CHAPITRE IX
Convocation d*iiii concile it Éphèsc — Révision des prof^dnres dirigées contre Eatychés et Ibas»
L'issue de ce procès ne répondit pas aux espérances que les monophysites avaient d'abord conçues et jeta
(r) Mansi, Condliorum omn, nova et ampliss, coUectio, t. VII, col. 251 : € Rogamus, disent-ils, et deprecamur vestram sapientiam, ut eidem reverendissimo episcopo suadeatis, quatenus vélodter ad suum gregem reverti festinet, qui perklitatur ah omnibus lacerari cum nullus sit qui ei prœesse valeat; et maœime festivitate salutifera sancti diei paschalis imminente, in quâ et propter catechismos et propter eos qtd digni surU sancto baptismate, opus est ejusprœsentiâ. » (Mansi, ibid., t. VII, col. 251.)
(2) Mansi, Condliorum omn, ampl. coll., VII, 202 c.
(3) Celle procédure de Tyr-Béryte-Tyr existe parmi les actes du concile de Calcédoine dans Mansi, Coniciliorum omn, ampl, coll., VII, 210 et suiv.
dans leurs rangs une irritation qui ne tarda pas à éclater en menaces et en provocations. Il est très-probable, en effet, que ce fut là ce qui détermina l'empereur à entrer enfin dans les voies de fait contre les orthodoxes. La condamnation d'Eutychés l'avait piqué au vif, et Flavien, déjà en défaveur auprès de lui, était tombé dans la disgrâce. Théodose alla jusqu'à lui demander une profession de foi. Bientôt même, cédant aux instances de la faction eutychienne, il commença à parler de convoquer le concile œcuménique que les monophysites réclamaient partout. C'était là le rêve d'Eutychès et de Dioscore ; Flavien, au contraire, et les orthodoxes, saint Léon en tête, n'en voulaient pas et le considéraient comme extrêinemenl dangereux, dans les conjonctures où sq trouvaient l'Église et l'empire. Pendant quelque temps, on eut l'espoir de détourner ce malheur, ainsi que nous l'apprend Théodoret dans sa lettre 112® (1). L'empereur parut se rapprocher de Flavien et renoncer à la convocation du concile œcuménique; mais ses bonnes dispositions ne durèrent pas. Un mauvais génie s'empara de nouveau de son âme et le poussa dans la voie fatale du schisme et de l'hérésie. Les lettres de convocation pour le concile furent lancées le 30 mars M9, trois jours après les fêtes de Pâques. Elles étaient adressées à Dioscore, qui était chargé de présider l'assemblée. Les précautions qu'on y prit, pour assurer la majorité aux monophysites, in- • diquent suffisamment que le résultat, de l'arbitrage de Tyr ne fut pas étranger à ces dernières décisions : le nombre des Pères du futur concile était Umité ; ils devalent être choisis parmi les évêques d'Orient.
(i) Patrologie grecque de Migne, LXXXIII, col. 1301.
Théodoret était exclu du synode, et Tempcareur avouait enfin publiquement qu'il avait interné dans son diocèse révêque de Cyr (!)•
L'influence et les préoccupations qui avaient présidé à la rédaction de ces lettres sont manifestes. Mécontents de l'arbitrage de Tyr-Béryte-Tjr, Uraniusd'lmérie et ËulogC;^ un des accusateurs d'Ibas, étaient partis pour Cpnstantinople> aussitôt après l'acquittement de l'évêque d'Édesse, pour se plaindre de cette nouvelle injustice et réclamer le redressement de^ torts prétendus qu'on venait de leur faire. Ëutychès^ qui avait recouvré, son crédit auprès de Théodose et qui était devenu plus puissant que jamais, appuya leurs demandes et leur obtint la faveur d'un nouveau jugement. Désormais ce fut la force qui dut avoir raison des opposants; l'empire se fit persécuteur.
Tandis qu'Ëutychès obtenait pour lui-même la révision des actes de Gonstantinople, qu'il prétendait avoir été altérés par les notaires de Flavien, il demandait la même faveur pour les clercs de l'Osroène. Sans parler des motifs généraux qu'il avait de détester Ibas et Icmt scm parti» il était^ sans doute, très-irrité des déclarations faites ecmtre lui par l'évêque d'Édesse dasks un sermoa public,, et de l'adhésion qu'il avait donnée au nouveau symi^ de Cmslantinople (2). C'était 1^ un coup qui l'atteignait directement lui-même, et il était bien heureux de pouvoir exercer sa veI^;eance. Aussi, pendant
(1) 30 nara 449, yor^^ grée ée ce» d^ertt se Iroui^ Labbe, Sacro sancia concilia^ \\y 99-102. — Mansi» 'C(meiliortm omn. ampl. coll., VI, 588-590.
(2) Héfélé, Histoire des conciles, III, 73, et Mansi, Conciliorum omn, ampL c(M., VU, 199.
qu'on révisait à Constanlinople (8, 13, 27 avril 449) (1) les actes du synode tenu Tannée précédente par Flavien, on faisait une nouvelle instruction de la cause dlbas à Édesse même. C'est une phase de la première période de la lutte qui était demeurée complètement inconnue jusqu'à ce jour et sur laquelle il faut nous arrêter quelques instants.
Le tribun Damascius dut faire son rapport à la cour de Constantinople vers la fin de février ou vers le commencement de mars 449. Ce n'était pas évidemment le résultat qu'on avait attendu et désiré, pendant plusieurs moiy; ce n'était pas surtout un résultat en harmonie avec les dispositions présentes de l'empereur et d'Eutychès.
Tbéodose était irrité contre Flavîen et contre tous ses partisans, parmi lesquels il rangeait avec raison Domnus, Tbéodoret et Ibas. Aussi, quand Uranius et Euloge vinrent protester contre l'arbitrage de Béryte, ib trouvèrent le terrain si bien préparé qu'ils n'eurent pas de peine à obtenir le bénéfice d'un nouvel examen sur les lieux. C'est pourquoi, loin de donner ordre aux autorités militaires et civiles, comme le portait la commission donnée à Damascius au mois d'octc^re 448, de faire exécuter la sentence arbitrale prononcée par Photius et par Eustathe, le gouvernement impérial fit procéder à une enquête dans Édesse même. C'était en apparence un moyen trè^Iégal, puisque les accusateurs se plaignaient qu'on n'avait pas entendu leurs témoins, et que les juges reconnaissaient eux-mêmes ne s^être posés en arbitre qu'à cause de l'impossibilité où ils étaient de citer tous les intéressés.
(1) Mansi, VII, 727-7G1. - Héfélé, ibid., Il, 530.
Tandis que le gouvernement impérial s'arrêtait à ce projet, Ibas, absous par les juges de Béryte et de Tyr, rentrait à Édesse avec trois de ses accusateurs. Il semble qu'il fut assez mal accueilli par la population, puisqu'il dut quitter la ville et recourir au maître de la milice pour obtenir l'appui de la force publique (1). Ce sont au moins les intentions et les actes que ses ennemis lui prêtent, et il n'est pas vraisemblable qu'ils calomnient tout à fait sa conduite. Il était, du reste, dans son droit en agissant de la sorte ; le gouvernement s'était engagé à le soutenir, s'il était reconnu innocent, quand il l'avait traduit devant les trois évêques Photius, Eustatlie et Uranius.
Mais la cour était bien éloignée de vouloir tenir un pareil engagement. Au contraire, elle envoyait l'ordre de commencer contre lui une instruction, et elle se disposait déjà à le faire arrêter comme un malfaiteur. Ibas est formel; il n'est pas permis de douter que Chrysaphius l'ait, à l'instigation d'Eutychès, fait traîner de prison en prison, même avant le conciliabule d'Éphèse. Son témoignage est, d'ailleurs, confirmé par celui de Libératus-. Nous ne pensons pas, comme l'a fait Héfélé (2), que l'évêque d'Édesse ait été emprisonné seulement après sa déposition. Le décret d'arrestation suivit, au contraire, de bien prés l'instruction que le comte Chéréas fit dans la capitale de l'Osroène ou le rapport qu'il adressa à la cour (3).
On serait tenté de croire, de prime abord, que le comte Chéréas n'avait aucune mission officielle quand
(i) Voir Actes du Brigandage d'Éphèse, p. 17, 21, 22, surtout 26.
(2) Mansi, Vil, 194-203. — Libératus, Breviarium, ch. Xlï.
(3) Histoire des conciles, U, 541, note 3. — Cfr. III, 74.
il recueillit les plaintes des Édessiéns contre leur évêque ; mais il est difficile de supposer* qu'il se soit ingéré de lui-même dans une cause purement ecclésiastique, surtout en l'absence du principal accusé, et on ne conçoit pas, d'ailleurs, comment il aurait reçu l'ovation qu'on lui fit à son arrivée, si on ne supposait pas que les habitants d'Édesse étaient instruits des motifs de sa venue.
Les acclamations du peuple, le concours de clercs, de religieux et de fidèles qui l'accueille, les demandes qu'on lui adresse, tout montre qu'on savait déjà ce qu'il venait faire. Il y a évidemment dans cette partie des Actes du Brigandage d'Éphèse, des sous-entendus et des réticences qu'une phrase nous eût expUqué« ; mais ce qu'il est impossible de ne pas déduire de l'ensemble, c'est que Chéréas n'ait pas été officiellement envoyé à Édesse avec des instructions relatives à l'affaire d'Ibas. Chrysaphius et Eutychès organisèrent évidemment ce coup pour faire pendant à ce qui s'accomplissait dans la capitale de l'empire. La coïncidence n'a rien de fortuit.
Le comte Flavius-Thomas-Julien Chéréas était juge ou gouverneur civil de l'Osroène. 11 s'était déjà occupé de cette affaire et avait eu à ce sujet un commerce de lettres, soit avec le consul de l'année, soit avec le maître de la milice. Il était donc plus apte que personne à l'examiner encore et à diriger l'enquête dans le sens qu'on lui désignait. Pour ce qui est du temps où cette enquête eut lieu, la minute que nous ont conservée les Actes du Brigandage d'Éphèse est trèsexpHcite. En voici l'analyse somrtiaire (1):
(1) Cette analyse a paru déjà dans la Revue des questions historiques du ier juillet 1874. Nous la republions, mais en la remaniant.
€ Après le consulat des illustres Flavius, Zenon et Postumien (1), disent les Actes qu'on vient de retrouver, la veille des ides d'avril, c'est-à-dire le 12 avril ii49, la seconde indiction durant encore, tous les habitants d'Édesse se réunirent aux vénérables archimandrites, aux moines, aux femmes, aux hommes de la ville, pour aller à la rencontre du grand et glorieux Chéréas, comte de premier ordre et juge d'Osroène. Quand il fut entré sur le territoire d'Édesse et qu'il se fut rendu au martyrium (2) de saint Zachée, tout le iponde se prit à crier en ces termes :
Après des acclamations pour les empereurs Théodose Il et Valentinien III, pour le consul Protogènes, pour Domnus, patriarche d'Antioche, pour Zénon^ maître de la milice, pour le patrice Anatole, pour Chrysaphius, pour le comte Théodose et pour Chéréas, le peuple lit entendre contre Ibas des clameurs qui se reproduisirent à peu près les mêmes durant tout le cours de la procédure, à intervalles assez rapprochés:
« Un autre évêque pour la métropole ! Personne n'accepte Ibas ! Personne ne reçoit le nestorien ! Au feu l'engeance neslorienne 1 A l'Église ce qui appartient à l'Église ! Chassez Ibas de l'Église ! Que l'Église ne souffre plus violence ! Un seul Dieu ! Le Christ triomphe ! Seigneur, ayez pitié de nous ! Nous ne faisons
(1) Consuls de l'an 448.
(2) Martyrium* On appelait ainsi les églises bâties sur les tombeaux des martyrs. Ce nom fut donné plus tard aux églises en général et aux cbapelles. (Ducange, Glossarium mediœ et infimœ latiniiatis.)
tous qu'une âme ! En abrégé , personpe n'accepte Ibas!
c Personne, en un mot, ne veut d'un évêque nestorien ! Auguste Théodose, ayez pitié de notre ville ! Personne n'accepte le second Nestorius ! Personne n'accepte l'adversaire du Christ ! Personne n'accepte l'ennemi du Christ ! Personne n'accepte celui qui hait le Christ ! L'ennemi des orthodoxes, personne ne le reçoit ! Personne ne veut d'un Judas pour évêque ! Un évêque orthodoxe pour la métropole ! Que celui qui s'en va s'en aille ! Faites connaître immédiatement, nous vous en, supplions, nos désirs ! Que nos maîtres le sachent ! Que le stratélate le sache ! Au feu l'engeance d'ibas ! Au feu l'engeance nestorienne, et de suite ! QuePirous soit établi logothéte dans l'Église ! Nous voulons Pirous pour économe de l'Église ! Mourir pour le Christ, c'est conquérir la vie {ij !»
On peut déjà pressentir la tournure que devait prendre l'affaire et comment les accusations intentées contre Ibas devaient être accueillies par un juge disposé à le trouver coupable. La ville d'Édesse savait évidemment que le comte Chéréas venait moins pour faire une enquête sérieuse que pour rassembler des pièces de conviction capables d'accabler im adversaire que tant d'épreuves n'avaient pu faire ployer. Les cris qui saluent l'arrivée du juge prouvent suffisamment qu'on connaissait ce qui allait arriver. Une première séance eut lieu dans le cabinet du comte-juge Chéréas, le 14 avril, au milieu des mêmes acclamations et du même tumulte.
(i) Voir Actes du Brigandage d^Êphèse, 17-18.
On traita Ibas de nestorien, d'Iscariote, de magicien, de simonien, de voleur, d'impudique, et on formula contre lui une série d'accusations qui se résumaient à peu près dans les points déjà connus par les libelles présentés au synode de Béryte, à savoir : qu'Ibas était partisan de Nestorius, qu'il anathématisait saint Cyrille, qu'il dilapidait les biens de l'Église, qu'il avait fait évéque de Harran Daniel, son neveu, un tout jeune homme qui vivait avec une femme de mauvaise vie du nom de Challoa (1). Toutes ces accusations étaient accompagnées des cris de : a Ibas en exil ! Ibas aux mines ! Ibas à la potence ! d On demandait un autre évêque, et, parmi les candidats que la multitude mettait en avant, on citait surtout les noms de Dagalaïfa, de Flavien et d'Éliades. On maudissait aussi les partisans de l'évêque proscrit, et ces malédictions nous font connaître au moins les principaux défenseurs d'Ibas, ceux qui, par leur position ou par leurs talents, occupaient un rang distingué dans ja capitale de l'Osroène. C'étaient l'archidiacre Basile, Abraham, l'inspecteur des hospices, les diacres Isaac, Quaïoumas et Marouna, les sous-diacres Notarios, Houphot et Théodose; c'était le prêtre Aba; c'étaient les Persans Babaï, Bartsaouma et Balash, ceux-là mêmes, sans doute, qui jouèrent un si grand rôle dans l'Église persane, durant la seconde moitié du Ve siècle.
Tandis que ces choses se passaient, Ibas n'était point à Édesse ; quelques mots donnent à penser qu'il était parti pour réclamer l'appui du maître de la milice.
(i) Sur Challoa, voir Mansi, Condiiorum omn. ampl. coll.^ VII, 215-222. -^ Héfélé, Histoire des conciles, III, 76-79.
Zenon. En tout cas, on sollicita contre lui la défense de rentrer dans sa ville épiscopale.
Avant de parcourir plus en détail cette procédure, il faut dire quelques mots de sa rédaction. Nous n'avons pas à faire ici, comme cela eut lieu au synode de Béryte, de Tyr et d'Antioche, à des plaintes émanées de personnes particulières. Ce sont des plaintes qui ont été recueillies par le gouverneur civil de TOsroène, le comte Chéréas, à la sollicitation, sans aucun doute, du parti eutychien, et par ordre du gouvernement, mais enfin d'une manière officielle. D'après l'ensemble des Actes, il paraît qu'ils ne furent pas rédigés sur place ; il y eut plusieurs séçmces, trois ou quatre, puisque le comte Chéréas, dans son rapport, dit que les cris du peuple d'Édesse contre Ibas ont duré trois ou quatre jours, et que ce rapport lui-même est divisé à peu près en autant de parties. Chéréas reçut donc probablement les dépositions des personnages importants d'Édesse et rédigea plus tard un rapport qu'il adressa à divers magistrats de l'empire, d'abord aux magisler divinorum officiorum (1) Martialios, ensuite au préfet du prétoire, qui se nommait peut-être Albinos, au comte d'Orient dont le nom pouvait être Salomon, à quelques membres du sénat ((juyxîiïîTOd), enfin au magister utriusqm militiœ per Orientem, qui
(1) Le maître des divins offices était le chancelier du palais impérial de Gonstantinople ; il avait la surintendance de toutes les charges de la maison de l'empereur, et jouissait, par sa position même, d'une grande influence à la cour. (Voir Ducange, Glossarium mèdiœetinfimœ latinitatis, Paris, 1845, IV, p. 179. — Cfr. Boecking, Notitia dignitatuniy I, 37, 234, et les auteurs indiqués par Ducange.)
s'appelait Zenon. Ce rapport fut, du reste, rédigé à la demande de certains membres du clergé, qui s'exprimèrent de la façon suivante par l'intermédiaire du prêtre Miqualas: € Nous vous apportons, seigneur comte Chéréas, une supplique signée par les habitants et par le clergé de la ville, et nous supplions votre illustre grandeur, pour calmer les troubles qui ont fondu sur cette cité et sur la sainte Église, de la recevoir, de la lire, de la déposer parmi lés actes et de l'envoyer à nos maîtres grands et illustres les hipparques, au grand et illustre comte maître des divins offices, au glorieux et illustre stratélate et consul Zenon. » L'enquête d'Édesse comprend donc: 4® les libelles du clergé et des habitants d'Édesse contre Ibas; 2» quelques renseignements recueillis de vive voix par le comte Chéréas dans son enquête ; 3» enfin les lettres de Chéréas luimême aux destinataires du rapport. Ces lettres sont au nombre de deux: la première est adressée en commun € aux grands et illustres Flavius, Fulris (1), Romanes, Protogènes, consul ordinaire (2) pour la seconde fois, et aux hipparques Albinos et Salomon (3). » Elle précède la
(1) Le mol Fulris paraît être une altération, mais de quoi? Est-ce de Fulvis ou de Florentius f — Cf. Hoffmann, Yerhandhungen der KirchenversamnUung, etc., p. 88, note 66.
Fulris ou Florentius Romanus sont probablement les prénoms du consul Protogènes. Les auteurs de Vart de vérifier les dates, Baronius et Pagi, donnent les initiales FL, mais sans écrire le nom tout entier.
"(2) L'expression syriaque à*tartein signifie-t-elle consul pour la seconde fois ? Mais alors, quand est-ce que Protogènes a été consul la première? — Est-il question, au contraire, de quelque province deuxième, et y a-t-il quelque mot sous-entendu? — C'est une question à laquelle on ne peut répondre. — La suscription de cette lettre est évidemment altérée.
(3) Albinos est probablement le personnage qui fut consul en 444
Digiti
seconde partie du rapport. La seconde lettre fut envoyée « au grand et glorieux comte Flavius Martialios, maître des divins offices. » Dans la première de ces lettres, placée en tête du rapport, le comte Chéréas dit avoir écrit déjà aux personnages auxquels il s'adresse, et leur avoir exposé Torigine de la controverse. 11 déclare ne pas pouvoir garder davantage le silence, sans péril pour la tranquillité publique. En conséquence,- il reprend Taffaire, là où ses lettres précédentes l'avaient laissée. « Tout le clergé de la sainte Église catholique d'Édesse, réuni aux archimandrites et aux autres personnages distingués de la ville, est venu me trouver, m'apportant une supplique signée par lui et par les notables, m'adjurant de la transmettre à votre grandeur... J'ai cru impossible de résister à cette demande et ne pouvoir mépriser, sans témérité, les supplications de tout une 6ité. »
Cette lettre est suivie de l'accusation dressée à Édesse, le 12 ou le 13 avril 449, contre Ibas, en présence des divers membres du clergé sécuher et régulier. Cet acte d'accusation, rédigé en forme de supphque, fut envoyé au comte Chéréas, qui le fit lire en sa présence. La lecture de cette pièce finie, le juge de rOsroène exprima son étonnement de ce qu'on lui redemandait de faire encore ce qu'il avait fait la veille, et déclara avoir écrit « au trône grand et sublime, » ainsi « qu'au glorieux maître de la milice. » Miqualas répondit au comte, au nom de toute l'assemblée, et l'adjura d'accéder à leurs désirs. Après que Miqualas eut fini de parler, les assis-
et en 450 {Chronicon pasch, Patrologie grecque de Migne, XGlIi 802, 807. — Tillemont, Histoire des empereurs, VI, 640). Quant à Salomon, nous manquons tout à fait de renseignements.
tants furent invités à dire leur avis. Ils le firent par rang hiérarchicpie. On connaît les opinions de dix prêtres, de vingt diacres, de neuf sous-diacres et de onze moines^ en tout, de cinquante et une personnes. Quand tous eurent fait leur déposition, le comte Chéréas déclara qu'il obtempérait aux désirs qu'on venait de lui exprimer et qu'il en référerait aux maîtres du monde. Ainsi se termine la seconde partie du rapport.
La troisième commence par la lettre d'envoi au comte Martialios, maître des divins offices. Le comte Chéréas déclare encore ici qu'il a déjà informé précédemment le maître de la milice des troubles excités à Édesse, à propos d'Ibas; mais, comme le tumulte a recommencé et menace la tranquillité publique, il ajoute qu'il se croit obligé de porter de nouveau les mêmes faits à la connaissance du commandant militaire, parce que, seul, il ^ assez d'autorité pour mettre fin à l'agitation populaire.
La lettre est mesurée ; elle atfecte même un ton • d'impartialité au sujet d'Ibas qui ne laisse pas que de donner à penser. Cette lettre précède la troisième partie du rapport envoyé par le comte Flavius-Thomas-Julien Chéréas au comte Martialios.
Le clergé d'Édesse, ayant vu ses premières requêtes bien accueillies par le gouverneur civil, tenta d'exercer une pression sur la partie laïque de la population, et monta contre Ibas un coup dont il espérait le meilleur résultat. Purant les trois ou quatre jours qui suivirent ledépôt de l'acte d'accusation dont nous avons parlé plus haut, oh travailla activement le peuple, et, le dimanche suivant, qui tombait cette année-là le 17 avril, les fidèles, rassemblés pour la célébration des saints
mystères, poussèrent des cris tels que le comte Ghéréas fut obligé d'intervenir. Il promit de faire droit aux réclamations du peuple, de réviser la décision rendue à Béryte et de procéder à' une nouvelle enquête. Cet expédient lui fut suggéré par un certain comte Théodose dont on ignore la situation officielle, mais qui joua un rôle important dans tous ces démêlés. Il avait signé le libelle présenté par le clergé d'Édesse, et nos Actes portent encore*: a: Toute la ville a souscrit; moi, Flavius Théodose, j'étais présent quand on souscrivait. »
Le récit des faits précédents fut présenté par ce comte Théodose au comte Ghéréas, le lundi 18 avril 449. te gouverneur reçut donc de nouveau des dépositions contre Ibas ; mais, cette fois, ce fut Vêlement laïque, ce furent les notables d'Édesse qui eurent le pas sur le clergé. Nous y trouvons d'abord un comte Euloge et lieux magistriens (1). Après ces dépositions très-courtes et toutes conformes à celles de Théodose, les prêtres, les diacres, les sous-diacres, les moines et les bnaiqueUma (2) joignent leurs instances à celles des laïques, pour qu'on entende à nouveau ceux qui avaient accusé Ibas au synode de Béryte. Trois accusateurs sur quatre assistaient à cette nouvelle instruction de l'affaire; c'étaient les prêtres Samuel, Maras et Gyrus. Euloge manquait avec Uranius, évêque d'Imérie, un des juges de Béryte, mais un des ennemis les plus acharnés de
(1) Les magistriens étaient des officiers subalternes du maître des divins offices dans les provinces (voir Ducange, Glossarium mediœ et infimœ latinitatis^ lY, 181), avec les autorités indiquées en cet endroit.
(2) Membres de confréries analogues aux Béguins et aux Béguines. — Voir Lamy, Concilium seleuciœ, etc., p. 111-120. L'auteur examine toutes les diverses significations de ce mot.
— Hâ—^
révéque d'Ëdesse. On donne à entendre qu'ils étaient partis pour Constantinople, dans Tinlention de faire casser la saiftence rendue par Eustathe et Pbotius. Samuel fit, en peu de mots, rhistorique de la question et se plaignit de ce qu'on n'avait pas voulu les écouter suffisamment à Béryte, lui et ses trois au^es collègues. Il accusa Ibas d'avoir perdu la foi et s*excusa lui-même de recourir à l'autorité d'un juge séculier^ disant qu'il avait épuisé toutes les ressources que lui fournissait la juridiction ecclésiastique. 11 prétendit avoir entendu dire un jour à Ibas cette parole : t Je n'envie pas au Christ, qui est devenu Dieu, ce qu'il est devenu; je le deviendrai, puisqu'il est de la même nature que moi. » Plusieurs autres prêtres, diacres et moines affirmèrent avoir ouï la même parole et demandèrent, par l'intermédiaire du comte Tbéodose, qu'on envoyât leur requête au maître des divins offices, pour qu'il en référât < à la couronne victorieuse et divine, * aux hipparques et au stratélate, commandant les deux milices. On pria également le comte Plavius-Tbomas- Julien Cbéréas d'adresser une circulaire aux patriarches de Constantinople, d'Antiocbe, d'Alexandrie, et aux métropolitains ou évêques de Jérusalem, de Tyr et de Béryte. On voulut, enfin, que le gouverneur civil de rOsroène prît offi^ellement connaissance de la lettre d'Ibas au Persan Maris, et, à la demande de Cbéréas relative à son authenticité, on répondît que son auteur l'avait avouée à Béryte. Telle est la phase du procès d'Iba» sur laquelle les documents nouveaux viennent de faire complètement la lumière, phase dont on n'avait pas même soupçonné jusqu'à ce jour l'existence. Le comte Cbéréas recueillit toutes les plaiMes et
promit de les faire parvenir au gouvernement; c'est par cette promesse que se termine son rapport, tel qu'il fut inséré plus tard dans les Actes du BrigancUige d'Éphèse,
Le ton de cette procédure a été considérablement adouci, et cependant on y reconnaît déjà te prélude de ce qui devait se passer au prochain concile; l'accusé n'est ni cité, ni entendu; aucun de ses partisans n'ose paraître, quoiqu'il n'en manquât pas à Édesse ; les actes du synode d'Éphèse en font foi. Les cris de la populace : « Ibas à la potence ! Ibas aux carrières ! Ibas au cirque ! Ibas en exil I Ibas au feu ! ]» ces cris, disonsnous, montrent le peu de cas qu'on aurait fait de sa défense, si tant est qu'on eût consenti à l'entendre. Ce n'est donc pas une enquête impartiale qae nous avons sous les yeux, malgré le ton d'indifférence qu'on y retrouve quelquefois; c'est une pièce à conviction qu'on cherche et qu'on produira bientôt. L'esprit qui préside à sa rédaction nous fait pressentir avec quelle facilité elle sera accueillie par des juges décidés à trouver, dans le successeur de Rabbulas, un adversaire de saint Cyrille, un partisan de Nestorius, un ennemi de la foi, du Christ et de Dieu, un nouvel Iscarîote.
Le rapport du comte Chéréas, adressé au consul Protogènes, au maître des divins offices et au stralélate, maître des deux miUces, dut partir vers la fin du mois d'avril. 11 trouva bon accueil auprès du gouveraeinent, et c'est alors, sans aucun doute, que furent lancées plusieurs lettre de convocation dont on ne s'était pas bien expliqué jusqu^à ce moment l'origine, par exemple celles adressées à Bar-tsaouma, du 15 mai, et celle» encore adressées à une dizaine d'archimandrites, qui sont du 13 juin 4&9. On comprend maintenant pour-
quoi on vit tant de moines au concile d'Éphèse. C'était pour l'affaire d'Ibas qu'ils étaient appelés à comparaître, soit comme juges, soit comme témoins. Un peu plus tard enfin, le 27 juin, l'empereur accusa réception du rapport du comte Chéréas par une lettre adressée sans doute à Dioscore, et ordonna de terminer le différend survenu entre Ibas et les habitants d'Édesse, en nommant à sa place un évêque qui jouît de la confiance des fidèles. Le concile devait se réunir un mois plus tard, et l'affaire d'Ibas lui était signalée comme une de celles dont il aurait à s'occuper. Mais nous n'en sommes pas encore là, et, avant de raconter la suite des événements, il nous faut répondre à quelques attaques dirigées récemment contre la chronologie de nos Actes.