‹ Le Protévangile de Jacques et ses remaniements latins;Chapitre 60 sur 112 · P. G., t. xvii, eol · texte numérisé non relu

P. G., t. xvii, eol

peine de rapporter l’histoire que raconte sur Marie un

|eertain Jacques. Il dit, en effet, que dans les tribus

d'Israel 11 existait un homme riche appelé Joachim. »

| Suit le récit qui se retrouve dans le Protévangile. Seule-

ment tout ce qui faisait le pittoresque de la légende primitive a disparu, en particulier les dialogues, les parties vivantes et anciennes ; l'ensemble dela narration est uni-

formisé en un style facile et plat. L'économie générale

est sensiblement la méme que celle du Protévangile, puisqu'on y retrouve le massacre des Innocents, la fuite d'Élisabeth dans la montagne, le meurtre de Zacharie et l'élection de Siméon. L'auteur connait de plus une autre version sur la mort de Zacharie; 1] l'ajoute à la suite de la légende du Protévangile. Bien que Pseudo-Eustathe ne suive pas de très prés le texte de notre apocryphe, on peut en tirer cependant quelques lecons intéressantes; aussi Tischendorf l’a-t-1l publié dans les notes de son édition critique.

Le sermon attribué à MÉrnopios p'Orvwrzr (f 311 ?) sur Siméon, Anne et la sainte mère de Dieu (P. G., t. xvni, col. 347 sq.), utilise quelques données du Protévangile. Mais on ne saurait le considérer comme authentique. En dehors done du témoignage d'Épiphane il ne reste pas de références certaines au Protévangile dans la littérature du 1v? siècle. Les écrits qui le citent d'une manière plus ou moins copieuses sont des compilations assez tardives. Du moins, l'autorité de l'évéque de Salamine nous garantit qu'à la fin du rv? siècle on n'hésitait pas dans certains milieux à voir dans notre apocryphe une relation véridique de la nativité de Marie.

A partir du v? siècle au contraire, les témoignages authentiques vont se multiplier, qui montrent la diffusion

1. "A£tov δὲ xal τὴν ἱστορίαν, ἣν διέξεισι περὶ τῆς ἁγίας Μαρίας ᾿Ιάχωδός cic ἐπελθεῖν. Φάσχει γὰρ ἐν ταῖς φυλαῖς τοῦ ᾿Ισραὴλ ἄνδρα πλούσιον γεγενῆσθαι, x.

εν Π loccit., col. 772.

de plus en plus grande des légendes du Protévangile, e l'autorité qu'on attribue à ce livre. Il serait fastidieu: de les énumérer tous. On se contentera donc désormais de classer les références et de donner un exemple des témoignages les plus remarquables. |

Ce sont les orateurs qui, les premiers, ont exploité avec complaisance les relations légendaires de Pseudo-Jacques Certaines fétes du Seigneur (la Nativité d'abord,la Présentation au temple, finalement au vi? siècle la fête de l’Incarnation), puis lés fêtes spécialement réservées à Marie (Nativité, Assomption, postérieurement la Pré sentation) leur donnent l'occasion de célébrer Marie. Et. comme les Évangiles sont muets sur nombre de circonstances de sa vie, les orateurs byzantins n’hésiteront pas à demander les renseignements dont ils ornent leurs pané gyriques à la littérature apocryphe. Au début, les allu sions sont asssez fugitives, mais bientôt on s’enhardiræ jusqu'à expliquer et commenter en chaire le texte du Pro-tévangile, comme on pouvait le faire pour les récits canoniques. Dans les sermons de Pnocrvs, patriache de Cons tantinople entre 434 et 447 (P. G., t. .xv), nombre de morceaux sont consacrés aux louanges de la Vierge. Le sixième discours, ἐγχώμιον εἰς: τὴν θεοτόχον Μαριάμ, veus défendre la virginité perpétuelle de Marie. Il s'y inter” cale un dialogue en prose rimée entre Joseph et Marie qui rappelle par plusieurs traits les paroles échangées entre les deux époux. Prot., xi11 1. — AwpRÉ DE CRÈTE, né |

1. Voici le début, qui donnera quelque idée de cette prose rimée: ὠγχώθη τῆς Παρθένου ἡ κοιλία, xai ἐτρώθη τοῦ ᾿Ιωσὴφ f, καρδία" εἶδε τὴν Étapes σιν τῆς γαστρὸς, Lai ἀπέγνω τῆς ἁγνείας τὸ μυστήριον παντελῶς" ἐθεώρησεν ἐγ

χύμονα, χαὶ εἰς μέγιστον χατέπεσε χλύδωνα᾽ προσέσχε πεφορτωμένην xal ÜTEVOEN σε πεφθαρμένην (col. 735). Aprés quoi l'auteur remonte à la scène de l'Annonciation et avec les mêmes procédés de style raconte le dialow gue entre l'ange et Marie. — On retrouverait le même genre de style dans une homélie faussement attribuée à saint Jean Chrysostome ^ εἰς τὸν εὐαγγελισμόν, P. G., t. Lx, col. 757 sq., et dans Germain de Cons à

tantinople, voir plus loin. -

à Damas dans la seconde moitié du vr® siècle, évêque de Crète en 711, mort vers 720, est célèbre par les nombreux sermons qu’il a consacrés à la très sainte Théotokos (P. G., t. xcvir, col. 809 sq.). Quatre d’entre eux sont relatifs à la Nativité de la Vierge 1, qui depuis un siècle au moins se célébrait en Orient. Les allüsions au Pro-

tévangile de Jacques y sont nombreuses, quoique discrétes,

et le texte n'est pas encore cité d'une maniére précise. L'orateur est plus préoccupé des considérations dogmatiques et recherche dans l'Ancien Testament les figures prophétiques de Marie. L'homélie sur la féte de l'Annon-

p1iablon : εἰς τὸν εὐαγγελισμὸν τῆς ὑπεραγίας. δεσποίνης ἡμῶν

θεοτόχου s'inspire également du Protévangile. Les réflexions que se fait Marie en entendant les paroles de lange sont un commentaire intéressant de Protes., xi, 2.

Germain IT, patriarche de Constantinople en 715, a laissé plusieurs sermons relatifs aux fétes de la Vierge. C'est chez lui qu'on voit apparaitre pour la première fois la fête de la Présentation de Marie au temple (εἰς

πὴν εἴσοδον τῆς ὑπεραγίας θεοτόχου, D. G., t. xcvi, col.

292 sq., 309), qui est dés lors une des principales

solennités consacrées à la Vierge par la piété byzan-

tine. Germain la célébrée dans deux homélies qui proposent un gracieux commentaire du Protévangile. Aprés avoir montré le cortége qui, tout resplendissant de lumière, accompagne Marie au temple, l'orateur décrit l'entrée de Marie dans le sanctuaire. Elle s'approche des cornes de l'autel, pendant que ses parents prient, et que le prétre la bénit. Et voici que s'adressant au prétre les

1. "Eyxogtov εἰς τὸ γενέθλιον τῆς ὑπεραγίας θεοτόχου (col. 809) εἰς τὸ

. ets

yevéatov τῆς ὑπεραγίας δεσποίνης ἡμῶν θεοτόχου,μετὰ ἀποδείξεως ὅτι ἐχ σπέρματος χατάγεται τοῦ Δαυίδ (col. 821). --- εἰς τὴν γενέθλιον ἡμέραν τῆς παναμώμου δεσποίνης ἡμῶν θεοτόχου xal ἀειπαρθένου Μαρίας, καὶ ἀπόδειξις £x παλαιᾶς locoρίας καὶ διαφόρων μαρτυριῶν ὅτι ἐκ σπέρματος χατάγεται τοῦ Δαυίδ (col. 844). — εἰς nv ἁγίαν γέννησιν τῆς ὑπεραγίας δεσποίνης fuv θεοτόχου xal ἄει-

παρθένον Μαρίας (coi. 861).

parents lui disent : « Recois celle qui à son tour recevre (concevra) le feu immatériel et incompréhensible, recoi celle qui donnera l'hospitalité à celui qui est le Fils et 1 Verbe du Père, du Dieu unique, prends celle qui nous 8 lavés du reproche de stérilité, introduis auprès de l'aute

celle qui nous introduira un jour dans la demeure du pa radis, garde bien celle qui par son enfantement dé chirera la sentence de mort portée contre nous, et combattra la tyrannie de l'enfer » (col. 300). Et le grandprêtre Zacharie répond en faisant l’éloge des parents de la Vierge : « Auteurs de notre salut (ὦ τῆς ἡμετέρας σωτηρίας αἴτιοι), de quels noms vous appellerai-je ἢ Je suis stupéfait en voyant la grandeur du don que vous nous faites... Heureuses les entrailles qui l'ont portée (Marie), heureu-. ses les mamelles qui l’ont allaitée » (col. 301). On voit comment la gloire de Marie commencait dés lors à rejailhr sur ses parents,et comment l'on ne craint point d'adresser à ceux-ci la louange, qui dans l'Évangile avait été faite à la mère du Sauveur.

Le discours de Germain surl'Annonciation de la Vierge est fort différent des deux sermons qui précédent, mais plus curieux encore. Aprés l'exorde pompeux, obli- | gatoire pour les fétes solennelles, l'orateur imagine le dialogue entre Marie et l'ange. Toute troublée, la Vierge voudrait écarter le mystérieux visiteur: « Je crains et je tremble, dit-elle, devant de tels discours, et Je pense que tu viens me tenter comme une seconde Éve. » Et l'ange lui répond : « Je t'annonce une grande joie, je t'annonce un enfantement incompréhensible, je t'annonce l'ineffable venue du roi Trés-Haut. Et sans doute la pourpre que tu tiens signifie la dignité royale... car tu es reine et souveraine et tu es-la fille d'un roi terrestre et tu as le caractère royal » (cf. Protee., 11, 2). Et pourtant Marie n'a point confiance encore aux paroles de l'ange, il faut que celui-ci lui rappelle ses visites passées : « Ne m'astu pas vu, Ô bénie, quand tu étais dans le Saint des

Saints ? Oui, tu m'as vu, et c'est de ma main de feu que tu recevais la nourriture. Car Je suis Gabriel, c'est moi qui me tiens constamment en présence de la gloire de Dieu. » Marie cependant ne veut pas le reconnaitre « J'ai un fiancé, dit-elle, sage, juste et saint;il est exercé dans le métier de charpentier, et je crains fort qu'il ne me trouve conversant avec toi qui es un étranger, et surtout sans témoins. » La Vierge finit toutefois par se rendre aux paroles de l'ange. Elle craint encore cependant. Joseph ne la livrera-t-il pas aux mains des juges ? L'ange ne répond pas à la question, 1l semble méme s'impatienter des retards de Marie : « Voici, dit-il, qu'au moment où je te parle, le roi de gloire vient d'habiter en toi » (col, 324-328). Mais Joseph est maintenant de retour, il constate l'état de Marie; l'orateur développe, en un trés long dialogue, l'échange de paroles qu'avait. sobrement noté le Protévangile. Ce dialogue a bien des longueurs, et répugnerait sans doute à notre goüt actuel, on trouverait aujourd'hui dans l'attitude de Joseph, dans ses propos, beaucoup de banalité et d'indélicatesse. Tel qu'il est, il est caractéristique de l'époque; on croirait entendre les répliques de quelque mystère du moyen âge latin (cf. col. 332-336).

Saint JEAN DawascENE est presque le contemporain de Germain de Constantinople. Ses deux homélies sur la nativité de la Vierge (P. G., t. xcvi, col. 661, 680) fournissent le type de tous les discours postérieurs qui nous ont été conservés. L'orateur débute en général par un exorde fort solennel, où il exalte par-dessus toutes les autres la fête où 1] prend la parole. Suit un hymne de louange en l'honneur de Marie, car la naissance de la bienheureuse Vierge est le prélude du salut; aprés quoi une transition, qui va devenir tout à fait classique, amène la narration du Protévangile. « Mais 1] convient, dit l'orateur, de rappeler de qui elle était fille, de faire mention de la souche qui a donné ce rejeton toujours ver-

122 HISTOIRE DU LIVRE Dp

doyant de la virginité. » Les textes de notre apocryphe étant ainsi rejoints, on en commence l'explication, que l'on arréte, en général, au chapitre relatif à la présentation. Puis. vient inévitablement la longue suite des salutations adressées par l'orateur à la sainte Théotokos, où s'accumulent à plaisir toutes les métaphores seripturaires qui peuvent se tourner à la gloire de Marie!. —C'est le plan que l’on retrouvera avec plus ou moins de modifications dans le sermon de JrAw Dp’Eusée (vers 750) sur la conception de la sainte Théotokos ?, féte qui, d'aprés l'orateur, devrait être la première des solennités maria- | les, bien qu'elle ne soit pas célébrée par tous. « C'est celle en effet où les bienheureux parents, Joachim et Anne recurent l'annonce de la naissance de Marie, la mére de Dieu, toujours vierge ?. » De méme dans le sermon de Paorius (f à la fin du rx? siècle) sur la nativité de la très sainte Théotokos (P.G., t. cri, col. 548 sq.); dans celui de Nicéras Davip,évéque de Dadybia en Paphlagonie - (f 890), sur, le méme sujet (P. G., t. cv, col. 16 sq dans les nombreux discours de GEORGES DE NICOMÉDIE 4 ami de Photius (+ fin du ix? siècle) (P, Gg eco 1336 sq.). Dans la seconde moitié du x* siècle, le sermon

1. Saint Jean Damascéne mentionne également les légendes du Protévangile dans le De fide orthodoxa, 1. IV, c. xiv: De genere Domini, M deque sancta Dei Genitrice, P. G., t. xciv, col. 1156-1157.

2. Εἰς τὴν σύλληψιν τῆς ἁγίας θεοτόκου. P. G., t. xcvr, col. 1460 sq.

3. Ibid., col. 1500. C’est la première référence que j'aie trouvée, dans « les orateurs grecs, à la fête de la conception de Marie.

4. Les premiers sermons sont relatifs à la fête de la Conception : εἰς τὸν χρηματισμὸν τῆς συλλήψεως τῆς ἁγίας θεοτόχου (col. 1336)*— ἐγκώμιον εἰς τὴν σύλληψιν τῆς ἁγίας Ἄννης τῆς μητρὸς τῆς ὑπεραγίας Beorézov(col.1353). ν᾽ — λόγος εἰς τὴν σύλληψιν xai ἀπότεξιν τῆς ὑπεραγίας δεσποίνης ἡμῶν x- τ. (col. 1376). Il y en a d’autres qui se rapportent à la fête de la Présentation de la Vierge : Γεωργίου μονάχου xxi χαρτοφύλαχος τῆς μεγάλης 1

ἐχχλησίας, ἐγχώμιον εἰς τὴν ἀπόδοσιν τῆς ὑπεραγίας θεοτόχου ἐν τῷ ναῷ χαὶ ἀφιέρωσιν τῷ θεῷ χατὰ τὴν ἱστορίαν (col. 1401). On remarquera les deux derniers mots qui visent le Protévangile. — Γεωργίου μητροπολίτου

Νιχομηδίας λόγος εἰς τὰ εἰσόδια τῆς ὑπεραγίας θεοτόχου (col. 1420).

de JEAN LE GÉOMÈTRE sur l'annonciation (P. G., t. cvi, col. 821) s'inspire également des données du Protévangile, comme aussi les discours de l'empereur LÉON LE PaizosoPpne (886-911) (P. G., t. cvu) !.

Il reste sous le nom de Jacques LE Moine (P. G., t. cxxvir), qui vivait au x1? siècle, un bon nombre de discours sur les fétes de la Vierge apparentés de trés prés à ceux de Jean de Nicomédie et de Nicétas le Rhéteur. A les lire, on s'explique comment les légendes du Protéeangile ont eu un pareil développement. Les orateurs du xi? siècle et des époques suivantes, en effet, ne se font point scrupule de piller leurs devanciers et répètent sans hésitation ce qu'ils trouvent chez ceux-ci. Toutefois les titres que portent dans les manuscrits les sermons de Jaeques le Moine présentent une particularité qu'il convient de signaler. Les trois premiers qui se rapportent à la Conception, à la Présentation et à l'Annonciation de la Vierge semblent mettre sur le méme pied l'histoire de Pseudo-Jacques et les Écritures divines ?. Il y a méme dans le sermon sur l'annonciation une remarque fort curieuse: « Considérez, dit l’auteur, comme la narration évangélique concorde bien avec l’histoire (c'est-à-dire avec le Protévangile). Cela montre bien que celle-ci provient elle aussi du même esprit. L’histoire, en effet, fait mention d’abord de la mutité de Zacharie, puis raconte

1. Sermons sur la nativité de la Vierge; — Sur l’annonciation; — Sur la nativité du Christ (n. 28, allusion à la lumière qui éclaire la grotte de Bethléem au moment de la nativité de Jésus). Cf. dans l'homélie v1?, col. 49.

2. Εἰς τὴν σύλληψιν τῆς ὑπεραγίας θεοτόχου &xXevelc ἀπὸ τῶν θείων γραφῶν xa περὶ ro’ ἐν ἱστορίαις τῶν ιβ᾽ φυλῶν τοῦ ᾿Ισραήλ (col. 544).— 2. εἰς τὴν γέννησιν τῆς ὑπεραγίας δεσποίνης ἡμῶν θεοτόκου (col. 568) — 3. ἐχλεγεὶς ἀπὸ τῶν θείων γραφῶν εἰς τό" ἐγένετο τριέτης ἡ παὶς, καὶ εἰς τὴν ἀπόδοσιν τοῦ ναοῦ εἰς τὰ ἅγια τῶν ἁγίων τῆς ὑπ. θεοτόχου, χαὶ εἰς có' ἐδέξατο αὐτὴν ὁ ἱερεὺς xai ἐφίλησεν αὐτὴν, καὶ εἰς τὸ ἑξῆς (col. 600). — 4. εἰς τὸν -εὐαγγελισμὸν τῆς ὑπ. θεοτόχου ἀπὸ τῶν θείων γραφῶν (col. 632). —5. Λόγος εἰς τό᾽ ἀναστᾶσα δὲ Μαριὰμ, ἐν

ensuite les merveilles de la grâce (c'est-à-dire l'incarnation). Et l'Évangile d'autre part, aprésavoir longuement. parlé de l'accident de Zacharie, met aussitôt après le ré-cit de l'annonciation » (col. 633). Et plus loin faisant remarquer l'existence dans le Protéeangile d'une double salutation de l'ange, l'orateur continue :« C'est l’histoire. qui semble avoir raison, en placant prés de la fontaine la première salutation de l'ange à Marie. Si l'évangé-

liste a passé cette scéne sous silence, c'est pour abréger, comme il a accoutumé. Le récit de l'histoire au contraire 1 | est beaucoup plus naturel » (col. 640). Il ne foudre sans doute pas conclure de là que Jacques le Moine comp- | tait le Protévangile parmi les livres canoniques; jamais chez les Grecs les légendes racontés par Pseudo-Jacques * n'ont eu le titre d'Évangile, et jamais personne n'a songé à les introduire dans le canon !. Du moins la manière dont parle cet auteur montre bien quelle estime on faisait de ces récits, et combien peu l'on était en défiance contre de semblables traditions.

Quelques orateurs grecs, cependant, semblent avoir eu plus de réserve. Dans l’œuvre importante de Tnu£Éo-

PHANE KÉnawEvus, archevêque de Taormina en Sicile

; (xri siècle), on chercherait vainement des traces du Prosévangile. Mais on retrouve le fil de la tradition dans les sermons d'Isipong ΡῈ TnuessarowiQug,l'un des derniers orateurs byzantins, à la fin du xiv? siècle (P. G., t. cxxxix, col. 11-165). On rencontrera chez lui tous les procédés classiques que nous avons déjà maintes fois rapportés. Signalons seulement le joli tableau où il décrit l'entrée de Marie dans le temple. La Vierge ayant entendu

les paroles du grand-prétre se détache lentement du

1. Le Protévangile n'est mentionné comme apocryphe que dans le Catalogue des 60 livres, περὶ τῶν ξ΄ βιδλίων xal ὅσα τούτων ἐχτός. — ὅσα ἀπόχρυφα.... ιε΄ ᾿Ιακώδου ἱστορία. — La date de ce catalogue, qui n'a d’ailleurs nul caractère officiel, est difficile à préciser. Cf. Zahn, Ges-

chichte des N. T. Kanons, t. 11, p. 289-293.

Tm

groupe des jeunes filles qui l'ont accompagnée en tenant des flambeaux; toute gracieuse, en méme temps que pleine de gravité, elle aborde le grand-prêtre et lui fait comprendre par ses paroles et sesgestes enfantins que c'est Dieu désormais qu'elle accepte pour son partage (col. 61).

Les hagiographes et les historiens byzantins n'ont pas moins contribué que les orateurs à populariser les légendes du Protévangile. Il ne saurait être question de mentionner 101 les trés nombreuses productions de lhagiographie byzantine. Signalons seulement la plus importante au point de vue qui nous occupe : la vie de la très sainte Mère de Dieu d'ÉrienawE LE Moixe ! (vers 780) (P. G., t. cxx, col. 185 sq.). C'est une histoire critique que prétend nous donner cet auteur, aussi prendil grand soin de nous apprendre la méthode qu'il a suivie : « Beaucoup, dit-il, parmi les anciens docteurs ont disserté sur le compte de celle qui est proprement et véritablementla Mère de Dieu, Marie, la vierge perpétuelle. Les uns ont annoncé à l'avance par diverses figures prophétiques les merveilles qu'elle devait opérer... Les saints apótres d'autre part ont éerit avec zéle sur le Verbe qui s'est incarné en elle; mais d'elle-méme ils n'ont dit que peu de choses. Tous affirment cependant qu'elle descendait de David. Quant à ses panégyristes, c'est parmi les saints Péres qu'on les trouve. Aucun d'eux toutefois n'a écrit d'une maniére précise et acceptable sur sa vie, ses jeunes années, son éducation, sa mort. Ceux-là méme qui ont fait effort pour en donner quelque partie n'ont pas été jusqu'au boutet ont senti leurs forces les trahir, tels Jacques l'Hébreu (c'est-à-dire l'auteur du Protévangile) et Aphrodisianos le Perse ?, et d'autres encore, qui

1. 'Extgavíou μονάχου xxi πρεσδυτέρου λόγος περὶ τοὺ βίον τῆς om. θεοτόχου χαὶ τῶν τῆς αὐτῆς χρόνων.

2.11 s'agit d'un dialogue sur les questions religieuses soi-disant tenu à la cour des Sassanides. L'ouvrage serait de la fin du v1? siècle. De

après avoir uniquement parlé de sa naissance ont aussitôt coupé court. Sur la dormition, Jean de Thessalonique a fait un discours fort célèbre, mais finalement s’est” porté ombrage à lui-méme. Un autre Jean qui se pare du titre de théologien s'est attiré à lui-même le reproche de mensonge !. André de Jérusalem, évêque de Crète, . qui a dit quelques bonnes choses et fort justes, s'est arrété en cours de route et au lieu d'une histoire a donné un sermon. Pour nous, nous avons procédé avec critique et avons rassemblé les choses croyables, solides et vraies, d'abord dans I Histoire ecclésiastique d' Eusébe surnommé Pamphile, puis dans les ceuvres des autres écrivains et docteurs, et nous les présentons aux amateurs de style simple » (col. 185-186). En fait, l'excellent Épiphane est | loin d'avoir rempli sa promesse. Son œuvre manque complètement de critique, et Jacques l’Hébreu, qu'il malméne dans son prologue, lui a fourni l'essentiel de son récit pour ce qui concerne l’origine, l’annonce et la naissance de Marie. Il est vrai qu'il s'y ajoute une généalogie fort compliquée, et qui finit par embrasser les principaux personnages de l'histoire évangélique. Elle a d'ailleurs pour but d'établir que Marie est la fois de la lignée de David par son pére, de celle de Lévi par sa mére, réunissant ainsi en elle-méme les deux dignités royale et sacerdotale.

Épiphane ne s'en tient pas là; il modifie selon sa libre fantaisie qu'il estime de l'esprit critique quelques données du Protévangile. L’apparition de l'ange à Joachim se passe non plus dans le désert mais au temple; Marie est d'abord présentée à Jérusalem à l’âge de trois ans, retourne à Nazareth avec ses parents; est finalement consacrée au Seigneur pour tous les jours de sa vie quand elle

nombreux mss. l'attribuent à Anastase le Sinaite. 17€ édition : Wassiliew Anecdota græco-byzantina, 1, Moscou, 1873, p. 73-125.

1. I s'agit du récit sur la dormition de la Vierge, qui se donne pour l'œuvre de Jean le théologien (c'est-à-dire de l'apótre).

a atteint l’âge de sept ans.« Et peu de temps après, Joachim son père mourut, âgé, dit-on, de quatre-vingts ans. Pour Marie elle ne s'éloignait du temple, ni jour, ni nuit; et Anne ayant quitté Nazareth vint à Jérusalem et resta avec sa fille Marie. Et aprés avoir vécu deux ans encore, elle mourut à l’âge de soixante-douze ans. Marie, ainsi devenue complétement orpheline, ne sortait plus du temple du Seigneur, et si elle avait besoin de quelque chose, elle allait seulement chez Élisabeth, car celle-ci demeurait tout prés delà. » Épiphane cherche visiblement en tout ceci à atténuer le caractére extraordinaire du séjour de Marie dans le temple ; le Protévangile avait admis, et les orateurs grecs qui s'en servirent n'avaient pas hésité à croire, que Marie avait son habitation dans le sanctuaire lui-même. Au courant des récits bibliques, l'hagiographe ne peut accepter cette violation trop flagrante de la loi juive; il imagine done une espèce de compromis. Il avait vu dans saint Luc (11, 37) que la prophétesse Anne ne s'éloignait jamais du temple, servant Dieu dans le jeûne et la priére, le Jour comme la nuit. C'est ainsi qu'il se représente la condition de Marie; il n'est pas loin de la tradition latine qui imaginera l'existence dans le temple d'un monastére de vierges juives, de tous points semblable aux couvents chrétiens, — D'ailleurs, une autre parenté se remarque dans l'écrit d'Épiphane avec les récits de l'Occident. Le portrait moral qu'il trace de la Vierge lors de son séjour au temple (col. 192-193) est le méme que lon retrouve au ch. vi de Pseudo-Matthieu, au moins dans les grandes lignes. On ne saurait expliquer cette parenté parla connaissance qu'aurait eue Épiphane du remaniement latin. Mais ce dernier écrit est évidemment inspiré sur ce point de saint Ambroise ; il est possible que l'auteur de la vie de Marie ait eu entre les mains le De eirginibus del'évéque de Milan. On trouve enfin dans Épiphane une légende relative au séjour de la Vierge dans le temple, dont il serait curieux de découvrir l'origine, « Quand la

Vierge eut douze ans, dit-il, il arriva qu'une nuit elle

riait près des portes de l’autel (du sanctuaire). Et vers mi- P p I

nuit une grande lumière brilla, dépassant la clarté du soleil, et une voix sortit du propitiatoire et lui dit :« Tu enfan-

teras mon Fils.» Or Marie garda le silence, ne dévoilant ce

secret à personne, jusqu'à l'ascension du Christ» (col. 193).

Nous avons insisté quelque peu sur l’œuvre d'Épi- |. phane; elle est la source où a puisé toute l'hagiographie | byzantine; nous serons done dispensés de mentionner | les nombreux écrivains qui ont parlé de la Vierge. On | ne saurait pourtant passer complètement sous silence l’œuvre de SIMÉON MÉTAPHRASTE (seconde moitié du.

x? siècle), puisqu'il s'est attaché, au témoignage de Michel Psellus, à mettre à la portée de ses contemporains

les vieilles légendes des saints. Il est remarquable ce-

pendant que les traces du Protévangile ne soient pas plus

nombreuses dans cette œuvre touffue, Dans la vie de

saint Jaeques, Métaphraste note que cet apótre origi-

naire de la Judée eut pour père Joseph, qui par l'excel- -

lence de ses vertus fut choisi pour étre l'époux de la vierge Marie (P. G., t. cxv, col. 200). Au 15 août, se trouve un discours qui traite de l’origine vénérable et de l'éducation de notre trés sainte dame, la Théotokos, de la naissance de Notre-Seigneur, et des choses qui arrivèrent à la mort de la vierge Marie. On s'attendrait done à trouver sous cette rubrique le texte du Protéeangile, uni, comme il arrive quelquefois, aux récits de la dormition et de l'assomption de Marie. En réalité, l'auteur n'utilise pas directement le Protévangile, mais bien le sermon de Grégoire de Nysse, que nous avons cité plus haut, et qu'il donne en entier. On remarquera que dans l’œuvre de Métaphraste il n’y a pas encore de date fixée pour la mort de sainte Anne (23 juillet dans les calendriers postérieurs); qu'il n'est point fait mention des parents de la Théotokos au 9 septembre; et que le 8 décembre n'est pas encore célébré comme la date de la conception de Marie,

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