‹ Le puritain de Seine et MarneChapitre 3 sur 13 · U G0H6HÈ · texte numérisé non relu

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A la maison , les enfans qui ont de la gentillesse ( et ils en ont tous , car on les voit avecdes^ yeux prëreniis ; ils sont de notre sang , et prennent par-ci par-là qaelqnes-unsde nos défauts); ces enfans-là demeurent faibles sur l'instinct de la prévoyance : on ne les y exerce pas , on en a pour eux. On court au-devant de leurs moindres besoins et jusqu'à certain point de leurs fantaisies. — Vous avez de la mémoire , dame Madeleinre? Entre nous, s'ils ne voient pas plus loin que le bout de leur nez , n'est-ce pas fort souvent que nous n'avons pas essayé de voir|dus loin que le bout du nôtre à leur égard ? On les choie, on les embrasse , on a mille pe^ tits ménagemens. S'ils tombent sur le derrière, on en perd la tête. S'ils pleurent , on leur offre la lune. S'ils ont un petit bobo de rien , la maison est sens dessus dessous. C'est par nos faiblesses qu'ils nous prennent , comme par des anses. On les croit innocens ; c'est une erreur. Ils peuvent n'avoir que cet esprit-là : mais ils l'ont bien. — Qu'en atrive-t-il ? Les années viennent : l'âge mignard se perd ; l'exigence légitime des parens amène la sévérité. Les mamans , qui sont de meilleur matin moins complaisantes que les hommes , parce qu'elles comprennent mieux en définitive ce que la destinée de leur

AU KOULIN. W

sexe sur terre prépare de tracas et de devoirs à leurs filles , s'affligent plos amèrement de cette inertie. La première claque est donnée : c'est le commencement d'un long chapelet. La main s'f fait , et ça ne coûte plus. L'homme s'émer* veille nn beau jour de ce changement, et n'y comprend rien. Ses calculs et ses travaux l'absorbent trop pour saisir cette nuance : il n'en y oit que le côté déplaisant, et les pleins pouvoirs qu'il donne à sa femme pour le gouvernement domestique , ne vont pas jusqu'A lui démontrer qu'elle ait toujours Maison. Ëlte donne de fort bons motifs pour se justifier ; mais elle donne aussi de très-bons coups. Gela met martel en tête du père que l'excellence des taloches inquiète.— Bertrand souffre tandis que sa conscience approuve Madeleine r Madeleine qui le voit boudeur dit que Bertrand gâte Jeanne : la zizanie se glisse sourdement entre le père et la mère : et c'est un grand point d'appui pour la désobéissance . parce que , sHe vice n'a pas de jugement, il a quatre fois plus d'esprit que la vertu. — Une fois à ce point-là , l'éducation domestique ne vaut plus rien : elle déprave au lieu de réformer. Le mal ne ferait plus que croître et embellir : il fout essayer de l'éducation chez les autres. '

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«— Jamais , monsieur le curé ! Jamais ! s'ëcria Madeleine avec énergie.

— Monsieur le curé , ajouta Bertrand, je dirai là-dessus comme ma femme. — £t cependant, Madeleine, avant de nous prononcer, il faut savoir : car

— C'est tout su , et je n'y consentirai de ma vie. — Ma pauvre Jeanne chez des étrangers!

— Mais y penses-tu , Bertrand? — Mais pouvez-vous nous le conseiller, monsieur le curé ? L'éloigner de moi qui ne suis pas une minute en repos lorsqu'elle est dehors I La mettre sous la dépendance des indifierens qui n'auront pas le moindre égard à son caractère ! — Non, non !

si je la gronde , je sais jusqu'où je puis aller, et je ne me fierais pas à d'autres de ce soin. Si elle se plaint , c'est du moins avec la liberté d'un enfant qui ne se trompe pas sur sa mère. — Je ne suis pas riche : maiâ , après tout, les doigts donnent du pain , et tant que je serai vivante notre Jeanne n'ira pas en service. Ceux qui veulent des valets peuvent aller ailleur9. On n'en trouve pas chez les Bertrand.

— Si vous ne saisissez pas mieux ma pensée , dame Madeleine , nous parlerons d'autres choses. Le service ici n'est qu'un mot pour un autre, et je ne conseille qu'une épreuve.

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