DEUXIÈME FIGURE
LE SUBSTITUT, à la veuve.
Connaissez-vous les maîtres de la maison?
LA VEUVE
Je sais leur nom et leur adresse.
LE SUBSTITUT
Moi, je les ai rencontrés en chemin de fer. Je ne sais pas pourquoi ils m'ont invité.
LA VEUVE
Il paraît qu'ils sont très riches. Ce sont sans doute d'anciens épiciers.
LE SUBSTITUT
Non. Ils ont fait leur fortune en Amérique.
LA VEUVE
Dans la traite des noirs, probablement.
LE SUBSTITUT
Ils assuraient des navires pour de fortes sommes, et puis, ils les faisaient couler.
LA VEUVE
Ils en ont bien l'air.
LE SUBSTITUT, à la femme mariée.
\'os rigueurs me mettent à la torture.
LA FEMME MARIÉE
Je suis une honnête femme.
LE SUBSTITUT, à la femme mariée.
Cela n'exclut pas la bienveillance.
LA FEMME MARIÉE
Rien ne saurait me faire oublier mes devoirs.
LE SUBSTITLT, à la veuve.
•J'espère qu'on soupera.
LA VEUVE
C'est probable. On n'invite pas les gens pour les affamer.
LE M ART, à la jeune âlle.
Le mariage est la base de la société...
LA JEUNE FILLE
Il est évident qu'une jeune fille ne peut pas toujours rester avec son père et sa mère.
LE MARI
Il implique des devoirs austères.
LA JEUNE FILLE
Oh! austères. Moi, je veux que mon mari me mène partout.
LE MARI
Oui, la première année on va au théâtre, au bal, on fait ua voyage. Mais ensuite viennent les soucis de la mater-^ nité.
LA JEUNE FILLE
Avec une nourrice qui s'y entend, on peut sortir tout de même.
LE MARI
Ce n'est jamais aussi bien. Et puis, il faut se coucher de Innno heure.
LA JEUNE FILLE
Ail! mais non!
LE MAIÎI, à la vieille demoiselle.
le ne vous savais pas aussi vaillante danseuse.
LA VIEILLE DEMOISELLE
Vous me trouvez trop vieille pour danser?
LE MARI
Mais je ne dis pas cela.
LA VIEILLE DEMOISELLE
Dites tout de suite que je suis ridicule.
LE MARI
Au contraire, vous êtes charmante, 'a la jeune fiiie.) Comme elle a mauvais caractère, cette vieille demoiselle !
LA JEUNE FILLE
Voilà ce que c'est que de ne pas se marier.
l'officier, à la femme mariée.
Le plus bel apanage de l'amour, c'est la pureté!
LA FEMME MARIÉE
Oui, '/ousle dites. Mais cela ne vous empêche pas, messieurs les mihtaires, de faire le désespoir des familles.
l'officier.
le vous assure que je n'ai jamais porté le déshonneur Jans mes garnisons.
LA FEMME MARIÉE
Vous avez de folles maîtresses, vous dissipez en quelfpies heures le patrimoine de vos familles et vous br ?ez Ics cœurs que vous touchez.
l'officier.
Jamais de la vie. Mon ambition est de me marier avec une l.onne fille qui me donne beaucoup d'enfants,
la femme mariée.
A votre âge! Vous êtes déjà fatigué par les passions.
l'officier.
Je voudrais avoir un intérieur.
LA femme mariée.
Alors pourquoi vous ètes-vous fait soldat?
l'officier, à la jeune iille.
Il paraît que le substitut est très riche.
LA jeune fille.
Il est fâcheux qu'il n'ait pas de moustaches.
l'officier.
Il peut les laisser pousser pendant les vacances.
LA jeune fille.
Ou bien je m"y habituerais.
l'officier, à la femme mariée.
Il est insupportable d'être en meublé! Et puis la cuisine des restaurants!
LA femme mariée.
Alors on devrait changer l'uniforme et vous donner un képi de coton.
TV
LE PHILOSOPHE, à la vieille demoiselle.
Moi, je n'attache aucune importance à la vie. C'est une succession de phénomènes physiologiques.
LA VIEILLE DEMOISELLE
Mais comment expUquer nos aspirations vers Tidéal?
LE PHILOSOPHE
C'est un état morbide des ganghons nerveux.
LA VIEILLE DEMOISELLE
Je ne peux pas regarder les étoiles sans sentir vibrer dans mon cœur comme un éclio lointain de ma patrie.
LE PHILOSOPHE
11 ne faut pas vous en inquiéter; ce n'est pas grave; le trouble des fonctions sensoriales peut se concilier avec la smté'des organes essentiels.
LA VIEILLE DEMOISELLE
Vous nous ravalez au rang des bêtes.
LE PHILOSOPHE
Xe parlez pas des bêtes avec ce ton méprisant,- elles accomplissent leur destinée dans la nature, comme nous accomplissons la nôtre en dansant et en raisonnant.
LA VIEILLE DEMOISELLE
Vous êtes un matérialiste.
LE PHILOSOPHE, à la veuve.
Quelle admirable institution que le décoUetage!
LA VEL'VE
Comment ! vous vous apercevez de ces choses-là!
LE QUADRILLE DES LANCIERS i:^
LE PHILOSOPHE
Je constate qu'il y a entre les yeux et les épaules une affinité qui développe de la sensation.
LA y E L y E .
A la bonne heure. Du moment que c'est philosophique!
LE PHILOSOPHE, à la vieille demoiselle.
Ne faites d'ailleurs aucune attention à ce que je dis : je n'y crois pas moi-même.
LA yiEILLE DEMOISELLE.
Vous ne croyez pas même au doute!
ava:\t liA tkoi*ibî:me figlri:.
LA MAITRESSE DE LA MAISON
J'aime mieux les bains de mer.
LE MONSIEUR AGE
Moi, je suis obligé d'aller à Contrexéviiie.
LA MAITRESSE DE LA MAISON
Pourquoi?
LE MONSIEUR ÂGÉ
C'est toute une histoire.
LA MAITRESSE DE LA MAISON
Hacontez-la moi.
LE MONSIEUR AGE
Quand vous voyez un homme d'un certain âge fréquenter Contrexéviiie, il faut vous demander à quoi il passait son temps vingt-cinq ans plus tôt.
LA MAITRESSE DE LA MAISON
Je VOUS le demande.
LE MONSIEUR AGE
Madame, je ne me permettrais jamais...