CHAPITRE VIL
J'ai OM leur dire : « J« niù prêt à rendre compte de tout le MBg que j'ai werêi pour la république, m M ovTBSQViKu. Dialogue de SjlU.et d'Eucrmtc.
Mia liijaa ao* rnÏM.
Caiamillas a Fbamcois I*''.
13 CAA&OVfSI.
LB5 BUTTBS SAIHT^HACMOIT.
SuB le vaste parallëlogramme du Carrousel, qui , s'il est jamais déblayé , comme on le projette toujours , des édifices et des démolitions qui rencombrent, sera bien l'espace le pliu monotone qu'on ait livré fort inutilement aux ardeurs du soleil de la canicule , passait à sis heures du soir, le Sa juillet 1822, un homme auquel personne ne prenait garde , et qui par lui-même n'offrait rien die très-extraordinaire.
178 LE CA&BODSEL
Un chapeau, ras de poil, s'abaissait sur ses yeux; sa veste et son pantalon étaient d'une grossière étoffe de velours ; un bâton , noueux par le bout, complétait son équipage. Il se campa sur la ligne qui , de la porte du Louvre a la principale ouverture du pavillon de l'Horloge , se perd dans le jet du grand bassin des Tuileries , au fond de cette avenue des Champs- Elysées que termine la charpente inamovible du monument de la barrière de l'Étoile. Sans être artiste ni poète, ce paysan, car c'était un paysan, n'avait jeté qu'un regard de pitié sur le chefd'œuvre de gentillesse qui, plusieurs pas en avant de lui , déshonorait par le contraste de ses proportions la façade de Philibert Delorme. De vieilles , de puissantes pensées , émues par les souvenirs d'un temps qu'il ne devait plus revoir , l'assaillaient en foule à l'aspect de ce drapeau des Bourbons, flétri parla pluie et tourmenté par le vent à son docile paratonnerre.
Ce cadran atàit aussi marqué l'heure indifféremment pour tous les régimes ; et tandis que de l'aile inachevée où loge Fétat-major , jusqu'aux arcades ouvertes de la galerie où la légitimité permit à la Sainte- Alliance le pillage de nos richesses artistes , les voitures bourgeoises reniaient obliquement du Palais-Royal au fau-
ET LES BUTTES ^AIlVT-CHArHOIfT. 179
bourg Saint-Germain, le yieux soldat, car c^etait un TÎeux soldat , chétif et Tain débris de nos yieilles bandes républicaines ,, toisait Fédîfice royal que la Seine ronge lentement a l'iniîr tation de ce flot populaire qui, depuis un demisiècle, bat et submerge tous les trônes. En ce moment TEurope diplomatique, avec des équi* pages armoriés , des laquais en épaulettes et des piqueursarmés de Tépée, tournait autour de lui, chamarrée de blasons et traînée à huii; eheraux, pour se rendre aux soirées du pavillon Marsan : et les fenêtres de la salle des Maréchaux , des lambris de laquelle on ayait arraché depuis sept ans l'image du maréchal Ney lorsqu'il tombait lui-même sous le plomb d'un ricochet du Mont-Saint- Jean , étincelaient de l'or des uniformes et de la blancheur des panaches militaires . On donnait un bal •
Et comme Bertrand , car c'était Bertrand , avançait , sans intention de se présenter au bal, vers le milieu de la grille où le factionnaire en équilibre sur son fosil tressaillait au vent des équipages qui broyaient le pavé :
— Camarade, au large! on ne passe pas, lui cria-t-on,
— Excusez, citoyen, répondit le meunier.
— C'est juste , se dit-il mentalement, je n'y
180 tÉ CABBOin»L
suis jamais entre que le 10 août ; mais ce jonrlà le peuple arait levé la consigne !
Alors Bertrand se retira non loin de la grille, contre one des bornes de granit , en s*adossant à cet arc de triomphe que nous yotidrions bien ne pas devoir au génie de MM. Fontaine et Percier ; ptds, grâce à cette propriété merveillease des lieux qui se métamorphosent pour nous en pages historiques , il évoqua des morts dont la main, de leur temp», projetait de larges ombres sur tout ce qui brilla plus tard. Ge meunier , ce soldat , ce Bertrand avait été , comme tant d'autres, de cette génération qui s*en va, Tun des enthousiastes de 1789, dont Famé avait rêvé pour les peuples du vieux continent l'avenir et l'indépendance de la jeune Amérique.
Singulier homme, qui n'avait pas confondu Marat et Kosciusko , Robespierre et Lafayette, et que nos politiques du jour n'eussent point convaincu qu'on avait essayé de la république parce qu'on avait été décimé par la terreur!
Bertrand était un original.
Il ne pouvait pas oublier non plus Napoléon, cet honmie sur le front duquel la multitude lut le symbole de l'énergie, et qu'elle éleva sur le pavois impérial pour répondre aux ridicules complots de ceux qui voulaient sa perte : comme
ST LIS BlffflB ■A0rT*CHA1JHOllT. l&l
si les élus .de^lA^aélsâstté tombaient jamais d'wie^«Bs^iftiàB4. U fkit , poter que le pouimr Bèîlénrasé mir le f««ë.de.la me , qu'il ait la complajisaBce de se jeter de lui-même p9X la Jobètie. Les n^leacea ajooni^oit te triomphe
De bonne beute ot q«and il ne comprit pbu rien à ce qui se faiaait en France, Bertrand , iQomme.nmple. y«fa>ntaire, s'était rencontné fliir le soi de Tlibalie avec le grand capitaine; 4k avaient do0bà oMe à côte dans la rosée sur Taffût d'unioaoon^r^t certwitordné du jour.TÎr Tait dans la jo4i|loiir^ de notre zéplnblicain , qui «'applaudit sHepeiMdmt pas à rËmpîjre. Ge fnt 4one im joue ' sûpif u^eir dans sa vie , lors de la distrânilion ,daf .cdg^s après la cérémomedu saciel, qiiaitid Napoléoa, si btn^que pour sOn jétat'^auijet et. si fionilâeir pour les grades intérieurs , passant avec orgueil entre les rangs* de ses soldats , au wUiau du firémwsempntt électrique de la. h^ et des arme» qm Tibraietnt à la fois lorsqu'il apparaissait sous ce ciel qi»se •&tsait beait.poHir lui, sur eb Garreiisel qu'il foulait en m«ltre , M halte en 4é(U^h«nt sa enatz cpi'itnMt del«)-itiâ»è i l'iuyfenttie defiettsand; honneiivrdoiit alicOn soi^r^miiA'de l'ËiiK^eine peu! Bé Tttiiter. . ' .
183 Ll CA&ftOVtU»
— C'est «ne rieille dette , cKt-il.
— Génënil, dit Bertrand piJe eomne la mort, je tous remercie, et je demande mon congë. ■ '> i
Napoléon le repirda; Bertrand baâsa les yeux ; la protestation fut comprise. De plus éloquens n'eurent pas ce courage.
Depuis ce jour, Bertrand n'arait p«s reTn Paris, sauf en 1814. On sadt pounpxoi : plus ^'un jeune brave de FÉcble Polytecluiiqae tomba près de lui. Le Tieux soldat reyoyait entière la capitale sous de tristes auspices.
Et cependant le jour s'éteignit. Les noires façades de maisons, jalonnées de réverbères pâles , se mirent en relief sur le cid où des étoiles pointillèrent. Alors Bertrand s'arracha de la borne d'où , pour la dernière fois , il avait récapitulé des -souvenirs de gloire, de patrie et d'honneur.
Il ne pensa plus qu'à Jeanne.
Il se dirigea vers l'odieuse maison qu'eUe habitait.
Et si l'on me demande comment il avait découvert sa demeure, je dirai que, sur l'empreinte de la tare qui cadketait la lettre dictée par Prosper, Bertrund avait lu le nimi d'un graveur célèbre de la capitale. La provideiioe,
BT LIS Bllfn» SAllIT-CHAUHOHT. 18^
qui iait tant de choses par hasard , a trahi par des hagateiles pkw d'un secret niieux caché.
LWiste ne s'imagina pas qu'il tortiurait une conscience de père ^ il ne donna pas que l'adresse de Jeanne. Il ne tarit point en détails anecdotiçies , et railla gaiement le meunier sur le genre des honnes fortunes qui l'attiraient À Paris.
Après s'être assuré de tout, Bertrand attendu josqu'iiu soir pour aviser à ce qu'il fallait faire.
Mais le soir yenu , et au seuil de la porte , il hésita; cor, ce qui pourra semhler difficile m croire, Bertrand, après dix années d'une vie de soldat, ne connaissait de ces lieux que le nom : encore ne Feât-il^ pas prononcé.
Il attendit qu'une servfuite de la maison passât , et prétextant nne commission mystérieuse qui ne souffrait pas de retard , il pria cette fenane de faire descendre une personne de lamaison dont il lui traça le signalement.
— Bien ! reprit celle-ci : je sais ce que tous YOulcK dire. C'est , à ne pas s'y tromper, Jenny la blonde.
— Jenny la blonde I murmura Bertrand en* se promenant à pas insensibles sur le pavé de la rue de la Ferronnerie. Ainsi la malheureuse
IM- u càMoum
enfant a déjà remë ce nom si dom, de Jeanne, qu'elle tenait de ma soBur, pour aooepter des scmpnles de ses pareilles un nom cpii sentit moins le rillage f C'est abjurer à la feb sa hr mOle et sa condition derant Die». Q ne loi manquait plus qiie cette deniièrd pveftTii de son mépris poor nous I
Pois , il considéra ces passans insoucieux de lui ; ces garçons limonadiers courant , avec des corbeilles , dans le voisinage ; ce» fisnèttcs H* bres à l'air du soir, d'où partaient des chants et des éclats de rire; les boutiques presque généralement fermées ; et , par les.troia aroadei de la longue maison qui le séparait dô la Halle des Innocens, les pilastres ornés de aoulptnres et le d6me de la belle fontaine, dont l'eau s'échappait en moires d'argent sous iea rayons de la lune. A travers tout cela il y ataît îquelque chose de plus calme qu'autrefois dans cette soirée de Paris , au mitieu d'un quartier si populeux: et Bertrand ne s'en rendait pas Gom|rte*
C'était un lundi soir.
Enfin il entendit un bruit de pas : ce pas d'une jeune fille , si léger, même lorsqu'elle se précipite , qu'il révèle son âge avant qu'on la voie. Jeanne , comme une étourdie , la tète nue, les cheveux au vent sous un bandeau de perles,
IT LIS BVmS fAlNT-CHAUHOIlT. 18K
croiiâat à la hâte un ëtrcnt fidiu de gaie sur la soie de ses ëpaides dëlaoéesy parât tcnit agitée de sa précipitation , et se penchant alors vers cet homme inmobile :
<— Qu'est-ce que vous me yofulez , mon ami ?
— Ce que je tous toux, Jeanne !
A eet accent d'une voix qu'elle reconnaissait hîen , Jeaûie se rejeta contre le mur avec une sourde exdhmation de saifliss«aient : fascinée de ce fixe regard de père , une main tendue comme pour aller mesurer le sol et l'autre élargie sur la poitrine, elle resta muette, paralysée , froide* Bertrand ne lui dit pas un mot de plus ; il sakil par le poignet, il arracha violemment à cette stupeur, pour la contraindre à le précéder dans la me, sa coupable fille qui céda machinalement , et qui, pour rester de mTcau-dans cette m«rche inégale , courut deux fois plus vite que lui.
Tout cela se fit en un elin-d'ceil , et penchée comme aux écoutes à la fenêtre de l'entresol, la servante se mit à crier :
— Mademoiselle, attendez donc au moins que je vous descende votre chapeau et un châle.
— Vous n'en avez pas besoin , dit rudement Bertrand à Jeanne.
186 u câftftovsiL
Cependant il lui fit trayerser à grands pas l'enceinte de la HaUe , si large et si déserte entre ses quatre galeries en ëquerre. Au cadran paroissial de Saint-Enstache Thorloge marquait huit heures , et les ondulations sonores tranchaient sur le sifflement du ruisseau qui se précipitait dans l'égout. Des passans rares , un factionnaire accoudé contre sa guérite, des rues calmes et des maisons presque éteintes , Yoilà quel spectacle offirait ce quartier si tumultueux pendant le jour. Mais à mesure qu'ils arpentèrent la longue rue qui s'élargit et monte yers les vieux boulevards que trois siècles d'accroissement ont rejetés dans l'intérieur de la capitale , il y eut tout à la fois plus de piétons , de Imnières et de bruit. Bertrand tenait encore le poignet de Jeanne et marchait tou«* jours avec la même violence. Dès ee moment, mille obstacles se jetèrent au devant de sa marche , et ces empressés sans motif dont Paris fourmille, et les joueurs au volant dont la raquette usurpe brusquement la voie publique, et l'insolence des cochers qui lancent leurs chevaux à bride abattue lorsque l'obscurité ne permet plus de discerner les numéros.
Dans une de ces haltes le meunier regarda Jeanne dont la main cherchait à se déprisonner.
BT US BDTTBS gAIHT-CHAVHORT. 187
— Vous me faites mal , loi di^lle.
Bertrand la laissa libre ; mais à défaut de contrainte matérielle, se» yeux avec leur expression dure exercèrent un empire absolu sur Jeanne. Elle continua de se précipiter ou de faire halte; rapide s'il était rapide, lente s*il se ralentissait ; sans volonté , sans réflexion ; avec cet effroi qui craint de calûuler-et qui va.
£t c'était , pour ceux qui les' voyaient passer de front, une chose é^ange que ce couple, glissant comme un éclair à la lueur des lustres de nos limonadiers : lui, dans son grossier costume, coudoyant sans y prendre garde ceux qui restaient maladroitement sur sa ligne; elle, avec son indiscret demi-voile qui livrait au vent le désordre de sa toilette : pâle et docile femme, dont la pâleur était belle , dont la docilité faisait ndtre universellement l'intérêt de la surprise et de la pitié.
Un seul homme osa résister au choc de Ber^ trand , et parut manifester quelque résolution de contester cette autorité sur Jeanne : le malavisé fut sur le point de s'en repentir. Le meunier , portant peu à peu son regard jusque sous la figure de l'insolent qui le menaçait, sembla puiser dans cet examen provocateur un degré d'exaspération qui le rendit terrible a considé-
189 iS QàftftOUWL
rer. Jeanne , en s'âançant au bras de son père, fit un cri.
Le malheur voulut que la dbiosç n^allat pas plus loin. L'officieux céda.
Au boulevard Montmartre , Bertrand se dîri* gea sur la chanssée à peu près libre de voitures, entré ces deux courans de la bourgeoisie parisienne qui ruisselle, tournoie et bouUlonae sur les contre-allées latérales : peuple vtaiment exceptionnel , véritable et pur indigène du sol, distrait gravement entre deux émeutes par les moindres vétilles, de la rue , taquin et badaud, coudoyant et coudoyé, artiste sans goût, mélomane sans oreille ; facile à Faumène, du moment qu'on Famuse ; qui prend ses joies dans une toise de poussière , s*attable chaque aoir de la belle saison dans une cireulatipu ëtouffisnle* et se pâme au costume pittoresque deaooureeaes de rAlsace comme au charivari du cistxe de quelques vagabonds piémoatais i satisfait d'ailleurs de respirer les exhalaisons chaudes que les tonneaux d*arrosement soulèvent à travers la verdure poudreuse de ses promenades d'été; crédule à tous les programmes , attroupé devant le preiqier joueur de gobelets ; joignant enfin toutes les intempérances de TeAprit à tous les préjugés du défaut de jii^ement , et auquel
BT LES BOmS aMSUT^HAOMOlIT. 180
le mot de Maaarin sera long^tanps aftplieable , quel que soit le di«rlataDÎ8ihe qui dresse ses tiétata dans nés camfdurs. -
La France et rEorope ne saTent pas assez ee que c'est q«ie le bonrfifeoss' de Fafris : illÎRttt le. voir,
Jeanne et'Ber^and plongèn^t bièntôit dans oé £nibonr|p du Temple , non nioini eansetériatique arec sa. population , qni résume en quel* qaes heilies da lundi: sotr tmit le lirait ëparpîUé dans les Tues de la capitale pendant le reste de. la semaine* OnToit à duupieinstaaat, des jardins etdesoabaretsquiooiironnentoefaaboiirg, deëcendre eafiont de bandière dsslighod'àrtissm» bras dessus fatras dessous^ h<Mnihas)etfbiiunes,dont: les ooBCerto, exakéS'parlajoieea{fiteu8e d'unrepas hors barrière ^ ëbov^ilent les yitres e^ scanddîsent'helidQniiadaBremèi^ les oroittes, moins encore par la liberté des couplets que par le burlesque de réxéciitîon musicale. Le tapa|^ étsi la dernière ezpréssikm da plaisir &uboniîen ; il hà &u€ essentidilement nn auditoire^ Dans cet orchestre dont le personnel tient d^uis les bàtknoas de Toetroi jusqu'à la fcmtaine di^ Gblèeaii-d'Eau , c'est-à-dire nn espace de prèa de dnq cents toise» , les chants se suivait et ne: se resiiemblent pas : telle bande prenant poisr
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inspiratioiu les f^ndrioles traditioimdleB , telle antre pinsant le» ùmaos» dans les odes patriotiques de Béranger : fpieiqiie&*u]is piéfièreiit uûe mesure vive et bruyante de valse : le plus g^rand nombre , Fétàkige mélancolique de la riMaanee, le vin est tendre : et c'est à peine si dans ce chaos de gémissemens, de cris et de roulades , on saisit de temps à autre le grondement préci» pîté des fiacres sur une pente à iaiv» peur, et la retraite militaire que les tambours battent sur dirers points à la fois pour rappeler la garnison de Paris dans ses casernes. Et au-delà de Paris c'est encore le mêkne tumulte ; mais plus organise, digne du oamaral , avec ses danses sous les lanternes des jaiéîns , ses ntnaotoeux cnisi* nieh dans la vapeur des fournaises où tous les regards plongent 9 ses grands balcons ouverts et lumineux^ le bruit des pieds qui traînent, des mains qui frappent, des voix qui se crotsent, tandis que les patrouilles à Taffût des disputes, qui ne manquent jamais, font luire çà et là leurs baïonnettes au-dessus du pèle-mèle des rues : garantie purement comminatoire et par cela même plus efficace ; rien neprovoquant mieux les multitudes au désordre que le développement inopportnn dé& précautions de la police.
IT LES BOnSS SAINT^CHAUHOIIT. 191
' A la mjOirtëe de Bdlerille , des femUles entidi^ , gendres , bms , afenles et petits connns , nsTÎenHent des champ» sous la protection de la discipline et de Fennni , chargées des débris de lears YÎTres comme une isaraTane qai traverse les déserts. La grande sœur style les marmots ji respecter la fraîcheur de leur costame : et \ p9ur ménager son chien, l'exceUent père, attelé au chariot qui roule le plus jeune dé ses enfBins , s'essouffle et se met en nage sous le harnais. Il y a plus d'ordre, de parures citadines et de ciyilisatioa dans le bruité Au Ibnd des ruelles , à droite , à gauche , sous la yerdmre illmninée , on entend les efforts de Fescarpolette , le toitfnoiement du jeu de bagues , les éclats du colin-mûUard , les bouffées du rire , et ces tentatives à faux de la colombe artificielle, dont le vol abandonné dans sa courbe à la direcdon de la tringle qui la soutient doit mettre le bec de fer en rapport avec la détente et déterminer l'explosion d'une arme à feu. Tout est lumière, agitation, symphonies. On cause devant les portes: les étourdis se poursuivent en heurtant les vagues populaires, et le petit rentier, consultant l'heure à sa montre d'argent , dit à sa femme : -^ Restons sur la hauteur, ma poule : nous verrons le feu d'artifice dé Tivoli.
192 LB CABMOm
GepoulÉiit, taciibtrnéetliâtif , BeitofUD^ contumait d*eiitraiMr Jeanne, qoi'haletfeiîtdefalîipte et ne disait mot. La {dus fr^e embarcatiim qui Teraonie le cours d'un fleiLTâ à loor d0 rames idiaflfiettnlpngfâllageenarnère^demétee leur dÎTersion rapkle ouvrait la foule qm s'échelonnait en double ligne de cmieKx* Qa ùissit inTolontairemen* babe pour les siâvre du rogaordy et tous deux pouraient saimr au passage d'étranges Gonjeotures et des exclamations de iKBrpiise. Enfin le meuniw, P<>u' ^ dérober peut-être à cet examen , que l'épuisênient visî- 'ble des forces de Jeanne rendeût presque um- ▼ersel depuis la montée de Belleville , s'^igan^ dans une ruelle que lastransitiou brusque des lumières aux ténèbres rendit sombre aUx yeux â>louîs de sa fille. Elle cbàncela; maïs d'ime main ferme il mit boa ordre à la. cfanie sans diaeontinuèr d'acoél^et la mardbe. Où idhôt^-wi par là? Elle n'en savait TÎssk , et ce ne fet qu'après avoir débouché toutnà-icouii siur le pUtoau désert des hauteurs qui eommaadent au paysage dont, la basilupie de Saint-Denis est le centre , que Jeanne devinal'i^roiche et le thé&tre d'une exjdAcatîoii , pour laqpeUe son père dtèrcfaaît sans doute Avant tout le silaice de l'espaee et le my stète de lit sidiittde.
BT LIS BVTfBB tAINTMÏHAVHOlfT. 'MB
La liffie alors, iadmée am fond du oiel cottine le délie eroimiant de perles qui se détaoherait de l'aigrelte d'une sultane, ne parsemait les aiea«tours que d'une lueur adouoie^r L'alphidiet des eonstettalions ou, sans le secours de l'Évangile, chaeoR peut ^ler en earaotères d'or l'meffa* cable nom de l'Être-Suprème, vibrait duis Tatmospàère grise et rapopense : il n'y ayait d'horiaon que dans le firmament. Sous l'inâu^iee de ces mates clartés , autour des flancs de la coUine «t dans le» proicmdeurs du bassin de la plaine , un brouillard bleu piilimait de «a gaie monotone les fucti!» encadremens de murailles , le sillcm insensible des avenues rou*tières , de ternes b&timens , les files de maisons éteintes , et des clôtures d'arbres presque dé* molies par les raeiUations de la bnime. Sur divers points, a vdi d'oiseau, l'accidentelle illumination des bals cbampétres imprégnait l'air d^une tiède auréole : et tout à la feus l'on entttidait bourdonner , là^bas, les sourdes rameurs de la danse , ici , des myriades d'insectes eiécutant lemrs frêles sarabandes autour du calice d'une fleur : et dans l'obscurité , de loin ou de près , suivant que la brise s'y refusait ou le voulait bien , les grelots étemels de quelque lourd attelage dont la marche broyiût pesam*
1§A ut cAuovnt.
ment le sable d*ime ehaoMée sur je ne sais quel grand chemin que Ton ne discernait pas. Tout cela faisait rêver à ce qu'il y a de voilé par FonibriB et d'absent dans la nuit.
Mais la timide perspective des campagnes ne donnait que plus de saillie aux rebords fermes et tranchés des hauts parapets militaires, où dans la prévision de l'homme des Gent-Jonrs les armées de l'Europe devaient se heurter inutilement contre la supériorité de notre artillerie. Avec ses embrasures de gaxon et ses talus de luzerne la vive arête des fortifications impériales se détachait sur la vapeur des bas-fonds : c'était ime ile. aérienne dont les flancs plongeaient dans l'espace. De distance en dislance, i la limite angulaire de cette plate-forme qui domine tout et qui de promontoire en promontoire va depuis l'escarpement où Paris se dérobe jusque vers le rideau boisé de RomainviUe , de larges pans de rocs , que la sécheresse détache du faite a la base , inclinaient leur noire chevelure d'arbres au-dessus du creux des ravins pour en interro^r les ténèbres , ou reluisaient par éclairs à la fumée vive et blanche qui se dégage des fours à plâtre généralement perdus à deux cents pieds de la cime près de l'invisible soupirail dès carrières. Çà et là, dans les espaces
XT LES BUratS SAHIT-CHAVHOIIT. 19S
dont le poteau municipal interdit l'abord , à la superficie de ces buttes que la manie bourgeoise bariole intrépidement de jardinets et de pavillons , des fondrières produites par les éboulemens delà masse dans les fouilles souterraines qu'elle surplombe et dont les grossiers arceaux rompent enfin sous le poids, ouvraient comme des taches d'obscurité leur entonnoir circulaire et leur déclivité périlleuse : menace dont personne ne prend conseil. C'est seulement le lendemain des catastrophes qu'on veut bien fronder amèrement l'imprudence dès hommes qui se promènent la bêche et la truelle à la main sur ce plancher dent, cent toises plus bas, d'autres hommes rongent de jour en jour les entrailles avec la poudre et le marteau. Il n'en résulté rien de plus. Le carrier continue de préparer une fosse à l'homme de la hauteur qui tuera son meurtrier en y roulant. Il y a toujours double emploi pour la mort , le Gode pénal ne ferait pas mieux.
Ce fut en reculant tout-à-coup d'épouvante à l'aspect d'une de ces fondrières, que Jeanne sous le coup d'une palpitation subite enlaça Bertrand pour lé faire rétrograder.
— N'avancez pas! mon père, s*écria-t-elle , il n'y a plus de chemin.
— Silait, répondit-il d*iDie voix lente et en la retenant. 11 y en a deux : œlai qpe nous en anièie et eelù que Toîià devant
EUe criit rêver on laal entendre , et levant tes vqgardft vers lemennier dont le doigt désignait rexeavati<m, elle fat prise d'an frisson brosqne soivi bientôt après d'une vive d^aillanee,
Bertiand semblait tranqnîUe ; mm il éUit pale.
Jeanne appufa la tête snr la pcntrine de son père.
— Sainte Vierge! il va ne tuer, dit-elle en tremblant comme la feuille.
-— En douties-vous , Je^une?
Les bras de la malhenrense glissèrent : toute brisée et coavulsive , elle l^eurta lourd^Daent de sa figure la boucle d«ft souliers de Bertrand, tandis que rouverture béante du rayin, dont ses yeux ne pouvaient se détacher , impriiaaità ses membres couverts d'une suenor. froide les frissonnemens du vertige et le» sp^tf mo^ de la penr.
— Grâce ! gdioe ! mon pare !
. Il mit ses bras en croii^et: remua twtement la tête.
ST LBS BUTTES «AIlIT-CilAIJllOlfT. 197
— Gescpi»4à ii'<Mendroptrieii* — Jeanne! la misëneonle n'est pua possible pour la fille à jâUMùs perdue» <{ai, dans FÎTresse de ladëbanelie et du Tin, a jelé Toutnige et la d^îsion à ses parensm Lorsque le vice en amye à ee point d'iojvrier sans oanse et de lerer la main sor «m père de gaieté de oosor , la senle ressource q[uî reste est de Féoraser dans son venin.-^ Jeanne^ mon mépris ne Tons suffisait pas. Yons avies en même t€»nps besoin de ma colère , et tous aTet porté témoignage contre Tous^méme. — Grâce, dites-TOus? oh ! inoos saTez si tous m'ayez fait grâce.
Elle reloTa la tête ayec des supplications, dans la Tôix et des larmes qui ruisselaient ; puis elle s'efforça de se redresser sur les genoui^*
— (Hi ! ne dîtes pas cela ! cela n'est pas» — Ne le croyez pas, mon père ! on tous trompe l •^ Je n'ai rien fait de pareil.
— Osem^TOHs, interrompit Bertrand aToe.
force , ajouter la lâcheté du mensonge â l'indignité de l'insulte? De tous ou de moi , quel est celai qui reste croyable devant Dieu? — N'êtes- TOUS pas la , sous mes pieds , Jeanne , arec une toilette d'effrontée ?— Ne Tousai-jepas vamassée au seuil d'une maison de libertmage? -^ N'y
avei-TOus pas irenié le baptême de notre é^^ise
198 LS CAllOVSIL
pour lebaptôme de vos semblables? — Parlez.
— Ces perles qai tous accusent, est-ce la main de votre mère qoi les a semées dans vos cheveox? 08eriez-*TOQs dire que vous sortez d'un lien pnr? Ne répondez-vons pas maintenant a d'antre nom qn'an mien , qu'à celui de . ma sœur? — Manque-t-il une preuve , une seule preuve, à tant de honte? Dites, que faut-U encore pour votre condamnation? — Allez, Jeanne ! pour un crime de plus vous ne mourrez pas une fois de plus.
A travers le bruit de ces dernières paroles , Jeanne.entendit armer un pistolet dont Bertrand tourmentait le pommeau dans sa poitrine . Elle fut debout avec la soudaineté de l'instinct : et , comme une insensée , elle courut éperdument embrasser le poteau qui dominait la fondrière en appelant au secours avec des cris de détresse. En deux pas Bertrand la rejoignit et meurtrissant ce firéle poignet dans ses robustes mains : • — Il te faut des défenseurs , n'est-ce pas ? lui dit-il ; eh bien ! je le veux aussi. — Marche 1 •— Mais tu perdras tout l'avantage de la résigna^ tion , malheureuse ! car sur l'aveu de leur conscience tu n'éviteras pas l'arrêt déjà prononcé par la mienne. Us sauront pourquoi je veux t'arracher la vie. — Marche ! — Penses^tu que
ST LIS BtJTTCS SAIIIT-CHAUMONT. 109
j'aie cherché la solitude uniquement comme un criminel qui tremble ? Non , pon , Jeanne ! je voulais te donner tout à la fois ma bénédiction et la mort. Tu ne veux que la mort : cela se peut. -- Marche! — Je ne crains pas le grand jour. Je ne sais pas un seul homme qui puisse s'opposer aux résolutions de Bertrand , et tous sympathiseront arec ma juste sérérité de père en apprenant ton infamie.
Il lâcha Tiolemment le poignet de Jeanne qui ne songea plus à Mr ; mais , après avoir écarté ses cheveux plaqués à ses joues par la sueur et les larmes, elle heurta ses mains jointes à ses genoux , et cria hors d'elle-même :
— Mais, mon père ! il y a tant d'infâmes qui vivent!
Un sourire d'amertume effleura le visage glacial du père. Cependant il reprit d'une voix calme :
— - Et, par conséquent, tu voudrais vivre aussi, Jeanne! Mais où cda? — Puîs-je, ré»
ponds-moi , te conduire de ce pas à Fublaines , lorsque les charmes de la vie simple et domestique sont tellement déshonorés dans ton esprit? — Non! l'infect levaii^ des plaisirs qui font souillée fermentera désormais dans tes rêves : cela reste. -^ De quel masque te couvriras-tu
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pour naorpor l'eslime et l'amitié de tes jeunes camarades? Sais^tu bien que t^ fréquentation sera pour elles un péril ; car le principal soulag^ement des coupables est de corrconpre tout ce qui les entoure. Serais-je assez lâche pour me taire envers les parens , ou faudra-t-il que je te place moi-même un écriteau siu* le front? — Jeanne! ton père ne peut te trahir ; mais toi, tu te trahirais à la longue !— On ne .triomphe plus de ses désira lorsque » pour les satisfaire, on a méprisé sa famille et Dieu! A tout prix, il te faudrait les parures de la ville, ces parfums mêlés a tes cheveux , les pierreries qui tremblent à tes oreilles, une existence toute de paresse et d'amusemens à la place de notre grossièreté laborieuse et pure ! -* Mes baisers seraient bien froids à tes lèvres , Jeanne 1 Car je ne les accorderais qu'au repentir , et tu ne sais que trop aujourd'hui qu'il en existe de plus ardens i meilleur compte. Avec des précautions, qui peut-être tromperaient ta mère, mais qui te rendraient tôt ou tard la fable et la honte du village, le désordre se (pisserait de nuit sous mm toit. — Non , te dis<je !-^Mème à la faveur du plus profond silence, il est impossiUe que tu conformes ta vie à lanètvO) et si je te voyais reconnue et divulguée , je me reprocherais
■T US BUmt UlIHT-GBAVMOHT. Ml
GOBUBe nue Uohetë l'ijoanieinent de ta mort.
— Ne songe p« à ^vm, Jeannef oar ta n*eê pk» digne que de Pam. •*-* Et qu'y snuije Tenv lûi^Q? Tem anadMT.^-^Ta n'y rotonniferas pas*
Jeanne, bcisëe par ce mot tertilile , kemia s<Hi front contre le poteaa, et se tonla sur le sable arec des oiis perçans , avec dee hoilemena sourds.
^ Si je t'y recondiÛMiis, Jeanne!.^.
Il parut faësîler : lamaibeurenae, dans l'intenraUe de eetle panse^ qa'eHe regairda ctnnme tiitè kieur de halvii^ se saisit des jamhes de son père qn'eUe étreignît frànétlqnemont contre son sein*
Il continna ; mais sa parole était de fiel , et soaexaltatioB grandissait TÎsiliiement par degrëa.
— Ce serait dono pour te rendre , Mbre de •wiq[>nles etd&craîiite 9 à la dëbauolie qui t'ai*> tend «ons les rideaux ; pour m'asseoir , pins vil que le demifsr des raiséraldes que lé oiel ait fàTO* riaé dSn nom de père sans lui en réy^er les drettfl , à la table dressée par tes amans? Ce serait , n'est-ce pas » Jeanne , pour être Ion pro* Mctéur dans le désordre et ton jouet dans le mépris? '^ Il ne £mit pas se réerier 9 Jeanne I -^ Te ren^eyelr Tiraste , e*est donner les mûns àtoirt;tQtsÎMer kyie, e^est le laisser le TÎce.
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Ob ! alors il serait curieux d'étadier ton repentir ; ear, après la marge que ta t'es déjà doFnnée , lorsqu'à ta connaissanoe il battait un cœur d'honnête homme dans cette poitrine, il n'est plus permis de se demander si ta mettrais un £pein à tes d^ortemens dès que tu tiendrais de malàohe miséricorde ton lirret de prostitution. Ma faiblesse aurait sanctifié tout. — £t ne crois pas qu'il faille en essayer pour le savoir? On peut tout prédire , J#anne ! et tes excès qui finiraient d'eux-mêmes , tandis que les dégoûts ne finiraient plus; et le Tic». qui , dans la satiété des récidiyes , Toudraît derenir quelque chose de mieux ; et la laideur de l'ame qui s'écrirait bientôt sur ta figure ; et la sellette devant quelque tribunal de basse police , avec le verrou des prisons prêt à se roui^er sur toi. — On va si loin quand on va de la sorte : c'est là un bien long , un bien effiroyable chemin. Puis , après tout, il n'y a pas d'éternité sur terre ! il fiiut mourir , Jeanne ! — Va , crois-moi, le plus tôt est le mieux : j'ai plus de pitié pour toi que toi-même I
— Non , s'écria-t-elle. Je veux vivre! Je le veux. — ËnfismesHnoi dans un cachot! Grâce !
*^ Que l'on m'y jette .à peine du pain , qu'on me refose la Imoière! Frappee^moi : mutilei^
ST LES BVTVBS SAIIIT-CHAIIIIOIVT. SOS
moîl Quejemanque de tout, s'il le faut. — Maisj mon père , grâce 1 — Je sais si jeune : il me faut la yie. D'ailleurs , je veux voir ma mère : elle me pardonnerait , ma mère ! car je l'aime, car elle m'aime. — Grâce ! — ; Enfin, vous n*avei pas le droit d'arracher une fille à sa mère.
— Et ce droit, l'avais-tu plus que ton père , Jeanne ?
— Mai» vous êtes devenu cruel : oh ! sûrement , c'est que vous ne l'aimez pas ma mère ; car elle en mourra ! car ma perte fera son désespoir.
— Elle ne l'apprendra que comme im malheur , Jeanne. — Le reste , je le tairai. — Un jour ou l'autre, ta vie lui rév^erait notre honte. J'en garderai le secret mieux que toi.
Jeanne, accroupie en arrière, laissa retomber ses mains , et courba sa tète dont les tresses blondes s'éparpillèrent en se déroulant ; ivre et mourante, elle -mêlait â des sanglots un murmure de paroles mal articulées qui semblaient une voix d'enfant , implorant la pitié des hommes du sein des entrailles de la terre.
— Oh ! tout cela est bien affreux ! — Quoi !
pas la moindre pitié, mon père , et pour votre fille ! -> et dire que je tous ai vu risquer la vie sous la roue de notre moulin pour sauver les
joan d*im enhni qui n'était pas te rtee.
— Que n'ëtait-oe toi , Jeanne ! -^ et <|ne n'ayons-noQS péri tous les deux !
-^ Bien jpoor mot ! •*- Bien! — Mais il n'y a pas deux ans, mon père 9 tous aTes obleim , pTe8<pi'aa pied même de Fëdiafinid, l'adoociMe* ment de la peine d'un assassin ?
— C'est qu^il n'était pas de ma famille, Jeanne.
— Grâce! mon pèpa, |;ràce! -^ Car, ma mère me l'a dit , vous l'avez &it dans un dnel i celoi-là même qui Tenait de tirer sur vous.
— C'est vrai , Jeanne I et dans les questions d'lionn0ur on est ' bien heujteux , jkimpi'on s'estime 9 d0 se trouver quittes sans avoir Tersë de sang!
Il y eut un silence : elle se Iota , elle ae précipita vers kii , elle le saisit avec des exdamations folles , des mouvemens nerveux et des frissons ; elle souriait avec une voix éteinte : il y avait de la peur et de Timoiur dans ses caresses, dans aes efforts , dans ses prières : et Bertrand la suivait avec un reii^ard où l'attendrissement ne se dissimulât pas.
— Vous ne me tuefes pas, mon père* Eaice que vous en Auries jamais le omur! -^ Non ! oela n'est pas possible. J'ai yu mourir un oiseau » et
£T LS8 BOnS» SAlIfT-CHAUKONT. Më
j'étonfibis. — Voyons, mon père, regardezmoi! — Ne jooez pas avec ce pistolet, je vous en conjupe ! — Il n'est pas charge : oh ! non , il n'est pas chargé : je ne puis le croire. C'est égal : si vous vous blessiez f — Vous ne vouliec que me faire peur, n'est-ce pas? avouec-le. — Avonez-le , je vous en prie ! Oh ! j'ai eu iMcn peur : je dois être pâle. Voyez ! tout mon pauvre corps tremble. Donnez-moi la main : j'ai froid, je brû}e ; les dents me Ibnt mal. — Par grâce , mon père , ne vous penchez pas r ëloignonsnoos, et rentrons dans les champs. Il me semble qu'il y a quelque chose de lourd et que je ne vois pas , qui m'attire au fond de cette carrière. Je ne dtstiague rien : cela m'épouvante! — Et je pouffre ! — Par pitié , regardez Jeanne , votre Jeanne qui vous aime , qui pleure , qui vous embrasse ! — Je suis coupable , et beaucoup : c'est vrai. Il feudra me tenir sévèrem^it , vous ferez Inen . — Mais aussi , soyons justes , c'est cette femme! — Ëst*ce que je pouvais deviner, moi f voyons I — Pourquoi l'a-t-on fait venir? — Cest le curé.qui vous a dit : Qu'on l'emmène ! — Si j'avais pu prévoir, j'aurais désobéi. J'étaÂs .honnête sous vos yeux : je pouvais reprendre courage. Ëh, mon Dieu! quand on a bon cœur, il y a de la ressource. Il fallait me
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battre et me garder. — Est-ce qae je songeais à Paris? — Tout vient de là. Ce n'est ni votre faute ni ma faute. — Oh ! qu.e vous avez mal fait d'y consentir ! car vous pouviez dire non , et je serais restée. Enfin, est-ce que je vous en ai prié , dites ! — Vous le savez , j'étais si soumise ! Avec un signe , dès que vous le désiiies j'accourais près de vous ; car — ce n'est ^s la peur qui me le faijt dire — - je vous aime , oh ! — je vous aime ! -^ plus que ma mère peut-être ! Vous êtes si bon ! — Et dans nos soirées chez les Bongrand, mon père, étais-je heureuse, quand je refusais de suivre les garçons à la danse , déjouer avec mes petites cousines ; que je m'asseyais dans le gazon , à vos pieds , mon père ; que je m'accoudais sur vos genoux; que vous attiriez doucement ma tête contre votre poitrine , pour causer de chose et d'autre , car j'étais curieuse , vous savez , et je voulais tout apprendre. Quelquefois aussi mes demandes vous embarrassaient : et, même quand vous ré* fléchissiez, vos doigts se jouaient enccure sur mon front. Puis , tout-à-fait à la nuit , bien tard, quand la rosée tombait , qu'il n'y avait plus qae des lumières, au loin, dans les champs, e^ beaucoup d'étpiles dans le ciel, alors nous revenions au moulin par les détours et les sentiers
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verts , pas a pas et si lentement , que le chemin était qnatre fois plus long : mais aussi ic'est que je ne songeais jamais à rentrer. — Tout ce que je Toulais , vous le vouliez ! — Vous me cherchiez des grandes fleurs ronges dans les seigles , et des beaux bleuets pour ajouter à mes cheveux! et vous m'embrassiez quand un voisin s'écriait sur le passage : — Cest bien là tout votre portrait, Bertrand! — Si quelquefois, en négligeant mes devoirs du matin , j*avois fftché ma mère, vous me disiez des choses justes sur ma négligence ; vous pleuriez même en Ae grondant : et ma mère , en m'attirant sur se^ genoux avant le souper, pour faire la paix, devinait toujours vos gronderies et vos caresses ; éar! je l'embrassais plus souvent , et vos joues étaient humides. — Ah ! — Je savais bien que vous me regarderiez. — Oh! mon Dieu! que j'ai la bouche sèche ! — Mais nous devrions être bien loin d'ici. Voyez donc, mon père , si le pied venait avons manquer, on se tuerait pourtant ! — Soutenez-moi ! — Je suis si faible ! — Vos larmes me calment! — N'est-ce pas que c'était une plaisanterie ! Dites-le mioi : qu'est-ce que cela fait maintenant? — Oh! la leçon me profitera ! Vous me ramènerez à ma mère , 4'abord ! n'estil pas vrai? '— Mais ne Vous détournez donc
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pas! •— PlAris«..i oh ! Paris , e'est bien horrible, allev! On BO sait pas ce que c'est! Leeoréabieii tort. r~ V0V1& ayes appris ce que ees gens de la ville ont fiât de moi ! ! ! Il ne faut pas qne ma mère le sache. — Nova nous en garderons bt(9&, n'est-ce pas ! — Mais r^M>ndez donc ! On dit nue parole « oa me odme, — Ëst-œ que tous croyes que je regrette Parîs^ mon père? --- Mais c'est un enfer qœ Totre P^uris ; mais c'est une eadstence de fea> qui détruit , qqi rend foUe , qn'cm ne peut fuùr de sdirm^EDe et dont ob a peur; mais je ne songeais dé)à plus à Dieu , à rien : la réflexion: m'épouTantait , et je 96 pouvais rester sente. *^ Vous œ^ vous en faites pas d'idée ! H n'y a rien pour exprimer cela. — C'est de la fièvre I •— Ne m'en parles {dus. Je m'attaehe à vous , je hwe vos mains : je me repens , mon père ! FJoignaz-moi ! au nom du ciel! éloignes* moi ! Aussi vrai qu'il n'y a qu'un Dieu ! comme je suis votre Jeanne , sur la vie de ma mère , je me repens I
Bertrand 8'agenovK^la.
— Oh!:mon Dieul s'-éçisa-t-il avee un eur thousiasme farouche en élevant la main et le pistolet vers le ciel: c'est sans doute la condaJn^ nation de ma folie devant ta justice qpe j!aie laissé chanceler Jeanne dans ks voies du nuil ,
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en oubliant de veiller sur elle ; car ma faiblesse a laissé flétrir à l'air empoisonné de Paris le germe de bien des vertus : mais un rayon de ta l^râce vient de lui^ dans ion ame. Que la bé* nadiotion de sa mère et son repentir lui profitent! Le repentir est un nouveau baptême.
C'ost tous Gdtte double sauve «garde, grand Dieu ! qae je te remets Jeanne ! Un retour sin* cère a droit , je le sais , à ta miséricorde* Jeanne ne bronchera plus dans cette fange. C'est aux dépens de mon propre salut que je détourne sur moi la responsabilité de son avenir. Je lui sauverai les risques de la vie sur terre : car telle que la voilà, flétrie par le vice et réconciliée par la terreur, elle est au-dessus de tes anges dont la tentation n'approche pas. Ouvre tes bras pour elle , et ferme-les pour son père : je ne reculerai pas. D'autres auraient la cruauté de la maudire et de la laisser vivre. Que mon ame suffise et paie dans l'éternité pour la sienne ! J'assure son rachat en me dévouant : j'aime mieux la bénir et la tuer.
Après cet acte d'exaltation, dont Jeanne , débilement adossée contre le poteau , bégaya chaque parole , mais des lèvres et sans pouvoir en déterminer la signification fatale , Bertrand se leva , et d'un geste d'autorité fit agenouiller
SIC LB CARftOVSBL, ETC.
sa fille dont il toucha religieasement le front de ses mains.
Pois comme elle se redressait arec joie pour Tembrasser , car il l'aTait bénie , un yif éclair glissa dans la plaine , et Fécho de la fondrière répéta l'explosion d'une arme à feu.
Ce fîit à peine une explosion de plus dans le tumulte des fêtes qui se prolongèrent fort avant dans la nuit du 22 au 23 juillet 1822.