CHAPITRE Il
Coïncidences cliniques.
Dans le service spécial que dirigeait le docteur Méloche, les types de tuberculeux les plus divers se succédaient. Pendant longtemps, soucieux de faire l'éducation de notre oreille, nous ne fûmes occupé que des manifestations pulmonaires de la bacillose. Mais notre attention fut, un jour, brusquement attirée par un cas curieux : un individu fut admis dans la salle, porteur d’un psoriasis invétéré et de lésions pulmonaires certaines. L'évolution se fit, sous nos yeux, de la façon suivante :
OBsERvATION I (personnelle)
Alexandre J..…., 36 ans. Entré à l'hôpital le 5 décembre 1914, salle n° 4. “es
Fils de tuberculeux, notre malade a vu tous ses frères et sœurs «s’en aller de la poitrine »; il reste seul. Après une enfance maladive, une adolescence pénible pendant laquelle il fit une bronchite tous les hivers, il fut exempté de service militaire. A la suite d'un refroidissement, J... eut,il y a dix ans, un épanchement pleurétique siégeant à gauche; il est entaché d’éthylisme et n'a jamais eu de rhumatismes.
Le malade a un thorax étroit avec des côtes saillantes ; le sternum paraît enfoncé et l’appendice x yphoïde est dévié à gauche, La respiration est pénible et superficielle : 25 inspirations à la minute. A gauche, en arrière eten bas, rétraction manifeste de la cage thoracique. L
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La percussion donne de la submatité du haut en bas des deux poumons, plus accusée toutefois : 1° au sommel droit, fosse susépineuse, où l’on trouve les vibrations thoraciques augmentées,; Ce | gauche, en bas et en arrière où siège la rétraction de la paroi et où l’on trouve encore de la diminution du murmure vésiculaire el des frottements, reliquat de la pleurésie.
L'auscultation, à ce momen!, ne permet d'entendre qu'une vérilable tempête de râles sibilants et ronflants; ces râles bronchitiques masquent pour l'instant tous autres signes stéthoscopiques.
Le malade accuse un peu d’amaigrissement et des sueurs nocturnes abondantes; ses ongles ont subi la déformation hippocratique, et le petit doigt reste légèrement fléchi (camptodactylie). Les quintes de toux, assez fréquentes, aboutissent à une expectoration muqueuse, légèrement filante, aérée, où surnagent quelques parcelles de pus jaunâtre.
Dès que l’on veut soumettre le malade à l'inspection, on est
frappé de l'abondance et des caractères de l’éruption cutanée dont il est affecté : il semble d’ailleurs jouir de notre surprise et nous apprend, non sans orgueil, que ses camarades de travail depuis longtemps déjà, l'ont baptisé : « Le tigre ».
Il s’agit d'un psoriasis survenu à l’âge de dix ans, sans qu'il y ait jamais eu d'amélioration marquée, au dire du malade. Les surfaces d'extension, particulièrement envahies, ne présentent que quelques portions de peau saine, dont l'alternance avec les parties oise justifie le surnom que nous avons relaté.
Aux bras, l'éruption affecte la forme rubanée et sinueuse {psoriasis gyrata el figurata). L’olécrâne droit est encerclé.
Sur le thorax, trois pläques énormes se remarquent. La plus grande, large comme une paume de main, siège sur la fosse sousépineuse gauche ; sa forme est elliptique, à contours bien arrondis, à bords surplombants ; elle est très surélevée et donne au toucher une impression de rugosité : ce serait la plaque de début, « la mère aux autres », dit le malade. La seconde, d'un diamètre supérieur à celui d'une pièce de 5 francs, s'étale sur le triceps droit, — la troisième sur le flanc droit, au-dessus de l’épine iliaque. Toutes sont rugueuses et surélevées.
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