ÎL EST L’EXPRESSION MODERNE DU PRINCIPE DE LA RÉFORME
Le protestantisme libéral n’est pas un système religieux fermé, rigoureusement défini dans une confession de foi ou dans un catéchisme officiel. Il est essentiellement individualiste. C’est une conception générale de la religion, notamment de la religion chrétienne, sous le couvert de laquelle peuvent exister un grand nombre de doctrines particulières différentes. De là vient justement la difficulté de décrire le protestantisme libéral, c'est-à-dire de faire ressortir ce qui constitue son unité, parfois cachée aux regards de l'observateur superficiel sous ses nombreuses variétés.
Le temps n’est pas loin encore où une pareille déclaration eût suffi à le disqualifier d'emblée. Le critère de la valeur d’une religion passait pour être le caractère immuable de ses institu-
tions et de ses doctrines. Montrer les variations du protestantisme, c'était pour de grands esprits l'équivalent de sa condamnation irrémissible: L'histoire mieux connue et l'étude scientifique des religions modernes ont complètement“dissipé cette illusion. Personne, du moins parmi les hommes instruits, n’écrirait plus aujourdhui l'Histoire des Variations, de Bossuet. D'une part, en effet, l’histoire moderne a montréd'une façon éclatante que les religions les plus vivantes et les plus fécondes sont justement celles“qui offrent le plus de variétés individuelles dans l'unité de leurs principes essentiels; d'autre part, l’histoire du passé nous a appris quetoutes les religions ont leurs variations, d'autantplus marquées qu'elles sont plus actives. Celles mêmes qui se sont le plus étroitement rivées à la lettre d’un texte sacré ou aux décrets d'une autorité dogmatique, trouvent encore moyen d'échapper par les variétés de l’interprétationer des commentaires, au froid glacial de l’unifor= mité immuable{. Partout où il y a vie, ilya
1 Quiconque étudie de près l'Eglise catholique con: temporaine. sait combien se cachent de rivalirtés-entre les hommes et de luttes entre des principes contraires; sous l’apparence majestueuse de son unité extérieure. Le dernier dogme de l'Eglise romaine n’a pas um demi= siècle d'existence légale. A combien d'interprétations,
mouvement, changement, évolution organique.
Seules les religions mortes sont définitivement figées dans des formes invariables.
Le protestantisme libéral ne cherche donc pas à dissimuler ses variétés. Il serait plutôt disposé à y voir une preuve de sa vitalité. Mais il prétend être plus qu’un assemblage de convictions ou de pratiques religieuses purement individuelles. Il a un certain nombre de principes essentiels, communs à tous ses adhérents et auxquels se rattachent leurs variétés individuelles. Ce sont ces principes qui constituent son unité morale et qui le caractérisent au milieu des autres manifestations religieuses contemporaines.
Le premier de ces principes, que l'on peut à bon droit considérer comme fondamental, c'est que la religion ne consiste pas dans l'adhésion à un ensemble de doctrines métaphysiques ou dogmes, mais en une disposition religieuse de l’âme qui se manifeste par une vie morale correspondante. De là vient précisément sa très
différentes n’a-t-il pas donné naissance, ce dogme qui, plus qu'aucun autre, semblait devoir sceller l’unité absolue de l'Eglise !
grande tolérance intellectuelle et la facilité avec laquelle il admet dans son sein des opinions individuelles variées. Le protestantisme libéral, c’est tout d’abord le protestantisme anti-autoritaire, opposé à toute servitude intellectuelle et à tout credo obligatoire. Du moment, en effet, que ce qui régénère l'homme et le sauve en l’arrachant à la mort spirituelle ou au mal, ce n’est pas l'adhésion à certaines doctrines théologiques telles que la Trinité ou la Prédestination, nila pratique de certains rites ou sacrements tels que la Messe ou la Confession, il est clair qu’il ny a plus aucune raison d’imposer ces doctrines ou d’autres semblables ni de rendre obligatoire la participation à de tels sacrements. Ce qu'il faut, c’est de développer en soi-même et de répandre autour de soi les principes de vie religieuse”et morale qui éclairent, relèvent et fortifient l'esprit et la volonté. Or l'adhésion morale, l’assen= timent à la foi religieuse ne peuvent pas s’obtenir par contrainte ; il y faut la libre persuasion, l'instruction, la propagande spirituelle, la sainte contagion de la vérité et du bien.
Le protestantisme libéral est ainsi, comme son nom l'indique, une religion de liberté spiris tuelle. Il est né, il a grandi avec le libéralisme et la tolérance, fleurs exquises de la hauteculture,
en qui s’épanouit la dignité de l’âme humaine et qui, partout où elles peuvent prendre racine, sont les messagères du progrès spirituel. Toutefois si le libéralisme proscrit toute contrainte sur le domaine de l'esprit, cela ne signifie pas qu'un libéral soit un indifférent pour lequel toutes les doctrines sont également bonnes. Il a ses préférences ; il adhère aux unes; il repousse les autres. Il croit à l’action salutaire de ce qu’il reconnaît comme la vérité, aux conséquences funestes de l'erreur. Et s’il ne s’adjuge pas le droit d'imposer la vérité, ou de persécuter l'erreur, il a pour devoir de propager l’une et de combattre l’autre par les moyens légitimes.
Le protestantisme libéral n'est pas simplement le libéralisme protestant. Un croyant orthodoxe mitigé! peut pratiquer le libéralisme. Il ne sera pas, pour cela, un protestant libéral. L'usage a donné à cette dénomination un sens plus défini. Ce que nous appelons dans nos pays
1 Un croyant strictement orthodoxe ne peut pas être libéral sans inconséquence. L’orthodoxie, en effet, dans chaque église, prétend être la vérité divine seule capable de procurer le salut. Il n’est pas possible de professer une pareille doctrine et d'admettre en même temps la légitimité de doctrines différentes au sein de la société religieuse. Le terme d’ « orthodoxe mitigé » est contradictoire; on ne peut pas, de sa propre autorité, faire un
de langue française le protestantisme libéral, ce que l’on appelle ailleurs le protestantisme large ou moderne ou encore progressisie, ce n’est pas seulement le libéralisme en matière de dogmes ou de doctrines, c’est encore un en:
semble de convictions différentes des doctrines traditionnelles des églises protestantes, mais'qui n’en sont pas moins considérées par leurs adhérents comme l'expression plus fidèle et mieux adaptée aux temps actuels, de l'esprit origimel de la Réforme et de l'Évangile. Ce qui caractérise les protestants libéraux, c'est d’être à la fois indépendants de l’autorité de la tradition dans leurs églises respectives et de prétendre néanmoins demeurer fidèles aux principes fondamentaux de la Réformation et de la religion chrétienne telle que Jésus-Christ l’a enseignée, non pas en reproduisant ces principes d'une façon servile et sous les formes historiques où ils se sont tout d’abord manifestés, mais en les développant, en les continuant dans les condi= tions de l’évolution actuelle de la société et de
triage dans l’ensemble des vérités divines, sans substituer son autorité individuelle à celle de la vérité divine, Je désigne ainsi ceux qui naïvement se croient onthodoxes, sans admettre le dogme dans son ensemble et qui subissent, malgré eux, l'influence du libéralisme.
la civilisation. Voilà ce qui doit justement faire l'objet de nos explications, et voilà ce qui ne se peut bien comprendre qu’à la lumière de l’histoire. La genèse historique du protestantisme libéral nous fera saisir sa légitimité et nous fera reconnaître en lui, la forme naturelle et logique de l’évolution du christianisme dans la société moderne.
Le protestantisme libéral moderne est sorti du protestantisme traditionnel, en vertu des mêmes causes qui, au xvit siècle, ont fait surgir de l’Église catholique la Réforme. Il n'est pas, comme des juges mal instruits se plaisent parfois à le dire, le fruit du caprice, de l’imagination individuelle ou des négations de quelques théologiens avides de changement.
La Réforme du xvre siècle est fille de la Renaïissance. Lorsque celle-ci eut fait connaître les textes originaux des plus anciens écrits chrétiens et, surtout, lorsqu'elle eut inauguré des méthodes nouvelles et meilleures pour les lire et pour les comprendre, le contraste entre les enseignements et les institutions de l'Église catholique, d’une part, et les enseignements ou
les récits de la Bible d'autre part, provoqua une sainte indignation chez ceux qui étaient à Ja fois lettrés et pieux. C’est au nom de la Bible, au nom de la vérité chrétienne originelle enfin retrouvée dans des documents dignes de foi, qu’ils reprirent l'œuvre de réforme, vainement sollicitée depuis deux siècles par les meïlleurs et les plus pieux des théologiens et des hommes d'Église. A l'autorité de l'Église, dépositaire de la tradition séculaire, ils opposèrent l'autorité de la Bible, qui fut dès lors le fondement du protestantisme.
Quand on se reporte ainsi aux origines de la Réforme, on constate que la Bible fut tout d’abord et par excellence pour les réformateurs une autorité historique. L'Église du xvi siècle, représentée par ses évêques, ses papes et ses conciles, prétendait avoir conservé fidèlement la vérité chrétienne et les moyens de salut accordés à l'humanité pécheresse par Dieu en Jésus-Christ. Les réformateurs répondent : « Les plus anciens et les plus authentiques documents dans lesquels s'est conservé l’enseignement du Christ et des apôtres, attestent que cette prétention est fausse. La vérité chrétienne et Iles moyens de salut y sont tout autres que dans l'Église catholique. Le bon sens élémentaire
exige que nous accordions foi, plutôt aux témoignages directs et immédiats émanant du Christ et de ses apôtres qu’à ceux de l'Église, séparée de son fondateur par quinze siècles. La tradition qu’elle représente n'est plus qu’une formidable altération du véritable Christianisme. »
Qu'y avait-il de nouveau et de décisif dans cette thèse ? Ce n'était pas de considérer la Bible comme le dépôt de la révélation divine, le livre sacré en qui se trouve la vérité chrétienne.
L'Église catholique n’y contredisait pas. Ce qui est le propre des réformateurs et ce qui les amène à se révolter contre l'Église, c’est en fin de compte uniquement ceci : le témoignage de la Bible a plus de valeur que celui de la tradition représentée par l'Église, pour nous faire connaître le salut tel que Jésus-Christ l’a apporté aux hommes; en d’autres termes, la Bible a une autorité historique supérieure à celle de la tradition.
Par la force des choses les protestants furent amenés bientôt à pousser à l’extrème ce principe de l’autorité scripturaire. Les premiers réformateurs avaient usé d’une certaine liberté de jugement à l'égard de la Bible ; ils distinguaient en
elle des éléments humains, provenant des auteurs qui en ont rédigé les diverses parties, et le fond divin de la révélation elle-même. Luther disait : « La parole doit être crue pour ellemême, non pas à cause de celui qui la prêche, alors même qu'elle serait prêchée par tous les anges », et il ne se gênait pas pour traiter l'Épiître de Jacques d’« épitre de paille ». Poussés par les controversistes catholiques, les disciples des réformateurs en arrivèrent à supprimer cette distinction. La Bible toute entière devint pour eux « Parole de Dieu », un texte divinement inspiré d’un bout à l’autre, par conséquent infaillible. Elle ne fut plus seulement le témoignage direct de la révélation. Elle fut dès lors le texte même de la révélation dictée par Dieu, définitive, complète, close à jamais, une autorité infaillible que l'on oppose à l'autorité infaillible de l'Église.
Mais il y a dans les institutions et les idées une logique interne plus forte que la simple logique formelle des hommes de parti. Plus on s'évertuait à exalter l'autorité de la Bible à l’encontre des controversistes catholiques, plus on rendait sensible l'existence d'autres principes essentiels de la Réforme, dont les fondateurs du protestantisme s'étaient inspirés sans avoir en-
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core clairement conscience de leur véritable nature ni de leur immense portée : le principe du bre examen et celui de la souveraineté religieuse de la conscience individuelle. En s'appuyant sur la Bible pour se révolter contre les évêques et les papes, ils avaient l’intime assurance d’opposer l'autorité de Dieu à celle des hommes. Mais de quel droit avaient-ils pris cette audacieuse résolution ? Au nom de qui ou de quoi avaient-ils proclamé l'obligation pour les chrétiens de rompre avec les représentants attitrés de l'Église chrétienne ? Nous venons de le constater : en vertu d’une évidence rationnelle, parce que leur raison mieux instruite ne pouvait pas ne pas reconnaître que le témoignage direct des écrits sacrés était, évidemment, plus digne de foi que celui des papes ou des évêques du xvi° siècle, pour leur faire connaitre l’œuvre et l’enseignement authentiques de Jésus-Christ. Quel est Le dernier mot, l’argument suprême de Luther, lorsqu’à la Diète de Worms, il refuse de se rétracter alors que l’empereur, le légat du pape, les princes de l'Église prétendent l'y contraindre ? « Si l’on ne me convainct par le témoignage de l’Écriture ou par des raisons décisives, je ne peux ni ne veux me rétracter en rien ; car 1l est dangereux d'agir contre sa
propre conscience ». Quelle est pour les premiers calvinistes français la sanction décisive de l’autorité des Saintes Écritures ? C’est « le témoignage et l'intérieure persuasion du Saïnt- Esprit », c’est-à-dire l'adhésion intime et profonde de l’âme individuelle à la vérité dont l'évidence s'impose.
Sans doute les réformateurs sont unanimes à humilier la raison humaine et à proclamer l'impuissance de la conscience abandonnée à ses propres ressources. [ls ont le sentiment très net que la puissance de vérité et de vie qui les pousse, ne leur vient pas d'eux-mêmes; ils y sentent la grâce de Dieu et l'esprit du Christ agissant en eux par l'organe de l’Écriture sainte retrouvée. Mais ce n’en est pas moins leur raison, leur conscience, qui parlent, car ils n’ont d’autre garantie à offrir du caractère divin dela vérité qu'ils préconisent, que l'évidence avec laquelle elle s'impose à leur esprit et la sainteté par laquelle elle subjugue leur conscience. En dépit de toutes leurs déclarations contraires, ils ne peuvent autrement que de faire appel à la raison et à la conscience de leurs contemporains, au libre examen.
Cette inéluctable nécessité apparaît encore mieux quand les disciples des réformateurs
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sont aux prises avec les controversistes catholiques. L'Écriture sainte est leur seule autorité; elle est désormais le texte unique et infaillible de la révélation divine. Mais cette Écriture sainte, il faut l’interpréter. L’Ancien Testament est écrit en hébreu, le Nouveau Testament en grec. Pour que les chrétiens du xvi° siècle puissent savoir ce qu’elle renferme, il faut la leur traduire et la leur expliquer. Qu’à cela ne tienne! Les traductions et les commentaires abondent bientôt. Mais voici, traductions et commentaires ne sont pas d'accord. Tout le monde sait que si, dans une classe de vingt élèves, le maître dicte le texte d’une version allemande ou anglaise, il n'y aura pas deux traductions sur les vingt qui seront exactement semblables. A combien plus forte raison lorsqu'il s’agit d’un texte aussi étendu, aussi complexe et en maint endroit aussi incertain que celui de la Bible! La Bible est infaillible. Soit. Encore faut-il savoir ce qu’elle enseigne, pour savoir ce que le chrétien doit faire ou croire. Qui décidera entre les diverses traductions et interprétations ? L'Église catholique reprenait ici tout son avantage au point de vue de la foi d'autorité. L’interprétation de l’Écriture, disait-elle, doit être garantie par l'Église ; elle seule est compétente,
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parce qu’elle est dépositaire de la tradition qui, seule, permetdecomprendreletexte sacré etdele compléter. Les protestants, assurément, avaient beau jeu de montrer l’absurdité de cette prétention et combien les interprétations de l'Église étaient inadmissibles. Mais comment établirla supériorité des leurs et, surtout, comment se prononcer entre les nombreuses variétés qu’elles présentaient? Il est clair qu'ici encore ils étaient obligés d’en appeler à la raison pour trancher leurs différends. La seule manière d'établir la valeur d’une traduction ou d'un commentaire, c'est de la démontrer par des arguments philologiques, grammaticaux ou historiques. Les protestants ne s’en firent pas défaut. En dernier ressort, le fondement de la vérité chrétienne devenait ainsi la science du tradueteur, seule garantie que l’on eût, de posséder Île sens véritable de la révélation divine.
Le rôle prépondérant de la raison et du libre examen dans le protestantisme, s'affirme encore mieux dans les efforts que firent les protestants pour résumer leurs croyances en des professions ou des confessions de foi. En présence des:
nombreuses variétés théologiques ou ecclésiastiques issues de la Réformation, les pouvoirs: politiques voulurent savoir exactement quelles
étaient les doctrines des principaux groupes avec lesquels ils négociaient; les églises déjà constituées voulurent se rendre compte des conditions sous lesquelles elles pouvaient faire alliance. Ici, il s'agissait d'extraire de la révélation divine l'essentiel, non plus simplement de la traduire. Comme il y a dans la Bible des livres de provenance très différente, comme c’est, non pas un livre composé par un seul et même auteur, mais un recueil d'ouvrages originairement indépendants, émanant d’auteurs divers, elle renferme un grand nombre de doctrines et d'idées qui ne s'accordent pas. Il y avait donc ici ample matière à des divergences, entre ceux qui prétendaient condenser ses enseignements en un certain nombre d'articles fondamentaux.
Ajoutez à cela que les premiers réformateurs, si hardis dans leur révolte contre les institutions et les rites de l'Église romaine, avaient été extrêmement conservateurs à l'égard du dogme. Très soucieux de montrer que leur opposition contre les autorités ecclésiastiques devenues infidèles, n'était pas l'œuvre de l’hérésie, ils s'étaient attachés au dogme orthodoxe avec beaucoup plus d’ardeur que l'Église catholique de leur temps. Encore subjugués ici par l’auto-
rité de la tradition qu'ils secouaient si vigoureusement ailleurs, insuffisamment instruits encore de l’histoire des dogmes, ni eux, ni leurs successeurs ne mirent en doute que les principaux dogmes proclamés jadis par les conciles œcuméniques ne fussent l'expression fidèle de la foi chrétienne et que, par conséquent, ils ne fussent d'accord avec les enseignements de la Bible.
Quand les disciples des réformateurs résumèrent leurs croyances dans des confessions defoi, ils y mirent donc les principaux dogmes de la tradition æœcuménique à côté des doctrines spécifiques de la Réforme, le tout sous le couvert de l’autorité de la Bible. Les plus éclairés ne tardèrent pas à s’apercevoir qu’une bonne partie de ces dogmes étaient, ou bien étrangers, ou bien contraires aux enseignements bibliques. Hs cherchèrent à les corriger par fidélité envers la Bible. Les confessions de foi dogmatiques et bibliques se multiplièrent de la sorte au sein du protestantisme et y devinrent le sujet d’intermi= nables controverses destinées à établir leurs autorités respectives. À quoi avait-on recours dans ces controverses ? Encore et toujours à l’exégèse, à la dialectique, au raisonnement, àla raison. L'autorité de la confession de foi dépendait en dernière analyse de la raison. Et ceux-là
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mêmes qui, en théorie, la bafouaient le plus, n'étaient pas ceux qui en usaient le moins dans la pratique.
Le temps vint enfin où, grâce à l'essor de l'esprit philosophique depuis Descartes, les plus éclairés parmi les protestants comprirent que cette raison humaine, dont on démontrait sans cesse l'impuissance à l’aide d'arguments qu'elle seule pouvait fournir, et à laquelle on recourait néanmoins toujours pour se justifier, était, elle aussi, un don de Dieu, la faculté providentielle destinée à éclairer les hommes et à leur permettre de discerner la vérité de l'erreur. Un premier protestantisme libéral naquit sous forme du rationalisme et le principe du libre examen, inhérent au protestantisme, prit enfin conscience de lui-même.
Cependant l’idée de l’infaillibilité de la Bible était encore trop fortement enracinée dans les esprits, pour disparaître aussitôt. L'évolution des croyances religieuses est toujours et partout lente, parce qu'elles concernent les intérêts les plus sacrés des hommes. Au début les protestants rationalistes s’évertuèrent à montrer que les enseignements de la Bible étaient toujours d'accord avec les exigences de la raison. Les
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