‹ Le purgatoireChapitre 22 sur 48 · Le second exemple est celui de David, (l)Rom. V · texte numérisé non relu

Le second exemple est celui de David, (l)Rom. V

qui, ayant commis deux péchés énormes, un adultère et un homicide, et les ayant détestés, sut que Dieu lui avait accordé sa grâce, parce que Nathan l'en assura de sa part, en lui disant : Le Seigneur a éloigné de vous votre péché (1) ; il vous l'a remis. David n'est donc plus pécheur, et néanmoins le prophète ajoute : Parce que vous êtes cause que les ennemis du Seigneur ont blasphémé son Saint Nom^ renfant qui vous est né va bientôt mourir. David pénitent, David justifié ne laisse pas d'être puni pour ce péché même qu'il n'a plus, et que Dieu lui a pardonné ; et sa punition est la perte de son fils, de ce fils qu'il aime si tendrement, que, pour lui sauver la vie, il prie le Seigneur, il jeûne sept jours durant, il s'' enferme dans son palais, et demeure couché à terre, sans pouvoir rien obtenir de la justice divine.

7. — Tout ceci montre clairement que Dieu a coutume d'exigerquelque satisfaction des pécheurs qu'il a rétablis en sa grâce; or, il est certain que ces pécheurs peuvent mourir, et meurent souvent, avant que de l'avoir faite : il faut donc nécessairement qu'ils la fassent en l'autre vie. Ce ne sera pas dans l'enfer, puisqu'ils ont eu l'abolition de leurs crimes ; ce sera donc dans le purgatoire, qui est la prison d^oît l'on ne sort point qu'on n'ait payé jusqu'à la dernière obole (2).

• Mais, dira quelqu'un, comment accorder cette

( 1 ) Reg. XII, 13 et seqq. — (2) Matth. v, 26.

doctrine avec ce que dit l'Écriture, que quand le pécheur fait pénitence de tous ses péchés, Dieu les oublie et n'y pense plus (1) . Est-ceoublier les péchés que de les punir si sévèrement? Je réponds, en premier lieu, que si le pécheur fait une telle pénitence qu'elle suffise pour l'entière rémission, non seulement du péché, mais de la peine même temporelle du péché, Dieu oubliera toutes ses offenses, et le recevra comme l'enfant prodigue, avec tant de démonstrations d'amitié, que, s'il est permis de parler ainsi, les âmes saintes et innocentes en auront de la jalousie. Je réponds, en second lieu, qu'on peut dire que Dieu efface de sa mémoire toutes les iniquités d'un pécheur vraiment converti; parce qu'en effet il ne s'en souviendra pas dans sa fureur, mais dans l'abondance de ses miséricordes, et que, s'il exige de lui quelque légère satisfaction, il lui remet la peine éternelle qu'il a méritée. Ainsi, David s'étant repenti de son péché, il le lui pardonne, mais de telle sorte qu'il veut que l'enfant qui est le fruit de son adultère meure incontinent.

Ce que je dis s'éclaircira par cette similitude. Représentez-vous un homme qui doit au roi plusieurs millions d'or, et qui le supplie, les larmes aux yeux, de lui remettre sa dette. Ne croyez- vous pas que le roi lui accorderait sa demande, s'il lui remettait effectivement cette grande somme, et que.

(1) Ezech. XVIII, 21, 22.

pour ne pas laisser entièrement impunie sa négligence ou sa mauvaise conduite, il se contentât de lui demander cinq ou six écus? Sachez donc que nos péchés sont des dettes pour lesquelles nous disons tous les jours a Dieu dans l'Oraison dominicale: Seigneur, remettez-nous nos dettes (1) Il ne faut qu'un péché mortel pour mériter une éternité de peines. Si un homme, néanmoins, se sent coupable de mille péchés mortels, et que, pénétré de douleur, il en demande humblement pardon à Dieu, ce Dieu infiniment bon et plein de miséricorde lui pardonnera, mais à la charge que, pour satisfaire en quelque façon à sa justice, il payera une très petite partie de la dette ; je dis une très-petite partie, parce que à l'égard de celle qu'on lui remet, c'est quelque chose de moins qu'un écu ou deux à l'égard de cent millions d'or. Et, en effet, un écu se peut multiplier tant de fois que la somme montera enfin à plus de cent millions d'or ; mais la peine temporelle qu'on souffre dans le purgatoire, dût-elle durer des millions de siècles, ne durera jamais tant qu'elle puisse parvenir au nombre d'années qui sont contenues, si l'on peut user de ce mot, dans la millième partie de l'éternité.

13. — Je me suis un peu étendu sur ce point, pour faire connaître aux hérétiques et aux catholiques combien Dieu est miséricordieux envers

( 1 ) Malth. VI,

les pêcheurs^ non seulement en ce monde, mais même en l'autre, où il leur change la peine éternelle en une peine temporelle, dont la durée, quelque longue qu'elle soit, ne peut entrer en comparaison avec celle de l'éternité, qui contient un nombre infini d'années et de siècles.

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