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La pureté de Marie, son vœu de chasteté, son mariage

Annoncée et préparée comme devant être une créature exceptionnellement grande, exceptionnellement sainte, Marie a dû être durant tout le cours de sa jeunesse préservée de toute souillure. Mais c’est tout d'abord de souillure physique qu'il s'agit, car, fidèle aux idées qui avaient cours dans l'Ancien Testament, l’auteur prend soin de mettre Marie à couvert de toute impureté légale. C'est à quoi tendent toutes les précautions dont sa mére l'entoure dans son jeune áge. Quand l'enfant a neuf mois, sa mére la pose à terre pour voir si elle peut déjà se tenir debout; l'enfant (chose remarquable à cet âge si tendre) fait sept pas, mais tout aussitót retourne vers le giron maternel, et dés lors, Marie ne touchera plus le sol, qui pourrait être impur; dans sa chambre, sa mère construit une sorte de sanctuaire et c'est là, à l'abri de tout ce qui est souillé et impur, que l'enfant grandira. Seules les plus pures d’entre les filles des Hébreux sont admises auprès d'elle pour la divertir 1, C'est un cortège de vierges qui l'accompagne, quand elle est présentée au temple de Jérusalem ?. Élevée dans le sanctuaire, elle semble à l'abri de tout ce qui est impur, ceci pourtant ne suffit pas encore, et ce

n’est point de la main des hommes, mais de celle d’un ange qu'elle reçoit sa nourriture?. Plus tard, quand elle

AVE, IC 2. ivit, 2.

DUE III d,

a quitté le temple pour la maison de Joseph, elle reste la vierge sans souillure, et c'est en cette qualité que, sous l'inspiration divine, le grand-prétre lui confie la pourpre et l'écarlate qui doivent servir au voile du temple !.

En insistant avec complaisance sur la pureté légale, physique de Marie, l'auteur du Protéeangile semble fort loin des idées auxquelles nous sommes accoutumés aujourd’hui. C'est avant tout dans la volonté que réside pour nous la sainteté. Il est remarquable que le Protéeangile n'ait souligné nulle part l'intervention volontaire de Marie dans la garde de sa pureté. Nulle part l'auteur n'exprime l'idée que la future mére du Sauveur aurait voué elle-méme sa virginité à Dieu. Il semble qu'en tout ceci elle joue un rôle purement passif, et c'est ce qui a scandalisé les auteurs des remaniements latins, et les a portés à retoucher profondément sur ce point le thème qu'ils avaient sous les yeux. Il ne faudrait pas croire cependant que l’idée si importante de la virginité professée soit absente du Protévangile. Elle n’y est formellement exprimée nulle part, mais elle est supposée partout, et de la manière la plus évidente. Seulement ce n’est pas la Vierge elle-même qui a prononcé le vœu, c’est Anne. Quand elle a reçu de l'ange l'annonce qu'elle allait concecevoir, Anne s'est écriée : « Vive le Seigneur mon Dieu, si Je mets au monde un garcon ou une fille, je l'apporterai en don au Seigneur mon Dieu, et l'enfant sera à son service tous les jours de sa vie ?. » Les commentateurs grecs ont reconnu dans le vœu de sainte Anne une inspiration divine. Autrement, comment la mére aurait-elle eu l'idée de vouer au service divin, pour tous les jours de sa vie, l'enfant qui lui naîtrait, soit fille, soit garçon ? Seul un enfant mále pouvait étre consacré au service de Dieu, et la première Anne, la mère de Samuel, avait

DONIV, i.

dit à Jahveh : « 8i vous n'oubliez point votre servante et si vous lui donnez un enfant mâle, je le consacrerai à Jahveh pour tous les jours de sa vie !.» Les commentateurs grecs ont fort bien compris sur ce point la pensée du Protévangile ; ils ont bien vu que le vœu prononcé par la mére de Marie avait une portée considérable. Il exclut en effet la pensée d'un mariage réel de sa fille; carc'est pour tous les jours de sa vie qu'Anne la consacre au service de Dieu?. Marie sera donc présentée au temple dés l’âge de trois ans, et elle appartiendra en quelque sorte à son service jusqu'à la fin de ses jours. Or il est bien évident qu'une vierge ne peut servir au temple sans conserver une pureté absolue. Aussi bien, quand la Vierge a atteint l’âge de douze ans, ce n'est pas à la marier que songent les prétres. lls veulent seulement la confier à Joseph, et cela pour la période seulement où son état aurait souillé le temple du Seigneur ?. Il est sous-entendu en effet que, passé cette époque, Marie doit revenir au temple et remplir jusqu'au dernier de ses jours la promesse faite par sa mère 4

C'est une question compliquée dans la théologie classique que celle du mariage de la Vierge avec Joseph. Elle a préoccupé les docteurs du moyen âge et de la Renaissance 5. Pour des raisons du méme genre elle n'a pas laissé que de troubler le naïf auteur du Protévangile. Forcé par les récits évangéliques de reconnaître entre Joseph et Marie l’existence d’un lien conjugal, préoccupé d’au-

APS arm, τ 11.

2, Ce point a été bien mis en lumière par Lucius, Les origines du culte des saints dans l’Église chrétienne, trad. française, Paris, 1908, p. 974.

D SVIIL 2.

^. Telle est du moins l'interprétation de Lucius, loc. cit.

5. Cf. S. Thomas, Summa theologica, I1I2, q. xxx, art. 2: Utrum inter Mariam et Joseph fuerit verum matrimonium, et Suarez, Disputationes in III partem, a questione XXVII, disp. VII, Paris, Vivès, t. XIX.

tre part d'éviter tout ce qui pouvait porter atteinte à la virginité de Marie, géné enfin par la pauvreté de son vocabulaire, il est péniblement sorti de cette difficile question. La situation respective de Joseph et de Marie d’après les Évangiles canoniques est extrémement simple; légalement ils sont considérés comme mari et femme. Non moins simple, mais toute différente, est la situation légale de Marie dans la maison de Joseph, d'aprés le Protéeangile. Marie est le premier exemple des virgines subintroductæ telles que les a connues, et peutêtre acceptées en certains cas, l’Église chrétienne primitive 1, Avant l'institution du monachisme, la vierge qui avait fait profession de continence et qui ne pouvait demeurer dans la maison de ses parents, demandait protection et hospitalité à un continent de l'autre sexe ?. C'est exactement la position de Marie dans la maison de Joseph, à cette différence prés que c'est le sacerdoce officiel qui a confié la Vierge à la protection du charpentier. Aussi ne cesse-t-il pas de se considérer comme responsable de la garde de Marie. Α ses yeux la grossesse de Marie est un crime et les deux coupables sont mandés à sa barre. Ce que l’on reproche à Marie, ce n'est point une atteinte à la fidélité conjugale, c'est de s'étre déshonorée par l'acte du mariage, elle qui devait rester pure d’après le vœu de sa mère ?. Ce que l'on reproche à Joseph, ce n'est point d'avoir laissé Marie exposée au péril d'adultére, c'est d'avoir usé de droits conjugaux qui, en réalité, ne lui appartenaient pas 4. Marie est une vierge consacrée à Dieu par le vœu de chasteté, confiée

1. C£. Duchesne, Histoire ancienne de l’Église, t. τ, p. 517. Des abus se sont montrés plus tard contre lesquels l’Église s'est élevée.

2. H. Achelis, Virgines subintroductæ, ein Beitrag zu I Corinth., VII, Leipzig, 1903, a voulu expliquer dans ce sens I Corinth., vir, 36-38. Son interprétation d'ailleurs n'a pas eu de succès.

4, xv, ^, voyez le commentaire,

à la protection d'un homme en état, par son âge et sa situation, de la garder intacte ; elle n’est pas la femme de Joseph. Il reste pourtant quelque flottement dans la pensée et surtout dans les expressions de l’auteur. Quand les prêtres se décident à faire sortir Marie du temple, l'oracle divin, consulté, déclare que Marie sera la femme de celui qu'un miracle désignera !. Joseph plus tard déclare à la sage-femme que c'est le sort qui lui a donné Marie pour épouse ?, Mais l'auteur a eu soin chaque fois de corriger ces expressions qui le choquaient. Quand les prêtres remettent la Vierge à Joseph, ils lui font remarquer qu'ils la lui confient en dépôt 8, et c'est bien dans ces conditions que Joseph l'emméne chez lui. À la première question de la sage-femme, Joseph répond tout d'abord : « Marie est ma fiancée ; » et l'accoucheuse lui ayant demandé : « Ce n'est donc point ta femme ὃ » Joseph finit par répondre qu'elle l'est et ne l'est pas 3. En d'autres termes,la situation légale de Joseph et de Marie ne comporte point de définition. On pourrait objecter peut-être que l'auteur les considère comme fiancés. Dans son dialogue avec la sage-femme, Joseph se sert de ce mot, et l'on pourrait interpréter dans un sens analogue les mots qui terminent le chapitre xv. Joseph serait accusé par le grand-prétre d’avoir anticipé le mariage et de ne pas avoir attendu la bénédiction nuptiale pour exercer ses droits d'époux. — ll ne me semble pourtant pas que l'auteur du Protévangile connaisse la distinction qui nous est familiére entre les fiancailles et le mariage. Les Évangiles canoniques eux-mémes ne sont pas très précis sur ce point, et il est bien difficile de dire si, pour eux, la conception de Jésus a eu lieu avant ou aprés la solennité nuptiale. L'expression de fiancée, qu'emploie

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