CHANT PREMIER
Pour courir sur de meilleures eaux, la nacelle de mon génie va hausser les voiles, maintenant qu'elle laisse derrière elle une mer si impitoyable.
Et je chanterai ce second royaume où l'âme de l'homme se purifie et devient digne de monter au ciel.
Mais ici que l'inspiration morte se ranime, ò saintes Muses! puisque je vous appartiens; et qu'ici Calliope
s'élève un peu :
Et qu'elle accompagne mes chants de cette voix qui terrassa les misérables filles de Piérus, si bien qu'elles n'espérèrent plus de pardon.
Une douce couleur de saphir oriental qui s'étendait dans les sereines profondeurs d'un ciel pur jusqu'à la voûte étoilée © | |
Ramena la joie à mes yeux, aussitôt que je fus sorti de cet air de mort qui m'avait attristé les regards et le cœur.
DEL PURGATORIO
Lo bel pianeta che ad amar conforta, Faceva tutto rider l'oriente, Velando i Pesci ch' erano in sua scorta.
lo mi volsi a man destra, e posi mente.
All’ altro polo, e vidi quattro stelle + Non viste mai fuor ch' alla prima gente.
Goder pareva il ciel di lor fiammelle.
O settentrional vedovo sito, Poichè privato se’ di mirar quelle!
Com’ io dal loro sguardo fui partito, Un poco me volgendo all’ altro polo, Là onde il Carro già era sparito; Vidi presso di me un veglio solo, Degno di tanta reverenza in vista, Che più non dee a padre alcun figliuolo.
Lunga la barba e di pel bianco mista Portava, a’ suoi capegli simigliante, De’ quai cadeva al petto doppia lista.
Li raggi delle quattro luci sante Fregiavan si la sua faccia di lume, Ch' io ’1 vedea come ‘1 Sol fosse davante.
Chi siete voi, che contra "cieco fiume Fuggito avete la prigione eterna?
Diss' el, movendo quell' oneste piume:
Chi v' ha guidati? o chi vi fu lucerna, Uscendo fuor della profonda notte Che sempre nera fa la valle inferna?
Son le leggi d’ abisso così rotte? ©’ O è mutato in Ciel nuovo consiglio, Che dannati venite alle mie grotte?
CUANT I. | 25
La belle planète qui conseille d'aimer faisait sourire tout l'Orient, voilant de ses clartés le signe des Poissons qui la suivait.
Je me tournai vers ma droite et j'arrétai mon attention vers le pôle opposé au nôtre, et je vis quatre étoiles qui ne furent connues que des premiers hommes.
Le ciel semblait se réjouir de leurs feux. 0 Septentrion! je puis plaindre ton veuvage, puisque tu es : privé de leur vue.
Quand je fus détaché del ce spectacle, me tournant un peu du côté de l’autre pôle, où l’on ne découvrait plus le Chariot,
de vis près de moi un vieillard seul, digne, rien qu'à le voir, de tant de respects, qu’un fils n'en doil-pas da- “vantage à son père.
Il portait la barbe longue et déjà blanchissante, pareille à ses cheveux qui retombaient partagés sur sa poitrine.
Les rayons des quatre étoiles sacrées répandaient sur sa figure un si bel éclat, que je le voyais comme si le soleil eût donné sur lui.
« Qui êtes-vous, vous qui, remontant le fleuve noir, avez fui la prison éternelle? dit-il en agitant sa barbe vénérable.
« Qui vous a guidés, et qui vous a prêté le flambeau pour sortir de la nuit profonde qui obscurcit toujours la vallée de l'enfer?
« Les lois de l’abîme ‘sont-elles donc renversées, ou bien le ciel a-t-il changé ses décrets, pour que vous vous approchiez de ma montagne? »
DEL PURGATORIO
Lo Duca mio allor mi diè di piglio, E con parole e con mani e con cenni Reverenti mi fe le gambe e il ciglio.
Poscia rispose lui : Da me non venni :
Donna scese dal Ciel, per li cui preghi | Della mia compagnia costui sovvenni.
Ma da ch' è tuo voler che più si spieghi Di nostra condizion com’ ella è vera, Esser non puote il mio che a te si nieghi.
Questi non vide mai l' ultima sera, | Ma per la sua follia le fu sì presso, (he molto poco tempo a volger era.
Si come 1° dissi, fui mandato ad esso Per lui campare, e non c' era altra via Che questa per la quale io mi son messo.
Mostrata ‘ho lui tutta la gente ria; E ora intendo mostrar quegli spirti Che purgan sè sotto la tua balia.
Com’ io l'ho tratto, saria lungo a dirti :
Dell’ alto scende virtà che m’ aiuta Conducerlo a vederti, e a udirti.
Orti piaccia gradir la sua venuta :
Libertà va cercando, ch’ è sì cara,.
Come sa chi per lei vita rifiuta.
Tu 1 sai, che non ti fu per lei amara In Utica la morte, ove lasciasti La veste ch’ al gran di’ sarà sì chiara.
Non son gli editti eterni per noi guasti, Chè questi vive, e Minos me non lega; Ma son del cerchio ove son gli occhi casti
- LÌ
Mon guide alors .s'empara de moi, et par ses paroles, par ses gestes et par ses signes, il me fit respectueuse: ment fléchir les genoux et baisser les paupières.
Ensuite il répendit : «Je ne suis point venu de moimême. Une dame est descendue du ciel, de qui les prières m'ont fait accorder à celui-ci mon aide et ma compagnie.
« Mais puisque c’est ta volonté de connaître par un plus long récit notre condition dans toute sa vérité, mon vouloir ne peut être de te refuser rien.
« Celui-ci n’a pas encore vu son dernier soir, mais il en futsi près par sa folie, qu'il ne lui restait plus que bien peu de temps.
« Alors, comme je le disais, je fus envoyé à lui. pour le sauver, et il n'y avait pas d'autre chemin que celui où je me suis engagé. L «de lui ai montré toute la nation des pécheurs; el maintenant j'entends lui montrer les esprits qui se purifient sous tes lois.
« Comment je l'ai entraîné, il serait long de tele dire. D'en haut descend une vertu qui m'aide à le conduire ici pour te voir et t'entendre.
« À présent qu'il te plaise agréer sa venue. Il va cherchant la liberté dont on sait le prix, quand pour elle on abandonne la vie.
« Tu le sais, toi qui ne trouvas pas trop amère ela mort endurée pour elle dans Ulique, où: tu laissas ta dépouille destinée à devenir si glorieuse au grand jour.
« Non, nous n'outrageons point les décrets éternels. Car celui-ci vit, et je ne suis point de ceux que Minos enchaîne. Je suis du cercle où sont les chastes yeux
ol
DEL PURGATORIO
Di Marzia tua, che in vista ancor li prega,
O santo petto, che per tua la tegni :
Per lo suo amore adunque a noi ti piega.
Lasciane andar per li tuoi sette regni:
Grazie riporterò di le a lei, Se d' esser mentovato laggiù degni.
Marzia piacque tanto agli occhi miei, Mentre ch’ i’ fui di là, diss’ egli allora, Che quante grazie volle da me, fei.
Or che di là dal mal fiume dimora, —.
Più mover non mi può per quella legge * Che fatta fu quand’ 10 me n° usci’ fuora.
Ma se donna del Ciel ti muove e regge, Come tu di, non c’ è mestier lusinga :
Bastiti ben, che per lei mi richegge.
Va dunque, e fa che tu costui ricinga D'un giunco schietto, e che gli lavi ’1 viso, Si che ogni sucidume quindi stinga :
Chè non si converria l’ occhio sorpriso
. D’ alcuna nebbia andar davanti al primo
Ministro, ch' è di quei di Paradiso.
Questa isoletta intorno ad imo ad imo, Laggiù, colà dove la batte l’ onda, Porta de’ giunchi sovra ’1 molle limo.
Null’ altra pianta che facesse fronda,
O indurasse, vi puote aver vita, Però ch’ alle percosse non seconda..
© Poscia non sia di qua vostra reddita;
Lo Sol vi mostrerà, che surge omai,
« De Marcia, ta bien aimée, qui semble te prier encore, ò sainte âme, de la tenir pour ta compagne. Au nom de son amour, laisse-toi fléchir pour nous.
” « Laisse-nous aller au travers de tes sept royaumes. Je me louerai de toi auprès d’elle, si tu ne dédaignes point que ton nom soit prononcé là-bas. »
Alors il répondit : « Marcia fut si agréable à mes yeux tant que j'habitai de l’autre côté'de la terre, qu'autant de grâces elle voulut de moi, autant elle en obtint.
« Maintenant qu'elle demeure au delà du fleuve maudit, elle ne saurait plus me toucher, en vertu de la loi qui fut faite quand je sortis des limbes.
« Mais si une dame du ciel te pousse et Le conduit, comme tu l’assures, il n’est pas besoin de discours flat- ‘ teurs, c'est assez que tu réclames mon aide en son nom.
« Va donc, et fais en sorte de ceindre celui-ci d’un roseau sans feuille et de lui laver le visage, de manière à effacer toute souillure.
« Car il ne conviendrait pas de se présenter, l'œil encore couvert de quelque nuage, devant le premier des ministres que tu vas voir, qui est un des habitants du paradis.
« Cette petite île qui nous environne là-bas, là-bas, vers celte humble plage que battent les'ondes, porte des roseaux sur son humide limon.
« Nulle plante qui donne des feuilles ou dont la tige s'endurcisse ne peut y prendre vie, parce qu ‘lle ne plierait pas sous le choc des flots. :
« Ensuite que votre retour ne se fasse point de ce côté; le soleil, qui maintenant se lève, vous montrera où vous
DEL PURGATORIO
Prender il monte a più lieve salita.
31 Cosìsparì;-edio su mi levai Senza parlare, e tutto mi ritrassi | Al Duca mio, e gli occhi a lui drizzai.
st Ei cominciò: Figliuol, segui i miei passi : | Volgianci indietro, chè di qua dichina Questa pianura a” suoi termmi bassi.
© alba vinceva l’ dra mattutina, Che fuggia innanzi, si chè di lontano Conobbi il tremolar della marina.
# Noi andavam per lo solingo piano Com’ uom che torna alla smarrita strada, Che infino ad essa li par ire invano.
1° Quando noi fummo dove la rugiada Pugna col Sole, e per essere in parte Ove adorezza, poco si dirada; 52 Ambole mani in su l'erbetta sparte | Soavemente 1l mio Maestro pose; Ond' io che fui accorto di su’ arte, 3 Porsi ver lui le guance lagrimose :
Quivi mi fece tutto discoperto Quel color che l'Inferno mi nascose.
44 Venimmo poi in sul lito diserto, Che mai non vide navicar sue acque.
Uom, che di ritornar sia poscia esperto.
45 Quivi mi cince, si come altrui piacque :
O maraviglia! che qual egli scelse L'umile pianta, cotal si rinacque 46 Subitamente là onde la svelse.
pourrez attaquer la montagne par une pente plus douce.»
A ces mots il disparut, et moi je me levai en silence et je me serrai contre mon guide et je fixai mes yeux sur lui. |
Il commença : « Mon fils, suis mes pas, retournons en arrière, car de ce côté la plage s'incline doucement jusqu'à sa dernière extrémité. » :
. Déjà l'aube chassait l'heure de matines. qui fuyait devant elle, en sorte que de loin je reconnus le frémissement de la mer.
Nous cheminions sur la plage solitaire, comme un homme retourne au chemin qu'il a perdu, etcroit perdre ses pas jusqu à ce qu’il l'ait trouvé.
Quand nous fûmes à l'endroit où la rosée résiste au soleil et, protégée par l'ombre, s’évapore peu,
Mon maître posa doucement ses deux mains étendues sur l'herbe fraîche, etmoi je m'avisai de son dessein.
Je lui présentai mes joues baignées de larmes, et il y fit reparaître les couleurs que la fumée de l'enfer avait cachées.
Nous arrivàmes ensuite sur le rivage désert qui ne vit jamais naviguer sur ses eaux un homme capable d'en revenir.
Là il me fit une guirlande comme on l'avait voulu. 0 merveille! telle il avait cueilli l'humble plante, telle une autre renaquit soudain au lieu même où il l'avait arrachée.
- J'ai donc entrepris de commenter la Divine Comédie. C’est un travail effrayant et qui voudra plusieurs années. — Mais rien de plus conforme aux besoins et aux habitudes de l'enseignement. Pour cela, deux méthodes, — Méthodehistorique, les loisde l’esprithumain , vues généralessur chaque sièclelittéraire, l'étude descirconstances qui réveillèrent, qui provoquèrent le génie, des inspirations qui visitèrent les grandshommes. —Méthodeexégétique, la crilique des textes, nécessaire pour compléter, pour vérifier les aperçus de l’histoire. C'est le seul moyen de connaître les procédés du génie. L'inspiration est fréquente, mais souvent elle expire devant les difficultés de l'exécution, elle s'éteint dans la lutte contre les obstacles, elle se perd dans les détails. Le propre du génie, c'est de conserver l'inspiration au milieu des difficultés, des luttes et jusqu'au fond des derniers détails. Son triomphe, c’est de forcer l'instrument et la matière rebelle, el de faire passer l’idée dans le marbre, dans la toile ou dans le mot. Il faut done étudier les mots. Voilà pourquoi l'enseignement s'est fait par voie de commentaire. Homère dans l'antiquité, Virgile au moyen âge, Dante à la renaissance. Voilà ss livres qui ont attaché sur eux des milliers de scoliastes, d' interprètes, de commentateurs; ce sont ceux aussi qui ont fait des révolu-
La
COMMENTAIRE DU CHANT I. 33 tions, fondé des États et des écoles, tenu en haleine l'esprit des peuples ; d’où sont sorties toutes les connais-
sances humaines, théologie, jurisprudence, philosophie, littérature.
Commentaires minutieux, recherches, critique des textes, discussion des variantes; rien n’est plus glorieux que ce respect. Comme ces monuments, la cathédrale de Strasbourg, par exemple, qui nourrissent toute une tribu d'ouvriers employés à leur entretien, ainsi ces grands ouvrages ont besoin d'être conservés pièce à pièce.
C'est l'honneur de ces écrivains immortels d’être pour ainsi dire chargés de faire exécuter la loi du travail, de ne pas permettre à l'esprit humain de s'endormir, de lui poser des questions qui le tourmentent; et, en le faisant penser d'après autrui, de le forcer à penser d’après lui-même. Le commentairé, c’est la méditation. Comme il faut la parole pour exciter l'attention de l'enfant, de même il faut un enseignement qui commence l’éducation des intelligences, qui les féconde. Socrate inspire Platon, Homère fait Virgile et Virgile a fait Dante.
Dante était destiné à cette gloire de prendre place parmi les maîtres qui l’avaient précédé, d'exercer la magistrature de la pensée, d’avoir des disciples, d’être commenté à son tour. — Voici comment Benvenuto entend l'explication de ce poëme : « Lumière qui éclaira l'Italie, vérités voilées sous la fiction, doctrine cachée sous des sens divers; car j'y décc .vre l’histoire et la poésie, la science de la nature et celle des mœurs, l'antiquité et les temps modernes, tout ce qu’il y a de plus grand et de
plus familier, et pour tout dire, en un mot, tout l’ensemble des choses divines et humaines. » (Benvenut. Proæm.) En Italie, la chaire de Dante est tombée avec la liberté. Il est juste qu’elle se relève en France, sur une terre libre, dans cette université de Paris dont Dante fut l'élève, en réparation de l’exil qui fut prononcé contre lui au nom d’un prince français.
Mais, si le commentaire se fait à la manière de Benvenuto, s il embrasse toutes les choses divines et humaines, s’il dure dix ans, il est à craindre que peu d’auditeurs l’accompagnent jusqu’au bout. — Mais Dante est tout entier dans chaque partie de son poëme. Ses passions, son savoir, son génie, le suivent partout. On ne lit pas trois chants de suite sans y trouver toutes les ressources de ce puissant esprit.
Amoureux de la clarté, nous nous défions des livres qui ont .besoin de commentateurs. Il est faux que les livres soient faits pour être lus. ll y a d’abord les livres faits pour n'être pas lus, et ce sont les mauvais. Il ya ceux qui sont faits pour être lus seulement : ce sont les médiocres. Les grands livres, les beaux livres, sont faits pour être médités, étudiés, commentés : ce sont ceux qui tiennent plus qu’ils ne promettent, dont chaque parole porte une lumière, une inspiration, un enseignement, Homère, Virgile; parmi les modernes, Bossuet, Racine. — En philosophie, Aristote et Platon.— L'Écriture sainte même a besoin de ce commentaire perpétuel qui est la tradition de l'Église; et ceux qui la rejettent
! Benvenuto d’Imola mit dix ans à commenter la Divine Comédie. Boccace mourut au dix-septième chant.
COMMENTAIRE DU CHANT I. 35 sont condamnés au désordre de leurs interprétations arbitraires. — C'est assez de grands exemples pour justifier la Divine Comédie.
Rien de plus injuste que le dédain pour les commentateurs. — Les plus beaux génies se sont formés de la sorte. Voyez Bossuet : quand il prend un texte, il l’entoure de lumières, elles deviennent des éclairs, des foudres ; il semble que la parole de Dieu retentisse encore du haut du Sinaï parmi les tonnerres. Ce ne serait pas trop d'une vie consacrée à commenter Dante, à faire. comprendre, à faire aimer ce grand homme et les choses plus grandes que lui qu’il alma et qu’il chanta.
Toute l’éducation du moyen âge se fondait sur ces principes : les professeurs étaient lecteurs. — Le 3 octobre 1373, dans une assemblée nombreuse réunie à l’église Saint-Étienne, près du Ponte-Vecchio, à Florence, on vit monter en chaire un homme célèbre par beaucoup d'écrits, Boccace, engagé pour cent florins. Par un décret du 9 août, la république florentine avait ordonné que Dante serait lu et expliqué publiquement. C'était une tardive réparation. Ravenne n'avait pas voulu rendre les ossements du poëte. On lisait ces mots sur sa tombe :
Ilic claudor Dantes, patriis extorris ab aris, Quem genuit parvi Florentia mater amoris.
Boccace commenca en ces termes : « La nature humaine, encore qu'enrichie de tant de priviléges par le Créateur, estnéanmoinssi faible, qu'elle ne saurait faire nulle chose, si petite qu'elle soit, sans la grâce divine.
Ce que voyant, les plus grands hommes de l'antiquité et des temps modernes nous engagent à demander simplement cette grâce et à la solliciter de tout l'effort de notre dévotion, au moins au commencement de nos actes... Au moment donc où je me charge d’un poids beaucoup plus lourd qu'il ne convient à mes épaules, c'est-à-dire d'expliquer le texte savant, la multitude des histoires et l'élévation des pensées cachées sous le voile de la Comédie de notre Dante, et particulièrement devant des hommes d’une haute intelligence et d’une admirable perspicacité comme vous l'êtes en général, Seigneurs florentins, certes je sens plus que jamais le besoin d'un tel secours. À ces causes, afin que mes paroles tournent à l'honneur et à la gloire du très-saint nom de Dieu, à la consolation et à l'utilité de mes auditeurs, avant d'aller plus loin, j'entends invoquer aussi humblement que je puis l'assistance de Dieu, me fiant beaucoup plus en sa bonté qu'en mon mérite. »— Rien n'est plus touchant que cette émotion. Justice à rendre à un grand homme. —Nous avons à rendre justice à un grand siècle : c'est un ouvrage nouveau que nous tentons.
Dans la chane de Florence, Philippe Villani, Filelfe, Landino. L'auditoire grossissant, il fallut aller dans l’église du Dôme. — La chaire de Dante finit au seizième siècle avec la liberté.
(Commentaires traditionnels du quatorzième siècle.) Pierre et Jacques, fils de Dante. — A Pologne, 1375, Benvenuto d'Imola ; à Pise, 1386, Francesco da Buti. Venise, Gabriello Squarro. Plaisance, Philippe de Reggio, 1399. — Matthieu Visconti, archevêque de Milan, réunit deux théologiens, deux philosophes, deux citoyens de Florence.
Les chaires ne suffisent pas. — Anonyme appelé l’Ottimo, 1334.
Jacopo della Lana, et le Falso Boccacio. (Commentaires érudits des quinzième et seizième siècles.) Au concile de Constance, 1416, Jean de Serravalle, évêque de Fermo, éommente la Divine Comédie pour le cardinal de Saluces et deux évéques anglais. (Commentaires du seizième siècle.) Vellutello Daniello, le Tasse, Galilée, Bellarmin. Aux deux siècles suivants, l’étude de Dante est négligée ; elle se ranime à la fin du siècle dernier. (Commentaires littéraires, philologiques du dix-neuvième siècle.) Alfieri, Monti, Foscolo, Tommaseo, Pellico. Toute cette génération nouvelle sort de l'étude de la Divine Comédie.
Les arts s’inspirent de la Divine Comédie : Orcagna reproduit l'Enfer à Pise et à Santa-Maria-Novella. Luca Signorelli, à Orvieto. Michel-Ange, à la Sixtine. Raphaël, au Vatican, place Dante dans la Dispute du saint-sacrement. — Nous pouvons commenter Dante en si bonne compagnie.
Terc. 4. — PAGANISME DE L'INVOCATION, SOUVENIR D'OVIDE :
Pierus has genuit Pellæis dives in agris Raucaque garrulitas studiumque immane loquendi.
Ce n’est pas une distraction de Dante, il en fait système. Son enfer est peuplé des habitants de l’enfer paîen. Il invoque Apollon à l'entrée du paradis, et appelle le Christ: 0 sommo Giove, che fosti per noi crocefisso. On a reproché la même confusion au Tasse dans son enfer; à Milton qui fait danser les Heures et les Nymphes au paradis terrestre; à Camoëns supposant un conseil des dieux Bacchus, Vénus, Téthys. — On a coutume d’expliquer cette erreur par les excès de la Renaissance. Cette explication est insuffisante.
Dante est nourri des poëtes latins, Virgile, Lucain, Ovide, Stace, qui sont sa société familière. Tous les poëtes latins dans l’enseignement scolastique. Chaires pour l'interprétation d’Ovide. Les écoles bénédictines d'Allemagne au dixième siècle. — Roswitha, et son’ admiration pour Térence. — Poëmes sur Troie, sur Dédale, sur Œdipe.
Mais le paganisme n’est pas seulement chez les savants. Au huitième siècle, les Lupercales sont célébrées à Rome. Au neuvième, temple de Jupiter sur le Saint-Bernard, statue d'Hercule à Milan,
statue de Mars à Florence, culte d’Anténor à Padoue. Poésie populaire latine. Chant de Modène, 924. Après une invocation du Christ, on trouve ces vers :
Et dum Hector vigil exstitit in Troja, Non eam cepit fraudulenta Grecia; Vigile voci avis anser candida Fugavit Gallos ex arce Romulea.
Il y a toute une tradition classique au moyen âge. Elle l’honore. C’est une preuve de sa tolérance, qui ne
s'effraye pas; c'est un des secrets de son génie, qui ne
recule pas devant l’étude. -
Nécessité du travail pour féconder le génie, ct de la foi pour féconder le travail. La volonté, c'est le plus grand maître du génie.—Que manque-t-11 aux hommes de nos jours? — Ils ont beaucoup de velléités, beaucoup de pensées généreuses, pas de résolutions; jamais peut-être 1l n'y eut plus de grands talents, pas même au dix-septième siècle ; mais cette indécision, ce vague, cette mollesse de cœur, trahissent nos destinées et ne nous laissent pas aller jusqu’au bout.
. Nec ultra Esse sinunt.....
Dante a fait comme Michel-Ange. Au commencement du seizième siècle, Rome était encore pleine de ruines; le pape chargea Michel- Ange Buonarotti de les utiliser. Il y avait à l'orient de Rome des thermes élevés par Dioclétien, dont les colonnades et les murs inutiles faisalent l’admiration de tout le monde. Le grand architecte lia ces constructions par d’autres; il employa ces fondations solides, ces colonnes qui gardaient la trace
COMMENTAIRE DU CHANT I. ’ 39 du ciseau grec; il en fit Sainte-Marie-des-Anges, une des plus belles églises de la ville éternelle. Aujourd’hui ceux qui la visitent regrettent quelquefois que les ruines antiques ne soient point restées comme le temps les avait faites, sans que les hommes y portassent les mains. Pour moi, quand je les parcourais, il me semblait qu'on n'avait pu rien faire de plus pour ces ouvrages admirables que de leur rendre ce que veulent tous les monuments, une destination; de leur faire supporter un toit, abriter un autel, accueillir des pèlerins et des prières, de les ranimer en quelque sorte et de les ressusciter. Dante a agi de méme; il a trouvé dans Boèce, dans Virgile, dans Aristote, de beaux fragments d’antiquité; il les a relevés de la poussière pour en faire des colonnes de son édifice.
8. — Les quatre Éroizes. — Dante se représente la montagne du purgatoire dans l'hémisphère austral, aux antipodes. Le paradis terrestre la couronne et s'élève jusqu’à la sphère du feu.
Conformité de cette opinion avec celle du moyen âge. La croyance aux antipodes n'était point une hérésie. Géographie poétique. Le paradis terrestre placé dans l'hémisphère inconnu, et touchant au ciel. C'est l'opinion de saint Avitus, saint Isidore, saint Jean Damascène. Légende de saint Brandan et de saint Amaro, allant à la recherche du paradis terrestre. Influence de ces légendes sur les navigations du quinzième siècle. L'ile Saint-Brandan au traité d'Évorat. Christophe Colomb croit toucher au paradis terrestre.
La plus belle constellation de l’hémisphère austral est la Croix du Sud. On la voit de Méroé et de tous les lieux à moins de quatorze degrés de la Ligne ; elle est décrite dans le catalogue de Ptolémée. Elle figure dans un globe construit par l’Égyptien Abou-Cassem en 1225.
1 L'ile supposée de Saint-Brandan est citée dans le traité d'Évora, conclu, entre l'Espagne et le Portugal, pour le partage éventuel des terres à découvrir. G. À II.
Améric Vespuce écrit à Pierre-Francois de Médicis : « Il me semble que dans ses vers Dante a eu l’intention de décrire par les quatre étoiles le pôle de l’autre hémisphère. Et jusqu'ici je n'ai nul doute qu'il n’en soit ainsi; parce qu’en effet je vis quatre étoiles qui figuraient une ‘amande, et qui avaient peu de mouvement. » — Voyage de Marco Polo; de retour en 1295. ll a visité les îles de la Sonde et dit de celle de Sumatra : « Je vous dirai une chose qui semblera merveilleuse à tout homme, c’est que cette île est si loin vers le sud, qu’on n’y voit l'étoile polaire, ni peu ni beaucoup. » Opinion conforme de M. de Humboldt. (Histoire de la géographie du nouveau continent.)
8-11. — Caton, gardien du purgatoire, les quatre éloiles, symbole des quatre vertus cardinales qui se reflètent sur lui. Est-ce un caprice du poëte, ou un dessein arrêté?
C'est d’abord une imitation de Virgile. Au huitième chant de l'Énéide, bouclier d'Énée. Enfers peuplés de souvenirs romains; Catilina suspèndu à un rocher menaçant
Secretosque pios, his dantem jura Catonem.
Ce point touche d’ailleurs à tout l’ensemble des idées politiques, philosophiques et poétiques de Dante.
Traité De Monarchia. — La civilisation est le but du genre humain dans le temps. Il n’y peut arriver que par l’unité de gouvernement, toute l’histoire travaille à procurer l'unité politique du monde. L'empire, ou le droit de réunir le monde sous une seule loi, déféré par la Providence aux Romains. Les Romains en étaient les plus dignes. Sénat, peuple et grands, citoyens, tous n'ont travaillé qu'au bien général de l’univers. « Ne faut-il pas dire qu'ils ne songèrent
qu’au bien général, tous ceux qui, par leurs sueurs, par la pauvreté,
par l'exil, par la perte volontaire de leurs enfants, de leurs membres, de leur vie, ont travaillé à la félicité publique ? » Cincinnatus, Fabricrus, Camille, les Décius. Laissez-moi citer encore cet ineffable sacrifice du très-sévère défenseur de la liberté, Marcus Caton, qui, pour embraser le monde de l’amour de la liberté, montra à quel prix il l’estimait en aimant mieux sortir libre de la vie qu'y demeurer esclave !
Convito, trattato IV, cap. 1v et v. — Il reprend la méme thèse,
COMMENTAIRE DU CHANT I. di
Il monire comment la Providence divine présida aux destinées de Rome, en lui suscitant à chaque âge les héros dont elle eut besoin. ’ Les sept rois, Brutus, Fabricius, Curius, Torquatus, Régulus. « Cœur très-saint de Caton, qui osera parler de toi? 0 sacratissimo petto di Catone, chi presumera di te parlare? Certes on ne saurait mieux te louer qu'en se taisant ct en imitant saint Jérôme, qui, dans la préface de la Bible, arrivé à l’endroit où il faut nommer saint Paul, déclare que mieux vaut se taire que d’en dire trop peu! »
Cap. 28. Il traite de la noblesse. Il énumère les vertus des quatre âges. Adolescence, jeunesse, maturité, vieillesse. Il a tiré pour les trois âges précédents ses exemples des poëtes. Il continue ainsi : « Je trouve l'exemple des vertus de cet âge dans le grand poëte Lucain, au II° chant de la Pharsale, lorsqu'il raconte comment Marcia revint trouver Caton et le pria de la reprendre dans sa vieillesse. Par Marcia, j'entends l'âme noble, et nous pouvons ainsi ramener la figure à la réalité. Marcia fut d'abord vierge, et à cet âge elle représente l’adolescence. Ensuite elle devint l'épouse de Caton, et en cet état elle signifie la jeunesse ; elle eut de lui des enfants par lesquels J'entends les vertus du second âge. Caton la donna en mariage à Hortensius, ce qui veut dire qu’elle passa de la jeunesse à la maturité, et elle en eut encore des fils, qui signifient les vertus de la troisième saison. Marcia devient veuve, ce veuvage représente la vieillesse. Elle retourne à Caton, ce qui exprime que l'âme noble, dès le déclin de ses jours, doit retourner vers Dieu! Et quel homme terrestre est plus digne de représenter Dieu que Caton ? »
Pédantisme de ce fragment, inégalité des grands hommes. C'est une mauvaise critique, celle qui, de l'infériorité d’un passage ou d’un livre, conclut contre son authenticité. ll faut ces faiblesses, non pour humilier la nature humaine, mais pour l’enhardir. Si ces grands esprits étaient toujours à la même hauteur, on croirait que ce sont des dieux, 1l faut qu'ils s'abaissent afin de nous faire voir qu'ils sont bien hommes. Il faut qu'ils descendent pour nous apprendre que nous pouvons monter.
25. — CommEnT DANTE GLORIFIE LE SWICIDE DE Caron. — Dante condamne le suicide. Au XI° chant de l'Enfer, il range les suicidés parmi les violents. Au XIII, Pierre des Vignes cxplique le supplice des suicidés, condamnés à prendre la forme de buissons dans la
forêt infernale. Après la résurrection, chaque corps sera suspendu à son arbre.
Che non è giusto aver ciò ch' uom si toglie!. Martial a jugé sévèrement le suicide de Caton :
Sit Cato dum vivit sane vel Cesare major Dum moritur numquid major Othone fuit?
Dante paraît s'être arrêté aux jugements portés par les philosophes romains. Cicéron (De Officiis) déclare que le suicide, qui ne convenait pas aux- mœurs légères des autres partisans de Pompée, était le seul parti digne de l'opiniâtre vertu de Caton. De même Sénèque, dans ses lettres à Lucilius : « Catonem autem certius exemplar veri sa: pientis nobis deos dedisse ; » et ailleurs : « Catonem vivam imaginem virtutis et perconsequens honestatis. » Mais Dante est surtout entraîné par Lucain, pour lequel il professe avec tout son siècle une admiration si passionnée.
Passage de Pietro sur Caton : « Christus eum liberavit a limbo ; cum possibile sit et verisimile Deum, qui fecit eum tantum virtuosum, inspirasse ei credulitatem Christi fili venturi et contritum decessisse, et sic salvatum. » Admirable tolérance.
DANTE FIDÈLE A L'ESPRIT DE SON SIÈCLE. — Toute l’ambition du moyen âge est de continuer les Romains. Doctrine de saint Augustin sur les vertus temporelles des Romains, fondement de leur empire. Saint Thomas d'Aquin, traité De Regimine principum ?; les héros de Rome y sont glorifiés dans les mêmes termes que chez Dante.
Admiration du moyen âge pour Lucain, lu, expliqué dans toutes les écoles.
Dante, aux Champs-Élysées, retrouve ensemble Homère, Virgile, Horace, Ovide, Lucain.
32. — LE ROSEAU, SYMBOLE DE L'HUMILITÉ. — Ottimo Commento. L'auteur met ici une allégorie dans son chant; et la pensée est celle-ci, que l'homme qui veut s'éloigner du péché et parvenir par la purification à l'état de grâce a besoin de s'humilier. Cette humilité est le commencement de la pénitence, et c'est pourquoi, sans
1 Infer., XII.
2 Liv. III, cap. 1v.
elle, l'homme ne peut être pénitent. Le roseau est une plante qui n’a ni tronc ni feuilles, pour montrer que l'rumble ne doit pas vouloir fleurir temporellement ; c'est-à-dire que qui veut faire un tel voyage doit être exempt de toute roideur et mondanité qui aurait sa racine dans l’appétit concupiscible. Si le roseau renaît, c’est que la grâce de Dieu ne se diminue point en se communiquant, et autant il en est donné, autant il s’en renouvelle.
Mémes interprétations chez les autres commentateurs anciens.
Comment Dante 1MITE L'ANTIQUE. — En enfer le myrte de Polydore. (Enéide, III.) Ici le rameau d’or de Proserpine. (Énéide, VI.)
Latet arbore opaca Aureus et foliis et lento vimine ramus.
Hoc sibi pulchra suum ferri Proserpina munus Instituit : primo avulso non deficit alter Aureus, et simili frondescit virga metallo.
Le rameau d'or pouvait avoir un sens dans les liturgies, dans les mythologies païennes ; mais ce sens est perdu pour nous. Il semble que Proserpine, la déesse des morts, n’ait que faire de ce riche métal, elle qui voit descendre tous les jours dans les enfers tant de riches et de rois. Au contraire, le roseau de Dante est le symbole de l'humilité. Rien n’est plus humble que l’image, rien de plus élevé que le sens.
Dante ne copie pas, il s'approprie, il transforme, il ajoute un sens moral. Les grands poëtes imitent toujours, Virgile, Dante, le Tasse, Milton. lls n'ont garde de négliger ces trésors de poésie que la tradition roule avec elle comme un fleuve roule des paillettes d'or. L'originalité n'est pas ignorante; il n'y a point de plagiat, le beau est la chose de tous. Mais en même temps ils en font une œuvre nouvelle qui porte leur sceau. Ils ne vont pas cueillir les fleurs d'autrui pour les emporter toutes fanées et sans parfum; ils savent en trouver la semence et les faire germer nouvelles et fraiches dans leor jardin.
Dans la dernière leçon, j'ai dit que Dante n'avait pas besoin de cette fausse louange qu’on lui donne souvent d'avoir créé la langue italienne; qu’il l'avait trouvée toule vivante, parlée, non par le peuple seulement, mais par les historiens et les poëtes. J'ai dit, mais je n'ai pas prouvé que l'idiome de la Divine Comédie avait déjà traversé plusieurs siècles et rassemblé, pour ainsi dire, sur sa route, les pierres dont il fallait construire ce monument. Cette assertion a besoin de preuves, et, sans vouloir faire des origines de la langue italienne une étude qui à elle seule occupa pendant toule une année dans cette chaire mon savant et regrettable maître, M. Fauriel, je ferai connaître brièvement le dernier état de la science sur un point sì intéressant, en joignant aux observations de mes devanciers le petit nombre de faits qu'il m'a été permis de glaner à leur suite.
Rien de plus controversé que les origines italiennes. On a fait descendre la langue de Dante du celtique, du flamand, du suédois. — Hypothèse de Bembo : l'italien antérieur au latin. — Deux principes dans les langues : 1° Principe d'ordre, d'autorité, lois logiques et euphoniques, grammaire, langue savante. —- 2° Principe de liberté, d’irrégularité, le peuple prononce mal, construit mal, langue populaire. À Rome, langue latine savante, origine orientale, éducation grecque, forme synthétique ; mais tendance perpétuelle du peuple à la corrompre, à la décomposer. Auguste emploie les particules, et Cicéron les auxiliaires : Satis habeo dictum. Mots populaires : Minare, battuere, etc.
CIRCONSTANCES QUI HATENT LA DÉCOMPOSITION DU LATIN. — Persistance des anciens dialectes liguriens, étrusques, celtiques. Celtique dans le Milanais, grec dans l'Italie méridionale et la Sicile. Invasion des barbares plus ancienne qu'on ne pense; esclaves affranchis : Tota theatra exclumasse barbare. La grande invasion achève le désordre, détruit les classes lettrées, jette des écrivains barbares dans
les lettres. Dans les diplômes lombards du huilième siècle, plus de syntaxe. — Le christianisme innove dans la pensée, par conséquent dans la langue, hébraïsmes de la Vulgate, hellénismes des Pères, barbarismes des catacombes. Dans les hymnes du Vatican, plus de prosodie, plus de construction grammaticale.
© bone pastor, Flaviane sacer Protege plehe tibique commissa Athletas Dei.
C'est le latin de l'Église qui fait l'éducation des langues modernes : naïveté et énergie.
Mais l'esprit humain ne peut s ‘accommoder longtemps de ce désordre. Les lois de la pensée se font jour dans la confusion du langage. Un idiome nouveau se constitue : épitaphe de Grégoire V.
Usus francigena, vulgari, et voce latina Edocuit populos eloquio triplici.
Premières traces de la langue italienne dans les recettes de mosaïstes du septième siècle ; litanies carolines au huitième. Au neuvième, l'italien s’introduit dans les affaires, formule de serment dans un jugement d’Arichis, juge de Capoue, Un peu plus tard il paraît sur les monuments. En 1186, inscriptions sur les portes du Dôme de Montréal. Vers le même temps, inscription d’un tombeau à Pise, imité de l’antiquité, strié avec deux têtes de lions dcvorant des chevreaux : Hore vai per via. — Pregando dell’ anima mia. — Siccome tu sei ego fui. — Sicu sum ego tu dei essere. Et au-dessus, Biduinus maister. Une inscription sur l'architrave de la grande porte de l'église de Saint-Cassiano à Pise, atteste que Biduino vivait en 1180. Vers la fin du même siècle paraît Ciullo d’Alcamo, et à sa suite toute l’école sicilienne, toute l’école ombrienne, toute l'école toscane. On ne diminue point la gloire de Dante en lui donnant des prédécesseurs, en montrant tous les siècles à l'œuvre pour ce grand ouvrage.
Poema sacro # Al quale ha posto mano cielo e terra. (Parad., XXV.) -.
EE
Già era il Sole all’ orrizonte giunto, Lo cui meridian cerchio coverchia Jerusalem col suo più alto punto :
2 E fa notte che opposita a lui cerchia, Uscia di Gange fuor colle bilance, Che la caggion di man quando soverchia ; 3 Si che le bianche e le vermiglie guarce, Là dove io era, della bella Aurora, Per troppa etate divenivan rance.
4 Noi eravam lunghesso ’l mare ancora, Come gente che pensa suo cammino, ‘Che va col core, e col corpo dimora :
Ed ecco qual, su '] presso del mattino, Per li grossi vapor Marte rosseggia Giù nel ponente sopra '1 suol marino;
ue
Cotal m’ apparve, s’io ancor lo veggia, A e .
Un lume per lo mar venir si ratto, Che ’1 mover suo nessun volar pareggia ;
= em
CHANT Il
Déjà le soleil était arrivé à l'horizon dont le méridien a son point le plus élevé au-dessus de Jérusalem ;
Et la nuit qui tourne à l'opposite sortait du Gange avec les balances qui lui tombent des mains quand elle l'emporte; | | |
En sorte qu’au lieu où j'étais les joues blanches et vermeilles de la belle Aurore commengaient à prendre en mûrissant les couleurs de l'orange;
Nous étions encore tout au bord de la mer, comme des gens qui pensent à leur route; ils cheminent déjà par la pensée, mais leurs pieds demeurent.
Et voici que, pareille à la planète d&Mars, qui aux approches du matin, voilée d'épaisses vapeurs, se montre comme un point rouge à l'occident suspendu sur la plaine des mers, |
Une lumière m'apparut (ainsi puissé-je la revoir!) glissant sur la mer d'un mouvement si rapide, qu'il n'y a pas de vol capable de l'égaler;
48 DEL PURGATORIO
1 Dal qual com’io un poco ebbi ritratto L’ occhio per dimandar lo Duca mio, Rividil più lucente e maggior fatto. |
8 Poi d’ogni lato ad esso m'appario ‘ | Un non sapea che bianco, e di sotto — | À poco a poco un altro a lui n’uscio.
9 Lo mio Maestro ancor non fece motto Mentre che 1 primi bianchi apparser ali.
Allor che ben conobbe il galeotto,
10 Gridò : Fa, fa che le ginocchia cali; Ecco l’ Angel di Dio : piega le mani :
Omai vedrai di sì fatti uficiali.
1 Vedi che sdegna gli argomenti umani,
“Sì che remo non vuol, nè altro velo Che l’ ale sue, tra liti sì lontani.
12 Vedi come l’ha dritte verso ‘1 cielo, Trattando l’ aere con l’eterne penne, Che non si mutan come mortal pelo.
13 Poi come più e più verso noi venne L’ uccel divino, più chiaro appariva ; Perchè l’ occhio da presso nol sostenne, 14 Ma chinail giuso; e quei sen venne a riva
Con un vasello snelleto e leggiero, Tanto che l’ acqua nulla ne inghiottiva.
43 Da poppa stavail celestial nocchiero, Tal, che parea beato per iscripto ; E più da cento spirti entro sediero.
In exitu Israel de Agypto Cantavan tutli insieme ad uha voce, Con quanto di quel salmo è poscia scripto.
Et après que j'eus un peu détourné les yeux pour interroger mon guide, Je la revis plus vive et plus grande.
Puis de chaque côté m'apparaissait je ne sais quoi de blanc, et au-dessous peu à peu se découvrait une autre blancheur. |
Mon maître d'abord ne dit mot, jusqu'à ce que les premières formes blanches se dessinassent comme des ailes, alors reconnaissant bien le pilote,
Il s'écria : « Hâte-toi, hâte-toi de plier les genoux. Voici l'ange de Dieu. Joins les mains. Tels sont les ministres que tu verras désormais.
« Vois comme il dédaigne les moyens humains; si bien qu'entre des rivages si éloignés, 1l ne veut ni rames ni d'autres voiles que ses ailes.
« Vois comme il les tient dressées vers le ciel, battant l’air de ses plumes éternelles, qui ne se renouvellent point comme celles des êtres périssables. »
Ensuite, plus approchait de nous l'oiseau divin, plus il paraissait resplendissant; en sorte que de près mes yeux ne soutenalent plus son éclat.
Je les baissai donc; et lui vint toucher au bord avec une nacelle si agile et si légère que l’eau n’en atteignait pas les flancs. .
Ala poupe se tenait debout le céleste nocher, tel que la béatitude semblait écrite sur son front; et plus de cent esprits étaient assis au dedans. ”
In exitu Israel de Ægypto, c'était le chant qu'ils répétaient tous ensemble d’une seule voix, en y ajoutarit la suite du psaume autant qu'il y en a danslelivre. ,
DEL PURGATORIO
Poi fece il segno lor di santa croce; Ond'° ei si gittar tutti in sulla piaggia, Ed ei sen gì, come venne, veloce.
La turba che rimase lì, selvaggia Parea del loco, rimirando intorno, Come colui che nuove cose assaggia.
Da tutte parti saettava il giorno Lo Sol, ch’ avea colle saette conte Di mezzo ’l ciel cacciato il Capricorno;
Quando la nova gente alzò la fronte
Ver nòi, dicendo a noi : Se voi sapete, Mostratene la via di gire al monte.
E Virgilio rispose : Voi credete Forse che siamo sperti d’ esto loco; Ma noi sem peregrin, come voi sete.
Dianzi venimmo, innanzi a voi un poco, ‘Per altra via, che fu sì aspra e forte, Che lo salire omai ne parrà gioco.
L'anime che si fur di, me accorte, Per lo spirar, che io era ancor vivo, Maravigliando diventaro smorte ; È come a messaggier, che porta olivo, Tragge la gente per udir novelle, E di calcar nessun si mostra schivo; Così al viso mio s’affisar quelle Anime fortunate tutte quante, Quasi obbliando d’ ire a farsi belle.
lo vidi una di lor trarresi avante Per abbracciarmi con sì grande affetto, Che mosse me a far lo somigliante.
CHANT II à!
Puis l'ange leur fit le signe de la sainte croix; alors ils se jetèrent tous sur la plage. Et lui s'en retourna rapide comme il était venu. |
La troupe qui resta semblait effarouchée de se trouver en ce lieu : elle regardait tout autour comme quand on examine des choses nouvelles. |
De toutes parts le soleil dardait le jour, et ses flèches lumineuses avaient chassé le Capricorne de la moitié du ciel. ° |
Quand la nouvelle troupe leva les yeux vers nous en nous disant : « Si vous le savez, montrez-nous le chemin qui conduit à la montagne. »
Et Virgile répondit : « Vous croyez peut-être que nous connaissons ces lieux, mais nous sommes comme vous étrangers.
« Nous venons d'y arriver un peu avant vous, par un autre chemin si âpre et si escarpé que la montée désormais ne nous paraîtra plus qu’un jeu. »
Les âmes qui s'apergurent à ma respiration que je vivais encore devinrent pâles de surprise.
Et, comme autour d'un messager portant la branche d'olivier, la multitude court pour entendre les nouvelles, et personne ne semble craindre la presse ; |
Ainsi se suspendirent à mon regard ces âmes fortunées, autant qu'il y en avait, comme si elles oubliaient de s'aller faire belles. |
J'en vis une se détacher des autres et s'avancer avec tant d'affection qu'elle m'entraîna à faire de même.
DEL PURGATORIO
0 ombre vane, fuor che nell' aspetto!
‘Tre volte dietro a lei le mani avvinsi, - E tante mi tornai con esse al petto.
Di maraviglia, credo, mì dipinsi ; Perchè l'ombra sorrise e si ritrasse, Ed io, seguendo lei, oltre mi pinsi.
Soavemente disse, ch'lo posasse :
Allor conobbi chi era; e pregai ‘Che per parlarmi un poco s' arrestasse.
Risposemi : Così com ‘io t' amai Nel mortal corpo, così t' amo sciolta ;
© Perd m'arresto : ma tu perchè vai?
Casella mio, per tornare altra volta Laddove io son, fo io questo viaggio, Diss' io; ma a te come tant’ ora è tolta?
Ed egli a me : Nessun m' è fatto oltraggio,
Se quei, che leva e quando e cui gli piace,
Più volte. m’ ha negato esto passaggio ;
Chè di giusto voler lo suo si face.
Veramente da tre mesi egli ha tolto Chi a voluto entrar con tulta pace.
Ond’ io che er’ ora alla marina volto, Dove l’acqua di Tevere s' insala, Benignamente fui da lui ricolto.
A quella-foce ha egli or dritta l’ ala; Perocchè sempre quivi si raccoglie, Qual verso d'Acheronte non sr cala.
Ed io : Se nuova legge non ti toglie
Memoria o uso all’ amoroso canto, Che mi solea quetar tutte mie voglie,
CHANT IL d3
O ombres vaines, et qui n’ont de vérité que par la vue, trois fois j'enlagai mes mains derrière elle, et trois fois je les ramenai vides sur mon cœur!
L'étonnement se peignit, je crois, sur mon visage : c'est pourquoi l'ombre sourit et se retira, et moi je m'avançai pour la suivre.
Elle m’invita doucement à me tenir en repos; alors je connus qui elle était, et je la priai de s ‘arrêter un peu pour converser avec moi
Elle me répondit : «Comme je t’aimai dans mon corps mortel, ainsi je t'aime libre de ses liens. Je m’arrête donc; mais toi, pourquoi viens-tu ?
« Casella, mon bien-aimé, c'est pour revenir une autre fois au lieu où me voici que je fais ce voyage. Mais toi, comment donc as-tu perdu tant d'heures. » ©
Et lui : « Aucune injure ne m'est faite, si l'ange qui nous passe dans le temps et dans l’ordre qui lui plaît m'a refusé plusieurs fois le passage;
« Car une volonté juste règle la sienne. Il est vrai que depuis trois mois, il a reçu en toute paix quiconque voulait entrer.
« Ainsi moi qui attendais alors sur la plage, où l’eau du Tibre se mêle aux flots amers, je fus accueilli de lui avec bonté. |
« C’est vers cette embouchure qu'il dirige maintenant ses ailes; car c'est là que se rassemblent toujours ceux qui ne descendent point vers l’Achéron.» |
Et moi: « Si une loi nouvelle ne t'enlève point la mémoire ou l’usage de ces chants amoureux, qui avaient coutume d’apaiser tous mes désirs;
DEL PURGATORIO
Di ciò ti piaccia consolare alquanto
‘ L'anima mia, che, con la sua persona Venendo qui, è affannata tanto.
Amor. che nella mente mi ragiona, Cominciò egli allor sì dolcemente, Che la dolcezza ancor dentro m1 suona.
Lo mio Maestro, ed 10, e quella gente Ch' eran con lui, parevan sì contenti, Com'a nessun toccasse altro la mente.
Noi eravam tutti fissi ed attenti .
Alle sue note, ed ecco il veglio onesto, Gridando : Che è ciò, spiriti lenti?
Qual negligenza, quale stare è questo?
Correte al monte a spogliarvi lo scoglio, Ch' esser non lascia a voi Dio manifesto.
Come quando, cogliendo biada o loglio, Gli colombi adunati alla pastura, Queti, senza mostrar l’usato orgoglio, - Se cosa appare ond'’ elli abbian paura, Subitamente lasciano star l’esca, Perchè assaliti son da maggior cura; Così vid’ io quella masnada fresca Lasciar il eanto, e fuggir ver la costa, Com’ uom che va, nè sa dove riesca :
Nè la nostra partita fu men tosta.
« Qu'il te plaise de donner cette consolation à mon âme, qui en venant ici avec son corps a tant souffert. »
Alors il commenga : « Amor che nella mente mi ragtona » avec tant de charme, que sa douce voix chante encore dans mon cœur.
, Mon maître et moi, et toute cette foule qui était avec le chanteur, nous paraissions si contents que nul autre soin ne semblait nous toucher. |
Tous nous restions immobiles et attentifs à ses accents. Et voilà que l’austère vieillard nous crie : « Qu'est ceci, esprits paresseux !
« Quelle est cette négligence, et pourquoi ce retard ? courez à la montagne et dépouillez vos yeux des écailles qui ne vous Î&issent pas voir Dieu. » |
Telles des colombes becquetant le blé ou l'ivraie, mangent ensemble, paisibles et sans faire entendre leur roucoulement accoutumé; |
Sì quelque chose survient dont elles aient peur, elles abandonnent soudain leur pâture, parce qu'un soin plus grand vient les assaillir. . :
Ainsi je vis cette bande nouvelle venue abandonner le chant et s'acheminer vers la montée, comme un homme va sans savoir où il doit arriver : et notre fuite ne fut pas . moins prompte.
Dans les vers que nous expliquions ensemble, il y a huit jours, Dante nous donnait deux leçons qui contiennent pour ainsi dire tout l’art poétique et qui répondent ‘à toutes les fausses doctrines littéraires : 11 nous montrait comment l’art doit imiter l'antique et s'attacher à la tradition; comment il doit imiter la nature et s’attacher à la réalité. En effet, c'est la destinée de l'art de chercher l'idéal et de le chercher dans le réel. L'idéal est -connu par la tradiuon, par cette longue suite de poëtes qui l’ont poursuivi depuis Homère, qui ont poursuivi le rêve d’une beauté parfaite, d’une beauté qui ne se montre jamais tout entière dans les choses terrestres. Dante n’a garde de négliger cet exemple de ses devanciers, il
a les yeux sur l'antiquité classique, il se serre contre -
. son maîtré Virgile, il l’étudie, il l’imite: mais le génie n’imite qu’en faisant une œuvre nouvelle : du rameau d'or de Proserpine il fait le roseau qui doit ceindre le pèlerin du purgatoire; l’image est plus simple et le sens plus élevé. C'est toute la différence du paganisme au christianisme. | | Comment DANTE IMITE LA NATURE. — Aux lueurs blanchissantes de l'aube, il reconnaît le frémissement de la mer. . Ce charme du matin, ces premières clartés tremblantes sur les eaux, c'est bien la nature prise sur le fail. .
. COMMENTAIRE DU CHANT Il. 57
Conobbi il tremolar della marina. Tous ceux qui ont passé quelques heures sur mer ont admiré ces jeux de la lumière et des eaux; penché au bord du navire, on voit se succéder les flots qui viennent de loin, roulent, s’approchent jusqu’à l'endroit où le soleil donne et redescendent ensuite pour faire place au flot qui suit. C'est l'image de nos vies : elles viennent ainsi, se poussant jusqu'à ce moment unique où un rayon de bonheur les touche, et retombent ensuite où Dieu a voulu.
Dante sait bien que l’idéal ne peut être cherché que dans la réalité; que cette beauté rêvée par les poétes, ils ne l’ont entrevue que dans la nature, qui ne la laisse pas voir sans voile; qui la cache, mais qui la possède. Cet homme savant, ce disciple des écoles, a étudié la création ailleurs que dans la physique d’Aristote, ailleurs que chez les naturalistes et les poëtes. Il est allé la chercher hors des villes, loin de tout ce qui rétrécit l'horizon. C’est une grâce d'état que la Providence lui a faite de l’exiler, de le faire sortir de cette Florence si belle, de le forcer d'errer de province en province, sans repos, de 1300 à 1321.
Florence est bien belle, il semble qu'entre les murs . de ses palais, sous les dômes de ses églises, rien ne puisse manquer à l'inspiration : montez cependant sur les hauteurs de Fiesole, la ville diminue, elle ne me semble plus qu'un ouvrage d'ivoire dans une corbeille de verdure. L'ouvrage qui est de la main des hommcs est beau, mais j'aime mieux la nature qui est de Dieu.
Comme Camoëns, Dante est un poëte voyageur; et pour le commenter il faudrait voyager sur ses traces.
Ce voyage dantesque, M. J. J. Ampère l'a fait et l'a raconté dans un livre charmant : la Grèce, Rome et Dante. On y suit le poëte d'un bout à l’autre de cette Italie, qu'on a le tort de se figurer toujours comme une molle ‘et grasse contrée, comme l'Italie des Églogues de Virgile. C'est qu'on n'a pas gravi les laves de l'Etna, longé le lac sombre de Bolsena, traversé la forét de pins de Ravenne et remonté ces còtes des Alpes qui dominent les plaines de la Lombardie comme ume menace éternelle. Toute la nature était là pour instruire le poëte avec toutes ses grâces et toutes ses horreurs. Aussi n'est-il | pas un disciple indocile : il n’y a pas de spectacle terrible ou charmant dont il n'emporte le souvenir. S'il traverse la vallée de l’Adige, il y trouve des collines éboulées, un chaos de rochers; il la comparera à la pente rapide qu'il descend pour arriver au cercle où les violents sont punis. Il a monté et redescendu dans les jours cruels de son exil les passages difficiles de l’Apennin; il s’en souvient en gravissant la montagne du Purgatoire :
Vassi in Sanleo, e discendesi in Noli
Montasi su Bismantova in cacume
Con esso i piè; ma qui convien ch’ uom voli *.
S'il a erré sur les vertes collines du Casentin, il n’en oublie plus les mille ruisseaux qui descendent dans l'Arno en portant la fraîcheur et l'humidité sur leurs bords :
Li ruscelletti, che de’ verdi colli Del Casentin discendon giuso in Arno, Facendo i lor canali freddi e molli ?.
! Purg., IV, 9.
Infern , XXX, 21.
Il n’est pas moins frappé des ouvrages des hommes, Au neuvième chant de l'Enfer, il décrit les sépultures d'Arles. Au dix-huitième, les perfides, divisés en deux bandes qui vont en sens contraire, lui rappellent le pont Saint-Ange au jubilé. Les moindres tableaux, ceux que le ‘este des hommes néglige, ne lui échappent pas. Les brebis qui sortent du parc, le faucon qui sort de sa cage et vole vers le fauconnier, les oiseaux de passage, le chevrier. |
« Telles les chèvres qui tout à l'heure étaient si agiles et si hardies sur les-pointes des rochers avant d’être repues, se tiennent tranquilles en ruminant et demeurent silencieuses à l'ombre, pendant que le soleil flamboie, gardées par le pâtre qui s'appuie sur sa houlette. »
Tacite all’ ombra, mentre che ‘1 sol ferve, Guardate dal pastor, che in su la verga Poggiato s' è, e lor di posa serve.
Ce ne sont point chez Dante d'heureux instinets; c’est une doctrine : au onzième chant de l'Enfer, parmi les violents contre Dieu, il range ceux qui attaquent la nature et l’art. La nature est l'art de Dieu reproduit par l'homme.
Si che vosti” arte a Dio quasi è nipote *.
Cette opinion que le poëte a de son art, n'est ni un lieu commun ni une ambition déréglée. Depuis Homère, qui commence par ces mots : « Muses, chantez la colère © d'Achille,» jusqu'à Byron, poëte du désespoir qui presse
! Purg., XXVII, 27.
? Infern., XI, 55.
convulsivement sa plume sous l'empire de la fatalité qu'il croit acharnée à sa suite, aucun homme n'a jamais voulu faire au sérieux ce mélier de poëte; ce métier dent on sue, dont on pleure, dont on finit par mourir, sans croire qu'il obéissait à quelque chose de plus qu'humain.
Derrière chaque inspiration de Dante il y a un principe, derrière chaque beauté une doctrine.
Terc.10. — Les ANGES DE DANTE. — C'est une des prédilections de la poésie de Dante, et c'est un de ses charmes que ces figures d’anges dont il peuple pour ainsi dire la Divine Comédre.
Ce que Dante trouvait dans la théologie. — Au-dessous de Dieu, esprit pur et infini, sont les anges, esprits purs, mais finis, placés au-dessus de l’homme, esprit fini et uni au corps. C’est l’ordre dans la création. — Chute des anges. — L'humanité destinée à réparer le vide du ciel. L'ange est l’idéal de la nature humaine.
Ce qu'il trouvait dans son cœur. — Lui aüssi il avait poursuivi un idéal de beauté chrétienne, Béatrix, son ange envolé.
Passage de la Vita Nuova. « Le jour qui achevait l'année, depuis que cette dame avait pris rang parmi les citoyens du paradis, j'étais assis en un lieu où me souvenant d'elle, je dessinais un ange sur des tablettes, et pendant que je dessinais, je levai les yeux et je vis des hommes auxquels il convénait de faire honneur et qui regardaient ce que je faisais; et, selon ce qui me fut dit ensuite, ils étaient là depuis un moment sans que je m'en aperçusse. Quand je les vis, je me levai, et les sa-
luant, je leur dis : « Une autre personne était naguère «avec moi ct c'est à elle que je pensais. » Ils s'éloignèrent, et reprenant mon ouvrage, je recommençai à dessiner des figures d’anges, et cependant la pensée me vint de dire des paroles en vers comme pour l'anniversaire de celle que je pleurais. » Toute la pensée de Dante est là. Voilà pourquoi il ne se lasse point de dessiner des anges ‘.
Dante est fidèle aux habitudes de l’art contemporain. . L'art chrétien représente les anges par des jeunes gens ailés. La jeunesse, c'est-à-dire la force et la grâce, est le plus beau moment de la nature. Les ailes, c'est-à-dire l'idéal, la spiritualité, l'immortalité. Les anges des mosaiques. — Les beaux anges des fresques florentines. — Cimabue, Fra Angelico, Pérugin. Quand les hommes étaient si violents, où donc les peintres allalent-ils prendre ces têtes charmantes et radieuses? Les anges après eux sont changés en amours. Dante a donné la parole aux anges de Giotto; Giotto a saisi les anges de Dante, et les a fixés par le crayon et la couleur pour qu'ils ne s'envolassent plus.
Ainsi ce poëte qui trouve son commentaire dans la nature, le trouve aussi dans les monuments. Cette méme
LA
1 Au TX° de l'Enfer. Cité de Dité. L'ange chassant l’air, l'épée dans la main gauche, la verge dans la droite. Aux VIII: et IX° du Purg., l'ange à la nacelle; l'ange à la porte. Les âmes dans lu vallée. L’hymne du soir. Les deux anges gardiens. Vêtements verts comme les feuilles nouvelles. Glaives enflammés. L'ange de la pénitence; vêlement cendré, glaive et clefs. Les sept anges qui effacent les sept péchés.
Paradis, XXXI°. La rose blanche. Les anges au visage de flamme, ailes d'or, les vêtements blancs; comme un essaim d’abeilles descendant dans la fleur pour y porter l’ardeur et la paix, et remontant vers Dieu pour y porter la louange.
Italie qui offre l'interprétation éternelle de la Divine Comédie dans ses montagnes, ses lacs et ses vallées, la commente aussi par les fresques de ses palais et de ses églises. Il n'y a pas une pierre qui ne soit sacrée, puisqu’il n'y en a pas une qui ne soit la glose de quelque livre immortel. |
On a coutume de se représenter Dante sous ces traits un peu durs que lui avaient donnés l'âge, le malheur et la colère. Dante, dans la Dispute du saint Sacrement, par Raphaël, c’est le pèlerin de l'enfer et le chantre d'Ugolin. Une autre image, peinte à Florence par Giotto dans la chapelle de l’ancien palais du Bargello, le montre au paradis avec plusieurs citoyens de Florence, une grenade à la main, jeune, plein de grâce, ouvert à l'amour de Béatrix, aux souffles les plus doux de la poésie, aux visions du purgatoire et du ciel.
Nous l'avons vu lié avec les peintres de son temps, donnant des conseils à Giotto et dessinant des anges. Nous le trouvons ami du musicien Casella. « Il prit un .souverain plaisir aux chants et au jeu des instruments, et séduit par ce plaisir, il composa un grand nombre de poémes auxquels il faisait ensuite ajouter des airs agréables". » |
Lui-même, au livre Il du Convito, dit : « La musique enlève aussi les esprits des hommes, de façon à ne leur plus laisser aucun emploi, tant l'âme est attentive. » Au moyen âge point de vers sans chant, la musique était la moitié du charme : Amor che nella mente mi ragiona.
1 Boccace.
«L'amour qui dans mon cœur devise tendrement avec moi de ma noble dame, m’en dit souvent des choses si hautes que la pensée s’y égare. » Et cependant ses paroles ont un accent si doux que l’âme qui l’écoute et l'en. tend s’écrie: «Ah! pauvrette, que ne puis-je dire de ma dame ce que j'en entends! Assurément si je veux répéter ce que j'apprends d'elle, force m'est de laisser d'abord ce que mon entendement ne comprend pas, et de ce qu'il comprend une grande partie que je ne saurais redire! Si donc il y a quelque défaut dans les vers dont je ferai le tissu de ses louanges, qu'on en fasse le reproche à notre faible intelligence, à notre langage, qui n’a pas le pouvoir de reproduire tout ce que dicte l'amour. »
| | . 4 Avvegnachè la subitana fuga | Dispergesse color per la campagna, Rivoli al monte, ove ragion ne fruga; | 2 To mi ristrinsi alla fida compagna : | E come sare’ 10 senza lui corso? | Chi m' avria tratto su per la montagna?
Ei mi parea da sè stesso rimorso: | O dignitosa coscienza e netta, Come t’ è picciol fallo amaro morso! | 4 Quando li piedi suoi lasciar la fretta, | Che l’ onestade ad ogni atto dismaga, La mente mia, che prima era ristretta, 5 Lo intento rallargò, sì come vaga, ‘E diedi il viso mio incontro al poggio, Che inverso il ciel più alto si dislaga.
6 Lo Sol, che dietro fiammeggiava roggio, Rotto m' era dinanzi, alla figura Ch’ aveva in me de’ suoi raggi l’ appoggio.
Pendant qu'une fuite soudaine dispersait à travers la campagne ces âmes qui se dirigeaient vers le mont où la loi divine nous ehàtie :
Je me serrai contre mon compagnon fidèle; et comment sans lui aurais-je hàté ma course? Qui m'aurait traîné le long de la montagne?
Il me semblait pressé de remords. Conscience digne et pure, comme une petite faute te devient une morsure cruelle! >
Quand ses pieds quittèrent cette marche précipitée qui ôte à l'attitude toute noblesse, mon intelligence, d'abord fixée sur un point, |
Étendit son effort comme ses désirs, et je portai mes yeux sur ce mont, le plus élevé de tous, qui sort des eaux et touche au ciel.
Le soleil, dont. la rouge lumière flamboyait derrière moi, n'éclairait point la terre devant ma figure; car mon corps faisait obstacle à ses rayons.
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DEL PURGATORIO
Jo mi volsi da lato con paura D’ essere abbandonato, quando i' nidi Solo dinanzi a me la terra oscura :
E ’1 mio Conforto : Perchè pur diffidi, A dir mi cominciò tutto rivolto; Non credi tu me teco, e ch’ io ti guidi?
Vespero è già colà, dov è sepolto Lo corpo, dentro al quale io facev' ombra :
Napoli l'ha, e da Brandizio è tolto.
Ora, se innanzi a me nulla s' adombra, Non ti maravigliar più che de' cielì, Che l’ uno all’ altro raggio non ingombra.
A sofferir tormenti e caldi c gieli Simili corpi la Virtù dispone, Che come fa non vuol ch'a noi si svelì.
Matto è chi spera che nostra ragione
Possa trascorrer la infinita via, | Che tiene una sustanzia in tre persone.
State contenti, umana gente, al quia; Chè se potuto aveste veder tutto, Mestier non era partorir Maria;
E disiar vedeste senza frutto Tai, che sarebbe lor disio quetato, Ch' eternalmente è dato lor per lutto.
Io dico d' Aristotile e di Plato, E di molti altri. E qui chinò la fronte; E più non disse, e rimase turbato.
Noi divenimmo intanto appiè del monte :
Je me tournai de côté, avec la crainte d'être abandonné, quand je vis que devant moi seulement la terre était obscure;
Et mon consolateur commença en ces mots: « Pourquoi craindre encore et te retourner ainsi? Ne me croislu point avec toi et venu pour te guider?
« Il est déjà l'heure du soir au lieu où repose lé Corps, dans lequel je projetais une ombre : Naples l'a recueilli, et l’a enlevé à Brindes, ‘ |
« Maintenant, si rien ne s'obscurcit devant moi, ne l'en étonne pas plus que de la construction des cieux, superposés sans que l'un intercepte à l'autre les rayons des astres.
« La vertu divine nous forme les corps que tu vois, capables de souffrir les tourments, la: chaleur et la froi- + dure; mais comment elle le fait, elle ne veut pas le 1 ré-
véler.
| «Insensé, qui espère que notre raison puisse suivre jusqu'au bout les voies mystérieuses de Celui qui est une substance unique en trois personnes.
« Sachez vous contenir, race humaine, quand il s’agit du pourquoi; car, si vous aviez pu tout voir, il n'était pas besoin que Marie enfantàt. |
« Et vous avez vu tels désirer inutilement qui auraient eu leur désir apaisé, et qui l'ont maintenant pour éternel regret. |
« Je parle d'Aristote et de Platon et de plusieurs autres, » et là il baissa la tête, n'en dit pas davantage et demeura troublé.
Nous arrivàmes cependani au pied de la montagne :
DEL PURGATORIO
Quivi trovammo la roccia si erta, Che indarno vi sarien le gambe pronte.
Tra Lerici e Turbia, la più diserta, La più rotta ruina è una scala, ‘Verso di quella, agevole ed aperta.
Or chi sa da qual man la costa cala, Disse "1 Maestro mio fermando il passo, Sì che possa salir chi va senz’ ala?
E mentre che, tenendo il viso basso, Esaminava del cammin la mente, Ed io mirava suso intorno al sasso,
Da man sinistra m' appari una gente
D’ anime, che movieno 1 piè ver noi, E non pareva, sì venivan lente.
Leva, dissi al Maestro, gli occhi tuoi :
Ecco di qua chi ne darà consiglio, Se tu da te medesmo aver nol puoi.
Guardommi allora, e con libero piglio
Rispose : Andiamo in là, ch' ei vengon piano;
E tu ferma la speme, dolce figlio.
‘ Ancora era quel popol di lontano,
I° dico dopo 1 nostri mille passi,
Quanto un buon gittator trarria con mano;
Quando si strinser tutti a” duri massi.
Dell' alta ripa, e stetter fermi e stretti, Come a guardar, chi va dubbiando, stassi.
O ben finiti, o già spiritti eletti, Virgilio incominciò, per quella pace Ch’ io credo che per voi tutti s’ aspetti, :
là nous trouvàmes la roche si escarpée que l’agilité des jambes n'y pourraient rien. oo
Entre Lerici et Turbia, le sentier le plus désert, le plus sauvage, est auprès de cet endroit-ci un escalier facile et large.
« Maintenant qui sait, dit mon maître en arrétant le pas, qui sait de quel côté la pente s'incline, de façon à laisser accès à qui chemine sans ailes ? »
Et pendant qu'il tenait les yeux baissés, interrogeant sa pensée sur le chemin qu'il fallait tenir, je regardais en haut tout autour du rocher.
À ma main gauche m'apparut une troupe d’àmes qui | portaient leurs pas vers nous. Et à peine y paraissait-il tant elles venaient lentement.
« Lève, dis-je à mon maître, lève les yeux; vois de ce côté qui nous donnera conseil, si tu ne peux le prendre toi-même. » |
Alors il me regarda, et, d'un air rassuré, il répondil : «Allons, car elles viennent à pas lents, et toi, fixe l’es- pérance dans ton cœur, mon doux fils. »
Cette troupe était encore loin de nous, et après que nous eûmes fait mille pas, elle se trouvait à la distance qu’une main forte atteindrait d’un jet de pierre.
Quand toutes les âmes se pressèrent contre les âpres rochers de la côte escarpée, et se tinrent immobiles et serrées, comme on s'arrête incertain pour regarder qui vient, | I
Virgile commença : « 0 vous qui avez bien fini, csprits déjà sûrs de votre élection, au nom de cette paix que Je crois attendue de vous tous,
ea
hi
| DEL PURGATORIO
° Ditenè dove la montagna giace, Si che possibil sia l’ andare in suso; .
Ghè "l-perder tempo a chi più sa più spiace.
Come le pecorelle escon del chiuso Ad una, a due, a tre, e l’ altre stanno Timidette atterrando l’ occhio e '] muso, E ciò che fa la prima, el’ altre fanno, Addossandosi a lei s’ ella s’ arresta, | Semplici e quete, e lo 'mperchè non sanno :
‘Sì vid’ io mover, a venir, la testa Di quella mandria fortunata allotta, Pudica in faccia, e nell’ andare onesta.
Come color dinanzi vider rotta La luce in terra dal mio destro canto, Si che l’ ombra era da me alla grotta, Ristaro, e trasser sè indietro alquanto; E tutti gli altri che venieno appresso, Non sappiendo il perchè, fero altrettanto.
Senza vostra dimanda io vi confesso, Che questi è corpo uman che voi vedete, Per che il dume del sole in terra è fesso.
Non vi maravigliate; ma credete, Che, non senza. virtù che dal ciel vegna, Cerca di soverchiar questa parete.
. Così "1 Maestro. E quella gente degna, ‘ + Tornate, disse, intrate innanzi dunque, Co’ dossi delle man facendo insegna.
‘Ed un di loro incominciò : Chiunque Tu se’, così andando vol..i il viso, Pon mente, se di là mi vedesti unque.
« Dites-nous où la montagne s'incline, de façon qu'il soit possible de la gravir, car la perte du temps est plus déplaisante à qui sait davantage. »
Comme les brebis sortent du pare une à une, deux à deux, trois à trois, et les autres se tiennent toutes timides, baissant vers la terre l'œil et le museau. |
Et ce que fait la première les autres le font, montant sur son dos si elle s'arrête, simples et tranquilles, et sans savoir pourquoi; | |
Ainsi je vis s’avancér et venir à nous les premiers rangs de ce troupeau bienheureux; leur visage était pudique et leur démarche modeste.
Quand ils virent devant eux la lumière interrompue, à ma droite, sur la terre, par l'effet de mon ombre qui se portait sur le rocher;
Ils s’arrêtèrent.et se retirèrent un peu en arrière, et tous les autres qui venaient ensuile, sans Savoir pourquoi, en firent autant.
« Sans aitendre votre demande, je vous confesse que vous voyez un corps humain, c'est pourquoi le reflet du soleil s’interrompt sur la terre. - >
« Ne vous étonnez pas; mais croyez que ce n "est pas sans une vertu venue du ciel qu'il cherche à franchir celte muraille. »
Ainsi dit le maître, et cette troupe respectable n répondit : «Retournez sur vos pas et marchez devant nous. » Et du revers de la.main ils nous montraient la route;
Et l’un d'eux commença : « Qui que tu sois, tout en cheminant, porte sur moi les yeux, et cherche dans ta mémoire si là-bas tu me vis jamais. » |
DEL PURGATORIO
To mi volsi ver lui, e guardail fiso :
Biondo era e bello, e di gentile aspetto; Ma l’un de’ cigli un colpo avea diviso.
Quand’ i' mi fui umilmente disdetto D’ averlo visto mai, ei disse : Or vedi :
E mostrommi una piaga a sommo il petto.
Poi disse sorridendo : l’ son Manfredi, Nipote di Gostanza imperadrice :
Ond'io'ti prego che quando tu riedi, Vadi a mia bella figlia, genitrice Dell’ onor di Cicilia e d’ Aragona, E dichi a lei il ver, s’ altro si dice.
Poscia ch' 1° ebbi rotta la persona Di due punte mortali, io mi rendei Piangendo a Quei che volentier perdona.
Orribil furon li peccati miei; | | Mala bontà infinita ha si gran braccia, .
Che prende crò che si rivolve a lei.
Se ‘1 pastor di Cosenza, ch’ alla caccia Di me fu messo per Clemente, allora Avesse in Dio ben letta questa faccia, L' ossa del corpo mio sarieno ancora In co’ del ponte presso a Benevento, Solto la guardia della grave mora.
Or le bagna la pioggia e move il vento Di fuor dal Regno, quasi lungo il Verde, Ove le trasmutò a lume spento.
Per lor maladizion sì non si perde, Che non possa tornar |’ eterno amore, Mentre che la speranza ha fior del verde.
CHANT IM. 73 de me tournai vers lui ct le regardai fixement : il était blond et beau, et d’un noble aspect; mais une blessure avait fendu l’un de ses sourcils. .
Quand je me fus humblement excusé de l’avoir jamais vu, il me dit : « Vois, maintenant, » et il me montra une plaie au haut de sa poitrine;
Puis avec un sourire, il ajouta : « Je suis Manfred, petit-fils de l'impératrice Constance, et c'est pourquoi Je te prie, quand tu retourneras sur la terre,
« D'aller trouver ma gracieuse fille, mère des deux rois qui sont l'honneur de la Sicile et de l'Aragon, et dislui la vérité si on dit le contraire.
« Après que mon corps eut été percé de deux coups mortels, je me rendis en pleurant à celui qui volontiers pardonne. |
« Mes-péchés furent horribles; mais la bonté infinie a les bras si grands qu’elle prend tous ceux qui se tournent vers elle.
« Si l'évêque de Cosenza, qui fut mis à la chasse de mes resles par le pape Clément, avait bien lu cette page dans la parole de Dieu, |
« Mes os reposeraient encore à la tête du pont, près de Bénévent, sous la garde de lourdes pierres.
«Maintenant la pluie les trempe et le vent les bat, près des bords du Verde, hors du royaume, où le prélat les fit jeter en éteignant les torches.
« Mais leur malédiction ne perd par les âmes, de telle sorte que l'éternel amour ne puisse y descendre pour que l’espérance y reverdisse encore.
TE
DEI, PURGATORIO
Ver è che quale in contumacia muore Di Santa Chiesa, ancor che alfin si penta, — Star li convien da questa ripa in fuere.
Per ogni tempo, ch' egli è stato, trenta, ‘ dn sua presunzion, sè tal decreto Più corto per buon prieghi non diventa.
Vedi oramai se tu mi puoi far lieto, .
Rivelando alla mia buona Gostanza .
Come m' hai visto, ed anco esto divieto; Chè qui per quei di là molto s’ avanza.
dm ———— 2
«ll est vrai que si quelqu'un meurt contumace envérs la sainte Église, encore qu'il se repente à la fin, il lui faut rester dehors de cette côte escarpée
« Trente fois autant de temps qu’il a persévéré dans sa présomption, à moins que cet arrêt ne soit abrégé par des prières charitables.
« Vois, maintenant, si tu peux me consoler en révélant à ma bien-aimée Constance comment tu m'as vu et aussi l'arrêt qui me retient;
« Car ici on obtient beaucoup par les prières de làbas. »
À mesure que nous avançons dans la lecture du . poéme, nôus entrons plus profondément dans la connaissance du poéte. Nous commençons à pénétrer ce génie mal compris, qui passe pour le plus fougueux des esprits et qui en est le plus réglé. Nous savons tout ce qu'il ya de calcul et d'ordre dans son dessein, d’habileté à réunir et à soutenir jusqu’au bout le sens littéral et le sens allégorique, tout ce qu'il a puisé de science à l’école des anciens et sur les bancs des universités contemporaines, tout ce qu'il y a d’art dans sa manière de
composer et d’imiter l'antique, et de reproduire la na-
ture. Le texte que nous expliquâmes dans la dernière séance et celui qui doit nous occuper aujourd’hui nous livreront un autre secret du poëte, une autre source de ses inspirations. Je veux parler de ses croyances religieuses. Dante a eu cette gloire réservée aux plus grands hommes, que la postérité ne l'a pas laissé dormir tranquille dans son tombeau. La réforme qui détruisait toute
autorité a voulu s’entourer d’autorités, elle a invoqué
celle de Dante et de Pétrarque. Foscolo et Rossetti ont vu dans la Divine Comédie un manifeste antipapal. |
Les trois griefs principaux de Dante contre les papes sont : la lutte contre l'Empire, l’intervention de Boniface VIII dans les affaires de Florence, la translation du
saint-siége à Avignon. Il s’acharne contre Boniface VIII, dont il montre la place préparée entre les simoniaques‘ et saint Pierre maudissant celui qui usurpe sa chaire et la déclare vacante. Cependant, voici comment il juge un des actes les plus éclatants et les plus accusés de ce pontificat.
‘ Dante er LE supité DE Bosirace VII. — Par une bulle du 22 février 1300, rappelant que la tradition accorde de grandes indulgences à ceux qui visitent le tombeau de saint Pierre, « il promet la rémission des péchés à tous ceux qui, vraiment pénitents et confus, vien dront aux basiliques des Saints-Apôtres, cette année 1500 et chaque année séculaire. » Nombre infini de pèlerins; il en arrive jusqu'à trente mille par jour, et Rome ne cessa pas d'en compter deux cent mille à la fois; en tout environ deux millions. Il en vient d'Espagne, d'Angleterre, de Hongrie. Un vieux Savoyard centenaire porté par ses fils. On gampa sur les places et-dans les rues, et plusieurs furent étouffés dans la foule. Quelques écrivains n'ont vu là qu’une spéculatioh pécuniaire *. Le cardinal Stefaneschi atteste qu’annuellement les autels des Saints-Apôtres recevaient d'ordinaire trente mille flo1ins, qu'ils en reçurent cette année cinquante mille (à 12 francs le florin selon Cibrario, 600,000 francs), non en or et en argent, mais en petites monnaies, des mains des pauvres, dont beaucoup n'olfraient rien. Cet argent est affecté à l'entretien des basiliques et du culte sacré; mais Boniface VIII avait des pensées plus hautes.
Utilité des pèlerinages pour réveiller les esprits, les arracher à l’'égoïsmé de la vie ordinaire, pour rapprocher les peuples, pour resserrer les liens de la chrélienté. Plus de croisades depuis la chute de Ptolémais; le pèlerinage de Rome remplagait les croisades. On en rapportait l'inspiration qui ose tout.
Ce qu'était encore Rome au treizième siècle. — Il y vient tro:s pèlerins célèbres. 1° Giotto. — Emploi des cinquante mille florins à l’embellissement des basiliques. Peinture de Giotto représentant Bu-
1 Infern., XIX. — Parad., XXVII. | * Le chroniqueur d'Asti : « Papa innumerabilem pecuniam ab eiscem rece-
pit, quia die ac nocte duo clerici stabant ad altare sancti Pauli, tenentes in
eorum manibus rastellos, rastellantes pecuniam infinitatn. »
78 LE PURGATOIBE.
niface qui publie le jubilé avec trois eleres dont un tient la bulle. Autres peintures dans le portique de Saint-Jean de Latran. Mosaïque de la barque de Pierre; de Cavallini. — 2° Jean Villani « se trouvant tout jeune au bienheureux pèlerinage dans cette ville de Rome, an milieu de tant. de grandes choses, et considérant les histoires et actions des Romains écrites- par Virgile, Salluste, Lucam, Tite Live, il résolut d'imiter leur travail et leur style. » — 3° Dante dut faire partie d’une des deux ambassades envoyées par les guelfes de Florence au pape, pendant les premiers mois de l’année.
Il représente (Parad., XXXI) l'étonnement des barbares du Nord. découvrant de loin Rome et ses hauts monuments, et le Latran qui s'élive au-dessus des choses humaines : la piété des pèlerins qui se reposent dans le parvis, heureux de redire un jour comment l'église était faite. Il décrit (Inf., XVII) l'ordre établi pour que l’armée pieuse du jubilé s'éconlàt sur le pont, les uns marchant vers Samt- Pierre, les autres vers le Capitole. Il croit à ce pardon : « l'ange a recueilli depuis trois mois dans sa barque quiconque a voulu y entrer !. »
Lui-méme en profite. Au ne chant, il se présente a aux pieds de l'ange de la pénitence. Celui-ci a l'épée et les deux clefs qu'il tient de saint Pierre, assis devant la porte sainte sur trois marches de marbre blanc et poli, de pierre rnde et sombre, de porphyre sanguin. Dante se jette à ses pieds et frappe trois fois sa poitrine. Ottimo Commenio : « Convertito l’autore per la illuminazione della divina grazia accede il vicaro di Cristo per confessare le peccata. » — En ef.et, il'se présente à la porte sainte du jubilé, le jeudi sant 7 avril 1300. Cette pénitence sera féconde Béatrix morte depuis huit ans; il avait promis de Ja chanter. Désordres de Dante; il se déclare un homme qui viveit charnellement. Il arrivait cependant à sa trente-cinquième année. Il fallait un grand événement pour vaincre sa conscience et lui arracher l’accomplissement de son vœu. C'est l'origine de la Divine Comédie.
Terc. 43. — SUR LA PHILOSOPHIE ET SES LIMITES. — Passion de Dante pour la philosophie, cette fille de l'empereur de l'univers*.
1 Veramento da tre mesi ha tolto chi a voluto entrar con tutta pace. (Purg.. ch. IT, 33.) 2 Convito, IV.
Question du souverain bien. Il compte trois écoles : Épicure, Zénon, . Platon et Aristote. Aristote est le dernier effort de la raison; mais il ne peut arriver au terme. Comme les trois Maries vont au tombeau du Sauveur, les trois écoles vont au tombeau qui est le monde présent, et n’y trouvent pas le Christ, c’est-à-dire le souverain bien; mais -senlement le messager qui leur annonce où 1] faut lc chercher. — Parmi les dix cieux, le huitième est le symbole de li métaphysique et physique, le neuvième de la morale, le dixième de la théologie.
Doctrine de saint Thomas : « Pour la connaissance même de Dieu, telle que la raison humaine’ peut l'obtenir, il fut nécessaire que l’homme fût assisté d'une révélation divine. Parce que Ja vérité sur Dieu, telle que la raison l'obtient, u'est acquise que pour un petit nombre et au prix de beaucoup de temps, et avec le mélarige de beaucoup d'erreurs, et c'est néanmoins de cette vérité que dépend tout le-salut de l'homme qui est en Dieu. Afin done que le salut des hommes fût plus facile et plus assuré, il était nécessaire qu'ils fussent instruits des choses divines par révélation divine; donc il fallait qu'outre les sciences philosophiques, objet de la raison, il y eût une ‘ doctrine sacrée que la révélation donnerait'. » — La doetrine du moyen âge n’est pas l’impuissance, mais l’insuffisance de la raison ; c'est Ja doctri ine de Descartes et de Bossuel.
Jean de Serravalle, évêque de Fermo, Sur les études philosophiques de Dante :
« Il étudia la théologie tant à Oxford, au royaume d'Angleterre, qu'à Paris, au royaume de France ; et devint bachelier en l’université de Paris, où il expliqua les sentences pour remplir les conditions de la maîtrise Il jut aussi la Bible, répondit à tous les docteurs comme c'est l'usage, et fit tous les actes qui doivent être faits pour le doctorot dans la sacrée Théologie. Il ne restait à faire que la réception, c'est-à-dire le banquet, mais l'argent lui manquant, il retourne à Florence, maître ès arts excellent et théologien parfait. Et comme il était de noble naissance et doué d'une grande sagesse, on le fit prieur au palais du Peuple florentin, en sorte qu’il s'occupe des affaires du palais, réglige l'étude, et ne retomne plus à Paris. »
1 Summa, pars. 1, art. 1.
— 58. — Manrnen!. 41251. — Mort de Frédéric II, grand ct mauvais prince, la plus grande figure despotique du moyen âge, protecteur des lettres, législatenr couvrant l'Italie de bandes sarrasines. Vaincu par la nouvelle liguc lombarde, il mourut misérablement à Fiorenzuola, étouffé, dit-on, par Manfred.
Il laissait cinq enfants, dont deux légitimes. Manfred, prince de
Tarente, résidait en Pouille comme régent du royaume; il avait vingt et un ans, il était beau, blond, chevaleresque dans ses habitudes, il aimait les lettres. A Barletta, il s’en allait le soir chanter avec des joueurs d'instruments et des troubadours. « Ces deux héros illustres, l’empereur Frédéric et son fils, Manfred, mon- traient toute la noblesse et la droiture de leur caractère, tant que la fortune leur demeura fidèle, s'attachant aux lettres qui sont l'honneur de l'humanité et dédaignant ce qui est le propre des brutes. C’est pourquoi ceux qui avaient le cœur noble ct qui étaient dotés du don des grâces s'eforcèrent de s'attacher à des princes si grands, et tout ce qu'il y avait d’excellent parmi les Italiens se produisait à leur cour. Et parce que le trône royal était en Sicile, tout ce que nos prédécesseurs écrivirent en langue vulgaire s’appela sicilien, »
Saba Malaspina. — À la naissance de Manfred, des tempêtes passèrent sur la Toscane, deux fantômes de femmes dont on entendit les noms prononcés comme par une voix de tonnerre : Guelfe et'Gibeline. Elles en viennent aux mains et luttent ensemble de l'aurore jusqu’à l’heure de midi.
Manfred tente d’empoisonner Conradin, répand le bruit de sa mort
et se fait roi. ll s "entoure de Sarrasins. Garnison sarrasine de Lucé-
ria, Arabes justiciers de toutes les provinces, gouverneurs, chefs des .
ports. Il ravage la marche d'Ancône, avec neuf mille infidèles, ligué avec Eccelin le Féroce.
Terreur de la papauté et des guelfes. Recours è l'étranger. Ur-
bain IV négocia avec saint Louis, qui refusa la couronne, de Sicile
pour «un de ses fils. Son frère, Charles d'Anjou, comte de Provence, accepte. Bataille de, Bénévent, 12 février 1266. Les barons de Pouille abandonnent Manfred sur le champ de bataille. L'aigle d'argent tombe de son casque, il meurt. L'archevêque de Cosenza
1 Saba Malaspina. — Journal de Giovenazzo. — Nicolas de Jamsilla, etc.
jette ses os. Charles d'Anjou abuse de la victoire; il prend pour la reine et pour lui les deux tiers du trésor, opprime les Siciliens, Remontrances de Clément IV. Mort de Conradin. Il jette son gant.
Manfred avait marié sa fille Constance à Pierre d'Aragon. Négociations de Jean de Procida avec Pierre d'Aragon. Il était campé devant Rome et simulait une croisade, quand sonnèrent les Vépres siciliennes, le lundi de Pâques 1282. Quatre mille Français égorgés dans une nuit, les femmes éventrées, les religieux égorgés sur les aulels, et un grand nombre dans le reste de l'ile. Pierre d'Aragon descend en Sicile au mois d’aoùt, est couronné roi, il meurt en 1285. Et en 4295, son fils Jacques ayant renoncé à la Sicile, Frédéric qui y'commandait en devient roi. De là cette séparation des deux Siciles qui devait durer jusqu’à la fin de Ja dynastie angevine, se prolonger sous les Espagnols et éclater encore de nos jours.
Quando per dillettanze ovver per doglie, Che alcuna virtù nostra comprenda, L'anima bene ad essa si raccoglie,
Par ch'a nulla potenzia più intenda :
E questo è contra quello error, che crede Che un’ anima. sovr' altra in noi s’ accenda.
E però quando s' ode cosa o vede, Che tenga forte a sè l’anima volta, . Vassene il tempo, e l'uom non se n’avvede : Ch' altra potenzia è quella che l’ ascolta, E altra è quella che ha |’ anima intera :
Questa è quasi legata, e quella è sciolta.
Di ciò ebb' io esperienzia vera, Udendo quello spirto, ed ammirando ; Chè ben cinquanta gradi salito era Lo Sole, ed io non m'era accorto, quando Venimmo dove quell’ anime ad una
CHANT IV Le
Quand, par l'effet du-plaisir ow de la douleur qu’une de nos facultés perçoit, notre è àme se recueille tout entière de ce côté, : |
Il semble qu'elle ne donne plus d'attention à nulle autre de ses puissances; et ceci est contre l'erreur qui . professe qu'en nous une seconde âme s'allume au-dessus dela première. ,
Et c'est pourquoi si l'on entend ou sì l'on voit une chose qui retienne fortement l’âme tournée vers elle, le temps passe et,.l’ homme ne s’en aperçoit point:
Car autre esi la puissance qui écoute, autre la puissance de l'âme entière : celle-ci est < comme enchaînée, et celle-là reste libre, . —. a
C’est de quoi je fis une sûre expérience en écoutant et en admirant l'esprit qui me parlait; car le soleil dtt
bien monté de cinquante degrés. i = Etje ne m'en-élais point aperçu, quand nous arrivâmes à un lieu où les âmes mes compagnes nous criè-
AL
LT
DEL PURGATORIO
Gridaro a noi : Qui è vostro dimando.
Maggiore aperta molte volte impruna,
Con una forcatella di sue spine,
L'uom della villa quando l'uva imbruna, Che non era la calla, onde saline
Lo Duca mio ed io appresso soli,
Come da noi la schieré si partine.
Vassi in Sanleo, e discendesi in Noli :
Montasi su Bismantova in cacume
Con esso i piè; ma qui convien ch’ uom voli:
Dico con l’ ali snelle e con le piume
Del gran disio, diretro a quel condotto,
Che speranza mi dava, e facea lume.
Noi salevam per entro il sasso rotto,
E d'ogni lato ne stringea lo stremo,
E piedi e man voleva il suol di sotto.
Quando noi fummo in su l' orlo supremo
Dell’ alta ripa, alla scoperta piaggia,
Maestro mio, diss’ io, che via faremo?
Ed egli a me : Nessun tuo passo caggia;
Pur suso al monte dietro a me acquista,
Fin che n' appaia alcuna scorta saggia.
Lo sommo er’ alto che vincea la vista,
E Ja costa superba più assai, .. Che da mezzo quadrante a centro lista.
lo era Jasso, quando comminciai :
O dolce padre, volgiti e rimira. -
Com’ io rimango sol, se non ristai.
ee ——-—
rent tout d'une voix : «Ici est ce que vous demandez. »
L'homme des “champs, quand brunit le raisin, n’a
besoin que d’une seule fourchée d’épines pour fermer une ouverture souvent plus large
Que n'était le sentier par où mon guide et moi après lui nous montàmes, tous deux seuls, dès que la troupe des morts se fut séparée de nous.
On monte à San Léo, on descend à Noli, on gravit jusqu'au sommet de Bismantova, on y arrive sur ses pieds; ici il faut voler.
Voler, dis-je, avec les ailes rapides, avec les plumes d'un désir puissant, à la suite du guide qui me donnait
- l'espérance et me prétait sa lumière.
Nous montions par le sentier creusé dans le roc, et des deux côtés les parois nous pressaient, et le sol que nous foulions voulait qu'on s’aidàt des pieds et des mains. | | |
Quand nous fûmes sur le bord supérieur de la ter-
rasse élevée et dans un lieu découvert : « Mon maître,
dis-je, quel chemin tiendrons-nous? »
Et lui : « Qu'aucun de tes pas ne descende, avance : toujours à ma suite vers le haut de la montagne, jus-
qu’à ce que nous apparaisse quelque sage compagnon de route. » | La cime était si haute qu'elle dépassait la vue, et la côte bien plus escarpée que la ligne qui traverse le milieu du quart de cercle du centre à la circonférence. J'étais las quand je m'écriai : «0 mon doux père,
tourne-toi el considère comme je resle seul sì tu ne
t'arrêtes. » .
DEL PURGATORIO
0 figliuol, disse, insin quivi ti tira, Abditandomi un balzo poco in sue, Che da quel lato, il poggio tutto gira.
Sì mi spronaron le parole sue,
Ch'1' mi sforzai, carpando appresso lui, Tanto che il cinghto sotto i piè mi fue.
A seder ci ponemmo ivi ambedui Volti a levante, ond' eravam saliti, Chè suole a riguardar giovare altrui.
Gli occhi prima drizzai a’ bassi liti; Poscia gli ‘alzai al Sole, ed ammirava Che da sinistra n’ eravam feriti.
Ben s’ avvide il Poeta, che io stava Stupido tutto al carfo della luce,
Ove tra noi ail Aquilone intrava.
Ond' egli a me : Se Castore e Polluce Fossero in compagnia di quello specchio,
‘ Che su e giù del suo lume conduce,
Tu vedresti il Zodiaco rubecchio Ancora all’ Orse più stretto rotare,
Se non uscisse fuor del cammin vecchio,
Come ciò sia, se "| vuoi poter pensare, Dentro raccolto imagina Siòn Con questo monte in su la terra stare
Si, ch'ambedue hanno un solo orrizòn,
E diversi emisperi; onde la strada, Che mal non seppe carreggiar Fétèn,
‘Vedrai com’ a costui convien che vada
Dall’ un, quando a coluì dall’ altro fianco, Se l' intelletto tuo ben chiaro bada.
« Mon fils, dit-il, traîne-toi jusqu'ici; » el il me montra
du doigt une saillie de rocher qui, à partir de là, faisait le tour de la montagne.
Ses paroles m'éperonnèrent de telle sorte que je m'efforçai de ramper après lui; tant que la roche fut enfin sous mes pieds.
Là, nous nous assîmes tous deux, tournés vers l'Orient d'où nous étions venus. Car le voyageur prend courage à regarder la route qu'il a faite.
de dirigeai d'abord mes regards vers la plage que nous avions laissée en bas, puis je les levai vers le soleil et j'admirai que les rayons nous frappassent du côté gauche.
Le poëte .s'apergut bien que je demeurais stupéfait à considérer le char de la lumière qui cheminait entre nous et l'aquilon. |
C'est pourq uoi il mé dit : « Si les Gémeaux étaient en compagnie de ce disque brillant qui verse sa lumière en
‘haut et en bas, «Tu verrais le point flamboyant du zodiaque, lourner ‘ plus près encore des deux Ourses, s’il ne sortait de son chemin accoutumé.
« Si tu veux comprendre comment il en est ainsi, recueille-toi, et figure-toi la montagne de Sion et celle où nous sommes opposées à la terre. |
« De facon qu'elles ont un seul horizon et des hémisphères différents. Donc le chemin où Phaéton pour son . malhéur ne sut pas guider son char.
« Tu le verras nécessairement d’un côté de cette montagne, tandis qu'il passe du côté opposé de l’autre, si ton intelligence s’y applique et y voit clair. »
si
DEL PURGATORIO
Certo, Maestro mio, diss’ io, unquanco Non vid’ io chiaro si, com’ io discerno, Là dove mio ingegno parea manco, Che '] mezzo cerchio del moto superno, Che si chiama Equatore in alcun' arte, E che sempre riman tra ’] Sole e il verno, Per la ragion che dì, quinci si parle Verso settentrion, quanto gli Ebrei . Vedevan lui verso la calda parte. |.
Ma se a te piace, volentier saprei Quanto avemo ad andar, chè il poggio sale Più che salir non posson gli occhi miei.
Ed egli a me : Questa montagna è tale, Che sempre al cominciar di sotto è grave, E quanto uom più va su, e men fa male.
Però quand’ ella ti parrà soave Tanto, che 'l suo andar ti sia leggiero, Come a seconda giù l’ andar per nave; ‘Allor sarai al fin d’ esto sentiero; Quivi di risposar l’affano aspetta :
Più non rispondo, e questo so per vero.
E, com’ egli ebbe sua parola detta, Una voce di presso sonò : Forse Che di sedere in prima avrai distretta.
Al suon di lei ciascun di noi si torse, E vedemmo a mancina un gran pelrone, Del qual nè io, ned ei prima s’ accorse. —
- Là ci traemmo; ed ivi eran persone
Che sì stavano all’ ombra dietro al sasso, Come l’ uom per negghienza a star si pone.
« Certes, mon maître, répondis-je, jamais je ne vissi : clairement qu’à cette heure, en un point où mon esprit semblait impuissant. | |
« Ainsi le cercle intermédiaire du mouvement céleste, qui s'appelle équateur dans quelques livres, et qui se trouve toujours entre le soleil et l'hiver, .
«Par la raison que tu donnes, nous paraît au septentrion de cette montagne, tandis que les Hébreux le voyaient du còté du midi.
« Mais si c'est ton plaisir, volontiers j'apprendrai combien nous avons à marcher, car la cime s'élàve plus’: que ne peuvent s'élever mes regards. » |
Et lui : « Telle est cette montagne qu'au bas on la trouve toujours rude à commencer, mais plus on avance vers le haut et moins elle donne de fatigue.
Ainsi quand elle te paraîtra si douce, que la marche vers le haut sera devenue facile comme la course d'une barque qui descend au fil de l’eau, ”
«Alors tu seras à la fin de ce sentier. C’est là qu'il faut attendre le repos de tes peines. Je n'en dis pas davantage, mais ceci je le tiens pour vrai. »
Et quand il eut achevé cette parole, une voix se fit entendre près de nous: « Peut-être avant d'arriver auras-tu besoin de t'asseoir. »
Au son de cette voix, chacun de nous deux se retourna, et nous vîmes à notre gauche un grand rocher auquel ni moi ni lui n'avions pris garde.
Nous nous traînàmes jusque-là, et nous y vîmes des âmes qui se tenaient à l'ombre derrière la pierre, comme un homme qui par indolence s'arrête et se repose.
DEI, PURGATORIO
‘% Ed un di lor che mi sembrava lasso
Sedeva ed abbracciava. le.ginocchia, Tenendo '] viso giù tra esse basso. -...