Op. cit., p. 165-181. Y VEG NK
il d'en forger de nouveaux ? La tradition sur ce point semble bien avoir été ferme de trés bonne heure, puisque Fauste le manichéen, tout en faisant du pére de la Vierge un prétre de la tribu de Lévi, conservait néanmoins le nom traditionnel. D'autre part, il est remarquable que dans les légendes juives Marie est dite fille d'Éli ou Jehojakim 1, Or Éli, dans sa forme complète Éliakim, et Jehojakim sont le méme nom. On remarquera que dans la généalogie de saint Luc, le pére de Joseph est appelé Héli ?; or déjà avant saint Augustin il y avait des gens pour penser que Luc avait donné la généalogie, non point de Joseph, mais de Marie; généalogie dans laquelle Héli était non le pére, mais le beau-pére légal de Joseph. En définitive, il semble que de bonne heure ait existé une tradition qui nommait Héli ou Joachim le pére dela Vierge. — Quant au métier de pasteur que le Protévangile donne à Joachim, il est plus douteux. La tradition sur ce point n'était pas ferme, puisque Fauste le manichéen pouvait faire de Joachim un prétre. Il ne faut pas perdre de vue que la vie de pasteur se prétait mieux que d'autres aux narrations imaginées par l'auteur. D'ailleurs, toute l'histoire de Joachim et d'Anne reçoit bien peud'autorité du fait qu'y manque absolument toute mention de lieux. L'auteur de la Nativité de Marie a bien senti cette difficulté et a tâché de mettre un peu d'ordre dans les données assez incohérentes du Protévangile.
Pour ce qui concerne la naissance de la Vierge, et les circonstances qui la précédent, ce ne peut être, continue Tischendorf, qu'un récit fabuleux composé en rappro- - chant les récits des naissances de Samuel et de Jean-Baptiste. Autant faut-il en dire de la présentation de Marieau temple, construite surle modéle de la présentation
1. Talmud de Babylone, traité Sanhédrin, fo 67 ; Talmud de Jérusalem, fo 77.
ἔπιον, III, 29.
de Jésus; et du séjour de Marie dans le temple qui est contraire à la loi juive. D'ailleurs, dans les Évangiles canoniques,il n'est pas dit un seul mot qui fasse soup- | conner que de semblables choses se soient passées pour Marie durant son enfance.
L'auteur du Proiévangile tenait à affirmer l'ongine | davidique de la Vierge, il y revient à plusieurs reprises. | Les Évangiles canoniques n'ont rien qui semble con- | tredire directement cette assertion; saint Luc lui se- | rait plutôt favorable. La manière dont l’ange Gabriel | dans la scéne de l'annonciation parle du « trône de Da- vid ! »réservé au fils de Marie, comme au descendant légitime du grand roi, semble indiquer que l’idée de l’origine davidique de Marie n'était pas étrangère aux premières générations chrétiennes. Le Protévangile en y insistant n'aurait fait que la préciser davantage.
L'àge qu'il donne à Marie au moment de son mariage (douze ans, ou quatorze ans, le texte est difficile à établir) n’a rien de bien choquant si l'on tient compte des” coutumes de l'Orient. L'ensemble des documents évangéliques donne l'impression que Marie était Jeune encore quand était commencé le ministère publie de Jésus. Il y a pourtant un rapprochement à établir entre l’âge que les apoeryphes donnent à Marie au moment de son mariage et celui que saint Luc attribue à Jésus enseignant dans le temple au milieu des docteurs?; ce rapprochement est de nature à éveiller quelques soupçons. — Il est bien évident que toute la narration relative à Joseph, à son premier mariage, à ses fils, à sa vieillesse, à sa miraculeuse désignation pour le róle de gardien de la vierge Marie, est uniquement inspirée par le désir de mettre en. pleine lumiere la virginité absolue de Marie. Les Évangiles canoniques qui n'avaient pas les mêmes préoccupations,