‹ Le Protévangile de Jacques et ses remaniements latins;Chapitre 92 sur 112 · VII. 1. Alors le prêtre Abiathar offrit des présents infinis · texte numérisé non relu

VII. 1. Alors le prêtre Abiathar offrit des présents infinis

un déshonneur de n'étre pas devenue mére. Le petit discours de Marie doit faire justice de ce préjugé.

1. Abiathar, c'est vraisemblablement le méme que le grand-prétre désigné sous le méme nom, au chapitre suivant; il s'adresse au collège des princes des prétres (pontifices) sans lequel rien d'important ne pouvait se conclure. Le mariage qui est proposé à Marie est donc des plus honorables. — Deus in filiis colitur, c'est-à-dire: Il ne faut pas considérer l’œuvre du mariage comme mauvaise; au contraire, c'est rendre gloire à Dieu que de mettre au monde des enfants qui plus tard le loueront. Cette idée était particulièrement forte dans le peuple d'Israél. La réponse de Marie : Deus in castitate primo omnium colitur résume bien les idées qui ont cours dans l'Église chrétienne depuis saint Paul (cf. I Corinth., vir, 25-40), et qui se sont précisées en Occident depuis la controverse de saint Jérôme avec Jovinien et Vigilantius, La virginité est regardée comme supérieure en dignité au mariage. — Ut comprobatur, comme le montrent les exemples tirés de l'Écriture sainte,

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pontificibus, ut acciperet eam filio suo ! tradendam uxo- |

rem. Prohibebat autem eos Maria dicens : « Non potest fieri ut ego virum cognoscam aut me vir cognoscat. » Pontifices autem et omnes affines dicebant ei: « Deus in filiis colitur et in posteris adoratur, sicut semper fuit in Israel. » Respondens autem Maria dixit illis : « Deus in castitate primo omnium colitur, ut comprobatur. 2. Nam ante Abel nullus fuit justus inter homines, et iste pro oblatione placuit Deo, et ab eo qui displicuit inclementer occisus est, duas tamen coronas accepit, oblationis et virginitatis, quia in carne sua nunquam pollutionem admisit. Denique et Helias, cum esset in carne, assumptus est, quia carnem suam virginem custodivit. Hæc ergo didici

in templo Dei ab infantia mea, quod Deo cara esse possit |

1 B pour tout le reste du chapitre se sépare du texte ci-dessus : Factum est autem cum XII ætatis annos haberet, et fama esset ac.

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ὦκα λυ Tm

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consuetudo talis quod, postquam ad legitimam ætatem pervenrebant «

virgines in templo Domini commorantes, accipere | debebant in conjugio viros suos, ingentum est tale consilium ut mutatur praeco per omnes tribus Israel ut in templo Domini convenirent inunum pontifices. At omnes virgines Mariz affines, timentes ne propter pulchritudinem. ejus aliquis juvenis ipsam seduceret, monebant ipsam ut virum acciperet de majoribus Israel. Tuncipsa respondens dixit : « Non potest fieri quod eirum cognoscam vel pir cognoscat me.» At illae dixerunt : « Timemus ne propter pulchritudinem tuam nisi cognoscaris a viro et nubaris, secundum quod. aliæ virgines te in templo Domini præcedentes fecerunt, aliquis juvenis sub-

ducat te. »Respondit eis virgo Maria :« Deum in castitate colitura et

veneratura sum perpetuo. Nam ante Abel nullus erat inter homines justus, et ipse per oblationes placuit Deo; et cum esset occisus quod Domino displicuit (peut-être faut-il lire : ab eo qui Domino disphcuit), duas coronas accepit a Domino, oblationis et eirginitatis, quia in carne sua pollutionem non fecit, quia in virginitate custodieit eam. Ego ab infantia mea virginitatem meam Deo obtuli, et in corde meo statui ut eirum penitus non cognoscam. » Inierea cum universus populus, etc. Cf. c.v.

aux prêtres : (il voulait) prendre Marie et la donner pour femme à son fils. Or Marie y faisait opposition disant : « Il ne se peut faire que je connaisse un homme, ou qu'un homme me connaisse. » Or les prétres et tous ses parents lui disaient : « Dieu est honoré par les enfants (que l'on met au monde);il est adoré par les descendants (que l'on suscite). Ainsi en a-t-il toujours été en Israël, » Et Marie répondant leur dit : « Dieu est avant tout honoré par la chasteté, comme il est facile de le prouver. 2. Car avant Abel il ny eut point de juste parmi les hommes, et lui, il plut à Dieu par son offrande etil fut tué d'une manière bien cruelle par celui qui avait déplu. Eh bien, il reçut deux couronnes, l'une pour son offrande, l'autre pour sa virginité, parce que jamais 1l n'avait admis de souillure en sa chair. Élie, lui aussi, fut enlevé au ciel étant encore en la chair, parce que sa chair 1] l'avait gardée vierge. Voilà ce que J'ai appris dans le temple de Dieu depuis mon enfance : oui une vierge peut étre chére à Dieu. Et c'est

2. Les exemples de chasteté perpétuelle devaient étre assez rares dans l'Ancien Testament. En fait les écrivains ecclésiastiques discuteront pour savoir si Marie est la première qui ait gardé la virginité. C'est une des raisons pour lesquelles Marie n'allégue que des exemples masculins. Abel a été proposé, par les Pères de l'Église (saint Basile, saint Ambroise), comme un modèle de chasteté; l'Écriture, en effet, ne disant pas qu'Abel fut marié, on en concluait qu'ilétait vierge. Quant à Élie, saint Jéróme (Ade. Jovinian., 1, 25, P. L., t. xxii, col. 244), et Épiphane (Hzres., xxix, 5, P. G., t. xxi, col, 748) ie mentionnent comme vierge : óc Ἡλίας ἐχ μητρὸς παρθένος, xai οὕτω μένων εἰς τὸ διηνεχὲς xal ἀναλαμιανόμενος. θάνατον δὲ οὐχ Éwpaxwc.Son exemple est classique parmi les moines d'Occident. Cassien, De cænobiorum institutis, 1, 2 : quorum prior Elias qui in V. Testamento virginitatis jam flores et castimoniæ contfinentiæque præfigurabat exempla. Plus tard, il passera même pour le fondateur de la vie monastique, et l’ordre du Carmel prétendra se rattacher à lui. — Ideo hoc statui in corde meo, c'est l'expression du vœu de virginité fait par Marie elle-même, et non plus par ses parents, Cf. Introd., p. 28.

virgo. Ideo hoc statui in corde meo ut virum penitus non cognoscam. »

VIII. 4. Factum est autem cum quatuordecim ! annos statis haberet, et esset occasio quz pharisæos faceret dicere : jam consuetudinem adesse feminam in templo Dei non posse morari?; inventum est tale consilium ut mitteretur præco per omnes tribus Israel, ut omnes die tertia ? in templum Domini convenirent. Cum autem universus populus convenisset, surrexit Abiathar * pontifex et ascendit in altioribus gradibus, ut ab omni populo audiri posset et videri; et facto magno silentio dixit : « Audite me, filu Israel, et auribus percipite verba mea. Ex quo ædificatum est templum hoc a Salomone, fuerunt in eo filie regum virgines et prophetarum et summorum sacerdotum et pontificum ; et magn: ac mirabiles exstiterunt, Tamen venientes ad legitimam statem, viros in conjugio sunt adeptæ, et secuti sunt priorum suarum ordinem, et Deo placuerunt. A sola vero Maria novus ordo placendi Deo inventus est, qua promittit Deo se virginem permanere. Unde mihi videtur ut per interrogationem nostram et responsionem Dei possimus agnoscere cui debeat custodienda committi5. » 2. Tunc placuit sermo iste omni synagoga. Et missa est

1 B, D : duodecim.

? E: jam pro consuetudine feminea in templo Dei illam morari non posse.

3 D : octava. — À : tertia octaea.

4 D : Abyachar vel Ysachar.— D, E : Isachar.

5 B ajoute : ne aliquis eam decipere possit.

VIII. L'ensemble de la narration est, à quelques détails prés, celui du Protévangile.

4. Quatuordecim, dans le Protévangile la plupart des mss. donnaient douze ans. -- Pharisæos, les pharisiens sont nommés à dessein, c'est un scrupule pharisaique qui empêche de conserver Marie dans le temple; lé

pourquoi j'ai résolu dans mon cœur de ne jamais connaitre d'homme. »

VIII. 4. Or il arriva qu'elle eut quatorze ans; et ce fut . pour les pharisiens une occasion de dire que, d'aprés la coutume, une femme ne pouvait plus demeurer dans le temple de Dieu. On prit donc le parti d'envoyer un héraut dans toutes les tribus d'Israél, afin que tous, dans les trois Jours, se réunissent dans le temple du Seigneur. Et quand tout le peuple fut réuni, le grand-prétre Abiathac se leva et monta tout en haut des degrés, de maniére à étre vu et entendu de tout le peuple. Un grand silence s'étant fait, il dit : « Écoutez-moi, fils d'Israél, prétez l'oreille à mes paroles. Depuis que ce temple a été bâti par Salomon, il y est (toujours) demeuré des vierges, filles des rois, des prophétes, des grands-prétres, des prétres; et ces vierges ont été grandes et admirables. Cependant quand elles arrivaient à l’âge nubile, elles prenaient des hommes en mariage, suivaient la voie de leurs ainées, et plaisaient ainsi à Dieu. Seule Marie ἃ trouvé une nouvelle manière de plaire à Dieu; elle lui a promis de demeurer vierge. Il me semble donc, qu'en interrogeant Dieu et en lui demandant sa réponse, nous pourrons connaitre à qui il faut la remettre en garde.» 2. Ce discours plut à toute l'assemblée.

ms. E a exprimé d'une facon discréte la raison qu'on pouvait alléguer. Mais suivant plusieurs auteurs cette raison ne pouvait valoir pour Marie. — Le discours d'Abiathar montre que les sentiments des prétres ne sont plus les mêmes que dans le Protécangile. Ils ne semblent pas admettre que Marie puisse rester vierge, et s'en remettent à Dieu du dénouement. Au contraire, dans l'écrit primitif, leur désir était de sauvegarder la pureté de Marie. — A sola Maria, c'est, nous l'avons dit, i'opinion de beaucoup de docteurs que Marie a été la première (des femmes) à consacrer sa virginité au Seigneur. :

2. Missa est sors, pour savoir dans quelle tribu il fallait recruter les prétendants. Le Protévangile n'avait pas fait cette première distinction, il convoquait simplement τοὺς χηρεύοντας τοῦ λαοῦ, --- V irgam in manu sua. Le grand-prêtre ne semble pas savoir à l'avance ce qu'il faudra

PROTÉV. — 20

306 PSEUDO-MATTHIEU VIIL, 2-3

sors a sacerdotibus super duodecim tribus Israel, et cecidit | sors super tribum Juda. Dixitque. sacerdos : « Insequenti die quicumque! sine uxore est veniat et deferat virgam in manu sua. » Unde factum est ut Joseph ? cum juvenibus virgam deferret. Cumque tradidissent summo pontifici | virgas suas, obtulit sacrificium Deo, et interrogavit Dominum. Et dixit Dominus ad eum : « Intromitte omnium. virgas intra Sancta Sanctorum, et ib1? maneant virgæ. Et. præcipe eis ut mane veniant ad te ad recipiendas virgas

suas, et ex cacumine unius virgæ columba egredietur et

volabit ad celos 4; in cujus manu virga reddita hoc si-

gnum dederit, ipsi tradatur Maria custodienda. »

3. Factum est autem ut altero die maturius venirent. universi, et facta oblatione incensi ingressus pontifex intra Sancta Sanctorum protulit virgas. Cumque erogasset: singulas 5 et ex nulla virga exisset columba $, induit 56. Abiathar pontifex duodecim tintinnabulis et veste sacerdotali, et ingres-:us * in sancta sanctorum incendit sacrificium. Et fundente ilo orationem, apparuit ei angelus dicens : « Est hic virgula brevissima, quam pro nihilo

1 B ajoute : de tribu Juda.

? B :cum non haberet uxorem, nolens mandatum sacerdotis contemnere.

3 B:et super altare maneant.

4 B: et in cujus eirga hoc signum apparebit, videlicet illa qua fronduerit et nuces protulerit, et de cujus cacumine egredietur columba et volabit ad celos, illi tradas Mariam.

? C : singulas ad tria millia virgas.

5 B ajoute : solus Joseph, qui senex et despectus inter juvenes existebat nec volebat requirere virgam suam, remansit. Tunc Abiathar...

7 E ajoute : cum thiara.

faire de ces baguettes. C'est seulement quand tous les prétendants sont réunis, que l'oracle du Seigneur lui fait connaitre la maniére de procéder.

+ Et les prêtres tirérent au sort entre les douze tribus d'Israël, et le sort tomba sur la tribu de Juda. Et le grand-prétre dit ;« Demain, quiconque est sans épouse, qu'il vienne et apporte une baguette dans sa main. » Il arriva done que Joseph apporta sa baguette avec les jeunes gens. Et quand ils eurent tous remis leurs baguettes au grand-prétre, celui-ci offrit un sacrifice à Dieu, et interrogea le Seigneur. Et le Seigneur lui dit :« Introduis les baguettes de tous dans le Saint des Saints, et qu'elles y demeurent. Puis commande-leur de revenir au matin pour reprendre leurs - baguettes. De l'extrémité de l'une d'elles une colombe sortira et s'envolera vers les cieux. Celui en la main de qui la baguette rendue présentera ce miracle, qu'on lui confie la garde de Marie. »

3. Il arriva donc que le lendemain, de grand matin, ils vinrent tous; et après avoir fait l'offrande de l'encens, le grand-prétre entra dans le Saint des Saints et présenta les baguettes. Et quand 1l les eut toutes distribuées, d'aucune d'entre elles il ne sortit de colombe. Alorsle grand-prétre Abiathar se revétit (del'ornement) aux douze clochettes et des habits sacerdotaux, et entrant dansle Saint des Saints, il mit le feu au sacrifice. Et pendant qu'il se répandait en prières, un ange lui apparut, disant : « Il y a encore ici une toute petite baguette, que tu n'as pas comptée, tu l'avais

3. L'opération comporte deux temps: la veille au soir, le grand-prétre met les baguettes dans le sanctuaire ; le lendemain matin, il rentre pour les chercher et les distribuer à leurs propriétaires respectifs, comme dans Num., xvr1. Aucun signenese produit, parce quele grand-prétre a oublié dans le sanctuaire l'humble rameau qu'avait apporté Joseph. Celui-ci d'ailleurs n'avait rien fait pour le réclamer. Tel est bien le sens de la réponse de l'oracle divin. — Le tableau de Joseph quise tient au dernier rang dans une posture humiliée, et qui tremble en entendant - la voix du grand-prétre, ce tableau est fort pittoresque, — E gressa est co- - lumba, Dans le Protévangile, la colombe sortie du rameau venait se reposer sur la tête de Joseph : ici, elle gagne le ciel; l'auteur aura jugé … inconvenant le parallèle entre cette scène et celle du baptéme de Jésus.

computasti; illamque simul cum ceteris posuisti ἢ: hanctu” cum protuleris et dederis, in ipsa apparebit signum quod locutus sum tibi. » Erat autem hzc virga Joseph, eratque 1pse abjectus habitus, quoniam senex erat, et ne forte cogeretur accipere eam, requirere noluit virgam suam. Cumque staret humilis et ultimus, voce magna clamavit ad eum Abiathar pontifex dicens: « Veni et accipe virgam tuam, quoniam tu exspectaris. » Et accessit Joseph expavescens quod summus pontifex cum clamore nimio vocaret eum. Mox autem extendens manum ut suam virgam acciperet, statim de cacumine ejus egressa est columba nive candidior, speciosa nimis; et volans diu per templi fastigia petivit cælos.

4. Tunc universus populus congratulabatur seni, dicentes : « Beatus factus es tu in senectute tua ?, ut idoneum te Deus ostenderet ad accipiendam Mariam. » Cum autem sacerdotes dicerent ei :« Accipe eam, quia ex omni tribu Juda tu solus electus es a Deo, » ccepit adorare et rogare eos atque cum verecundia dicere : « Senex sum, et filios habeo, ut quid mihi infantulam istam traditis ?? » Tunc Abiathar summns pontifex dixit : « Memor esto, Joseph, quemadmodum Dathan et Abiron et Core perierunt, quia voluntatem Domini contempserunt ; ita tibi eveniet si hoc quod a Deo jubetur tibi contempseris.» Et dixit ei Joseph: « Ego quidem non contemno voluntatem Dei,

1 A, B ajoutent : sed cum ceteris non protulisti.

? AB ajoutent: Pater Joseph.

3 A ajoute : cujus etiam ætas minor est nepotibus meis. D : cujus ætas minor est nepotum meorum. — E lit : infantulam hanc state. neptem meam datis et quæ minor est jam a nepotibus meis.

4. Cepil adorare, se prosterner. L'expression est fréquente dans la Vulgate. — Filios habeo, l'auteur n'avait pas mentionné précédemment le veuvage de Joseph, la mention de ses fils est trés fugitive ; on remarquera la jolie réflexion des mss. À, B, E, Marie est plus jeune que les petits-fils de Joseph. — Custos ejus ero, comme dans le Protévangile,

mise avec les autres; quand tu la présenteras et que tu la donneras, i| y paraîtra le signe que je t'ai dit. » Or la baguette était celle de Joseph, et son extérieur à lui-même était humble, parce qu'il était vieux, et de peur d’être forcé à recevoir (Marie), il ne voulut pas réclamer sa baguette. Et comme 1] se tenait humble au dernier rang, le grand-prétre Abiathar lui cria d'une voix forte : « Viens et prends ta baguette, c'est toi qu'on attend. » Et Joseph s'avanca tout tremblant d'avoir été interpellé à haute voix par le grand-prétre. Mais dés qu'il tendit la main pour prendre sa baguette, soudain de son extrémité sortit une colombe plus blanche que la neige, extrémement belle, et aprés avoir longtemps volé dans le faite du temple, elle gagna les cieux.

4. Alors tout le peuple félicitait le vieillard et lui disait : « Heureux es-tu dans ta vieillesse, puisque Dieu te désigne comme capable de recevoir Marie. » Or les prétres lui disaient : « Prends-la done, car, seul de toute la tribu de Juda, tu as été choisi par Dieu.» Mais lui, commença à se prosterner, à les supplier, et à leur dire avec timidité : « Je suis vieux et j'ai des fils, pourquoi me donner cette petite enfant? » Alors le grand-prétre Abiathar lui dit : « Souviens-toi, Joseph, de la maniére dont périrent Dathan, Abiron et Coré, parce qu'ils méprisérent la volonté du Seigneur. Ainsi t'en arrivera-t-il si tu méprises, le commandement de Dieu. » Et Joseph lui dit : « Certes Je ne méprise point la volonté de Dieu ;]e serai son gardien jusqu’au

Mais l'idée de Joseph est trés singulière, et l'on voit qu'il n'a pas trés bien compris le róle qui lui revient. Le grand-prétre exclut cette hypothése, mais la maniére dont il parle du mariage futur de Joseph montre que l'auteur duremaniement n'a pas bien saisi le sens du Protévangile, Il semble vouloir distinguer entre les fiancailles etle mariage proprement dit. Tout ceci témoigne d'une certaine incohérence dans les idées de Pseudo-Matthieu, qui hésite entre deux conceptions: celle du Frotévangile qui fait de Marie une virgo subintroducta, celle des Évangiles canoniques qui font de Marie l'épouse légitime de Joseph,

sed custos ejus ! ero quousque hoc dé voluntate Dei. cognosci possit, quis eam possit habere ex filiis meis conju- |

gem. Dentur alique ex sodalibus ejus virgines ?, cum

quibus interim deget. » Et respondens Abiathar pontifex :

dixit: « Virgines quidem ad solatium ejus dabuntur, quousque dies statutus veniatin quo tu eam accipias; non enim poterit alii in matrimonio copulari. »

5. Tunc Joseph accepit Mariam cum aliis quinque virginibus qua essunt cum ea in domo Joseph. Erant autem iste virgines ? Rebecca, Sephora, Susanna, Abigea et Zahel : quibus datum est a pontificibus sericum et jacinthum et byssus et coccus et purpura et linum. Miserunt

autem sortes inter se quid unaquaeque virgo faceret; con- .

tigit autem ut Maria purpuram ? acciperet ad velum tem-

pli Domini. Quam cum acciperet, dixerunt ei illae virgines :

« Cum tu sis minor omnibus, purpuram obtinere meruisti. » Et hoc dicentes quasi in fatigationis sermone ? cceperunt eam reginam virginum appellare. Cumque hæc inter se agerent, apparuit ahgelus Domini in medio earum et dixit :

« Non erit sermo iste in fatigatione missus, sed in prophe-

tationem verissimam prophetatus. » Expaverunt autem in conspectu angeli et in verbo ejus, et rogaverunt eam ut indulgeret eis et oraret pro eis.

1 B: istius infantulæ.

? A, B ajoutent : ad solatium.

3 Les noms des vierges différent beaucoup suivant les mss. 4 C, D :nendam.

5 C, D : in fatigatione sermonis.

5. L'épisode des vierges qui accompagnent Marie dans la maison de

jour où la volonté de Dieu voudra bien faire connaître lequel de mes fils pourra la prendre pour épouse. Qu'on lui donne quelques vierges d'entre ses compagnes avee qui elle puisse vivre entre temps. » Le grand-prétre Abiathar répondit : « Des vierges, eh bien oui, on lui en donnera pour sa consolation, jusqu'à ce que vienne le jour fixé pour son union avec toi; car elle ne pourra s'unir en mariage avec aucun autre, »

5. Alors Joseph prit Marie avec cinq autres vierges qui resteraient avec elle dans la maison de Joseph. C'étaient Rebecca, Sephora, Susanne, Abigée et Zahel. Les prétres leur avaient donné de la soie, de la pourpre violette, du lin fin, de l'écarlate, de la pourpre et du lin. Or elles tirèrent au sort entre elles (pour savoir) ce que chacune ferait ; et il arriva que ce fut Marie qui recut la pourpre (destinée) au voile du temple du Seigneur. Et quand elle l'eut prise, ces vierges lui dirent : « Bien que tu sois la plus jeune, c'est toi qui as mérité d'avoir la pourpre.» Et ce disant, comme par manière de sarcasme, elles se mirent à l'appeler « reine des vierges ». Et tandis qu'elles agissaient ainsi, un ange du Seigneur apparut au milieu d'elles et leur dit: «Cette parole ne sera pas une parole de sarcasme, mais une prophétie trés véritable. » Or elles furent saisies de frayeur à la vue de l'ange et à cause de ses paroles, et elles prièrent Marie de leur pardonner et de prier pour elles.

Joseph remplace celui du voile du temple, Protev., x. L'auteur imagine de plus que, l'absence de Joseph devant se prolonger, il est convenable de ne pas laisser Marie toute seule; enfin les compaegnes de la Vierge pourraient témoigner auprés de Joseph de sa bonne conduite; quand une religieuse doit séjourner hors du couvent, on ne la laisse pas seule.— Reginam virginum, l'auteur a bien compris la pensée du Protévangile, quand celui-ci avait donné à Marie le soin de filer la pourpre. — Fatigatio, särcasme, le mot a ce sens dans Sidoine Apollinaire et Sulpice Sévére (cf. les lexiques).

IX. 1. Altera autem die ! dum Maria staret juxta fon- | tem ut urceolum impleret, apparuit e1 angelus Domini et |

dixit : « Beata es Maria, quoniam in utero tuo habitaculum Domino præparasti ?. Ecce veniet lux de cælo ut habitet 3 in te, et per te universo mundo resplendebit. »

2. Iterum 4 tertia die dum operaretur purpuram digitis suis, ingressus est ad eam juvenis, cujus pulchritudo non potuit enarrari. Quem videns Maria expavit et contremult. Cui ille ait 5 : « Noli timere, Maria, invenisti gratiam apud Deum : ecce concipies in utero 5 et paries regem ?, qui imperet non solum in terra sed et in cælis 8, et regnabit in sæcula seculorum. »

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