Le Protévangile chez les écrivains de langue grecque
En étudiant la date du Protévangile, nous avons déjà eu l’occasion d'indiquer les premiers témoignages qui s’y rapportent. Rappelons seulement que,s'il n'est pas certain du tout que Jusrin ait connu notre apocryphe, il est infiniment vraisemblable que CLÉMENT D’ALEXAN- DRIE lui ἃ emprunté la tradition relative à l’enfantement virginal de Marie. OriGÈNE enfin sait quele Livre de Jacques, aussi bien que l' Évangile de Pierre, avait sur les frères de Jésus des opinions particulières et les considérait comme des fils de Joseph, issus d’un premier mariage. Origéne n'accepte ni ne rejette cette explication; il fait simplement remarquer que « ceux qui disent cela veulent sauvegarder la dignité et la virginité perpétuelle de Marie. » C'est une opinion qu'il trouve parfaitement raisonnable, « car, s’il est juste de dire que Jésus a offert au Seigneur les prémices de la virginité masculine, il faut bien reconnaitre que Marie a consacré ceux de la virginité féminine |. »
On possède sous le nom de GRÉGOIRE LE THAUMA-
1. Origène, Comment. in Matth., x, 17, P. G., t. xr, col. 876-877.
TURGE, évêque de Néo-Césarée vers 250, un certain nombre d'homélies relatives à l’annonciation de la sainte Vierge et à la nativité du Christ. Les trois homélies conservées en grec et publiées dans la Patrologie de Migne ! présentent plusieurs allusions qui font songer au Protéeangile. Sans parler de la mention de la grotte de la nativité, il est rappelé que les prétres donnérent Marie au
chaste Joseph, ὡς σώφρονι τῷ Ιωσὴφ ἡρμόσαντο τὴν Μαρίαν, (col. 1173), non point comme une épouse ordinaire, mais comme un dépôt: μεμνηστευμένην. οὐ συνημμιένην, μεμνηστευ-. μένην. ἀλλὰ τηρουμιένην. Des réminiscences du même genre se retrouvent dans le sermon sur la nativité du Christ. publié en arménien par Paulin Martin. Mais il est certain. que les trois homélies grecques ne sont pas authentiques: elles parlent en effet des deux natures en Jésus-Christ, d’une manière qui suppose les définitions de Chalcédoine, Quelques critiques se sont montrés plus favorables à lauthenticité de la dernière; elle nous semble aussi diffi- / cile à admettre; le témoignage de Grégoire le Thaumaturge en faveur du Protévangile reste donc incertain 2.
Avec PIERRE D’ALEXANDRIE (f 311) nous avons enfin une référence certaine au Protévangile tel qu'il existe actuellement. Dans le 139 des canons pénitentiels an-« nexés à son écrit περὶ μετανοίας, le président de l'é- E
cole catéchétique veut montrer, par des exemples tirés de l'Écriture, que la fuite en temps de persécution n'est pas.
1. P. G., t. x, col. 1146-1176. Paulin Martin en a publié une recension syriaque et une recension arménienne dans Pitra, Analecta sacra, t. 1v, ila édité de plus un sermon sur la nativité du Christ en arménien; la traduction dans ce méme volume, p. 386 sq. 1
2. Harnack, Chronol., t. 11, p. 101, se prononce contre l'authenticité « de toutes les piéces éditées par Paulin Martin. Loofs, au contraire, Theologische Litteraturzeitung, 1884, col. 551, avait admis l'authenticité du sermon sur la nativité du Christ.— Neubert, Maríe..., p. 186, s’est rangé à l'avis de Loofs. La position d'Harnack me semble plus » fondée. L'allure de cette homélie soi-disant du 111? siécle rappelle tout à fait celle d'une foule de sermons du v* et du νι siècle.
nécessairement une faute. Aprés avoir rappelé le massacre des Innocents à Bethléem et la fuite de la sainte Famille en Égypte, il ajoute un dernier exemple : « En méme temps (que les Innocents), Hérode faisait chercher, pour le tuer, l'enfant né avant Jésus. Ne l'ayant pas trouvé, il fit tuer son pére Zacharie entre le sanctuaire et l'autel, alors que l'enfant fuyait avec sa mére Élisabeth, de quoi ils ne méritent aucunreproche. Μεθ’ ὧν τὸ πρὸ αὐτοῦ γεννηθὲν ἕτερον παιδίον ζητήσας ἀ ποχτεῖναι xot μιὴ εὑρὼν, τὸν πατἐρααὐτοῦ Ζαχαρίαν ἐφόνευσε μεταξὺτοῦ ναοῦ xal τοῦ θυσιαστηρίου, ἐκφυγόντος τοῦ παιδὸς μετὰ τῆς μητρὸς ᾿Ελισάῤετ, ἀφ᾽ ὧν οὐδεμίαν μέμψιν ἔχουσιν!. » C'est l'histoire rapportée par le Protévangile aux ch. xxi-xxin.. La manière dont Pierre d'Alexandrie la met en relation avec le massacre des Innocents et la fuite en Égypte, fait songer tout naturellement à la narration de notre apocryphe. Sans doute, Pierre ne mentionne pas ses sources, mais il me semble impossible que la liaison entre l’histoire de Jésus et celle de Jean-Baptiste soit due simplement au hasard ?,
Parmi les sermons attribués à GnÉcoiRE DE Nysse, se trouve un discours sur la nativité du Christ et le massacre des Innocents 3, Tillemont * a noté que cette « oraison a beaucoup de choses prises à la grande Catéchése. » Toutefois l'incontestable parenté entre ce discours et la compilation attribuée à saint Cyrille et qui porte le titre Adversus Anthropomorphitas 9, peut faire douter de l'authenticité ; d'autant « qu'il y a quelques histoires qui tout au moins sont fort incertaines, tant sur la mort