‹ Le Protestantisme libéralChapitre 18 sur 21 · TT · texte numérisé non relu

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de cet effroyable divorce entre l'Église traditionnelle et l’école, entre notre éducation religieuse encore toute pénétrée des notions du passé et notre instruction, toute pénétrée des notions scientifiques modernes inconciliables avec celles du passé? Il nous faut une religion et nous ne pouvons renier la science.

Il existe une prétendue solution, à laquelleun grand nombre de nos contemporains recourent, sans enthousiasme assurément, par résignation ou par lassitude, faute de mieux et parce qu’après tout, c’est de beaucoup la plus commode. De même que dans les mauvais ménages, où le mari et la femme ne parviennent pas à s'entendre, mais ne veulent cependant pas divorcer à

‘cause des inconvénients du divorce, pour les intérêts dela maison ou pour l'éducation des enfants, les époux se résignent à vivre ensemble sous le même toit, côte à côte, mais aussi séparés que s'ils étaient aux deux extrémités de la terre, et sans qu'il n'y ait plus entre eux aucune communauté morale, de même beaucoup d'hommes de nos jours se résignent à faire deux parts dans leur vie spirituelle, celle de la religion et celle de la culture scientifique, sans se préoccu-

per en aucune façon de les mettre en harmonie. Ils établissent en quelque sorte deux cases dans

leur cerveau, séparées par une cloison étanche ; dans l’une, ils croient au surnaturel, dans lautre, ils le nient ; dans l’une, ils font profession de subordonner leur raison à l'autorité d'un directeur de conscience infaillible, pape ou Bible, dans l’autre, ils ont pour règle de ne jamaisrien admettre que leur raison condamne et de ne jamais rien faire que leur conscience réprouve: S'agit-il d’une question religieuse P c’est la première qui fonctionne ; s'agit-il de tout autre sujet ? c’est la seconde. Chez quelques-uns cette dualité de la vie spirituelle est l'effet d’une résolution prise froidement, après réflexion, par scepticisme et par besoin de vivre. Chez la plupart ce n’est que l’effet de la paresse instinctive de l'esprit.

Cette solution-là, le protestantisme libéral la repousse de toutes ses forces. Et non seulement il la repousse. Il la condamne comme immorale et impie. Mieux vaut mille fois un athée honnête et convaincu qu’un de ces croyants à double face, un de ces amphibies de la vie spiri tuelle, qui renie toujours d’un côté ce qu’il af firme de l’autre. Nous avons peine à comprendre, comment un homme sincère et loyal peut s’accommoder de ce qui n’est, après tout, suivant les circonstances, que de la lâcheté ou de la du-

ment des hommes de cette nature osent pros cher aux chrétiens libéraux, voire même aux révolutionnaires, leurs efforts au moins sincères, pour mettre un terme à une situation aussi fâcheuse et aussi répugnante. Il n'y a pas, à nos yeux, de pires blasphémateurs de la religion D. que ces sadducéens qui, d'âge en âge, clouent au pilori quiconque recherche avant tout la sin- cérité morale.

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Le protestantisme libéral pense qu'il y a une autre solution du conflit qui fait si cruellement ‘à Roy la société moderne. Il considère comme sa mission de dénoncer sans cesse la funeste à confusion de la religion avec un ensemble de

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quis par la science religieuse, par l'étude sérieuse M, et respectueuse, mais entièrement libre, des ori- gines et de l’évolution du christianisme, par ti l'histoire des religions de l'humanité ; — de TR faire appel à l'expérience humaine, religieuse et

om orale, pour leur apprendre que la religion est indépendante des formes qu’elle a revêtues dans

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le passé, qu’elle ne s’épuise pas dans les dogmes, qui n’en sont que des expressions temporaires, adaptées à la civilisation du passé, ni danses rites qui n’en sont que des applications éphémères, toujours révisibles et perfectibles ; =="e faire ressortir la nécessité de la religion danslda vie individuelle et sociale, de montrer quecette religion ne peut être efficace qu’à la condition d’être sincère et d’inspirer la vie moraleentière.

La mission du protestantisme libéralmo-

‘derne est de s'adresser aux hommes de toute

condition, de toute race, de toute confession, aussi bien aux catholiques de naissance qu'aux protestants ou aux israélites, à tous ceux que le divorce entre leur religion traditionnelle“et leurs convictions intellectuelles modernes tourmente, pour leur proposer une religion, admissible pour la raison, éprouvée par l'expérience, répondant aux besoins de la conscience et “du cœur dans une société de haute culture, — une religion capable de leur donner les énergies morales et affectives qui sont les agents nécessaires de la vie spirituelle ; — une religion qui conserve ce qu'il y a de meilleur, de pluseffi= cace, de plus bienfaisant dans l'expérience séculaire de l’humanité, sans exiger aucune mutilation de l'intelligence et sans condamner

ses adeptes à la duplicité morale ; — une reli- BTE gion qui Soit fois-ille-de-le traditions puis- D 0 À +1 | cote s’attache-avant-tout à l’Évangile-du pe: LUS ; Ehrise-et inspiratrice d'un progrès continu, OR

| parce qe cet Évangile n'est-pas-pour-ellesune 4 L N révélation elose une fois pour toutes; «mais une | A, puissance de vie, le principe d’une évolution |

organique, destiné à s'épanouir toujours plus ‘#0 N. largement, à se ramifier, à s'étendre et à s’adap- de ren , Si , 1 s

besoins nouveaux de la civilisation; — une religion qui soit une autorité intérieure, le levain de la régénération individuelle, et qui soit, par cela même, un ferment toujours actif de régénération sociale, puisqu'elle vise à l’éta- — blissement du règne de Dieu sur la terre, par le 5 pere de la justice sur l'iniquité, de la . bonté sur l'égoïsme, de la liberté RME sur HA 4 vs les servitudes du péché individuel ou social ; 1:14 :# une religion, enfin, d’une forte et saine piété qui apporte à l’homme la sérénité, la paix de l’âme, Jarésignation et la consolation dans les inévi- 2 tables douleurs de la vie terrestre, l'espérance | de la vie éternelle, couronnement-nécessaire-de | nié existence d’ici-bass.

| . . | ter sans cesse aux conditions nouvelles et aux | (RNA: 1!

# PASS 08 la disposition, de ces études n'ait pas

“il is Ps consacrer un paragraphe spécial” à ce sujet,

Cette religion, le protestantisme libéral Ja résume avec le Christ dans le double commandement : « Tu aimeras Dieu de toute ton àme et ton prochain comme toi-même. » Et aveële Christ il professe que ces deux commandements n'en font qu'un : aimer Dieu en l'homme et l'homme en Dieu. L'amour de Dieu, en effet, se manifeste non-seulement par la soumission, surtout passive, à l’ordre divin qui est la loi de l'univers, mais non moins par la soumission active à l’ordre divin qui est la loi morale, c'est-à-dire par l'accomplissement joyeux let

il importe de prévenir tout malentendu, en déélarant ici que la foi aux destinées éternelles de l’homme est.un élément capital du protestantisme libéral: Mais autant il garde fermement l’espérance chrétienne et généralement humaine en la vie après la mort, autant ilest convaincu que, sans la vie future, l'existence d’ici-bas n’est plus qu’une sinistre comédie, dépourvue de raison d’être et de sanction, autant la vie éternelle lui apparaît comme le couronnement nécessaire de l’existenceterrestre, puisque celle-ci n'aurait plus de caractère moral si tout est fini pour nous à la mort, — autant aussi le protestantisme libéral estime qu’il faut être réservé sur ce chapitre, ne pas prétendre disserter sur ce qui, pan sa nature même, échappe à toute connaissance positive de notre part, et se borner à énoncer le principe, cofforme à la loi de la nature, que rien ne se perd niné s’anéantit, sans se risquer à en déterminer les modes d'application. ;

complet de toutes nos obligations envers le prochain, dans la famille, dans la patrie, dans 2 toutes nos relations sociales, dans l'humanité. : Malheureusement les hommes ont été con- # . stamment disposés à les séparer, jusqu'à oublier ñ … l'un au profit de l’autre. Combien de chré- tiens, et des plus désintéressés, ont à tel point > concentré toute leur vie religieuse, toute leur piété, sur ladoration de Dieu, le service de Dieu, la communion avec Dieu, qu'ils ont perdu de vue le prochain, de sorte que leur piété même les a éloignés de l'humanité ! Combien de nos contemporains, au contraire, sont - à tel point dominés par l'amour du prochain et . par le sentiment de la solidarité humaine, … qu'ils ne savent plus adorer Dieu ni reconnaître | que l'amour de Dieu est le seul principe vraiment légitime de l'amour de l'humanité !

Cette religion de l'humanité, qui est aujour- d’hui le refuge de beaucoup de nobles esprits. F: dans le désarroi religieux de notre époque, est - plus chrétienne que beaucoup de ses adhérents ne le pensent. N'est-elle pas purement et sim- plement la mise en pratique du commandex ment : Tu aimeras ton prochain comme toimi me ? Mais elle n’est qu'un christianisme | incomplet et qui ne se suffit pas à lui-même,

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