa secte une maxime constante, que tous les simples fidèles, quelque ignorants qu'ils fussent, étaient tenus de se croire capables d'entendre mieux l'Écriture sainte que tous les conciles et tout le reste de l'Église ensemble, mademoiselle de Duras lui en témoigna son extrême surprise ; qu'alors Bossuet lui promit, si elle lui permettait d'avoir devant elle une conférence avec le ministre Claude, qui était à cette époque le plus fameux de sa secte, d'obliger ce ministre à lui avouer que c'était là véritablement un des points essentiels de la doctrine protestante.
La conférence eut lieu, et Bossuet demanda au ministre si, dans le cas où l'on serait assuré que tout se', serait passé suivant les règles dans un concile, il conviendrait d'accepter les décisions de ce concile sans examen. Le ministre répondit qu'on ne le devait pas. « J'ai donc raison, répliqua Bossuet, d'assurer
règle, aux termes de laquelle chacun est en droit de mettre en séquestre toutes les vérités, tous les articles, tous les points de sa croyance, et d'en condamner tout ce qu'il voudra comme superstitieux, déraisonnable, idolâtrique et immoral ; de cette règle enfin, pour tout dire en peu de mots, en vertu de laquelle chacun est tout, et tout n'est rien pour lui? Pour le
que, selon la doctrine protestante, un particulier, une femme, un ignorant quel qu'il soit, peut et doit croire quMl peut lui arriver de comprendre mieux la parole de Dieu que tout un concile, fût-il assemblé des quatre parties du monde. — Oui, répondit Claude, cela est vrai.
— Quoi ! reprit Bossuet, cet homme, cette femme, cet ignorant, peuvent se croire capables d'entendre mieux l'Écriture que tout le reste de l'Église ensemble, et que toutes ses assemblées, fussent-elles composées de ce qu'il y a de plus saint et de plus éclairé î Un particulier croira donc qu'il peut avoir plus de raison, plus de grâces, plus de lumières, et posséder mieux le Saint-Esprit que tout le reste de l'Église 1 — Oui, répondit encore le ministre. » Et comme il importait beaucoup à Bossuet de faire ressortir clairement cette doctrine, il fit encore au ministre deux ou trois autres questions semblables, et en reçut toujours la même réponse.
Alors mademoiselle de Duras, qui avait suivi la conférence avec beaucoup d'attention, se trouva convaincue de l'orgueil démesuré de sa secte, et qui est si contraire à l'esprit de l'Évangile, et sensée comme elle Tétait, elle abandonna le calvinisme et se fit catholique. [Relation de la conférence de Bossitet avec le ministre Claude^ parmi les Œuvres de Bossuet.)
Voir Baudry, Gémissements d'un cœur catholiqtie, Lyon, 1847, 7e entretien et suiv., où sont rapportés sur le même sujet plusieurs excellentes réflexions de Fénelon.
-/- protestant, en effet , tous les martyrs ne sont rien,
tous les saints ne sont rien, tous les évoques, tous les papes, tous les millions de cgitholiques du temps présent et de tous les siècles passés ne sont rien. Seul avec son interprétation privée, il se fait supérieur à tous, les d^aigne tous, lies condamne tous, h moins donc, à sop sens, qu'une ignorance invincible ne Iqb excuse devant Dieu. Ah ! qu'il me soit permis d'en appeler au sens commun, au simple bon sens des protestants eux-mêmes ; qu'ils me disent si ce n'est pas là un orgueil, une présomption et une outrecuidance sans égale? Et pourtant, je défie tout protestant sincère de me dire si ce n'est pas là l'esprit que produit le protestantisme avec sa règle de foi. Si quelqu'un veut en douter, j'en appelle contre lui à l'analyse rigoureuse de cette règle, j'en appelle à la logique irréfutable des faits.
Et d'abord, n'est-il pas vrai que la règle du protestantisme est celle du libre examen des points doctrinaux? Qui pourrait le nier, ^sque cette liberté d'examen constitue le fond et l'essence du protestantisme, en tant que celui-ci s'élève contre la règle de l'autorité , qui fait le caractère du catholicisme? Qu'on étudie tous le3 écrivains, Qui, tous les écrivains polémiques protestants, sans exception d'un seul, et l'on verra l'accord unanime qui existe entre eux sur ce point ; ou verra que c'est de cçla surtout qu'ils se vantent, qu'ils se glorifient, qu'il» se font un sujet de
tiiomphe, coiuma ayant secoué de cette manière le jpug de Fautorité, qui ne captivait pasf moins leur foi que leur raison (1),
Faisons un autre pas en avant. N'est.-il pas vrai que cette liberté d'exa^nen consiste à lire, à étudier, à interpréter h Bible, pour voir si Ton y trouve les articles de doctrine chrétienne proposés à croire s^ns égard aucun, soit au sentiment des Pères, soit à l'autorité des conciles, spit à 1^ tradition (2) ? Qui de mêflfje p^trmi les protestante pourrait le révoquer çp dpi^te? C'est la thèsiç même du protestanti^piP» puisque, s'il fallait s'en tenir à l'autorité, le protestantisme et sop libre examen cesseraient d'exister (3) ; et
(1) Guizot, dans ses Leçons sur ta civilisation en Europe^ (Jonjie pour cause du protestantisme *« le besoin senti par l'esprit humain de l'émancipation de l'autorité ; »» et il ajoute que le protestantisme « n'a été qu'un effort extraordinaij!^ fait au nom de la liberté, im vol hardi de la pensée humaine. » Voir Balmès, le Protestantisme comparé au Catholicisme ^ cl.
(2) Luther (0pp. lat.,t. ii, Jenœ, 1567, fol. 155) enseigne: « l7i his qux sunt fidei quemlihet ehristiamtm sibi papam et Ecclesiam esse* » Dans la confeseio^ d'Augsbpurg, art. l^,apol., art. 8, Epitom. Comp. § 1, p. 643, on lit : Credimus, confitemur, et docemus , unicam regulam et normam, ex qua omnia dogmata pmnesque doctores judicare oporte^nt, nullam omnino aliam esse, quam prophetica et apostolica tùm F. tiim N, T, scripta. Et dans les art. de Smalc. par. ii, art. 2, p. 308 : Ex Patrvm verbis non sunt extrahendi articuli fidei ; regulam habemus ut verhum Dei condat articulos fidei, et prœterea nemo ne angélus quidem.
(3) Terminons tout ce que nous avons dit jusqu'ici , par les
^ c'est avec bien de la raison que Rousseau disait à ses pasteurs genevois : Prouvez-moi qu'en matière de la foi, je suis obligé de me soumettre aux décisions de quelqu'un, et dès demain je me fais catholique. Liberté d'examen, et autorité à laquelle on doive déférer et se soumettre, sont deux idées contradictoires (1).
Avançons et faisons un pas de plus. N'est-il pas vrai que, si quelqu'un en lisant la Bible tombe sur quelque passage qui lui semble, d'après l'explication qu'il y attache, contenir évidemment un point de doctémoignages de quelques protestants. Wiederfeld, dans son ouvr. De homine S. Script, interprète, Lipsiœ, 1835, P. iv, p. 68, n. 199, conclut ainsi sa discussion : Quœ omnia efficiuni, ut nulli Patrum, nulli episcoporum , sive singuli, slve sint in concillo congregati . expositioneni Scriptural infallibilem tribuere ^"tws liceat deceatque. Hase, Confessio fidei Ecclesiœ evangelicae nostri temporis rationilms accommodata , Leipsick,1836, p. 1, n 266 : Huic loco sufficlt Scrîpturœ S. mterpretatUmem è qicâcumque extemâ auctoritate exemptam litterarum libertati et scientix vindicûre.
Wegscheider, Instit. doct. christ. ^ Par. theor., edit.S. Halœ, 1826, n. 256, p. 13 : PrœcipUum libertatis evangelicorum momeritum est curare, ne jus suum Scrîpturam S. interpretandi aliis quam suœ rationis et ver» eruditionis terminis drciimscribatur,
(1). Voici ce passage entier de Rousseau : « Qu'on me prouve aujourd'hui qu'en matière de foi je suis obligé de me soumettre aux décisions de quelqu'un, dès demain je me fais catholique, et tout homme conséquent et vrai fera comme moi. »» lettre écrite de la Montagne, l.ii. Et en effet, comme l'ajoute Guizot,
trine tel que la justification par la seule foi sans les œuvres, il pourra l'admettre et le croire fermement, quand même il aurait contre lui tous les Pères et tous les docteurs de l'Église catholique, et la croyance traditionnelle de tous les siècles? Et ce que je dis de cet article, je le dirais également de tout autre, et pour la même raison.
Faisons un dernier pas, et disons enfin : N'est-il pas vrai que celui qui se persuade que la doctrine qu'il suit est la seule vraie condamne tous les autres qui croient ou pensent différemment de lui, qu'ils soient peu ou plusieurs, ou même tout le monde, qu'ils soient anciens ou modernes, évêques ou simples fidèles? Je ne pense pas que personne élève là-dessus la moindre difficulté. Eh bien, qu'on recueille maintenant ces conclusions , qu'on les rapproche de ce que nous disions tout à l'heure, et on verra s'il s'y trouve une seule ligne, un seul mot d'exagération.
Prouvons aussi cette même vérité par les faits. Lorsque Luther se trouvait à la diète de Worms , et que les docteurs catholiques contre qui il disputait lui opposaient la doctrine de toute l'antiquité, que
« le catholicisme a Tesprit d'autorité ; il la pose en principe avec une grande fermeté et une rare intelligence de la nature humaine; il est la plus grande, la plus sainte école de RESPECT QU*AiT JAMAIS VUE LE MONDE. » Du Catholicisme^ du protestantisme et de la philosophie, art. inséré dans la Rerve française.
répondait-il? « A moins qu'on ne me convainque d'erreur par le témoignage de l'Écriture, ou par l'évidence de la raison..., je ne puis ni rie yémt me rétracter» (1). De l'Écriture, bien entendu, interprétée à sa manière. Et, quant au reproche qu'on lui faisait de résister au souverain pontife, il s'en lavait en disant que ce ne serait pas le pape qui répondrait potir lui, quand il paraîtrait un jour devant Dieu (2). Calvin, dans ses Institutions, revient sauvent sur cette même thèse , et plaint en général tous les Pères de l'Église de s'être éloignés de la saine doctrine, c'està-dire de la sienne propre (8). Pilet allègue aussi la même raison que Luther, pour prouver que chacun doit trouver par soi-même dans la Bible la vraie foi, ô'est-à-dire les vérités à croire, au lieu de se metti'e à la remorque de l'autorité Comme font les catholiques, qui, pour ce motif même, ne peuvent être tranquilles dans leur croyance (4). Wegscheider a dédîé
(1) AuDiN, Histoire de la vie de Luther, t. i, p. 392.
(2) Voici ses paroles : Papay tu conclmisti cum conciliis : nunc hàbeo egojudicium an acceptare qveam, nèàné. Quc^ef Quia non stabis pro me, quando debeofnori. Citation de Bellarmin, De Ferho Dei, 1. m, c. 3.
(3) L. IV, Institut, c. 9, § 8, 10 et 13.
(4) Dans l'ouvrage Facilitéy certitude, raison en matière de foi, in-12, par 5. Pilet-Joly^ ministre du saint Évangile, Genève, 1839, où entre autres ctoses il dit au catholique : « Votre âme est-elle tranquille 1 Pensez-vous que le Seigneur admettra un compromis entre le mensonge et la vérité î... Mais quelle paix y aura-t-il pour celni qui ue veut ni croire ni examiner î »
ses Institutions de la doctrine chrétienne^ c'est-àdire de sa théologie rationaliste, à Luther, Défenseur de la liberté; Gesenius et Winer n'ont pas d'autre règle dans leurs dictionnaires hébraïques pour annuler tmis les prophètes qui annonçaient le Messie dans l'Ancien Testament; c'est sur la même règle que Semler a basé son système d'accommodation (4), et il en est de même de tous les autres théologiens de cette école, au point que le protestant Jérusalem luimême n'a pas pu dissimuler les horribles conséquences qu'entraîne après elle la règle dont nous parlons (2). Après avoir ainsi confirmé nos preuves, reprenons le fil interrompu de notre r-aisonnement. Si saint Au-
(1) Le système d'accoînmodation consiste à dire que Jésus- Christ et les apôtres s'accommodaient dans leur enseignement, aux opinions vulgaires du peuple , fussent-ellea fausses , par exemple, sur l'existence des anges, sur la future résurrection des corps, et de même sur tout autre point.
(2) T. W. JÉRUSALEM, dans son ouvrage allemand qui a pour titre Suite de con^dérationSf p. 463, s'exprime ainsi : « C'est une témérité incalculable de rendre suspectes les maximes de la religioni comme tout ce qu'il y a de plus saint pour l'homme, en inventant avec une impertinence sacrilège des interprétations violentes et forcées qui travestissent le texte sacré, dans des écrits puHics, susceptibles de tomber entré les timins de la jeunesse, comme de toutes les classes de la société , et capables d'empoisonner pour ainsi dire l'humanité entière, et d'éteindre tout sentiment de respect pour Dieu et la vertu, comme on ne le voit que trop par les plus tristes effets. » Et c'est un rationaliste qui s'exprime ainsi I
— us — gustin (1) a été en droit de dire que c'est l'orgueil qui enfante toutes les hérésies (et il n'entendait pas, comme on le voit , parler que de celles qui s'étaient élevées jusqu'à son temps) , parce que c'est l'orgueil qui fait naître l'opposition à la doctrine de l'Église catholique, qu'aurait-il dit du protestantisme et de sa règle de foi, d'après laquelle chacun est autorisé à renverser de fond en comble tout ce qu'enseigne l'Église, à se préférer soi-même à elle, à la mettre en accusation , à l'appeler à son propre tribunal , et à prononcer contre elle une sentence de condamnation? Sera-t-il jamais possible de concilier cette règle, et la pratique qu'on en fera, avec cet esprit d'humilité, de déférence, de soumission, de docilité, qu'inspire l'Évangile, tel qu'il a été enseigné et pratiqué par les apôtres ; avec cette immolation de l'esprit particulier qui unit toutes les intelligences à l'intelligence suprême ; avec cette abnégation du moi dans l'ordre des croyances, sans lequel il ne pourrait y avoir de société religieuse telle que Jésus-Christ a voulu l'établir? Si l'apôtre écrivait à Tite de fuir, après un ou deux avertissements, l'hérétique qui refuserait de se rétracter et de se rendre à l'autorité de son évêque, comment Tite aurait-il pu suivre la recommandation.
(1) Serm, xlvi, de Pastoribus, n. 18. « Una mater superbia omnes (hsereticos) genuit ; sicut una mater nostra catholica christianos fidèles toto orbe diflPiisos.
ou pour mieux dire, Tordre de l'apôtre, si cet hérétique, conformément à la règle de foi protestante, avait pu lui répondre qu'il était le juge souverain de sa foi, qu'il n'avait en vertu du libre examen trouvé de vraie que sa propre doctrine, et qu'il en savait plus que Tite lui-même, plus que tous les évêques du monde réunis, plus que tout ce qui composait l'Église?
Et qu'on ne dise pas que l'apôtre parle d'héréti- ^ ques, au lieu que les protestants ne sont pas hérétiques. Car comment les protestants ne le seraientils pas ? Qu'est-ce qu'un hérétique, si ce n'est celui qui, par Un attachement opiniâtre à sa doctrine parliculière ou à son sens privé, résiste et s'oppose à l'enseignement de l'Église, et s'attire de sa part, pour ce motif, sa juste condamnation ? L'autorité de l'Église supprimée, quel autre moyen restera-t-il pour discerner l'hérétique de l'orthodoxe? La différence de doctrine ? Pas le moins du monde, puisqu'on vertu de la règle protestante, chacuirest indépendant par rapport à la croyance qu'il doit suivre ou professer ; personne donc ne peut le taxer d'héré- . sie; car d'après son inspiration particulière de la Bible, il se tient assuré d'avoir pour lui la vérité. Il peut, sans être désavoué par la Réforme, tenir seul contre tous les autres dont la doctrine serait différente ou contraire de la sienne. Ce système admis, il n'y a plus d'hérétiques au monde, il ne peut même T. I. • 29
-iso —
plus y en avoir, et c'est ce que nous avons démontré dans un de nos chapitres précédents (1).
Et en vérité, comment et par quelle raison les protestants ont-ils tenu et tiennent-ils encore pour hérétiques les gnostiques, les sabelliens, les ariens et d'autres semblables, sinon parce que l' Église les a condamnés comme tels? Qu'ils cherchent tant qu'ils voudront, ils ne trouveront pas d'autres motifs que celuilà de les taxer d'hérésie. Or cette même Église qui a condanané comme hérétiques Sabellius, Arius, Nestorius, etc., est celle qui a condamné égalerait comme hérétiques Luther, Zwingle, Calvin , Sodn , avec tous leurs partisans. Sabellius sera-t-il donc hérétique sans que Luther le soit ? Nestorius le sera-t-il sans que Calvin le soit aussi? Arius le sera-t-îl sans que Socin le soit de même? Eutychès sera-t-il hérétique, et Zwingle ne le seraiUl pas? Quelle différence y a-t-il, s'il vous plaît, entre les uns et les autres? Mais, dira-t-on, Luther et ses pareils n'ont fait que réformer TÉglise, et, pour employer leur langage, ils ont fait une œuvred' épuraiio7i (2). Mettons à part
(1) Voir le chapitre m de cette première partie, article ii, vers la fin.
(2) Les premier» réformateurs afiPectaient de déclarer que leur œuvre n'était pas ime œuvre de destruction^ mais seulement à^ épuration j comme ils l'appelaient , et qu'ils n'auraient pu autrement exécuter leur dessein. Voir Amand Saintes, Hist. crîtiqtie du RcdUmalisme en Allemagne, p. 20. Nous produirons plus loin les témoignages de saint Irénée et de Tertullien, pour
l'absurdité de cette prétention, et qu'on nous dise ce qu'a prétendu Pelage, sinon de réformer l'Église et de l'épurer de ses abus par rapport à la doctrine de la grâce? Qu'ont prétendu Nestorius et Eutychès, sinon réfonner l'Église dans ses abus par rapport à la doctrine de l' Incarnation? Et de même, qu'ont prétendu autre chose tous les autres?
Parmi tous les hérétiques qui ont existé, quel est celui qui a jamais fait l'aveu de vouloir introduire une nouvelle doctrine, et n'a pas plutôt prétendu rappeler la doctrine dominante de son temps à sa pureté primitive, à ce qu'avaient, selon lui, enseigné les apôtres, à ce qui se lisait dans l'Écriture, vue à travers son prisme particulier? Qu'on ne dise pas non plus que l'Église a eu raison de condanmèr ces hérétiques, mais qu'elle a eu tort de condamner Luther et ses imitateurs. Par exemple, et de quel droit pourra-t-K)n faire cette exception? Quel est l'hérétique qui n'ait dit de même que l'Église avait eu raison de condamner tous les autres excepté lui? Qu'on eût demandé à Eutychès si l'Église n'avait pas eu raison de condamner comme hérétique Nestorius? Qu'on eût demandé à Nestorius si l'Église n'avait pas eu raison de condamner comme hérétique Arius? Qu'on eût demandé
faire voir que les anciens hérétiques voulaient aussi passer pour réformateurs^ et non pas pour hérétiques. D suffit pour le moment d'en faire la remarque.
à Arius si l'Église n'avait pas eu raison de condamner Sabellius? Il faut donc avouer, ou qu'il n'y a jamais eu d'hérétiques au monde, ou que, s'il y en a eu, s'il y en a encore, tous le sont , parce qu'ils sont tous condamnés comme tels par l'Église, à quelque époque que ce soit. Or l'Apôtre nous déclare qu'il y a des hérétiques, et que l'hérétique est celui qui s'oppose à la doctrine^ de l'Église, c'est-à-dire à la doctrine proposée à croire comme de foi par l'autorité légitime qu'a établie Jésus-Christ. Donc c'est cet esprit d'indépendance, d'orgueil, de folle présomption, c'est-à-dire un esprit tout contraire à l'esprit de soumission, de docilité, d'humilité, enseigné par Jésus- Christ dans l'Évangile, prêché et pratiqué par les apôtres, que celui qui constitue la règle de foi protes- ^ tante. L'orgueil est le piédestal sur lequel se dresse le simulacre du protestantisme.
ARTICLE III
La règle protestante, considérée au double point de vue rationnel eimoral, est impraticable pour les croyants.
Deux choses à supposer, — La règle protestante ne saurait être universelle^ — car le très grand nombre est de ceux qui sont dans l'impuissance physique — ou morale délire la Bible, — et par manque d'instruction suffisante, — et par la nature même de la Bible. — C'est ce qui se confirme par le fait et par les aveux des protestants. — Chrétiens de la Bible. — Cette règle ne peut donc être celle qu'ait enseignée le Christ. — On ne fait dans le protestantisme que subroger une autorité faiUible à la seule infaiUible. — C'est une tyi^annie exercée par les ministres sur le peuple, et par les confessions symboliques sur les ministres. — Autre preuve de fait, que la règle du libre examen n'est qu'un mensonge solennel — et une solennelle contradiction en pratique comme en théorie.
Pour qu'on comprenne bien l'exacte valeur de ce que nous nous sommes proposé de prouver dans ce nouvel article, il est bon de mettre en avant, par forme de lemmes, deux observations. La première est que Jésus-Christ a voulu que sa divine doctrine servît de moyen de salut à toute l'espèce humaine et à tous les individus qui la composent, sans en excepter un seul, et qu'il a dû, par conséquent, la rendre accessible, en particulier comme en général, à tous les croyants. L'autre est que, d'après la règle de foi du protestantisme, chaque individu non-seulement peut, mais même doit se former à soi-même, par la lecture
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de la Bible, son symbole de vérités à croire. De ces deux prémisses, il s'ensuit, comme corollaire, que l'enseignement en question doit être proportionné aux forées intellectuelles et morales de l'homme, et susceptible d'être appliqué sans peine à tous les lieux, à tous les temps, à tous les individus. Il s'ensuit en outre, que cet enseignement doit être simple, populaire, clair, déterminé, certain, infaillible enfin, pour répondre aux desseins de Dieu, qui appelle tous les hommes au salut par le moyen de son Église, établie à cet effet, et fondée divinement pour l'universalité du genre humain.
Or, même en laissant de côté tout ce que nous ^ avons établi dans les chapitres précédents, et qui
s'applique en partie au sujet actuel, en comptant, dis-je, pour rien tout ce que nous avons dit jusqu'ici, nous voulons démontrer par bien d'autres raisons encore, que la règle du protestantisme est impraticable pour les chrétiens.
La première raison, c'est que cette règle ne peut être universelle, comme Jésus-Christ a voulu que le fût sa doctrine , aussi bien que la foi qu'il exige de tous et de chacun pour le salut. En effet, une universalité de ce. genre doit souflfrir exception de toute nécessité dans une grande partie, et même dans la plus grande partie des fidèles. Elle souffre exception dans tous ceux qui, par quelque imperfection physique, sont empêchés de pouvoir lire la
Bible. Tels sont tous les enfants, capables de connaître, d'aimer et de servir Dieu du moment où Icss premières vérités de la foi leur sont enseignées, et qui pourtant ne sont pas encore en état de pouvoir lire la Bible. Tels sont tous les gens simples et sans instruction^ qui languissent dans une longue enfance, et néanmoins peuvent s'élever jusqu'à la connaissance de leur fin dernière, pourvu qu'on les instruise de vive voix, mais qui ne sauront jamais lire. Tels sont en général tous les enfants du peuple, et surtout du bas peuple, qui n'apprennent que tard et encore à peine les premiers éléments des lettres, et que renseignements oral seul peut instruire des vérités nécessaires. Tels sont les aveugles, les infirmes, qui peuvent recevoir l'instruction orale, mais non pas lire ou étudier la Bible, pour en extraire leurs articles de croyance ; et bien d'autres classes encore et même nombreuses qui se trouvent dans la même condition ; il peut arriver même que des peuples entiers se trouvent dans cette impuissance : et tous néanmoins, au moyen de la foi, sont appelés au salut (1). Et ce que je viens de dire
(1) Tout le monde connaît le passage du livre m contre les hérésies^ où saint Irénée parle de nations qui étaient tout entières chrétiennes, quoique la lecture et l'écriture y fussent ignorées. Voici ce passage: «Cui ordinationi assentiuntur multas « gentes barbarorum eorum qui in Christum credunt, sinecharta " et atramento scriptam habentes per spiritum in cordibus suis « salutem, et veterem traditionem fideliter custodientes. »
— W6 ^ est vrai, même en supposant la civilisation aussi avancée qu'elle l'est de nos jours. Il est certain cependant que la connaissance des lettres était, il y a peu de siècles, incomparablement moins étendue qu'elle n'est aujourd'hui, et que, par conséquent, le nombre des ignorants était bien plus considérable ; et pourtant personne n'a jamais dû manquer dans l'Église de Dieu d'un moyen nécessaire pour le salut (1).
A cette classe qu'empêche une impuissance physi-
(L. m amt, hxr.y c.iv, n. 2, éd. Mass.) Ces nations ne seraient jamais devenues chrétiennes avec la méthode ou le système du protestantisme.
(1) Encore n'ai-je pas parlé de la classe nombreuse des pauvres qui sont hors d'état de se procurer une Bible. Qu'on dise, si l'on veut, que actuellement la Bible est distribuée gratuitement à bien du monde par les Sociétés bibliques, outre que l'invention de l'imprimerie a facilité les moyens d'en multiplier les exemplaires ; encore faudra-t-il avouer qu'il n'en a pas toujours été ainsi. On sait qu'un exemplaire de la Bible, traduite par WicleflF, fut vendu, en 1429, au prix de quarante livres sterling, c'est-à-dire de mille francs à peu près, somme énorme pour ces temps-là; ce fait est attesté par Home {An introd., t. u, part, u, p. 64). Or Jésus-Christ a institué sa religion pour tous les temps comme pour tous les lieux.
Bien a pris à Luther de n'être venu au monde qu'un demisiècle après que l'immortelle découverte de Guttemberg eut pu multiplier les exemplaires de la Bible. Cent ans plus tôt, son idée de faire lire la Bible à deux cent cinquante miUions d'hommes, comme le dit avec esprit M. l'abbé Martinet, eût été accueillie par des éclats de rire, et l'aurait infailliblement conduit de la chaire de Wittemberg à l'hôpital des fous. Solution des grands problèmesy t. u, Paris, 3« édit., p. 32, 33.
que, il faut en ajouter une autre non moins nombreuse, composée de ceux qui sont dans l'impuissance morale de lire et d'étudier la Bible pour en extraire leurs articles de foi. Dans cette classe il faut mettre les paysans et les ouvriers, occupés du matin au soir, soit à la culture de la teiTe, soit à de pénibles métiers, pour se procurer à eux-mêmes et à leur nombreuse famille le pain de chaque jour gagné à la sueur de leur front. Il faut y ranger aussi les domestiques, les servantes, les subalternes ou employés, à qui leurs maîtres ou leurs supérieurs accordent à peine, même dans les jours de fêtes, le temps nécessaire pour remplir leurs devoirs religieux. A cette classe adjoignons encore tout ce qu'il y a de gens d'une intelligence tardive, d'une capacité presque nulle, et, en général, les militaires, les marins et d'autres de ce genre, dont il serait ridicule d'exiger qu'ils s'appliquent à l'étude de la Bible pour se former leur symbole de foi.
Ajoutez à tout cela, que les classes si nombreuses que nous venons d'énumérer, et d'autres encore que nous aurions le droit d'y joindre, manquent des éléments nécessaires pour s'assurer par eux-mêmes de leurs objets de croyance, s'ils ne doivent pas être condamnés à rester toujours à cet égard dans une déplorable incertitude. Destitués qu'ils sont, en général, delà connaissance des langues dans lesquelles ont été écrits originairement les livres saints, force est à eux
tous de s'attachera une version, et à une version vulgaire de ce texte (1).
Mais s'ils le font, conameils doivent effectivement le faire de toute nécessité, dès lors ils s'écartent de la règle du protestantisme, puisqu'il n'est ignoré de personne que les traducteurs, selon la secte à laquelle ils appartiennent, infiltrent dans leurs versions la croyance de leur secte, la font devenir, soit par des additions, soit par des retranchements, soit par des tours partiticuliers de phrases, de Bible divine, Bible luthérienne, calviniste ou anglicane, comme nous l'avons déjà démontré plus haut , et comme c'est attesté aujourd'hui par des preuves de fait de touteespèce (2). D'ailleurs , ces mêmes classes, manquant du cortège de connaissances et d'autres moyens nécessaires pour
(1) Episcopius voulait que tous les chrétiens indistinctement sussent le grec et l'hébreu pour pouvoir lire les livres saints dans la langue originale. Voir Fouvrage Le ministre protestant aux prises avec lui même, Lyon, 1836, p. 21.
(2) Voir La lecture de la sainte Bible, par Mgr Malou, Bruxelles, 1846, t. ii, ch. xi, art. 3, où l'auteur fait voir avec le cortège d'une vaste érudition de quelle manière les luthériens, les calvinistes, les zwingliens, les anglicans, ont successivement, dans le cours de deux ou trois siècles, changé, corrigé, répudié leurs versions antérieures, comme défectueuses, maladroites, infidèles. Et c'était pourtant là la pure parole de Dieu pour le peuple qui, suivant les temps, s'en trouvait en possession. Et si c'était par hasard sur ces versions mfîdèles que le peuple eût formé son symbole, ce symbole lui-même aurait-il été pur!
bien entendre la Bible et en retirer tous les avantages et tout le fruit que leur promettraient la science de l'antiquité, celle, des règles d'exégèse et de critique, l'analogie de l'Ancien et du Nouveau Testament, ne pourront jamais atteindre un pareil but. C'est l'aveu qu'a fait un auteur protestant, zélé propagateur de sa secte : « L'épître aux Hébreux, a dit Oster, est complètement inintelligible , à moins d'une connaissance ét^due de toutes les parties du Vieux Testament» (!)• Si cela est requis pour l'intelligence d'une seule épître, que ne faudra-t-il pas pour celle de tous les livres du Nouveau Testament? On se convaincra encore bien davantage de l'impuissance où se trouvent les classes déjà énumérées d'acquérir la connaissance des Écritures indispensable pour y puiser leurs articles de foi , si l'on fait attention que la Bible n'est pas un livre ou un recueil populaire, d'une composition facile, simple et à la portée de la multitude. On trouvera peut-être pour l'affirmer quelques écrivains protestants du mérite le plus vulgaire, attendu que ce sont ceux-là qui se montrent toujours les plus aventureux dans leurs assertions; mais les savants ne feront qu'en rire, les savants qui ont sous leurs yeux les ouvrages presque sans nombre de commentateurs de toute espèce dont les bibliothèques sont remplies ; les savants, à qui sont
(1) OsTEB, Le droit de tout l^honime, p. 31.
familières les divergences d'opinions des hommes versés dans les sciences bibliques sur presque tous les points de la Bible; les savants, qui se voient .arrêtés à chaque pas par les difficultés que leur offre le texte sacré, et ne peuvent sans épouvante et sans effroi en entrevoir la profondeur.
Les vérités dogmatiques ne sont pas comme de l'or épuré et réduit en monnaie dont on apprécie sans peine la valeur, mais conune de l'or renfermé dans des mines profondes, dont on ne peut l'extraire qu'avec beaucoup de fatigues. Or, telle est cette difficulté des livres saints, qu'on voit les savants eux-mêmes qui ont passé presque toute leur vie à leur méditation, comme à leur étude, succomber à la peine. Nous voyons en effet les divergences qui existent par rapport aux vérités même dogmatiques, parmi les diverses sectes qui partagent le protestantisme. Or, serait-ce une chose si facile de connaître et d'extraire de telles vérités? Se tiendraient-elles, pour ainsi parler, à fleur de terre et à la superficie? Et le peuple, et la plèbe, et la multitude, comment pourra-t-elle tenter seulement le plus difficile de tous les travaux, qui sera de discerner les objets de foi, et de les formuler avec précision? Je pense qu'aucun protestant de bonne foi n'aura le courage de le dire (1).
(1) Les efFoiis qu'ont faits les protestants pour prouver par mille et une citations la clarté de l'Écriture sont vraiment risi-
Vinet lui-même, qui avec une éloquence pleine d'emphase exalte le principe protestant, grâce auquel le fidèle ne reçoit plus, au travers de ce milieu humain qui est l'Église, des rayons pâles et mutilés, mais un torrent de lumières pures et chaleureuses qui irradient son esprit et embrasent son cœur, en le plaçant tête à tête avec le soleil des intelligences (1), n'oserait pas affirmer du bas peuple de sa secte, qu'il se place tête à tête avec le soleil des intelligences, en lisant et étudiant la Bible pour y trouver ou plutôt inventer sa propre religion. Non, je le répète, et jamais un semblable fait ne se vérifiera dans quelle que ce soit de tant de sectes protestantes. Je pourrais en donner pour preuve les aveux des ministres protestants eux-mêmes , qui jettent les hauts cris de ce que non pas seulement l'étude, mais la simple lecture de la Bible, est oubliée, négligée, abandonnée par le peuple. La plupart, écrivait Osterwald dès 1724, ne s'y livrent pas; on ne saurait assez condamner tant de chrétiens (protestants) qui rfedaignent de le faire (2). En 1808, les pasteurs de
blés. Les faits ont mis à néant toutes ces allégations qu'ils nous opposaient dans tous leurs écrits.
(1) ViNET, Essai sur la manifestation des convictims religîeusesy Paris, 1842, c. iv.
(2) La sainte Bible avec les nouveaux arguments et les 'nouvelles réflextonsy par J.-F. Osterwald, pasteur de l'église de Neufchâtel, Disc, prélim., p. v, Amsterdam, 1724.
Genève exprimaient leur douleur de voir la lecture de la Bible ne faire plus les délices que d'un très petit nombre de familles (1). La BibU^ dit Boucher, est peu lue à Paris. La savante Allemagne elle-fnêtne n'a pas profité de ses avantages comme elle aurait pu et dû le faire (2) ; et bien d'autres témoignages semblables que je pourrais cita* (S) ; mais ce serait superflu, puisque la chose parle d'elle-même. Comment donc tous ces gen^là pourront-Usse former leur symbole, pour avoir droit de s'appeler, comme ils le prétendent, les chrétiens de la Bible?
Oui, c'est de quoi se font gloire les protestants que d'être les chrétiens de la Bible^ connime si c'était une chose ^ belle et si louable que d'avoir rejeté toutes les sources d'instruction, moins la Bible ; d'être allé directement puiser à la source suprême ; de n'avoir été instruits que par la parole de Dieu, et non par celle de l'homme. Que diraient-ils à un pur astronome du ciel, c'estrà-dire à un rustre ou bien à un msif qui promènerait le soir ses regards sur le firmament? Sans doute qu'ils diraient à ces fainéante : Le firmament est la source de toute science astronomique ; on ne peut rien savoir en astronomie que ce qu'on voit dans le firmament. C'est là que cette belle science brille
(1) Préface de la sainte Bible ^ p. vi, Genève, 1805.
(2) L'homme en face de la BiblCy p. 199-202.
(3) Malou, 1. c, où Fon trouve rapportés beaucoup de ces aveux.
en caractères d'or et d'azur. Tout le système de Newton s'y trouve jusqu'à la dernière syllabe ; et il n'est vrai que parce qu'il s'y trouve. Or, quand ces bonnes gens pourront lire le système de Newton dans le firmament, et croire quelqu'un plus savant et meilleur astronome, parcfe quMl sera un pur astronome du ciel, et qu'il n*aura hi ou consulté en cette matière que le livre du cîel, alors ils pourront vous parler avec plus de connaissance des chrétiens de ta Bible (1).
Arrêtons-nous ici un peu, avant de passer outre, et demandons, non aux catholiques, mais aux protestants de bonne foi : Est-il croyable que le divin Sauveur, qui est venu au monde pour le salut de tous, ait voûta établir, comme règle de foi à ses enseignements, comme moyen de connaître ce que nous avons à croire pour devenir ses disciples et pour être sauvés, un moyen impraticable généralement, impraticable du moins pour la plus grande partie de l'espèce humain ; un moyen dont à peine un homme entre dix mille pourrait faire usage; un moyen incertain et douteux, c'est-à-dire qui vous laisse dans le doute et dans une perpétuelle incertitude par son obscurité et sa profondeur ; un moyen sujet à abus par sa nature, qui peut si facilement être pris de travers, présenter mille équivoques, donner lieu à mille illusions,
(1) Voir Remains of the laie Aw. Richard Hurrel Frottdb, part, u, vol. 1, c. iv, p. 89-90,
et qu'il ait voulu imposer à tous une obligation impossible à remplir, du moins pour la plupart ? Qui osera l'affirmer ?
Que si la règle de foi protestante est impraticable pour la plupart des hommes, et, redisons-le franchement , pour la généralité même , quelle est donc la règle dans le protestantisme que suit le peuple ? La seule règle catholique, oui, la seule règle catholique, qui est l'autorité ; avec cette différence toutefois, qu'à la place de l'autorité infaillible de l'Église reconnue par les catholiques, se substitue l'autorité individuelle de chaque ministre, autorité faillible de leur propre aveu , et sujette par le fait à de fréquentes erreurs. Et ceci est un point d'une si haute importance, qu'il mérite d'être développé avec soin, pour qu'on en apprécie toute la valeur.
En effet si, pour tant de raisons péremptoires que nous avons fait valoir jusqu'ici, le peuple est incapable de se former son symbole, de formuler avec toute l'exactitude nécessaire les vérités de foi par la lecture de la Bible, il est donc indispensable qu'il reçoive de quelque autre ce symbole déjà fait et formulé. Or, qui sera chargé de ce travail ? Dans le protestantisme, si l'on tient à sa règle, il ne saurait y avoir ni tribunal, ni synode revêtu d'une autorité suffisante, ni corps enseignant établi à cet effet ; mais chaque individu est acéphale ou autocrate, c'est-à-dire pleinement indépendant en matière de foi : en un mot, cha-
cun doit se former sa foi par soi-même. Cette foi cependant, si tant est que c'en soit une, n'est autre pour chacun que celle que son ministre lui enseigne, qu'elle soit d'accord ou non avec celle du reste de sa communion, et c'est ainsi que chaque ministre ou pasteur impose sa propre croyance à tout le peuple plus ou moins nombreux qui le suit. C'est donc la foi du ministre qui devient la foi du peuple, et le peuple la reçoit aveuglément et uniquement sur l'autorité du ministre, sans autre assurance, sans autre garantie. Et voilà comment les sectes se maintiennent et se perpétuent , c'est-à-dire par le moyen du peuple crédule, séduit et livré à la merci d'un guide si peu sûr, et même si trompeur. Si un ministre devenait socinien, unitaire, rationaliste, comme cela n'est pas rare de nos jours chez les protestants, dès lors le peuple qu'il préside perdrait avec lui ce reste de foi positive, ces débris d'articles de foi qui, par une heureuse inconséquence, ont été conservés jusqu'ici dans plusieurs communions dites orthodoxes.
Et qu'on ne dise pas que, si le ministre s'écarte du sentiment de sa communion, il pourra être rappelé au devoir ou destitué de sa place ; car ce procédé même est une contradiction manifeste avec la règle du protestantisme, une négation pratique de cette règle, une substitution à compter de plus de la règle catholique ou de la règle d'autorité. Qu'on dise tout ce qu'on voudra , on ne sortira jamais de ce cercle. Terrible
condition de ce malheureux peuple dans les commu-' nions protestantes, condamné sans remède à être le jouet et la dupe des variations et des caprices d' autrui I Et ils se diront encore les chréliem de la Bible, les fils du libre examen, les protestants de conviction f Il n'y a pas de tyrannie qui égale la conduite des ministres par rapport au peuple qui leur est confié (!)• Malheur à quiconque^ surtout dans le menu peuple, oserait contredire, en matière de dôcttitté, renseignement qui lui est imposé l Des persécutions de toutes sortes, directes ou indirectes, viendraient bientôt l'atteindre irrémissiblement, comme cela se pratique tous les jours chez les protestants par ceux-là méméâ qui, si l'on veut les en croire» t^çoivent leurs inspirations de la Bible«
Mais une autre preuve, ni moins forte ni moins évi* dente^ de la substitution pratique dû principe d'aii-
[ï] C'est ce qu'ont eiifin feconim el avoué plusieurs protestants sincères. Voir La relî^iaii du ctj&utj paf BAudrV, ou Tdn trouvera rapportés plusieurs de ces aveux. Qu'il nous suffise ici de citer les paroles du ministre Banty, qui, dans le Bvlletm de la délégation des classes, demande, p. ^7 : « A quel âge est-on' appelé à la Confirmation du voeu du Mptêmë poUr FadMisfelon à la sainte Cènel — A seize ans. ^ Or, je vous le demandé,
EST-CE EN VERTU DU I^ÏBRE EXAMEN, OU SUr I'AUTOÏHTÉ que
nous nous engageons alors? »•
Et le ministre Correvon, îbid., p. 97, ajoute : "Noire Église vaudoise est une Êglîse-écolecomîposêe d'enfants sans intelligence. »>
torîté individuelle à Tautorité de l'Église à l'égard du peuple protestant , est celle que nous fournit la manière dont leurs croyants se conduisent dans les cas difficiles. Lorsque, par suite de quelque rencontre ou de quelque circonstance particulière, un prêtre de l'Église catholique propose à un homme du peuple une difficulté quelconque par rapport à la secte dont il fait partie, et que cet homme ne trouve pas moyen de s'en tirer, aussitôt il fait appel à son ministre, conformément aux instructions qu'il en a reçues. Toute sa ressource consiste à dire sur-le-champ : Il faudrait entendre notre ministre ; notre ministre pourrait bien répondre ; pour moi, je ne saurais que dire, mais il est bien sûr que le ministre saurait se tirer d'embarras et résoudre cette difficulté, Or^ qu'est-ce que cela prouve? Cela prouve jusqu'à l'évidence la vérité de tout ce que j'ai affirmé, savoir : que le peuple n'est pas protestant par la conviction qu'il aurait puisée dans la lecture de la Bible, par ces vifs rayons d'un torrent de lumières qui auraient irradié son esprit et embrasé son cœur^ mais uniquement par les rayons pâles et à demi éteints de l'autorité de ceux qui la lui ont communiquée. Cela prouve jusqu'à l'évidence que la foi du peuple est la foi du ministre, si toutefois il en a une, et rien de plus ; cela prouve jusqu'à l'évidence que, quand on affirme que l'essence du protestantisme consiste dans le libre examen qui accompagne la lecture de la Bible , c'est une fausseté ma-
nifeste, c'est un vil mensonge, si ce n'est pas plutôt un mot vide de sens ; cela prouve jusqu'à l'évidence que l'on n'est protestant que par le principe que l'on condamne, le principe d'autorité, qui, s'il était admis en théorie, comme il l'est en pratique, tuerait aussitôt et anéantirait le protestantisme; cela prouve jusqu'à l'évidence la contradiction répétée ou perpétuée de siècle en siècle parmi les protestants entre ce qu'ils admettent en spéculation et ce qu'ils font en pratique.
Enfin, cela prouve jusqu'à l'évidence l'inévitable nécessité de cette contradiction, puisque, si l'on niait en théorie que le protestantisme consiste dans la pleine indépendance de chacun par rapport à toute autre autorité que celle de la Bible ou de la pure parole de Dieu, dans la liberté absolue de l'examen qu'est obligé de faire chaque individu , on renverserait d'un coup l'arbre entier du protestantisme, qui ne doit son existence qu'à ce principe; et, d'un autre côté, si on le mettait en pratique, il n'y aurait plus personne , au moins parmi la multitude , parmi toute la masse du peuple, qui professât ou pût du moins professer le protestantisme, personne dans tout ce nombre n'étant, comme je l'ai fait voir, capable de se former à luimême son symbole. Puis donc qu'on doit s'en rapporter pour cela à quelque autorité, le bon sens tout seul ferait admettre l'autorité de l'Église, qui est la plus grande de toutes les autorités , de préférence h
~ 469 — Tautorité individuelle du premier venu , du premier aventurier qui se présenterait, sans dire seulement qui il est, d'où il vient, et ne pourrait fournjr d'autre garantie de tout ce qu'il enseigne que sa propre persuasion ou conviction, quelque trompeuse qu'elle fût, supposé encore qu'il ne l'eût pas reçue d'un autre.
Mais il y a quelque chose de plus : c'est que, si la -frègle du protestantisme était observée, on verrait cesser dès lors le ministère de la prédication , puisque, dans cette hypothèse, il n'y aurait tout au plus qu'à distribuer à- chacun une Bible, en lui laissant le soin de faire par lui-même le reste, sans se permettre rien davantage , si ce n'est quelque exhortation morale, l'administration du baptême et la distribution de la Cène. J'ai dit : tout au plus distribuer une Bible^ par la raison que, dans le système protestant, ce serait à l'individu à se former même le canon des livres qu'il juge sacrés et inspirés. Rôle qui certes n'est pas trop facile, comme cela est évident, et dont les marchands de bœufs et les fabricants d'allumettes ne se chargeraient pas sans peine. Disons- le donc encore une fois : condition vraiment singulière que celle du protestantisme, qui, sans sa règle adoptée en théorie, ne serait jamais né , et avec sa règle réduite en pratique cesserait de vivre.
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ARTICLE IV
La règle protestante, considérée au double point de vue rationnel et moraly est impraticable pour la conversion des infidèles.
La règle de foi est identiquement la même pour les fidèles et les infidèles. — Les protestants, par l'enseignement muet de la Bible, contredisent la Bible, qui prescrit renseignement oral. —Sociétés bibliques. — La Bible est ou inutile ou nuisible aux infidèles : — Ils sont pour la plupart incapables de la lire, — et à plus forte raison de l'entendre — et d'en comprendre le sens; — par la défiance que leur inspirent les nouveaux missionnaires bibliques, — parce qu'ils sont incapables d'en extraire les articles de foi. — Usage que les infidèles font de la Bible. — Supplément imaginé par les nouveaux apôtres. - Cet apostolat est contraire à la fin que Jésus-Christ s'est proposée. — Aussi n'a-t-il jamais été pratiqué dans les siècles antérieurs, — pas même par les premiers protestants. — Premiers essais de missions dans le protestantisme. — Institution des sociétés bibliques. — Autre supplément imaginé par les sociétés bibliques. — Mais tout a été inutile. — Emphase ridicule des sociétaires bibliques.
La règle de foi ne doit pas être autre pour les infidèles que pour les fidèles, mais elle doit être la même pour tous. Aussi l'Église catholique n'a-t-elle pa3 pour ces deux classes deux règles différentes. Il en est de même dans le système protestant , suivant lequel , de même que les fidèles peuvent et doivent, en lisant la Bible, se former chacun par eux-mêmes leurs articles de foi, leur symbole, leur synthèse de
croyances , ainsi les infidèles peuvent et doivent le faire chacun pour eux-mêmes. Autrement on en viendrait à anéantir la règle par les raisons dites plus haut. La même chose doit se dire du canon ou de Tensemble des livres saints qui constitue Tintégrité de la Bible.
Que telle soit au fond la pensée des protestants par rapport à la propagation de la foi chez les infidèles, c'est ce qu'ils ont prouvé par les faits. Eux qui dans tous leurs actes ne veulent pas, ou du moins protestent ne vouloir pas suivre d'autre règle que la pure parole de Dieu, Us s'en éloignent ouvertement en ce point même , en substituant à l'enseignement oral , prescrit par Jésus-Christ à ses apôtres et à leurs successeurs, l'enseignement muet, et de leur propre autorité, c'est-à-dire sans que la Bible les y autorise, ou plutôt quoiqu'elle prescrive le contraire. Cet enseignement muet consiste dans la distribution des Bibles. Ils ont fondé à cette fin les sociétés bibliques, toutes affiliées à la société-mère de Londres ; ces sociétés ensuite s'imposent d'énormes contributions annuelles pour faire traduire la Bible dans les divers idiomes d^s nations infidèles et la vulgariser ainsi parmi ces peuples, pour la faire imprimer, et pour payer soit les marchands, soit les artisans, tailleurs, cordonniers, forgerons, menuisiers , auxquels , sous le nom de missionnaires, on commet la charge d'en faire la distribution dans les divers pays. Il est vrai que,
pour encourager ces nouveaux apôtres à bien remplir leur tâche, on leur assigne aussi une pension convenable pour leurs femmes et leurs enfants, et que, si leur famille vient à s'augmenter dans le cours de leur apostolat , on augmente aussi à proportion la pension qu'on leur fait. De là le soin empressé de chacun d'eux, dans les comptes-rendus qu'ils présentent chaque année de leurs succès, d'enregistrer de même chaque nouveau-né de leurs femmes (1).
Au reste, il est incontestable que les protestants ont choisi la Bible comme moyen d'exercer leur apostolat ; de sorte qu'ils entendent évangéliser tous les peuples et toutes les nations infidèles par la distribution qu'ils leur font à pleines mains de Bibles mises en langue vulgaire. Or une question se présente ici d'elle-même : savoir si cette manière d' évangéliser les peuples est avantageuse, si elle est un moyen propre à propager la foi, ou, en d'autres termes, si cette règle protestante est praticable pour les infidèles. Je réponds sans hésiter que non , et voici les raisons qui me convainquent de la nullité d'une telle méthode.
(l) Dans un de ces comptes-rendus envoyés à la Société biblique, un de ces missionnaires, il y a peu d'années, ne mentionnait aucun fruit qu'il eût recueilli de ses fatigues et de ses sueurs; mais, en revanche, informait la Société que sa femme avait mis au monde un petit garçon, et que la mère et l'enfant jouissaient d'une bonne santé.
Première raison/ C'est que la Bible sans antécédents, ou sans une autorité qui lui serve de garantie et la fasse respecter des infidèles, est de nulle valeur à leurs yeux. Car, comment l'infidèle pourra-t-il se persuader que le volume qu'on lui présente contient la parole de Dieu , s'il n'a pas même la notion du vrai Dieu? Comment pourra-t-il préférer ce livre à ceux qu'il tient pour sacrés par tradition de ses pères,^ et qui contredisent le nouveau qu'on voudrait leur substituer? Quelles assurances en obtiendra- 1- il, quelles garanties? S'il s'agit de mystères , ces mystères, par leur simple énoncé, seront pour lui des énigmes indéchiffrables; s'il s'agit de dogmes, d'observances, de rites, les préjugés de son éducation ne lui en inspireront que de l'horreur, à raison de leur opposition à ses croyances et à ses habitudes antérieures. Par exemple, dans ces contrées de l'Inde où ju les animaux sont réputés sacrés et inviolables, si quelqu'un venait à lire que Salomon , à la dédicace du temple, immola plus de vingt mille bœufs et plus de cent mille béliers, il serait saisi d'horreur, et il en serait de même de beaucoup d'autres faits de l'Écriture (1). Les préceptes moraux n'auront pas pour lui plus de valeur que les leçons de ses sages et de ses
(1) C'est ce qu'atteste positivement l'abbé Dubois, qui a passé dans l'Inde plusieurs années en qualité de missionnaire, dans les lettres qu'il a écrites sur ce sujet.
philosophes (1), Ainsi donc, ou cette imprudente distribution de Bibles aux infidèles leur est absolument inutile, ou elle leur est nuisible en les prévenant contre la reUgion qu'on voudrait leur faire çnïbrasser. Si donc on veut que la lecture de la Bible devienne pro^ fitable aux infidèles, il est indispensable que leurs esprits y soient préparés par l'instruction orale , et que le livre qu'on leur met entre les mains ait pour recommandation la parole vivante et Tautorité da son interprète.
Seconde raison. Accordons même que l'infidèle soit pénétré pour ce livre d'un respect religieux, serat-il capable de le lire? Il est certain, pour la plus grande partie d'entre eux, que non. Et c'est là en particulier ce qui me porte à dire que la règle des protêt* tants est impraticable pour les infidèles. En effet, si mal' gré les moyens si multipliés qui abondent en Europe en tous genres, et de livres, et d'instituteurs, et d'institutions, et de corporations religieuses des deux sexes, si malgré tant de motifs d'émulation qu'a le peuple pour s'instruire, la plus grande partie néanmoins reste toujours sans instruction et sans aucune teinture
(2) Voir V Histoire de la Philosophie, jmr l'abbé J.-B. Bourgeat, t. I , Philosophie orientale, Paris, 1850. Dans cette histoire sont rapportés avec beaucoup d'exactitude les principes moraux qui ne le cèdent guère aux philosophes de la Grèce et de l'Italie venus depuis, et qui môme leur sont supérieure sous quelques rapports.
des lettres, que dirons-nous de tant de peuples qui sont, ou totalement privés , ou du moins à peu près dépourvus de ces moyens; de ces peuples, qui nonseulement manquent de motifs d'émulation pour s'instruire, mais même ont mille obstacles qui les empêchent de s'y porter, tels que l'extrême nïisère où ils vivent, le besoin de travailler du matin au soir pour y subvenir, la nudité, la faim, la vie distraite qu'ils mènent, etc. ? Et c^est ce qui se voit dans les pays les plus rapprochés de la civilisation, assujétis aux Européens ou à des peuples poUoés de l'Amérique. L'illusion où nous tombons quelquefois à l'égard de ces contrées éloignées de nous vient de ce que nous avons coutume de juger ces peuples d'après nos idées, au lieu de former nos idées d'après l'état de ces peuples. Pour corriger cette illusion, il est indispensable d'interroger les voyageurs : alors nous en porterons un jugement qui se rapprochera davantage de la réalité. Que devrons-nous penser ensuite de ces innombrables tribus nomades et sauvages qui passent leur vie errante dans les forêts, sur les montagnes et dans les déserts, qui vivent de pêche et de chasse, et ressemblent à des brutes plutôt qu'à des hommes ? Comment pourront-ils lire le livre qu'on leur jette dans leurs huttes ou dans leurs bois? Il serait ridicule de le pen^ ser. Faudra-t-il donc abandonner ces malheureux peuples , et les juger incapables de faire partie de la grande famille à laquelle pourtant ils doivent appar-
tenir? Je ne pense pas qu'il y ait un seul protestant qui ose le dire. Que faudra-t-il donc faire enfin? Hélas ! rien autre chose que de changer la manière de les évangéliser
Troisième raison. Dans l'hypothèse même que les infidèles puissent lire la Bible qui leur est distribuée, seront-ils capables de l'entendre? Et notons bien que je parle ici non de l'intelligence logique, ou conmie d'autres diraient, formelle, mais simplement de l'intelligence grammaticale, de l'intelligence matérielle des mots. Je réponds qu'au moins la plupart n'en sont pas capables. Car on sait qu'une grande partie dés langues usitées chez les peuples infidèles très éloignés de nous nous sont à peine connues. Tout au plus enat-on quelques notions très superficielles par les marchands en bien petit nombre qui ont commercé parmi ces peuples. Or ces marchands sont ceux qu'emploie la Société biblique pour traduire la bible dans ces bizarres idiomes. D'où il suit qu'il se commet bien souvent des erreurs des plus graves, qui altèrent le sens de l'Écriture, et le changent même quelquefois de manière à ce que la version ne s'accorde plus avec le texte, quelquefois encore lui donnent un sens tout opposé, comme on l'a démontré de plusieurs de ces versions. Et ce n'est pas merveille : car s'il est difficile de faire des versions exactes de la Bible, même dans nos langues, et que ce soit une nécessité de les retoucher continuellement, de les corriger sans cesse
d'après les critiques savantes qui en sont faites, comme cela se voit tous les jours en Angleten'e, en France, en Allemagne, tellement que quelquefois il a fallu substituer de nouvelles versions aux versions antérieures à cause des défauts et des erreurs graves qu'on y découvrait (1), il est encore bien plus difficile de faire une bonne version dans une langue très imparfaitement connue (2). Chaque langue a ses idio-
(1) Yo\t Apparatus biblicuSy P. Chepubino de Saint-Joseph, Bruxelles, vol. iv, diss. xiv; Lelong, Bihliotkeca sacra, t. I.
(2) Le célèbre Abel Rémusat, quoique favorable autant que personne à la Société biblique, confesse ingénument qu'il est impossible d'avoir une version de la Bible en langue chinoise. " Personne, écrit-il, n'est plus que moi convaincu de l'utilité de cette version chinoise; mais personne aussi n'en sent mieux les difficultés : elles sont telles, à mon avis, que les plus habiles sinologues européens , aidés d'un savant théologien et de quelques néophytes chinois bien instruits des sciences de la Chine, auraient encore de la peine à les surmonter entièrement. » ( Moniteur universel du 2 novembre 1813, n. 1240.) De même, Malcolm, après avoir démontré les difficultés intrinsèques d'une version chinoise de la Bible tirées du caractère de la langue, conclut : ♦• U serait donc impossible de traduire les Écritures saintes par écrit dans la langue du peuple, quoiqu'on pût peut-être les faire comprendre par une explication orale, n Le brabme Ram-Malun-Roy, interrogé en 1828 par le savant anglais Ware si les versions indiennes de la Bible étaient exactes, lui répondit : « Je dois répondre non à la question que vous me faites. C'est une chose extrêmement difficile que de rendre les idées exprimées par les langues d'Occident dans les langues d'Orient, et mce versa. ( Nouveau Jmirnal asiatique ^
tismes, ses manières particulières de s'exprimer, qu'il est impossible , si l'on ne connaît la langue à fond, de traduire exactement Joignez à cela que la Bible renferme bien des locutions consacrées à exprimer des notions et des idées religieuses dogmatiques auxquelles il n'y a rien qui corresponde dans aucune autre langue, parce que les peuples qui n'en ont pas l'usage manquent de l'idée, et par conséquent de l'expression; Tels sont, par exemple, les mots de justification, de mortification. A' humilité, de sainteté, et beaucoup d'autres semblables : or, comment traduire la Bible dans des idiomes totalement étrangers à ces idées, et aux locutions qui les expriment? Que s'il en est ainsi , comment les infidèles pourront-ils entendre les versions de la Bible qu'on leur présente ? Remarquons enfin que de toutes les langues qui se parlent sur les divers points de
t. II, p. 531.) M. White, parlant de œs mêmes versions, après avoir confessé qu'elles sont aussi bonnes que les circonstances le permettent, observe que les traducteurs ont adopté dans quelques parties de la version de l'Indostan un langage profane et lubrique, dont les païens ne se servent que dans leurs poésies erotiques. [Journal asiatique, t. ii, p. 180, Paris, 1825.) Le célèbre orientaliste Sylvestre de Sacy n'a pas porté un autre jugement sur les versions de la Société biblique faites en persan, et qu'il appelle inintelligibles. (Considérations sur les nouvelles traductions des livres saints, etc. par la Société biblique, dans le Journal des savants, juin 1821, p. 323, 377.) Beaucoup d'autres expriment les mêmes aveux par rapport aux versions faites en langues océaniques.
la terre» ce n'est encore que la moindre partie qui soit connue même imparfaitement des Européens, et que par conséquent l'apoâtolat biblique est impossible à regard d'un nombre infini de peuples. Et en effet, après quarante-sept ans d'efforts, la Société biblique est â peine parvenue à donner les versions de la Bible en cent ou à peu prèd cent dix idiomes difiérents, tandis que les langues parlées par lès peuples connus sont au-dessus de mille (1). Qu'en sera-t-il ensuite de tant de dialectes de chaque langue, propres à des pays entiers où l'on ignore la langue dominante? Et je demanderai de nouveau : Tous ces peuples de- ^ vrônt-ils être abandonnés? La porte du salut leur se-* ra4-elle fermée pour toujours, ou au moins pour plusieurs siècles? Ne seraient-ils donc pas appelés à s'asseoir au banquet nuptial de l'Agneau sans tache? A Dieu ne plaise ! c'est pour eux aussi qu'a été immolée dans le sacrifice sanglant de l'amour divin la céleste victime. ïl reste donc uniquement à dire que la règle du protestantisme est impraticable pour les infidèles.
Quatrième raison. Dans la supposition que les infidèles entendent le sens grammatical de leurs versions bibliques, en comprendront-ils le sens logique ou formel ? Je le nie encore, et j'allègue pour raison de cette réponse la difficulté de la chose en elle-même. Quoi
(1) Voir Malou, ouvr. cité, t. n, p. 466-4'y6.
que les premiers protestants aient pu dire, dans l'ivresse de leur enthousiasme, comme nous l'avons vU;. ^ de l'éblouissante clarté de la Bible, c'est «une chose certaine que la Bible est le plus obscur et le plus difficile de tous les livres, comme le démontrent, à part toute autre considération, tant de communions opposées dans le protestantisme même et dont les discordances n'ont pas d'autre origine. Or, voici l'argument que j'infère de cette observation : Est-il possible que des peuples abrutis, ignorants, sauvages au plus haut degré, soient capables d'entendre le vrai sens de l'Écriture sainte; des peuples non-seulement novices, mais même, comme je le suppose, tout à fait étrangers à la religion de Jésus-Christ ; pendant que des hommesn ourris et élevés dans le christianisme, aidés de tous les moyens d'instruction, munis de tous les secours de la science, formés dès leurs premières années à lire et à étudier la Bible, n'ont jamais pu arriver à s'accorder entre eux sur son véritable sens , et nonseulement n'ont pu s'accorder, mais tout au contraire se sont divisés et subdivisés en plus de cent partis différents, par la prétention que chacun avait, et qu'il peut avoir encore de l'avoij^ mieux entendue que tous les autres, et se font pour cela les uns aux autres une âpre et implacable guerre ? C'est impossible à supposer.
Cinquième raison. Supposons cependant, par impossible, que ces infidèles l'entendent : pourront-ils
jamais se fier aux versions qu'on leur distribue? Non, assurément. Les motifs, en effet, ne leur manquent pas de s'en défier, et de soupçonner même avec fondement qu'on cherche à les séduire. Ils peuvent, sans témérité et sans injustice, se demander à eux-mêmes si ces versions sont bien fidèles, et contiennent réellement la pure parole de Dieu , ainsi qu'on veut le leur persuader. Les prétendus missionnaires qui le leur disent n'ayant leur mission d'aucune autorité qui soit respectable à leurs yeux, d'aucune Église qu'ils reconnaissent comme divine, et n'ayant à leur présenter aucun caractère surnaturel qui les recommande personnellement, aucun motif de crédibilité qui puisse les déterminer à croire sur leur parole à l'entière conformité de leur version avec le texte original, ils ne voient en eux que des commerçants qui "f" viennent avec leurs femmes et leurs enfants chercher fortune sur leurs terres ; et comment pourront-ils se convaincre que ce ne soient pas des aventuriers abordés dans leur pays (1)? Leurs soupçons doivent s' ac-
(2) Outre les preuves rapportées par Hœninghaus, ouvr.cit., c. IX, et beaucoup d'autres qu'on pourrait donner pour établir que les missionnaires protestants gagnent plus de livres sterling que d'âmes, sans excepter même ceux d'entre eux qui cherchent réellement à gagner ces dernières, je me contenterai d'en citer ici un exemple. M. Oukes, un des premiers missionnaires protestants de l'Australie, est parvenu à un âge si avancé, que, par décision de la cour suprême, ses affaires, et entre autres celles de sa mission, ont été remises en curatelle
croître encore, quand ils voient ces hommes n'être pfts tf accord entoe eux-mêmes et chercher à lea attirer chacun dans s&r parti ; quand ils }es entendent s'ei^ pliquer différemment les uns des autres, se Gpntrediïe les uns les autres s l'anglican, p^r eiemple, faire la guerre au méthodiste, le presbytérien à Tépiscapal, le calviniste au luthérien, et chacup affirpier de sa propre doôtrine qu'elle est l'unique vraie, la seule fidèlement ra]^rtée dans le livre qu'ils leur mettent entr-^ les mains. Quelle sécurité, quelles gaFantie^ peuvent avoir ces malheureux pour calmer des ap? préhensions si justes, des soupçons si légitimes? Ils n'en peuvent avoir aucune. Et pourtant il s'agit pcM» eux d'une affaire de la plus haute importance. Que seraii-ce donc, s'ils venaient à découvrir qu*effective-r ment ces traducteurs de Bibles ont été pris en faute plusd^une fois, et ont été convaincus par leurs frères d^Europe d'upe déloyale infidélité dans leurs vemsions (1). Et c'est ce qui ne serait pas du tout im-
à sa famille. Or, par son honnête industrie, il s'est trouvé avoir amassé une forti^me immense, savoir plus de 100,000 livres sterling, c'est-à-dire plus de â,40O^0(K) francs à partager entr^ IgjB membres de sa famille. Miss Hutohinson, épouse de sir Ha^ obinson, missionnaire weslejen, aura pour sa part plua de 16,000 livres sterling, ou de 240,000 fr. \jéii$iroia»e IMemgw, hoàt 1842.) D'autres scmt'tout oeeupês à acheter des terrains ei à se faire des établissements dans ee pays. ÇUUnil»erSy 5 aoât 1843.^ (1) 9oir dans Vjéppamtus bibHcuSy du F. CHi^UBDiO p£
po8$9;ble, efï supposant seulement l'entrée dans ce pays de quelque missionnaire catholique, qui les meittf^t ^i^ courapjt de semblables {^r^udes. Alor^, coii)ine of^ le yopjt, tout le fruit à recueillir de cet apostolat s'^yaflou^rait pleinçipent-
Sim4m^ raison* Accordons libér^lemf^nt ^toutefois que les infidèles donneqt leur confiance ep^tière ^ ç^ disfributeurs de Bibles, et tielîE^enj; pour wcèrci# l^s \&rsà((ym (foi leur sont mises entre le$ ifmn^ : serontil^ en état d'extraire de ce livre par leurs seuls moy^ç les yérités à croire et à professer? pourrontilg.^yec cela composer, formuler leur symbple de M'I l^ lecteur me prévient pour répondre à ma place qu'ils ne le sauraient absoluinent. Ils ne le peuyent, parc^e cp^e c'e^ trop au-dessius de leur propre capair. cité. En effet, c'est à q^oi ne réussiraient pas, je ne diragi pas seulement les ^impies fidèles, quoique nés dans le sein du christianisipe, élevés dans ces idées, formés par tant d'instructions, placés par le privilège
SAiNT-JoeEPH, t. IV, di^s. XIV, les accusation^ mutuelles d'infidélités et d'altérations de toutes sortes dans leurs versions de la sainte Écriture que s'adressaient les ims aux autres les novdtQUTB 4u xvi« âècJe et leurs partisans; on y verra comment le$i qalv^nistQS .ficcusaient de falsifications manifestes, en en fournissant les preuves, les versiçns luthériennes, comme le^ luthériens, à leur tour, taxaient de même les versions calvinistes et zwingliennes. Et ces falsifications se sont continuées jusqu'à nos pftur^, CQ^imie l'a prouvé Mgr Malou d^e son ouvrage, spécialement par rapport aux versions anglicanes.
de leur naissance dans une atmosphère religieuse ; mais pas même les savants les plus exercés, qui ne se trouveraient pas peu embarrassés si on leur demandait à chacun, ou bien encore à plusieurs ensemble, une profession bien nette de foi positive, et il est certain qu'ils n'y parviendraient pas. Si quelque catholique voulait se donner du plaisir en disputant contre un ministre protestant, même de ceux qui passent pour . les plus instruits , il n^aurait qu'à le presser de faire sur chaque article sa profession de foi positive et parculière, commune cependant à la secte dont il est le ministre ; il verrait par le fait que ce ministre ne serait pas dans le cas de la lui faire. Pour lever cette diflSculté, ou pour mieux dire, cette impossibilité de former un symbole de ce genre qui ait l'assentiment de tous, les protestants ont imaginé d'avoir recours à deux expédients, selon la différence de dispositions des deux classes entre lesquelles ils se partagent. L'un a été de renoncer à tout symbolisme de foi positive, pour professer le piétisme et le sentimentalisme, c'està-dire pour suivre, sans s'inquiéter d'autre chose, un aveugle instinct de sentiment religieux ; le second, de faire la guerre aux livres symboliques, c'està-dire aux professions ou confessions de foi, comme contraires à l'essence du protestantisme (1). Sénat-
(1) Les piétistes et les sentimentalistes se sont déclarés les premiers contre tout symbolisme, comme source de divisions pour
blables les uns et les autres sur ce point à un général d'armée qui, voyant une bataille perdue et ses afiaires désespérées, crie à ses soldats : Sauve ^qui
ceux qui professent des symboles divers. Voir Amand Saintes, Hist. critique du rationalisme en Allemagne^ ch. xyii. Puis sont venus les rationalistes, qui ont donné aux symboles leur coup de grâce. En Suisse, dans le canton de Vaud en particulier, la confession helvétique a été abolie par un décret du grand-conseil, déterminé à prendre ce parti par les raisons qu'alléguèrent plusieurs ministres qui en étaient membres, et entre autres Tavocat de Mieville, qui dit : « Quand on veut conserver les principes sans admettre les conséquences, on se fait illusion à soi-même. » En parlant du principe du libre examen comme incompatible avec la confession de foi : " La confession de foi, ajoute Druey, remplace le pape. »> « La confession de foi, dit à son tour Tavocat Jaccard, est contraire à l'esprit du protestantisme ; le vrai caractère de la Réforme du xvi« siècle a été un grand élan de liberté de l'esprit humain. La Réforme a été une insurrection de l'esprit humain contre l'absolutisme dans l'ordre spirituel. Dans une Église réformée, tout membre de l'Église s'approprie l'Évangile comme il l'entend... Le joug de l'autorité pesant sur la pensée, voilà la confession de foi. Autant vaudrait-il avoir les conciles avec l'infaillibilité du pape. Qu'on change la confession de foi soiîs quelque forme qu'on le veuille, eUe sera toujours opposée au principe du protestantisme et du libre examen. »» De La Habpe ajouta : « La confession de foi n'est pas la règle évangélique ; elle n'est que la règle d'un homme. L'ensemble des vérités du christianisme reconnues et admises par tous les membres de l'ÉgHse se trouve dans la Bible, et non ailleurs... Je demande qu'elle remonte à la source, à ses Écritures, et qu'elle ne s'arrête pas aux ouvrages des hommes. » Et ainsi des autres. Ce sont là les vrais logiciens. Voir Baudry, La religion du comr^ Lyon, 1840, p, 341-343.
peut ! Que éi ceux-là fnêmes qui présentent lèuts Bibles aux infidèleiS né sont pas capables d'enftM uneconfessîoh diëtificte de foi, d'en etitèifë utt iibteh bre fixe d'articles pour en former le synabole, voudrat-on fen ëupposet capables les pauvres sautageB d« montagnes Rocheuses où lés pèëhéui's de l^Otégôn? J'en appelle ici à la bonne foi, à la conscience des protestants : qu'ils répondent eux-mêmes.
Apf es toutes ces considérations, persoiffte hé pburra être surpris dej Tindifférence complète qui se voit dans tous les infidèles pour les Bibles qu'on leur (ïstribue avec tant de prodigalités La plupart leëôéehi^ rent, et s'en servent pour les usages lés pliiSfils, bu comme d'enveloppes pour leurs effets ; d'autres en font un objet de spéculation et de commerce, et qiid^ qû'Ufl tnêiiie m'a rapporté , conimé têrïldh Bcûteifë^ qu'on a trouvé en Amérique un immense espace de terrain dont les arbres et les plantations avaient été greffés à l'aide du papier des Bibles fourliies par tes missionnaires protestants. Les cordonniers de là Chine en font emplette pour s'en faire des formes de souliers. S' étant aperçus enfin, quoique tard, de l'impossibilité de recueillir aucun fruit de cette distribution de Bibles, ces niissionnaires ont engagé les sociétés bibliques à composer et à publier dans de mêmes volumes avec la Bible de petits traités où fussent expo- "/^ sées et expliquées les Vérités à croire. Lés sodétés ont pris cette demande en considération, et en con-
6ët|Uë!i€ë 1^ ëofit itiises à distribuer une grande quantité de (sëd tfftités. Bien entendu que chacun y met les irérîtfi^j ÔU pour mieux dire, les erreurs de sa projJffe èomfflunioni En outré, plusieurs de ces inisaônnaireb y ajoutent, notaïiitnent dans TOeéanie, leurs jJropres productions, dû ils s'appliquent surtout à signaler dans de longs verbiages les abus de l'Église romaine, pôiif ttiettfé en gôrde leurs néophytes, en grande partie protestantisés de force (1), contre les superstitions 9efe Catholiques, et entreprennent tôiit le riioride avec de semblables arguments, dans lesquels voiis ne âaurîe» bien distinguer si les calonmies et les plus grosMêfé ihëiiêotigeè surpassent rignoràricej du si c'est l'ignorance qiii surpasse les caloniiiieS. L'ai-rivée d'un missionnaire catholique dans ces parages esl te flédli que redoutent le plus les protestants bibliques, parce qu'ils savent par expérience qu'il suffît alors de quelques jours pour que leur proie s'échappe de leurs mains (2)^
(1) Vbif Hœninghaus, ouvr. cité, t. n, p. 189 et suiv., où l'auteur rapporte à ce sujet des anecdotes singulières.
(2) C'est une cho^ë passée eh proverbe que la stérilité dès nbidsidns prdteètahtes pour la conversion des infidèles. Ilis se vâiitt^ent cependailt, il y a4,qtielque6 années, d'avoir gagné «u cbriètiahisme la population ehtière d'O'taïti dans TOcéanie. Mais ce triomphe éphémère s'est tourné bientôt eh ifenonwnie. Ce ne fîit que par lefe plus horribles traitements qu'ils rendirent cbè-etietiS èes itifbtttiïiëgf O'tàïtlens, ôu pottr mieux dire, qu'ils les contraignirent à Mfb profession da dmstianisniei saps fiVQir
Digiti;
Reprenant maintenant le fil de notre discours, voici comme nous raisonnons : Il est certain que le Christ, voulant sauver tout le monde et appeler tout le monde à la foi , a dû fournir à tous un moyen convenable, un moyen qui fût à la portée de tous, c'està-dire de toutes classes de personnes savantes ou ignorantes, civilisées ou sauvages, et pour tous les temps, afin que quiconque le voudrait pût connaître
la conviction de sa vérité ; ce ne fut, dis-je, que par les cruautés les plus inouïes, et dont il n*y a peut-être pas d'exemple dans toutes les annales du christianisme. Qu'il suffise de dire que, d'après le témoignage des protestants eux-mêmes, la population d'O'taïti, à l'époque de Tarrivée des missionnaires, s'élevait, suivant Forster, à 130,000; mais accordons qu'il se fût trompé de 60,000 dans son calcul, il resterait toujours 80,000. Or, pour opérer leurs conversions, ces missionnaires bourreaux réduisirent toute cette population à 8,000, après en avoir immolé les neuf dixièmes. Tout aujourd'hui dans cette île n'ofifre que désolation, deuil et mort, comme l'atteste le chevalier Otton de Kotzebue, capitaine de vaisseau au service de Tempereur de Russie, dans la relation de son Foyage de 18ÎÎ3 à 1826, Weimar, t. i, p. 92-100, 115-118, et comme le rapporte aussi en le confirmant la Qiiaterly RevieWj mars 1841, p. 440, qui nous apprend de plus que le nombre de 8,000 est réduit à 6,000, par suite de la sanglante importation de la religion qui a joué le rôle de la mortalité la plus contagieuse; et on attribue le dépeuplement de l'île au système destructeur du métho- . disme, qu'on qualifie de faux christianisme. Tout est changé dans cette île malheureuse, autrefois si gaie, si florissante, si commerçante, si industrieuse ; aux chants, à l'industrie, aux plaisirs, ont succédé le deuil, l'inertie, la crapule. Tels sont les fruitb produits par ces nouveaux apôtres.
avec certitude cette même foi ; qu'il a dû par conséquent établir une règle sûre qui ôtât toute possibilité d'illusion, d'erreur, de déception. Or ce moyen ne peut être obtenu, comme je l'ai démontré de la manière la plus évidente, avec la règle assignée par le protestantisme, qui est l'interprétation individuelle de la Bible. Par là même est donc démontré aussi ce que j'avais à prouver.
Cette règle étant ainsi impraticable pour les infidèles, on s'explique pourquoi, dans toute l'antiquité, ni hérétiques ni catholiques n'ont jamais songé à propager la foi avec la Bible parmi les nations idolâtres. Ce paradoxe pratique était réservé au protestantisme, qui, étant pour ainsi dire le représentant des utopies religieuses, en a prononcé le dernier mot par cette invention contraire au bon sens. Lui-même n'y songeait pas d'abord : tout occupé dans ses conmiencements à faire la guerre aux catholiques, son activité s'en trouvait absorbée , en sorte qu'il ne lui restait pas de loisir pour s'appliquer au salut des infidèles. En cela il suivait, comme à son insu, un instinct commim à toutes les hérésies, comme l'observait dès son temps ïertullien, lorsqu'il disait que l'affaire des hérétiques est de pervertir les catholiques, et non de convertir les infidèles (1).
. (1) Voici les paroles de Tertullien , de Prsescrtpt,, c. 12 : <' Cùm hoc sit negotium iliis (bsereticis), non etbnicos conyer-
De\A ^ë^les entiers s'écoulèrent sànë ^é les proi testatltfe ëusseiit la pensée d'érarigéliôëf tes patenSi
lia tdUrilàieht mêine en plaisanterie le zëtë âë pràèèl^tisme^ jgLin^ l'appekiënt^ils par dërlÉon^ qm ttidi^traient leë dathoUqaës^ Ge tië fUi qm Verl; là fin du %yif sièëte, dtt Vers le commencement du xiriiî% qtië tes Frères Mdraves, les première, commencèrent à tenter mie semblable entreprise. Leurs efforts ne filtrent edurnnnéd d'auotm Succès lidtablé; mais^ dans ce premier essai j on n'avait pas encbre imaginé l'apostolat de la Bible, et on se borna à suivre l'ui^ge
tt tëhdl, sed hostros ëvertendi , hanc magis gloriam captant, iï 1 Btantibus rùinam^ hon si jacentibus elevationem operentur... « Nostra suffodiunt ut sua œdificent. » Que ce mot de Tertullieïi se vérifie à la lettre, même de nos jours, dans la personne des protëàtàiltô, c'est de quoi nbus assureiit les areiix formels des protestants ètbc-itlémes. Je vais rapporter itn fait de Ift Gnzette officielle d'Allemagne, qui se publie à Leipsick, et qui, parlant d'un synode protestant établi à Bade, s'exprime ainsi : « Avant tout, il convient de formuler une question : l'Eglise protestante (il n'existé, à dire Vrai, s'ilfen est une, que des commimioné pixitestantes dans l'Eglise chrétienne), avec sa doctrine du libre examen de l'Ecriture et de sa libre interprétation , est-elle propre aux missions chez les peuples plus ou moins sauvages!... C'est pôilr èèlèt qu'il est évidemment mieiix d'abandonner à l'Egiîse catholique l'œuvre des missions, que depuis des siècleè elle exerce avec fruits et d'attendre que le temps produise dans ces jeunes communes une ré formation nouvelle; car évidemment la nôtre n'est pas un ingrédient propre au christianisme dans sa jeunesse. »» C^è derhières paroleè disent ttNit. Tbii" Yt/niters, 22 otîtdbrfe 1S49.
des lïiièsîonhâîrès catholiques. Plus tard, pit(Ués d'émtilâflofn par les heureux et brillants succès du ca-^ thclHcisme dans tous tes pfays dii monde, ils pensèrent sérieusement à se faire missionnaires, ^ans (][u'îl letlt' Vint encore l'idée d'exécuter ce pt-ojet par k distribution si comitiôde de la Bible. Ce ne fut qu'en 180â fjue les protestants s'avisèrent de convertir les peuples Môlâtres to faisant circuler parmi eux là Bible vulgarisée en autant de langues qu'il y elvelit de ilàtions à convertir. Dans ce dessein fut créée à Londres là {ïi^emière société pour nliettre à exécution cette gigantesque entreprise. Pour en assurer le succès, beaucoup de personnes opulentes y concoururent par d'abondantes largesses. On dépêcha de tous côtés des agents actifs^ et l'œuvre se propagea rapidement sur tcrtls les points de la terre; il s'éleva dans tdlis les pays protestants de nombreuses sociétés succursales qui contribuent et communiquent avec la principale detetlUé société-mère, et c'est ainsi que l'œuvre a pris une proportion immense. Des millions de Bibles ont été publiées (1), et leur distribution confiée à des
(1) ttès 1847, la Société comptait plus dé î^0,900,000 Bibles diëtHbllée^ delns VeBpa.Ce de 43 ans, c'est-à-dire depiiis sa foUdatiôû. Aujourd'hui ce nombre s'est accru sans ineëure. DUratlt Tanhéë 1849, là àociété a distribué 18,245,411 eiettiplâlrds d'écrits édifianié; elle a fbiidé 65"; bibliothèques religieuses. l)epuis la fin dé 1850, elle a répandtt, en diverses parties dU monde, plus de 600 miUions d'exemplaires d'écrits religieux ,
colporteurs qui les répandent avec profusion en tous lieux, sans exclusion des pays catholiques (rangés parmi les idolâtres par les protestants) , pour avancer le grand ouvrage de la conversion (1). Les effets, pour cela, n'ont pas répondu à la cause ; ou , pour mieux dire, ils y ont répondu pleinement, mais par une complète stérilité qui se rapporte très bien à la nature du moyen choisi pour la fin proposée, moyen impropre, moyen nul , et qui par conséquent est resté sans résultat sous ce rapport (2).
Après s'être aperçus de leur illusion, ils ont songé
et a fondé 9,000 bibliothèques de livres de dévotion, Ibid., 18 mars 1850. Avec tout cela, les fruits sont nuls. Voir Y Univers, 27 juin 1847.
(1) Dans la France seulement, les exemplaires de la Bible distribués cette même année s'élevaient à 111,681. A Barcelone, pour la distribution des Bibles en Espagne , on avait établi une typographie. A Rome, en 1848 et 1849, c'est-à-dire sous la république Mazzinienne , on avait publié dans le même but, à un nombre monstrueux d'exemplaires, une édition de la version calviniste de Diodati.
(2) 11 serait beaucoup trop long de rapporter ici les divers documents qui servent à prouver la stériUté des missions protestantes. C'est pourquoi je renvoie le lecteur pour ce sujet à l'ouvrage d'HŒNiNGHAUS, la Réforme contre la Réforme, t. n, ch. IX, p. 137-175, où se trouvent recueillis les aveux multipliés des protestants eux-mêmes et de leurs missionnaires de toute secte. J'y ajouterai l'aveu qu'a fait un protestant à Mgr Véroles, vicaire apostolique en Chine, qu'il n'avait pu réussir à convertir en trente années un seul Chinois, Voir V Univers, 22 juillet 1847.
à employer une autre ressource, outre celle des petits traités. Cette ressource a consisté dans la fondation d'écoles d'enfants des deux sexes. Ils se sont donné toute sorte de mouvements pour engager tant les parents que les enfants, les uns à y envoyer, les autres à s'y rendre, leur donnant à cette fin de la nourriture, des vêtements, de l'argent. Il est vrai que ces moyens de séduction venant à manquer, les écoles redevenaient vides; on ne cessa pas toutefois l'entreprise, mais ce fut toujours en vain. Maintenant , que prétendons-nous prouver ou inférer de tout ce détail qui aille à notre but? Précisément la conclusion que nous nous sommes proposée, savoir : que la Bible n'est pas propre par elle-même à l'instruction des peuples, et que la règle du protestantisme est impraticable par rapport à la conversion des infidèles. Car ces écoles et ces petits traités donnés pour supplément à la Bible ont été une substitution réelle de la prédication à la simple lecture biblique^ et par là même un aveu tacite de l'insuffisance, disons mieux, de l'inaptitude de la règle de foi imaginée par les protestants. C'est une justification de la règle catholique , en même temps qu'une réprobation au moins pratique de la leur; c'est une inconséquence manifeste, et, ajoutons encore, une violation du grand principe du protestantisme, en vertu duquel c'est à chacun à se former à soi-même sur la Bible son symbole et sa foi.
En terminant ce chapitre , il sera bon , pour récféer l'esprit fatigué des considérations sérieuses pu il nous a fallu entrer, de rapporter quelques traits dps discours en^phatiques prononcés 4an^ leurs tournées par ces enthousiastes suppôts des sociétés bibliques. Voipi comme s'exprinaait un d'entre eux : « C'est (la Société biblique) en mécanique une machim^, 4out le leviez est le diamètre du globe , et le point 4'W>PWi la parole de Dieu, C'est en optique une l§n^iUe $pirr rituelle taillée par le Très-Haut pour recueillir en un seul foyer les rayons éparpillés de l'opinion. C'est en hydrostatique une fQr\tain,e entretenue par dçs milliers de courants auxiliaires. En magnétisme, elle opérera des merveilles et sera en réalité un iwagnéti$me animal; et, comme telle, elle doit changer la polarité de l'aiguille, et éveiller une attraction mu^ tuelle entre les corps qui s'étaient jusqu'ici repousrr ses les uns les a^utres. En astronomie, elle sera le centre d'attraction de tous les divers systèmes du monde )> (i). D'autres l'ont surnommée une nçuvelle Pentecôte, l'étendard arboré par le fils de Jessé, le contre-pied de la tour de Babel, un arbre de viç dont les feuilles séviront au salut des nations. D'autres lui ont appliqué ce passage de l'Apocalypse [Apoc. , xiY, 6) : « Et je vis un autre ange qui volait par le milieu du ciel, portant l'Évangile éternel pour Tan-
(1) Cotteril's Speech at the PaUerîes.
noncer aux habitants de la terre, à toute nation, à toute tribu, à toute langue et à tout peuple. Hisum tm^fltis^ arnici! Mais c'^t assez de ces exemples.