‹ Le pseudo-synod connu dans l'histoire sous le nom de Brigandage d'EpheseChapitre 15 sur 27 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Les clercs d*Osroène it Constantlnople. — PhoUos évèqae de T jr.

Ce n'étaient là que des escarmouches; les partis pre- -naient position sur le terrain et se disposaient à en-

(1) Épîire XX de saint Léon. — Pairologie latine de Mîgne, LIV, col. 713. — Cfr. LV, col. 219, et 645-650. — Voir Darras, Histoire générale de l'Église, XllI, 231.

gager bientôt une lutte formidable. Que se passa-t-il dans rintervalle, pendant les mois de juillet, d'août et de septembre? C'est ce que nous ne savons plus qu'imparfaitement : aucun fait grave ne paraît s'être accompli ; Dioscore avait envoyé un ou plusieurs évêques à Constantinople (1) pour agir plus vigoureusement contre les Orientaux et pousser la cour à des mesures violentes, et ce sont probablement ces évêques qui avaient demandé et obtenu le bannissement de Théodoret dans le diocèse de Cyr . Théodorel ne courba pas la tête sous ce coup ; il obéit à l'ordre qui le confinait dans son diocèse, mais il protesta de son innocence, flétrit les procédés iniques et illégaux qu'on employait à son égard, et ne cessa de réclamer un tribunal, des juges et un jugement. < Pourquoi me punir sans m'entendre? disait-il. Pourquoi me refuser à moi qui, depuis trente ans, ai joui de l'estime des plus grands hommes, ce que la loi ne refuse pas à des voleurs, à des adultères, à des coquins notoires? Et que peut-on me reprocher? Est-ce ma foi qu'on attaque? Mais d'abord je n'enseigne pas ce dont on m'accuse ; je ne divise pas le Christ, comme on le prétend; j'ai prêché devant des milliers d'auditeurs, j'ai parlé devant des hommes comme Théodote, comme Jean, comme Domnus; tous mes collègues dans l'épiscopat m'ont entendu, et personne n'a critiqué ma foi; tous m'ont approuvé et applaudi. Pourquoi donc me reléguer dans mon diocèse, sous prétexte que je rassemble des synodes (2)? D'ailleurs, c'est là une allégation menson-

(1) Épître de Domnus à Flavien (Actes du Brigandage d'Éphèse, p. 139-i43) et épître lxxxv de Théodoret.

(?) Voir épîtres Lxxix-Lxxxn de Théodoret, et Tillemont, Mémoires pour servir à rhist, ecclés.^ XV, art. 28 sur Théodoret,

gère : je me suis rendu au synode lorsque j'y ai été convoqué, parce que la loi ecclésiastique condamne celui qui agirait autrement, et encore même je ne m'y suis pas toujours rendu (1). Que veut-on dès lors? Ah! je le comprends : ce sont lès larmes que je verse sur les Églises de la Phénicie et de la Palestine, ce sont les flétrissures que j'imprime à la conduite des eutychiens qui les irritent! On voudrait que je me taise ou que je devienne complice de l'iniquité; mais je ne le ferai jamais. Grâce à Dieu, je suis incapable d'une telle bassesse, et c'est pourquoi on m'exile. Eh bien ! qu'ils le sachent, ceux qui oppriment l'Église, ils m'enverraient au bout du monde que je protesterais encore, que je ferais retentir la terre de mes cris et que je fatiguerais le ciel de mes plaintes (2). »

p. 273-275 : c Quoniam ille civitatis illius episcopus, disait Varrêt de Théodose contre Théodoret, assidue coogregat synoQos, turbatque ea res orthodoxos, da operam congruenti moderatione ac prudentia, ut in Tyro se contineat, nec ad aliam civitatem profîsciscatur. » (Épître lxxx de Théodoret. — Patrologie grecque de Migne, LXXXIII, col. 1258 c.)

(1) <( Noverit enim magnitude tua me uec tempore beatissimi sanctique Theodoti, nep sub beatae mémorise Joanne, nec sub sanctissimo episcopo Domno, sponte mea întrasse Antiochiam, sed quinquies ac sexies vocatum vix paraisse. Parebam autem ut ecclesiastico canoni obsequerer, qui reum baberi jubet eum qui ad synodum vocatus adesse noluerit. ^ (Épître Lxxxii. — Patrologie grecque de Migne, LXXXIII, col. 1262.)

(2) Épître Lxxix et suiv. de Tbéodoret. Après les synodes incessants qu'on Taccusait de convoquer à Antioche, la principale accusation qu'on lui intentait était de déplorer les désordres où étaient tombées les églises de Phénicie : « Licet enim, dit-il, dedes millies indignenturj quod Phœnices damna defleo, id ego facere non de^ sinam, quamdiu hoc video, » (Épître lxxx au préfet Eutrécbius. — Cf. épître Lxxix. — Patrologie grecque de Migne, LXXXIII, col. 1259 a, et 1255 d.)

, Digiti

Tel est le langage qu'on retrouve partout dans la correspondance de Théodoret, en particulier dans les lettres au consulaire Nomus (1), au patrice Anatole (2), au préfet du prétoire Eutréchius (3), qui datent de cette époque ou qui sont de la lin de cette même année 448.

Pendant que Théodoret protestait de la sorte et faisait agir tous les personnages influents avec lesquels il avait eu quelques relations, ses ennemis ne demeuraient pas oisifs. Il paraît même qu'il ne fut pas toujours heureux dans le choix des hommes qu'il prit pour confidents de ses douleurs. Le consulaire Nomus ne répondit à aucune de ses lettres : c'était un personnage entièrement dévoué à Dioscore et à Eutychès (4).

Il avait soutenu leur parti, et il devait leur rendre encore plus d'un service. Ainsi tenus au courant de ses plaintes, les adversaires de l'évéque de Cyr mirent plus de zèle à'poursuivre vigoureusement la campagne qu'ils avaient entreprise contre les prétendus nestoriens du patriarcat d'Antioche. On ne s'arrête pas facilement, d'ailleurs, une fois qu'on est entré dans la voie de la violence; il n'y a guère que le premier pas qui coûte, et, ce premier pas accompli, on est entraîné par les événements plutôt qu'on ne les guide.

(1) Épîtres Lxxxi, xcvi.

(2) Éptlre Lxxix.

(3) Éptlre Lxxx.

(4) Nomus ou Nomius, consul de Tau 445 (Voir Théodoret, épîlres LViii, lxxxi, xcvj. — Mansi, VI, "563-566. — Tillemont, Htstoire des emp., VI, 102. — Mémoires, XV, 267, 268, 276, 438, 449, 643), fui maître des offices en 439 et en 443, patrice en 446; il assista au concile de Calcédoine, où un neveu de Cyrille, Âthanase, se plaignit de lui. {Cod. Theodos. Navel, lib., til. 31 ei 32.)

Cependant, les adversaires du parti eutychien se tenaient aussi sur leurs gardes. Théodoret recommanda une extrême prudence à tous ceux qui étaient soupçonnés de partager les opinions de Nestorius ou de Théodore de Mopsueste, et il écrivit, dans ce sens, aux évéques de la Cilicie (1). Mais la prudence ne pouvait désarmer la faction ennemie; les professions de foi les plus orthodoxes passaient pour hérétiques ; quiconque ne pensait pas comme Dioscore ou comme Eutychès était nestorien (2).

Cependant, les clercs d'Osroène condamnés à Antioche venaient d'arriver à Constantinople. Ils y trouvèrent une coterie puissante très-animée contre les évoques d'Orient, surtout contre Théodoret ; ils se laissèrent séduire, et, plaçant leur intérêt propre au-dessus des intérêts de la vérité, au-dessus même des intérêts de la justice, comme cela arrive trop souvent en ce monde, ils répandirent ou appuyèrent les calomnies les plus atroces contre leur ancien bienfaiteur. Le patrice Anatole crut devoir en donner avis à Théodoret (3), qui se justifia avec sa grandeur d'âme habituelle; mais, s'il pouvait se justifier auprès de ses amis en leur découvrant la fausseté des crimes qu'on lui imputait, cela ne lui était pas aussi facile auprès de ses ennemis ; aussi, est-il certain que les calomnies des clercs de l'Osroène indisposèrent encore un peu plus la cour contre les évêques d'Asie.

(1) Épître Lxxxiv.

(2) Ce jugement est suffisamment motivé par la profession de foi du prêtre Pelage, qu'on lira plus loin.

(3) Le patrice Anatole, un des amis de Théodoret. (Voir épttres Lxxix, xcii, cxf.) — Tillemont, Histoire des empereurs, VI, 83-84. - Mémoires, XV, 232-263, 274-275, 282, 286, 292, 630, 642.

Que se passa-t-il dès lors? On ne saurait le dire exactement, mais il paraît certain que l'empereur ordonna à Domnus de remplir enfin le siège métropolitain de Tyr, vacant depuis la déposition d'Irénée. On ne concevrait pas, en effet, qu'après les craintes manifestées dans une de ses lettres à Théodoret, Domnus eût osé prendre sur lui seul la responsabilité d'un acte si contraire aux lois ecclésiastiques. Il faut évidemment qu'il ait eu la main forcée par des ordres venus d'en haut, ainsi que nos Actes le disent assez ouvertement (i), car il n'aurait jamais pris autrement une pareille décision. Un prêtre, du nom de Photius, fut choisi pour succéder à Irénée (2). Les documents nouveaux ne disent point qui fit l'ordination. Est-ce Domnus? Est-ce un autre évêque de la province? On n'en sait rien. Ce qui est probable, c'est que Photius était désigné, sinon imposé, au choix des évêques delà Phénicie. Il montra bien d'ailleurs, dans la suite, qu'il avait pris des engagements envers le parti monophysite.

Photius fut élu ou sacré le 9 septembre 448; Domnus donna cette nouvelle à Flavien quelques jours plus tard, quand il lui écrivit la lettre classée sous le numéro 86, parmi celles de Théodoret. Dans cette lettre, le patriarche d'Antioche racontait au patriarche de Constantinpple les derniers événements qui s'étaient accomplis en Orient et le suppliait de s'entremettre auprès du gouver-

(1) Actes du Brigandage d'Éphèse, p. 434: t A l'époque où [notre priDcej soDgea à déposer du ministère Irénée de Tyr, ledit Domnus n'a pas voulu exclure celui-ci de sa communion ; il s'est posé même en adversaire et a parlé contre les ordres divins, rendus par l'empereur ami du Christ. Il n'a pas conGrmé la déposition d'Irénée, malgré les désirs du souverain. »

(2) Actes du Brigandage d'Éphèse, p. U3.

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nement en faveur des évêques d'Asie. Il réclamait ses bons offices dans cette circonstance critique et le suppliait de combattre les évêques égyptiens, qui étaient allés plaider la cause des monophysites à Constantinople (i). Cette lettre, qui n'est pas absolument la même dans le texte syriaque que dans le texte grec (2), est très-importante, d'abord, à cause de la date de l'élection de Photius qu'elle nous fait connaître, ensuite à cause de certaines particularités qu'elle nous apprend sur Dioscore. Il paraît que son inimitié à l'égard de Domnus venait de ce que celui-ci avait accepté quelque lettre synodale de Proclus où l'on affirmait la préséance du patriarche de Constantinople sur les autres patriarches orientaux (3). C'était sans doute un écrit relatif au troisième canon du deuxième concile œcuménique. Dioscore accusait son collègue d'Antioche d'avoir trahi leur cause commune, et c'est pourquoi il accueillait avec tant de facilité toutes les calomnies des moines orientaux. Domnus dit même à Flavien que le patriarche d'Alexandrie a osé l'excommunier, à l'église, 8t en pleine assemblée (4).

(i) Actes du Brigandage d'Éphèse^ p. i39-143.

(2) ËQ admettant que la lettre, qui porte le no 86 parmi celles de Théodoret, est une lettre synodique, on s'explique facilement les différences qui existent entre le grec et le syriaque. On a ajouté ou on a retranché un paragraphe, suivant le personnage auquel on adressait l'exemplaire.

(3) Épître Lxxxvi, attribuée à Théodoret. Variante du texte grec.

(4) Cette lettre a été attribuée jusqu'ici à Théodoret, quoique beaucoup d'indices eussent pu faire soupçonner qu'elle n'était pas de lui. On ne comprend pas, en effet, pourquoi il y est tant question des prérogatives du siège d'Antioche, si Théodoret l'a compo* sée; mais on s'explique parfaitement toutes ces particularités, quand on sait que Domnus en est Tauteur. Un patriarche d'Antioche ne pouvait parler autrement. (Voir Fleury, Histoire ecclésiastique,

Qui porta cette lettre à Constantinople? On l'ignore. Peut-être fut-ce un des évêques qu'on expédia d'Orient pour combattre l'influence de Dioscore, quoique, d'après des renseignements fournis par Théodoret, ces évêques semblent être partis plus tard (1). On peut penser cependant, sans s'écarter des vraisemblances, qu'il y eut plusieurs déj)utations et que la première eut lieu vers la fin de septembre ou vers le commencement d'octobre 448, tandis que la seconde ou les suivantes partirent vers la fin de cette année ou vers le commencement de l'an 449.

Nous savons, en effet, par les Actes mêmes du fingandage (TÉphèsey qu'Uranius d'Émèse assista au concile tenu en novembre 448 contre Eutychès, et qu'il en signa les Actes, quoique ces Actes ne portent plus aujourd'hui sa signature (2). Or, cet évêque était très -lié avec Domnus et avec Théodoret; on l'accusait de pencher vers le nestorianisme, et plus tard il devint, au conciliabule d'Éphèse, un des points de mire du parti eutychien (3). Il est donc bien probable qu'il fut envoyé à Constantinople pour se défendre lui-même et pour défendre ses collègues.

Ce qui paraît certain, c'est qu'avant la lettre de

liv. XX VII, 16. — Cfr. XVIII, 28. — Tillemont, Mémoires pour servir à Vhist ecclés., XV, 278-281, en particulier 280-281. — Garnier, Historia Theodoreti, dissertatio prima, VIII^ 10. — Patrologie grecque de Migne, LXXXIV, col. 130-131. — Uenrion, Histoire ecclésiastique, in-4. Paris, 1859, XV, col. 1404. — Dora Ceillier, Histoire générale des auteurs ecclésiastiques, in-4. Paris, Vives, t. X, chap. IV sur Théodoret, § vui, 2i, p. 71, etc.)

(1) Épître xciv à Protogènes.

(2) Actes du Brigandage d'Éphèse, p.. 147.

(3) Ibid.

Domnus et avant l'arrivée des évêques orientaux, Flavien, patriarche de Constantinople, avait fait bon accueil aux clercs d'Osroène. On dit même qu'il aurait cassé la sentence du concile d'Antioche (1). Ce fait assez étrange n'est pas cependant impossible. A cette époque les principes de juridiction étaient tellement oubliés ou méconnus, les patriarches de Constantinople s'arrogeaient tant de droits, et les évêques avaient tellement l'habitude de souffrir ces abus que les plus saints personnages ne résistaient pas toujours à l'entraînement général. On recourait de toutes parts aux patriarches de Constantinople ; on implorait, à temps et à contre-temps, leur intervention auprès de la cour, si bien qu'ils pouvaient se croire permis par la coutume ce qui, en droit, n'était rien moins qu'une criante énormité.

Un des accusateurs d'Ibas, Euloge, raconta plus tard au conciliabule d'Éphèse qu'il avait porté ses plaintes au ovvoSoç hhitoxKTa, espècc de concile permanent formé à Constantinople par les évêques -qui y étaient de passage ou qui y résidaient habituellement; mais il ne parle pas de Flavien, et on comprend pourquoi. Il eût été trop dangereux pour lui de se recommander alors d'une pareille autorité. Ce fait ne sera donc jamais complètement éclairci (2).

Ce qui est plus certain, c'est que les clercs d'Osroène, restés jusqu'alors assei étrangers au mouvement monophysile, entrèrent dès ce moment dans la ligue formée

(1) Tillemont, Mémoires, XV, 473. — Héfélé, Histoire des conaies, 11, 499.

(2) Actes du Brigandage d'Éphèse, p. 64-68. — Cfr. Héfélé, Histoire des conciles, II, 509. — Tillemont, Mémoires pour servir à Vhist. ecclés., XV, 472-474.

par Eutychès, Dioscore et Chrysaphius, et qu'ils furent mis au courant des projets du parti. La haine que le chef de Fintrigue Eutychès portait à Tévêque d'Édesse à cause de rattachement de celui-ci pour Théodore de Mopsuesle, et les calomnies qu'ils répandirent eux-mêmes contre les Orientaux, les servirent efficacement dans leurs projets. Ils se donnèrent comme des confesseurs de la foi injustement persécutés, et on finit par s'en rapporter à leur parole. Ayant pu un jour approcher et entretenir l'empereur dans l'église de Saint-Jean, ils l'intéressèrent à leur cause et lui dénoncèrent Domnus, à la fois comme un rebelle et comme un hérétique (1). Toutes ces accusations ne tardèrent pas à porter leur fruit.

Théodose, mécontent de voir les .'roubles renaître de toutes parts et entraver les efforts qu'il faisait pour défendre son empire contre les barbares, se résolut à en finir. Indisposé contre tous les évêques d'Orient, qu'on lui présentait comme des nestoriens, et facilement porté à les trouver coupables, il prêta l'oreille aux sollicitations puissantes qui lui étaient adressées en faveur des clercs de l'Osroène. Eutychès, gagné par Uranius d'Imérie, un de ses amis, les protégeait ouvertement : il n'eut pas beaucoup de peine à obtenir la révision de leur procès, et il alla même jusqu'à la faire confier à Photius de Tyr, à Eustathe de Béryte et à Uranius

(1) Â notre avis, la déposition d'Euloge, pour ce qui concerne la question de Torthodoxie des Orientaux, ne mérite aucune créance. C'est une pure invention qui lui a été inspirée ou imposée par ses protecteurs monophysites à Gonstantinople. Pour se convaincre de la vérité de notre assertion, il suffit de lire la profession de foi demandée à Pelage.

dlmérie (1). Le dernier de ces délégués était un ennemi déclaré d'Ibas.

Quant aux deux premiers, s'il est vrai qu'ils aient été choisis sur les indications d'Uranius, ainsi que Tévêque d'Édesse s'en plaignit plus tard à Calcédoine (2), il n'est pas probable qu'ils fussent précisément animés d'une grande impartialité. Du reste, ils montrèrent bien, par la suite, qu'ils avaient contracté plus d'un engagement envers le parti monophysite.

Ces événements se passaient en octobre 448. Uranius d'Imérie s'était rendu à Gonstantinople pour appuyer la demande des clercs d'Osroène. Il réussit dans ses desseins, car, le 26 octobre, l'empereur ordonna au tribun Damascius de se transporter en Orient en compagnie d'Uranius et des accusateurs d'Ibas, pour traduire les évêques d'Édesse, de Carrhes et de Théodosiopolis devant un tribunal composé de Photius de Tyr, d'Eustathe de Béryte et d'Uranius d'Imérie. Flavien, de Conslan- * tinople, envoya de son côté un de ses diacres, nommé Euloge, pour le tenir au courant de ce qui se passerait (3).

Il n'y avait évidemment, dans cette manière de procéder contre les évêques, rien de légal au point de vue des lois ecclésiastiques. C'était aller contre toutes ces lois que de déférer le jugement de plusieurs évêques à

(1) Mansi, Vil, 210. — Héfélé, Histoire des conciles, II, 499-500; III, 73.

(2) f Jubete ea quce judicata sunt à Pbolio et Eustathio reverendissimis episcopis relegi. Uranius enim episcopas Himerorum in gratiam EtUychis omnia agens, prœparavif ut quidam clerid accusarent me, et judicium sibi prœdictisque iransmUteretur, etc. » (Mansi, Conciliorum omn. ampl coll., VII, 193. — Gfr. 203.) ^

(3) Ibid., 210.

un tribunal quelconque, par un simple décret impérial. Et néanmoins les esprits étaient si troublés, que personne ne protesta contre cette illégalité : juges, accusés, accusateurs, témoins, tout le monde accepta ce mode d'arbitrage. Le fait en lui-même n'a pas grande importance, mais il révèle à quel point toutes les idées d'ordre et de droit étaient bouleversées, dans la conscience chrétienne, au milieu du V« siècle.

Tandis que Damascius prenait le chemin de l'Asie, de graves événements se préparaient à Constantinople, et ces événements devaient avoir, sur l'avenir de l'Orient chrétien, la plus funeste influence.

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