CHAPITRE VI
liacames qae présentent les Actes du Brigandage d'Éplièse*
Quoiqu'il soit impossible de déterminer exactement la durée du concile et le nombre des sessions qui eurent lieu, il paraît cependant fort vraisemblable que le faux synode siégea pendant la plus grande partie du mois
d'août de l'an 449, du 8 au 24 ou au 25. Il y eut probablement quatre sessions. La première dura du 8 au 48 ou au 49. C'est dans cette session que fut vidée la grande querelle entre Eutychès et Flavien, la querelle qui faisait le fond du débat entre les Orientaux et les Égyptiens, entre les orthodoxes et les hérétiques. De cette session, il ne nous reste dans nos Actes que quelques lettres de convocation adressées par l'empereur Théodose à Dioscore et aux moines orientaur. Tout le reste est omis. Les Orientaux ne se sont, en effet, jamais préoccupés beaucoup de la condamnation de Flavien et de l'absolution d'Eutychès. Eutychès ne tarda pas à devenir pour eux un hérétique; ils l'anathématisèrent dans leurs livres, mais ils ne songèrent pas à réhabiliter la victime, le patriarche de Constantinople. Nous n'avons pas trouvé une seule fois le nom de ce grand martyr dans les écrits des auteurs orienlaux. Ceux même qui nous parlent au long d'Ibas, de Théodoret et de Domnus ne disent pas un mot de Flavien. Quelle étrange chose que l'esprit humain, et que. de bizarres revirements nous présente l'histoire! Voilà Eutychès qui fonde le monophysisme, et les monophysites l'anathématisent ! Ibas, Théodoret et Flavien combattent Eutychès, et la mémoire des deux premiers se perpétue, de siècle en siècle, pour être un objet d'horreur et de malédiction, tandis que celle du troisième s'efface complètement et disparait dans un éternel oubli! De Flavien, pas un mot dans Philoxène de Maboug, dans Sévère d'Antioche, dans Jean Sabas, etc. La tombe l'a enseveli tout entier. Le saint martyr est mort pour toujours dans la mémoire des chrétiens d'Asie !
Cette première session du Brigandage d'Éphèse nous
a été conservée m partisy parmi les Actes du concile de Calcédoine (1). Quelque longs, en effet, que soient les Actes restants, ils ne sont pas entiers; il y manque, en particulier, le fameux papier qu'on fit signer en blanc et par force aux malheureux pères de cette assemblée prévaricatrice. Jusqu'ici on s'était demandé que pouvait contenir ce papier, et on n'avait pas répondu à cette question, car on voyait bien qu'il ne s'agissait d'aucune portioa des Actes que nous a légués le synode régulier de Calcédoine. Aujourd'hui, nous pouvons répondre, car nous croyons avoir retrouvé enfin la pièce qui fut signée en blanc, c'est-à-dire avant d'être rédigée par le concile. On la trouvera plus loin : c'est la lettre que le conciliabule adressa à l'empereur Théodose II, après la condamnation de Flavien etd'Eusèbe de Dorylée. Timothée iËlure nous l'a transmise, dans son traité contre le concile de Calcédoine.
La seconde session aurait eu lieu, selon nous, le samedi 20, à la reprise des séances, après la déposition de Flavien, et on y aurait discuté plusieurs affaires d'importance secondaire. L'assemblée étant sous le coup de la terreur inspirée par les violences commises la veille ou l'avant-veille ; beaucoup d'évêques se trouvant, en outre, fatigués ou refusant de venir, comme, par exemple, les légats du Pape et Domnus, on employa le temps à discuter des questions qui ne pouvaient souffrir de difficultés, et on renvoya au lundi les affaires plus importantes.
Nous aimerions donc à placer dans cette seconde ses-
(1) Mansi, Conciliorum omnium, nova et amplissima coUectio, VI, col. 563-938. - Héfélé, Hûtoire des conciles, lïl, 14-30.
sion l'examen de Candidien, évêque d'Antiocbe de Pisidie (1), dont parle Théodoret dans une de ses lettres à Jean de Gennanicie, et contre lequel on soumit en vain plusieurs plaintes au concile.
A la même session encore, nous rapporterions la cause d'Athénius (2), dont nous connaissons seulement le nom par Théodoret, et le différend de Sabinien de Perrha avec Athanase, différend beaucoup mieux connu, puisqu'il fit l'objet d'une session spéciale au concile de Calcédoine (3). Mais, en énonçant cette opinion, nous devons observer que c'est là une simple conjecture, et une conjecture que nous ne pouvons appuyer sur aucun document explicite.
La troisième session aurait eu lieu le lundi 29 de Meçori ou le 22 août. On y discuta la cause d'Ibas et probablement aussi celles de Daniel de Carrbes, d'Irénée de Tyr, d'Acylin de Byblos, de Sophrone de Telia, peut-être même celle de Théodoret. C'est surtout à cette session qu'on doit appliquer le mot de l'évêque de Cyr qui la traite de napotrchi9{M v^rfii (4). Au commencement des Actes concernant cette session, il manque, dans le manuscrit de Londres, trois feuillets. Cette lacune est extrêmement regrettable, car il semble qu'il y avait là
(1) Épître GXLVII de Théodoret.
(2) im.
(3) Mansi, Conciliorum omn. ampl,, VII, 314-358. — Héféîé, Histoire des conciles, II, 524; III, 94-96. — Cfr. Théodoret, Épttre 126; Libératos, Brmarttim, XII; Patrologie latine de Migne, LXVIII, col. 1005: c Deposuit quoque et SabiDiaoom epis> copum penrhensium. »
(i) Où8s evg7rX>îO'8v ovroO tov ôupov twv o^wv STreoxoTruv ri 7rocp«Kh)ffia (Tffoyri. (Théodoret, épître LXIII; Patrologie grecque de Migne, LXXXIII, col. 1316 b.)
des renseignements du plus haut intérêt au point de vue de la chronologie et de Tordre des sessions. Cette lacune vient, en effet, immédiatement après le compterendu des députés envoyés à Domnus et aux légats de saint Léon-le-Grand.
La quatrième session aurait eu lieu, d'après nous, le mardi 23, et on y aurait déposé Domnus, •peut-être même Théodoret. Il nous semble difficile, en effet, qu'on ait pu en un seul jour, le 22 août, examiner et trancher toutes les questions soulevées par les Actes récemment découverts. Il fallut certainement plus d'une journée pour lire tous les documents accumulés ici, et ce n'est pas trop, pensons-nous, que d'admettre qu'il y eut deux sessions, sinon trois. C'est dans la partie des Actes concernant Domnus qu'existent les lacunes les plus considérables ; plusieurs lettres ne s'y trouvent qu'à l'état de fragments. Rien d'essentiel pourtant ne semble omis, et on devine même souvent des choses contenues dans les feuillets disparus. Quelques autres pièces extraconciliaires, que le compilateur avait ajoutées à la fin, ont également péri; mais elles sont loin d'avoir la même importance que le reste du recueil, et on eh connaît la teneur générale par d'autres documents historiques.
On le voit donc, les Actes que nous publions aujourd'hui ne sont pas complets; ils présentent plusieurs lacunes^ et néanmoins ils constituent, malgré leur imperfection, une des trouvailles les plus intéressantes qui aient été faites pendant ces derniers temps. Saurionsnous par d'autres sources ce qui se passa au pseudosynode d'Éphèse, connaîtrions-nous en détail les incidents qui s'y sont produits et les résultats qu'il a eus.
qu'il serait encore du plus haut intérêt pour nous de posséder celte page originale d'histoire; mais nous sommes loin de connaître tout ce qui se passa dans cette assemblée. On verra, par le récit que nous allons esquisser, ce que les pièces retrouvées nous apportent de nouveau, ce qu'elles répandent de jour, d'éclat et de lumière sur des problèmes demeurés insolubles; comment enfm elles aident l'érudition contemporaine à trancher des difficultés que la science et les efforts des hommes les plus habiles n'avaient pu faire disparaître. Les Baronius, les Pagi, les Tillemont et les Baluze auraient salué l'apparition des Actes du Brigandage d'Éphèse comme une des plus belles découvertes accompUes de leur temps, et se seraient hâtés de les faire pénétrer dans la trame de l'histoire. Espérons que les critiques contemporains sauront apprécier comme ces grands hommes les documents que nous leur offrons, et que nos Actes serviront souvent désormais à faire le récit des luttes religieuses du V« siècle.