‹ Le pseudo-synod connu dans l'histoire sous le nom de Brigandage d'EpheseChapitre 3 sur 27 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Authenticilé de ces Actes démontrée par les téinoi4|na4|es de l'Église grecque et latine.

Les faussaires auraient donc eu beau jeu, ce semble, pour donner carrière à leurs fantaisies créatrices et, en profitant des quelques données certaines que leur fournissait l'histoire, ils auraient pu satisfaire aisément leurs pieuses rancunes. Rien ne leur eût été plus facile.

et Bonifacius reverendissimus presbyter, vicarii sedis apostolicœ per Paschasinum dixerunt : Synodus proferri non potest.... Ghristianissimuœ principem adeamus quatenus illud concilium sacra et pia lege neque noœinari prœcipiat. Anatolius reverendissimus archiepiscopus Gonstantinopolis Not8b Romée dixit.... Deprecamur aulem piissimum et Ghristi amanlissimum nostrum imperatorem, quatenus et pia lege sanciat neque synodum illam quœ post primam in Ëpheso facta est, nominari, neque quidquam, quod in ea actum est relineri. » (Labbe, Sacro sancta concilia, Paris, in-f^, t. IV, col. 673.)

Disons-le, néanmoins, tout de suite : entre toutes les découvertes opérées de notre temps, il en est peu qui portent avec elles autant de marques authentiques de leur légitime origine. L'antiquité du manuscrit qui nous a conservé ces pièces, le lieu où il a été copié, la secte religieuse à laquelle il a appartenu, l'ensemble et l'ordre du recueil, la série et les détails de chaque procédure, tout démontre, jusqu'à l'évidence, l'authenticité de cet écrit. Jamais on n'aurait inventé à plaisir une quantité aussi considérable de pièces d'apparence aussi historique. Le manuscrit 14530 du Musée Britannique est un des plus anciens que possèdent les bibliothèques d'Europe (1). Il remonte à l'an 535, c'est-à-dire qu'il est seulement postérieur de quatre-vingt-cinq ans au conciliabule d'Éphèse, et contemporain de la fameuse controverse suscitée par les Trois chapitres (530-553) (2).

(1) W. Wright, Catalogue of syriac manuscripts acquired since, 1838, t. Il, p. 1029.

(2) c II fut terminé, est-il dit dans une note finale. Fan 846 d'Alexandre, le dix du mois d'Ior (10 mai 535), au couvent du bienheureux Mar Eusèbe de Kaphra-Birta, du temps du pasteur pieux, bon et vigilant, gouverneur plein de sagesse, miséricordieux pour les étrangers, rempart d'airain pour le troupeau qull préservait des loups ravisseurs, protecteur des agneaux innocents rassemblés dans son bercail paisible, le prêtre Archimandrite Jean. Que Dieu, pour lequel il a eu soin d'acquérir ce livre au bénéfice de soâ saint couvent [le protège], au jour grand et terrible où la trompelte retentissante, brisant les tombeaux, ressuscitera les morts et leur fera chanter gloire, au jour où le juge dressera son trône pour s'y asseoir, ouvrir son livre et rendre à chacun, suivant ses œuvres, sans aucune acception de personne! Puisse-t-il entendre alors cette suave parole : c Parce que vous avez été fidèle dans les petites « choses, entrez dans la joie de votre maître, et je vous établirai sur € de grandes ! Qu'il soit réuni à Abraham, à Isaac, à Jacob, à tous « les justes et à tous les saints, par les prières de la bienheureuse f Vierge Marie, Mère de Dieu ! Ainsi soit-il ! »

Est-ce à pareille époque qu'on aurait eu l'idée de fabriquer un recueil tel que le nôtre? Et, au cas où on au-* rait eu l'idée de commettre semblable supercherie, avaiton quelque chance de la voir passer inaperçue? Le moment eût été alors bien mal choisi pour propager ces documents falsifiés; on faisait trop de bruit autour des noms de Théodoret et d'Ibas, pour que nos Actes, s'ils eussent été jetés dans le public, n'eussent provoqué aucune controverse. D'autre part, il est difficile d'admettre qu'un faussaire les eût composés pour les laisser dormir dans les réduits poudreux de quelque bibliothèque de couvent. Les inventeurs de pièces apocryphes n'écrivent pas, en effet, uniquement pour la postérité ; ils travaillent le plus souvent pour eux-mêmes; ils veulent recueillir le fruit de leurs labeurs et, à ce point de vue, ils doivent compter, avec le présent, avec ses idées, ses mœurs, ses tendances, s'ils veulent que le succès vienne couronner leurs efforts.

Comment ne pas observer, en outre, que les faussaires travaillent ordinairement au profit d'un parti? S'ils inventent des pièces apocryphes, c'est toujours ou presque toujours sous l'influence de l'esprit de secte, et le plus souvent ils ne créent leurs documents que pour s'en faire une arme défensive bu offensive. Or, si on examine à ce point de vue les Actes du Brigandage d*Éphèse récemment découverts, on n'y trouve point ce caractère commun à presque tous les recueils apocriphes, commun surtout à ceux que le V« et le VI« siècle virent éclore en si grand nombre. Il est bien vrai que nos Actes sont surtout dirigés contre les orthodoxes, mais ils ne sont pas cependant tellement bien rédigés que le parti monophysite ne reçoive de fortes contu-

sions dans la mêlée où on l'engage. L'arme, au cas où on aurait voulu en faire une de ces documents, se retournerait trop souvent contre leur auteur pour que nous puissions lui prêter un tel projet.

Les Actes du Brigandage d'Éphèse renferment des accusations contre les partisans supposés de Nestorius, mais les violences inouïes et les procédés illégaux auxquels se livrent leurs adversaires couvrent ceux-ci d'une flétrissure indélébile. Les monophysites et les eutychiens sont ceux qui sortent le plus meurtris de la lutte; il est donc impossible de supposer que ces Actes sont l'œuvre de Théodore Askidas et de ses amis.

On n'a pas, d'ailleurs, de peine à expliquer comment quelques exemplaires des Actes ont pu échapper à la destruction ordonnée par Marcien, sur les vœux formulés par le concile de Calcédoine (1).

Notre manuscrit a été, en effet, copié aux environs d'Apamée. Or, cette ville fut, au commencement du Vie siècle, un des principaux boulevards du monophysisme. Elle avait alors pour évêque Pierre, un des correspondants de Sévère et un de ses plus chauds partisans. Les opinions de ce personnage étaient même si avancées que l'empereur Justin crut devoir l'envoyer en exil, pour le punir de son attachement à l'ex-patriarche d'Anlioche. Les couvents des environs d'Apamée, ceux de Mar Bassus (2) et de Joseph de Kaphra Birtha, par

(i) Labbe, Sacro sancta concilia, 167i, IV, 673.

(2) Le manuscrit syriaque 276 de Paris contient une histoire de ce couvent, aux folios 28 et suivants. Les moines de Mar Bassus, dont ou porte le nombre à 6,300, entretenaient une correspondance suivie avec Sévère et avec Jacques de Saroug. (Voir manuscrits syriaques de Londres 14587, 14600.) Nous possédons également une lettre circulaire émanant des moines du couvent de Joseph de

exemple, étaient profondément atteints par l'hérésie, ainsi que viennent de nous l'apprendre les manuscrits syriaques de Londres. On conçoit donc aisément que les monophysites répandus dans la Syrie aient cherché à préserver d'une ruine totale des documents qui leur servaient de titres de noblesse. Mais ce qu'on s'expliquerait moins facilement, c'est qu'au cas où ils les auraient inventés, ils n'eussent pas songé à atténuer davantage tout ce qui pouvait nuire au succès de leur cause.

Dès qu'on compare, d'ailleurs, les Actes du Brigandage d'Éphèse aux renseignements fournis par les auteurs grecs et latins, tout doute s'efface, et toute inquiétude disparaît. On n'éprouve plus aucune ombre d'hésitation; il est vrai que les données des auteurs anciens ne s'accordent pas toujours, dans les détails, avec les documents qu'on vient de retrouver, mais les discordances se laissent facilement comprendre dès qu'on sait que les auteurs contemporains ou postérieurs au conciliabule d'Éphèse n'eurent presque jamais la bonne fortune d'écrire d'après ses Actes, à cause de leur rapide disparition ou de leur extrême rareté. Saint Léon le Grand n'en vit peut-être jamais un exemplaire. Ni Prosper d'Aquitaine, ni le comte Marcelin, ni Victor de Tunnone, ni l'auteur du Breviculus causœ Eutychianistaruyn, ni Libératus de Carthage, ni Facundus d'Hermiane, ni Marins Mercator, ni Évagre, etc., pas un auteur, enfin, du V« et du VI** siècle ne semble les avoir eus entre les mains. Tous ces écrivains n'en parlent que d'après des ouï-dire ou sur des renseignements fournis par leurs prédécesseurs. On conçoit, dès lors,

Kaplira Birlha, et toute empreinte de moDophysisme. (Manuscrit syriaque 14G63 du Musée Britannique, (^ 7 b, 2.)

qu'il se soit produit de nombreuses divergences de détail, sans qu'il faille pour cela conclure à la fausseté de nos Actes, car on n'expliquerait pas comment ils s'accorderaient, dans les points principaux, avec les auteurs nommés plus haut, si, au lieu d'émaner du Brigandage (FÉphèse même, ils étaient l'œuvre d'un faussaire de la fin du V® ou du commencement du VI« siècle.

Tous les auteurs anciens sont bien renseignés sur un point ou sur un autre, ainsi qu'on le voit en les confrontant avec nos Actes ; mais tous se trompent une fois ou l'autre. Ce n'est donc pas dans les lettres de saint Léon le Grand, de Théodoret, de Pulchérie, de Valentinien ou de Théodose, qu'un auteur a pu puiser le fond dont il se serait servi pour broder ensuite les pièces que l'on vient de retrouver.

Si on fait, du reste, abstraction des déclamations et des anathèmes que les générations ont laissé successivement tomber sur le conciliabule d'Êphèse, tout ce qu'on sait sur cette assemblée se réduit à un fort petit nombre de faits, épars dans les correspondances ou dans les ouvrages déjà cités. La pénurie d'informations est même telle, qu'un seul chapitre du Breviarium de Libératus nous en apprend plus, à lui seul, que tous les autres auteurs ensemble; et cependant, lorsqu'on l'a lu, on hésite à croire que le diacre de Carthage ait jamais eu les Actes d'Éphèse sous les yeux. Comment aurait-il dit, par exemple, s'il avait puisé à cette source, qu'Ibas fut cité devant le concile à trois reprises différentes (1)?

(1) c Tune synodus jussione Dioscori Ibam Edessenum damnavit ut absentem, mullis nesdentibus epbcopis quid de illo actum fuisset, et tertio vocatum, tanquam contemptorem, et non occurrentem ad

Évidemment, il ne fût point tombé dans cette erreur. Libératus est néanmoins bien renseigné ; il a dû parcourir des documents très-anciens, sinon originaux, perdus depuis longtemps pour nous; et c'est pourquoi, malgré sa , brièveté, son récit est plus complet, plus exact, plus précis que celui d'aucun autre écrivain (1).

Nous n'aurions dû rien ignorer, ce semble, sur le conciliabule d'Éphèse. Tant d'auteurs étaient intéressés à nous faire connaître ses crimes et ses violences, qu'il ne devrait plus y avoir rien à dire de nouveau de nos jours. C'est néanmoins le contraire qui a eu lieu; tous les crimes particuliers sont tombés dans l'oubli ; on n'a retenu que la grande iniquité commise par les pères d'Éphèse; quant aux détails, ils se sont évanouis. Seules, quelques données plus importantes ou plus générales ont échappé au naufrage universel, mais toutes ces données sont admirablement confirmées par les Actes. Les noms et la qualité des victimes, la manière dont on les a frappées, le sort qu'elles ont eu, les crimes qu'on leur a imputés, tout ce qu'on a cru digne enfin d'être conservé à l'histoire figure dans les pièces qui viennent de nous être rendues. Il est même étonnant de voir comment les dires de quelques écrivains de l'époque répondent exactement à ce que nous lisons dans les documents originaux. Quand Évagre, par exemple, après avoir parlé de la condamnation « d'Ibas, évêque d'Édesse, de Daniel de Garrhes, d'Irénée de Tyr et d'Aquilin de Byblos, » ajoute : <r II fut encore fait quelque

sanctom concilium, damnavit absentem. » (Patrologie latine ée Migne, LXVllI, col. 1004.) (1) Patrologie latine de Migne, LXVIll, coL 1003-1006*

chose relativement à Sophrone, évêque de Constantine, » on a quelque peine à deviner la portée de cette parole ; mais une fois qu'on a lu les Actes conservés par le manuscrit de Nitrié, toutes les obscurités disparaissent, et on comprend pourquoi Thistorien byzantin n'a pas associé Sophrone aux autres victimes des fureurs de Dioscore (1). Qui ne reconnaît également le caractère saillant de la procédure dirigée contre Domnus, dans ce mot de Théodoret : t On déposa le seigneur Domnus, parce qu'il ne recevait point les chapitres (2)? i Ne croirait-on pas également que Libératus a lu cette partie de nos Actes, quand il la résume dans les trois ou quatre mots suivants, et ne comprend-on pas enfln le mot de remanentem qui a créé plus d'une fois des difficultés aux critiques des siècles passés? « On déposa, après tous les autres, Domnus d'Antioche, le seul qui

(1) Évagre, Histoire ecclésiastique, I, 10. Patrologie grecque de iMigne» LXXXVI, col. 2447-2450. — « In eadem synodo, Ibas quoque Edessessorum episcopus, à communione submotus est, et Daniel, Garrarum episcopus, est destitutus : Irenœus item Tyri et Aquilinus Bybli. Gesta sunt etiam quœdam pro Sophronio Constantinensium Episcopo, Depositus est ab iisdem etiam Tbeodoritus, episcopus Gyri et Domnus Antiochensis episcopus. De quo quid postea factum fuerit, invenire non potui. >

(2) € Dominum Domnum, quod capitula non reciperet, viri optimi deposuerunt, omni laude digna hsec affirmantes, et in bis se acquiescere profitantes, eorum enim professiones ego legi : me vero Yelut hœreseos principem abdicarunt et alios pariter, eamdem ob causam, expulerunt.... Ad versus Candidianiim enim Pizidam cum libelles quidam porrexissent, multa ejus aduUeria et alia scelera crimînantes, synodi prœsidem respondisse ferunt : si dogmata arguitis, libellos admittimus : non enim venimus ut de adulteriis judicemus. Unde et Athenium et Athanasium, ab orientali synodo exauctoratos sedes suas recipere jusseruat. > (Épitre iil de Théodoret à Jean de Germanicie, — Patrologie grecque de Migne, LXXXV, col. 1410.)

ne l'eût pas été encore {remanmiem)^ parce qu'il avait aidé Dioscore à déposer les orthodoxes et fait absoudre Eutychès.

« Voici comment il fut déposé par la fraude de Dioscore : une fois qu'il eut souscrit à toutes les exigences du patriarche d'Alexandrie, on exhiba les lettres qu'il avait écrites à Dioscore contre les douze chapitres de Cyrille, prétendant qu'ils étaient obscurs, et Dioscore le condamna, quoique malade et absent (1). »

L'accord est aussi satisfaisant qu'il pouvait l'être entre nos Actes et les aute.urs grecs et latins qui nous ont parlé du Brigandage d'Éphèse, Jusqu'à ce jour, on ne connaissait point d'autres témoignages; mais, grâce à Dieu, les temps ont marché; de nouvelles découvertes se sont accomplies dans le champ de l'antiquité chrétienne ; des littératures inconnues ont paru au grand jour; des auteurs ignorés et contemporains des événements que nous rapportons sont venus se révéler à nous. Ces littératures et ces auteurs appartiennent aux peuples qui furent particulièrement intéressés dans les luttes religieuses auxquelles se rapportent les Actes retrouvés.

Il convient donc de demander à ces auteurs et à ces littératures s'ils n'auraient rien à nous apprendre sur le Brigandage d'Éphèse, Nous pouvons espérer que les chrétiens d'Asie n'auront pas gardé un silence complet

(1) c Post omnes autem et Domnum Antiocbenum remanentem ab orthodoxorum depositione, quia particeps factus Dioscori ia deposiliooe orthodoxorum et Ëutychetis absolutione.

c Depositus est autem doto Dioscori sic. Postquam consensit io omnibus Dioscoro, datis ia medio ejus epistolis, quas ad ipsum Dioscorum Antiochenus Domaus contra duodecim Cyrlili capitula scripserat, eo quod essent obscura, damnavit œgrotum et absentem illa die. » (Patrologie latine de Migne, LXVIII, col. 1005.)

SOT cet événement, et noas ne croyons pas être téméraire en comptant sur quelque belle découverte.

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