PAK LE P. MARCEL BOUIX
DE LA COMPAGNIE DE JÉïiUS
TRAITÉ
DE
SAINTE CATHERmE DE GÊNES
CHAPITRKPREMIER
État des âmes qui sent dans le -purgatoire. Combien elles sont exemptes de tout amour-propre.
Les âmes qui sont dans le purgatoire ne peuvent, selon qu'il me semble le comprendre, avoir d'autre volonté ni d'autre désir que de rester dans ce lieu de soufTrance, parce qu'elles savent qu'elles y sont par un ordre très équitable de la justice de Dieu.
Il est impossible à ces âmes de faire aucun retour sur elle-memes, comme de dire : J'ai fait tels et tels péchés pour lesquels je mérite d'être ici; je voudrais ne les avoir pas commis, parce que je m'en irais maintenant au ciel. Elles ne peuvent pas dire non plus : Cette âme sortira d'ici avant moi; ou, j'en sortirai avant elle. Profondément abîmées en Dieu, elles ne sauraient ni en bien ni mal, former la moindre pensée, ni sur elles-
mêmes ni sur les autres, qui puisse accroître la peine qu'elles endurent.
Elles éprouvent une si grande joie de se voir dans l'ordre de Dieu, qui accomplit en elles tout ce qu'il lui plaît et de la manière qui lui plaît, qu'aucune considération capable d'augmenter leurs souffrances ne peut se présenter à leur esprit. Elles contemplent uniquement l'opération de la bonté de Dieu, et cette ineffable miséricorde dont il use envers l'homme, en faisant du purgatoire le chemin qui le conduit à lui. Quant à ce qui est de leur intérêt propre, peines ou biens, il leur est absolument impossible d'y arrêter leurs regards , car, si elles le pouvaient, elles ne seraient pas dans la charité pure.
Il n'est pas non plus en leur pouvoir de considérer qu'elles sont dans ces peines pour leurs péchés ; elles ne peuvent retenir une pareille vue dans leur esprit, parce qu'elle serait une imperfection active, et qu'il ne saurait en exister dans ce lieu où l'on ne peut plus commettre de péché actuel.
Elles ne voient qu'une seule fois la cause pour laquelle elles sont en purgatoire, et c'est au moment où elles passent de cette vie dans l'autre ; mais, à partir de là, elles ne la voient plus : car une pareille vue serait un effet de l'amour-propre dont elles sont incapables.
Immuablement établies dans la charité, et désormais dans l'impuissance d'en dévier par une imperfection actuelle, elles ne peuvent plus vou-
loir ni désirer que le pur vouloir de la pure charité. Dans ce feu du purgatoire, se trouvant dans l'ordre divin, qui est la charité purp, elles ne peuvent plus s'en éloigner en rien, attendu qu'il leur est tout aussi impossible de pécher actuellement que de mériter.