‹ Le protestantisme et le catholicisme dans leurs rapports avec la liberté et la prospérité des peuples [microforme]Chapitre 3 sur 6 · CP · texte numérisé non relu

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vos foyers, vous pourrez dire : j'étais à Iéna, à, Austerlitz !’’ Parler de soi ov. eu faire parler, voilà le but et le mobile. Nelson, à Trafalgar, dit tout simplement : ‘‘ Je compte que chacun fera son devoir.’ Dans les pièces émanant des hommes de la révolution des Pays-Bas ou de la révolution d'Amérique, on invoque l’amour ée la patrie, le devoir, la loi divine. Ilest clair que ces ressoris-ci sont plus sûrs que les premiers. Au fond, faire parler de soi est un avantage assez creux. Dès qu’on #l’esprit assez fort pour le constater, le point d'honneur perd son efficacité comme règle de conduite. D'ailleurs, l’opinion publique peut être pervertie et, en ce cas, ce n’est pas en faveur de la vertu qu’on peut l’invoquer. Les écrivains français ont presque tous exalté la Renaissance aux dépens de la Réforme parce que, plus large dans ses vues, elle apportait à l’humanité un affranchissement plus complet. Les faits ne leur donnent pas raison. Les pays qui ont embrassé la Réforme prennent manifestement l'avance sur ceux qui s’en sont tenus à la Renzissance. C’est que la Réforme avait en elle une force morale qui manquait à la Renaissance. Or, la force morale est, avec la science, la source de la prospérité des nations. La Renaissance était un retour à l’antiquité, la Réforme un rétour à l’Evangile. L’Evangile, étant supérieure à la tradition antique, devait donner de meilleurs fruits.

La Réforme a favorisé le progrès des peuples qui l’ont adoptée, parce qu’elle leur a permis de fonder des institutions libres, tandis que le catholicisme conduit au despotisme ou À l’anarchie, et souvent, alternativement, à l’un et à l’autre. Le gouvernement naturel des peuples protestants est le gouvernement représentatif. Le gouvernement congenial des peuples catholiques est le gouvernement despotique. Tant qu'ils y restent soumis, ils demeurent en paix ; ils ont le régime qui leur convient ; quand ils essayent de s’en affranchir, ils tombent dans le éésoräre et s’affaibiissent : {ls sont dans un état contraire à leur état naturel. C’est là ce que soutiennent le journal l'Univers et la Civilta catholica, organes de ia cour de Rome, et les faits semblent leur donner raison.

On s’est demandé souvent pourquoi les révolutions des Pays-Bas, d'Angleterre et d'Amérique avaient réussi, tandis que la révolution française semble avoir échoué. M. Guizot a même publié un écrit spécial pour éclaircir cette question qui contient en effet le secret de nos destinées. Je n’hésite pas à répondre: c’est psrce que les premières se sont faites dans des pays protestants, la seconde dans un pays catholique, Voltaire l'avait déjà vu. 11 se demande comment

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il se fait que les gouvernements de la France et de l’Angleterre sont devenus aussi différents que ceux du Maroc et de Venise ? ‘ N’est-ce point, dit-il, par cette raison que, s'étant toujours plaints de ia cour de Rome, les Anglais en ont entièrement secoué le joug honteux, tandis qu’un peuple plus léger l’a porté en affectant d’en rire et en dansant avec ses chaînes.”’ Voltaire disait vrai, mais n’est-ce pas lui qui excitait ce rire et qui menait la danse ?

Aujourd’hui, nous pouvons démontrer à l’évidence ce que les bons esprits commençaient seulement à entrevoir au xviïte siècle, L’influence décisive que les formes du culte exercent sur la politique et sur l’économie politique n’avait pas été mise en lumière. Maintenant elle éclate au grand jour et se montre de plus en plus clairement dans les événements contemporains. L'action que la religion exerce sur les hommes est si profonde, qu’ils sont toujours amenés à donner à l’organisation de l’Etut des formes empruntées à l’organisation religieuse,

Partout où le sov zerain passe pour être le représentant de la divinité, la liberté ne p.at s'établir parce que le pouvoir de celu’ qui parle et agit au nom de Dieu est nécessairement absolu. Les ordres &u Ciel ne se discutent pas. Les simples mortels ne peuvent que &’incliner et obéir. Je ne connais point d'exception à cette règle. Dans les anciens empires de l’Asie, et dans ceux d’aujourd’hui, dans les Etats mahométans comme dans les pays catholiques où les rois régnaient de droit &ivin, le peuple a été complétement asservi., Il était libre à Athènes et à Rome, parce que ceux qui gouvernaient, élus par leurs concitoyens, ne se donnaient pas comme les représentants de la divinité, Le sacerdoce n’était pas une caste et 1l n’exerçait que peu d'influence dans l’Etot.

Le christianisme primitive devait singulièrement favoriser l’établissement d’institutions libres et démocratiques. Sans doute, par ses côtés ascétiques, il détachait l’homme de ses intérêts terrestres et ne le poussait point à revendiquer ses droits de citoyen, Mais en relefant et purifiant les mœurs, il le rendait plus apte à se gouverner luimême et à vivre libre. Au sein des associations chrétiennes des premiers siècles régnait une grande égalité et tous les pouvoirs émanaient du peuple. La parole et l’opinion étaient les ressorts du gouvernement, Les primitives Eglises chrétiennes étaient de véritables républiques démocratiques. Aussi, quand les presbytériens, au xvie siècle, rétablirent l’ancienne organisation de l'Eglise, ils furert entraînés à établir dans l’Etat des institutions républicaines.

Les défenseurs et les adversaires de l’Eglise romaine confondent, les uns non moine que les autres, le christianisme et le catholicisme, Ceux qui attaquent le christianisme lui attribuent les principes, les

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abus et les crimes de l’Eglise romaine, et ceux qui défen. nt l'Eglise romaine invoquent les mérites, les vertus et les bienfait. du christianisme. Erreur de part et d’autre. Le christianisme est favorable à Ja liberté ; le catholicisme est son ennemi mortel, c’est son chef infaillible qui l’affirme. L’histoire des institutions de l’Eglise noua montre une marche constante vers une concentration de plus en plus grande des pouvoirs. Elle est partie de la démocratie égalitaire et représentative de premiers siècles, pour aboutir, au x1xe siècle, par la proclamation de l’infafllibilité papal:, au despotisme le plus absolu qu’on puisse imaginer, République üémocratique au début, elle est devenue aristocratique, quand les évêques ont étendu leur pouvoir sans perdre leur indépendance vis à vis des Papes ; elle était encore une monarchie constitutionnelle tant que les conciles exerçaient le contrôle suprême. Aujourd’hui, elle réalise l’idéal de la théocratie et du despotisme le plus absolu qu’on puisse imaginer. Si la société civile tend à se mouler sur la société religieuse, comme les faits le démontrent, elle doit être soumise à un gouvernement purement despotique. C’est bien ainsi que l’entendent les partisans de l'Eglise, Bossuet, dans sa Politique tiree de l’ Ecriture sainte, trace les conditions du gouvernement qui couvient à un pays catholique, ‘* Dieu établit les rois comme ses ministres et règne par eux sur les peuples.”— ‘ L'autorité royale est absoiue.”’—‘* Le prince ne doit rendre compte à persoune de ce qu’il crdonne.”’—" Il faut obéir aux princes comme à la justice même. Ils sont des dieux et participent, en quelque façon, à l’indépendance divine.”—‘Les sujets n’ont à opposer à la viclence des princes que des remortrances respectueuses, sans mutiuerie et sans murmure.” Ainsi, logiquemert, dans un pays catho lique, le gouvernement doit être despotiqu: (1), d’abord parce que,

(1) Voici en quel las et vigoureux langage Bossuet nous doune la définition de la monarchie, telle qu’elle ressort de la tradition catholique romaine, et telle qu'elie nous vient de la Rome des Césars et de la Rome des Papes :

Il faut obéir au prince comme à la jastice même. Ils sont des dieux et participent en queïqué façon à l’indépendanca divine. Comme en Dieu est réunie toute perfection, ainsi toute la puissance des particuliers est réunie en la personne du prince. Que Dieu retire sa main, le monde retombera dans le neant ; que l’autorité cesse dans le royaume, tout sera en confusion. Cozsidérez le prince dans son cabinet : de là partent les ordres qui font aller de concert les magistrats et les capitaines, les provinces et les armées. C’est l’image de Dieu, qui, assis dans son trône au plus haut des cieux, fait aller toute la nature, Les méchants ont beau 8e cacher, la lumière de Dieu les suit partout, Ainsi Dieu donne au prince de découvrir les trames les plus secrètes ; il a des yeux et des mains partout ; les oiseaux du ciel lui rapportent ce qui se passe. Il a même reçu de Dieu, pour l’usage

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