‹ Le purgatoireChapitre 19 sur 48 · CHAPITRE XYI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XYI

Arguments dont peuvent se servir les fidèles pour répondre aux objections des hérétiques, et leur prouver, par l'autorité de l'Écriture et des Pères, qu'il y a un purgatoire.

1. — Les mêmes raisons qui iDrouvent que les âmes des défunts peuvent être soulagées jjar les IDrières des vivants, prouvent aussi qu'il y a un purgatoire, selon que l'Église catholique le croit et l'enseigne. Car les prières ne servent de rien, ni à ceux qui régnent dans le ciel, où l'on jouit d'un bonheur parfait, ni à ceux qui brûlent dans l'enfer, où l'on ne sait ce que c'est que grâce "et que rédemption. Ceux donc qui en peuvent être soulagés ne sont ni dans le ciel ni dans l'enfer, mais dans un troisième lieu tout différent, et ce lieu se nomme le iDurgatoire, où sont tourmentées les âmes qui, n'ayant pas entièrement satisfait à Dieu pour tous leurs péchés, ont un extrême besoin du secours de nos prières. Comme il est de la charité chrétienne de les secourir, on ne peut les abandonner que par une cruauté brutale et impie, que l'hérésie seule inspire à ses sectateurs.

2. — On prouve donc en premier lieu, par l'autorité de l'ancieii Testament, qu'il y a un urgatoire. Au second livre des Machabées, nous lisons que le fameux Judas Machabée, cnjant fait fairej.me quête de douze mille drachmes d'argent^ les' envoya à Jérusalem, afin qu'on offrît des sacrifices au Seigneur, en expiation des péchés de ceux qui étaient morts dans le combat (1). Mais peut-être que l'Ecriture raconte simplement le fait, et qu'elle ne l'approuve pas? Non, elle le loue et l'autorise en disant : Cest une pratique sainte et salutaire que de prier pour les morts, afin que leurs péchés leur soient remis (2). C'est en effet une pratique également sainte et salutaire, et qu'on nepeut rendre trop commune. Aussi doit-on inférer de cette histoire que non seulement Judas Machabée croyait qu'il y avait un purgatoire, mais que c'était la créance généi^ale de tous les Juifs, puisque, d'un commun accord, ils donnèrent une si grande somme d'argent, afin qu'on offrît des sacrifices pour leurs soldats tués dans le combat, et que par là leurs péchés leur fussent remis. J'ajoute que, jusqu'à présent, les Juifs sont si persuadés de la vérité du purgatoire, qu'ils prient pour les morts aussi bien que nous, comme leurs rituels en font foi.

3. — Je sais ce que les calvinistes répondent, que ces soldats étaient des impies, morts dans

(1) II Machab. XII, 43. -(2) II Macliab. xii, 46.

leurs péchés, et condamnés par conséquent non pas au feu du purgatoire, mais à celui de l'enfer. Cette réponse ne s'accorde pas avec l'Écriture, puisqu'elle dit en termes formels, que les soldats dont il s'agit étaient morts dans des sentiments de piété (1). C'est pourquoi il faut nécessairement confesser ou que la plupart n'avaient péché que véniellement, ou que si leur avarice avait été jusqu'au péché mortel, ils en avaient eu avant la mort une contrition parfaite.

Les calvinistes tâchent donc par une autre voie d'éluder cette autorité. Ils nient hardiment que les ; deux livres des Machabées soient du nombre des livres sacrés. Mais on leur répond qu'il y a près de treize cents ans qu'on a reconnu ces livres pour canoniques, et que nous avons là-dessus un décret exprès du troisième concile de Carthage (2) , auquel assista saint Augustin, qui souscrivit au décret avec tous les autres Pères.. Voici les paroles du concile : Les Ecritures saintes sont la Genèse, V Exode, etc., les deux livres des Machahées. Saint Augustin (3), parlant de ces livres, dit qu'ils sont tenus pour canoniques, non par les Juifs, mais par l'Église. Et bien que quelques auteurs, avant ce concile de Carthage, aient douté qu'ils fussent vraiment canoniques, il est constant que depuis on les a reçus dans tout le monde chrétien.

Si donc on veut s'en remettre au jugement de

(1) II Machab. xii, 4. — {2) Canon 47. — (3) L. 18, de Civit. Dei., c. 36.

l'Église, toute la dispate est finie; mais si on ne veut s'en rapporter qu'à soi-même, il faut disputer éternellement. Ainsi Luther, se moquant des décisions de riilglise, rejette comme apocryphe l'Apocalypse de saint Jean, et prétend qu'elle n'est digne ni d'un prophète ni d'un apôtre. Et néanmoins c'est un des livres de l'Ecriture que les calvinistes révèrent et approuvent davantage. Comment les mettre d'accord, s'il n'appartient pas à l'Église de déterminer quelles sont les vraies Écritures, quelles sont les fausses?

Je demanderais ici volontiers aux calvinistes, qui comptent Luther parmi les saints, sur quoi est fondée l'opinion qu'ils ont de sa sainteté. Car s'il est vrai, comme ils en conviennent, que l'Apocalypse soit un livre canonique, il faut qu'ils confessent que Luther n'est pas un saint, mais un réprouvé. 11 ne faut point d'autre juge pour le condamner que l'Apocalypse môme, puisque sur la fin du dernier chapitre il est dit que, si quelqu'un ose retrancher un seul mot de cette prophétie, Dieu le retranchera lui-même du livre de vie et delà sainte Cité ( 1 ). Or Luther ne retranche pas seulement quelques paroles de cette divine prophétie : il la rejette tout entière, et déclare qu'elle n'a point l'air d'une véritable prophétie. Il s'ensuit donc ou que l'Écriture nous trompe, ou qu'il sera effacé du livre de vie et exclu pour jamais de la Jérusalem céleste. Est-ce là un saint,

( 1 ) Apocal. XXII, 19.

un homme envoyé de Dieu, un prédestiné?... Mais ijoursuivons.

4. — Il faut nécessairement confesser que c'est à l'Église de discerner les vraies Ecritures des fausses et des apocryphes. Autrement on est exposé à mille sortes d'erreurs, d'incertitudes et de doutes. Puis donc qu'elle reconnaît pour canoniques les livres des Machabées, on doit croire qu'ils le sont. Mais afin de ne point perdre le temps en des disputes inutiles sur cette première réponse, je veuxen donner une autre, qui fera voir clairement ce que j'ai entrepris de prouver. Il n'y a aucun calviniste qui ne confesse et qui ne doive confesser que les livres des Machabées sont préférables à tous les écrits des auteurs anciens et modernes et que celui que Dieu a choisi pour les composer mérite plus de créance que tout ce qu'il y a jamais eu et tout ce qu'il y aura jamais d'historiens profanes. Car vous tous qui professez la doctrine do Calvin, vous leur donnez place dans vos Bibles, quoique, selon vous, il les faille exclure du canon des livres sacrés. C'est là sans doute un honneur que vous ne feriez jamais à quelque historien que ce fût, soit grec, soit latin, quelque fidèle qu'il pût être. D'ailleurs il est sûr, et vous n'en pouvez disconvenir, qu'il y a de grandes raisons pour les recevoir comme canoniques, et pour croire prudemment qu'ils contiennent la véritable parole de Dieu. Concluez donc qu'ils doivent être d'une grande autorité parmi les chrétiens, et que chacun

devrait faire ce raisonnement : Jamais écrivain profane n'a été plus digne de foi que celui qui a composé l'histoire des Macliabées ; il y a donc bien de l'entêtement et de l'imprudence à ne le pas croire.

5. — Cela supposé, il faut dire : 1» que tout homme raisonnable et de bonne foi ne niera jamais que Judas Machabée n'ait amassé et envoyé à Jérusalem une grande somme d'argent, afin que l'on offrît des sacrifices pour ses soldats tués dans le combat. Et remarquez qu'il était alors souverain pontife et prince du peuple do Dieu. Il mérite donc qu'on le croie, lorsqu'il assure que c'est une sainte et salutaire pratique d'offrir à Dieu des victimes d expiation pour les péchés de ceux qui sont morts. — 2° Il faut tenir pour certain que le peuple juif, ce peuple chéri de Dieu, qui seul pouvait se vanter dans ce temps-là d'être dans la véritable religion, que ce peuple, dis-je, était persuadé qu'il y avait des âmes dans le purgatoire, puisque, pour les en délivrer, il donnait aux prêtres de grosses aumônes. — 3° Il faut encore confesser que les prêtres, ayant reçu ces aumônes, firent à Dieu des sacrifices pour les morts. — 4" Enfin, on ne peut douter que l'auteur de cette histoire n'ait cru fermement que les prières qu'on fait pour les morts sont très saintes et très salutaires.

Toutes ces choses ont passé pour indubitables dans le concile de Garthage, et ensuite dans toute l'Eglise, lorsqu'elle était sans contredit également

pure pour les mœurs et pour la doctrine. Saint Augustin et les autres Pères en ont été si convaincus, qu!elles leur ont semblé aussi certaines que toutes celles qui sont contenues dans les autres livres de l'Ecriture. Cela étant, qui osera dire que toute l'Église des Juifs, la seule où se conservassent alors la foi et le culte du vrai Dieu, ait toujours été dans une erreur pleine de superstition; et que cette erreur, cette superstition, ait passé depuis dans le christianisme, et qu'elle ait infecté toute l'Eglise chrétienne, dans les siècles mêmes où il est constant que notre religion n'avait rien perdu de sa première pureté?

6. — Ce seul passage du vieux Testament suffit pour appuyer notre créance. Nous n'en produirons ici aucun autre, parce qu'au chapitre suivant, et dans tout le reste de cet ouvrage, selon les rencontres, nous en citons un assez grand nombre, qu'il est bon de ne pas répéter souvent dans un traité aussi court, de peui' d'ennuyer le lecteui".

7. — Prouvons maintenant, par l'autorité des apôtres, qu'il est utile de prier pour les âmes des défunts. Saint Chrysostôme nous enseigne quel a été leur sentiment là-dessus, lorsqu'il dit : « C'est avec raison que les apôtres ont ordonné » qu'en célébrant les sacrés mystères on fasse « mémoire des morts : car ils savaientbien que les a mortsen profitent beaucoup ( 1 ) . » C'est ainsique

(1) Hom. G9, ad popul.

parle ce grand docteur, et qu'il déclare que c'est par l'ordre des apôtres qu'on fait des prières pour les défunts, parce qu'elles leur sont très utiles.

8. — Mais si nous voulons un témoignage incontestable de la tradition apostolique en cette matière, pouvons-nous en désirer un plus certain que celui d'un disciple des apôtres mêmes? Il est rapporté dans les Actes, que saint Paul ayant proche aux Athéniens, quelq\ies-uns d'eux le suivirent et embrassèrent la foi, dit nombre desquels fut Denys VAréopagite (1). On ne peut donc pas douter que ce disciple si célèbre de saint Paul n'ait été pleinement instruit par son maître de tous les dogmes de la foi. Cela supposé, voyons quelle est sa doctrine sur le sujet que nous traitons. Dans le livre de la Hiérarchie ecclésiastique, qui lui est justement attribué, il emploie tout le chapitre septième à raconter beaucoup de choses instituées de Dieu en faveur de ceux qui meurent chrétiennement. Il dit que « le prêtre fait une dévote (f prière pour le défunt » ; puis il ajoute « que « catte prière est pour conjurer la miséricorde « divine de pardonner au défunt toutes les fautes « qu'il a commises par fragilité (2). »

Voilà ce que nous apprend un docteur formé par saint Paul. Je demande après cela si ce n'est pas faire sagemenrque de le croire ; je demande s'il n'y a pas de l'imprudence et de la folie à dire

(1) Act. XVII, 34. — (2) De Eccles. Hierar. c. 7.

qu'un si grand homme se soit trompé jusqu'à prendre de vaines superstitions pour des pratiques ordonnées de Dieu, et qu'il ait voulu les introduire parmi les premiers fidèles.

9. — • Prouvons enfin, par l'autorité de l'Eglise ancienne qui, bien qu'ennemie de toute superstition, a toujours recommandé la prière pour les morts, prouvons, dis-je, que cette prière est utile aux âmes du purgatoire. On n'en peut douter après la décision formelle du concile de Carthage, souscrite par saint Augustin et confirmée depuis par le synode. Ce concile ne déclare pas seulement que les deux livres des Machabées sont des livres canoniques ; il défend encore de célébrer à l'autel les saints mystères, à moins qu'on ne soit à jeun. Cest pourquoi^ dit-il, si raprès-diner on est obligé de recommander à Dieu les âmes des morts, on ne le fera que par de simples prières (1). Il veut dire qu'avant midi l'on doit ofi"rir le sacrifice pour les morts, parce que les prêtres sont alors à jeun, mais qu'après dîner l'on ne peut faire que quelques prières pour eux, parce qu'il est défendu aux prêtres de célébrer quand ils ont mangé. De plus, le premier concile de Nicée parle en cette sorte : Quand un évêque vient à mourir, qu'on en donne avis à toutes les églises et à tous les monastères du diocèse, afin qu'on prie pour Aii (2).

(1) Can. XLYii. — (2) Gan. lxy, inter Canones ex Arabico exemplari desumptos.

10. — Mais qui nous apprendra mieux les saintes coutumes de l'Égiise des premiers siècles, que tant de prélats et de docteurs, non moins illustres par leur piété que par leur savoir, qui ont fleuri dans ces siècles d'or, et qui ont vu de leurs yeux ce qu'ils ont écrit? Car bien qu'étant hommes ils fussent sujets à se tromper enplusieurs choses, il n'y a point d'homme de bon sens qui ose dire qu'ils se sont trompés en des choses qu'ils avaient devant les yeux, et qu'ils ne pouvaient ignorer. Écoutons donc là-dessus saint Augustin, le plus célèbre de tous les docteurs. « Nous lisons, « dit-il, dans le livre des Machabées, qu'on offrait « le sacrifice pour les morts. Mais quand il ne se « trouverait rien de semblable dans les anciennes <( Ecritures , l'autorité de toute l'Église, qui « approuve une pratique si sainte, devrait être « d'un grand poids. Or, entre plusieurs prières « que les prêtres font à l'autel, il y en a quel- « ques-unes pour recommander à Dieu les âmes « des morts (1). »

De ces paroles de saint Augustin je conclus trois choses. La première est que les livres des Machabées sont du nombre des anciennes Écritures. La seconde, que quand on 'ne trouverait nulle part dans les Écritures qu'on eût jamais fait des sacrifices pour les morts, il suffirait, pour montrer que l'on en peut faire, de dire que toute l'Eglise approuve cette coutume. La troisième,

(1 ) L. de Cura pro Mort.

que toute l'Eglise, dont l'autorité est grande, approuve effectivement la coutume de faire des saciifices pour les morts. D'où je forme ce raisonnement : Quand il serait vrai, comme je veux bien l'accorder à nos adversaires, pour ne pas entrer dans une trop longue dispute avec eux, quand il serait vrai, ce qui est très faux, que saint Augustin se serait trompé dans les deux premiers articles, il faudrait pourtant confesser que dans le troisième il n'a pu se tromper, et que ce qu'il dit de la coutume de prier pour les morts, reçue dans toute l'Eglise, est certain et incontestable. Car comment un si grand docteur aurait-il pu ne pas savoir une chose qui de son temps était en usage dans l'Église universelle, et qu'il avait tous les jours devant les yeux? Cela paraît aussi impossible qu'il est impossible que Calvin ait ignoré que, dans ses temples, on chantait les psaumes et on faisait les prières publiques en langue vulgaire. Quiconque donc ne veut pas croire saint Augustin, surtout en ce point, montre qu'il manque de sens, puisqu'il ne voit pas que saint Augustin est aussi croyable qu'on le puisse être dans une chose visible et connue de tout le monde.

11. — Mais celui-là n'est pas moins aveugle ni moins insensé, qui croit ce que dit cet incomparable docteur touchant la coutume de dire la messe pour les morts, et qui néanmoins soutient opiniâtrement que toute l'Église, dans le temps

même que sa foi était la plus sainte, entretenait parmi les fidèles une abominable superstition. « Car, comme remarque le môme Père, si rÉcri- « ture, qui est la parole de Dieu, nous ordonne « de faire quelque chose, nous devons sans doute « la faire ; et si l'Eglise pratique quelque chose « dans toute la terre, nous devons pareillement « la pratiquer; puisque de disputer là-dessus « c'est une folie pleine d'insolence (1).» Comme donc il est constant que toute l'Église a autorisé la coutume d'offrir le sacrifice pour les morts, celui qui doute ou qui dispute s'il le faut faire, est, selon saint Augustin, un fou et un insolent.

Et d'où vient que saint Augustin parle de la sorte? C'est parce que Jésus-Christ, le Verbe et la sagesse du Père, dit qu'on doit traiter comme un •païen et un publicain celui qui refuse de se soumettre à VÈglise (2) et que les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle (3) ; c'est parce que le grand Apôtre nomme cette Église la colonne et la hase de la vérité (4) . Qui pourra donc excuser GaMn de témérité et d'insolence, lui qui a l'audace d'écrire « que depuis treize cents ans la cou- « tume de prier pour les morts est établie ; mais « qu'à son avis^^tous se sont trompés (5) : » comme si depuis tant de siècles il ne s'était trouvé personne qui eût autant de lumière que lui, pour

(1) Epist. cxviii, ad Januar. c. 5. — (2) Matth. xvrii, 17. — (3) Matth. |XYI, 18. — (4) I Timoth. m, 15. — (5) L. 3, Inst. c. 5, § 10.

îl.

entendre et pour expliquer les Ecritures dans leur véritable sens?

12. — Mais il nous permettra bien de n'être pas de son opinion : car les passages de TEcriture, qu'il allègue contre l'Église catholique, ou sont clairs ou ne le sont pas. S'ils sont clairs, quelle apparence y a-t-il que, depuis treize cents ans, il n'y ait eu dans toute l'Eglise aucun docteur capable de les entendre? S'ils ne le sont pas, pourquoi Calvin seul préfère-t-il son explication à celle de toute l'Église? Pourquoi est-il moins sujet à se méprendre, dans les endroits obscurs de l'Écriture, que tant de docteurs qui ont fleuri depuis treize siècles, et qui, si nous l'en croyons, ont tous été dans l'erreur? Sans doute qu'Augustin seul ne cède à Calvin ni en esprit, ni en savoir, ni en sagesse infuse et surnaturelle, et par conséquent, il n'est pas moins capable que lui d'entendre les Écritures lorsqu'elles parlent clairement, et d'en découvrir le sens caché lorsque le texte en est obscur. Or, voici précisément, et mot pour mot, ce qu'il a écrit sur la matière dont il est question : « La pompe des funérailles, la <( célébrité du convoi, l'appareil de la sépulture, « la magnificence du tombeau, sont de quelque « consolation pour les vivants, mais de nul « secours pour les morts. Ce qui est indubitable, « c'est que les prières de la sainte Église, le sacri- « fice salutaire et les aumônes qu'on fait pour les « âmes des défunts, les soulagent et sont cause

« que Dieu les traite plus doucement que leurs « péchés ne le méritent. Car toute l'Eglise, selon « la tradition des Pères, observe cette coutume ^< en faveur de ceux qui sont morts dans la com- <( munion du corps et du sang de Jésus-Christ ; « que quand on vient à faire mémoire d'eux dans « le sacrifice, on prie pour eux, et l'on déclare que « c'est aussi pour eux qu'on offre ce sacrifice. « Mais lorsqu'on exerce pour le même sujet des « œuvres de miséricorde, qui doute que le mérite " n'en soit appliqué à ceux pour lesquels on ne « prie jamais inutilement le Seigneur? Il n'y a « pas lieu de douter que cela ne serve au soula- « gement des morts (1). »

Saint Augustin dit toutes ces choses, et en peu de mots fait plusieurs propositions qui ont toutes le même sens. Les morts, dit-il, sont indubitablement secourus ; qui doute que les œuvres de miséricorde ne les soulagent? il est certain que cela sert au soulagement des morts. Contentonsnous de ce seul passage, que le vénérable Bèdo (2) a cité il y a près de mille ans. Nous en avons d'autres aussi clairs de saint Atbanase, de saint Basile, de saint Grégoire de Nazianze, de saint Cyrille, de saint Chrysostôme, de Tertullien, de saint Cyprien, de saint Ambroise, de saint Jérôme, rapportés par Bellarmin dans son Ti^aité du pu?-gatoire; mais présentement celui de saint Augustin nous suffit.

(1) Serm.3î,deverbisApostoli.— (2)Incap.4,adTliess.

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