PREMIÈRE FIGURE
LE SUBSTITUT, à la veuve
Votre mari...
LA VEUVE
Hélas! monsieur, je l'ai perdu.
LE SUBSTITUT, à la veuve.
C'est bien triste, (a la jeune riiie.) Allez-vous beaucou)» dans le monde cet hiver, mademoiselle?
L\ JEUXE FILLE.
Je n'aime pas le monde : ce n'est pas assez sérieux.
LE SUBSTITUT, à la jeune fille.
.lolie comme vous êtes, cependant, vous devez cueillir le succès à chaque pas. (a la veuve.) Que voulez-vous? quand on est marié, il y en a toujours un des deux qui meurt le premier.
LA VEUVE
Oh! certainement.
LE SUBSTITUT, à la femme mariée.
Votre mari est insupportable; je me serais bien passé d3 l'avoir pour vis-à-vis.
LA FEMME MARIEE.
Je Favais mis au whist, mais il a perda et il ne peul pas souffrir de perdre.
LE SUBSTITUT
Ils sont tous pareils.
îl
LE MARI, à la jeune fille.
Ce jeune homme qui danse en face de vous? C'est un substitut.
LA JEUNE FILLE
Il a l'air très comme il faut.
LE MARI, à la jeune fille.
Oh! ce n'est pas difficile, quand on porte les favoris, (a la veuve.) Comme il fait chaud!
LA YEUVE.
Moi, j'adore la chaleur. D'abord, j'adore tout.
LE MARI, à la veuve.
Cela doit vous donner beaucoup d'occupation, (a la jeune fille.) Je trouvc d'ailleurs que les magistrats ne devraient pas aller dans le monde : cela compromet leur caractère.
LA J EU>'E FILLE
Mais comment feraient-ils pour se marier?
LE MARI, à la vieille demoiselle.
Êtes-vous allée aux Eaux, cette année, mademoiselle?
LA VIEILLE DEMOISELLE
Non, monsieur, je ne suis pas malade. Est-ce que vous me trouvez mauvaise mine?
LE iMARI, à Ja vieille demoiselle.
Pas du tout, mademoiselle. Je vous demande pardon.
l'officier, à la femme mariée.
Ce qu'il y a de plus nécessaire en campagne, c'est une peau de mouton.
LA FEMME MARIÉE
Le carnage doit être une chose horrible.
L'OFFICIER, à la femme mariée.
Assurément, mais c'est accidentel, tandis qu'on se
couche tous les jours, (a la vieille demoiselle.) Vous OCCUpCZ-
vous toujours d'ambulances?
LA VIEILLE DEMOISELLE
Beaucoup moins maintenant. 11 n'y a plus que les blessés carlistes.
l'officier, à la vieille demoiselle.
Vous êtes dans la morte-saison, (a la femme mariée.) Cette vieille demoiselle est très charitable; elle a prodigué des soins aux blessés.
LA FEMME MARIÉE
Oui, c'était une occasion pour voir des militaires.
l'officier, à la jeune fille.
Vous amusez-vous ce soir, ma cousine?
LA JEUNE FILLE
Pas du tout. C'est très ennuyeux de danser avec un homme marié. Je perds mon temps.
l'officier.
On ne sait pas. 11 a peut-être un frère.
LE PHILOSOPHE, à la vieille demoiselle.
Vous aimez beaucoup la poésie?
LA VIEILLE DEMOISELLE
Oh! je passerais ma vie à lire des vers au bord d'un ruisseau.
LE PHILOSOPHE, à la vieille demoiselle.
Moi, j'aime bien les vers parce qu'ils sont moins longs que les lignes de prose, (a la femme mariée.) J'ai une danseuse très sentimentale.
LA FEMME MARIÉE
Pourquoi l'avez-vous invitée, mon pauvre philosophe?
LE PHILOSOPHE, à la femme mariée.
Je ne l'ai pas invitée; c'est elle, (a la vieille demoi^eiie.) Quant aux ruisseaux, je ne comprends pas pourquoi ils coulent toujours, au lieu de rester tranquilles.
LA VIEILLE DEMOISELLE
Mais vous n'avez donc pas d'âme!
LE PHILOSOPHE, à la veuve.
Ne trouvez-vous pas qu'il serait plus agréable de danser assis ?
LA VEUVE
Pourquoi pas couchés?
LE PHILOSOPHE, à la veuve.
Oh! ce ne serait pas convenable.
A\ A.\T L.A DEUXIEME FICiURE.
LA. MAITRESSE DE LA MAISON
Oui.
LE M ON SI EU II ÂGÉ
Cette dame qui danse avec le militaire?
LA MAITRESSE DE LA MAISON
Précisément.
LE MONSIEUR ÂGÉ
Vous croyez que?...
LA MAITRESSE DE LA M VISON
11 parait.
LE MONSIEUR ÂGÉ
Tiens, tiens, tiens!
LA MAITRESSE DE LA MAISON
N'allez pas répéter cela, au moins.
LE MONSIEUR ÂGÉ
Oh! madame! Et comment Tavez-vous su?
LA MAITRESSE DE LA MAISON
Je n'en sais rien, je le suppose.
LE MONSIEUR ÂGÉ
Cela me rappelle une aventure qui m'est arrivée en 1824.