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Originalite du poëte chrétien. — Pictro di Dante

Et quod dicit Sordellus, quod post recessum solis impossibile est ibi ascendere sed descendere errando, figuratur quod sine sole divina gratia a quo illuminamur, ad recta, dum lucet in nostra mente, debemus et possumus ascendere; sed secus dum non lucet, quia tunc nos movende, errando ét in nocte iremus.

25.— fmitation des champs Élysées de Virgile. Cetle aimable peinture sollicite l'imagination de Dante, il y revient à plusieurs reprises dans l’Enfer, le Purgatoire et le Paradis. Il aime à peindre le repos, la sérénité. —- Objection de l'Oftimo commento, jourquoi rendre le vestibule du purgatoire si enchanteur ? Pour rendre le ciel encore plus désirable.

L'instoire anime la scène. Tous les vieux pemtres animent ainsi

leurs tableaux par des portraits contemporains. Orcagna dans les fresques du Campo Santo Juge les rois.

52. — Rodolphe de Habsburg. C'est lui qui, par un gete auquel adhérèrent les électeurs, abandonna pour toujours l’Exarchat et la Pentapole. Il avait des mœurs simples et parcimonieuses, et portait un pourpoint gris auquel il mettait des pièces aux coudes. Il reçut ‘ le roi de Bohême mal vêtu, assis sur une mauvaise chaise dans un grand chemin. Plainte des poëtes allemands à ce sujet.

33 et 54.— Philippe Ill, roi de France, et Henri de Navarre. G.A. H.

36.— Pierre IMI, roi d'Aragon. Cette corde dont parle ici Dante est ou une allusion au cordon des Frères Mineurs, ou une imitation de la parole de Salomon : Accinxit in fortitudine lumbos suos. — Colui dal maschio naso désigne Charles Ie" de Pouille, roi de Naples et comte de Provence. G. 4. H. |

41.— Constance, femme de Pierre Lil. — Sur l’histoire de Raymond Bérenger, comte de Provence, et du mariage de ses quatre filles, V. Villani, liv. VI, c. 92. |

42. — Le roi d'Angleter.e Henri HE, fils de Jean-sans-Terie, et non de Richard Coeur-de-lion, comme Vent répété quelques con:montaires d’après Villani.

43. — Guillaume, marquis de Montierrat. Ses fils fireut la guerre aux habitants d’Alexaudiie. G. A. A.

1 Era giàl’ ora che volge il disio . Ainavigantie intenerisce il core, Lo di c' han detto a' dolci amici addio:

2 ÈE chelo novo peregrin d' amore Punge, se ode squilla di lontano, Che paia il giorno pianger che si muore; 3 Quand’ io incominciai a render vano L’ udire, ed a mirare una dell’ alme Surta, che l’ ascoltar chiedea con mano.

4 Ella giunse e levò ambole palme, Ficcando gli occhi verso l’ oriente, Como dicesse a Dio : D' altro non calme.

5 Te lucis ante si divotamente Le usci di bocca, e con si dolci note, Che fece me a me uscir di mente.

6 El altre poi dolcemente e divote Seguitar lei per tutto l’ inno intero, Avendo gli occhi alle superne ruote.

- Déjà c'était l'heure qui tourne vers la terre les regrets des navigateurs, et qui attendrit leurs cœurs à la pensée du moment où ils dirent adieu à leurs doux amis:

L'heure qui blesse d'amour le nouveau pèlerin, s'il entend de loin la cloche qui semble pleurer le jour près de mourir ;

Quand je commençai à ne plus rien entendre, et à regarder une âme debout, et qui d'un signe de la main demandait qu'on l’écoutàt. |

Elle joignit les mains et les leva, fixant les yeux vers l'Orient, comme si elle disait à Dieu : «Le reste ne m'est plus rien. »

L'hymne Te lucis ante s'échappa de sa bouche avec tant de dévotion, et avec des modulations si douces, qu'elle me fit oublier à moi-même. L

Puis les autres dévotement et doucement l’accompagnèrent jusqu'au bout de l'hymne, ayant les yeux fixés sur les sphères éternelles.

DEL PURGATORIO

Aguzza qui, lettor, ben gli occhi al vero, Chè il velo è ora ben tanto sottile,

Certo, che 'l trapassar dentro è leggiero.

I’ vidi quello esercito gentile Tacito poscia riguardar in sue, Quasi aspettando pallido ed umile :

E vidi uscir dell’ alto, e scender giue Due angeli con duo spade affocate, Tronche e private delle punte sue.

Verdi, come fogliette pur mo nate, Erano in veste, che da verdi penne Percosse traén dietro e ventilate.

L’ un poco sovr' a noi a star si venne, E l' altro scese nell’ opposta sponda, Si che la gente in mezzo si contenne.

Ben discerneva in lor la testa bionda ; Ma nelle facce l'occhio si smarria, Come virtù ch’ a troppo si confonda.

Ambo vegnon del grembo di Maria, | Disse Sordello, a guardia della valle, Per lo serpente che verrà via via.

Ond' io che non sapeva per qual calle, Mi volsi intorno, e stretto m’ accostai Tutto gelato alle fidate spalle.

E Sordello anche : Ora avvalliamo omai

Tra le grandi ombre, e parleremo ad esse :

Grazioso fia lor vedervi assai.

Solo tre passi credo ch’ io scendesse, E fui di sotto, e vidi un che mirava Pur me, come conoscer mi volesse.

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Ici, lecteur, aiguise ton regard, et fais-le pénétrer jusqu'à la vérité, car le voile a une trame si subtile, qu'il est certes facile de passer au travers.

Je vis ensuite celte généreuse armée regarder en silence vers’ le ciel; elle demeurait comme dans l'attente, humble et pâle. |

Et je vis sortir d'en haut, et descendre sur la terre, deux anges avec deux épées flamboyantes, émoussées et privées de leurs pointes.

Vertes comme des feuilles qui viennent seulement de naître, étaient leurs robes qui, agitées par les plumes ver. tes de leurs ailes, flottaient derrière eux au gré du vent.

L'un vint se poser un peu au-dessus de nous, et l’autre descendit sur le bord opposé, de sorte que le peuple des âmes se trouva au milieu.

Je distinguais bien leur blonde tête; mais mon œil ne supportait pas l'éclat de leur face, comme toute faculté se trouble en présence d'un objet trop grand.

« Tous deux viennent du giron de Marie, dit alors Sordello, commis à la garde de la vallée, à cause du serpent qui viendra tout à l'heure.»

Et moi qui ne savais pas par quel chemin il viendrait, je regardai autour de moi, et, tout glacé, je me serrai contre les épaules de mon fidèle guide.

Et Sordello reprenant : « Maintenant, dit-il, descendons près des ombres illustres, et nous parlerons avec elles. Il leur sera très-doux de vous voir. »

Je crois que je descendis trois pas seulement, et je me trouvai au milieu des âmes, et j'en vis une qui ne regardait que moi, commesi elleavait voulu me connaître.

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DEL PURGATORIO

Tempo era già che l’ aer s’ annerava, - Ma non sì, che tra gli occhi suoi e’ mier Non dichiarasse ciò che pria serrava.

Ver me si fece, ed io lui mi fei :

Giudice Nin gentil, quanto mi piacque, Quando ti vidi non esser tra’ rei!

Nullo bel salutar tra noi si tacque:

Poi dimandò "I Quant’ è che tu venisti Appiè del monte per le lontane acque?

Oh! dissi lui, per entro i luoghi tristi Venni stamane, |e sono in prima vita, Ancor che l’ altra sì andando acquisti.

E come fu la mia risposta udita, | Sordello ed egli indietro si raccolse, Come gente di subito smarrita.

L'uno a Virgilio, e l’ altro ad un si volse Che sedea lì, gridando : Su, Currado, Vieni a veder che Dio per grazia volse.

Poi volto a me: Per quel singular grado, Che tu dèi a colui, che sì nasconde Lo suo primo perchè, che non gli è guado,

Quando sarai di là dalle larghe onde, Di a Giovannia mia, che per me chiami Là dove agl’ innocenti si risponde.

Non credo che la sua madre più m’ami, Poscia che trasmutò le bianche bende, ‘' Le quai convien che misera ancor brami.

Per lei assai di lieve si comprende,

C'était déjà le moment où l'air s'obscurcissait, mais non point si fort qu'il n'éclairàt entre les yeux du mort et les miens ce que d'abord il nous cachait.

Le mort vint à moi et j'allai à lui. Nino, le noble juge, qu'il me fut doux de voir que tu n'étais point parmi les condamnés!

Nous n'oubliâmes rien de ce qui fait un courtois accueil; puis il demanda : «Depuis quand es-tu arrivé au pied de la montagne à travers les ondes lointaines?»

«Oh! lui dis-je, c’est par le triste séjour que je suis venu ce matin. Je vis de la première vie, bien que je gagne la seconde à ce voyage. »

Et aussitôt que fut entendue ma réponse, Sordello et lui se retirèrent en arrière, comme une troupe soudainement étonnée.

L'un se tourna vers Virgile et l'autre vers une âme assise au même endroit, et il criait: « Lève-toi, Conrad, et viens voir ce que Dieu par sa grâce a voulu faire. »

Puis se retournant vers moi : «Au nom de la reconnaissance que tu dois à celui qui cache si profondément sa première raison d'agir qu'il n’est point de gué pour y arriver. |

« Quand tu seras au delà des larges ondes, dis à Jeanne, ma fille, d'intereéder pour moi là où l'on répond aux innocents.

«Je ne crois pas que sa mère m'aime plus, puisqu'elle a quitté les bandeaux blancs que la malheureuse doit regretter un jour.

« Par son exemple, on voit trop facilement combien

DEL PURGATORIO

Quanto in femmina fuoco d’ amor dura, Se l’ occhio o il tatto spesso nol raccende Non le farà sì bella sepoltura La vipera che il Melanese accampa, Com' avria fatto il gallo di Gallura.

Così dicea, segnato della stampa Nel suo aspetto di quel dritto zelo, Che misuratamente in core avvampa.

Gli occhi miei ghiotti andavan pure al cielo,

Pur là dove le stelle son’ più tarde, -

Sì come ruota più presso allo stelo.

E il Duca mio : Figliuol, che lassù guarde ?

Ed io a lui : A quelle tre facelle, Di che il polo di qua tutto quanto arde. :

"Ed egli a me : Le quattro chiare stelle

Che vedevi staman, son di là basse, È queste son salite ov' eran quelle.

Com’ ei parlava, e Sordello a sè ‘1 trasse Dicendo : Vedi là ‘I nostro avversaro ; E drizzò ’l dito, perchè in là guatasse.

Da quella parte, onde non ha riparo La picciola vallea, era una biscia, Forse qual diede ad Eva il cibo amaro.

Tra l' erba e i fior venia la mala striscia, Volgendo ad or ad orla testa, e il dosso Leccando come bestia che si liscia.

Io nol vidi, e però dicer nol posso, Come mosser gli astor celestiali, Ma vidi bene e l’ uno e l’ altro mosso.

Sentendo fender l’ aere alle verdi ali,

CHANT VIII. 145 dure dans une femme le feu d'amour si les yeux et Îles embrassements souvent ne le rallument.

«La vipère, qui marque l'écusson du Milanais, n’ornera pas si bien sa sépulture que n'aurait fait le coq de Gallura. »

Ainsi disait-1l, marqué au visage de l’empreinte de <etle juste jalousie qui brûle avec mesure dans le cœur.

Mes yeux avides ne se tournaient plus que vers le ciel et vers l'endroit seulement où les étoiles sont plus lentes, comme une roue plus près de son essieu.

Et mon guide : « Mon fils, dit-il, que regardes-tu là-

haut? » Et je lui répondis : « Je considère ces trois flam-

beaux qui embrasent tout le pôle. »

Et lui : «Les quatre étoiles brillantes que tu voyais ce matin, reprit-il, sont maintenant couchées là-bas, et celles-ci sont montées à leur place. »

Comme il parlait, Sordello l’attira vers lui en disant : « Voilà notre ennemi, » et il étendit le doigt pour que Virgile regardât de ce côté.

Du côté où la petite vallée n'a pas de rempart, on voyait un serpent, tel peut-être que celui qui fit prendre à Eve le fruit amer.

Entre l'herbe et les fleurs se glissait le reptile pervers, retournant de temps à autre la tête, et se léchant le dos comme une bête qui lisse son poil.

Je ne vis point, et pourtant je ne puis dire comment

les deux célestes autours prirent leur vol; mais je les

vis bien volant tous deux.

Au bruit de l'air qui se fendait sous leurs-ailes ver-

ne me

DEL PURGATORIO

Fuggio ’l serpente, e gli Angeli dier volta Suso alle poste rivolando iguali. | L’ ombra che s era al giudice raccolta, Quando chiamò, per tutto quell’ assalto Punto non fu da me guardare sciolta.

Se la lucerna che ti mena in alto - Trovi nel tuo arbitrio tanta cera, Quant’ è mestiero infino al sommo smalto, Cominciò ella, se novella vera L Di Valdimagra; o di parte vicina” Sai, dilla a me, che già grande là era.

Chiamato fui Currado Malaspina :

Non son l’ antico, ma di lui discesi :

A’ miei portai | amor che qui raffina.

01 dissi lui, per li vostri paesi | Giammai non fui; ma dove si dimora | Per tutta Europa, ch’ ei non sien palesi?

La fama che la vostra casa onora, Grida 1 signori, e grida la contrada, Sì che ne sa chi non vi fu ancora.

Ed io vi giuro, s’ io di sopra vada, Che vostra-gente onrata non si sfregia Del pregio della borsa e della spada, Uso e natura sì la privilegia, Che, perchè il capo reo lo mondo torca, Sola va dritta, e il mal cammin dispregia.

Ed egli : Or va, chè il Sol non si ricorca

. CHANT VIII. 447 tes, le serpent s'enfuit, et les anges retournèrent à leur poste, en s élevant d’un vol égal.

L'ombre qui s'était rapprochée du juge quand 1] l'appela, ne laissa pas un moment de me regarder tant que dura l'assaut. |

«Ainsi puisse la lumière qui te mène en haut trouver dans ton libre arbitre assez de cire pour te conduire à la volonté d'azur!»

C'est en ces mots que l'ombre commença : «Si tu sais quelque nouvelle véritable de Valdimagra ou de quelque endroit voisin, dis-la-moi, car je fus grand dans ce lieu.

«On m'appela Conrad Malaspina. Je ne suis pas l’ancien de ce nom, mais j'en suis descendu. Je portai à ceux de mon sang l'amour qui se purifie 1ci. »

«Oh! lui répondis-je, jamais je ne visita vos pays; mais où peut-on demeurer dans toute l'Europe que leur nom n’y soil connu ?

« La renommée qui honore votre maison publie les louanges des seigneurs, publie celle de la contrée, tant que celui-là même la connaît qui ne l'a pas visitée encore. |

« Et je vous jure, ainsi puissé-je arriver là-haut! que votre famille honorée ne perd ni la gloire de la richesse, ni celle de l'épée. |

«La tradition et la nature l’ont douée d’une manière si privilégiée, qu’en vain le monde détourne sa tête coupable ; elleseule marche droit et méprise le mauvais chemin.»

Etlui : « Va maintenant; car le soleil ne se couchera

148 DEL PURGATORIO

Sette volte nel letto che il Montone

Con tutti e quattro i piè copre ed inforca, 46 Che cotesta cortese opinione

Ti fia chiavata in mezzo della testa

Con maggior chiovi che d’ altrui sermone; 1 Se corso di giudicio non s' arresta.

CHANT VIII. 149 pas sept fois dans le lit que le bélier couvre et enfourche de ses quatre pieds,

«Avant que cette opinion courtoise te soit clouée dans la tête avec des plus grands clous que le discours d’autrui, |

« Si le cours des jugements célestes ne s'arrête point. »

Ce chant est un de ceux où Dante a répandu le plusde ces beautés mélancoliques si bien faites pour la peinture du Purgatoire. L'heure du soir et les pensées qu'elle réveille. La prière des âmes. Les anges. L'entretien du juge de Gallaur, ce pauvre mort oublié par sa veuve.

Terc. 18. — Nino juge de Gallura, pendant que la Sardaigne était sous le joug des Pisans. Beatrix d'Este, veuve de Nino, épousa Galeazzo Visconti, chassé de Milan par la famille della Torre.

6, 7, 34, 35. — L'Allégorie. — Dante rappelle le IX° ch. de l'Enfer. O voi ch'avete gl'intelletti sani. Explicatiou de Pietro di Dante. — En disant que ces esprits silencieux, humbles et pâles regardent vers le ciel, il veut dire que le devoir des hommes vertueux est de prier, selon cette parole de saint Jean Damascène : que la prière est l’ascension de l'esprit vers Dieu. L'heure du soir, c'est celle où l’Église fait sonner trois fois en commémoration de la Vierge, reine des anges, afin qu’elle envoie un ange à notre secuurs contre le serpent, c’est-à-dire contre la tentation. — Deux anges avec deux épées. La première est ce premier effet de la prière qui fait éviter la tentation. Saint Augustin : Oratio oranti præsidium, adversario incendium. Voilà pourquoi l'épée est flamboyante. La seconde est le deuxième effet de la prière, d’embraser l'Espérance et la Charité. La vallée, symbole de la vallée des larmes : Super muros tuos, Jerusalem, constitui custodes. (Isaie.) L'ange garde l'Éden avec l'épée de feu; les épées sont émoussées parce qu'il leur est donné de mettre en fuite, mais non de tuer le serpent. La couleur verte siguifie l’espérance. Les deux anges viennent du giron de Marie, parce que tout secours vient du-Christ. Les anges se tiennent aux deux extrémités, parce que les extrémités sont périlleuses et que toute vertu est placée entre deux excès. Le serpent rampe comme la tentation se glisse dans le coeur. | N

Comparaison avec Miron, Paradis perdu, chant IV. — « La nuit avait mesuré de son cours ténébreux Ja moitié de sa route sous la voûte sublunaire, quand les chérubins, sortant à l'heure accoutumée de leur porte d'ivoire, se rangèrent armés en parade guerrière pour la veille nocturne, lorsque Gabricl, s'adressant à ceux qui l’approchaient le plus en pouvoir, leur parla ainsi :

« —-Ituriel et Sapher, cherchez rapidement à travers le jardin, ne laissez pas un lieu qui ne soit visité; mais surtout celui où les deux belles créatures habitent, où elles dorment peut-être sans crainte et sans alarme. Ce seir, du lieu où le soleil se couche est venu un messager qui assure avoir vu un esprit infernal échappé des portes de la mort, engagé dans un voyage mauvais sans doute. Si vous le trouvez, assurez-vous de lui et me l’amenez. »

« En disant ainsi il passa en revue leurs files resplendissantes aux clartés de la lune. Les deux autres se portèrent à la recherche de celui qu'ils poursuivaient. {ls le trouvèrent rampant comme un reptile à l'oreille même d'Ève. »

Chant IX. — « Le serpent dirige sa course vers Éve, non pas sur le sol en rampant comme il l’a fait depuis, mais posé sur sa croupe ‘où s'élèvent plusieurs cercles, amoncelant contours sur contours, * plis sur plis; labyrinthe mouvant, il se dresse comme une tour. Sa téte haute se couronne d'une crête superbe, ses yeux étincellent comme l’escarboucle, et son cou, resplendissant d’un or aux verts reflets, se dresse au centre des anneanx de son corps, dont une partie s'élève en spirale pendant que l’autre en flottant rebondit sur l'herbe. Jamais serpent ne fut plus beau ; ni le serpent d’Illyrie, où s'enveloppèrent Hermonie et Cadmus, ni celui qui prêta sa figure an dieu d'Épicure, ni les serpents qui recélèrent Jupiter Ammon et le Jupiter du Capitole. »

Terc. 40. — Conrad, l’ancien seigneur de Lunigiane, au commencement du treizième siècle. Conrad If son petit-fils. |

En 1306, on a un acte authentique par lequel le seigneur Franceschino Malaspina charge Dante de faire la paix entre lui, Moroello ct Conradin, marquis Malaspina d'une part, et D. Antoine, évêque de Luni, d’autre part. Acte de cette paix, 6 octobre. — Boccace rapporte que Dante était chez Moroello, lorsqu'en 1307 on lui envoie l'&bauche des sept premiers chants de son poéme. Il y avait un autre

Moroello Malaspina auquel Dante fait allusion, Inf. XXI, dans la prédiction de Vanni Fucci. C’est probablement au premier que fut dédié le Purgatoire.

Je remonte dans cette chaire pour continuer l'explication de la Divine Comédie, ct à la suite de Dante, je me vois entouré de votre nombreux et fraternel concours. J'admire, messieurs, comment cet ancien, cet étranger, cet homme nourri de pensées si différentes des nôtres, vous retient cependant à la lecture de ses vers ; quand nous sommes si loin de ces années paisibles qui avaient des loisirs pour toutes leslittératures, quand le moment présent a pour vous tant de grands spectacles, tant de menaces, tant d'espoir. C'est qu'en effet le poëte italien est aussi celui de toute la chrétienté, et qu'il a mis la main, non sur les antiquités de son pays seulement, mais sur tout ce moyen âge où nous avons nos pères, auquel nous tenons malgré nous, auquel reviennent, après les dédains du dix-huitième siècle, les études du dix-neuvième. C'est que ce poëte de l’éternité est aussi celui de tous les temps, niais surtout des temps orageux. Ce génie sorli des tempéles politiques

est fait pour la consolation et pour l’enseignement des

hommes qui vivent dans des jours comme les siens. Pour leur consolation, puisqu'il fait voir qu'il n'y a pas dans l'histoire de saison si mauvaise où ne puisse fleurir cette plante si vivace de la poésie; pour leur enseignement, puisqu'il n’y a guère de question qui n'ait

| COMMENTAIRE DU CHANT VIII. ss sollicité ce grand esprit, de passion qui n'ait troublé son repos, et qu'il est’ capable de vous instruire à la fois par ses jugements et par ses erreurs.

Les grandes questions qui tourmentent l’humanité changent moins qu'on ne pense. Non que je croie au cercle éternel de Vico; il faut croire au progrès, mais en même temps à la permanence de tous les besoins, de tous les instincts, de toutes les tentations de la nature humaine. l’énétrez au treizième siècle : tous les problèmes sont posés. On agite dans les écoles quelle est la meilleure forme de gouvernement, et les esprits se partagent entre la démocratie et la royauté tempérée par des formes démocratiques, — le droit d’insurrection, — la propriété.— Dante est poursuivi de ces problèmes. Il nous donne cette leçon première d’en chercher la solution, non dans les faits, mais dans les doctrines, dans la métaphysique. Sa politique est spiritualiste. Il remue toute l’histoire, l'humanité entière passe devant lui, il s'éclaire des lumières de toute l’antiquité, il ne rompt point avec le passé, il marche sous la conduite de Virgile. Sa politique est traditionnelle. Enfin, sa politiqueest celle de la liberté, le pouvoir serviteur de tous; de l'égalité, protestation contre l’hérédité des Charges; de la fraternité, cet admirable sixième chant du Purgatoire et l’inveclive contre ces haines, qui devaient faire alors, qui font encore, el qui feront toujours la désunion. de l'Italie et le péril des États libres. Il ne veut point de cette liberté qui serait l'oppression d'autrui, de cette égalité qui serait l'abaissement d'autrui, de cette fraternité qui serait la spoliation d'autrui. Il mit Fra

154 i LE PURGATOIRE.

Dolcino en enfer. Sa politique est celle de la démocratie chrétienne. °

L'année dernière j'ouvrais ce cours de littérature italienne sous de meilleurs auspices. Je revenais d'Italie. d'a vais vu sous le balcon du Quirinal Rome entière, la réconciliation de l'Église et de la société moderne: j'avais assisté à ces premières joies de la renaissance ; ces peuples allant à la liberté par des chemins semés de fleurs; les hommes sages, commençant cette éducation politique et militaire qui au bout de plusieurs années devait . mettre l'Italie en possession d'elle-même.

Aujourd’hui, la cause de l'indépendance est écrasée en Lombardie par les gros bataillons ; la cause de la liberté déshonorée à Rome par l'ingratitude et par l'assassinat; le peuple se détache d’une faction qui veut lui infliger la responsabilité de ses crimes. L’exil de Gaëte, l'ostracisme, et tout ce qui rappelle les vieilles injustices de ces patries ingrates où les grands citoyens n’ont pas eu leur tombeau, depuis Scipion jusqu’à Grégoire VII et Dante,

Quem genuit parvi Florentia mater amoris. |

Une seule consolation nous reste, messieurs. Venise sì courageuse devant l'ennemi, si calme dans l’usage de ses libertés, la seule qui ait protesté contre la grande iniquité romaine, et qui ait offert au nouvel Alexandre III un asile dans ses lagunes, Venise a donné la sépulture à Dante dans Ravenne; elle lui a élevé un monument dans l'édition de Zatta, elle lui a donné un commentateur, Tommaseo, qui est venu tendre la main pour elle. Inau-

gurons par une bonne action ce cours et cette année. Une souscription est ouverte en Italie et dans toute l'Eu rope pour la ville de Venise. Cette héroïque cité a recueilli tout ce qui reste des espérances de la liberté italienne; elle ne lui a marchandé ni l'or ni le sang de ses enfants. Longtemps l’injustice d’une presse rivale a laissé ignorer les sacrifices des Vénitiens : aujourd’hui le monde les connaît. Mais il faut qu’il connaisse en même temps l'épuisement de leurs ressources, qui ne peuvent plus suffire aux besoins d’une guerre si longue et si inégale; l’armistice même, en prolongeant le blocus des lagunes et en achevant la ruine du commerce, réduit ce peuple à la détresse. La ville de Saint-Marc tend maintenant la main aux nations. Beaucoup lui donneront, à cause des vieilles gloires, et beaucoup à cause de l'intérêt moderne qu’elle représente. Nous nous souviendrons aussi de sa grandeur chrétienne, des morts héroïques qu’elle à laissés sur toutes les plages de l’Archipel pour sauver l'Europe de l’Alcoran. Les besoins de la France sont immenses, mais elle n'est pas plus pauvre que la veuve de l'Évangile :. elle ne refusera pas son obole à qui la lui demande au nom de Dieu et de la fraternité".

* Cet appel, prononcé à la reprise du cours du mois de janvier 1849 et reproduit par l’Êre nouvelle, fut à peu près le seul qui s’éleva alors en faveur de Venise assiégée. M. Manin, président de la république de Venise, remercia

publiquement M. Ozanam dans la Gazette officielle au nom de cette cité hétoique et abandonnée,

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