‹ Le pseudo-érysipèle vaso-moteur chez les tuberculeuxChapitre 6 sur 26 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

€ Un phtisique (1) à la phase ultime attire mon attention par une rougeur intense du nez que je pris pour un érysipèle. Le nez était en effet, à la fois rouge et chaud, luisant et un peu turgide Mais j'apprends de la surveillante et du malade luimême, que cette rougeur a déjà paru et disparu à plusieurs reprises, et se montre surtout quand le malade se mouche.

« Je lui recommande, pour la visite du lendemain, de n'y pas toucher s’il le peut, avant mon arrivée.Ce jour-là nous trouvons le nez froid et un peu violacé, comme chez les asphyxiques ; la dyspnée d’ailleurs est très modérée. La pommette droite est le siège d’une légère congestion ; les oreilles sont froides, leur ourlet est violätre, à peu près également des deux côtés.

« Nous pouvons faire alors les constatations suivantes : 1° le nez rougit faiblement quand le malade parle ; 2° il rougit : plus nettement lors des efforts de toux. (Cés deux effets peuvent s’interpréter par l’augmentation de la pression sanguine lors de la toux et de la parole); 3° Enfin, en frottant le nez, nous obtenons aussitôt un état comparable au pseudo érysipèlc de la veille, avec toutefois l’aspect moins turgideet moins luisant, ce que j'attribue aux progrès de l’affaiblissement depuis 24 heures. Ce malade mourut dans la nuit.

« À l’autopsie nous trouvons le nez d’une pâleur de cire, sans trace de vascularisation.

(1) Jacquet. Pseudo-érysipèle vaso-moteur. Bull. de la Soc. de Biologue, 1897, p. 135. Il s'agit d'un malade de M. Bouchard, alors. suppléé par M. Jacquet (Hôpital de la Charité).

Le sympathique gauche paraît intact dans tout son trajet, quoique sa portion thoracique soit en contact avec une plèvre épaissie.

A droite, le nerf semble intact dans la région cervicale, et se laisse facilement détacher de la colonne vertébrale; mais dès son entrée dans le thorax, il adhère à une coque pleuropulmonaire dure, due à la symphyse des deux feuillets pleuraux et du poumon, et provoquée par la présence d’une énorme caverne remplie de pus. 21 est impossible de le détacher complètement et même en quelques points de le distinguer. On ne le retrouve à peu près normal qu’à partir de la première dorsale: »

C'est en ces termes que M. Jacquet décrivait en 1897. le nouveau syndrome qui va nous occuper, et pour lequel il proposait le nom de pseudo-érysipèle vaso-mateur. Cette dénomination s’expliquait par l'apparence clinique qu'il avait constatée, simulant à ce point l'érysipèle vrai qu'il y avait été un moment trompé, — et par l'explication physiologique qui lui paraissait la plus plausible. À

L'observation attentive de notre cas n’a pu rien ajou-

ter à cette description clinique très complète et nous n'avons pu que répéter sur notre malade les constatations déjà faites.

. Comme on le verra par la relation qui va suivre, et que nous devons à la libéralité de notre maître de pouvoir reproduire ici, nous avons pu tracer de notre cas un tableau sensiblement comparable. Les mêmes expériences ont été répétées avec le même résultat et les mêmes vérifications nécropsiques ont pu être faites.

Pour permettre de prendre une notion plus exacte des

Nut :

analogies que nous signalons, nous croyons devoir donner tout de suite l’observation ci-dessous.

OBsERVATION II (inédite), (Service de M. Jacquet. Hôpital Saint-Antoine).

Phtisie pulmonaire à la troisième période; Erysinèles vrais de la face dans les antécédents éloignés. — Pseudo-érysipèle vaso-moteur d’une très grande variabulilé, s'accentuant par les causes amenant la congestion céphalique. — A l’autopsie, lésions tuberculeuses profondes des sommets avec épaississement fibreux de la plèore à ce niveau, englobant la première partie de la chaine sympathique thoracique et le ganglion cervical inférieur de chaque coté.

B.... âgé de 54 ans. Entre à l'hôpital Saint-Antoine, salle Broussais, dans le service de M. Jacquet, le 16 décembre 1905, parce qu'il tousse, qu’il a beaucoup maigri et qu’il ne peut plus travailler de son métier de camionneur.

Antécédents héréditaires. — Père toujours très bien portant de son vivant, mort à 74 ans. Le malade ignore de quelle maladie.

Mère souffrait d'une gastrite, morte de vieillesse.

Trois sœurs : une âgée de 62 ans, atteinte de rhumatisme.

Deux autres sœurs que le malade a perdu de vue depuis douze ans, étaient d'une santé parfaite.

Un frère, âgé de 57 ans, que le malade a perdu de vue depuis quelques*années, était également très bien portant.

Antécédents personnels. —- Erysipèle de la face à deux reprises dans l'enfance.

En 1878, maladie du cuir chevelu consistanten croûtes humides qui tombaient lorsque le malade se nettoyait la téte.

MATHS

| Trois ans plus tard. il fut atteint de syeosis de la lèvre supérieure et du menton.

A la suite d’une période de 28 jours, il fut atteint d’un eczéma humide du cuir chevelu (dont le malade attribua la cause à l’irritation causée par le képi qu’il portait). Il entra à Saint-Louis à trois reprises, pour se faire soigner de cet eczéma qui récidiva jusqu'à il y a seize ans, époque à laquelle il disparut après avoir duré sept ans.

En 1900, le malade, après avoir eu froid, eut un point de côté et entra à la Charité, dans le service de M. Moutard-Martin, où il fut ponctionné. On lui retira du côté droit un litre et demi de liquide séreux, et huit jours après, une nouvelle ponction donna de nouveau un litre.

A cette époque, le malade s’enrhumait déjà facilement, mais il avait conservé ses forces et n’avait pas maigri. [l resta dixhuit jours à la Charité et quinze jours à Vincennes, d’où il sortit tout à fait amélioré et reprit son métier de camionneur. À partir de ce moment, le malade qui, de tout temps avait transpiré de la tête, remarqua qu’il commençait à transpirer de tout le corps. De plus, il toussa toujours de plus en plus, et commença à maigrir et à perdre ses forces jusqu'en octobre 1904, époque à laquelle il fut forcé d'interrompre son travail, parcequ'il avait perdu l’appétit et était tout à fait faible.

Il se soigna d’abord chez lui et entra salle Broussais, le 16 décembre 1905.

A l'examen, on constate que le malade est dans un état d’amaigrissement considérable: ses tempes et ses joues sont creuses, ses pommettes saillantes et légèrement colorées, ses ongles hypertrophiés et incurvés (doigt hippocratique).

Poumon. — Auscultation: craquements et râles sous-crépitants humides dans toute l'étendue des deux poumons, gargouillements et souffle cavitaire au sommet droit.

Percussion. — Matité dans les fosses sus et sous-épineuses droite et gauche.

CA le ee

Larynæ. — Le malade à la voix voilée et éprouve une grande fatigue lorsqu'il parle.

Crachats épaix et puriformes.

A pparéil Ans — Langue sèche et saburrale.

Le malade n'a pas d’appétit et ne peut prendre que du lait.

Cœur. — Normal.

Artères. — Rien de particulier.

Pouls : 100° à 110°.

Température. — Variant entre 38° à 39.

Foie. — Dépasse les fausses côtes.

Appareil urinaire. — Normal.

16 janvier 1905. Ce matin, on remarque que le nez est dans son entier rouge sombre. un peu tuméfié, luisant et très chaud. L'aspect, n’était qu'il n’y a nul bourrelet appréciable, est celui d’un érysipéle.

17 janvier. Ce matin, le nez est au contraire sec, pâle et froid. Unefriction que nous nous sommes obligé de faire très légère, en raison de la sensibilité manifestée par le malade, ramène très aisément un degré appréciable de rougeur et de chaleur.

25 janvier. Depuis les dernières constatations, on a remarqué, à plusieurs reprises, ces mêmes alternatives d'aspect érysipéloïde et de päleur. De plus, il est arrivé, sous nos yeux, que le malade s'étant dressé sur son séant et étant resté quelque temps dans la situation verticale, le nez a passé très rapidement de l’état de päleur à celui de rougeur. L’oreille gauche, elle aussi, est rouge et chaude; maïs c’est celle sur laquelle le malade est le plus habituellement couché. L’oreille droite, elle, est rouge, sombre et tiède. . k

I1 y eût un écoulement léger de l'oreille gauche.

Le malade meurt le 27 janvier 1905.

Autopsie. — Léger épanchement à droite. probablement de date récente.

Le sommet droit du poumon est absolument adhérent au thorax. En avant, les adhérences sont limitées au sommet, mais en arrière elles intéressent le tiers supérieur du poumon

EN à D

en hauteur, et toute l'étendue de la face postérieure en largeur.

À gauche, on voit des adhérencés filamenteuses à la partie

antéro-externe ; adhérences plus légères en arrière. Adhérences à la colonne vertébrale dans la hauteur correspondante au sinus costo vertébral:

. Les adhérences du côté gauche sont plus récentes, plus molles que les adhérences du côté droit, de sorte qu’on a pu décoller assez facilement dans toute son étendue le feuillet vis- céral du feuillet pariétal, en laissant quelques lambeaux adhérents au sommet du poumon.

Poumon droit ramolli, est creusé dans toute sa hauteur,avec, par places, des indurations et des épaississements pleuraux.

Poumon gauche beaucoup moins atteint et au point de vue parenchymateux et au point de vue pleural.

Les plèvres médiastines sont adhérentes, surtout la droite, qui est très épaissie.

Foie gros, gras et muscade, pesant 2.020 grammes.

Rate grosse et congestionnée, pesant 350 grammes.

Les autres organes sont normaux.

Examen du sympathique thoracique, fait par M. Ferrand, interne du service. — La dissection des deux cordons du sympathique a été pratiquée aussi soigneusement que possible. La terminaison du cordon cervical, libre d’adhérences, et le gan-

glion cervical inférieur sont repérés. Le cordon est sectionné au-

dessus, et la dissection conduite aussi loin que possible dans l’intérieur du thorax. Elle a été beaucoup plus aisée à droite qu’à gauche, étant données les adhérences moindres de cé côté.

MACROSCOPIQUEMENT, à droite, le ganglion cervical inférieur est volumineux, le ganglion premier thoracique, également augmenté légèrement de volume, en est distant d’un demicentimètre. [l est toutefois impossible d'affirmer qu'on a bien affaire au premier thoracique, étant données la réunion si fréquente de ces deux ganglions et la grosseur du ganglion cervical inférieur. Au-dessous du quatrième, les autres ganglions de la chaîne thoracique sont d'aspect à peu près normal. Mais

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