‹ Le protestantisme et le catholicisme dans leurs rapports avec la liberté et la prospérité des peuples [microforme]Chapitre 5 sur 6 · SR · texte numérisé non relu

SR

conscience (1). Les puritains et les quakers les ont proclamées et pratiquées depuis deux cents ans en Amérique, et c’est là et en Angleterre que l’Europe a été en prendre l’idée vers la fin du xvirte siècle.

Déjà en 1620, la constitution de Virginie établit le gouvernement représentatif, le jugement par jury et le principe que l’impôt doit être voté par ceux qui le payait.

Dès l’origine, le Massachussetts établit l’enseignement disait et la séparation complète de l’Eglise et de l'Etat. Les sectes vivent libres sous la loi commune et choisissent elles-mêmes leurs ministres. La démocratie représentative y existe aussi complétement que de nos jours. Les juges mêmes sont annuellement choisis par les citoyens. Mais un fait plus important se produit, Un homme se lève (1633), réclamant non seulement la tolérance, mais Ja complète égalité des cultes devant la loi civile, et sur ce principe il fonde un Etat. C’est Roger Williams, nom peu connu sur notre continent, mais qui mérite d’être instruit parmi ceux des bienfaiteurs de l'humanité. Le premier dans ce monde ensanglanté par l’intolérance depuis quatre mille aus, avant même que Descartes eût fondé la libre recherche dans la philosophie, il consacre la liberté religieuse comme un droit politique, ‘La persécution en matière de conscience est,’ répétait-il, ‘manifestement et lamentablement contraire à l’enseignement de Jésus-Christ.”’—( Celui qui commande le vaisseau de l’Etat peut maintenir l’ordre à bord et le conduire vers le port, quoique tout l'équipage ne soit pas obligé d’assister au service divin.”’—‘ Le pouvoir civil n’a d’empire que sur les corps et les biens des hommes ; il ne peut intervenir en matière de foi, même pour empêcher une Eglise de tomber dans l’apostasie ou l’hérésie.””—‘ Enlever le joug de la tyrannie des âmes, c’est non seulement faire acte de justice envers les peuples opprimés, mais c’est aussi établir la liberté et la paix publiques sur l'intérêt de la conscience de tous.”?

Il faut lire, dans l’admirable histoire de Bancroft, comment Roger Williams fonda la ville de Providence et l’Etat de Rhode-Island sur ces principes alors méconnus partout en Europe, sauf peut-être dans les Pays-Bas. Quand une constitution fut établie en 1641, tous les citoyens furent appelés à la voter. Les fondateurs eux-mêmes l’appelèrent une démocratie, ef c'en était une en effet dans toute la force du terme et telle que l’entendait Rousseau. Le peuple se gouvernait

(1 Re faut lire à ce sujet, un article très instructif de Prévost- P. dans a e des Deux-Mondes (1858), où il montre que ni la loi, ni ! # magistrats, n’ont admis en France la liberté des cultes, Elle n’y existe pas encore.

es OÙ) me

directement lui-même, Tous les citoyens sans distinetion de culte étaient égaux devant la loi, et toute loi devait être confirmée dans les assemblées primaires. C'était le se/f-government le plus radical qu’aient connu les soctétés humaines, et il dure depuis plus de deux siècles sans troubles et sans révolution.

Les quakers, dans la Pennsylvanie et dans le New Jersey, donnèrent pour base à l'Etat des principes semblables. Le pouvoir réside dans le peuple: We put the power in the people, tel est la base de la constitution du New Jerry. En voici les dispositions principales: Nul homme, ni nulle réunion d'hommes, n’a pouvoir sur la conscience. Personne, en aucun temps, par aucun moyen, ni sous aucun prétexte, ne sera poursuivi, ni lésé, en quoi que ce soit, pour opinions religieuses. L'assemblée générale sera nommée au scrutin secret. Tout homme peut élire et être élu. Les électeurs donneront à leurs députés des instructions obligatoires. Si le député ne remplit pas bien son mandat, il peut être poursuivi. Dix commissaires, élus par l’assemblée, exercent le pouvoir exécutif, Les juges et les constables sont élus par le peuple pour deux ans. Les juges président le jury, mais le pouvoir judiciaire est exercé par les douze citoyens qui le ccmposent. Nul ne sera emprisonné pour dettes, L:s orphelins seront élevés aux frais de l'Etat. L'enseignement est un service public payé par le budget commun.

Mêmes principes à peu près en Pennsylvanie et dans le Connecticut.

Ces idées que l’homme se possède, qu’il est libre, qu’on ne peut réclamer de lui un service ou une contribution sans son consentement exprès, que le gouvernement, la justice, tous les pouvoirs émanent du peuple, cet ensemble de principes que les sociétés modernes s’efforcent d’appliquer, vient incontestablement de la tradition germauique, et même on le retrouve à l’origine chez la plupart des races, avant le développement du pouvoir royal, Mais si ces principes, étouffés au moyen âge par la féodalité, et à partir du xve siècle par la royauté centralisée et absolue, ont repris vie en Suisse, en Angleterre, en Hollande et aux Etats-U nis, c’est grâce au souffle démocratique de la Réforme, et ce n’est que dans les pays protestants qu’ils se sont maintenus et qu’ils ont assuré aux peuples l’ordre et la prospérité. Sila France n’avait pas persécuté, égorgé et exilé ceux de ses enfants qui s'étaient convertis au protestantisme, elle aurait pu développer ces germes de liberté et de se/f-government qui s’étaient conservés dans les Etats provinciaux. (C’est là une vérité parfaitement établie dans un travail de M. Gustave Garrison remontant déjà à plus'eurs années (1). Les études et les événements contemporains

(1) Revue des Deux-Mondes, voyez année 1848,

LE 255 ememaaresenencr vins per ne ner ner Dee en ee rare greg pen te

culte ns les ’aient iècles

èrent dans stitu- . Nul ience.

texte, 8 reli-

Tout rs dés bien r l’astables

jury, qui le ns 8eublic

ticut.

> peut senteavoirs

8 MmO-

dition rt des prin- 1 XVe uisse, ouffle stants e et la | ceux aurait taient aite- L déjà brains

ue ee

apportent chaque année de nouvelles preuves à l'appui. Dans les assemblées de la Rochelle et de Grenoble, aux états généraux d’Orléans, l'esprit de liberté et l'esprit parlementaire se montrent aussi puissants que dans le parlement anglais, et on y parle cette langue nette et ferme de Calvin, si bien faite pour traiter les grands intérêts de la religion et de la politique.

“ Nous saurons défendre contre le roi nos villes sans roi,’ disaient les huguenots, et {1 n’y a pas à en douter, s’ils avaient triouiphé, ils auraient fondé la monarchie constitutionnelle, comme en Angleterre, ou une république fédérale, comme dans les Pays-Bas. La noblesse française, si elle avait conservé l’esprit d'indépendance et d'opposition légale qu'elle avait emprunté au protestantisme, aurait imposé des limites au pouvoir royal et la France eût échappé à ce despotisme oriental de Louis XIV et deses successeurs, qui a brisé les caractères (1). François ler, en donnant le signal de la persécution des réformés (2), et Henri IV, en abjurant le protestantisme, ont trahi le véritable intérêt de la France, comme l’a fait la noblesse, Ce mat : Puris vaut bien une messe, où la plupart des historiens français voient une preuve de sens pratique, est d’un révoltant cynisme. 8e vendre, renier sa foi pour ur avantage matériel, est évidemment un acte que tout honnête homme doit flétrir. La France en porte la peine aujourd’hui, de même qu’elle souffre encore des conséquences funestes de la Saint-Barthélemy et de la révocation de l’édit de Nantes, ces deux grands attentats à la liberté de conscience. Ce qui manque le plus à la France, ce sont des hommes qui, sans rompre avec la tradition, acceptent cependant les idées nouvelles. Les républicains sont généralement hostiles ou indifféreuts à toute idée religieuse, et, comme à leurs ancêtres, les révolutionnaires du siècle dernier, il leur

(1) M. Quinet, dans son livre sur la Révolution, prononce sur la noblesse française à cette époque un jugement sévère mais juste : ‘ Elle avait venda sa foi religieuse, comment aurait-elle pu fonder la foi politique ? Dans la fronde elle montre l’esprit d’intrigue sans ambition. Rebelle à Mazarin, elle se prosterne dès que le prince pareît, se y alors son néant ; elle n’avait guidé les Français vers aucune

erté.

(2) François Ier, dit Napoléon à Sainte-Hélène, était véritablement placé pour adepter le protestantisme à sa naissance et s’en déclarer le chef en Europe. Ileût épargné à la France ses terribies convulsions religieuses. Malheureusement, François Ier ne comprit rien de tout cela, car il ne saurait donner ses scrupules pour excuse, posant s’allia aux Turcs et les amena au milieu de nous. Tout

nnement, c’est qu’il ne voyait pas plus loin. Bêtise du temps, inintelligence féodale ! François Ier, après tout, n’était qu’un héros de tournoi, qu’un beau de salon, un grand homme pygmé!? (Memor ia!, 17 août 1816.)

9 mp

Me ne

Re Re nr en = M

Verment ar ao

— Qù —

manque une base pour édifier uu édifice solide. Ceux qui défendent les idées religieuses veuleni faire revivre l’ancien régime et font obstac\e à toute réforme. La France &, en ce moment, l’occasion de fonder des institutions libres. Mais les partisans de la monarchie frayeroni le chemin au retour d’un Napoléon ou jetteront le pays dans l’anarchie ar leur aveugle obstination. Sous Louis-Philippe, en 1850, et encore en ce moment, les conservateurs perdent leur pays par leur attachement à des formes vieillies. La république est, en ce moment, le seul gouvernement possible en France, et les républicains l’empèê. cheront de prendre racine par”e que le catholicisme les a pénétrés du génie de l’intolérance (1) et du despotisme. La France échappera difficilement à une nouvelle restauration du pouvoir absolu. La religion romaine n’a poirt préparé les Français à vivre libres, à se tolérer et à se gouverner eux-mêmes.

Chez les peuples ratholiques, la tolérance est parfois dans les lois, elle n’est jamais duns les mœurs. Malheur à celui qui, voulant faire usage de la liberté de conscience, se décide à obéir aux inspirations de la sienne. Il est honni même par ses proches et par les indifférents, plus #:i core que par les croyants. Les incrédules trouvent plus commodes de rire du prêtre ou de l’attaquer, sauf à se courber devant lui dans toutes les circonstances importantes de la vie. Résignés au joug de l’orthodoxie, dont ils se moquent et qu’ils subissent, ils ne permettent pas que d’autres, le trouvant trop ‘ourd, aient le courage de s’y soustraire ouvertenwient. Par l’intimidation et le ridicule, l’uniformité s'impose et la liberté n’est qu’un mot.

Tous ies peuples modernes s'efforcent d'établir le régime représestatif e constitutionnel, Ce régime, né en Angleterre gr le terrain des anciennes institutions germaniques, fécondé par le protestantisme, ne semble pas pouvoir s'implanter d’une façon durable dans les pays catholiques ; c’est qu'en effet, le chef de l'Etat, roi ou président, ne peut être nn vrai souverain constitutionnel s’il 28t dévôt et

(1) L'intolérance des Français vient probablement de leur éducation catholique. Paris était avec [1 Ligue. Du temps de Voltaire, le peuple était encore plein de haine contre les protestants et les incrédules. ‘Nous supportons mal la contradiction dans les choses qui nous tiennent à cœur,” dit un éc:ivah, français très sensé. “ L'opinion la plus téméraire ou la plus inepte est pour nous un dograe hors duquel {1 n’y a point de salut. Chaque parti veat être une Eglise et n’aëmef pas le doute sur son infatllibilité, Les plus libéraux cherchent des faux-fuyants pour re pas donner aux dissidents la liberté qu’ils réclament pour eux-mêmes, De là cettu facilité avec laquelle s’établissent les dictatures et se perpétuent entre les mains de tous les partie, dans leurs alternatives de victoires et de défaites, les mêmes moyens de compression.” (EMILR BEAUSS\RK, Revue des Deux-Mondes, le mai, 1871.)

s’il se confesse en péniteut obélssant. Il est gouverné par son confesseur, qui obéit au Pape. Par le moyen du confessionnal, le Pape est donc le vrai souverain, à moins que ce ne soient les jésuites, lesquels dirigent le Pape. Les prérogatives que la constitution accorde au dépositaire du pouvoir exécutif sont alors exercées par un pouvoir étranger et au détriment du pays. Les exemiles abondent dans l’histoire. Trop dociles aux exigences de leur confesseur, Louis XIV révoque l’édit de Nantes, Jacques II d'Angleterre et Charles X de

rance perdent leur couronne et Louis XVI la monss >hie et la vie, Ferdinand et Léopold d’Autriche ruinent leurs Etats par la plus ef. froyante persécution, Auguste et figismond de Pologne préparent le partage de ce pays en y introduisant les jésuites et l’ictolérance. Avec un souverain pieux et bien confessé, le régime constitutionnel est une fiction ou une duperie, car il assujettjt la nation aux volontés d’un prêtre inconnu, organe des prétentions de son Eglise, on bien 11 mène à une révolution, si le pays se refuse à subir ce joug humiliant. En Autriche, l’empereur François-Joseph n’est resté souverain constitutionnel qu’en résistant à son confesseur, En terre protestante, le régime constitutionnel se développe naturellement ; il est sur son sol natal, tandis qu’en terre catholique, importation hérétique, il est miné par le prê‘re, à moins qu’il ne serve à assurer sa domination, et ainai, il est ou faussé par les cléricaux ou renversé par les révolutionnaires.

Autre cause d’infériorité pour les pearles catholiques : le sentiment religieux y est plus affaibli chez les classes intelligentes et dirigeantes que dans les pays protestants. Ce fait n’est, je crois, nié par personne. Les feuilles épiscopales le constatent chaque jour et réclament pour la religion le même respect dont elle jouit en Angieterre et én Amérique. Les adversaires de toute religion reprochent aux Américains et aux Anglais ce qu’ils nomment leur bigotisme étroit, l'observation rigoureuse du repos dominical, les prières et les jeûnes publics, enfin, leur piété rigide.

Deux caus°s expliquent pouruoi la religion conserve plus de vie at d'autorité parmi les classes éclairées chez les protestants.

Premièrement, le catholicisme, par ses dogmes multipliés, ses cérémonies parfois puériles, ses miracles et ses pélerinages (1), se place

(1) Agassiz, dans son Voyage au Bresil, écrit à propos de l’influence du catholicisme dans ce pays : ‘‘ Le prêtre est l’instituteur du peuple. Il doit cesser de croire que l’esprit peut.se contenter pour tout aliment de processions grotesques avec des saints coloriés, des cierges allumés et des bouquets à bon marché. Tant que le peuple ne réclamera pas un autre genre d’instruction religieuse, il ira se déprimant ou ne se relèvera pas.”?

DER Re

en dehors de l’atmosphère de la pensée moderne, tendis que le protestantisme, en reison de sa simplicité et de ses formes variées et perfectibles, peut s’y adapter. M. Renan dit t:ès bien : ‘‘ La formation de nouvelles sectes, que les catholiques reprochent aux protestants comme une marque de faiblesse, prouve, au contraire, que le sentiment religieux vit encore chez ces derriers, puisqu'il y est créateur. 11 n’y a rien de plus mort que ce au? ne bouge pes.”

L'apathie avec laquelle ont été acceptés récemment deux nouveaux dogmes qui, jadis, auraient soulevé la plus vive opposition et conduit au schisme, est le eymtôme d’un incroyable affaissement de la Yie intellectuelle au coin du catholicisme. Les excès de la superstition mènent ‘névitablement à l’incréGulité. Le défi jeté à la raison par l'Eglise conduit ceux qui refusent d’en abdiquer l’usage à rejeter toute espèce de culte, Un Httérateur français, M. Géruzet, a peint cette situation dans un trait qui en touche le fond : ‘ Un père de famille qui croit en Dieu sans croire à saint Cupertin, est bien empêché entre des filles dévotes ei des fils athées. Dieu nous délire de l’athéisme et du cupertinage (1). Evidemment, le cupertinage fait naître l’athéisme et tous deux ont conduit la France où nous la voyons, parce qu’il n’y a plus de place pour une religion raisonnable.

Le catholicisme engendre une si complète indifférence, en mat'ère religieuse, que 12 force même qu’il faudrait pour sortir franchement de }’Xglise fait défaut. On voit des protestants se faire catholique, parce que, conservant quelque foi, ils cherchent le vrai culte et croient que Rome le leur offre. Peu de catholiques se font protestants, parce qu’ils sont devenus hostiles où indifférents à toute espèce de religion. Cette indifférence sert encore l'Eglise, parce qu’elle empêche qu’on se soustraie complétement à son autorité, elle finit toujours par ressaieir les e’ fants de ses adversaires.

Le second motif qui mène les peuples catholinues à l’incrédulité et à la ‘* prétrophobie,’’ c’est que, l’Eglise se montrant hostile aux idées et aux libertés modernes, tous ceux qui sont attachés à celles-ci sont amenés souvent, walgré eux, à détester et à combattre l’Eglise. Le cri de haine de Voltaire: ÆZcrasons l’infame, devient logiquement et partout le mot d'ordre avoué ou inavoué du libéralisme. Sans relâche, le libéral attaque et doit attaquer les prêtres et les moines, parce que ceux-c{ veulent asservir la société au Pape et à ses délégués, les évêques. Il ne peut respecter le dogme au moyen duquel on veut lui ravir la liberté.

(1) En traçant la biographie de Géruzet, Prévost-Paradol cite encore de lui un mot irrévérencienx mais piquant : ‘ Les nations qui se régligent se couvrent de moines ; c’est la vermine Au corps social.” 11 y aurait peut-Ôtre en ce point quelques réserves à faire,

‘otesrfecyn de tants entiteur.

eaux iduit ie intion n par jeter peint le faché e de > fait 18 la able.

t'ère ment ique, oient ants, e de

emtou-

té et dées sont

Le nt et s renes, Léléquel

enise a1.??

= 0p un

Nous avons constaté le fait et les causes du fait ; voyone-en maintenant les conséquences.

La première est qu’on ne réussit pas à affranchir de la domination de Rome les pays que l’on insurge contre elle au nom d’une simple négation ou du doute raisonné, Zamais nation ne fit, pour réussir dans ce dessein, un plus violent effort que la France. Elle y employa tous les moyens avec une vigueur et un éclat incomparables . les raisonnements de la philosophie et le badinage des comptes, la satire de la comédie ef; l’éloquence de la tribune, la tcrche des incendiaires, la sape des démolisseurs et la hache du bourreau.

En ce moment, le cléricalisme gouverne à Versailles ; il livre l’euseignement aux jésuites et prépare le retour d’une royauté toute dévouée à l’£glise. L'influence de celle-ci grandit rapidement et, comme en Belgique, elle semble devenir irrésistible, Cela provient de ce que, en fait de religion, on ne tue que ce qu’on remplace. Si, en politique, on s’inclinait devant la leçon des faits, comme Gans les sciences naturelles, cette vérité serait admise à l’égal d’un axiome par tous les gens sans préjugés. La libre-pensée ne briseza pas la domination de l’Egiise ; elle l’affirmera plutôt par l’effroi qu’elle inspire, car elle ne répond pas aux besoins profonds du cœur humain.

La tentative de détruire le catholicisme suns le remplacer n’atteint donc pas son but, mais elle donne naissance à l'esprit révolutionnatre, Remarquez combten cet esprit est propre aux peuples catholiques partout, en Amérique comme en Europe, tandis que les observateurs sont frappés de ne point le rencontrer même dans les démocraties radicales des Etats-Unis. Les protestants respectent la loi et l’autorité. Les catholiques, ne pouvant ni fonder la liberté, ni s’en passer, rendent le despotisme nécessaire et ne se résignent pes à le subir. De là un ferment de rébellion toujours actif, Quand le mal atteint son dernier terme, le pays roule de l’anarchie dans le despotisme et du ädesprtisme dans l’anarchie, consumant ses forces dans la lutte de partie irréconciliables. C’est l’image que Lous offrent l'Espagne et d’autres Etats qui arrivent à une situation pareille. D'où vient le mal ? En Yoici, je crots, la cause.

La liberté régulière n’est point possible sans les mœurs. Or, les ministres du culte sont, en réalité, les seuls qui parlent au peuple de morale et de devoir. Déconsidérés dans l’esprit des masses, qui les remplacera dans cet indispencable office ? Certes, ce ne sont pas les libres-penseurs. Guizot l’a dit admirablement : le christianisme est une grande école de respect. Si, pour défendre la liberté, le voltairianisme libéral ébranle l'autorité du catholicisme, con..ne il est nécessairement amené à le faire, le respect même pour l’autorité légitime disparaît et fait place à un esprit d’opposition, de dénigrement,

re

de haine et d’insurrection. Ainsi naît le tempèrament révoluticauaire des peuples catholiques (1). Ils ne vivent tranquilles que complétement soumis à Rome, comme jadis l'Espagne, et aujourd’hui le Tyrol. Essayent-ils de s’émanciper, ils échappent difficilement à l’anarchie,

En fait de réformes sociales avec l’appui du clergé, tout est facile : sans lui ou malgré lui, tout est difficile et parfois impossible. Voyez pour l’enseignemezt primaire.

Décrétez l'instruction obligatoire avec le concours du pasteur, comme dans les pays protestants, vous arrivez au but. Si, au contraire, le prêtre est hostile ou indifférent, comme dans les pays catholiques, la loi n’est pas observée ; il n’y a qu’à voir la statistique scolaire de l’Italie. Laissez-vous entrer le prêtre à titre d’autorité, comme en Belgique, il prépare le triomphe de la théocratie. L’expulsez-vous, il fait tomber l’école, car il la fait déserter ! D'ailleurs, dans vos écoles norraales, donnerez-vous à vos instituteurs un esprit de résistance et d’hostilité au clergé pour qu'ils le communiquent à leurs élèves ? Vous déiruirez inévitablement le sentiment religieux et vuus formerez un peuple athée, La logique vous y pousse et ‘la libre-pensée ”’ vous y convie. Y êtes-vous préparé ? Dans les pays protestants, en Amérique, en Hollande, vous avez l’école laïque nonsectairs, mais toute pénétrée du sentiment chrétien. Dans un pays catholittue, l’école laïque ne pourra vivre que par une lutte violente contre je clergé qui voudra la tuer ; elle sera donc inévitablement anti-religieuse.

Pour les redoutables questions sociales qui mettent aux prises les travailleurs et les capitalisies, le christianisme apporte des solutions, car, par la fraternité et l’abnégation qu’il prèche, il conduit au règne de la justice. Entre des maitres et des ouvriers vraiment chrétiens nulle difficulté ne pourrait surgir, car l’équité présiderait à la répartition des proûuits. Nous ne sentons que trop l’effroyable lacune produite par l’affaiblissewent des sentiments religieux, résultat de la lutte obligée contre la seule forme de culte que nous connaissions,

Daxs les pays protestants, au contraire, les mi: ‘stres du culte sont bien vus rar toutes les classes de la société, et, par leur intervention,

les conflits perdent de leur âpreté, sons l'influence chrétienne dont ils sont. les organes respectés,

(1) Pour nous Français, écrivait récemment M. Deschanel dans le National, Mberté st révolution sont synonymes, parce que autorité et oppression {’ont été trop souvent.

TRS oi … commet 2 mm i | -Nguns

RE en atom

ss NT 2.

Dans son beau livre sur la Révolution française, Quinet démontre à l'évidence que si ce colossal effort d’'émancipation n'a point réussi, c’ess par suite des résistances religieuses, et 11 en conclut qu’on ne peut réformer profondément la constitution civile et politique d’un pays sans réformer aussi le culte. La raison en est que 14 société civile et politique tend à prendre les formes de la société religieuse.

‘Le prêtre a une telle prise sur les âmes qu'il leur impose son idéal, à moins que vous ne déraciniez le sentiment religieux par lequel il les gouverne. Or, dans une pareille tentative, les nations risquent de périr.

Le progrès régulier est très difficile dans les pays catholiques, parce que, l'Eglise visant à établir en tout sa domination, les forces vives de la nation sont presque exclusivement employées à repousser les prétentions du clergé. Voyez ce qui se passe en Belgique. Tout l'effort des partis est concentré sur cette unique question, et les autres intérêts, même celui de notre défense nationale et de notre existence indépendante, y sont subordonnés. La lutte est si ardente que deux fois déjà uous avons été à la veille d’une commotion violente, et ce n’est que grâce à la sagesse du souverain que deux fois sous avons échappé au danger. Les forces consacrées à lutter contre le parti clérical sont des forces perdues pour le progrès, car, même quand elles l’emportent, la victoire n’a d’autro résultat que de nous empêcher de tomber sous le joug des évêques.

Le célibat des prêtres, l’absolue souu:ission de toute la hiérarchie ecclésiastique à une volonté unique et à multiplication des orres monastiqtfès constituent pour les pays catholiques une menace sue ne connaissent pas les pays protestants.

J’admire qu’un homme renonce aux joies cie la famille pour se dévouer à ses semlables et à sa vérité. Saint Paul a reison : celui qui a une mission difficile à remplir ne doit pas se marier. Mais quand, obligatoirement, tous les prêtres sont célibataires, il en résulte, outre les périls pour les mœurs, un grand danger pour l'Etat, Ces prêtres torment une caste qui a un irtérêt spécial, différent de celui de la nation.

La vraie patrie du ciergé catholique, c’est Rome ; il le proclsme lui-même. Il sacrifier donc, s’il le faut, son pays au salut où à la domination du Pape, chef infsillible de son culte et le représentant de Dieu sur la terre, Catholique d’abord, ensuite, si le bien du cathciicisme le permet, Belge, Français ou Allemand, cela est juste au point de vue catholique et il ne peut en être autrement.

Quand le parti litéral était au pouvoir en Belgique et que Napoléon III, avant la guerre d’Itali., se posait en défenseur de l'Eglise, plus d’un prêtre flarand m'a dit : C’est du midi que nous viendra la

délivrance. Auinurd’hui, les ultramontains allemands ne cachent pas que, dans r’intérèt de l’Eglise, ils trahiraient l’Allemagne. Un député bavarois n’a-t-{l pas dit en plein parlement : C’est en vain que

vous levez de nouveaux régiments, s’1ls sont catholiques, ils passeront.

à l’ennemi !

Le moine connaît encore moins une patrie que le prêtre. Serviteur de la papauté, détaché des liens locaux, il ne vit que dans l'Eglise, qui est universelle, et il n’a d’autre visée que son règne, qui serait aussi le sien, Comment l’Etat conservera-t-il son indépendance en présence du clergé et du monarchisme qui veulent être les maîtres et qui tiennent les masses par les moyens d’action les plus puissants, les plus irrésistibles ? Dans les pays protestants, les pasteurs 8sont mariés et ils ont dec enfants ; ils ont ainsi les mêmes intérêts et le même genre de vie que les autres citoyens , ils sont divisés en un grand nombre de sectes ; {ls n’obéissent donc pas au même mot d'ordre. Ils ne sont donc pas soumis hiérarchiquement à la volo:té d’un chef étranger poursuivant ur rêve de domination universelle. Ils sont nationaux, parce que leur Eglise est une Eglise nationale. Ils sont indépendants de l’Etat comme en Amérique, ou soumis à l'Etat comme en Angleterre ; ils ne prétendent pas être les maîtres de l'Etat comme en France ou en Belgique.

La séparation de l'Eglise et de l’Etat est un principe que l’on s'efforce partout äe faire prévaloir. On peut y réussir dans les pays protestants, airsi qu’on le voit en Amérique, parce que :e clergé s’y soumet. Mais on le décrétera en vain dans les pays catholiques. L'Eglise, qui prétend que le temporel doit être soumis aù spirituel, co:nme le corps l’est à l’âme, n’acceptera ce régime de la séparation qu’en tant qu’elle en peut profiter pour arriver à son but. Cette séparation sera donc une leurre ou une duper!s. Vous ne pouvez, dans le même homme, séparer le fidèle du citoyen et, d’ordinaire, ce sont les sentiments du premier qui inspirent ]:,; actes du second. Les ministres du culte exercent, sur ceux qui les croient les interprètes de la divinité, 1e autorité bien plus grande que les magistrats représentant de l'Etat ; car le prêtre promet un bonheur éternel et menace des peines de l’enfer qui ne finissent point, tandis que le laïc ne dispose que des peines et des récompenses terrestres et temporaire. Par le confessional, le prêtre tient le souverain, les magistrats et les électeurs et, par les électeurs, les chambres. Tant qu’il dispose des sacrements, la séparation de l'Eglise et de l’£tat n’est donc qu’une dangereuse illusion.

Gouverner avec le clergé, c’est lui asservir la nation, et gouverner contre lui, c’est mettre toute autorité en péril. Gouverner à côté de lui, en l’ignorant, serait le plus sage ; mais c'est ce qu’il ne permet

Fi ES fée Sas a Rave

LÉ à

chent

Un in que seront

viteur glise, serait ce en res et ts, les nariés même grand e. Ils 1 chef nt nas eont l'Etat l'Etat

e l’on 5 pays gé s’y iques.

rituel, ration tte sé- , dans e sont es mites de résence des ispose Par le 8 élecee des u’ure

verner Ôté de ermet

SA SR Ein

Les

Page 1