LI MO SÉ
Pour des raisons qu'il serait trop long d'exposer, les chroniqueurs et les historiographes byzantins ont donné place dans leurs ceuvres à tout ou partie des légendes du Protévangile. Ce n'est pas dés les débuts, il est vrai. Les premiers chroniqueurs, cherchant leurs renseignements et méme leur plan dans Eusébe, n'ont pas eu l'occasion d'intercaler dans leurs récits les dates de la naissance de Marie, de sa présentation au temple, de son annonciation. On ne trouvera pas de références aux faits que nous étudions dans les chroniqueurs de l'époque justinienne. Mais ces légendes s'épanouissent amplement dans la chronique de GEorGEes CÉpRÉNos! (xi-xii? siècle), et ceci est une indication importante, car Cédrénos est le moins indépendant des écrivains, et il ne se serait pas avisé d'introduire dans son œuvre ces récits légendaires, s'il n'avait pas trouvé d'exemple de ce fait dans les écrivains antérieurs. C'est d'ailleurs à la vie de la Vierge rédigée par Épiphane le Moine qu'il emprunte ses renseignements, plus qu'au Protévangile, dont il maintient cependant quelques traditions qu'avait négligées Épiphane. Ajoutez à cela quelques données fantaisistes; en particulier celle qui concerne le vieillard Siméon : « Cet homme qui porta Diéu dans ses bras (6 feoddyos) était l'un des Septante qui avaient traduit en grec l’Ancien Testament sous Ptolémée Philadelphe, roi d'Égypte. Or Siméon, étant arrivé au passage d'Isaie « Voici que la vierge concevra et enfantera un fils, que «l'on appellera Emmanuel, » fut incrédule à ces paroles. Il était impossible, disait-il, étant donnée la nature humaine, qu'une vierge enfantàt. Étant done dans ces dispositions, il eut une révélation divine, lui annonçant qu'ilresterait en vie Jusqu'au moment où s'accomplirait le divin oracle du prophète; c’est ee que dit clairement
1. Σύνοψις ἱστοριῶν, ἀρχομένη ἀπὸ χτίσεως χόσμου, καὶ μεχρὶ τῆς βασιλείας ᾿Ισααχίου τοῦ Κομνήνου, P. G., t. cxxt.
PROTÉV. — 9
l'Évangile » (col. 365). On voit comment de Pseudo- Eustathe au moine Épiphane, et d'Épiphane à Cédrénos la tradition va en s'enrichissant. Dans la chroniqu presque contemporaine de Micngr Grivxas! (vers 1170 1180), les événements rapportés par le Protévangile sont signalés avec une trés grande discrétion, à pro pos de lincarnation de Notre-Seigneur. — Enfin les histoires générales elles-mémes n'ignorent pas ces détails et les transmettent avec fidélité. NicÉPHonE CarrisTE a composé au début du xiv? siécle une histoire de l'Église en dix-huit livres qui va jusqu'à la mort de Phocas (610). Mais on a de fortes raisons de croire que Nicéphore n'a fait que mettre sous son nom une composition anonyme du x? siècle, en sorte que cette histoire remonterait beaucoup plus haut. P. G., t. cxz v-cxr vi Elle enregistre avec fidélité les légendes du Protéveangile, en les revétant toutefois du grand style classique qui est resté propre aux historiens de Byzance“ On remarquera cependant, comme dans les chroniques signalées précédemment, un développement de la légendes Nicéphore sait par exemple que Joseph était proche parent de Marie, que sa vieillesse et son genre de vie lui avaient concilié dès longtemps l'estime de tous; il sait aussi que le champ oü se trouvait la grotte de la nativité appartenait à Salomé (t. cxrv, col. 653). Bref, il ajoute de nombreuses petites circonstances qu'il n'a sans doute pas inventées, mais qui, du fait de l'imagination popu laire, avaient pullulé sur la vieille souche du Protévangilem Si les orateurs, les hagiographes et les historiens de By zance ne se sont fait nul scrupule de demander aux || légendes apocryphes les renseignements, que ne pouvaient. leur fournir les récits canoniques, sur les parents, la nais-. sance et la jeunesse de Marie, les exégétes par contre
sont montrés à l’égard de ces récits fantaisistes de la plus extrême prudence. On ne retrouve guère chez eux qu une seule tradition qui paraisse dériver du Protévangile; encore n'est-ce pas directement à ce livre qu'elle a été empruntée. Origène avait cité l'opinion de l'Évangile de Pierre et de l'histoire de Jacques, qui faisait des frères de Jésus les enfants de Joseph nés d'un premier mariage. Cette explication de la difficulté est demeurée classique chez les exégétes de langue grecque. C'est elle que l'on retrouve dans Œcuménius. P. G., t. cxviu, col. 217. « Jacques, que le Seigneur avait à l'avance désigné comme évêque de Jérusalem, était le fils de Joseph le Charpentier, le pére selon la chair de Notre-Seigneur Jésus-Christ ; » dans TufÉornHvracrE (évêque d'Acrida en Bulgarie avant 1078) en de nombreux passages 1, Il est remarquable qu'Eurnymius ZircaABENUS ne lait pas mentionnée. — L'absence de toute autre trace du Protévangile, méme quand il s'agit du récit de la nativité
1. P.G., t. cxxmi, col. 293: «Le Seigneur avait des frères et des sœurs, enfants de Joseph, qu'il avait eus de la femme de son frére nommé Clopas. Clopas en effet étant mort sans enfant, Joseph selon la loi la prit pour femme et en eut six enfants, quatre garcons et deux filles, Marie que l'on appelait la fille de Clopas (Maria Cleophæ) et Salomé » (In Matth., xxix, 54-57); col. 704 : In Luc., 1, 31-32. — Plus curieuse est l'explication donnée par Théophylacte sur la Maria Jacobi mentionnée par saint Luc, xxiv, 10. En rapprochant ce verset de Joa., x1x, 24-27, cet exégéte conclut que Maria Jacobi n'est autre que la Théotokos. «On l’appelaitainsi(Marie,mère de Jacques), parce qu'elle passait pour la mère de Jacques fils de Joseph, celui qui est appelé le Mineur. Μαρίαν δὲ ᾿Ιαχώδον τὴν θεοτύχον νόει, οὕτως γὰρ αὐτὴν ὠνόμαζον, ὡς μητέρα δοχοῦσαν Maxw6ou τοῦ υἱοῦ ᾿Ιωσὴφ, 0v xai μιχρὸν ἔλεγον, t. cxxii, col. 1112. — La même explication est reprise dans le commentaire de saint Jean, xix, 94-97. Quatre Marie paraissent dans l'Évangile; la Théotokos, qu'on appelle aussi mère de Jacques et de José. Ceux-ci étaient des enfants ‘de Joseph, nés de sa première femme. Et la Théotokos est appe- -lée leur mère, c'est-à-dire leur belle-mère, parce qu'elle passait pour | la femme de Joseph, t. cxx1v, col. 280. — In Act. Ap., xv, 13-15, & cxxv, col. 977. ͵
curieuse, car ces auteurs n'ignoraient pas les légendes qui cireulaient sur l'enfance de Marie. Il existe en effet | | sous le nom de Théophylacte une homélie sur la féte de 4 la Présentation (P. G., t. cxxvi, col. 129); et d'autre |
part, dans ses commentaires mêmes, cet exégéte montre. M qu'il connaissait les traditions relatives aux origines. E de Marie. Dans l'explication de Joa., xix, 24-27, il | se demande comment la personne appelée Marie de Clo- | pas peut être dite la sœur de Marie, mère de Jésus, alors | qu'il est bien certam que Joachim n'a pas eu d'autre M fant que Marie. — « Clopas, répond Théophylacte, était | frère de Joseph, et Clopas étant mort sans enfant, Joseph, | au dire de quelques-uns, épousa sa femme et suscita | | des enfants à son frére. Marie qui est ici mentionnée serait | l'une de ces enfants; on l'appelle sceur de la Théotokos | au lieu de l'appeler simplement sa parente !. Car c'est? | une coutume de l'Écriture d'appeler frères ou sœurs ceux qui sont proches parents » (t. cxxiv, col. 280). Euthy- | miusa proposé de cette difficulté que créait le Protévangile, une solution plus élégante. Il n'imagine pas toutes ces. généalogies compliquées. Cette Marie dont il est question. n'est pas la fille, mais l'épouse de Clopas. Or Clopas était | le frère de Joseph; sa femme était donc la belle-sœur de | la Vierge, et on pouvait sans plus distinguer l'appeler sa | sceur. En tout cas ce qu'il faut respecter, c'est ce fait que la vierge Marie était fille unique (P. G., t. cxxix, col. 1469). Quoi qu'il en soit d'ailleurs de ces explications di- | vergentes, 1] reste que les exégétes byzantins connais- | saient et acceptaient les données du Protévangile; qu'ils | ne se croyaient pas autorisés toutefois à les insérer dans M la trame de leurs commentaires. |
| 1. En fait elle aurait eu droit au titre de belle-fille de Marie, tout |
dente,
L'Église grecque a eu moins de scrupules. Elle n'a pas hésité à admettre dans sa liturgie, et cela de trés bonne heure, non sans doute le Protévangile lui-même, du moins - les légendes qu'il avait popularisées. Trois fêtes, qui en dérivent, se sont introduites successivement dans l’Église grecque et se sont répandues de là en Occident. La plus ancienne est celle de la Nativité de la Vierge, qui existait déjà, au moins, à Constantinople, au temps du grand poète Romanos, contemporain, selon toute vraisemblance, de l'empereur Justinien ! (527-565). Puis vient la fête de la Présentation de Marie au temple sur laquelle nous avons des témoignages remontant au vin? siècle, une homélie de Germain IT, patriarche de Constantinople en 715, un hymne de Georges de Nicomédie ? (rx? siècle). La fête de la conception de la Vierge (ou pour parler comme l'Église grecque, la fête dela conception d'Anne, mère de la Théotokos) a dû suivre de prés, comme en témoignent et l'homélie de Jean d'Eubée 3, qui florissait vers 744, et les poésies de saint Joseph l'hymnographe (vini? siècle) 4.
Or, depuis le vi? siècle au moins, la poésie ecclésiastique prend dans le service liturgique une importance croissante, et d'autre part les poétes ne se font pas faute de puiser leurs inspirations dans les livres extra-canoniques. “Le cantique de Romanos pour la nativité de ]a Vierge est une paraphrase du Protéeangile, depuis le commencement jusqu'au mariage de la Vierge avec Joseph 5. De nombreuses allusions à notre apocryphe se
1. Les hésitations sur la date de Romanos semblent dissipées par l'argumentation de Krumbacher, Geschichte der byzantinischen Litteratur, 2€ éd., Munich, 1897, p. 663-668.
. Dans Pitra, Analecta sacra, 1876, t. 1, p. 275. 3. Cf. plus haut, p. 122.
^. Dans Pitra, op. cit., p. 596.
5. Le texte dans Pitra op. cit., p. 25 sq. Voici, à titre d'exemple, les premières strophes : α΄ ᾿Ιωαχεὶμ xai Αννα | ὀνειδισμοῦ ἀτεχνίας | xai ᾿Αδὰμ,
1955s. ; HISTOIRE DU LIVRE
retrouvent dans le cantique du même auteur sur la nativité du Christ 1, Il en est de méme pour les autres hymnes que nous venons de signaler. ἃ la vérité, ces hymnes primitives ne pénétrérent pas telles quelles dans la liturgie postérieure. À partir du vin? siècle, les hymnes isolées sont remplacées par les canons dont l’inventeur est André de Crète. On désigne sous ce nom une composition poétique qui prend place à la fin de l'office de la nuit, o orthros. La charpente des canons est formée par les can tiques de l'Ancien et du Nouveau Testament, mais ces cantiques ne sont point récités en entier, on se contente d'en dire les premiers versets, aprés quoi l'on chante des! tropaires ou pièces poétiques correspondant à la fête du jour. Bon nombre de ces tropaires proviennent du démembrement des hymnes primitives, d'autres ont été composés par la suite, mais toujours en respectant les
formes et les idées antérieures. Il s'ensuit donc que les: pièces fort anciennes se trouvent encore intercalées dans ; les livres hturgiques actuels.
D'autre part les canons contiennent une partie impor tante, qui, elle aussi, a persévéré jusqu'à nos jours. Aprés | le sixième cantique (ou ode), se place une notice histori que sur la féte du jour, intermédiaire entre notre légende du 118 nocturne et notre leçon du Martyrologe à prime, | A l'annonce de la date du mois, et de la fête du saint, fait. suite une épigramme en vers iambiques relative à la fêtes
xai Εὔα | ix τῆς φθορᾶς τοῦ θανάτου | ἠλευθερώθησαν, ἄχραντε, | Ev τῇ ἁγία [] γεννήσει σου" | αὐτὴν ἐορτάζει | «ai ὁ λαός σου | ἐνοχῆς τῶν πταισμάτων | λυτρωθεὶς, ἐν τῷ χράζειν cot | h στεῖρα τίχτει τὴν θεοτόχον | καὶ τροφὸν τῆς ζωῆς ἡμῶν. —8" à προ θεύχη ὁμοῦ χαὶ στεναγμὸς | τῆς στειρώσεως χαὶ ἀτεχνώσεως Ἰωαχεὶμ xoi "Avvns εὐπρόσδεκτος | xai εἰς τὰ ὦτα Κυρίου ἐληλύθεν, ἢ" x«i ἐδλάστησε xapmow ζωηφόρον τῷ χόσμῳ. | ὁ μὲν γὰρ προσευχὴν | ἐν τῷ ὄρει ἐτέλει, | ἡ δὲ ἐν παραδείσῳ | ὀνειδος. φέρει" ἀλλὰ μετὰ χαρᾶς | à στεῖρα τίκτε τὴν θεοτόχον | χαὶ τροφὸν τῆς ζωῆς ἡμῶν.
1. Ibid., p. 1 sq., allusion à la grotte de la Nativit; commentaire + paroles de la sage-femme : ex. za χαταπλήττομαι [ ὅτι γαλουχῶ | χαὶ o
célébrée, puis un hexamètre indiquant la date et le nom - du saint; vient enfin une notice historique en prose suivie de l'indication du sanctuaire où se célèbre la fête. Le tout se termine par une commémoraison des autres saints que l'on célébre ce jour-là. Or les notices historiques des trois fétes de la Vierge que nous avons signalées ont été de très bonne heure empruntées au Protéeangile. Il en est déjà ainsi dans le grand Canon d'André de Créte, à la date du 8 septembre. P. G., t. xcvir, col. 1325. Le ménologe !, exécuté en 984 par les soins de l'empereur - Basile II, est un témoin de l'état de ces leçons historiques au x? siècle. Un ménologe n'est pas autre chose en effet qu'un recueil contenant lasérie plus ou moins compléte des notices historiques insérées entre la sixième et la septiéme ode du Canon. Celui de Basile II place au 8 septembre la nativité de la Vierge;le 9 septembre est consacré à l'anniversaire des saints Joachim et Anne, parents de la Théotokos, on y lit un récit correspondant à Protev., r-1v. Le 22 novembre est consacré à la Présentation de la Vierge — lecture correspondant à Protev., vii. Le 24 juillet, on célèbre la mémoire de sainte Anne, mère dela Théotokos;la leçon historique serre de trés près la notice consacrée par Épiphane le Moine à la généalogie dela Vierge. Le ménologe de Basile II n'est pas isolé. Les mss. 2661 et 1589 de la Bibliothéque nationale lui sont étroitement apparentés. Au contraire les mss. 1590, 1592, 1594 se rapprocheraient du synaxaire de Sirmond, actuellement à Berlin (Philipp. 7622, Clarom. 209, Meerman, 372). Ce que nous en avons pu voir nous a montré que,sans donner les mêmes notices historiques que le ménologe de Basile II, ils rapportent cependant les mémes faits, tirés du Protévangile. La comparaison d'ailleurs entre le ménologe de Basile et le synaxaire de Sirmond montre qu'ils
1. Édité dans P. G., t. cxvir. Une étude sommaire lui a été consacrée dans les Analecta bollandiana (1895), t. x1v, p. 396- 43%.
dépendent tous deux de Syméon Métaphraste. — Les livres liturgiques grecs ont conservé l'ensemble des tropaires du moyen âge byzantin ; ils se sont montrés plus sé: vères à l'égard des notices historiques dont plusieurs ont disparu des Ménées !. Il n'en reste pas moins que le Pro tévangile de Jacques a exercé une grande influence sur. l'institution et le mode de célébration des trois fêtes. mariales que nous avons signalées. Thiloa d'ailleurs fait remarquer avec beaucoup de justesse que les divers ma-
liturgiques. Notre texte apparait en effet au milieu d'ho- | mélies, de vies de saints, disposées parfois pour l'usage. liturgique, c’est-à-dire précédées d'indications relatives à la fête, Le manuscrit H de Tischendorf, qui ne donne
texte d'un long prélude théologique comme 1l s'en re-. trouve dans divers ménologes, soit à la féte dela Nativité de Marie, soit à l'Annonciation. Si donc le Protévangile n’a jamais été considéré dans la liturgie grecque comme un | livre canonique, du moins il y a joui d'une grande consi- -
1. On désigne sous le nom de Ménées les livres liturgiques, divisés par mois, et qui donnent sous chaque date : 1) le nom des saints; 2) les rubriques pour la célébration de la féte ; 3) le texte des différentes parties de l'office, en particulier les Canons. Nous avons utilisé l'édition de Venise, 1628. Voici à titre d'exemple la notice historique du 8 septembre = τῷ αὐτῷ μηνί η΄. τὸ γεννέσιον τῆς ὑπεραγίας δεσποίνης ἡμῶν θεοτόχου xai dei παρθένου Μαρίας.
μήτηρ ἕως ἂν σὴ γέννηται θυγάτηρἐξάγαγε πρὸς φῶς θεομήτορ ὀγδόη Αννα ἧς ὁ πατὴρ ᾿Ιωαχεὶμ, ἐχ βασιλιχῆς φυλῆς εἴλχε τὸ γένος. οὗτος εἰ xal διπλᾶ τὰ
[LE U - ΄ LI * εὐ [4 * A ^ 3 , δῶρα αὑτοῦ τῷ θεῷ προσέφερεν ὡς φιλόθεος xai πλούσιος, ἀλλὰ τὴν ἀπαιδίαν.
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σύνευνος Αννα ἐν παραδείσῳ δάχρυσι τὸν θεὸν ἱχέτευον. ὃς xal παρέσχεν αὐτοῖς καρπὸν χοιλίας ἅγιον τὴν ὑπεραγίαν θεοτόχον. χ. x. À. À
Par contre au 21 novembre, bien que les divers tropaires fassent allu- sion à l'entrée de Marie dans le Saint des Saints, il n'y a pas de leçon |
historique directement apparentée au Protévangile.
“ dération, due essentiellement au fait que l'on croyait y voir un écrit de provenance fort ancienne, donnänt sur les origines de la vierge Marie les plus authentiques renseignements. N'est-ce pas de lui que dérivent, en dernière analyse, tout ce que savent sur les premières années de la Théotokos les orateurs, les hagiographes, les historiens et les poètes byzantins ! ?
1. Nota. 1) Nous avons systématiquement laissé de cóté les textes orientaux apocryphes qui s’inspirent plus ou moins directement du Protévangile.
Ces textes seront étudiés dans un volume parallèle à celui-ci. Ce sont : a. L'histoire de Joseph le charpentier, en arabe,
b. L'Évangile arabe de l'enfance du Sauveur.
2) De méme nous ne pouvions songer à étudier l'influence du Protévangile dans les littératures syriaque, et arménienne, pas plus que chez les coptes, ou chez les écrivains arabes.
Il est impossible pourtant de ne pas signaler l'importance des légendes mariales dans l’œuvre de saint Éphrem, et l'on sait combien cet auteur a exercé d'influence sur toute la littérature orientale.
3) Pour des raisons analogues nous avons laissé de cóté tout le domaine de la littérature slave. On trouvera dans Harnack, Geschichte der altchristlichen Litteratur, t. 1, p. 909, un inventaire des versions, éditions et manuscrits slaves. J. V. Jagic a publié en 1898 des « Remarques critiques relativesà la traductionslave de deux narrations apocryphes: Protévangile, et Lettre de Pilate à Tibére, » en russe. Cf. Krumbacher, dans la Byzantinische Zeitschrift, 1899, p. 568 sq.
A) La littérature musulmane a emprunté au Protévangile où aux traditions qui en dérivent un certain nombre de renseignements sur la sainte Vierge.
Coran, Sourate, 111, 31. « La femme d'Imran (c'est le nom du père de la Vierge) dit : « Seigneur je t'ai loué; ce qui est dans mon sein, prends-le «comme chose à toi consacrée : car tu es celui qui écoute, celui qui sait.» «Quand elle enfanta, elle dit:« Seigneur j'ai mis au monde une fille. ... «et je l'ai appelée Marie et je cherche auprés detoi pourelle et pour sa «postérité un refuge contre Satan le maudit.» 32. Alors le Seigneur l'accepta avec gracieuseté, et la fit croitre d'une belle croissance, et Zacharie la prit chez lui. Or chaque fois que Zacharie entrait auprès d'elle dans le sanctuaire, il trouvait près d'elle de la nourriture et il lui dit : «Ὁ Marie, «d'oü as-tu cela?» Elle dit :« Cela vient de Dieu, car Dieu soigne sans «caleuler, celui qu'il lui plait. »
La relation du Coran sur l'annonciation de la Vierge, Sourate, 111,
2. Le Protévangile et ses remaniements dans l'Occident latin.
L'histoire du Protévangile est facile à suivre dans l' Église grecque; dès le rv? siècle on le voit en possession de la faveur, et il conservera indéfiniment cette situation au milieu de la ruine d’autres livres apocryphes. Il en est tout autrement dans l'Église latine. On retrouve, il est vrai, les traces de ce livre, ou tout au moins des traditions. qu'il représente, chez plusieurs écrivains du rv? siècle Mais la faveur que cet apocryphe a rencontrée dans des; cercles hérétiques, va susciter contre luila méfiance des docteurs, puis de l'autorité ecclésiastique. Condamné a ve siècle, 11 ne semble pas avoir survécu à cette interdiction. S'il parvient à subsister, c'est dans des rema-. niements qui en ont changé plus ou moins l'esprit. Encore: les traditions ainsi conservées ne semblent-elles point. avoir trouvé grand accueil chez les doctes, si elles ont | quelque crédit, c’est dans le populaire; il faudra arriver. jusqu'au xiii? siècle pour les voir s'imposer à l'assentimen universel. |
Les traces du Protévangile sont assez fugitives, disions- 1| nous, chez les auteurs latins du 1v* siècle. Saint HiLAIRE dans son commentaire sur saint Matthieu composé vers 355 (P. L., t. 1x, col. 922) mentionne en passant l’opiniom| qui voit dans les fréres de Jésus les fils de Joseph, nés d'u premier mariage. Mais ce peut être Origéne qui lui fourni ce renseignement, et l'on n'est pas autorisé à con clure qu'il a connu le Protévangile lui-même. — De Z£Now; évéque de Vérone entre 362 et 380, ilreste plusieurs ca-
37-43, est apparentée au récit de Luc, 1, 31-37, et à celui du Protévan-.
gile. Quant au récit de la naissance de Jésus, il n'a qu'une paren
très lointaine avec un épisode de l’ Évangile de l'Enfance. (D'aprés Flemming, dans Hennecke, Handbuch, p. 165-167.)
nevas de sermons dont un sur la génération temporelle de Jésus. La maniére dont Zénon parle de l'enfantement virginal, la mention qui est faite de la sage-femme incrédule ! montrent qu'à cette époque les légendes du Protévangile commençaient à circuler en Occident, — Juvencus les a-t-il connues? c'est ce qu'on peut se demander en lisant au premier livre de l'histoire évangélique le récit de l'annonciation de la Vierge. P. L.,t. x1x, col. 70 sq. ; Corpus de Vienne, t. xxiv, p. 6.
v. 52 (Vienne). Tunc majora dehinc mandata minister (1. e. Gabriel) Detulit ad Mariæ dimissus virginis aures.
Hzc desponsa suo per tempora certa propinquo Abdita vinG1NEIS caste pubescere TECTIS,
Et sereare diem jussis permissa parentum,
Ad quam tranquillum sermonem nuntius infit.
Le passage est obscur. Quels sont ces eirginea tecta où Marie a eu la permission de grandir ? S'agit-il du temple de Jérusalem ? ou les mots en question désigneraient-ils la retraite virginale préparée à Marie dans la maison paternelle ἢ Il est difficile de répondre. En toute hypothèse, Juvencus considére Marie comme ayant mené dans sa jeunesse une vie analogue à celle des vierges chrétiennes. Il est indiscutable au contraire que PRUDENCE (né en 348, mort vers 420) a connu et utilisé les légendes du Protévangile. Bien que l'hymne x1 du Cathemerinon consacré par lui à la fête de Noël soit plutôt d'inspiration. théologique, plusieurs traits rappellent évidemment la scéne de la naissance dans notre apocryphe, en particulier cette “apostrophe de la sage-femme à la race juive (P. L.,
Prix, col. 896-899) :
1. P. L., t. x1, col. 415 : Obstetricis incredulæ periclitantis enixam in testimonium reperta ejusdem esse virginitatis incenditur manus, quz (?) tacto infante statim edax illa flamma sopitur; sicque illa medica feliciter curiosa, dein admirata mulierem virginem, admirata infantem. Deum, ingenti gaudio exultans, quæ curatum venerat, curata recessit.
hv Quid prona per scelus ruis ? OST T Agnosce δὲ quidquam tibi Mentis resedit. integrae Ducem tuorum principum, Hunc quem latebræ et obstetrix À Et virgo feta et cunulæ Et imbecilla infantia Hegem dederunt gentibus.
L'hymne xim sur l'Épiphanie témoigne également de l'influence du Protévangile. La manière dont le poète présente l'étoile des Mages est en rapport avec ce qu'on lit Protes., xxx, v.2:« nousavons vu une étoile si brillante qu'elle éclipsait toutes les autres, » et v. 3 : «elle se tint au-dessus de la grotte. »
Ibid. col. 903. Quod ut refulsit ceteri Cessere signorum | globi Nec pulcher est ausus suam Conferre formam | Lucifer....
— eol. 904. Sed verticem pueri supra Signum pependit imminens Pronaque submissum face Caput sacratum. prodidit.
Ainsi, à la fin du 1v? siècle, les récits du Protévangile — circulaient en Occident. Mais ils ne devaient point étre | si répandus qu'on pût dés lors s'en servir d'une maniere |
courante. Dans les nombreux traités où il prône la virgi-
nité, saint AMBROISE a eu maintes fois l’occasion de pré-. senter comme modèle aux vierges chrétiennes les ver-
tus de Marie. En plusieurs endroits il trace de sa conduite
1. lly a une variante importante; plusieurs manuscrits lisent : Hunc quem latebra obstetrix, sans faire l'élision. Cela supprimerait en fait la
sage-femme. Latebra obstetrix serait « la caverne qui a été témoin de
l'enfantement», l'image est bien étrange! D'autre part le texte classique
semble indiquer une participation de la sage-femme dans l'accouchement, participation qui est contraire à l'esprit et à la lettre du Protévangile.