ALBERT, DKSGAUDETS, BOUVARD, CORINNE, ANTONIA
ANTONIA; à Corinne et à Albert.
Ah! comme VOUS étiez tous les deux injustes à son égard... ce bon M. de Marignan... tant de générosité unie à tant de talent l j'en suis dans l'admiration I
DESGAÙDETS.
Et elle aussi !
ANTONIA
Il en sera récompensé !... Il l'est déjà... et de la manière la plus glorieuse et la plus digne de lui.
DESGAUDETS et BOUVARD.
Comment cela?
ANTONIA
N'entendez-vous pas dans l'autre salon... ces félicitations... ces cris de joie... Imaginez- vous que le secrétaire général... celui auprès duquel j'étais placée à table... et qui s'était absenté après le dtner... vient de revenir.
TOUS
Eh bien ?
ANTONIA
Ah ! quelle douce satisfaction ! quel triomphe pour le génie !
CORINNE, DESGAUDETS et BOUVARD.
Achevez donc!
ANTONIA
Le gouvernement, qui, autant que j'ai pu le comprendre, a lu le second volume de M. de Marignan, a été*tellement attendri et touché du beau fait d'armes de la Mahoura...
TOUS
ciel !
LE PUPF 151
ANTONIA
Qu*il est question de proposer pour la veuve et les enfants du général une pension de six mille francs.
Est-il possible !
ANTONIA
Et Ton dit qu'on va lui élever, à La Ferté-sous-Jouarre, sa patrie... un monument... (Montrant le salon à droite.) Teuez... tenez... les acclamations redoublent... Qu'est-ce donc?
(Elle ae rapproche du salon et y rentre un instant.) CORINNE, à Albert.
Eh bien ! résisterez- vous encore ?
DESGAUDETS.
Voulez-vous, par une obstination chevaleresque et absurde, ruiner la veuve et la famille de voire général?
BOUVARD
Vous Opposer aux honneurs... qu'on lui destine?
DESGAUDETS.
Et qu'après tout, il mérite !
CORINNE et BOUVARD.
Qu'il mérite !
ALBERT, hésitant.
J'en conviens... mais enfin... un mensonge...
CORINNE
Qui rend tout le monde heureux !
ALBERT, de même.
Est toujours un mensonge.
DESGAUDETS.
Non pas ! ce n'est pas mentir que garder le silence !
ALBERT, résistant à peine.
Je ne dis pas...
DESGAUDETS.
Ah!
ALBERT
C'est vrai !...
CORINNE, DESGAUDETS et BOUVARD, ensemble et lui mettant la
main devant la bouche.
Alors, t^isez-vous... taisez-vous... c'est tout ce qu'on vous demande.
ALBERT
Soit ! mais la morale... la morale de tout cela^.. car il faut qu'il y en ait une...
CORINNE
Attendez donc, monsieur, attendez donc!