‹ Le purgatoireChapitre 24 sur 48 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Quelle est la joie des âmes qui sont dans le purgatoire. Comparaison par laquelle on montre qu'elles voient toujours Dieu de plus en plus. Difficulté de parler de cet état.

Je ne crois pas qu'après la félicité des saints du paradis, il puisse exister une joie comparable à celle des âmes du purgatoire. Une incessante communication de Dieu rend de jour en jour leur joie plus vive, et cette communication de Dieu devient de plus en plus intime, à mesure qu'elle consume dans ces âmes l'obstacle qu'elle y trouve.

Cet obstacle n'est point autre chose que la rouille ou les restes du péché. Comme le feu du purgatoire va sans cesse le consumant, l'âme s'ouvre de plus en plus à la communication de Dieu. J'explique ma pensée par une comparaison. Exposez au soleil un cristal couvert d'un épais voile : il ne peut recevoir ses rayons ; la faute n'en est point au soleil qui ne cesse de briller, mais au voile qui intercepte ses rayons. Que cette couverture vienne peu à peu à se consumer, le cristal, successivement découvert, recevra de plus en plus les rayons du soleil; et quand l'obstacle aura entièrement disparu, le cristal sera tout entier pénétré par le soleil.

Ainsi en est-il des âmes dans le purgatoire : la rouille du péché est le voile qui intercepte pour elles les rayons du vrai soleil qui est Dieu. Le feu va consumant de jour en jour cette rouille, et à mesure qu'elle est consumée, les âmes réfléchissent de plus en plus la lumière de leur vivant soleil; leur joie augmente à mesure que la rouille diminue et qu'elles sont plus exposées aux divins rayons. Ainsi, l'un va toujours en augmentant, et l'autre toujours en diminuant, jusqu'à ce que le temps de l'épreuve soit accompli. Qu'on ne croie pas cependant que la peine diminue ; ce qui diminue uniquement, c'est le temps de sa durée. Mais, dans l'intime de leur volonté, ces âmes ne pourraient jamais se résoudre à dire que ces peines soient des peines, tant elles sont heureuses de la disposition de Dieu, à laquelle leur volonté est unie par le lien de la pure charité.

D'autre part cependant, elles endurent une peine si extrême, qu'il n'est point de langue qui la puisse raconter, qu'il n'est pas môme d'entendement qui puisse comprendre la plus petite étincelle du feu qui les consume, à moins que Dieu ne la lui montre parune grâce spéciale. Il a daigné, par sa grâce, me montrer une de ces étincelles; mais je n'ai pas de termes pour l'exprimer. Quant à la vue que le Seigneur me donna alors, elle n'est jamais sortie de mon esprit. Je vais en dire ce que je pourrai, et ceux-là comprendront, auxquels le Seigneur daignera ouvrir l'intelligence.

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