‹ Le purgatoire de DanteChapitre 13 sur 29 · Orso degli Alberti mis à mort par ses parents · texte numérisé non relu

Orso degli Alberti mis à mort par ses parents

8. — Pierre de la Brosse, secrétaire et conseiller de Philippe le Hardi, accusé d’avoir empoisonné Louis, fils aîné du'roi et de sa pre- . mière femme, Isabelle d’Aragon. Lui-même en avait accusé la seconde femme, Marie de Brabant.

26. — ! Grand exemple des dangers de la liberté quand el elle est mal servie par les passions des hommes. — Dante est mélée à toutes les divisions des nobles et des pébléiens ; il est Prieur de Florence en 4500, puis exilé. Il se détache de son parti; forme son parti à luimême. — Il écrit le livre De Monarchia et sa lettre à Henri VII. Le voilà devenu l'ennemi de sa patrie; il a trouvé moyen de mériter son exil. — Sa lettre aux Florentins.

Dante Alighieri, Florentin et puni de l'exil qu'il n'a pas mérité, aux criminels habitants de Florence. |

« La miséricordieuse providence du Roi éternel qui, en conservant l'ordre immuable des cieux, n’abandonne pas le soin des choses d’icibas, a donné au Saint-Empire romain le gouvernement des affaires humaiues, afin que sous sa protection, comme sous un ciel serein, le geure humain fût en repos; et qu’on vécüût sous la loi de société que réclame la nature. Bien que les textes divins établissent cette vérité, bien que la sagesse antique l’atteste, c'est néanmoins pour elle une confirmation considérable qu'en Ja vacance du trône impérial, tout

4 Voir: Si Dante fut Guelfe ou Gibelin. — Œuv. comp.. Dante, t. VI, p. 339.

l'univers sorte de son orbite, que le pilote et les rameurs de la barque de Pierre s'endorment, et que la malheureuse Italie, abandonnée à

ses passions, destituée-de tout pouvoir public, soit agitée par des flots et des tempêtes que la parole n’exprime pas et qu'on pent mesurer à peine aux larmes des Italiens !-..

“« Et vous, insensés, oubliant | ces maximes, vous abandonnez votre empire, pour essayer d'en fonder un nouveau et pour faire à côté de la société romaine une société florentine... Ah! si votre arrogance vous a rendus insensibles à la rosée de la grâce, jusqu'au point de résister sans crainte au sénatus-consulte éternel, comment éviterezvous la terreur des chàtiments humains? Auriez-vous mis par hasard votre confiance dans ce rempart dérisoire dont vous venez de vous enfermer? Que vous servira de vous être fermés de murs, de vous être armés de bastilles et de créngaux, quaud se dirigera vers vous le vo terrible de l'aigle noir au champ d'or qui, planant tour à tour sur les Pyrénées, le Caucase et l’Atlas, poussée par le souffle des anges, a passé jadis si facilement les mers? Que sera-ce quand frappés d’horreur, Ô les plus malheuteux des hommes! vous verrez devant vous celui qui est destiné à dompter l'Italie en délire.

« Alors, ces édifices que vous avez élevés non pour le besoin, mais pour le plaisir, périront sous le bélier on dans les flammes. Vous verrez lc peuple furieux, maintenant divisé entre les factions, se réunir contre vous à grands cris, parce qu'il ne peut supporter à. la fois l'é pouvante et la faim. Vous aurez la douleur d'avoir vos temples dépouillés, vainement encombrés de vos femmes en pleurs, et vos enfants étonnés d’avoir à expier les erimes de leurs pères, et sì les pressentiments de mon âme ne me trompent point, votre ville, après un long deuil, finira par tomber aux mains de l'étranger, la plupart d’entre vous ayant disparü dans la mort ou dans la servitude.

« Si donc ma juste frayeur vous touche de repentir, et fait couler de vos yeux des ruisseaux de làrmes expiatoires, persuadez-vous que le soutien de la république romaine, le pieux et triomphateur Henri, avide, non de son Lien, mais du bien universel du monde, a voulu affronter pour nous tous. les périls et prendre sa part de nos peine:, comme si Isaîe avait voulu le désigner après le Christ quand il dit : « Vraiment celui-ci a porté nos maux et s’est chargé de nos douleurs! » Vere languores nostros ipse tulit, et dolores nostros ipse porlavit.» -

Posciachè l' accoglienze oneste e liete Furo iterate tre e quattro volte, | Sordel si trasse, e disse : Voi chi siete?

Prima ch’ a questo monte fosser volte L’ anime degne di salire a Dio,

Fur l’ ossa mie per Ottavian sepolte.

I' son Virgilio ; e.per null’ altro rio Lo ciel perdei, che per non aver fè :

Così rispose allora il Duca mio.

Qual è colui che cosa innanzi a sè Subita vede, ond' ei si maraviglia,

Che crede e no, dicendo : ell’ è, non è;

Tal parve quegli, e poi chino le ciglia, E umilmente ritornò ver lui, E abbracciollo ove ’1 minor s’ appiglia.

O gloria de’ Latin, disse, per cui Mostrò ciò che potea la lingua nostra :

O pregio eterno del loco ond' 10 fui,

Après que les embrassements graves et joyeux se furent trois et quatre fois répétés, Sordello se retira un peu et dit : « Qui étes-vous?

« Avant que les âmes dignes de monter à Dieu fussent conduites vers cette montagne, Octavien donna la sépulture à mes os.

« Je suis Virgile, et la seule faute qui me fit perdre le Ciel fut de n’avoir point la foi. » Ainsi répondit alors mon guide.

Comme un-homme qui voit tout à coup devant lui une chose dont il s'étonne. Il croit et ne croit plus, disant : « Elle est, elle n’est pas. »

Tel parut Sordello, puis, baissant les yeux, il s'approcha humblement de mon maître et l'embrassa à l’endroit où les petits embrassent les grands.

« 0 gloire des Latins, dit-il, toi par qui notre langue montra ce qu'elle pouvait, ô éternel honneur du lieu où je naquis! |

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DEL PURGATORIO

Qual merito o qual grazia mi ti mostra ?

S' io son d' udir le tue parole degno,

Dimmi se vien d’ Inferno, e di qual chiostra. Per tutti i cerchi del dolente regno,

Rispose lui, son io di qua venuto : :

Virtù del ciel mi mosse, e con lei vegno.

Non per far,.ma per non fare, ho perduto

Di veder l’ alto Sol che tu disiri,

E che fu tardi da me conosciuto.

Luogo è laggiù non tristo da marlri,

Ma di tenebre solo, ove 1 lamenti

Non suonan come guai, ma son sospiri.

Quivi sto io co’ parvoli innocenti,

Da’ denti morsi della morte, avante

Che fosser dall’ umana colpa esenti.

Quivi sto 10 con quei che le tre sante

Virtù non si vestiro, e senza vizio

‘ Conobber | altre, e seguir tutte quante

Ma se tu sai e puoi, alcuno indizio

Dà noi, perchè venir possiam più Losto

Là dove il Purgatorio ha dritto inizio Rispose: Luogo certo non c’ è posto; .

Licito m' è andar suso ed intorno: |

Per quanto 1r posso, a guida mi t'accosto.

Ma vedi già come dichina il giorno,

E andar su di notte non si puote;

Però è buon pensar di bel soggiorno.

Anime sono a destra qua remote :

Se "1 mi consenti, menerolti ad esse,

E non senza diletto ti fien note.

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« Quel mérite ou quelle grâce me donne le bien de te voir? dis-moi si Lu viens de l'enfer ou de quel autre séjour? »

«— J'ai franchi tous les cercles du royaume des douleurs, répondit-il, pour venir jusqu'ici. Une vertu du ciel m'a poussé et je marche avec elle.

« Ce n'est point pour avoir fait, c'est pour n'avoir pas fait, que j'ai perdu de voir le divin soleil quetu désires, et que je connus trop tard.

« Là-bas est un lieu attristé, non par des supplices, mais Seulement par les ténèbres, où les plaintes ne reten-

lissent pas comme des cris, mais se perdent en soupirs.

« C'est là que j'habite avec les enfants innocents, mordus des dents de la mort, avant d’être lavés de la souillure humaine.

‘« C'est là que j'habite avec ceux qui ne revétirent pas les trois vertus des saints, mais qui, exempis de vices, connurent les autres vertus et les pratiquèrent toutes.

« Mais si tu le sais, et si tu le peux, donne-nous quelque ‘indice pour que nous puissions arriver où le purgatoire a sa véritable entrée. »

Il répondit : « Aucun lieu déterminé ne nous est assigné, il m'est permis de monter-et d’errer alentour; autant que je puis aller, je m'attache à toi comme un guide.

« Mais vois déjà comme baisse le jour, et sache qu'on ne peut monter pendant la nuit; en sorte qu'il convient de penser à un bon gîte.

« Des âmes sont là vers notre droite, retirées à l'écart. Si tu me le permets, je te mènerai vers elles ; et tu ne les connaîtras pas sans plaisir.

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DEL PURGATORIO

Com’ è ciò? fu risposto : chi volesse Salir di notte, fora egli impedito D’ altrui? ovver saria che non potesse?

E il buon Sordello in terra fregò ’1 dito Dicendo : Vedi, sola questa riga Non varcheresti dopo ‘1 Sol partito :

Non però che altra cosa desse briga,

Che la notturna tenebra, ad ir suso :

Quella col non poter la voglia intriga. .

Ben si poria con lei tornare in giuso,

E passeggiar la costa intorno errando, Mentre che l’ orizzonte il di’ tien chiuso.

Al ora il mio Signor, quasi ammirando :

Menane, disse, dunque là ‘ve dici Ch' aversi può diletto dimorando.

Poco allungati c’ eravam di lici,

Quand’ 10 m' accorsi che ‘I monte era scemo, À guisa che i valloni sceman quici.

Colà, disse quell’ ombra, n’ anderemo Dove la costa face di sè grembo,

E quivi ‘1 nuovo giorno attenderemo.

Tra erto e piano era un sentiero sghembo, Che ne condusse in fianco della lacca,

Là dove più ch’ a mezzo muore il lembo.

Oro ed argento fino e cocco e'biacca, Indico legno lucido e sereno,

Fresco smeraldo in l’ ora che si fiacca,

Dal!” erba e dalli fior dentro a quel seno Posti, ciascun saria di color vinto, Come dal suo maggiore è vinto il meno. —

« Comment cela? répondit Virgile, siquelqu'un voulait monter durant la nuit, enserait-1l empêché par un autre ou renoncerait-il à gravir la montagne parimpuissance?»

Et le bon Sordello frotta la terre de son doigt en disant : « Vois seulement cette ligne, tu ne la franchirais point après le soleil couché.

« Non pourtant que tu fusses arrêté dans ta course par autre chose que par l'obscurité nocturne: mais celle-ci met obstacle par l'impuissance à la volonté.

« Sans doute on pourrait sous ses ombres retourner en bas, et perdre ses pas en errant sur la côte, pen- | dant que l'horizon retient le jour prisonnier. »

Alors mon-Seigneur, comme ravi d'admiration : « Mène-nous donc, répliqua-t-il, où tu dis qu'on peut trouver plaisir à s'arrêter. »'

Nous nous étions peu éloignés de ce lieu, quand je m aperçus que la montagne était creuse, comme ici-bas se creusent les vallons.

« C'est là, dit cette âme, que nous irons, à l’endroit même où la côte fait comme un pli, et c’est là que nous attendrons le jour renaissant. »

Entre la montée et la plaine était un oblique sentier qui nous conduisit au flanc du ravin, là où la pente est plus qu'à moitié chemin.

L'or et l'argent fin, la pourpre et la céruse, le bois de l’Inde avec son azur lumineux, l'émeraude fraîche au moment où on la rompt,

Auprès de l'herbe et des fleurs de ce vallon, seraient

vaincus en éclat, comme le moins est surpassé par le plus. |

DEL PURGATORIO

Non avea pur natura ivi dipinto, Ma di soavità di mille odori Vi faceva un incognito indistinto.

Salve Regina in sul verde e in su’ fiori Quindi seder cantando anime vidi, Che per la valle non parean di fuori.

Prima che ’1 poco sole omai s’ annidi, Cominciò "1 Mantovan che ci avea volti, Tra color non vogliate ch’ io vi guidi.

Da questo balzo meglio gli atti e 1 volti Conoscerete voi di tulti quanti, Che nella lama giù tra essi accolti.

Colui che più sied’ alto, ed ha sembianti D' aver negletto ciò che far dovea, E che non muove bocca agli altrui canti, Ridolfo imperador fu, che potea Sanar le piaghe c' hanno Italia morta, Sì che tardi per altri si ricrea.

L' altro, che nella vista lui conforta, Resse la terra dove l’ acqua nasce, Che Molta in Albia, ed Albia in mar ne porta : Ottachèro ebbe nome, e nelle fasce Fu meglio assai che Vincislao suo figlio Barbuto, cui lussuria ed ozio pasce.

E quel Nasetto, che stretto a consiglio

Par con colui c’ ha sì benigno aspetto,

Morì fuggendo e disfiorando il giglio :

Guardate là, come si batte il petto.

L’ altro vedete c’ ha fatto alla guancia

Della sua palma, sospirando, letto.

La nature ne s'était pas contentée d’y peindre : mais de la suavité de mille odeurs elle avait fait un parfum sans nom.

Là je vis assises sur la verdure et sur les fleurs des âmes qui chantaient le Salve Regina et que la vallée dérobait aux regards du dehors.

« Avant que ce peu de soleil descende dans sa couche, ainsi commença le Mantouan qui nous avait conduits, n’exigez pas que je vous mène parmi ces ombres.

« De cette hauteur vous reconnaîtrez mieux l’attitude et le visage de toutes, tant qu'elles sont, qu’au fond méme du ravin et mélés dans leurs rangs.

« Celui qui siége le plus haut et qui a l'air d'avoir négligé son devoir et qui n’ouvre pas la bouche aux chants des autres,

» Ce fut Rodolphe l'empereur; il pouvait guérir les blessures qui ont tué l'Italie, de telle sorte qu'il est trop ‘ tard pour qu'un autre la ressuscite.

« L'autre, dont la seule vue le console, gouverna le pays où naissent les eaux que la Moldava porte dans l'Elbe et l’Elbe dans la mer.

« Ottocar fut son nom, et dans les langes il valut beaucoup mieux que son fils Venceslas, avec toute sa barbe, nourri dans la mollesse et l’oisiveté. °

« Et cet autre au court nez qui semble tenir un conseil secret avec celui dont la figure est sì débonnaire, mourut en fuyant et en déflorant le lis.

« Regardez là, comme il se frappe la poitrine, et voyez l’autre qui en soupiranta fait de la paume de sa main un lit pour sa joue.

DEL PURGATORIO

Padre e suocero son del mal di Francia :

Sanno la vita sua viziata e lorda,

E quindi viene il duol che sì li lancia.

Quel che par sì membruto, e che s’ accorda Cantando con colui dal maschio naso,

D’ ogni valor portò cinta la corda.

E se re dopo lui fosse rimaso Lo giovinetto che retro a lui siede, Bene andava il valor di vaso in vaso ; Che non si puote dir dell’ altre rede.

Jacomo e Federigo hanno i reami :

Del retaggio miglior nessun possiede, Rade volte risurge per li rami L' umana probitate : e questo vuole Quei che la dà, perchè da lui si chiami.

Anco al Nasuto vanno mie parole (Non men ch’ all’ altro, Pier, che con lui canta), Onde Puglia e Proenza già si duole.

Tant’ è del seme suo minor la pianta, Quanto, più che Beatrice e Marglierita, Gostanza di marito ancor sì vanta.

Vedete il re della semplice vita | Seder là solo, Arrigo d' Inghilterra ; Questi ha ne’ rami suoi migliore uscita.

Quel che più basso tra costor s' atterra, Guardando in suso, è Guglielmo marchese, Per cui e Alessandria e la sua guerra

Fa pianger Monferrato e il Canavese.

« Ils sont père et beau-père du fléau de la France. Ils connaissent sa vie vicieuse et souillée, et de là vient la douleur qui les aiguillonne si fort.

« Celui qui paraît si membru et qui s'accorde pour chanter avec cet autre au nez puissant, ceignit ses reins de la corde de tous les honneurs. ‘

« Et si après lui fùt resté roi le jouvenceau qui derrière lui s’assied, l'honneur eût bien passé de vase en vase. |

« Ce qu'on ne peüt dire de ses autres héritiers. Jac-

+ ques et Frédéric ont bien ses royaumes, mais personne

n'a recueilli l'héritage meilleur.

« Rarement voit-on remonter dans les rameaux la séve de l'humaine verlu ; et c'est ce que veut celui qui la donne, afin qu'on ne l'attende que de lui.

« C'est encore à l'ombre au grand nez que s’adressent mes paroles, non moins qu'à Pierre, cet autre qui chante avec lui, et c'est pourquoi déjà Pouille et Provence sont en pleurs.

« Autant la plante a dégénéré de sa semence, autant Constance est plus encore fière de son mari que Béatrix et Marguerite. |

« Voyez s'asseoir à l'écart ce roi simple dans sa vie, Henri d'Angleterre. Celui-là a poussé de meilleurs rejetons. | |

« Cet autre qui plus bas est étendu parmi eux regardant vers le ciel est Guillaume le marquis, au sujet de qui Alexandrie et ses guerriers font pleurer le Montfer-

‘ ratet le pays de Canava! »

Terc. 5. — Admirable scène de Sordello et de Virgile. Le haiser des deux Italiens. Dante fait éclater tout son patriotisme et toutes ses colères. Querelles et divisions de l'Italie. — Que les Italiens auraient besoin de relire ce sixième chant. — Rivalités de Bellune et Udina, de Venise et Milan, de Parme et Plaisance, de Naples ct Messine.

Ed ora in tc non stanno senza guerra Li vivi tuoi, e l’un l’altro si rode Di quei ch’ un muro ed una fossa serra.

14.— [mutation de Virgile. — Anchise et Énée. Les champs Élysées. (Æn. VI.)

Nulli certa domus, lucùs habitamus opacis.

Riparumque toros et prata recentia rivis

Incolimus : sed vos si fert ita corde voluntas

Hoc superate jugum, et facili jam tramite sistam.

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