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« excellent livre je trouverais souvent la réponse à mes « pensées. Je l'ouvre au hasard , et je tombe , en Tou- « vrant, sur ces paroles : Me voici, mon fils , je viens a « vous , parce que vous ina\fez invoqué; je n'en lus « pas davantage. L'impression subite que j'éprouvai est « au-dessus de toute expression, et il ne m'est pas plus « possible de la rendre que de l'oublier. Je tombai la « face contre terre, baigné de larmes, étouffé de san- « glots, jetant des cris et des paroles entrecoupés^ je « sentais mon cœur soulagé et dilaté, mais en même « temps comme prêt à se fendre. Assailli d'une foule « de pensées et de sentimens , je pleurai assez long-temps, « sans qu'il me reste d'ailleurs d'autre souvenir de « cette situation , si ce n'est que c'est, sans comparai- « son, ce que mon cœur a jamais senti de plus violent « et de plus délicieux, et que ces mots, Me voici, mon *^fils, ne cessaient de retentir dans mon âme, et d'en « ébranler puissamment toutes les facultés ^. »
• On croirait lire un des chapitres les plus touchans des Confessions de saint Augustin. La conversion de La Harpe ne fût pas moins sincère que celle de l'évêque d'Hippone. Il serait à souhaiter que le littérateur français eût pris un peu de la douceur de son modèle , et qu'il l'eût imité dans son aménité à l'égard des anciens compagnons de ses égaremens ! car, suivant le saint docteur , on ne fait aimer la vérité que par la charité.
Sa détention ne dura que quatre ou cinq mois. Au
* vie de La Harpe , par M. Mely Janin.
SUR LA HARPE. xj
bout de ce temps il fut rendu à la société et à ses occupations favorites. Il ne parut au lycée que pour manifester solenneHement les nouveaux sentimens qu il avait embrassés, que pour foudroyer les sophismes de l'incrédulité , et appuyer de sa pressante dialectique la divinité de la révélation. L'amende honorable qu'il fit de ses mauvaises opinions fut complète , et il ne la démentit dans aucune circonstance. Il publia successivement divers écrits où il confessa hautement le nom de Jésus-Christ : c'est alors qu'il composa la brochure du Fanatisme dans la langue révolutionnaire ; et qu'il entreprit la Philosophie du dix^huitieme siècle; F Apologie de la Religion; le Triomphe de la Religion^ poème; et le beau Discours sur V esprit des livres saints et le style des prophètes.
Proscrit au i8 fructidor par le Directoire , il se retira àCorbeil, où il partageait son temps entre les exercices de piété et les ouvrages dont nous venons de parler , mais qu'il laissa presque tous incomplets. De retour à Paris, après le i8 brumaire, il y reçut l'accueil le plus flatteur et le plus honorable ; mais il se prépara des contrariétés et des tourmens par la publication de sa Correspondance littéraire. Le premier consul , irrité contre lui à cause de ses opinions, l'exila à vingt-cinq lieues de Paris ; bientôt cependant il eut la permission d'aller à Corbeil, et ensuite de revenir à Paris. Sa santé délabrée l'avertissait de se disposer à la mort ; et il ne fut point sourd à cet avertissement. Il montra la plus parfaite résignation et un calme inaltérable. La veille de sa mort, il se faisait réciter les prières des agonisans , quand M. de
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Fontanes entra dans sa chambre et s'approcha de son ht : « Mon ami, dit La Harpe en lui tendant la main, je « remercie le ciel de m'avoir laissé Tesprit libre pour « sentir combien cela est consolant et beau. » D expira le lendemain, n février i8o3, dans sa soixante-quatrième année.
Nous avons cru qu'il serait inconvenant, à la tête d'un livre de piété , de raconter au long les événemens de la vie de La Harpe , et de passer en revue tous ses ouvrages de littérature ,• nous avons dû nous borner à ce qui est de notre sujet. Les personnes qui voudront connaître ce qui a rapport à ce célèbre littérateur trouveront tous les renseignemens nécessaires dans un grand nombre de Notices , dont quelques-unes sont écrites avec beaucoup de modération , d'impartialité et de talent ^
Arrêtons-nous un instant sur le Psautier. Cet ouvrage, composé en 1 794, pendant la détention de La Harpe, fut confié à un de ses amis (M. Migneret), pour le sauver du naufrage. Occupé d'autres objets, l'auteur le laissa entre les mains de cet ami , qui le fit imprimer pour la première fois en l'an vr, in-8° et in-12. Les journaux religieux s'accordèrent à le louer, et depuis à chaque réimpression les éloges ont recommencé. (/. L.)
^ Voyez La vie de La Harpe , par M. Mely Janin ; Notice sur La Harpe , par MM. Petitol et Fiévée ; Notice sur le même, par M. de Saiut-Surin, dans la Biographie universelle ; Discours prononcé par M. de Fontanes sur la tombe de La Harpe.