xix, 1, ἐχληρωσάμην αὐτὴν γυναῖχα
ἄς x1x, 1, voyez le commentaire.
Joseph dans notre texte, est un mot ambigu par lequel il veut exprimer son idée que Marie lui est unie par un lien, mais qui n'est pas celui du mariage ; et d'autre part laecusation portée par le grand-prétre contre Joseph peut être interprétée d'une manière légèrement différente de celle qu’on lui a donnée plus haut. En résumé, la situation effective de Marie par rapport à Joseph est très claire, les mots manquent à l’auteur pour l'expliquer d’une manière précise. Mais, quoi qu'il en soit, Marie est pour lui la vierge toute pure, consacrée à Dieu depuis sa conception par le vceu de sa mére, et devant garder sa virginité Jusqu'au terme de sa vie.
Dans l'intervalle de temps qui s'écoule entre la rédaction du Protévangile et celle des remaniements latins, il s'est produit dans la manière d'envisager le rôle de Marie une sensible transformation, et il est facile de s'en rendre compte dans les textes latins qui nous sont conservés. Aux premiers siècles, Marie est considérée avant tout comme un agent physique de l'Incarnation et de la Rédemption. Son rôle est essentiellement de fournir un corps au Verbe qui s'incarne, et comme ce corps doit étre sans souillure, l'on attribuera à Marie une pureté surtout extérieure, Je dirais presque physique, oü les dispositions morales ne semblent pas avoir grande part. Jusqu'à quel point cette conception a pu conduire la logique intransigeante d'un Tertullien, c'est ce qu'il est inutile d'étudier 1c1 !, Mais il est bien certain qu'avec les progrés de la spéculation théologique, on en viendra facilement à considérer Marie comme agent moral dans les grands mystéres oü elle a été mélée. Ce n'est plus seulement d'une maniére passive qu'elle coopére àla rédemption; c'est librsment et volontairement qu'elle préte à Dieu son concours pour la grande œuvre du salut. Il
1. Cf. E. Neubert, Marie dans l'Église anténicéenne, Paris, 1908, p. 181 sq.
fallait dès lors que Marie fût sainte non plus seulement d'une sainteté extérieure et toute légale ; 1] fallait qu'elle füt sainte par sa libre volonté. De plus, Marie devient dés le ru? siècle, avec Origéne, le modèle de l'ascétisme chrétien, l’initiatrice et la protectrice de la virginité. Plus que tout autre en Occident, saint Ambroise a contribué à mettre Marie trés haut dans l'estime des vierges chrétiennes !. On comprend dés lors que les remaniements latins aient profondément modifié dans ce sens les données du Protévangile. Dans la profession de virginité de Marie, ce n'est plus Anne qui ala part principale, c'est la Vierge elle-méme, qui sciemment et volontairement se consacre au Seigneur. Méme dans Pseudo- Matthieu, le vœu fait par Anne a complètement disparu, et l'on n'explique pas à quel titre la sainte enfant est présentée au temple. Cette consécration semble aller de soi ?. C'est dans un monastère de vierges, concu à la maniére des couvents chrétiens qu'on introduit Marie, et c'est l'exemple de toutes les vertus monastiques qu'elle donne durant son séjour au temple. Seulement, respectueux de la tradition qui fait de la profession de virginité l'apanage exclusif du christianisme, l'auteur a fait remarquer qu'à l’âge nubile les vierges juives ne reculent pas devant le mariage. C'est une manière délicate de faire ressortir l'exception que constitue Marie, laquelle a résolu dans son cœur de garder toujours sa virginité. Le petit épisode imaginé par Pseudo-Matthieu, et où l’on voit le grand-prétre Abiathar demander pour son fils la main de la Vierge ?, est ménagé pour permettre à Marie d'exprimer sur la virginité ses sentiments intimes, pour montrer aussi que, loin de favo-
1. De virginibus libri tres. — De virginitate. — De institutione Virginis et S. Mariz virginitate perpetua. — Exhortatio virginitatis, liber unus. Tous ces traités dans P. L., t. xvi.