La virginité « in partu
Vierge en concevant le Sauveur, Marie n’a point perdu en le mettant au monde le glorieux privilège de la virginité, telle est l’idée capitale du Protévangile de Jacques, idée que selon toute vraisemblance, il n’a pas créée, mais idée sur le développement de laquelle il a exercé une influence qu'il serait difficile d'exagérer. Et loin de passer rapidement sur ce sujet, qui nous semble délicat, il s'y est attardé avec complaisance, il a voulu donner de l'enfantement miraculeux des preuves véritablement tangibles. Nous ne le suivrons pas sur ce terrain, où l' Évangile de la Natieité n'a pas voulu lui non plus s'aventurer, mais que Pseudo-Matthieu n'a pas craint d'aborder.
Toutefois cette question de l'enfantement virginal en souléve immédiatement une autre, bien plus importante au point de vue théologique, celle du docétisme. Suivant les protestants libéraux, en effet, la doctrine catholique de la naissance 1mmaculée n'est pas autre chose qu'un vestige des conceptions docètes. Victorieusement repoussé sur tous les autres points, le docétisme a triomphé sur celui-ci et a fini par s'introduire sous cette forme dans l’enseignement officiel de l'Église !.
Le docétisme est l'erreur qui préte au Christ l'apparence seulement d'un corps humain. Pour éviter à l'élément divin que l'on reconnait en Jésus le contact humiliant avec la chair, on supprime en lui l'élément charnel. Le Christ n’a eu de l'humanité que les apparences, c’est une sorte de fantóme qui semble se soumettre aux con-
1. Concile de Latran en 649 sous Martin Ier, can. 3 : Si quis secundum sanctos Patres non confitetur proprie et secundum veritatem Dei genitricem sanctam semperque virginem immaculatam: Mariam, utpote ipsum Deum Verbum specialiter et veraciter, qui a Deo Patre ante omnia sæcula natus est, in ultimis seculorum absque semine concepisse ez Spiritu Sancto, et incorruptibiliter eam genuisse, indissolubili permanente et post partum ejusdem virginitate, condemnatus sit. Denzinger, Enchiridion, n. 204,
ditions générales de notre vie terrestre, mais qui peut s'y soustraire quand ces conditions deviennent par trop humiliantes. C'est le cas particuliérement au moment de la passion, le Christ s'échappe des mains de ses bourreaux, c'est un autre personnage qui est crucifié à sa place. Ce peut étre aussi le cas pour la naissance. Raisonnablement on ne saurait astreindre un Dieu aux humiliations qui marquent l'entrée en ce monde de tous les fils d'Adam. Dés lors si le corps du Sauveur n'eut de l'humanité que l'apparence, s'il est un corps d'origine céleste, « 11 est né par la Vierge et non dela Vierge. Descendu dans la Vierge, il est venu en ce monde par manière de passage plutôt que de génération, par elle, et non pas d'elle; elle fut pour lui non une mère, mais une vote !. » Tel est l'enseignement que Tertullien préte aux valentiniens; il n'est pas douteux que sur ce point les valentiniens n'aient fait que reprendre les erreurs de docétes plus anciens, et qu'Ignace avait déjà combattus ?. Pour tous les docétes, le Christ n'a fait que passer à travers Marie comme l'eau passe à travers un canal. L'on ne voit pas qu'ils aient eu des vues particuliéres sur l'enfantement virginal, un corps fantóme ne saurait éprouver de difficultés à quitter le sein. d'une vierge, 1l est bien clair en tout cas que la naissance immaculée était pour eux la conséquence de leurs théories générales.
On a voulu retrouver des conceptions du méme genre dans le Protéeangile, et ce n'est pas seulement la naissance miraculeuse de Jésus que l'on en prend à témoin. M. Conrady, dans un ouvrage curieux, sur lequel nous aurons l'occasion de revenir ?, a rassemblé les expressions qui témoignent à son avis du docétisme de l'auteur. Péné-
1. Tertullien, De carne Christi, 27, édition CEhler, t. 11, p. 411. 2. Insistance d'Ignace à affirmer la vérité de la naissance de Jésus. Les textes dans Neubert, L. c., p. 7-9.
3. L. Conrady, Die Quelle der kanonischen Kindheitsgeschichte Jesus,
Góttingen, 1900, p. 71.