Benoit XIV, ibid
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mettre cet opuscule parmi les livres ecclésiastiques (inter ecclesiastica scripta), parce que ni Jérôme, ni Eusèbe, ni les autres qui ont traité de la vie et des écrits de Jacques n'ont fait nulle part mention de cette histoire, il est facile de répondre par des arguments manifestes. » Le silence, en effet, des écrivains cités n'est pas une preuve d'inauthenticité; le fait, d'autre part, que le Protévangile n'est jamais cité parmi les livres apocryphes est en sa faveur. La concordance méme entre cet écrit et les productions apocryphes, tels que le livre de Joachim ou dela nativité de Marie, traduit par saint. Jéróme de l'hébreu en latin, le livre de l'enfance du Sauveur, de la nativité du Sauveur, etc., n'est pas un argument contre lui. Les Évangiles ne mériteraient-ils pas croyance parce qu'ils ont été exploités par les auteurs d'apocryphes ? Rien d'ailleurs qui dans le Protévangile soit contraire à l'histoire divine, et l'on ne voit pas les raisons pour lesquelles les chrétiens d'Orient auraient pu linventer de toutes piéces. Sans doute, Bibliander ne croit pas qu'il faille ranger le livre à côté des protocanoniques, mais 1] le mettrait volontiers dans le nombre de ces hagiographes, où l'on plaçait des écrits comme Tobie, Judith, la Sagesse de Salomon, l'Ecclésiastique, les Macchabés, les IIIe et IVe livres d'Esdras, tous livres quilui paraissaient moins vénérables que le Protéeangile !.
Le texte grec, que n'avait pas édité Bibliander, fut imprimé pour la première fois par NÉANpER en 1563. à la fin du petit catéchisme gréco-latin de Luther, en méme temps que d'autres apocryphes de méme nature : Apocrypha ; hoc est narrationes de Christo, Maria, Joseph, cognatione et: familia Christi extra Biblia : apud veteres tamen græcos scriptores, Patres, historicos οἱ philologos reperta (inserto etiam Protevangelie Jacobi graece, in Oriente nuper re-
1. Le texte de Bibliander dans Fabricius, Codex apocryphus N. T., 2€ édit., Hambourg, 1719, p. 48-53,
perto, necdum edito hactenus), ex Oraculorum et Sibylla rum vocibus, gentium etiam testimoniis, denique multorum veterum auctorum libris descripta, exposita et edita. græco-latine, a Michaele Neandro Soraviense. Le texte de Néander est réimprimé en 1567; Grynazus l’édite de. nouveau en 1569 à Bâle, dans les Monumenta S. Patrum orthodoxographa. i Néander était loin de reprendre les théories de Postel” et de Bibliander sur la valeur du Protévangile, qu'il ren gardait seulement comme un document curieux, Les cit ques du xvi®siècle d’ailleurs se montraient nettement défa= vorables aux idées de Postel. SixrE DE SIENNE, Bibliotheca sancta, l. 11, p. 86-87 (1566) rappelle que le Protépan gil a été édité par des hérétiques, et qu'il ne mérite nul eré-dit: Exstat nunc scriptura quedam ab hzreticis nostrorui | temporum typis excusa quæ Protevangelium Jacobi, i sermo historicus de nativitate Deipara inscribitur, conti à nens historiam Nativitatis Mariæ usque ad adventum Mas gorum, in quo inter ceteras ambigue fidei narrationes, illud etiam adjicitur absurdissimum, nempe Josephum et Mariam stupri et sacrilegii accusatos ex decreto sacerdow tum simul fuisse adactos ad bibendum poculum redargu= tionis.— La méme année HENRI EsrrENNE, dans son Traité | préparatif à l'apologie pour Hérodote, 1566, ne veut voir. dans le Protévangile qu'un faux issu de la plume méme. de Postel: « Quant au contenu, il est certain qu'il a été. forgé par un tel Genre que celui dudit. Postel, si d’ aventure lui-même n'en est l’auteur, en dérision de la rell gion chrétienne. Mais pour faire la fourbe meilleure, on y a inséré par forme de rhapsodie quelques propos des évan- Hat ilem, on y a en mis quelques-uns auxquels on a vu qu'on pouvait donner couleur par quelques passages du Vieux Testament, comme ce qui est dit des eaux de rédargution » (p. 406 sq.). * La thèse radicale d'Henri Estienne n’était assurément, pas défendable. On se contenta de voir par la suite dans 1
livre de Pseudo-Jacques un apocryphe sans signification: il est mentionné sous cette rubrique par les historiens ou les critiques bibliques. Nous avons fait remarquer que Baronius le rejette comme apocryphe, alors qu'il accepte, sur le témoignage de Pères grecs, nombre de légendes qui en dérivent directement. RicHArp Simon au contraire, sans avoir étudié de très près cette parenté, fait observer fort judicieusement : « Si Postel s’était contenté de dire que cet Évangile, tout apocryphe qu'il était, a quelque autorité dans l'Église orientale, il n'aurait rien avancé que de véritable ; car quelques grecs semblent lefairealler de pair avec les sermons de saint Éphrem, de saint Jean de Damas et de plusieurs autres Péres !, »
En fait, le xvii? siéclea montré peu d'intérét pour cet apocryphe; on n'en signale aucune édition avant le Codex apocryphus publié par FaBricrus en 1703, avec une seconde édition, Hambourg, 1719. Get ouvrage remarquable renferme des apocryphes de l’Ancien et du Nouveau Testament. C'est dans la seconde partie que figure le Protévangile de Jacques, texte grec de Néander et traduction latine de Postel. Le récit est précédé des principales citations du livre tant dans la littérature ancienne que dans les critiques plus récents, il est accompagné de quelques notes assez sobres, mais instructives, c'est la premiére édition scientifique de notre apocryphe.
Celle de Jones publiée à Oxford en 1726 et 1798, dans un corpus analogue à celui de Fabricius, a plutót le caractére apologétique. L'ouvrage, qui ne contient que des apocryphes du Nouveau Testament, est intitulé :« Méthode nouvelle et compléte pour établir l'autorité canonique du Nouveau Testament ?, » Jones voit dans une comparai-
1. Nouvelles obsereations sur le texte et les versions du N. T., c. 1, p. 4; cf. Histoire critique du N. T., 1. I, c. 111, p. 32-33.
2. A new and full method of settling the canonical authority of the N. T. To which is subjoined a vindication of the former part of St. Matthew's Gospel from Mr. Whiston's charge of dislocations, in three volumes, by