CHAPITRE II
Deuxlèaie et trolstèiue mssIou». ^ Béposiaon d'IlMi*, «le Daniel, d'Irénée et d'Acylia (1).
D'après les Actes qu'on vient de retrouver, il paraît que le concile se réunit de nouveau le samedi 20 août, un ou deux jours après la fm de la première session. Mais comme les légats du pape saint Léon n'assistaient point à cette séance, et comme Domnus d'Antiocbe ne s'y trouvait pas davantage, l'assemblée s'ajourna au lundi suivant 22 août, et on ne traita, dans la journée du 20, que des causes de mince importance. On pourrait penser, par exemple, que ce fut dans cette réunion qu'on discuta les causes d'Athanase et de Sabinien de Perrha, de Gandidien d'Antiocbe de Pisidie et d'Atbénius dont nous ne connaissons pas le siège (2). Mais ce n'est là, redisons-le encore ici, qu'une pure conjecture.
(1) La substance des trois ou quatre chapitres suivants a paru dans la Revue des questions historiques de juillet 1874. Nous en prévenons une fois pour toutes.
(2) ÉpUre de Théodoret à Jean de Germanide, ou cxLviie. Voir plus haut, Mansi, Conciliorum omn., VII, 317 a, b, 318, a, d. c Dioscorus Àlexandrînus auctoritate suâ, insuper et tyrannîde, me
Le lundi 2i août, les délégués que le concile avait envoyés aux légats de saint Léon et à Domnus vinrent rendre compte de leur mission et apprirent au concile que ni Domnus, ni les légats ne voulaient se rendre à rassemblée.
Cette nouvelle ne déconcerta point les membres du synode; sur la proposition de Tfaalassius, métropolitain de Césarée en Cappadoce, ils décrétèrent qu'ils allaient continuer leurs délibérations, et ils reprirent, en effet, séance tenante leurs travaux, pour être prêts à partir aussitôt qu^ils auraient fini d'examiner les causes déférées à leurs jugements ou que l'autorisation de l'empereur serait arrivée (1).
Leur attention se porta tout d'abord sur la cause qui faisait depuis l'année précédente tant de bruit en Orient. On reconnaît déjà que nous parlons d'Ibas (2). Ibas était alors, paraît-il, retenu en prison dans la ville d'Antioche; il ne put donc pas être cité, ainsi que le prétend Libératus (3). C'eût été ajouter la dérision à l'iniquité, puisque l'accusé n'était pas même libre de compartittre; et de fait, nos Actes ne mentionnent aucunement cette citation.
Les clercs accusateurs de l'évêque d'Édesse, qui s'é-
quidem à Perrhenorum ecclesia, commissa mihi secandam caoones a ftaitctistimo episcopo metropolis nostrce Stephano expulit, e direrso atitem introduxit AthaDasiuro, virom depositum in Antioûhensium splendidissima civitate a multis Dei amantibus episcopis. » (Labbe, Sacro sûiicta concilia, IV, 721 5.) {\) Actes du Brigandage ^Éphèse, p. 8*10.
(2) JMd., p. 40-96.
(3) Mansi, Conciliorum <mn., VI, 194-203. — Héfélé, Histoire des conciles, 72*74. — Libératus, Breviarium cansœ, etc., 12. — Pairologie latine de Migne, LXVIII, col. 1002-1005.
taient rendus à Constantinople après le synode de Béryte, attendaient à la porte du concile avec d'autres clercs venus tout exprès de TOsroène et convoqués pour la discussion de celte fameuse cause. Jean, primicier des notaires, en donna avis au synode, qui décida de les faire entrer, mais voulut auparavant savoir où en était l'affaire d'Ibas, et c'est pourquoi on commença par interroger les juges de Béryte.
Eustatlie de Béryte, Photius de Tyr, Uranius d'Imérie étaient présents. Si les Actes retrouvés méritent ici créance, et si la main de Dioscore n'a pas dénaturé les dépositions, il faut avouer que le rôle de ces évêques fut singulièrement odieux. Au lieu de protester en faveur de celui qu'ils avaient absous, ils déclarèrent qu'ils n'avaient pas pu instruire suffisamment son procès, à cause de la distance qui les séparait des lieux, et ils ajoutèrent que, depuis lors, une enquête entreprise à Édesse ayant reçu l'approbation de l'empereur, le concile n'avait rien de mieux à faire que d'en prendre connaissancer avant de prononcer pour ou contre l'inculpé (1). C'était plus qu'une faiblesse de leur part; c'était un crime, et plutôt que d'assister à la sinistre comédie qui allait
(1) Les juges de Béryte, on le voit, ne distinguent pas plusieurs enquêtes. G*est donc une nouvelle preuve qui inûrme la théorie développée par M. Zahn dans les Gœttingische Gelerhte anzeigen du 8 avril 1874. On voit également, d'après ce récit, qu'on n'a point relu à Éphèse les actes de Tyr-Béry(e, ainsi qu'on Tavait cru et dit jusqu'à ce jour, car nous les trouverions très-probablement dans noire collection, si le contraire était vrai. Du reste, on ne fait mention nulle part de celte lecture, tandis qu'on cite expressément les réponses de Photius et d*£usthate aux questions qui leur furent posées. (Voir Héfélé, Histoire des conciles, t. II, p. 498-501. — Mansi, Conciliorum omn, ampliss, coll., t. Vil, col. 214 et suiv. — Tillemont, Mémoires, t. XV, p. 473-474.)
se jouer, ils auraient'dù subir mille fois la mort, comme Flavien le faisait la veille ou le jour même ; mais on était au commencement du Bas-Empire : on tenait bien à être évêque; on ne tenait plus à être martyr. L'histoire doit flétrir avec sévérité ces revirements, qui déshonorent également et un homme et une époque. Mais quel temps que celui où nous sommes arrivés, et que d'étonneraents nous ménagent encore les dernières années de ce siècle !
Le concile se hâta donc d'accéder au vœu des juges de Béryte, et les moines édessiens, qu'on avait fait attendre jusqu'alors à la porte du synode, entrèrent, apportant des documents et des lettres de l'empereur pour les évêques. On lut les dépositions analysées plus haut et recueillies à Édesse par le comte Ghéréas ; on a vu qu'elles ne contiennent contre Ibas que les accusations, depuis longtemps connues, d'hérésie, de mauvaises mœurs et de dilapidation des biens ecclésiastiques. Cette lecture fut écoutée avec un religieux silence ; mais elle ne fut pas plutôt terminée qu'il éclata un concert de malédictions comme oreille humaine n'en a presque jamais entendu.
Qu'on en juge : tandis que, d'une part, l'assemblée acclame Dioscore « comme la couronne du synode, j> « comme le défenseur de la foi, > « comme un personnage unique dans le monde, » elle pousse, d'autre part, contre Ibas, des cris que la populace d'Édesse n'avait même pas osé proférer: c Voilà qui souille notre ouïe ! Voilà qui convient à des païens ! Épargnez notre ouïe ! Que cela ne soit point dit ! Épargnez notre ouïe ! Épargnez nos âmesl Épargnez les orthodoxes! Qu'Ibas soit brûlé au milieu de la ville ! Qu'Ibas soit brûlé au milieu d'Antioche ! Qu'Ibas soit brûlé pour l'instruction des autres ! Les démons eux-mêmes n'ont pas dit cela !
hi les Pharisiens non plus ! Les juifs n'ont pas dit cela! C'est une expression digne des païens ! digne de Satan 1 digne de ceux qui sont sans Dieu ! Les démons ont reconnu le Christ comme Dieu! Ibas au contraire ne l'a point confessé ! Les démons sont plus respectables qu'lbas ! Les démons ont reconnu le Christ pour fils de Dieu ! Satan est plus respectable qu'Ibas ! Celui qui tente est plus respectable qu'Ibas ! Ibas est l'opprobre de toute la terre ! Au feu Ibas et tous ceux qui pensent comme lui ! Au feu Ibas et ceux qui le soutiennent ! Quiconque ne hait pas Ibas est un démon I Quiconque aime Ibas est Satan! Quiconque ne hait pas Ibas n'est point orthodoxe! Quiconque aime Ibas est nestorien! Celui qui ne condamne pas Ibas au feu n'est pas orthodoxe! Satan a été vaincu par Ibas dans le blasphème! Empereurs, tuez Ibas, nous vous en supplions ! Empereur, nous vous en supplions, qu'Ibas soit brûlé vif! Qu'il en soit ainsi pour l'instruction des hérétiques ! Qu'Ibas soit brûlé dans Antloche! Débarrassez-nous d'un homme, et délivrez le monde! Brûlez une personne, et délivrez une multitude! Nestorius et Ibas au feu tous les deux ensemble ! Que Nestorius ^t Ibas soient brôtés tous les deux au milieu d'Antioche (1)! L'exil n'a servi
(1) Il semblerait, d'après ce passage et plusieurs autres de nos Âùteè, que Nestorius vivait encore en 449. Jacques de Saroii|p, dans ^ne de Mt leures aux moines de Mar-Bassus, dit égaleoneot que Tempereur Marciea voulait le rappeler do Texil. Nous trouvons çncoro dans le manuscrit syriaque l!2l56 du Musée Britannique, fo 67 i, une leUre qu^il aurait adressée à Théodoret, après la dépostuon de té)ui»ci au Brigandage d'Ëpliése. Seuleirient on peut se demander ii ce document est authentique, et si ee n'est pat une invention des monopbyeites. (C£r. Wright» Catalogue of Si^riac mM., II, 644 a, au bas. — Mai, Scriptorum velerum nova coîLy X, 332, 361.)
de rien ! L'exil a ruiné la ville ! Nestorius et Iba? au feu tous les deux ensemble! L'exil ne leur fait rien! Nestorius a gagné à être exilé! L'exil ne leur fait rien (à Ibas et à Nestorius)! Au feu Nestorius et Ibas'tous les deux ensemble ! Patriarche, aidez les orthodoxes ! Chassez tous ces hérétiques ! Qu'il ne demeure aucun rejeton de Pharaon (1) ! »
Quand cette assemblée, que l'histoire a si justement flétrie, eut longtemps crié de la sorte, Dioscore, prenant un air de modération, l'invita à écouter en silence les dépositions qu^Euloge, prêtre d'Édesse, demandait k faire encore, Euloge était un de ceux qui avaient accusé Ibas auprès de Domnus, des évoques de Béryte et de Flavien de Constant inople. Il fit de nouveau l'histoire du procès, depuis son origine jusqu'au concile, mais d'une manière si abrégée, qu'elle n'éclaircit pas tous les points demeurés obscurs jusqu'à ce jour. Elle a cependant une véritable importance historique.
D'abord, on ne savait, dit-il, à qui recourir; mais bientôt on songea à s'adresser à Domnus, évêque d'Am tioche, et on rédigea un acte d'accusation contenant cinq chefs principaux, outre celui concernant la foi. Seulement, comme Euloge entrait un jour de dimanche dans l'église cathédrale d'Antioche, il entendit le peuple vociférer contre les édits que l'empereur venait de lancer contre les nestoriens et contre Irénée de Tyr. Comprenant dès lors que, s'il attaquait Ibas sur le chef de la foi, il serait vaincu sur toute la ligne, il garda le silence sur ce point, conformément au conseil que lui donnèrent quelques personnages notables de la ville.
(1) Actes du Brigandage d'Éphèse^ p. 161-1Ô2*
Quant aux autres chefs d'accusation, il ponvainquit, prétend-il, Tévêque d'Édesse d'avoir pillé les biens de l'Église destinés au rachat des captifs et au soulagement des pauvres ; mais ce fut en vain, car Domnus soutenait son sufFragant.
Ne pouvant obtenir aucune réponse, deux de ses coaccusateurs allèrent à Constantinople, et lui-même finit par s'y rendre, après avoir, mais inutilement, remis au synode la supplique suivante : « Plaise de considérer : que les vases sacrés ont été fondus; que quinze cents dinars ont été recueillis par voie d'impôt direct, et cent cinquante loumés environ reçus des mains des veuves, des orphelins et des femmes; que six mille dinars ont été enlevés au trésorier; qu'on n'a envoyé, pour le rachat des captifs, que mille dinars, quoique les captifs fussent des moines et des religieuses, et qu'en outre ces moines se vissent contraints de servir aux idoles adorées par les Arabes barbares, pendant que les religieuses étaient obligées de se faire courtisanes et de stationner çur la place publique, — ce sont là, en effet, les mœurs des barbares; — qu'Ibas a reçu toutes ces valeurs et que son frère Eusèbe les détient. Considérant tout cela, plaise de juger conformément à ce que vous savez (1). »
Les plaintes d'Euloge furent favorablement accueillies par l'empereur, qui voulut savoir pourquoi on n'avait point accusé Ibas d'hérésie devant Domnus, et Euloge alors dénonça ce patriarche comme suspect de nestorianisme. C'est par ces insinuations perfides que ce prêtre d'Édesse termine sa déposition. Nous verrons bientôt qu'elles produisirent leur effet.
(1) Adei du Brigandage d'Ephèse, p. 66.
Déjà tout "était mûr pour la sentence ; si les preuves n'étaient pas absolument convaincantes, on les avait au moins accumulées en grand nombre, et de manière à faire illusion à ceux qui étaient ou indécis, ou étrangers aux événements des trois ou quatre années précédentes en Orient. Les évêques émirent donc leurs opinions; les Actes nous ont^conservé celles de Dioscore, de Juvénal de Jérusalem, de Tbalassius de Césarée en Cappadoce, d'Etienne d'Éphèse, d'Eusèbe d'Ancyre, d'Eustathe de Béryte, de Cyrus d'Aphrodisiade, de Diogène de Cyzique, de Jean de Sébaste en Arménie, de Basile de Séleucie, de Jean de Rhodes, de Photius de Tyr, de Florentins* de Sardes en Lydie, de Marinien de Synnade, de Constantin de Bostra, d'Acace d'Ariarflh, ^ d'Atticus de Nicopolis, de Nunéchius de Laodicée, ' de Candidien d'Antioche en Pisidie, de Séleucus d'Amasée et de Léontius d' Ascalon. Tous ne firent que développer la même sentence, celle que Dioscore avait émise tout d'abord, à savoir qu'il fallait déposer Ibas de l'épiscopat et du sacerdoce, le priver de la communion laïque et l'obliger de restituer le denier des pauvres. Comme il restait encore beaucoup d'évêques à voter, Dioscore, pour abréger les formalités, et sûr, d'ailleurs, de ne pas être contredit par des évêques qu'il avait trouvé moyen de rendre dociles, Dioscore^ disons-^nous, demanda un vote par acclamation, et toute l'assemblée dit a anathème à celui qui disputait contre Dieu ! :»
Ainsi finit le jugement qui a eu tant de retentissement dans l'histoire. Ibas, deux fois absous, fut condamné sans être entendu, sans être même cité ; et aucune protestation ne s'éleva en sa faveur, pas même parmi ceux qui l'avaient, quelques mois plus tôt.
honoré de leur suffrage! Heureusement, rbistoire ecclésiastique ne nous offre guère que celte fois un tel spectacle ; et encore, en faisant passer sous nos yeux ce triste tableau» a-l-elle soin de lui imprimer une flétrissure que la conscience chrétienne indignée n'a pas cessé d'approuver depuis quatorze siècles.
Deux champions de l'orthodoxie étaient tombés, et c'étaient presque les plus redoutables. L'œuvre impie n'était pas encore terminée; mais elle allait être rapide* ment conduite à bonne fin, et le monde étonné allait pouvoir se demander bientôt si la justice était encore» en ce monde, autre chose qu'un vain mot.
Quand le synode . eut ainsi condamné l'évéque d'Édesse, il s'occupa de ceux qui entretenaient avec Ibas des rapports d'amitié ou de parenté. Leur cause fut sommairement instruite et se termina, à pôu près uniformément, par une sentence de déposition. Daniel de Harran, étant pour son malheur neveu d'Ibas, avait déjà figuré comme accusé à Béryte, et même, d'après nos Actes, à Ântioche ; seulement Domnus ne voulut pas examiner sa cause et la renvoya à Ibas, son oncle. On dit, en outre, qu'il avait offert de se démettre pour éviter une condamnation, mais ce dire n'est pas abso* Jument certain. Il fut accusé par le prêtre Euloge d'avoir dilapidé ou volé les biens des églises d'Édesse et de Harran, ainsi que de mener une vie indigne, d'un pasteur de l'Église.
On interrogea les évêques qui avaient rendu le jugement de Béryte. l'hotius feignit d'avoir oublié tout ce qui s'était dit ou fait quelques mois auparavant ; Eus-* tathe chercha et' réussit à Irouver le moyen de ne pas se compromettre, en disant que la démission spiontanée
de Daniel avait empêché tout jugement. L'affaire arrivait donc devant l'Assemblée, pour ainsi dire, viei^e de tout examen et de toute discussion. Là*desi>us on passa aux voix, et Daniel, qui n'était peuUêtre pas irréprochable, mais dont le plus grand crime semble d'avoir été neveu d'Ibas, partagea son sort*
Les sentences formulées par les juges de Béryte sont particulièrement remarquables par leur plat servilisme. Quels caractères et quels temps que ceux qui ont vu des pasteurs semblables à la tête de rÉglise(l)!
Le comte Irénée, évêque de Tyr, avait joué un rôle important, au commencement du nestorianisme, comme ami et comme fauteur de l'hérésiarque Nestorius, nous l'avons dit plus haut; il était lié avec Théodoret deCyr et bigame ; il n'en fallut pas davantage pour le signaler à la rage des partisans de Dioscore. L'empereur Théodose avait promulgué un édit contre lui et avait fait élire à sa place Photius, nommé si souvent dans cette controverse. C'était donc un personnage disparu de la scène, et néanmoins le synode crut devoir le frapper d'anathème (2). Acylin avait été sacré évêque de Byblos par Irénée ; comme tel, il était suspect de nestorianisme ; on l'en accusa, et on prétendit que, cité devant Domnus, il avait refusé de comparaître. Cela seul détermina le conciliabule à le déposer pour toujours de l'épiscopat (3). Photius de Tyr, si oublieux en d'autres circonstances,
(t) Voir lus Actes du Brigandage d'Éphèse, p. 77-82.
(2) Actes du Brigandage d'Éphèse, p. 82-86. — Sur Irénée, voir Fieury, Histoire ecclésiastique, XX VII, 18. — Tillemont, Mé-^ moires pour servir à l'histoire ecclésiastique, XV, 263-268, 289- 290, 87U872.
(3) Actes, etc., p. 86-89.
fit dans ce cas le réquisitoire. Sophrone de Telia (1) fut accusé de se livrer à des pratiques magiques, sur le témoignage douteux d'un enfant ; mais, en réalité, son crime était d'être cousin d'Ibas. On se contenta de déférer son jugement aux évêques de rOsroène. Il fallait que son innocence fût bien évidente, pour que sa condamnation n'ait pas été plus sévère. Thalassius de Césarée eut le mérite de suggérer cette solution. Cest le jugement le plus bienveillant et le plus juste qu'ail rendu cette trop fameuse assemblée (2).
On doit déplorer sans doute un déni de justice, quand il frappe un inconnu ou un indigne, car la justice est due à tous : elle est due aux coupables comme aux innocents ; mais on regrette plus encore que des hommes qui ont joué un grand rôle en ce monde ne puissent pas se faire entendre, de leurs accusateurs et de leurs juges. Personne ici ne fut ni écouté, ni cité, et, depuis le commencement jusqu'à la fin du synode, on entendit proférer les sentences les plus graves, sans qu'on obser-
(1) Sophrone n'était pas évêque de Gonstantine en Phénicie, comme le prétendent Tillemont {Mémoires, XV, 258) et Valois (Notes à YHistaire d'Évagre; Patrologie grecque de Migne, LXXXVÏ, col. 2448, note 41). La ville de Gonstantine dont il est question ici était située entre Risch-Aîna et Botna-Saroug ; elle a porté successivement les noms d'Antoninopolis et de Gonstantine ou Gonstantia. (Voir Assémani, Bibliot. orientalis, II. Diss. prélim, siir les monophysites. ■— Ghwolson, Die Ssabier, I, 480; II, 128. -^ Épître LUI de Théodoret.)
(2) Actes, etc., 89-95. Sur Sophrone, voir Lequien, Oriens Christianus, II, 967. Nous le voyons figurer parmi les Pères de Galcédoine (Mansi, VI, 568 d), et émettre son avis sous le titre d'évêque de Gonstantine et de Constantia, (Ibid., VI, 194 a, 325 d, 340 a, 354 b, 356 a. — Tillemont, Mémoires pour servir à l'histoire ecclésiastique, XV, 258, 579, 686.)
Digiti
vât aucune forme de procès. L'histoire doit protester contre cette iniquité ; l'histoire doit, non pas peutêtre réhabiliter la mémoire de Daniel de Harran, d'Irénée de Tyr, d'Acylin de Byblos et de Sophrone de Telia, mais elle doit appeler de la sentence qui les a atteints, parce qu'ils furent déposés de l'épiscopat par des voies injustes; elle ne doit oublier personne; elle doit défendre les victimes obscures de l'ambition séculière, du despotisme impérial, du servilisme byzantin, du fanatisme théologique, mais elle doit s'attacher en particulier à venger l'honneur de quelques-uns des plus grands noms qu'elle ait conservés dans ses annales. Ibas et Théodoret de Tyr ont droit à une sympathie toute spéciale; ils ont combattu à la même époque, pour la même cause, dans le même sens, et tous les deux ont partagé le même sort. Rien n'a pu désarmer leurs ennemis; leurs rétractations n'ont pas pu procurer le repos à leurs mémoires ; le bruit qui s'est fait autour d'eux pendant leur vie a continué après leur mort ; pendant plus d'un siècle, la moitié de l'Orient chrétien n'a presque pas cessé de parler d'Ibas et de Théodoret, et on a vu les conciles finir, de guerre lasse, par laisser tomber sur leurs écrits rétractés ou expliqués cet anathème qu'on n'avait pu, de leur vivant, arracher à l'Église contre leurs personnes (1).
(1) Voici, en effet, comment le Concile de Calcédoine s'exprimait au sujet d'Ibas : i Relectis chartis, agnotimus ex sententiâ reverendissimorum episcoporum Ibam reverendissimum innoxium approbari. Relecta enim ejus epistola agncvimus eum esse orlhodoxum. Et ob hoc decernimus, et honorem episcopatûs, et ecclesiam à quâ injuste et ahsens, expulsus est, ex restUuendam. » (Labbe, Sacra sancta concilia, t. IV, col. 676.)
Nous avons exposé la suite des procédures dirigées contre Ibas dans le Brigandage d'Épbèse; racontons sommairement ce qui fut fait contre Tbéodoret«