CHAPITRE III
Un* beUe fenuae qui a les qiuUtâ d*an Wa« nête homme , est ce qu'il y a aa monde d'un coBia«)rce pins dâieimuc t en ttwfr* «n M* tout le mérita dea denx aczet.
La BaoTua. Z.«« Caractères,
latcr se (eminoa aadea oonunitUrt...
Mentitorque rimm prodigiota renna .
M »&OrXSSIOM SB FOX S'VMS JOUS rsiucB*
Arats aroir va cheval et caralier filer ccmimo le Tent par la route de Meaux , Henriette alla délivrer Jeanne» Sans prendre garde à la con* fusion de la villageoise qui fondait assurément sur sa persistance à bouder Fe^poir d'un éclaireifsement , le mentor féminin proposa les distraotionade la promenade. On partit : onmarcha quelques minutes comme au hasard , et vers le milieu d'un boisement étoile de plusieurs rou<' tes on s'engagea sous le dôme d'une longue
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et mélancoliqae avenue. Un pavillon se présenta. Henriette fit jouer le ressort «le la grille qui retomba de son seul poids.
On se trouvait dans le res^e-cbaussëe d'une galerie obscure.
En poussant les volets de la croisée qui faisait face, Jeanne eut aussitôt la surprise du plus ravissant coup*d'<nil. Une délicieuse pelouse s'élargissait avec la perspective sous des groupes d'ébéuiers et de lilas qui projetaient en cascades parallèles leurs touffes courbées de fleurs. Le ramage étemel d'oiseaux de vingt espèces , captifs sons l'archal d'une invisible volière, «youtait au charme de la sensation qui frappait tout d'abord à cet aspect si plein de fraîcheur, de repos et d'ombre. Les oiseaux de l'espace , envieux de cette captivité, venaient, avec des gazouillemens et des bi^temens d'ailes, s'obattre par troupes autour, de la volière et becqueter le treillage. Par intervalle la pelouse était coupée à vif, entre les ondes veloutées de ses mamelons et de ses creux , d'allées circulaires et savonneuses. L'oranger frileux livrait au vent ses parfums. Ça et là , sous des bosquets de l'aibre de Judée , dont la sombre végétation des ifii mettait en relief les dentelures vemœilles et roses y de pâles statues de marbre boudaient sur
leon piëdastau : et c'était crannede la fiéeiie et du rêve; car, complices d'une même pensée d'art, le statuaire et le fiteuriste avaient uni la serpe et le ciseau pour placer discrètement cea mnettea apparitions s^ns des colonnades de Terdore : elles en animaient le calme. Plus loin , a travers les tuiles en claire-voie de son parapet^ à la manière, de Florence , ëtincdait le liseré d'argent du canal , avec^ ses gi;oupes de cygnes à la démarche dédaigneuse et lente, dont les cols flexibles plongent ou se redressent périodiquement : et vers l'autre bord, à l'extrémité d'un* arche si furtivement élancée dans les airs que l'audace de sa. courbe devait la faire regarder comme le chef- d'œuvre du site , un ^▼illon octogpne, isolé sur sa terrasse à.double perron ^ ofifrait le contraste de ses rampes de bronze qui se découpaient en arabesques sur des tentures cramoisies, et de sa blanche façade, plus blanche encore des écailles de son toit en ardoises* Mille édaircies ouvraient à, chaque pas un nouvel horizon : bien qu'un massif de verdure forestière enveloppât ces lieux d'un large et fixais rideau, les regards, en fouillant floos les allées furtives de sa base parmi les tropcs de marronniers dont Les rayons du soleil illuminaient l'écorce, se {atiguaient à détailler
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lOÊ richeflsetf pittoreBqiieff de ce j»ntîB, «loM iolitaife.
Jeanne, quoique familiarisée à la solennité des sites naturels, sentit avee ravissement frémir pour la première fois , dans le sanctuaire de sa jeune imagination , l'instinct qui nous initie au monde artiste , et qui porte le génie de Thomme k dépraver les ouvrages du Créateur pour ployer leurs formes agrestes aux harmonies volup»
tueuses.
Elle se dirigea sur les pas de madame Bris* sart vers le pavillon d'été, avec cette émotion de surprise enfantine aussi naturefie à son âge qu'à son ignorance : souriant à ces fleurs qui se dressaient sous sa main , à ce désordre correct qui n'est pas tout-^à-fait de la symétrie , et de plus en plus étonnée qu'Henriette ne manifestât pas le même étonnement. Elles foulèrent la pelouse et gravirent le pont.
L'enceinte de l'édifice étalait ce luxe de bonne maison qui éblouit et impose ; alliage séduisant d*élégance et de simplicité. La rosace merveil* lense du parquet , la mythologie du plafond , ces tapisseries des divans aussi brillantes que la peinture , les glaces répétant Tune par l'autre a l'infini les gerbes diamantées du lustre , cet en* semble de faste et de mystère, de paix et de
nMfpûfiofBM , tinrant long - temps br J^qm payMiuio en extase : et ce fut uo grand dMunne ponr sa coquetterie dont le mesquin vsàtw de sa môre avait oooupë t«Bt de fois les caprkaes, que ces trmneaux briUans et démesurés dont les surfaces polies redisaient et variaient au fond d'une perspective circulaire la graqe de se»
maintien et la malice de son sourire»
£Uene boudait plus : elle s'admirait* Sa compagne l'attira près d'elle sur un divan 9 et déposa > pour être plus à l'aise , le Imrge chapeau de paille d'Italie dooi la passe emr prisonnait les anneaux d'une chevelure noire qu'elle savait bien être une de ses principales beautés. Alors elle commença d'une voix deuc^ l'interrogatoire décisif que Jeanne , en moins d'une demi^-heure , avait désiré si vivement et si complètaanent oublié. L'amour-prepre nuisait dans sa mémoire a Uamour : €|9 sont deuac rivaux qui se jouent fort souventde ces tours^-U^. — Jeanne, tu dois te montrer franche avec moi. Nous somntes seules et personne ne viendra nous interrompre* Ici tu n'as pas à craindre la sévérité d'une mère. Une feinte plus prolongée serait inutile. — Je ne me reconnaia pas le droit de te donner des ordres , et je ne veux agir que sur ton o^ur. Dis-moi la vérité sur ce
ëd LA vionssioif BB roi
jeune homme qui poayait g ra v e ment te compromettre. Je ne te parle pas de moi : tn n^ayais pas encore assez de garanties da yif intérêt qne je t'ai Tonë dès la première Tue , pour ménager la snsceptibilité d^me étrangère : mais je ne reuK plos le rester dès ce moment à rien de ce qui te concerne. Peut-être te troureras-tn bien de mes conseils , ma bonne amie , car je suis indulgente , et nous ayons promis d'être sœurs.
L'abandon qui régnait dans ce discours attendrit Jeanne , qui cacha sa confusion sur le sein d'Henriette. Après quelques étreintes embarrassées , toute rouge de reconnaissance et le sein agité deë caresses de sa protectrice , la jeune yillageoise se décida.
— Oui , madame Henriette , je ne yous cacherai rien : car je n'ai rien à me reprocher; et certainement que ma mère aurait su tout de même ce que yous allez savoir si je n'avais eu peur d'être grondée. M. Prosper m'a toujours recommandé de me taire , parce qu'il devinait qu'on me défendrait de le voir*
Je me remets ent#e vos mains.
il y a huit mois , les curés de nos environs se rendirent à Meaux pour la fête de la Sainte- Vierge. L'évêque devait officier à la cathédrale et bénir les bannières de nos congrégations.
Toutes les jeune» filles desoonimiiites à la roode étaient céhnies et Têtues de blane. Ce fut un. beau jour et une belle cërémome. On baptisa deux .doehes. La prooessicm fit. le tour de la f villeaTec la imisique dès régiméns. De ma vie je n'aTais tu tant de monde. Maman me fit cadeau , pour que je fusse la «nieux parée , desa belle eroix d'or aTec la chalae de jaseron. Je marchais à la tète de mes camarades , et je faisais tout mon possible pour ne pas ressentir d'orgueil : car monsieur le curé m'aTait dit le matin que , lorsqu'on a le bonheur d'être gentille, il ne faut jamais en être fière* Mais c'est, très-difficile quand tout le monde tous regarde, et puis il aurait dà défendre à maman d'être fière de moi* Sa joie m'en donnait..
Le soir il y eut des danses sur la place de.
Meaux , des spectacles en plein air , et grand nombre de marchands forains, r^ Le marché se tient toujours sur le bord de lariTière ^et les mariniers font assaut de rames pour, un no^d de soie, pour une timbale d'argent. Quand tout est fini , on passe et on repasse l'eau.. Les barques, se croisent d'un bord à l'autre pour aller partout , pour Toir tout : c'est fort joli lorsque les lanternes s'alliunent. Alors au milieu de la Marne les filles se mettent à chanter des cimti-
SB tJL vMtsstiaii n roi
queB,«t les gem du mage se UÎMot pcfnr éomn ter. -^ Gela me fit bien du plaisir , car j'y Te* nais pour la première fois. Mais je n'osais qititter maman. Mes petites camarades m'ayant appelée à plusieurs reprises , monsieur le curé qui se tronre rarement ailleurs que dans notre société, donna le conseil à mon père de me laisser aller avec sa grande filleule et mes jeunet cousines. — Je ne me le fis pas réjiéter.
Il y avait déjà trois bateaux chairs et qm prenaient le lai||e. La filleule de mon père, Catherine Bongrand , roulnt en avoir un quatrième pour nous. Elle me montra , dix pas plus loin, un batelet qui semblait libre, et j'y courus.
Comme j'étais en train de démêler la chai<nette de fer , un beau chien , couché dans le fond de la barque sur une carnassière et des fhsîls que je n'avais pas aperçus, s'élança pour me mordre en aboyant. J'eus peur et je criai. — Un raaréchal-des-logis , qui , de même que plusieurs bourgeois de Meaux , en costume de^ chasse , fumait à la porte du grand cabaret de la vUle , accourut en jetant le cigare qu'il avait à la bouche. — \Àh dam ! Musard , car c'était ce pauvre Musard , reçut une grêle de coupa pour apprendre la civilité. Ce jeune homme me parât foH inquiet de oe que j'avais en de l'ef**
•'ma MUE nunn. It
froî : il iooalraigmt son fidèie gardiea de me de- Biander pardon et de Tenir se ooncher docile» ment à mes pieds. L'exodlent Mward qui m'a pris en œooiitié depnis ce soir-U , fit des difficol- Cés sans nombre pour obéir , car il n'avait pas tort , et sa résistance Ini valut une correction si rade que je le pris soin ma protection. Mes 4»nsines accoururent, ainsi que les unis de M. Prosper. — Ce fut là que j'entendis son nom.
— €es messieurs s'<^Erirent d'un commun aoeord pour être nos bateliers. Quoique je tinsse les yraa baissés , je m'aperçus que le maréekaldes-logis me regardait beaucoup en appuyant sur cette offire : je ne disais ni oui ni non , pour ne décourager et n'encourager personne ; mais datherîne prit sur elle de rdaser le plus sèchement du monde. Parce que la Catherine est une vieille fiUe , longue comme ^un jour sans pain , grêlée i servir d'épouvantail aux oiseaux , et qui restera , comme on dit à Fublaines , pour coiffer sa patrone ; elle se donne des airs de rudoyer avec impertinence tous tes gens qui font des politesses à ses amies. — Je crois, madame Henriette, qu'il &vt être jolie pourétre aimable.
— Je trouvai qu'elle avait tort d'agir ainsi , et snrtoutde s'approprier sansfsçonlebaieamqiH, bien sèr , appartenait i ces messieurs. Ils aè le
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tmrait pour dit cependant , et se fa&tèrènt d'enlever leur attirail de chasse. Mais ils dnrettt Toir au moins qne j'étais peinée du procédé malhonnête de Catherine Bongrand, qui se hâta de faire jouer les rames pour couper court aux cérémonies.
A quelque éloignement du rivage , et tandis que mes camarades s'occupaient de leurs chansons , dont je ne m'occupais guère , il tomba dans l'ombre au fil du courant et près de nous quelque chose que je ne démêlai pas d'abord.
Le beau chien qui m'avait tout à l'heure effrayée vint le saisir dans sa gueule :^ c'était un gros bouquet. Après avoir nagé plusieurs fois avec incertitude de son maître à notre bateau , je vis enfin Musard tourner timidement autour de nous : je lui tendis la main , et il s'aguerrit. Par bonheur, il n'attira pas l'attention des autres : et comme il fallait l'éloigner avant que la Catherine l'aperçût , je pris un bel œillet blanc dont je secouai l'humidité pour le garder a la main. Je devais un peu d'égards aux gens qui nous avaient cédé leur bateau.
Le cantique fini, quand on débarqua, le jeune militaire en souriant se glissa sur nos pas an milieu de la foule. Ce futini qui le premier vint m'invlter à la danse. Tout le temps il me conta
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de si joliM choses que /ëlaîs fort embarrassée de loi répondre. Il m'offrit même de^alser, et j'aurais volontiers consenti, mais je n'osai pas. — La grande Catherine n'aurait pas manqné de montrer à maman que je ne changeais pas de cavalier. — Les vilaines sont jalouses. — J'allai m'asseoie ^rès de mon père en disant que je me sentais lasse. Mon père causait politique avec le curé : Musard, devmu très-docile parce que je loi faisais toutes sortes d'amitiés, m'apportait à chaque minute je ne sais combien de petits présens qu'il fallait prendre afin de le renvoyer au plus vite. — Sans doute les indiscrétions de M. Prosper me contrariaient ; seulement je ne lut en voulais pas, et je m'arrangeaide façon que tout ceci ne fût pas remarqué.
Quand ce fut l'heure de se retirer, le long de la route, malgré la nuit et le grand nombre de gens qui revenaient avec nous en parlant de la fête, je compris bien que M. Prosper me suivait à quelque distance.
Il saisit un moment où j'étais \m peu en arrière pour me forcer de prendre un petit papier. — Je ne savais pas lire, mais je le cachai.
Le seir, en rentrant, mon père m'embrassa de tout son cœur, et maman me promit une
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pake de belles boucles d'oreiUes, parôe que Je priai monsieur le curé d*«Toir la complaîsaBce de m'apprendre à lire.
Bans les premiers jours de septembre, après cette aventure, mcm père était à la cbasse un beau matin dans les bois de Yillemarettil. Il arriva qu'un obasseur caché dans le taillis tua notre vieux chien. On n'a jamais pu savoir qui* Heureusement M. Prosper sortit d'un fcMirro voisin comme un £aii ^Kprès et par le plus grand hasard du monde : il survint tDut«-à-coup et fort à-propos pour empêcher mon père, qui ae désolait, de courir sur les traces du nudadroit, H . Prosper donna généreus^nent Musard à num père, et voulut à peine écouter ses remereimens. Gela fait, il vint rôder aux alentours du moulin pour m'avertir à la hâte de l'accident, et il me demanda la permission de se rendre quelquefois le soir près de notre charmille : d'autant que de nuit ou de jour Musard n'aboierait pas^.iquràs lui. Je n'osai pas répondre, et M. Prosper prit cela pour un consentement.
J'avais ëpelé sa lettre, et je la savais par cœur. Il y parlait d'un grand secret à me dire, et à ne dire qu'à moi seule. Il me sembla que je devinais à demi-mot ee.que œ pouvait être ; mais, pour ne pas en ùàce semblant, paroe qu'mi ^t
qae cda dVm jamaidliieii, j'y conwiitî». — On ne peut pas jnget suis savoir.
Cependant', madame Henriette, nous avons tOQJonrs eu du. malheur, et je n'ai pu Inî fUre ^re encore à cet égard que de petites paroles à la dérobée. Mon père prétend qne je mets trés^ mal Torthofipraplie ; cela m'a long*temps retenue d'écrire à M. Prosper parMnsard, qui porte nn bean collier, qui est très-intelligent et qui fiiit tout ce que je veux. Mais, mon Dieu, que les hommes sont maladroits ! A sa place, moi, il me semble que j'aurais déjà trouvé plutàt cent bonnes occasions qu'une. Aussi, je ne lui cachaia pas mon plaisir de le voir , afin de lui donner de la persévérance» — Une fiUe ne peut guère oser plus.
Un soir , comme nous cottHOiencions à causer sous les saules du moulin , ma mère étant revenue , j'ai vite caché M. Prosper dans le cellier sous un bon double tour. Aussi n'ai-jo pu l'en tirer que le lendemain, et ses supérieurs l'ont puni de son absence à la caserne par deux grands moi» d'arrêts forcés. — J'en ai pleioé des nuits entières.
Un jour , comme j'avais nus à la rampe de la teiMsse le signal convenu pour l'avertir que le moiiHtt était désert , il s'est erdsé sur le seuil de
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noire porte avec M. le curé. M. Prosper fl*est va dans la nécessité de lui&ire la conduite jusqu'au presbytère , et de lui demander, par manière de prét^ite , jene sais confonde messes basses pour l'une de je ne sais qui. J'étais à la fenêtre. — Ce contre-t^nps m'aurait , je tous jure, donné bien de rhumeur contre le curé sans la nécessité d'apprendre l'ortbogr^pbe.
. La troisième fois ^c'était à la fin de février, il s'est tenu jusqu'au menton enfoncé sou3 les roseaux et dans les pilotis , tandis que ma mère, étonnée de ne pas entendre retentir le bruit du battoir, était accourue , et m'enseignait par son exemple et ses. coitoeils i m'y prendre pour savonner des bardes : je vous laisse à penser si celles que le malheureux avait sur lui forent tr^npées pour reidourner à Meaux. II. en fit une maladie de six ^emaiaes. — Sans le zèle de Musard qui m'apportait de petits billets , je seraismortede chagrui. >
Le comble de nos disgrâces c'est que , lors de sa convalescence^ la grande Catiierine s'avisa de prendre pour elle les promenades, de M« Prosper dans le pays. La prétention était plaisante ; mais je ne me sentais pas le cœur d'en rire. Je voyais ^^ vérité , l'heure où, pour mereneontter plusàson'aise ^es.lea.Boiagi:axid,
'0'ufit jour PKims. 6S
le pauvre garçon se troavâit dans TobUgation d'ëpdnser sérieusement cette Vieille fille qui faisait toute sorte de frais pour lui plaire ; à la fin même j'en avais peur; mais il en avait aussi peur que moi. L'imbécile Gatiberin» me prit même pour sa coiiftde&te , à'eè point que pour désarmer les mauvaises langues sur son comptei, elle se pendait sur-le-obamp à mon bras lorsque M. Proaper venait au' village. — J'étais au snpplice.
Ëbfin il n'y a pas un9 semaine que, s'étant glissé de nuit dans le moulin , H se proposait de gagner à petit bruit màckambre où je l'attendais sans lumière, car j'étais- de plus en plus curieuse du grand secret quHl anrait à me coufier» lorsque mcm -père j qui fumait tranquillement sa pipe à la lénétre ani-dessbus de , la miienne , et que je croyais couché , prit son fusil éa voyant, esoaTader l'enclose L'explosion m'a fidt un mal afiseui. Héurenselaient M. Prospei*, que k surprise fit tiiébu«^er et qlii < se releva lestement , car BMm. pèie aocouri^ aviec un énorme bàtosi , s'est jeté sans trop • de iretard à la nage pour gi^paer tant bien que mal l'autre bord. Après tout , mon père , qui se vante de ne pas y avoir été de mainmorte, ne se doute de rien. Hais depuis,^ croyance court dans la
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oommime qu'il y a det oRanuadeiirà , et Ton fait boime gftrde* — C'est oomme un tort jeté êOK nous.
Au8«i , pour ne plus Texposer , madame H/duriette » j'avais pris le piirti de loi grififonnCT quelques petits billets : et quand j'ai sa notre di^part je l'ai fait prëyenir par le moyen ordinaire de se trouver en m^ne temps que nous à Glaye ; je croyais bien que tous ne le deyinerieft pas plus que maman. — Si vous connaissez maintenant ce qu'il me yeut , puisque vous êtes bonne arec moi et que je.siiis firanche avec vousi ditâs^le » je vous prie , enfin que je sadhe si je lais mal de tenir à l'apprendre. — ^Toutes les ffilés., )'iBMf giue 9 font danêmeqiie moi ; mais cependant , si vous me blâmes , je croirai que j'ai tort»
Pendant cet jiven y JeaÉne , enbardie par les manières libres et engageantes d'Henriette ^ avait plusd'iihè fois appuyé :d1m sodiire mal»* deux la. naïveté, de certains détails* L'abandon de son maintien coaârmait ses moindres paro« les , et l'imperceptible pli. qui s'iétait formé sur le front de l'édouteuse disparut tMt-à^Adi à rémoti^mîntéressanle dademier mot. If enrietté attira douoemejat le genou de la. petke sur son genou : arrondit un de ses bn» , dégagés alors du spencer pour être plna A l'aiiCy autour de
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TépanledeFeiifiiiit, dk>nnaii|ir^;ard diêtraitàla ligne de hàle qui formait un collier brun sur cette blanche poitrine de Tillageoise dont le désordre involontaire dû ficha traMttait le rebondissement; pnis, après nne pause qoi semblait commander Fattention :
— Écoute, mon enfant , dit-^Ue en la baisant sur les yenx , ta sincérité me plait et je me garderai bien de te blâmer : je ferai mieux , car je Yeux ton bonheur, et mon expérience formera la tienne. Je devine , à la caresse de tes mains humides, à l'agitation de ton sein , à la rougeur de tes joues , que le prétendu secret de ce jeune homme n'en est pas un pour ta conscience. La curiosité de notre sexe le rend habile à pénétrer bien des mystères. — N'est^il pas vrai que lé premier mot d'amour signifie déjà bien des choses? Il éclaire des obscfùrités v il explique une foule de doutes ; et certainement , à l'église tandis que le prêtre murmure les paroles saintes, l'imagination de la fiancée la plus innocente n'est jamais d'une blancheur aussi pure que son bouquet de fleurs d'oranger. — Ne baisse pas les yeux pour cela : l'esprit doit être éclairé pour diriger le cœur. Cest un aussi grand maftenr d'ignorer absolnment ce qu'on doit tèt ou tard apprendre que de s'en faire une image
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exagérée. Je dois preYenir tout-à-&it ta jeune iatelUgence et faire ea sorte qu^ ta ne puisses te passionner pour des mensonges* Les chagrins des femmes viennent ordinairement de là. Il est dangereux pour elles de recevoir des leçons du hasard , car alors il est plus fort que noua et noos entraine a son gré. Crois-moi, la nouveauté nous plait et nous trompe. £fi la prenant pour guide , on marche de folie en folie. — C'est la raison qui doit régler les premiers pas d'une femme dans la vie, et pour qu'elle soit heureuse il faut d'abord qu'elle reste libre.
A ton âge , ma bonne amie , avec ton esprit déjà fin et rusé , ta figure fraîche et séduisante, cet ensemble de grâces fi rare y même dans nos villes , et dont l^ perfection peut devenir mon ouvrage, il est, tu dois l'apprendre, d'autres destinées que de languir- machinalement dans un hameau chétif de la Brie , ou de servir , par occasion , de passe*4empset de dupe à quelque joli sous-officier de hussards , bien fat , bien désœuvré , bien satisfait de sa petite personne , et qui croirait encore te faire beaucoup d'honneur. — Pourquoi gaspiller par une étourderie le sort qui l'est dà? Ne sois pas si prompte , Jeanne. — Ya , tu vaux plus à toi seule que les plus heaux hommes du monde, et tes regards
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n*oiit pas encore en le choix. — II faut voir : il faut savoir, et tu te décideras.
Dien me préserve de te conseiller un titre de bru près du dévidoir de quelque maussade paysanne, dans Tétable infecte d*un tisserand, oocupëe dumatin au soir à rouir du chanvre sous le soleil ou la rosée. Ces occupations communes, doni j'espère t*affîranchir à jamais, trouveront assez de malheureuses dont on ne peut mieux attendre et qu'on ne saurait d'âucime façon te comparer sans te faire injure! — D'ailleurs ne vois-tu pas que tour à tour, à peu d'exceptions près; les jolies filles disparaissent dé vos villages? — Toutes échappent à leur condition de manière ou d'autre : c^est ce que je sais de plus inëtitable. Les parens ont heaa faire. — S'il enrésulte dû màllieur pour quelques-unes , et que les autres , diagrines de languir dans leur vertu qu'on ne tourmente pas , se piaisen:t à citer Ces accidens avec la rancune de la jalouse qui se venge , cela tient à ce que ces beautés maladroites n'ont pas eu la prudèffce de rester libres^ Le bon sens doit aVoir plus de part dans la vie que l'amour. — Tout dépend d'un premier choix , et celui qui se rapporte aux plaisirs ne doit T€»ir qu'après celui qui se Tapi>orte' à la conduite. ^
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Ma fiUei en te faiiant la plus bdUe entre tontes , le ciel t'a fait présent d'un pouvoir plus fort que celui de tes compagnes. C'est une rentable royauté que cette faveur. — Elles peuvent plaire 9 elles peuvent commander à quelquesuns ; toi, tu peux commander a tous. Leur choix est borné ; le tien ne l'est pas. — Ge serait igpoiier le prix de cette faveur que de te jeter à la tête du premier venu , lorsqu'il 7 a mieux et que ttt peux aspirer a tout.
Dis-moi l — Où vont comme d'eux-mêmes les hommages du monde , les plaisirs et le repos de la vie, les dignités et les respects qui mettent paraà nous quelques-uns bien au-dessus du reste ? — N'est-ce pas à toutes les personnes qui possèdent de grandes fortunes , ou dont la portée d'esprit dépasse hardiment toutes les intelligences , ou dont la beauté , comme un titre éclatant, force les cœurs à l'enthousiasme et condamne l'envie au désespmr ?
Ekbien ! ma fille , cela leur est dû ; rien n'est plus légitime,et il m'est impossible de ccmcevoûr qu'il en puisse être autrement. — La supériorité pr^ad sa place toute seule : chacun est à son rang malgré lui. «— Le pauvre ne peut qu'être artisan ou soldat, revêtir lablouse ou l'uniforme, s'il ne se distingue par sa figure et ses lumières.
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— La laidwv sans génie et salis patrimwie doit Tégétor misëraUeiiient. — Celui dont Timagmatioa est ëtroite, et qui n'est ni bea« ni nche» n'a n&n à prétendie dans sa dégradation : qu'il y reste* — On ne peut aller contre cette loi. — La misère, l'ignorance et la difformité «ont en bas et à lenr place : FintelHgenee ^ la richesse et la beauté donlinent et régnent.
. GonceTra»*tn , dis-moi , le curé de Fublainés dont le presbytère est assiégé dû matin au soff par la foule qui va le consulter , car c'est nn homme de sens et d!esprit , obligé comme nn manœuvre de prendre la pioi^e pourbifser des grayois sur les grandes routes ; ou de promener , pour un mesquin salaire , la faox sur les champs de luzerne à l'époque des récoltes? — Non sans doute ! — C'est que sa chaire est bien occupée*
Qm^ çBtais-tu si le maître de cette magnifique prqniété , penché sur la eharme du labènrëàr on tfùT la forge du serrurier, noirci par la fomée et perdos par le traraîl , oubliait de mettrb libéralement en action les milliers de brâfs dont il est, par sa pmssanie fbrtnne, le'tfiefM'lè directeur? -*- Assurément il mexïtirait à son r61e.
Enfin t'imagines-tu , ma bonne amie/sails
Zâ iA fl1>FI8M0II »K lOI
dépit et sans pitié , la riaible. filleule de toa^père chargeant sa maigreur de dentelles et ses longs buas de riches bracelets , par une coquetterie contre nature, tandis qu'une lourde étoffe de cp^nnadc ou de bure empaqueterait disgracieusement ta souplesse de taille et tes proportions délicates? — - N*y a-t-il pas une distance infinie entre .Catherine et Jeanne ?
Cette dista»^e existe partout et règle tout.
Celui qui 1^ sait en profite. Il ne fait qu'accepter le privilège qui lui tombe du ciel : et la meilleure action: de grâces quon puisse rendre^ à Dieu , c'est d'user avec discernement des géoé- .rosités que Ton tient de lui.
Mais il faut le vouloir»
Jeanne! Vampire de notre sexe a beaucoup plus d'étendue qu'on ne le suppose : et quoique la multitude des femmes mëdioqres sembla re- Jetée en dehors des affaires et réduite au second rang par cela seul que les honuxtes sont généralement vains de cette pure autorité de nom qui .les désigne eomme chefs et maîtres, dès que ces jemmes le veulent, elles obtiennent l'autorité .domestique et secrète qui fait moins de bruit , f inai^i qui n'en est pas moins forte. — Il est meilleur de régner que d'obéir. C'est notre instinct; et notre existence serait toute de joie et de do-
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mination si nous savions nous entendre au lien de noQs diviser. Maïs la plupart ne songent follement qu'à se disputer avec jalousie les vains regards des hommes. — Eh hien ! la vie n'est pas plus dans le triomphe sur une rivale que dans le règne entre les quatre murs d'un ménage : on peut , ma fille , désirer mieux et prétendre à plus que cela.
Je sais un secret plus important à connaître que celui de ton amoureux , mon enfant , et je dois te le dire. — C'est que notre cœur est notre plus mortel ennemi, et la raison peut l'accuser de toutes nos infortunes. — Les passions font de notre vie un supplice. Ces folies dérangent singulièrement notre avenir. L'aveuglement les forme et le chagrin leur tient compagnie . Il faut, dès le moment du départ , calculer avec scmpulèlesdifférens points de son voyage, et ne pas parcourir à l'étourdie la première route qui se présente; — Ma fille ,' souviens-toi que le sentiment use plusvite que le plaisir. Accepte c^ui^ ' ci , rejette l'autre. Le plaisir laisse voir le but et lesentimentnousle cache. Méfie-toi des hommes et de ton cœur. L'amour et le mariage sont de grandes fautes. C'est de l'esclavage sous deux formes, et c'est toujours de la douleur. — Une inclination nous dérobe mille amusemens. >
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Dans Famonr , ce que les hommes ch^ardieAl avant tout, Jeanne , c'est le premier battement de notre cœor et les ëmoti<ms ingénues d'an almndon sans mëfianoe , on simplraoent encore le plaisir de triompher des obstacles joint à Fat* traitsivif pourleor fidélité, qui sciasse pins Tito que la nôtre, de sacrifier lâchement nn nom de plus à la vanité des indiscrétions. Lear gloire cause noire honte : ce qai noos désole fait leur joie , et contre leur trahison nous n'avons que le silence. — Au fiiit ^ de quoi nous vanterionsnous? — Serait-ce de les séduire par milliers? Mais si l'opinion ne nous permetpas cette vanité, c'est , j'imagine , qu'elle méprise lés hommes. — C'est juste: et ce mépris est à lui seul un ens^gnement. — Il met à son véritable prix le mérite de notre victoire.
D'ailleurs, et quelle que soit d'ordinaire lear préférence pour la plus belle, dès que notre attachement leur pèse, ik n'ont pas honte de Tepourir à des. choix qui n'offrent pcnnt d'excuse : et plus d'une infidélité fut un double outrage.
S'il est possible, ma Jeanne, de désigner entre toutes une profession spéciale , où l'esprit de corps fasse plus particdièrement nn mérite de cet outrage à ceux qui s'en rendent coup*-
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Mes, ifeÊt asBiirëmeirt la prdestioii militaire. Dans le mariage c'e«it pis eiioore , car oe lien dore au-delà de l'iaolinàtion qm le noue. Les dëfieiiits , si timides ayant la sanctioD des lois , prennent lenrs franches condées. L'ami dispa* ttâi x>our faire place an tyran. Le charme ne sontimit plus , et Ton ploie sous la pesanteur du fordeau. — La chimère de l'honneur n'est in»
ventée que contre nous. Elle ne s'oppose jamais qu'aux dérëglemens de la femme , et met de Ja sorte l'imitation qui nous venge au nombre des crimes pour lesquels le juge condamne et la prison s'ouvre.
Vois les plus heureux couples , ma fille : et ce sont entre tous ^ je le crois encore , ceux de la campagne. — Quelle existence pourtant! — Là , le meilleur ménage est une domestieité manifeste, et les plus vils travaux nous concernent. Quelque saison , quelque temps qu'il fasse , ils sont monotones et forcés. Si notre délicatesse s'en révolte ; si ces honteux détails, bons tout au plus pour des créatures dont le ciel a marqué la physionomie du sceau de l'abjection , se révèlent avec leur dégoût dans notre pensée , quelle autre consolation nous est offerte puisqu'il nous a fiillu renoncer tout a la fois aux fêtes, aux plaisirs , aux parures? — Je ne te parle pas de la
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misère lorsque par snrcrdt la grêle aura crible les Tigues et l'incendie dévoré les foins ; des ma* ladies nées d'une habitation mal close et d'une nourriture malsaine ; d'un rustre qui ne sait pas quel trésor il possède , et qui néglige sa femme pour le cabaret. — Dès lors , Jeanne, on ne tient plus à la yie que par la fatigue et la peine. Les facultés s'abaissent et nous ètent jusqu'à l'énergie du désespoir : les larmes retombent sur le cœur et le rouillent. Le sentiment de la vie , si pur et si doux lorsqu'il est actif comme à notre âge , s'éteint à l'étouiSante atmosphère de l'ennui. — Peut-être après avoir donné le jour a des enfans , au risque de sa santé et de sa vie , on retombe de la destinée qu'on pouvait atteindre et qu'on regrette inutilement alors, à n'être plus qu'une pauvre nourrice à la solde de quelque jeune bourgeoise de la ville , trop avisée pour être mère plus de neuf mois parce qu'on n'alaite pas avec un amant. — £lle aurait fait choix d'une chèvre , à la place de la nourrice , si l'on pouvait tenir cet animal indocile sur le parquet d'un salon.
Des travaux , Jeanne ! — Et qu'en as-tu besoin ? Lorsque tu voudras être riche, tu n'auras qu'à sourire. Tu peux les ordonner et tu ne dob pas t'y contraindre. Bans la molle indolence des
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dbateamx, dans la déUcieuse oiéiTotë des villes, •ooge que les moiadres caprices des femmes de- ▼ieniient la manne da panrre et TeiUdnt an bten«étre.de la campi^e. Ces dentelles de no» TOjles , ces soieries si fraîches ; ces bijoux dont la main-^'cBuvre est plus précieuse encore que la matière ; tout ce que tu vois et qui nous entoure ; ces riens brillans qui sont le privilège de la fortune , mettent en mouvement , par cela seul que les modes n'ont qu'un jour , des millions d'activités, de talens et de bras. L'ouvrier ne fait vivre que sa famille^ et nous faisons vivre mlUe familles d'ouvriers. Sans ces coquetteries, que la sévérité puritaine de quelques censeurs de bas étage dénigre pour se dédommager de n'y pouvoir atteindre, que de misérables mour" raient de faim ! Nos plaisirs leur servent de providence. Les routes et les canaux qui rayonnent autour deê capitales servent à conduire, de tous les. points du territoire vers ces vastes foyers où le luxe règne , les merveilles et les tributs de l'industrie, quicourty demander sans cesse des enconragemens, des salaires et de l'or. Paris est l'ame de la France. Pour répondre à la con*> sommation, l'industrieuse misère crée, imagine, se tourmente ; demande des instrumens à la mécanique , a la. vapeur , au. calcul ; des décou-r
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Yertes aoK esprits ayentiireux et de nomreftiix pHoduits a toutes les parties du monde : du sein de notre repos nous metton» en fermentation des multitudes. Crois -^ moi, Jeanne, c'est là comprendre le travail sur une plus grande échelle } et cluunm de nos loisirs féconde.
Des devoirs ! — Et les premiers ne sont-ils pas de songer à sa destinée? D ailleurs , moins l'on s'en inflige, plus la vie est légère et douce. Je n'ai jamais bien su, ma petite amie , le prix fixe de ce mot dont on abuse à la journée.
Lorsqu'une fille quitte ses parens pour le premier mari venu , le maire arrange les choses de telle sorte que l'ingratitude devient un devoir. L'agent de police qui dénonce beaucoup reçoit des gratifications au bout d& l'année, parce qu'il a bien fait son devoir : j'en sais qui ont la croix de Saint^Louis. Le devoir du bourreau est de couper des tètes. Est-ce donc remplir son devoir que de vivre modestement lorsqu'on est pauvre, d'être sagequand on est laide, laborieux lorsque la nécessité nous défend de croiser les bras? C'est se résigner; c'est avoir du bon sens. Je n'y vois pas d'héroïsme. Assun»nent cette confusion est un trait d'esprit de l'envie : c'est son chef-d'œuvre. Que ces populations déjetées qui se désolent de voir l'élite du
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genre humain se partagfer les rayons du soleil tandis qa'elies restent à l'ombre , s'excusent de leur contrainte en jurant que c'est la faute de leur vertu, et s'estiment de perséyërer dans une médiocrité dont elles enragent : je ne blftrae nullement cette adroite consolation de la vanité qui fait à merveille de prendre son mal en patience : il ne faut qu'en sourire* Un sém- Mable dédommagement a toujours son petit mérite , parce que ceux qui se l'adjugent finissent a la longue par y mettre de la bonne foi : et c'est , à tout prendre, un ridicule dont je les Micite , puisqu'à leur place je l'aurais inittilliblement comme eux. L'envie est spirituelle , et la laideur se rëfbgie dans le devoir sans confier à qui que ce soit qu'à l'impossible nui n'est teun.
Va! — Ge qu'on te reprochait, mon enfant, c'était de ne n'être pas née pour ce qui convient si parfaitement à d'autres. Et celles-là , comme ces glaces peuvent te l'apprendre , sont pétries d'une substance moius pure , moins divine qoe la tienne. — On te frappait , pauvre Jeanne , parce qu'on ne pouvait te comprendre. C'est ta bonne étoile qui nous a rapprochées. Tu résistais avec puissance a la destination qui nMtait pas conforme à ton caractère , et du premier
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coup-d'œil je t'ai devinée, — Tu n'auras pas à
te repoitir de m'ayoir confié tous tes secrets.
Je n'ai pas dix années de plus qne toi , ma bonne amie; mais ces dix années m'ont appris ce que c'est que le monde , et je te le dirai mot à mot. La morale du catéchisme est excellente sans doute pour occuper l'oisiyeté des enfans ; mais il en est une autre , même à l'usage des prédicateurs : et les plus laborieux ne sont pas les plus riches. — Le curé de Fublaines aurait pu te citer son évéque.
Je te l'ai dit , le temps nous appartient et le choix est libre. La liberté, c'est la puissance* Tu pourras essayer à heure dite, mais arec une tête froide et sans craindre de te Yoir prise alors à quelque volonté plus réfléchie , ton pouvoir et le charme de tes jolis yeux sur l'un de ceux que le bonheur de l'occasion agenouillera sans défense à tes genoux. Mais ces faiblesses habiles, où l'on ne risque tout au plus de sa liberté que ce que l'on veut pour conserver au besoin le vernis de la considération, sont un pur sacrifice à l'amour du bien-être. Y chercher plus serait se compromettre et se perdre. Tu ne serais plus qu'une femme comme tant de femmes. — Ta finesse qui se développera, tes perfections dont tu connais encore mal tout le mérite , te don-
neroAt la fortune. Rien n'est plus simple. --^ Ce soni là des affaires , Jeanne , où le plaisir ne doit être pour rien , car oe swait te mettre à trop Til prix qne de t'y arrêter un moment. — « Je te dirai, moi , ce que c'est que le plaisir , et comment il se trouve. — L'amour dont on nous parle et que nous rêvons aussitôt que la raison se dëveloppe , mon enfont, est une misère et un menson^. Il ne méritera même plus que la dernière placé dans ton imagination : et, si tule veux, Jeanne, tu ne tarderas pas à connaître un antre monde. Celui que tes émotions te désignaient avec 'impatience n'est rien : n'y songe plus. Il n'est créé que pour suffire aux esprits du dernier ordre, indignes de pénétrer avec toi dans les mystères plus intimes que je puis et que je dois te révéler.
C'est en te fiant à moi seule et sans réserve , Jeanne , que tu t'élèveras jusqu'au mépris de* cet empire iiyurieux que les hommes affectent envers nous, et que tu les maîtriseras d'un geste 9 d'une parole , d'un coup-d'œil , comme ces esclaves mulâtres dont la nudité même n'est paa un écueil pour les sens. On ne doit laisser tomber et se perdre un regard qu'à ce titre vers ces usurpateurs, qui n'ont en réalité sur nousr que la brutale et làdie supériorité de la force;
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et ce doit être umquement pour qali« sè^ meiit de pierreries la route oè nous daipierons poser nos pas. — Ne mettons notre cœnr ni de moitié ni de peu dans leur rie.* Ils se do^nerment à nous sans arrière^pensée qae la compulsation n*y serait pas. — Nous serions dupes.
O ma jeune amie! ces malheureux qu'un obscur instinct de la perfection fait tressaillir , mais qui ne penrent qu'imparfaitement s'en rendre compte , oserÂedit poser leurs lèvres de fer sur tes lèvres de soie ; leurs yeux qui n'ont qu'un éclair sur tes yeux humides et brâlans ; leur main hardie et forte sur tes épaules fraiches comme du satin ; leur corps rude «t'^^ourru de grâce sur tes membres souples de jeunesse et de liberté ! — Ils étreindraient brutalement ces genoux fragiles , ces chairs si pures et dont le contact est si doux, cette tète d'ange que tu caches en frissonnant dans mes bras , comme si nous n'étions pas seules! — »Non , nont Ton cœur qui bat sous mes doigts palpite avec la violence du mien. — Jeanne , mion enfant, dis, lève tes yeux sur mes yeux. Laisse^moi saisir im mot , un seul mot sur ta bouche. Parle ! — Crois-tu qu'un amant vaille mieux qu'une amie ; croîs-tu que je n'aie pas raison d'être jalouse I —
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£h làsaï — Ne m'as^tu pas comprise? — Réponds. — Je t'en conjure*
Un oui bien indistinct , prononcé d'une voix si frêle et si furtive qu'il semblait le murmure du feuiUage , une brise de l'eau , l'ondulation éteinte de l'air, répondit timidement à ces questions entrecoupées et rapides.
Nous ne croyons pas devoir révéler au lecteur le groupe qui se répétait diversement comme les mille et une copie d'une peinture insidieuse dans la réverbération indifférente des huit glaces du pavillon d'été.
Qui peut dire, dans ces retraites favorites du privilège où le sentiment de l'impunité se déploie librement sous la protection d'une clôture de murailles ; aux tièdes parfums de ces fleurs qui se mêlent à nos cheveux ; à l'élasticité de ce gazon qui semble arrêter dos pas ; sous le charme de ces dépravations mythologiques et près de ces marbres nus , lorsqu'il n'y a que le monde qui se taise tandis que les fiévreuses exhalaisons d'avril font bouillonner le sang et circuler la vie ; qui peut dire les provocations et les pièges de ce calme qui ne sera pas troublé?
Bénie soit la bande noire , car s'il existe des populations pures , ce n'est assurément pas à l'ombre des parcs ! Le Nôtre a travaillé pour le
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libertinage 6t l'adultère. Consultez la mémoire des hommes sur les mystères de la grande propriété : elle déroulera des annales de prostitution et de débauche.