Protev., x
9. Ade. Helvidium, vir, P. L., t. xxii, col. 192. 3. Contra Faustum, l. X XIII, c. ix, P. L., t. xxx, col. 471,
leuse de Joseph comme l’époux et le gardien de Marie, enfin la naissance de Jésus dans une grotte des alentours de Bethléem. Ces diverses cironstances font pour ainsi dire partie intégrante des Vies de Notre-Seigneur. Il y a plus. La théologie s’est occupée plus particulièrement du vœu de virginité qu'aurait prononcé de très bonne heure la Vierge Marie et presque fatalement elle en vint à regarder comme historiques les narrations du Protévangile sur la présentation et le séjour au temple de la Vierge trés pure 1. Rien d’étonnant dès lors que la fête de la Présentation de Marie, dont on retrouve des traces en Orient dès le viri? siècle ?, et peut-être beaucoup plus tôt, n'ait fini par s'imposer aussi à l'Occident, Cependant le renouveau des études de critique et d'histoire inauguré par la Renaissance devait amener les érudits à examiner d'un peu plus prés la valeur de ces traditions. Ce furent les protestants qui les premiers commencérent à les suspecter. Les Centuriateurs de Magdebourg en particulier se livrérent à une critique fort perspicace des données traditionnelles ; leur ton est en général modéré, mais ils ont bien compris que la plus grande partie de la légende mariale dérivait du Protévangile de Jacques, apocryphe sans valeur ?. Baronius re-
1. Nous nous contentons de renvoyer à Suarez. Paris, Vivés, t. x1x, disput. VII, De Virginis matrimonio cum sponso suo Joseph.
2. Sermon de Germain I®7, patriarche de Constantinople vers 715, εἰς τὴν εἴσοδον τῆς ὑπεραγίας Ücoróxou, P. G., t. xcviu, col. 292 sq.
3. Voici leurs appréciations sur les divers événements : Ecclesiastica historia, Bâle, 1562, t. 1, col. 366 sq. Parents de la Vierge : Qui fuerint autem ejus parentes certum non est, quia diserte in sacris litteris expressum non legimus. Quidam autumant a Luca genealogiam Mariz texi, verum id non est omnino clarum, et juxta eam rationem, Eli, quem et Joachim dici volunt, constituunt patrem Mariz et Annam ejus conjugem matrem. Videmus Protevangelion Jacobi propemodum hanc unam ob causam constructum esse,ut orium Mariz indicet et summis vehat laudibus, quomodo nimirum a sterili matre nata sit, angelo ejus natieitatem prædicente, quomodo Deo consecrata, quomodo triennis (non aliter quam monia-
présente au mieux la position qu’en face de ces attaques adoptèrent dès lors les écrivains ecclésiastiques. D'une part 1] rejette comme apocryphes les livres qui nous ont transmis ces légendes, aussi bien qu’un certain nombre de traits qu'avait déjà repoussés la tradition exégétique ( le premier mariage de Joseph, par exemple). Il n’en est que plus fort pour défendre l’historicité des points qui de son temps s'étaient si fortement incorporés à l’enseignement des théologiens !, En particulier il s’est cru obligé d’établir la possibilité du séjour de Marie dans le temple. L’attitude de Baronius se comprend sans peine. Préoccupé de répondre aux attaques protestantes, pénétré de l’idée que la tradition ecclésiastique peut nous instruire sur certains points que l'Écriture a passés sous silence, il a rassemblé avec patience bon nombre de textes où les anciens Pères, surtout parmi les Grecs, exposent d’une manière oratoire les divers événements
les jam sub Papatu) in templum introducta et ibi enutrita fuerit. Verum ista non conveniunt cum historiis veleris Testamenti, et alioqui hic liber jure apocryphi titulum habet.— Mariage de la Vierge : Verum istas lusiones de conjugio, monachatum resipientes, Evangelistae ignorant. — Épreuve des eaux amères : In Protevangelio Jacobi recitatur utrosque juxta legem aqua redargutionis polatos et innocentis testimonium accepisse; id non absimile vero videtur. Sed quia in Evangelistis non exstat affirmari non potest. À un autre endroit, col. 277, les Centuriateurs se montrent plus sévères. In Protevangelio Jacobi narratur etiam sacerdotes comperisse Mariam esse gravidam ac, juxta legem Numerorum, tam Mariæ quam Josepho aquam redargulionis pra buisse ac misisse ad montana, verum utrumque rediisse mundum. Verum cum ibi non pauca recitentur valde suspecta et ab aliis evangelistis aliena, non putaeimus huc copiosius inserenda esse. — Sur la nativité du Christ, col. 368 : Jacobi commenta, tanquam non convenientia historie quam Lucas nobis reliquit, omittimus.
1. Baronius, Apparatus ad Annales ecclesiasticos, Lucques, 1740, p. 451 : n. xxxix : Refelluntur commentitia de genere S. Mariæ : rejette comme apocryphes le Protévangile de Jacques et le De Nativitate Mariz ; mais au n. xr, il établit que la nativité de Marie a dû être précédée de signes ; — xrrx sq. (p. 454-455) il étudie la question du séjour de Marie dans le Temple.
de la vie de Marie. Il ne s’est pas aperçu que tous les documents dérivaient en dernière analyse d’une source unique, le Protévangile. ll a rejeté le vase, il en a gardé le contenu.
Les conclusions de Baronius furent soumises à une critique pénétrante par l'érudit Casaubon 4 Il n'eut pas de peine à démontrer que ces prétendues traditions ne reposaient en définitive que sur l'autorité d'un ouvrage apocryphe. C'est ce qu'ont bien compris les historiens et les critiques ecclésiastiques du xvri® siècle. Combefis dans ses notes sur les sermons d'André de Créte et de Georges de Nicomédie a bien montré la dépendance de ces auteurs à l'égard du Protévangile ?. Bolland 3 a critiqué d'une manière fort sagace les données traditionnelles relatives aux parents de la Vierge. Il consent volontiers qu'on regarde tout cela comme des choses sans autorité, à la réserve des noms de Joachim et d'Anne que l'on peut croire s'étre conservés dans la tradition ecclésiastique. Encore n'est-il pas bien sür que ces noms n'aient pas été fabriqués de toutes pièces, Anne voulant dire : «la grâce » et Joachim « la préparation du Seigneur ». Tillemont 4 est du méme sentiment : « Tout ce qu'on a Jamais dit sur la famille de la Vierge n'est fondé que sur des écrits entièrement apocryphes et pleins de fable. Ainsiil semble qu'il faut se contenter de savoir que l'Église honore aujourd'hui Joachim comme le père, et sainte Anne comme la
1. Exercitationes criticæ in Apparatum card. Baronii. L'ouvrage est de 1614; nous n'avons pu consulter que les extraits qui en sont donnés dans l Antibaronius Magenelis seu animadversiones in Annales card. Baronii cum epitome lucubrationum criticarum Casaubonii, Amsterdam, 1675, t. τ.
2. Les notes de l'Auctarium sont reproduites dans P. G.,t. xcvnu et c.
3. Acta sanctorum, 20 mars, Paris, Palmé, t. ix, p. 77 sq.; cf. au 19 mars, saint Joseph, tbid., p. 6 sq.
^. Mémoires pour servir à l'Histoire ecclésiästique, t. 1, ch. 11, « De la sainte Vierge », p. 60-77, et surtout les notes, p. 482 sq.
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mère de la Vierge ; ce qui a commencé depuis près de deux cents ans parmi les latins et assez longtemps auparavant parmi les grecs. » Un peu plus réservé que Bolland pour ce qui concerne le nom des parents de Marie, 1] « aimerait mieux dire que les imposteurs (qui ont fabriqué les apocryphes) étaient assez anciens pour avoir su les véritables noms du père et de la mère de la sainte Vierge. Il est à présumer qu'ils n'en ont pas inventé de faux,n'ayant point de raison de lefaire. Car pour l'Église il est visible par saint Augustin et saint Jérôme qu'elle n'avait aucune tradition que le pére de la Vierge füt un Joaehim !. »
Pourtant les érudits, dont nous venons de citer les noms, conservaient encore quelque respect pour les traditions vénérables qui, depuis de longues années, se transmettaient sur la vierge Marie. Mais elles ne trouveront pas gráce devant l'impitoyable critique du célébre hagiographe Adrien Baillet 2 « L'Église, dit-il à propos de la féte du 8 septembre, fait profession de ne savoir aucune des eirconstances qui l'ont accompagnée (la naissance de Marie) et de ne nous en rien apprendre, puisque ni lÉcriture, ni la tradition apostolique ne lui en apprend rien ». Quant au mystére qui est honoré le 21 novembre, il règne sur son compte une grande incertitude. « Depuis Jean Damascéne on a produit une espéce de tradition qui insinuait que la sainte Vierge, vouée à Dieu avant sa naissance, lui avait été offerte dés son enfance, qu'elle avait été recue dés lors comme destinée au ministére du temple parmi les veuves et les vierges qui y servaient sous leslévites etles prêtres, qu'elle y avait fait vœu de virginité, quoique cela füt sans exemple, et qu'elle ne sortit
1. Il ne faudrait pas oublier non plus Noël Alexandre, cf. Hist. eccl., 17 siècle, c. 1, art. 3.
2. Dans Les vies des saints, composées sur ce qui nous est resté de plus authentique et de plus assuré de leur histoire, Paris, 1701, t. 111, au 8 septembre, col. 67; au 21 novembre, col. 349 sq.
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du lieu qu’au temps de ses fiançailles. » On voit que Baillet n’a guère de confiance en la tradition qui a été produite à partir de saint Jean Damascéne. Trente ans plus tard, Prosper Lambertini,le futur Benoit XIV, avec plus de réserve dans l'expression, dira sensiblement les mêmes choses 7.
Dans sa remarquable dissertation : De eeangeliorum apocryphorum origine et usu ?, qui a attiré sur les apocry-« phes un regain d'attention, Tischendorf a adopté sensiblement la méme attitude que les critiques ecclésiasti- | ques dont nous venons de rappeler les noms. Il étudie | rapidement les divers pointssuivants?. D'abord, les parents | de la sainte Vierge. Je n'hésite pas, dit-il, à regarder ces | noms comme authentiques. On pouvait les connaitre en effet au milieu du n° siècle ; quelle nécessité y avait- |
1. Benedicti XIV Opera, Rome, 1747-1751, t. x, De festis, 1. II, c. 1, 2 fête de la Desponsatio B. M. V. p. 432 ; — c. 1x, fête de la Nativité, ' p.515: Fortasse non nemo mirabitur nos de nativitate B. Mariz Virginis nil offerre; sed cum de ea sacer textus omnino sileat, optimum putavimus et nos de re prorsus incerta tacere, de qua cum plures scribere eoluerint, ex turbidis fontibus, qua tradiderint hausisse videntur, puta ex Proto-Evan- - gelio, quod sancto Jacobo falso lribuitur, ex libro de Ortu Virginis, qui perperam Sancto Jacobo fratri D. N. J..C. et a quibusdam Cyrillo Alexandrino tribuitur, ex libro de Ortu Virginis, cujus auctorem Seleucus falso affirmavit fuisse Evangelistam Matthæum, ex commentitia sancti Evodii epistola (c'est un texte dérivé du Protévangile, et cité comme preuve par Nicéphore, H. E..1:, 3, P. G., t. cxrv, col. 760) et ex opusculo de nativitate S. Mariz, quod monachi Sancti Mauri in editione δ. Hieronymi, L. v, ad scripta sancli Doctoris spuria rejecerunt;— c. x1v, p.534, pour la Présentation, il rejette l'explication dela féte que veut donner Baillet, et tout en avouant ne pas bien savoir ce que fut la Présentation,ilajoute: Nos vero qui ne tantillum quidem a communi Ecclesiz sententia recedere volumus, dicimus B. Virginem in templo prasentatam esse ut ibi bene educaretur. Il y a parfois chez Benoit XIV un mélange charmant d'esprit critique et de timidité conservatrice. Cf. l. I, e. xwu, De Natali D. N. J. C, p. 406-407. La tradition du bœuf et de l’âne présents à la créche est vigoureusement défendue.