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tel est celui de l'Eglise qui se sert de type, ensuite, parce que les rois tenant leur pouvoir directement de Dieu ou du Pape, ce pouvoir ne peut être ni limité, ni contrôlé.
La Réforme, au contraire, étant un retour vers le christianisme primitif, engendra partout l’esprit de liberté et de résistance à l’absolutisme, Elle tendait à faire naître des institutions républicaines et constitutionnelles. Le protestant ne reconnaît en religion qu’une seule autorité, la Bible. Il ne s'incline pas devant l’autorité d’un homme comme le catholique ; il examine et discute par Jui-même. Les calvinistes et les presbytériens ayant rétabli l’organisation républicaine dans l'Eglise, le protestant, par une suite logique, transporta dans la société politique les mêmes principes et les mêmes habitudes. L’accusation que Lamennais adresse à la Réforme est complétement vraie. ‘On avait,’ dit-il, ‘‘ nié le pouvoir dans la société religieuse, Îl fallait nécessairement le nier aussi dans la société politique et substituer dans l’une et dans l’autre la raison et la volonté de chaque homme à la raison °tàla volonté de Dieu ; chacun, dès lors, ne dépeudant plus que de soi-même, dut jouir d’une entière liberté, dut être son maître, son roi, son Dieu.’ Montesquieu dit aussi : ‘La r-ligion catholique convient mieux à une monarchie, la protestante s’accommode mieux d’une république.’
Luther et Calvin, pas plus que saint Paul ou le Christ, ne prêchent la : ‘sistance à la tyrannie ; ils la condamnent plutôt et préconisent l’obéissance. Ils n’admettent pas non plus ia pleine liberté de conscience. Mais, malgré eux, le principe de la liberté politique et religieuse et celui de la souveraineté du peuple sort logiquement de la Réforme. La preuve en esf que cela en a été partout le fruit naturel. Les écrivains réformés revendiquent les droits du peuple, et là où les protestants triomphent, ils établissent des institutions libres. Leurs ennemis ne s’y sont pas trompés ; ils ont signalé, comme un mal, cette connexité entre la Réforme et la liberté.
“Les réformateurs,"’ dit un eavoyé vénitien en France au xvre siècle, ‘ prêchent que le roi n’a pas d'autorité sur ses sujets.” ‘Par là,’ ajoute-t-il, ‘‘ on marche vers un gouvernement semblable à celui qui existe en Suisse et vers la ruine de la constitution monarchique du royaume (1).
des affaires, une certaine pénétration qui fait penser qu’il devine. A-t-il pénétré l'intrigue, ces longs bras vont prendre ses ennemis aux extrémités du monde, ils vont les déterrer au fond des abîmes : il n'y a pas d’asile assuré contre une telle puissance.?’
(1) Voyez pour les idées politiques de la Réforme l'ouvrage si instructif de M. Laurent, {a Revolution francaise, t, I, sect. 11, $ 8.
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“Les ministres,” dit Montluc, ‘‘prêchaient que les rois ne pouvalent avoir aucune puissance que celle qui plaisait au peuple ; d’autres prêchaient que la noblesse n’était rien plus qu’eux(1).”’ C’est bien là, en effet, le souffle libéral et égalitaire du calvinisme. Tavanves revient souvent sur l’esprit d‘mocratique des huguenots. ‘Ce sont,”” dit-il, ‘‘ des républiques dans les Etats royaux ayant leurs moyens, leurs gens de guerre, leurs finances séparées et voulant établir un gouvernement populaire et démocratique (2). Le grand jurisconsulie Dumoulin dénonça les pasteurs protestants au Parlement en disant ‘‘ qu'ils n’ont d’autre dessein que de réduire la France en un Etat populaire et d’en faire une rér 1blique comme celle de Genève, dont ils ont chassé le . nmte et l’évêque, et qu’ils s’efforcent parelilement d’abolir le droit d’ainesse, voulant égaler les roturiers aux nobles et les puinés aux #inés comme étant tous enfants d'Adam et égaux par le droit divin et naturel.” Ce sont évidemment là 14 idées de la révolution française, et si la France était passée à la Réforme au xvie siéele, elle eût joui dès lors de la liberté et du sefgovernment, et -lle les eût conservés. En 1622, Grégoire XV écrit au roi de France pour l’engager à en finir avec Genève, foyer du calvinisme et du républicanisme. En France, après la mort de Henri IV, le duc de Rohan, huguenot, voulut ‘‘ faire république,” en disant que le temps des rois était passé.
On a reproché à la noblesse protestante d’avoir voulu diviser la France en petits Etats républicains, comme er Suisse, et on fait un mérite à la Ligue d’avoir maintenu l’unité française. Ce que les huguenots voulaient, en effet, c'était l’autonomie locale, la décentralisation et un régime fédéral consacrant les libertés communales ex provinciales. C’est encore ce que la France cherche en vain d’établir, et c’est la passion aveugle de l’unité et de l’uniformité qui a fait échouer la révolution ec qui ramène toujours le despotisme.
Calvin veut qua ‘‘ le ministre du saint Evangile soit élu avec consentement et approbation du peuple, les pasteurs présidant sur l’élection.” C’est le régime que les calvinistes voulaient introduire en France. ‘En l’année 1620,’ dit Tavannes, ‘‘leur Etat était vraiment populaire, ayant les maires des villes et les ministres toute l’autorité, de quoi is ne font part à la noblesse de leur parti qu’en apparence tellement que s'ils venaient au dessus de leurs desseins, l'Etat de France deviendrait, comme celui de Suisse, à la ruine des princes et des gentilshommes.??
(1) Blaise de Montluc. Collection des Mémoires de Petitot, ire série, t. XXII, p. 26.
(2) Tavannes, Même collection, t. XXIIL, p. 72.
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Aussitôt que la Réforme eut mis l'Evangile aux mains des paysans, ils réclamèrent l’abolition du servage et la reconnaissance de leurs anciens droits au nom de ‘‘ la liberté chrétienne.” La Réforme inspira partout d’énergiques revendications des droits naturels, la liberté, la tolérance, l'égalité des droits, la souveraineté du peuple. Elles sont inscrites dans un grand nombre d’écrits du temps, entre autres, dans le célèbre pamphlet de Languet : Junii Bruti celtæ, Vindiciæ contra tyrannos, de principe in populum populique in principem, legitima polestate, et dans le dialogue, De l’autorile du prince el de la liberte des peuples (1).
Ces idées, qui forment la hase des ‘ibertés modernes, ont toujours trouvé d’éloquents défenseurs äans le protestantisme. Le ministre Jurieu les a défendues contre Bossuet, dans un débat bien counu, et Locke les a exposées sous une forme scientifique. C’est à lui que Montesquieu, Voltaire et les écrivains politiques du xvirie siècle les ont empruntées, et c’est d’elles qu’est sortie la révolution française. Mais, longtemps avant, elles avaient été appliquées, avec un succès soutenu, dans les Etats protestants, en Hollande d’abord, puis en Angleterre et surtout en Amérique.
Le fameux édit du 16 juillet 1581, par lequel les Etats Généraux des Pays-Bas proclament la déchéance du roi d’Espagne, consacre nettement la souveraineté du peuple. Pour äétrôner un roi, ils devaient nécessairement invoquer ce principe : ‘‘ Les sujets ne sont pas créés de Dieu pour le prince, afin de lui obéir en tout ce qui lui plaît de commander, mais plutôt le prince pour les sujets, sans lesquels il ne peut être prince, afin de les gouverner selon le droit et la raison.”’ L’édit ajoute que les habitants ont été obligé, pou: se soustraire à la tyrannie du tyran, de se soustraire à son obéissance : ‘‘Il ne leur reste d’autre moyen que celui-là pour conserver et défendre leur ancienne liberté et celle de leurs femmes, enfants et postérité, pour lesquels, selon le droit de la nature, ils sont obligés d'exposer leur vie et leurs biens.”’ La révolution d’Angleterre de 1648 s’est faite au nom des mêmes principes. Milton et les autres républicains de l’époque les ont défendus avec une admirable vigueur d’esprit et de caractère,
Nous sommes habitués à faire honneur des fameux principes de 89 à la révolution française. C’est une grave erreur historique. En France, on a fait d’éloquents discours à ce sujet ; mais on n’a jamais respecté les libertés, pas même la plus sacrée de toutes, la liberté de
(1) Memoires de l’état de France sous Charles IX, t, III, p. 57-64. Voyez Laurent, Revolution francaise, t, I, p. 345