Legenda aurea, éd. Grasse, 1846, p. 585 sq
saint Jérôme, traducteur de saint Matthieu, nos deux. remainements latins. L'examen toutefois de la préface hiéronymienne permet de savoir auquel des deux textes elle a été d'abord appliquée. Il est facile de s'expliquer comment elle est ensuite passée à l’autre. Cette préface s'applique évidemment au texte le plus long, au Liber de ortu beatæ Marise et infantia Saleatoris. Cela est clair surtout, quand on compare la lettre de saint Jéróme à celle des évéques Chromatius et Héliodore à laquelle elle doit servir de réponse. Ces deux personnages se plaignent de ne connaitre l'origine de Marie, la nativité et l'enfance du Sauveur que par des livres apocryphes. Mais ils ont appris que Jérôme avait eu en main un livre : in quo et ipsius virginis ortus et Saleatoris nostri infantia esset scripta. Ce livre hébreu, 115 supplient Jéróme de le traduire en latin. Le savant exégéte satisfait à leurs désirs, et en leur envoyant sa traduction, demande pieusement les prières de ceux qui, grâce à son travail, pourront maintenant connaître la sainte enfance de notre Sauveur.
Ces lettres, destinées à abriter l'auteur de l'apocryphe et à lui concilier la bienveillance de l'opinion, ne peuvent pas s'appliquer au très court opuscule sur la Nativité de la Vierge où 1] n'est pas question un seul instant de l'enfance du Sauveur. Le récit s'arréte en effet juste au moment de la naissance de Jésus. Ce n'est pas cette histoire qui pouvait faire connaitre aux lecteurs du prétendu Jérôme la sainte enfance du Sauveur. Ces lettres ne peuvent viser par conséquent que cette compilation légendaire qui embrasse à la fois, comme le disent les deux évéques Chromatius et Héliodore, la naissance de la Vierge, la nativité du Sauveur et son enfance. Cette démonstration de Tischendorf nous parait convaincante, et comme lui nous mettrons la correspondance entre Jérome et les deux évêques en tête du Liber de ortu beatæ Mariæ et infantia Saleatoris. Mais nous croyons éga-
REMANIEMENTS LATINS pu
lement que le petit opuscule De nativitate Mariz portait en téte une lettre-préface de saint Jéróme. Il n'est pas certain que cette lettre füt de tous points identique à la précédente ; la maniére dont en parlent la Légende dorée et Vincent de Beauvais ne laisse pas soupconner que saint Matthieu y ait été nommé, et le signalement qu'en donne Jaeques de Voragine ne convient pas bien à la lettre que nous ont conservée les manuscrits. Nous montrerons plus loin que le De natieitate Mari: ax été composé postérieurement à l'autre remaniement latin dans le but de faire disparaitre de ce dernier ce qui pouvait choquer les idées du temps. Il n'est pas invraisemblable que l'auteur de cette édition revue et corrigée, ait en méme temps revisé la lettre de saint Jérôme. En fait il existe au moins trois recensions différentes de cette préface et c'est à l'une d'entre elles (cf. p. 340) que s'appliquent le mieux les expressions de la Légende dorée.
Le texte de l' Évangile de la Nativité de Marie est celui que l'on trouve dans toutes les éditions de saint Jérôme. Il est passé de là dans toutes les collections d'apocryphes, Fabricius, Jones, Schmudt, Thilo. — Tischendorf la reproduit en y ajoutant quelques variantes tirées d'un des manuscrits de Pseudo-Matthieu, B. Ce ms. représente en effet à divers endroits une fusion des deux remaniements latins.