‹ Le Protévangile de Jacques et ses remaniements latins;Chapitre 107 sur 112 · E VII, 2- VIII,4 NATIVITÉ DE MARIE SA · texte numérisé non relu

E VII, 2- VIII,4 NATIVITÉ DE MARIE SA

pourrait savoir ce qu'il y avait à faire dans unc cause si incertaine. 3. Ainsi fut fait et le commun avis fut qu'il fallait sur ce point consulter le Seigneur. Et tandis que tous s'adonnaient à la prière, le grand-prêtre s'avanca pour consulter Dieu suivant la coutume. Point de retard ; une voix, que tous entendirent, sortit de l'oracle, de l'endroit du propitiatoire. C'était d’après la prophétie d’Isaïe qu'il fallait rechercher à qui cette vierge devait être confiée et fiancée. On sait en effet qu’Isaïe dit : « Une tige sortira de la racine de Jessé, et une fleur montera de sa racine, et l'esprit du Seigneur reposera sur elle, esprit de sagesse et d'intelligence, esprit de conseil et de force, esprit de science et de piété,et l'esprit de la crainte du Seigneur la remplira. » 4. Selon cette prophétie, (le grand-prétre) ordonna donc que tous (les hommes)de la maison et dela famillede David, aptes au mariage et non mariés, apportassent .chacun leur baguette à l'autel. Et celui dont la baguette produirait des fleurs, tandis qu'à son extrémité l'Esprit du Seingeur se reposerait en forme de colombe, c'était à lui que la vierge devait étre confiée et fiancée.

VIII. 1. Or il v avait entre autres un homme (appelé) Joseph de la maison et de la famille de David, et il était déjà avancé en âge. Et tandis que tous venaient en ordre apporter leurs baguettes, lui-même omit d'apporter la sienne. Et comme rien n'était apparu qui correspondit à

17-22. Les légendes antérieures ne parlaient pas du propitiatoire et avec raison; l'arche d'alliance n'existait plus dans le second temple.

Trop soucieux de montrer son érudition seripturaire, notre auteur a e

oublié cette particularité, — /saiam dicere — ls., xr, 1. 4. Nuptui habiles non conjugatos, il n'est pas fait mention des veufs, ils sont plutôt exclus si l'on traduit non conjugatos : n'ayant pas été mariés, — Florem germinasset, comme dans l'épreuve racontée, Num., VIE, Ὁ:

VIII. 4. Joseph devait demeurer à Bethléem qui semble être sa ville

natale Cf, Luc., ri, 3-4, Si l'on parle de son grand âge, il n'est fait

lum ilium ex his qui designati erant virgam suam non attulisse, cui virginem desponsare deberet. Proditus itaque est Joseph. Cum enim virgam suam attulisset etin caeumine ejus columba de calo veniens consedisset, liquido omnibus patuit ei virginem desponsandam fore. 2. Igitur sponsaliorum jure de more celebrato, ipse quidem in Bethleem recedit civitatem, domum suam dispositurus et nuptiis necessaria procuraturus. Virgo autem Domini Maria cum aliis septem virginibus coævis et collactaneis, quas a sacerdote acceperat, ad domum parentum suorum in Galilaeam reversa est.

IX. 1. His vero diebus, primo scilicet adventus sui in. Galileam tempore, missus est ad eam angelus Gabriel a Deo, qui ei conceptum Dominicum narraret et conceptionis vel modum vel ordinem exponeret. Denique ingressus ad eam cubieulum quidem ubi manebat ingenti lumine perfudit, ipsam vero gratantissime salutans dixit : « Ave. Maria, virgo Domini gratissima, virgo gratia plena, Dominus tecum, benedicta tu prz omnibus mulieribus, bene-

aucune allusion à un premier mariage, et nulle partil n'est parlé de ses fils. — Juxta ordinem pourrait se traduire :« selon l'ordre donné », ordo semble avoir ce sens dans la basse latinité. — Suam subtraxit, dans les récits précédents, Joseph n'avait rien fait pour empêcher le succès de l'épreuve, c'est aprés la désignation divine qu'il essaie de résister; c'est l'inverse ici. La scène d'ailleurs est racontée d'une manière trés sobre, — Et in cacumine ejus, on oublie de dire quela verge aurait dà fleurir; mais cela est sous-entendu. Le rameau fleuri que l’iconographie mettra plus tard entre les mains de Joseph, ne signifie donc pas primitivement sa virginité; il rappelle la manière dont il a été désigné pour être l'époux de Marie.

2. Sponsaliorum jure, l'auteur admet entre Joseph et Marie l'existence d'un véritable mariage, précédé de fiancailles. Toute l'ambiguité des documents précédents a disparu. — Cum aliis septem virginibus, l'auteur s'écarte fortement des données de ses prédécesseurs; ceux-ci

l'oracle divin, le grand-prétre pensa qu'il fallait de nouveau consulter le Seigneur. Celui-ci répondit que seul de tous ceux qui avaient été désignés, celui-là n'avait point apporté sa baguette à qui (précisément) il fallait fiancer la vierge. Joseph fut ainsi découvert, Quand il eut en effet apporté sa baguette, et qu'à son sommet une colombe venant du ciel se fut reposée, 1l parut clairement à tous que c'était à lui que la vierge devait étre fiancée. 2. Les fiançailles ayant donc été célébrées suivant la coutume, 1l se retira à Bethléem, sa patrie, pour disposer sa maison et préparer tout ce qui était nécessaire pour les noces. Quant à Marie, la vierge du Seigneur, avec sept autres vierges de son áge et élevées avec elle, que le grand-prétre lui avait données, elle retourna en Galilée dans la maison de ses parents.

IX. 1. Or en ces jours-là, c'est-à-dire dés les premiers temps de son arrivée en Galilée, l'ange Gabriel fut envoyé vers elle par Dieu, pour lui annoncer qu'elle concevrait le Seigneur, et lui exposer la manière et l'ordre suivant lequel les choses se passeraient. Bref, étant entré chez elle, il inonda d'une grande lumière la chambre où elle se trou-

vait, et, la saluant elle-même fort gracieusement, il lui dit : « Salut, ó Marie, vierge trés agréable au Seigneur, vierge pleine de grâce, le Seigneur est avec toi, tu es bénie pardessus toutes les femmes, tu es bénie par-dessus tous les

font aller aussitót Marie dans la maison de Joseph ; ici Joseph se rend seul dans sa demeure, tandis que Marie retourne à Nazareth. Cela tient à la distinction des fiancailles et du mariage, distinction qui est conçue

au point de vue occidental. — Bien que l'auteur ne donne pas à Marie le titre de reine des vierges, il en accepte cependant l'idée. Marie doit être entourée d'un cortège de vierges. — Ad domum parentum ne

suppose pas nécessairement que les parents vivaient encore.

IX. 1. La première annonciation à la fontaine a disparu. Cette scène, pour ainsi dire canonisée dans l'Église grecque, a semblé suspecte à l'auteur, puisqu'elle n'est point relatée dans saint Luc. — Modum vel ordinem, expression que l'auteur a dû trouver toute faite, et dont il

tam insolita esse posset, quidve portenderet, vel quem finem esset habitura. Huic cogitationi angelus divinitus inspiratus occurens : « Ne timeas, inquit, Maria, quasi aliquid contrarium tuæ castitati hacsalutationeprætexam. - Invenisti enim gratiam apud Dominum, quia castitatem elegisti: ideoque virgo sine peccato concipies et paries filium. 3. Hic erit magnus, quia dominabitur a mari usque ad mare et a flumine usque ad terminos orbisterræ:etfilius — Altissimi vocabitur , quia qui in terris nascetur humilis, in celo regnat sublimis : et dabit 111 Dominus Deus sedem David patris ejus, et regnabit in domo Jacob in eternum, — et regni ejus non erit finis : ipse quippe rex regum et domi- | nus dominantium est, et thronus ejus in sæculum seculi». 4. His angeli verbis virgo non incredula, sed modum scire volens respondit :« Quomodo istud fieri potest ἢ Nam cum ipsa virum juxta votum meum nunquam cognosco, quomodo sine virilis seminis incremento parere possum? » Ad hoc angelus : « Ne existimes, inquit, Maria, quod humano

est difficile de préciser ici la nuance exacte. — A partir de denique nous

avons aflaire à un commentaire continu de Luc., 11, 26-38. C'est un peu

la maniére de Béde et d'Alcuin, lesquels d'ailleurs s'étaient fortement

inspirés de saint Jéróme et de saint Ambroise; il est bien difficile de

savoir si l'auteur s'est contenté de lire ses contemporains, ou s'il est remonté aux originaux. — Hactenus natis,l'auteur pense à la prochaine

naissance de Jésus, il ne me semble pas vraisemblable qu'il vise Jean-

Baptiste.

2. Quz jam angelicos, ces mots préviennent une objection :« Comment la vierge, si accoutumée à voirles anges, pourrait-elle étre troublée par cette apparition ?» — Portenderet, mot savant. — Divinitus inspiratus, c'est de la théologie raffinée; des auteurs populaires n'imagineraient pas que l'ange ait besoin d'une inspiration divine pour connaitre les pensées,

hommes, qui sont nés jusqu’à présent.» 2. Or la vierge, qui connaissait déjà bien les visages angéliques, et qui avait quelque habitude de la lumière céleste, ne fut point troublée par la vue de l'ange, πὶ stupéfaite de l'intensité de cette lumiére. C'était seulement la parole de l'ange qui la troublait. Et elle se prit à réfléchir sur ce que pouvait bien signifier une salutation aussi insolite, sur ce qu'elle présageait, sur le but qu'elle avait. L'ange divinement inspiré prévint ces réflexions : « Ne crains pas, ó Marie, lui dit-il, que cette salutation cache quelque chose de contraireà ta chasteté. Tu as en effet trouvé gráce devant le Seigneur, parce que tu as choisi la chasteté, aussi c’est vierge que tu concevras sans péché et que tu enfanteras un fils. 3. Et lui sera grand, car 1] dominera d'une mer à l'autre et du fleuve jusqu'aux extrémités de la terre. Et il sera appelé le fils du Trés-Haut, car lui qui naitra dans l'humilité, il règne dans les hauteurs des cieux. Et le Seigneur Dieu lui donnera le tróne de David son pére, et il régnera éternellement sur la maison de Jacob, et son régne n'aura point de fin. Il est en effet le roides rois et le seigneur des seigneurs, et son trône (durera) dans les siècles des siècles. » 4. À ces paroles de l’Ange la vierge, non par incrédulité, mais pour savoir la manière, répondit : « Comment cela pourra-t-il se faire? Puisqu'en effet, selon mon vœu, je ne connais point d'homme, comment pourrai-je enfanter malgré cela ὃ » L'ange lui dit : « Ne pense point, ὃ Marie,

3. Quia dominabitur, Ps. xxx, 8 (Vulg.), textuellement cité. — On remarquera l'allitération : humilis, sublimis. — Ipse quippe rex regum. Cf. Deut., x, 17: quia Dominus Deus vester ipse Deus deorum et Dominus dominantium, cité Y Tim., vi, 15, et Apoc., xvii, 14 ; xix, 16. — Thronus ejus. Cf. Ps. xr1v, 7, cité d’après Hebr., 1, ὃ:

4. Non incredula, cf. S. Ambroise, /n Luc., 1, 94 : non de effectu Virgo dubitaeit, sed qualitatem ipsius quæsivit effectus, P. L.,1. xv, col. 1558. Plus tard saint Bernard dira presque dans !es mémes termes : non dubitat Virgo de facto, sed modum requirit. et ordinem. Hom. rv, sup. Missus est, P. L., A. cuxxxim, col, 80.) — Juxta votum meum, cf. vii,

more concipias; nam sine virili commixtione virgo paries, … virgo nutries : Spiritus enim Sanctus superveniet in te, et. virtus altissimi obumbrabit tibi contra omnes ardores libidinis : ideoque quod nascetur ex te solum erit sanotum, quia solum sine peccato conceptum et natum vocabitur filius Dei. » Tunc Maria manibus expansis et oculis δά cælum levatis dixit : « Ecce ancilla Domini, neque enim |

dominas nomine digna sum, fiat mihi secundum verbum | tuum.» 3 5. Longum forte et quibusdamtediosum erit, si cuncta — huic opusculo inserere voluerimus qua nativitatem domi- — nicam vel præcessisse vel subsecuta fuisse legimus, unde : 1 his omissis quæ in Evangelio plenius scripta sunt, ad ea … &

qua minus habentur narranda accedamus. o

Χ. 1. Joseph igitura Judaea in Galileam veniens desponsatam sibi virginem uxorem ducere intendebat ; jam namque tres fluxerant menses et quartus instabat ex eo tempore quo sibidesponsata fuerat. Interea paulatim utero puerperæ intumescente puerperam se manifestare coepit, neque hoc latere potuit Joseph : nam sponsi more liberius. ad virginem introiens et familiarius cum ea loquens gravi-

2, on remarquera la juxtaposition de ces mots avec les paroles évangéliques, virum non cognosco. — Virgo nutries, cl. Ps.-Matth., xir, 3 : nunquam hoc auditum est ut mamillz plenæ sint lacte, etc. — Contra omnes ardores libidinis, réminiscence de saint Augustin, Serm., cxvnr, 14: Virtus Altissimi obumbrabit tibi, quze taleobumbraculum haberet, quando ardore libidinis «estuaret. — Solum sine peccato conceptum, ce péché, c'est l'acte de la génération; c'est par lui que se transmet le péché originel, C’est la pure doctrine augustinienne. S. Augustin, De Trinitate, 1. XII" xvii, P. L., t. xri, col. 1032: Nec interjuit carnis concupiscentia, per quam seminantur et concipiuntur celeri, qui trahunt originale peccatum. — Manibus expansis, dans la position d'orante.

5. Cette remarque finale est dans le style de saint Jérôme; cf. les notes

que c’est à la manière humaine que tu concevras. En effet, sans union avec un homme, vierge tu concevras, vierge tu enfanteras, vierge tu nourriras. Car l' Esprit-Saint descendra sur toi, et la vertu du Trés-Haut te couvrira de son ombre contre toutes les ardeurs dela passion. C'est pourquoi celui qui naitra de toi, lui seul sera saint, parce que seul concu et né sans péché, il sera appelé le fils de Dieu. » Alors Marie, les urains étendues et les yeux levés au ciel, dit : « Voici la servante du Seigneur, je ne suis point digne en effet du nom de dame, qu'il me soit fait selon ta parole.»

5. Il serait peut-être long et pour plusieurs ennuyeux d'insérer dans cet opuscule tous les événements qui d'aprés nos textes ont précédé ou suivi la nativité de Notre- Seigneur. Omettant donc ce qui est suffisamment raconté dans l'Évangile, passons à la narration de ce qui y est moins détaillé.

X. 1. Donc Joseph étant venu de Judée en Galilée avait l'intention de prendre pour épouse la vierge qui lui avait été fiancée. Déjà en effet trois mois s'étaient écoulés, et le quatrième était commencé, depuis le jour des fiançailles. Dans l'intervalle pourtant le sein de la vierge s'était enflé au point de manifester sa grossesse. Cela ne put échapper à Joseph; car, selon la coutume des fiancés, entrant plus librement chez la vierge, et conversant avec elle plus

insérées dans les parties deutérocanoniques d'Esther, On remarquera que l'auteur a omis non seulement ce qui est raconté par l'Évangile, comme la Visitation, mais encore nombre d'épisodes légendaires. Aurebours, ce que l'on nous présente comme étant moins détaillé dans l'Évangile est rapporté d'une manière trés suffisante dans saint Matthieu, que l'on se contentera de gloser.

X.4. Nam sponsi more, explication que les commentateurs se passent de main en main depuis saint Jéróme, /n Matth., 1, P. L., t. xxvi, col. 24: Non ab alio inventa est, nisi a Joseph, qui pene licentia maritali futurce uxoris omnia noverat. — Et occulte dimittere eam.Notre auteur n'a pas accepté l'idée ingénieuse de Ps.-Matth., d'aprés laquelle Joseph se résout à fuir lui-méme en laissant là Marie.

dam esse deprehendit. Æstuare itaque animo et fluctuare | ccpit, quia ignorabat quid sibi potissimum esset facien- dum : neque enim eam traducere voluit, quia justus erat, neque fornicationis suspicione infamare, quia pius. Itaque … cogitabat clam dissolvere conjugium et occulte dimittere — eam. 2. Hxc autem eo cogitante, ecce angelus Domini ei apparuit in somnis dicens : «Joseph, fili David, noli timere, : hoc est ne velis fornicationis suspicionem in virgine habel : vel aliquid sinistrum cogitare, neque timeas eam in uxo- . rem ducere : quod enim in ea natum est et nunc animum tuum angit, non hominis, sed Spiritus Sancti est opus. Parietenim omnium virgo sola Deifihum,etvocabisnomen — ejus Jesum, id est salvatorem : ipse enim salvum faciet | populum suum a peccatis eorum ». Igitur Joseph secundum angeli preceptum virginem uxorem duxit, nec tamen cognovit eam, sed caste procurans custodivit. Jamque nonus a conceptione instabat mensis, cum Joseph, uxore cum aliis quæ necessaria erant assumpta, Bethleem civitatem | unde ipse erat tetendit. Factum est autem, cum essent ibi, impleti sunt dies ut pareret, et peperit filium suum primogenitum, sieut evangeliste docuerunt Dominum nostrum Jesum Christum, qui cum Patre et SpirituSancto vivit et regnat per omnia sæcula sæculorum.

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