Voir le texte plus haut, p
2. Stromates, v11, 16, P.G., t.1x, col. 529. Comparaison entre Marie et les Saintes Écritures. Celles-ci enfantent la vérité, et pourtant demeurent vierges; Marie est dans la méme situation. « Beaucoup de gens (ou la plupart des gens) s'imaginent, il est vrai, que Marie est une femme accouchée, puisqu'elle a mis au monde un fils, mais elle ne l'est pas. Et en effet, au dire de quelques-uns, elle a été trouvée vierge parla sagefemme qui venait l'assister. » ᾽᾿Αλλ᾽, ὡς ἔοιχεν τοῖς πολλοῖς xxl μέχρι νῦν, δοχεῖ à Μαριὰμ. λεχὼ εἶναι διὰ τὴν τοῦ παιδίου γένησιν, οὐχ οὖσα λεχώ᾽ xal γὰρ μετὰ τὸ τεχεῖν αὐτὴν μαιωθεῖσαν φασίτινες παρθένον εὑρεθῆναι,
FAOTÉV. — 6
l’enfantement dépend du Protévangile. Enfin Origene cite nettement ce livre en faveur de l'opinion qui voit dans les frères de Jésus des fils de Joseph issus d'un premier mariage 1. D’après ces témoignages il semble qu'il faille reporter au milieu du second siécle la composition du Protévangile. On peut tirer un confirmatur du style,
très voisin de celui des Évangiles canoniques, et surtout. de la thése développée et soutenue parle livre. C'est vers” le milieu du ri? siècle qu'il y avait urgence à défendre la virginité absolue de la Vierge, et la naissance miraculeuse du Sauveur contre une fraction des ébionites, les na- i zaréens, contre les cérinthiens et les marcionites, con-« tre les calomnies des Juifs enfin, qui, à cette époques méme, trouvaient un écho dans le livre de Celse.
Pourtant, à la méme date oü Tischendorf faisait paraitre sa dissertation, Hilgenfeld ? émettait des doutes | sur l'unité du Protévangile. Son argumentation, au moins dans ses grandes lignes, a été reprise par Lipsius 3. Law simple inspection du texte montre d'aprés ce dernier, que l'on n'a pas affaire à une œuvre homogène. Le ch. xvii, par exemple, qui décrit le brusque arrêt de la nature dans le temps qui précéde la naissance de Jésus, présente un coloris gnostique nettement accusé, D'autre part, il y a à cet endroit méme un remarquable changement de per- . sonne. Jusqu'à présent la narration était impersonnelle ;
1. Origène, Comment. in Matth., t. x, 17, P. G., t. xin, col. 876-877. 3 « Pour ce qui est des fréres de Jésus, certains disent, en s'appuyant sur une tradition du soi-disant Évangile de Pierre, ou du livre de Jacques, que c'étaient des fils de Joseph nés d'une première femme que Joseph avait eue avant Marie.
2. Hilgenfeld, Kritische Untersuchungen über die Evangelien Justins, Halle, 1850, p. 153 sq.; et dans Zeitschrift für wissenschaftliche '"Theologie, 1865, Heft 111, p. 339 sq.: 1867, Heft τ, p. 87 sq. ; enfin dans son livre, Historische kritische Einleitung im N. T., Leipzig, 1875, p. 152.
3. Dans Smith et Wace, Dictionary of Christian Biography, t. τι, p. 702 sq., article sur les Évangiles apocryphes.
à ce moment Joseph prend lui-même la parole pour rapporter les miracles qui annoncent la venue du Sauveur. On serait donc tenté de rejeter tout ce chapitre comme une interpolation !. Mais cela est impossible, car il faudrait en méme temps exclure une partie du chapitre suivant où Joseph raconte, également à la première personne, son entretien avec la sage-femme. Il faut donc bien reconnaître 101 une tentative malheureuse de soudure entre deux documents d'origine différente. — D’autres observations d’ailleurs mènent à une conclusion du méme genre. Le fil de la narration est rompu en plusieurs endroits ?; fréquemment le récit se refére à des faits qui auraient dü étre précédemment racontés, et qui ne se retrouvent pas dans le contexte; l'histoire se termine d'une maniére tout à fait singuliére; enfin dans plusieurs eas les récits conservés par Pseudo-Matthieu présentent un texte plus original.
La même conclusion défavorable à l'unité du livre ressort de l'examen des témoignages. Origéne qui emprunte au livre de Jacques la tradition relative aux frères du Seigneur, connaît sur le meurtre de Zacharie un récit tout différent de celui que rapporte le Protévangile ?. En réa-
1. Ainsi fait Hofmann, Das Leben Jesu nach den Apokryphen, p. 110.
2. Lipsius ne donne pasd'exemples; on peut donner celui-ci: A partir de xxr, 3, il n'est plus une seule fois question de Marie ni de Jésus; c'est Élisabeth, saint Jean et Zacharie qui occupent la scène.
3. In Matthzum, tract. xxv et xxvi, P. G., t. xir, col. 1629-1633. Quel est le Zacharie dont parle Jésus (Matth., xxr11, 35), et quia été tué par les Juifs entre le sanctuaire et l'autel ? Origéne ne pense pas que ce soit l'ancien prophète de ce nom; ce ne peut être que Zacharie, père de Jean-Baptiste. Sans doute l’Écriture ne nous ditrien des conditions de sa mort; mais la tradition peut suppléer à ce silence. Or il y a une tradi. tion (ἀλλ᾽ ἦλθεν eic ἡμᾶς τοιαύτη τις παράδοσις), d’après laquelle Zacharie aurait permis à Marie, même après la naissance de Jésus, de se tenir dans le parvis du temple réservé aux vierges, assurant qu’elle était digne de cette place. Irrités de cette transgression apparente de la loi, ses compatriotes le tuèrent.
lité, il n’y a donc point de témoignage pour l'existence du texte, dans son état actuel, avant l'époque de Pierre d'Alexandrie (f 311). L'examen du témoignage de Justin: amène à conclure que cet auteur a connu un écrit appa- | renté au Protévangile, bien qu'en différant sur plusieurs points. Il n'y a pas grand fonds à faire sur la mention de
la grotte de Bethléem ; ce peut étre chez Justin le. résultat d’une simple tradition locale. Il ne faut pas in-sister davantage sur le fait, mis en évidence par Hil-
genfeld, que Justin rapporte les paroles de l'angeà Marie,
au moment de l’annonciation, de la méme manière
quele Protévangile, c'est-à-dire en combinant Luc., r, 308
δοὺ συλλήψῃ ἐν γαστρὶ xai τέξῃ see Lai χαλέσεις τὸ ὄνομα αὐτοῦ
Ἰησοῦν, avec Matth., 1, 215, αὐτὸς γὰρ σώσει τὸν λαὸν αὐτοῦ ἀπὸ τῶν ἁμαρτιῶν αὐτῶν i. Mais 1l est un autre passage de Jus-
OR EP To GU gi POP
tin étroitement apparenté au texte du Protévangile ?.- Seulement la relation établie par Justin entre la joie | conçue par Marie et le message angélique est beaucoup plus naturelle que dans le Protévangile, où cette | méme joie conçue par la Vierge est attribuée aux paroles que le grand-prétre adresse à Marie dans le tem- ; ple. Il est donc vraisemblable qu'en reproduisant les. paroles πίστιν xai χαρὰν λαθοῦσα Μαρία, Justin utilise
1. Le Protévangile donne la combinaison suivante: διὸ χαὶ τὸ γεννώμενον ἐκ σοῦ ἅγιον x) ηθήσετα: υἱὸς ὑψίστου, xal χαλέσεις τὸ ὄνομα αὐτοῦ 'Imσοῦν" αὐτὸς γὰρ σώσει: τὸν λαὸν αὐτοῦ ἀπὸ τῶν ἁμαρτιῶν αὐτῶν.--- Justin, Apol., 1,33, ἰδοὺ συλλήψη ἐν γαστρὶ ἐχ πνεύματος ἁγίου xai τέξῃ υἱὸν, χαὶ
υἱὸς ὑψίστου χληθήσεται, χαὶ χαλέσεις τὸ ὄνομα αὐτοῦ ᾿Ιησοῦν, αὐτὸς γὰρ σώσει: τον λᾶον ŒUTOU XTO τῶν αμαρτιων αυτων.
2. Justin, Dial., 100, oppose Marie à Eve. Celle-ci étant encore vierge, ayant écouté la parole du serpent (le grec est plus fort τὸν λόγον τὸν ἀπὸ τοῦ ὄφεως συλλαδοῦσα), enfanta la désobéissance et la mort, la Vierge Marie, au contraire, ayant concu foi et joie du message angélique répondit : « Qu'il me soit fait selon ta parole » (πίστιν δὲ xxi χαρὰν λαὀοῖσα Magiy. à παρθένος). — On rapproche ces mots de Protév., xn,2: χαρὰν δὲ λαδοῦσα Maprau ἀπίει πρὸς 'EA:056:-. — Pour notre compte, nous croyons ce rapprochement purement fortuit.
un document original dont le Protévangile actuel s’est également servi. C’est probablement aussi à ce document original que se réfèrent Clément d'Alexandrie et Origène dans les textes déjà cités. Ce document a dû être dans la suite exploité par les gnostiques. Nous savons en effet par Épiphane qu'il existait, à la fin du 1v? siècle, dans les milieux gnostiques, des livres relatifs à la nativité de la Vierge 1. L'Évangile de Peudo- Matthieu pourrait provenir de ces remaniements. En particulier les narrations contenues dans les derniers chapitres, et qui manquent dans le Protévangile, rapportent des miracles de Jésus enfant, d'un caractère incontestablement gnostique.
Mais le gnosticisme ne peut pas à lui tout seul expliquer le Protévangile. À côté des traits certainement gnostiques on rencontre en effet de nombreuses indications qui témoignent d'un auteur judéo-chrétien, ou tout au moins ayant des coutumes juives une connaissance exacte. Expliquer ce double caractère par lexistence d'un seul auteur, ébionite à tendances gnostiques, est inad missible, surtout quand l'on songe à certaines ignorances grossières du Protévangile à l'endroit du judaïsme. Ce curieux mélange de connaissance précise et de grossiére ignorance de la pensée et des coutumes juives nous force donc à distinguer entre un original judéo-chrétien et un remaniement gnostique. Le premier de ces écrits est conservé pour une grande part dans le Protévangile de Jacques, plus complétement et plus fidélement encore dans Pseudo- Matthieu. À en croire Lipsius, il faudrait donc distinguer dans la formation du Protévangile actuel les étapes suivantes : 1) L’œuvre judéo-chrétienne attribuée
1. Épiphane, Hæres., xxvi, parle d'une secte avec quiila eu des rapports personnels ; ces sectaires faisaient usage d'un grand nombre de livres apocryphes, 12, γένναν μὲν γὰρ Μαρίας βιδλίον τί φασιν εἶναι, ἐν ᾧ δει-
νά τε xai ὀλέθρια ὑποδάλλοντές τινα ἐχεῖσε λέγουσιν, P. G., t. και, col. 349,
à Jacques et qui existait déjà à l'époque de Justin.
2) Une recension gnostique de cet écrit qui portait usuel lement le nom de Joseph, mais qui était mise aussi sous le nom de Jacques, et qu'on a pu également attribuer à Leucius Charinus. Cette recension daterait du milieu du iri? siècle. — 3) Enfin divers remaniements catholiques obtenus en combinant de différentes manières les deux textes anciens. Notre Protévangile actuel serait le plus vieux de ces remaniements, ayant paru dans la
seconde moitié du in? siècle. Pseudo-Matthieu est une
œuvre du méme genre, dérivée des mêmes sources, mais postérieurement.
Zahn, en 1892, a repris l'examen de la question !, mais sans doute les preuves données par Lipsius ne l'ont point satisfait, car il regarde comme incontestable l'unité du livre. La date peut étre fixée par les témoignages des auteurs ecclésiastiques. Le terminus ad quem est donné par Origéne dans le Commentaire sur saint Mat- | thieu, x,17, où cet écrivain mentionne le livre de Jacques à côté de l' Évangile de Pierre à l'appui del'idée que les frères de Jésus sont les fils de Joseph issus d'un pre- | mier mariage. Les autres rapprochements que lon a essayé de faire entre Origéne et le Protévangile ne sont pas concluants, il peut s'agir tout simplement de traditions apparentées, mises en circulation à cette époque, peutêtre par des écrits apocryphes. Mais en toute hypothèse | le Protévangile a été connu d'Origéne. — Il l'a été vraisemblablement aussi de Clément d'Alexandrie. Il ne s'agit pas seulement du texte cité plus haut (Strom., var, 16). Dans le fragement des /Typotyposes conservé dans les Adumbrationes in Judz epistolam, Clément fait allusion à un premier mariage de Joseph. Il est manifeste, ajoute Zahn, que l'auteur en cet endroit se rallie à l'opinion ex- '
1. Geschichte des neutestamentlichen Kanons, t. 11, p. 774-780.
primée pour la première fois par le Protévangile touchant les frères du Seigneur !. — Enfin de Clément on peut remonter à Justin. Selon toute vraisemblance c'est sous l'influence du Protévangile que cet écrivain a combiné dans le récit de l'annonciation les paroles qu'on lit dans saint Luc avec celles qui se trouvent en saint Matthieu 3, C'est au Protévangile également qu'il a emprunté la notice concernant la grotte de Bethléem 3.
On peut donc considérer comme à peu prés certain que Justin a connu le Protévangile, et qu'il l'utilisait sensiblement de la méme manière que les Évangiles canoniques. Cela donnerait à cet apocryphe une assez haute antiquité. Mais on peut remonter plus haut encore que Justin. L’ Évangile de Thomas en effet, qui a dû être composé avant 150 4 semble être une continuation du Protévangile deJacques. S'il en est ainsi, ce dernier apocryphe a dû être écrit au plus tard dans les premières décades du rn? siècle; et au milieu de ce même siècle, c'était un livre qui avait déjà une certaine diffusion et une grande influence. Enfin l'antiquité de l'ouvrage est également prouvée par la hberté avec laquelle l'auteur traite les sources canoniques qu'il utilise. Sans doute 1l n'y a nulle part de contradiction entre son texte ou son esprit et celui des Évangiles canoniques, mais ces écrits ne constituent pas pour lui une règle inviolable. Il n'est pas gêné pour mettre la naissance de Jésus à une certaine distance de Bethléem ; il n’a pas de place pour la fuite en Égypte ; il rat-
1. Zahn, Forschungen zur Geschichte des N. T. Kanons, III Teil, Erlangen, 1884. Voicile texte tel que le restitue Zahn, p. 83: Judas, qui catholicam scripsit epistolam, frater filiorum Joseph exstans, valde religiosus et cum sciret propinquitatem domini, non tamen dicit seipsum fratrem ejus esse; sed quid dixit : Judas sereus Jesu Christi, utpote domini, frater autem Jacobi, hoc enim verum est, frater ejus erat ex Joseph.