SCÈNE III
ALBERT, LE COMTE, MAXENCE, BOUVARD, entrant par i«
porte du fond.
MAXENCE, au comte.
Et VOUS restez là, mon cher, vous ne venez pas au polit salon entendre ce qu'on dit de vous !
BOUVARD
Deux membres de l'Académie des sciences viennent d'arriver, et ils ne tarissent pas d'éloges sur votre second volume qu'ils ont déjà lu.
MAXENCE
Comme tout Paris !
BOUVARD
Comme tout le monde !
LE COMTE, bas, à Albert, d'un air suppliant.
Vous l'entendez, monsieur I...
MAXENCE
M. de Pongibault, le professeur de sphère céleste et de géographie, s'extasie sur la vérité des détails topographiques.
ALBERT, avec colère.
En vérité!.,, un professeur 1...
LE COMTE, d'un air suppliant.
Monsieur !
BOUVARD
Il trouve surtout le caractère et les usages des tribus arabes décrits avec une lucidité... une profondeur...
110 GOMéDIES — DRAMES
MAXENCE
Surtout la tribu des... comment dites-vous?
BpUVARD.
Des Beni-Ballaboud...
MAXEXCE.
Justement... c'est, dit-il, le tableau le plus pittoresque et le plus fidMe ! mieux que personne il peut en ju^er. Il y a été...
ALBERT, avec indignation.
Il y a été!., voilà qui est trop fort!
BOUVARD, froidement.
Avec une mission du gouvernement... (Avec chaleur.) Et j'oubliais de vous dire que votre ami le secrétaire général a été tellement touché du fait d'armes de la Malioura, qu'il ne connaissait pas...
ALBERT, A part.
Je crois bien !
BOUVARD
Qu'il m'a demandé un exemplaire pour le faire lire au ministre ; enfin, et c'est l'avis unanime, votre élection est assurée ; vous devez arriver demain à l'Académie, ou pour le moins au prix Gobert.
ALBERT
Comment ?
BOUVARD, à Albert.
Dix mille livres de rentes destinées au morceau de l'histoire de France le mieux fait et le plus véridique... (Montrant le comte.) Il y a dcs droits, l'Algérie est la France, (au comte,
qui modère avec peine sa colore.) Ouî, monsieur, VOtre modcstie a
beau s'indigner, vous y avez des droits.